Trappist 1 Un système de 7 exoplanètes comparables à la Terre

Le télescope en orbite James Webb principalement dédié à la recherche de vie extraterrestre n’a pas tardé à faire des observations prometteuses. Grâce à son instrument spécialisé dit MIRI, il a détecté un ensemble de planètes possiblement habitables par des organismes vivants de type terrestre.

MIRI, ou Mid-Infrared Instrument, est une caméra et un spectrographe qui observent le rayonnement infrarouge moyen à longueur de 5 à 28 microns. Il dispose également de coronographes, notamment pour l’observation des exoplanètes proprement dites. La coronographie est une technique astronomique qui consiste à reproduire le phénomène céleste des éclipses totales. Elle permet en effet de masquer la partie centrale de l’étoile, pour pouvoir apercevoir l’environnement.

Or située à 40,5 années/lumière de la Terre, l’étoile Trappist-1 intrigue les astronomes depuis sa découverte en 1999. En effet, cette étoile naine rouge abrite au moins sept exoplanètes, toutes ayant des caractéristiques proches des planètes rocheuses de notre  système solaire: taille, masse, ou densité. Une des premières missions de James Webb a été d’observer la planète Trappist 1b, l’exoplanète la plus proche de son étoile. Les résultats viennent d’être publiés par Nature

Ces résultats sont « plutôt » décevants. Il n’a pas été détecté d’atmosphère, selon Elsa Ducrot, scientifique au CEA et coauteure de l’étude. Les résultats sont presque parfaitement cohérents avec un corps noir constitué de roche nue et sans atmosphère pour faire circuler la chaleur. Nous n’avons pas non plus vu de signes d’absorption de la lumière par le dioxyde de carbone, ce qui serait apparent dans ces mesures ». 

Référence

voir Nature
Webb measures the temperature of a rocky exoplanet
27 March 2023

https://esawebb.org/news/weic2309/

29/03/2O23 Un message de Médiapart. A propos de Retex

Nous retransmettons ici un message de Médiapart

Ukraine : pourquoi la cyberguerre ne s’est pas passée comme prévu

Le chercheur Kevin Limonier explique pourquoi l’invasion de l’Ukraine n’a pas été accompagnée d’attaques spectaculaires sur les infrastructures numériques. Il détaille, surtout, comment la Russie est passée maîtresse dans un autre domaine : la manipulation des routes de l’Internet. 

Au moment de l’invasion de l’Ukraine sur ordre de Vladimir Poutine, beaucoup s’attendaient à un déchaînement des pirates informatiques russes contre l’Ukraine et ses soutiens. Des attaques ont bien eu lieu, mais leurs résultats semblent avoir été médiocres et aucune n’a eu d’effet spectaculaire à grande échelle.

« Cela ne veut pas dire qu’il ne passe rien », met en garde l’invité de ce nouveau numéro de « Retex », Kevin Limonier. Maître de conférences en géographie et en études slaves à l’Institut français de géopolitique (Université Paris 8), il insiste surtout sur « un domaine où la Russie est compétente et dangereuse pour la sécurité du continent européen » : la manipulation des routes de l’Internet.

Un des exemples les plus frappants est la façon dont la péninsule de Crimée, annexée territorialement par la Russie en 2014, l’a aussi été numériquement. Le même phénomène se produit ces derniers mois dans les territoires du Donbass occupés par l’armée russe.

L’enjeu est double : toujours mieux contrôler politiquement l’information derrière un grand « pare-feu » russe, et construire la possibilité « se déconnecter du reste du monde en cas de menace avérée ». Les obstacles à cette stratégie restent cependant nombreux, à commencer par l’état « bordélique » des infrastructures numériques russes. 

À propos de « Retex »

Les questions militaires ont trop longtemps été l’angle mort du débat public, en particulier en France. Sous couvert de technicité ou de « domaine réservé » du président de la République, elles se retrouvent cantonnées à des discussions de spécialistes. Comme la guerre en Ukraine et ses conséquences le montrent, ces enjeux sont pourtant au cœur de l’intérêt général. 

C’est pourquoi Mediapart a choisi de lancer un nouveau rendez-vous vidéo : « Retex » (pour « retour d’expérience », une formule courante issue du jargon militaire). Deux fois par mois, nous vous proposerons des décryptages, des débats et des regards critiques sur la façon dont les États et les sociétés préparent, mènent ou cherchent à éviter des conflits militaires.

Voir ou revoir toutes nos émissions ici.

28/03/2023 Des transmetteurs électriques sans résistance à l’électricité ???

Des chercheurs de l’Université de Rochester, USA, affirment avoir mis au point un materiel supraconducteur qui pourrait travailler à des températures et pressions analogue à celle que l’on trouve dans un laboratoire ordinaire. La supraconductivité est le rêve depuis plus d’un siècle de tous les physiciens et ingénieurs. Dire d’un matériel qu’il est supraconducteur signifie que le courant électrique peut le traverser sans résistance. Ceci représenterait des gains en énergie électrique considérable, puisque aucune partie de l’énergie utilisée ne se transformerait plus en chaleur. Tout pourrait être utilisable ou réutilisable. Malheureusement la supraconductivité ne peut être obtenue qu’a des pressions considérables et à des températures proches du zéro absolu.

Or les chercheurs de Rochester affirment avoir mis au point un matériel fait d’une synthèse d’azote, d’hydrogène et de lutétium qui pourrait devenir supraconducteur à la température de 20 degrés C et à une pression de 1 gigapascal ou 10 kilobars, soit. Le lutetium fait il est vrai partie des terres rares et son prix est élevé.

Pour réaliser ce matériau les chercheurs ont comprimé un mélange des 3 éléments dans une « Diamond anvil cell ». Il s’agit d’un dispositif expérimental permettant d’obtenir de fortes compression dans des très petits volumes, à titre expérimental. L’élément obtenu était rouge d’où ce nom de matière rouge

Les chercheurs lui firent subir différents tests pour mesurer sa résistivité électrique et ses capacités de résistance à la chaleur.

L’article de Nature dont nous publions ci-dessous les références résume ces opérations.

Il resterait à réaliser des tests bien plus nombreux sur d’importants échantillons du matériau miracle pour espérer avoir vaincu la résistivité électrique des matériels actuels. Mais l’enjeu est considérable et l’on peut penser que le sujet sera bientôt repris ailleurs qu’à Rochester.

Références

  • Evidence of near-ambient superconductivity in a N-doped lutetium hydride

Nature volume615
pages 244–250 (2023)

Abstract

The absence of electrical resistance exhibited by superconducting materials would have enormous potential for applications if it existed at ambient temperature and pressure conditions. Despite decades of intense research efforts, such a state has yet to be realized1,2. At ambient pressures, cuprates are the material class exhibiting superconductivity to the highest critical superconducting transition temperatures (Tc), up to about 133 K (refs. 3,4,5). Over the past decade, high-pressure ‘chemical precompression’6,7 of hydrogen-dominant alloys has led the search for high-temperature superconductivity, with demonstrated Tc approaching the freezing point of water in binary hydrides at megabar pressures8,9,10,11,12,13. Ternary hydrogen-rich compounds, such as carbonaceous sulfur hydride, offer an even larger chemical space to potentially improve the properties of superconducting hydrides14,15,16,17,18,19,20,21. Here we report evidence of superconductivity on a nitrogen-doped lutetium hydride with a maximum Tc of 294 K at 10 kbar, that is, superconductivity at room temperature and near-ambient pressures. The compound was synthesized under high-pressure high-temperature conditions and then—after full recoverability—its material and superconducting properties were examined along compression pathways. These include temperature-dependent resistance with and without an applied magnetic field, the magnetization (M) versus magnetic field (H) curve, a.c. and d.c. magnetic susceptibility, as well as heat-capacity measurements. X-ray diffraction (XRD), energy-dispersive X-ray (EDX) and theoretical simulations provide some insight into the stoichiometry of the synthesized material. Nevertheless, further experiments and simulations are needed to determine the exact stoichiometry of hydrogen and nitrogen, and their respective atomistic positions, in a greater effort to further understand the superconducting state of the material.

28/03/2023. L’Otan autorisera l’Ukraine à utiliser des obus antichars comportant de l’uranium appauvri

L’uranium appauvri est moins toxique que l’uranium ou que l’uranium enrichi . En principe il ne pourrait servir à fabriquer des bombes atomiques. Son principal intérêt militaire est qu’utilisé en alliage avec de l’acier, il peut servir à fabriquer des têtes d’obus antichars à très fort pouvoir de pénétration. Les blindages utilisés par les chars actuels n’y résistent pas. L’obus pénètre dans le char et détruit les hommes et les équipements.

La Grande Bretagne, par la voix de la baronne Goldie, ministre d’Etat au ministère de la Défense , soutenue en cela par le Secrétaire américain à la Défense et un certain nombre de membres de l’Otan, vient d’annoncer à la Chambre des Lords qu’elle fournira à l’Ukraine de telles munitions (voir https://questions-statements.parliament.uk/written-questions/detail/2023-03-06/hl6144 )

Il ne s’agit pas d’une question sans importance. Avec le retour du printemps, Volodomir Zelinsky, président de l’Ukaine, compte monter une ou plusieurs contre-offensives contre les blindés russes, notamment dans le Donbass. Les équiper de munitions puissantes lui sera très utile (voir Kyiv Post https://www.kyivpost.com/post/14876)

Vladimir Poutine l’a bien compris. Il vient d’annoncer qu’il déploiera en Biélorussie des armes nucléaires tactiques, à la demande de son « allié » le président Biélorusse  Alexander Lukashenko . C’est ce que font depuis longtemps les Etats-Unis chez certains membres de l’ Otan (Voir Tass https://tass.com/russia/1594483 )

27/03/2023 Climat. Qui est responsable ?

Les ONG ont elles un rôle à jouer pour faire étudier les dommages subis par les populations du fait de ce l’on nomme désormais les risques climatiques, faire identifier les agents nationaux et internationaux responsables de ces risques et dommages et finalement les faire poursuivre et punir par des juridictions nationales et internationales.

Il est clair qu’un tel programme, aussi souhaitable qu’il puisse paraître compte tenu des enjeux de la lutte contre ce que l’on nomme désormais le réchauffement climatique, ne sera jamais admis par les institutions publiques et privées. Chacune fera admettre que son rôle dans le réchauffement est modeste et ne justifierait pas ces restrictions de liberté.

Faut rappeler que février 2023 aura été le mois pour les ONG de deux défaites judiciaires en matière climatique.

La première concerne le constructeur automobile allemand VW : par un jugement du 14 février, dans la droite ligne de deux autres jugements rendus en faveur de Mercedes et BMW, le tribunal régional de Braunschweig a rejeté l’action engagée par l’association Greenpeace ; cette dernière sollicitait du juge l’interdiction de vente des véhicules thermiques à partir de 2030 et la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 65 % (par rapport à 2018).

Pour l’autre, il s’agit de l’entreprise énergétique française TotalÉnergies. Par deux jugements du 28 février 2023, le tribunal judiciaire de Paris a déclaré irrecevables les demandes formées par six associations de protection de l’environnement et de défense des droits de l’homme (Les Amis de la Terre, Survie et quatre ONG ougandaises). L’objet de cette saisie concernait le mégaprojet de développement pétrolier Eacop et Tilenga, mené par les filiales de TotalEnergies en Ouganda et en Tanzanie, avec la construction d’un oléoduc de 1500 km et de 400 puits situés en partie sur un parc national et émetteur de 30 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an.

27/3/2023 Les éléments nécessaires à la vie semblent répandus partout dans l’univers visible

La présence de ces éléments n’est pas une preuve incontestable de la présence d’une forme quelconque de vie existant ou ayant existé dans l’univers visible. Néanmoins, si l’on parle de la vie telle que nous la connaissons sur Terre, elle permet des présomptions sérieuses. La moindre de ces présomptions est que sans eux, il n’y a pas de vie possible.

Cependant on peut aujourd’hui aller plus loin. La récente découverte sur l’asteroide 162117 Ryugu de tels éléments fait réfléchir à la présence possible d’une vie hors du système solaire. Ils proviennent d’une mission Hayabusa-2 dite de retour d’échantillons extraits au Japon en juillet 2021 et analysés au GFSC (Goddard Space Flight Center) de la Nasa à l’automne 2021.

Une très petite quantité d’échantillons (30 milligrammes) a été attribuée à l’équipe internationale d’analyse des composés organiques solubles. L’échantillon a été extrait grâce à de nombreux solvants différents au Japon et analysé dans des laboratoires au Japon, à Goddard et en Europe à l’aide d’une gamme de machines spécialisées du type de celles d’un laboratoire médico-légal.

On trouvera ci-dessous les premiers éléments provenant de cette étude, publiés par Nature
Uracil in the carbonaceous asteroid (162173) Ryugu | Nature Communications

Dans les pays en zone de conflits, des appareillages orthopédiques imprimés en 3D à partir de matériaux recyclés

Nous recevons ce message pour rediffusion 27/03/2023

Dans les pays à faibles revenus ou en contexte de conflit, seulement 5 à 15 % des personnes ayant besoin d’un appareillage orthopédique y ont accès. En effet, les infrastructures et personnels de santé sont présents en ville et donc difficiles d’accès aux personnes vivant dans des zones rurales ou isolées. De plus, les délais et coûts de fabrication de la conception traditionnelle d’appareillages orthopédiques sont élevés et peu accessibles à tous.

Pour répondre aux problématiques présentes sur le terrain d’intervention, l’ONG Handicap International et le réseau d’écoles d’ingénieur INSA s’unissent depuis 2021, dans le cadre de la Chaire de Recherche « Innovation for Humanity ». L’objectif est de développer des solutions techniques adaptées aux situations dans les pays d’intervention, grâce aux connaissances de l’ONG dans le domaine de l’humanitaire et l’expertise scientifique du Groupe INSA et de ses laboratoires.

Traditionnellement, les appareillages orthopédiques sont réalisés par thermoformage ou stratification par un orthoprothésiste qualifié. Il s’agit d’un procédé long et coûteux qui nécessite de réaliser d’abord un moule en plâtre du membre du patient. Le moule négatif est alors rempli de plâtre et transformé en un moule positif, qui reproduit la forme de la jambe du patient. Ce moule positif est ensuite rectifié pour corriger la posture du patient.

L’appareillage est fabriqué à partir de résine ou il est thermoformé à l’aide d’une plaque de polyéthylène ou polypropylène qui est chauffée pour prendre la forme du moule. Le patient devra alors se rendre plusieurs fois au centre orthopédique pour la réalisation du moule initial puis des ajustements, auxquels il faut ajouter un temps de rééducation. Au final, plusieurs semaines sont requises pour appareiller un patient, avec une prothèse (dispositif de remplacement) ou une orthèse (dispositif de correction).

Depuis 2017, Handicap International utilise la fabrication additive, communément appelée impression 3D, pour réaliser des orthèses. Les pièces sont créées, couche par couche, à partir d’un filament en plastique fondu. Il est alors possible de concevoir des orthèses plus rapidement et à des prix plus accessibles. Pour cela, le scan 3D du membre du patient est réalisé à l’aide d’un scanner portatif. Puis, l’appareillage est conçu sur un logiciel de conception et imprimé en 10 à 20 heures. L’impression 3D permet d’aller au plus proche des personnes dans le besoin car le scan 3D du patient peut être pris à distance et envoyé au centre d’impression 3D, qui est encore centralisé. À terme, l’imprimante pourrait être emmenée sur place avec un simple véhicule. Finalement, les études d’Handicap International menées au Togo, Mali et Niger montrent que cette nouvelle technologie est très bien acceptée par les bénéficiaires et les personnels soignants.
Cependant, les filaments d’impression 3D utilisés viennent d’Europe et sont fabriqués à partir de matières vierges, ce qui alourdit les coûts financiers et environnementaux et entraîne des problèmes de logistique. Ainsi, Handicap International souhaite fabriquer son filament d’impression 3D directement dans les pays d’intervention, avec des matériaux locaux et recyclés.

Pour diminuer les coûts, l’intérêt du recyclage

Nous nous sommes alors intéressés au recyclage des déchets plastiques, qui sont présents partout dans le monde. Dans les pays en voie de développement, les déchets sont un réel problème pour les populations et les écosystèmes car ils finissent dans la nature à cause d’une gestion limitée. Cependant, les plastiques recyclés peuvent désormais être utilisés en impression 3D. Pour cela, les déchets plastiques seraient collectés, triés, nettoyés, broyés, séchés, extrudés (fondus) en filaments qui pourraient ensuite être imprimés en 3D. Les coûts de fabrication et l’impact écologique liés à la fabrication du filament d’impression 3D seraient alors réduits et il serait ainsi possible de lutter contre la pollution plastique.

Les défis sont donc nombreux. Il faut d’abord trouver des matériaux qui soient à la fois disponibles, recyclables et imprimables, tout en respectant un cahier des charges complexe en termes de résistance mécanique et de fiabilité, afin de répondre aux besoins des orthoprothésistes. Ensuite, il pouvoir créer un filament recyclé de qualité. Le challenge est de taille car les matières recyclées présentent souvent des impuretés (charges métalliques ou minérales, mais aussi d’autres polymères) alors qu’il est primordial de garder un filament de diamètre constant tout au long de l’impression.

Trois matériaux ont été retenus au début de cette étude :

  • le Polyéthylène Téréphtalate (PET), que l’on retrouve dans les bouteilles plastiques dont les gisements de déchets sont très nombreux, notamment dans les pays en développement où l’accès à l’eau potable est limité. Ce matériau a l’avantage d’être recyclable et imprimable, ainsi que d’avoir de très bonnes propriétés mécaniques.
  • le Polyuréthane Thermoplastique (TPU), qui est de plus en plus utilisé dans le domaine du sport et de la santé pour sa flexibilité. Il présente un grand potentiel en orthopédie pour le confort qu’il peut apporter aux utilisateurs d’orthèses. De plus, il est recyclable et facile à imprimer en 3D. Cependant, c’est un matériau onéreux et il ne possède pas de filière de recyclage.
  • le Polypropylène (PP) est traditionnellement utilisé en orthopédie technique. C’est un polymère recyclable qui est présent notamment dans nos emballages du quotidien, pour l’alimentaire ou l’hygiène. En revanche, il est difficile à imprimer car l’adhésion entre les premières couches et le plateau d’impression est mauvaise. Ce problème peut toutefois être surpassé par un choix rigoureux des paramètres d’impression 3D.

Ainsi, nous avons travaillé avec des filaments de PET et TPU recyclés, élaborés respectivement à partir de bouteilles plastiques et de chutes de l’industrie de la chaussure. De plus, nous avons fabriqué notre propre filament en PP. Pour cela, nous avons utilisé les matières recyclées par l’entreprise PAPREC, qui sont issues du tri sélectif. Nous les avons transformées en filament avec l’entreprise ENKY 3DP, spécialisée dans la fabrication de filament d’impression 3D. Nous avons alors obtenu un filament de qualité avec de très bonnes propriétés mécaniques.

Ensuite, nous avons imprimé des orthèses avec les trois polymères, afin d’étudier le panel de propriétés mécaniques qu’il est possible d’obtenir. Comme les matériaux n’ont pas le même comportement mécanique (le PET est rigide, le PP est semi-rigide et le TPU est flexible) nous avons aussi fait varier l’épaisseur de l’orthèse qui agit fortement sur sa raideur.

Nous avons ensuite testé mécaniquement les orthèses pour déterminer leur raideur, qui conditionne le support apporté par l’appareillage à l’utilisateur de l’orthèse. Pour cela, nous avons conçu un banc d’essai qui reproduit la flexion du pied durant la marche. En parallèle, nous avons développé un modèle numérique qui reproduit l’essai mécanique et nous permet d’approfondir nos analyses et d’étudier par exemple les zones qui sont les plus sollicitées dans l’orthèse pendant la marche.

Nous obtenons alors des orthèses avec des raideurs très différentes : plus le matériau est rigide et plus l’orthèse est épaisse, plus cette dernière sera rigide et bloquera les mouvements de la jambe. Nous avons également remarqué que nous obtenons une proportionnalité entre la raideur et l’épaisseur de l’orthèse, ainsi que la rigidité du matériau. Ce résultat pourrait à terme aider les orthoprothésistes dans leur travail, en leur permettant de choisir la raideur de l’orthèse dès sa conception, afin de répondre au mieux aux besoins du patient.

Finalement, les orthèses en PET ou TPU recyclés ne permettent pas de répondre aux besoins d’Handicap International. Ainsi, nous avons retenu le PP recyclé comme matériau d’étude. Nous souhaitons désormais étudier sa résistance au vieillissement naturel, en reproduisant les conditions climatiques des pays d’intervention d’Handicap International, ainsi que sa résistance en fatigue, pour représenter les sollicitations mécaniques répétées de la marche.

Une étude sera menée prochainement sur le terrain, dans les pays d’intervention d’Handicap International, pour étudier les gisements de déchets en PP présents sur place et leur qualité. Nous irons également à la rencontre d’entreprises de recyclage pour découvrir leur fonctionnement et évaluer la façon dont nous pourrions travailler ensemble. Ce sera aussi l’occasion de rencontrer les bénéficiaires d’orthèses et les personnels soignants présents sur place, et d’ajuster la recherche menée à l’INSA en fonction de leurs besoins.

25/03/2023 Nucléaire, éolien maritime, éolien terrestre, solaire, il y a de la place pour tous

Comme il fallait s’y attendre, la compétition entre ces quatre technologies fait rage actuellement en France. Les enjeux se chiffrent en milliards d’euros. Il s’agit de moderniser voire de remplacer l’actuel parc de centrales nucléaires à fission, dont une cinquantaine de réacteurs donnent des preuves de fatigue. Mais il s’agit surtout de faire face aux besoins nouveaux en électricité verte, autrement dit dont la production n’exige pas de faire appel à des centrales à charbon productrices de gaz à effets de serre.

De par sa situation géographique privilégié, la France a le choix entre ces diverses solutions. Le nucléaire a l’inconvénient d’exiger de l’uranium, dont la production fait appel à des intérêts géopolitiques extérieurs dont la France doit se ménager l’intérêt. Mais ceci se négocie. Les autres sources nécessitent des implantations à terre ou en mer que la France peut se permettre, vu la diversité de ses paysages. Là encore il faudra négocier l’accord des actuels propriétaires privés ou collectivité locales concernées, mais il n’ y a rien d’anormal à cela, rien n’est gratuit. Vraisemblablement tout ceci entraînera une augmentation du prix de l’électricité, mais la France pourra se la permettre mieux que d’autres Etats de l’Union européenne moins favorisés.

Sur le long terme, soit 30 à 50 ans, il faudra assurer le passage au nucléaire de fusion. La fusion nucléaire est une réaction nucléaire dans laquelle deux noyaux atomiques s’assemblent comme dans le soleil pour former un noyau plus lourd, avec fort dégagement de chaleur. Aujourd’hui une trentaine de pays l’ont compris et se sont regroupés pour mener à bien les recherches nécessaires. La France, qui dispose du centre de recherche et de développement de Cadarache, est bien placée pour jouer un rôle pilote dans les recherches et leurs applications.

Dans le monde de demain, face à la concurrence de la Chine, de la Russie et de l’Inde, la France n’aura pas trop de tous ces atouts pour survivre. A cet égard, elle sera bien mieux armée que l’Allemagne. L’actuel président de la République semble l’avoir compris. Il faut espérer qu’il persistera et que ses successeurs feront de même.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fusion_nucl%C3%A9aire

24/03/2023 Le retour au pouvoir de Lula ne garantit pas la protection de la forêt amazonienne

Ceci tient en partie au fait que les adminstrations brésiliennes, de gauche ou de droite, ont décidé de promouvoir un ambitieux projet dit Initiative for the Integration of the Regional Infrastructure of South America, ou IIRSA.

Celui-ci suppose la mise en place de nouveaux barrages, de nouvelles routes et industries qui compromettront l’écosystème fragile de la forêt, ainsi que le climat mondial. Or on sait maintenant qu’un système d’intégration radiculaire complexe comme celui d’une grande forêt s’étend à des dizaines de kilomètres de la forêt elle-même. Il s’agit un peu de l’équivalent du mycelium pour les champignons mais à une toute autre échelle.

Détruire ou assécher par du béton cette couche protectrice entraîne progressivement une destruction en profondeur de la forêt

Aujourd’hui, Lula ayant reconquis le pouvoir a signalé son approbation pour un projet clef de l’IRSA, la relance de la BR-319, une autoroute fédérale entre Porto Velho et Manaus. Si ce projet est mené à bien il ouvrira le bassin central de l’Amazone à encore plus de déforestation.

Les scientifiques évoquent un point de non retour, tipping point dans le processus de déforestation. Nul ne sait exactement quand ce point sera atteint. Mais quand cela sera fait, l’extrême diversité végétale et animale des forêts denses du bassin de l’Amazone ne se retrouveront jamais.

24/03/2023 Découverte d’empreintes chimiques d’algues vieilles de 400 millions d’années

Le Chert de Rhynie est un dépôt sédimentaire contenant des fossiles du Dévonien, datés de 407 millions d’années, découvert à partir de 1912 près du village de même nom, en Écosse. Enchâssés dans une roche dure composée principalement de silice, ces multiples fossiles constituent un témoignage précieux de la vie de cette période. Une vie qui n’est pas aisée à comprendre tant les formes et les organisations sont variées et différentes de ce que l’on connaît actuellement. A tel point que les paléontologues ont parfois du mal à classer leurs découvertes entre algues, vers, ou champignons. Un outil permettant de les discriminer serait bienvenu et c’est exactement ce à quoi les travaux des scientifiques de l’Université d’Édimbourg sont parvenus.

Sonder au plus profond des fossiles

Pour ce faire, les auteurs de ce travail, qui est salué dans la revue Nature Communications, (voir ci-dessous) ont combiné les dernières techniques d’imagerie avec l’analyse de données et l’apprentissage automatique pour étudier les fossiles. En utilisant notamment la spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier qui permet d’identifier les structures moléculaires et chimiques, ils ont pu collecter une quantité de données moléculaires et chimiques dans les cellules, les tissus et les organismes présents dans la roche. Comme ils savaient déjà quels organismes représentaient la plupart des fossiles, les chercheurs ont pu identifier des empreintes qui permettent de distinguer de manière fiable les champignons, les bactéries et d’autres groupes.


un « nématophyte » tubulaire

Ces empreintes ont ensuite été utilisées pour identifier certains des spécimens les moins connus du Chert de Rhynie, notamment deux exemplaires d’un énigmatique « nématophyte » tubulaire dont on ne savait pas très bien s’il s’agissait d’algues, de plantes ou de champignons. Les nématophytes ou nématophytes sont un groupe paraphylétique d’organismes terrestres, comprenant probablement certaines plantes ainsi que des algues connues uniquement par les archives fossiles, de la période silurienne jusqu’au début du dévonien. Ils ont découvert qu’il est peu probable qu’il s’agisse de lichens ou de champignons. Il s’agirait donc d’algues.

L’équipe a ensuite introduit ses données dans un algorithme d’apprentissage automatique qui a été en mesure de classer les différents organismes avec succès. Il pourra, à l’avenir, servir à l’étude d’autres sites de fossiles où l’identification des restes est rendu difficile par l’état de conservation ou la rareté des échantillons.

Voir
https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/paleontologie/decouverte-d-empreintes-chimiques-vieilles-de-400-millions-d-annees_170123




Reference

  • Molecular fingerprints resolve affinities of Rhynie chert organic fossils

Nature Communications 
volume14, Article number: 1387 (2023) 
Published: 13 March 2023

Abstract

The affinities of extinct organisms are often difficult to resolve using morphological data alone. Chemical analysis of carbonaceous specimens can complement traditional approaches, but the search for taxon-specific signals in ancient, thermally altered organic matter is challenging and controversial, partly because suitable positive controls are lacking. Here, we show that non-destructive Fourier Transform Infrared Spectroscopy (FTIR) resolves in-situ molecular fingerprints in the famous 407 Ma Rhynie chert fossil assemblage of Aberdeenshire, Scotland, an important early terrestrial Lagerstätte. Remarkably, unsupervised clustering methods (principal components analysis and K-mean) separate the fossil spectra naturally into eukaryotes and prokaryotes (cyanobacteria). Additional multivariate statistics and machine-learning approaches also differentiate prokaryotes from eukaryotes, and discriminate eukaryotic tissue types, despite the overwhelming influence of silica. We find that these methods can clarify the affinities of morphologically ambiguous taxa; in the Rhynie chert for example, we show that the problematic “nematophytes” have a plant-like composition. Overall, we demonstrate that the famously exquisite preservation of cells, tissues and organisms in the Rhynie chert accompanies similarly impressive preservation of molecular information. These results provide a compelling positive control that validates the use of infrared spectroscopy to investigate the affinity of organic fossils in chert.