Europe Solidaire

23/01/2022 L’intelligence artificielle et ses évolutions sont-elles un atout ou un risque pour l’humanité ?

Par Emmanuel Arago

Emmanuel Arago est le pseudonyme d’un membre éminent du Comité de Rédaction de ce site. Je le remercie en notre nom à tous JPB

Selon le Larousse, l’Intelligence artificielle (IA) est un « ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine ».

S’interroger sur les évolutions de l’IA, amène à introduire la distinction essentielle entre « IA faible » et « IA forte » :

L’IA faible est une intelligence artificielle non-sensible qui se concentre sur une tâche précise. L’IA faible simule l’intelligence mais n’est pas intelligente. Tous les systèmes actuellement existants sont considérés comme des intelligences artificielles faibles.

L’IA forte, quant à elle, fait référence à une machine capable non seulement de produire un comportement intelligent, notamment de modéliser des idées abstraites, mais aussi d’éprouver une réelle conscience et une compréhension de ses propres raisonnements. Une IA forte se reconnaîtrait à sa capacité à passer avec succès le test de Turing. Décrit par Alan Turing en 1950, ce test consiste à établir une conversation à l’aveugle entre un humain (A), un ordinateur et un autre humain. Si l’humain A n’est pas capable de reconnaître lequel de ses interlocuteurs est un ordinateur, ce dernier a passé le test avec succès. Les IA fortes font l’objet de beaucoup de spéculation, on semble s’en rapprocher de plus en plus, mais il n’en existe pas encore.

Première Partie. L’ IA Faible

Quel que soit son domaine d’application, l’IA faible fonctionne de manière identique. Elle traite un nombre considérable de données avec des algorithmes performants. L’IA apprend automatiquement et automatise les processus. Sa principale différence avec un programme informatique est qu’elle ne reçoit pas d’ordres pour obtenir un résultat. Elle reproduit un modèle cognitif et ce faisant se rapproche de l’intelligence humaine.

1. Quelques exemples d’application

– Audiovisuel :

L’IA est capable de composer des musiques et, des films, des tableaux et autres œuvres d’art.

– Langage :

L’IA est capable d’écrire des articles de presse comme des textes littéraires ou poétique. L’actualité la plus récente a mis en lumière les incroyables performances de l’IA Chat GPT. Mise en service le 30 novembre 2022 dans une version test, pour le moment gratuite mais qui sera payante à terme, Chat GPT a connu un succès foudroyant avec plusieurs millions d’utilisateurs et une couverture de presse considérable.

– Automobile

Les fameux véhicules autonomes, rendus célèbres par Tesla et Google, n’ont plus besoin de conducteurs.

– Militaire

Les drones les plus performants sont désormais capables d’identifier seuls qui est l’ennemi et de décider seul s’il doit attaquer, sans recours à un ordre humain.

– Jeu d’échec et jeu de go

L’IA a battu les meilleurs champions humains dans ces deux jeux

2. Avantages

L’IA s’avère être un véritable auxiliaire pour l’intelligence humaine.

– Suppression des tâches automatiques et pénibles

– Démultiplication de la puissance de calcul bien au-delà de ce que peut faire un cerveau humain

Forte capacité de prédiction grâce au traitement des Datas

– Amélioration du service public rendu à l’usager

3. Dangers

Néanmoins, les risques sont nombreux

– Le piratage et la construction de fausses nouvelles. De ce point de vue, Chat GPT a généré une grande crainte dans les établissements scolaires et universitaires dont les professeurs ne sont plus sûrs de savoir qui a fait les devoirs relevés, l’élève ou l’IA.

– Le piratage des IA elles même et leur prise de contrôles par un tiers. Très concrètement, cela peut se traduire par la prise de contrôle d’un véhicule autonome qui échapperait ainsi à son propriétaire.

– Les défauts de conception de l’IA qui l’amènerait à prendre de mauvaises décisions ou à faire des erreurs.

– La perte d’emploi, sans que l’on soit sûr que les emplois perdus ici seront recréés ailleurs (validité ou épuisement de la théorie de Schumpeter de la « destruction créatrice »)

– La santé physique et psychologique, l’intelligence humaine (QI, mémorisation) qui peuvent être impactés négativement par le manque de stimuli, l’IA agissant et réfléchissant à la place de l’être humain.

– Un contrôle social totalitaire à l’échelle d’un état, tel qu’anticipé par George Orwell dans 1984 et dont les signes avant-coureurs se déploient en Chine

– Un contrôle social totalitaire à l’échelle d’une communauté par la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux

– Un apprentissage philosophiquement ou politiquement orientée de l’IA par ses concepteurs qui orienterait ses réponses et décisions dans une certaines direction, de la même manière qu’une école idéologiquement orientée influe sur la manière de penser des adules qui y ont reçu leur éducation.

– Une explosion du vivre ensemble et de la diversité culturelle, comme nous le montre déjà les algorithmes des réseaux sociaux qui constituent des « communautés » hermétiques les unes aux autres.

– Un essor de la propagande, de la désinformation et de la propagation de la haine, comme en témoigne déjà les fameuses « fermes à troll », dont les russes sont les grands, mais sans doute pas les seuls, spécialistes.

4. Quelle régulation ?

– Une régulation par le droit.

Il est en train d’émerger un droit des IA. Notamment pour préciser qui est responsable en cas d’IA réalisant des accidents : le propriétaire, le concepteur, le voleur qui en aurait usurpé le contrôle, l’IA elle-même ?

Par ailleurs, l’organisation Non Humanright Project, qui réfléchit au statut des végétaux et des animaux, se préoccupe des « êtres culturels du numérique » pour leur attribuer une reconnaissance juridique. On sait qu’Emmanuel Kant était disposé à reconnaître les mêmes droits à tous les êtres de raison, fussent-ils extraterrestres ou, ce qu’il n’avait pas imaginé, informatiques (cf Essai d’une comparaison, fondée sur les analogies de la nature, entre les habitants des diverses planètes, 1755). Thibaut Gress et Paul Mirault, dans la philosophie au risque de l’intelligence extraterrestre (2016) rappellent « que la question extraterrestre constitue le fil directeur de la réflexion morale de Kant en ceci que ce dernier cherche à définir une loi morale qui vaudrait pour tout être raisonnable et non pour l’homme seul, ce qui amènera Kant en retour à définir ce qui fait l’humanité de l’homme comme un obstacle à l’observation stricte de la loi morale. »

– Une Régulation par le contrôle des recherches et par les valeurs

Comment l’évolution de l’IA peut être régulée dans le sens d’un rapport bénéfices/risque contrôlé et positif ? Par le simple jeu de la liberté, conformément aux principes du libéralisme ? Ou au contraire par une forte intervention des sociétés humaines. Et auquel cas, à quelle échelle ? Mondiale ? Fédérale ? Nationale ?

Le Conseil de l’Europe a inscrit, à l’horizon 2028, la question de la régulation de l’IA comme l’un des défis majeurs afin de trouver un juste équilibre entre les bénéfices des progrès technologiques et la protection de ses valeurs fondamentales. Le grand défi de la Commission est de trouver un équilibre entre la réduction des risques et l’innovation, selon Théodore Christakis, professeur de droit et titulaire de la chaire Legal and Regulatory Implications of Artificial Intelligence au sein de l’Université Grenoble Alpes.

Dans le prolongement des réflexions européennes, dans une étude publiée le 30 août 2022, le Conseil d’État propose de poser les bases d’une stratégie française ambitieuse pour l’IA. Il encourage à faire de la CNIL l’autorité de contrôle nationale responsable de la régulation des systèmes d’IA prévue par le futur règlement européen.

En comparaison, les États-Unis et la Chine semblent plus réticents à imposer des obligations légales. La Chine ou les États-Unis, mettent l’accent sur l’accélération de l’innovation et la compétitivité, L’approche américaine est ainsi résumée en 2021 par Eric Schmidt, président de la Commission de sécurité nationale américaine sur l’IA et ancien CEO de Google : « l’avenir de l’IA ne sera pas construit par des règlementations mais par des investissements ».

Au final, la question est de savoir si la règlementation de l’IA est un problème de technologie ou un problème de valeurs ? L’atténuation des risques viendra-t-elle des règles éthiques ou de la stimulation de l’innovation.

2e Partie . L’ IA Forte

1. La Singularité technologique


Avec la « Singularité », ou « Singularité technologique », qui devrait se produire vers 2045, soit moins de 25 ans, selon certains experts, les IA s’autonomiseront et n’auront plus besoin des humains pour exister et apprendre. Les IA accèderont à la conscience d’elles-mêmes. Les hommes risquent alors de perdre le contrôle des machines. Ce champ de réflexion est abordé depuis longtemps par la science-fiction, le plus souvent sur le mode dystopique.

2. Ce que nous dit la science-fiction sur les dangers de l’IA forte :


– 2001 Odyssée de l’espace et le méga ordinateur HAL 9000 ;Il s’agit là d’une rébellion de l’IA contre l’être humain. S’il agonise d’une manière pathétique qui suscite l’empathie du spectateur, Hal n’en est pas moins animé d’une forme de méchanceté ou de jalousie

– Alien et l’androïde ASH.
La question posée par ASH est celle de l’humanité d’un être que rien ne distingue d’un humain, ni dans sa manière de penser ni dans son physique. Il en est de même dans les deux films de la série Blade runner.

– Real human et ses Hubots / Ex Machina et le personnage d’Ava

La question est de savoir ici si ces robots si semblables aux humains par la pensée et le corps doivent générer en nous de l’empathie et s’ils ont les mêmes droits que nous. La révolte des Robots, est présentée ici comme légitime, et c’est l’homme qui tient le mauvais rôle. Il y a là le même renversement de perspective que dans les westerns où les indiens sont passés de mauvais personnages tueurs de cowboys à victime de la cruauté et de la cupidité des mêmes cowboys. Ce type de vison nous amène à la question du transhumanisme qui envisage la perspective d’un dépassement de la condition humaine débouchant sur le posthumanisme.

3. Une nouvelle ère : le posthumanisme

Avec le posthumanisme, nous passerons à un système où le projet humaniste de prise en main total par l’homme de son destin serait arrivé à son terme et se renouvellerait. Dans le monde posthumain, les « hommes augmenté » grâce aux progrès de la science côtoieront des IA émancipés, tout en vivant en harmonie dans le cadre d’une reconsidération respectueuses de la place de chacun, animaux, végétaux, et humains ordinaires. Telle est du moins la version idéale et heureuse du posthumanisme. On peut aussi en craindre une version cauchemardesque, totalitaire et très inégalitaire, avec d’un côté les machines et les hommes augmentés élevés au rang de seigneurs, et de l’autre les simples humains ramenés au rang de troupeau, comme dans le film Elysium.

***

Au-delà de tout reflexe technophile ou technophobe, il importe de prendre conscience, qu’on s’en félicite ou s’en désole, que l’IA est là. Dès lors, nous n’avons d’autre alternative que de prendre en compte à la fois son existence et ses évolutions très rapides, tant dans ses bienfaits que dans ses dangers. On ne peut plus penser aujourd’hui l’évolution des sociétés humaines sans prendre en compte l’omniprésence et les évolutions de l’IA, de la même façon qu’on ne peut plus les penser sans prendre en compte la dimension environnementale qui s’impose à nous par le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité.

Sur ce point, laissons le mot de la fin à Chat GPT :

« L’IA est importante à considérer pour l’avenir du monde car elle est en train de devenir un facteur clé dans de nombreux domaines tels que la technologie, l’économie, la santé, la sécurité et la politique. Elle a le potentiel de résoudre certains des problèmes les plus pressants de la société, tels que les changements climatiques et la pauvreté, mais elle peut également causer des problèmes éthiques et sociaux importants si elle n’est pas utilisée de manière responsable. Il est donc important de prendre en compte l’IA dans les décisions qui impactent l’avenir du monde afin d’optimiser ses avantages tout en minimisant ses risques

22/01/2022 Des drones ukrainiens tueurs autonomes

La guerre entre la Russie et l’Ukraine entrera-t-elle dans l’histoire comme le premier conflit armé faisant intervenir des «robots tueurs». Kiev aurait développé des drones capables de trouver leurs cibles de façon autonome, selon Newscientist n° 3412 du 12 nov. p 13. Cet article rapporte les propos de l’un des chefs de l’armée ukrainienne, le lieutenant-colonel Yaroslav Honchar, spécialiste en intelligence aérienne (espionnage aérien)

Dans un entretien accordé le 13 octobre à l’agence ukrainienne d’information indépendante Unian, celui-ci indique en effet qu’une équipe constituée d’un millier de passionnés travaille sur ce projet de drones tueurs autonomes depuis 2014, et que les appareils sont désormais prêts à entrer en action. Kiev aurait déjà développé des drones capables de trouver leurs cibles de façon autonome.

Jusqu’ici, l’Ukraine a fait preuve d’une grande dextérité dans le déploiement de drones innovants. Qu’il s’agisse des frappes opérées par de petits appareils multirotors munis de de bombes antitank miniatures, ou de l’attaque d’envergure menée par des drones aériens et marins contre une base navale russe en Crimée le 29 octobre, les opérations ont souvent été couronnées de succès.

Les techniciens ukrainiens se disent désormais prêts à passer à l’étape supérieure, grâce à un système de vision intelligente permettant aux aéronefs d’identifier les véhicules militaires camouflés et de mener des attaques contre eux, le tout sans assistance humaine. Ce sera ne avancée importante, car les deux camps disposent de brouilleurs hautes fréquences capables de bloquer la communication entre les drones et leurs opérateurs humais.

Ce « progrès » qui constitue une bonne nouvelle pour l’Ukraine inquiète la communauté internationale. Le 21 octobre 2022, soixante-dix nations ont livré une déclaration commune lors de l’Assemblée générale de l’ONU, appelant à réguler voire à interdire l’utilisation d’armes autonomes. Mais les discussions sur le sujet, qui se sont ouvertes il y a plusieurs années, ne semblent guère avancer.

Référence

Common declaration

https://www.stopkillerrobots.org/news/70-states-deliver-joint-statement-on-autonomous-weapons-systems-at-un-general-assembly/

The research and development of new technologies is progressing at a rapid pace. New and emerging technologies hold great promise for the advancement of human welfare and could help to better protect civilians in conflict in certain circumstances. 

However, the introduction of new technological applications, such as those related to autonomy in weapon systems, also raise serious concerns from humanitarian, legal, security, technological and ethical perspectives. We therefore see an urgent need for the international community to further their understanding and address these risks and challenges by adopting appropriate rules and measures, such as principles, good practices, limitations and constraints. 

We are committed to upholding and strengthening compliance with International Law, in particular International Humanitarian Law (IHL), including through maintaining human responsibility and accountability in the use of force. 

Important work has been done and continues to be done under the UN Convention on Certain Conventional Weapons (CCW), including the endorsement in 2019 of the 11 Guiding Principles that, inter alia, should continue to guide the work of the Group of Governmental Experts (GGE) on Emerging Technologies in the Area of Lethal Autonomous Weapons Systems. We are also encouraged that proposals on possible measures and options were presented and discussed at the GGE. 

Although it has proven difficult to translate progress made in the CCW’s discussions into further concrete outcomes, the consideration of substantive proposals facilitated the development of shared understandings and convergence on key substantive issues. This included, in particular, the approach based on the prohibition of autonomous weapon systems that cannot be used in compliance with IHL, and the regulation of other types of autonomous weapon systems. States may have different understandings of terms like human judgement, control or involvement. However, there is also a recognition, shared by many, that the human element is and must remain central in the use of force.

Against this background, we emphasise the necessity for human beings to exert appropriate control, judgement and involvement in relation to the use of weapons systems in order to ensure any use is in compliance with International Law, in particular International Humanitarian Law, and that humans remain accountable for decisions on the use of force.

Going forward, we recognise the importance of focusing efforts in particular on elaborating the normative and operational framework regulating, where appropriate and necessary, autonomous weapons including through internationally agreed rules and limits.

We also deem it important to further deepen our understanding of these issues. In this regard we welcome the announcement of an international conference to be hosted by The Netherlands on responsible military development, deployment and use of Artificial Intelligence (AI), and the announcement of a regional conference, to be hosted by Costa Rica, on the social and humanitarian impact of autonomous weapons. We also welcome the work carried out by the Secretary General within the “Our Common Agenda” initiative to develop an Agenda for Peace, which features lethal autonomous weapons systems (LAWS) as one of the core areas. We call on the Secretary General to continue to proactively engage on this important issue, including by urging States to make progress towards an outcome at the GGE. 

International organisations, the International Committee of the Red Cross, UNIDIR, civil society organisations and the tech community make important contributions to international discussions on how to address issues related to emerging technologies and autonomy in weapons systems, including the ethical, human rights, societal and technological dimension. Their participation greatly enhances our ongoing discussions.

We urge High Contracting Parties to the CCW, together with all UN Member States, to intensify consideration of this issue. We are committed to strengthen efforts to address the issue of autonomy in weapon systems. 

21/01/2023 Conflits nucléaires. Un bel avenir

Des guerres nucléaires de haute intensité pourraient-elles éclater entre Moscou et les Occidentaux sans déclencher très vite une troisième guerre mondiale ?

La crainte d’une troisième guerre mondiale avait dès la fin des années 1970 assagi toutes les grandes puissances nucléaires , notamment les Etats-Unis et la Russie. Elle continue encore à maintenir celles-ci dans une relative prudence, quelque soit la violence de leurs affrontements. Les experts militaires faisaient jusqu’à présent valoir qu’il était impossible pour diverses raisons d’éviter une montée en puissance des armements utilisés, qui se serait finalement traduite par un recours à un nucléaire capable de détruire une partie de la planète /

Malheureusement ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les Etats nucléaires ont mis au point une grande variété d’armes faisant appel à un nucléaire dit parfois de basse intensité. Un certain nombre de gouvernements belliqueux sont devenus capables de les acquérir voire de les fabriquer. On peut penser à l’Iran mais il n’est pas le seul. Inévitablement, s’ils en disposent, ils ne manqueront pas un jour ou l’autre de les utiliser.

C’est sans doute pour des raisons de ce genre que les centaines de planètes extrasolaires découvertes aujourd’hui paraissent désertiques et sans vie, bien qu’elles se trouvent dans la zone habitable entourant leur soleil.

20/01/2022. Contre qui la France devrait-elle se préparer à mener une guerre de haute intensité ?

En France les chefs des différents corps d’armée ont été auditionnés en juillet par la nouvelle commission de la défense de l’Assemblée nationale. Les comptes rendus ont été publiés début août.

Plusieurs faiblesses ont été soulevées par les différents chefs d’état-major des armées. Si ces dernières années ont été marquées par des avancées, tel le programme Griffon qui concerne l’emploi de Véhicules Blindés Multirôles  déjà utilisés au Sahel ou la mise en service du SNA (sous-marin nucléaire d’attaque) Suffren, les moyens restent encore trop peu nombreux ou vétustes, ont fait savoir les chefs d’état-major, appelant ainsi à revoir à la hausse le budget de la défense alloué dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) – dépenses que l’État français consacre à ses forces armées – en cours (2019-2025).

Ceci dit, les besoins pourraient considérablement augmenter les prochaines années si la France s’engageait davantage dans ce que l’on nomme des guerres de haute intensité.

Mais contre quels adversaires de telles guerres pourraient-elles être déclarées. Une réponse de bon sens est qu’elles seraient nécessaires contre les communautés arabo-islamique ou les Etats qui les soutiennent plus ou moins ouvertement. Contre ces adversaires la Franee par sa tradition laique est l’adversaire à détruire en priorité. Or aujourd’hui déjà, les moyens de la police et de l’armée déployés dans la cinquantaine de villes et régions menacées par la véritable guerre civile recherchée par l’islamisme de combat sont déjà notoirement insuffisants. S’agirait-il de guerres de haute intensité ? Sans doute pas encore mais ces guerres pourraient le devenir rapidement, en France métropolitaine ou d’Outre-Mer.

En fait la guerre à laquelle pensent les « experts en stratégie » américains qui conseillent leurs homologues européens ne serait pas une guerre contre l’Islamisme ou contre la Chine mais contre la Russie. C’est ainsi qu’il faudrait se préparer à envoyer des escadrons de chars lourds allemands, britanniques ou français contre les chars russes T-90 ou leurs successeurs, le tout pour permettre à l’Ukraine restée indépendante de poursuivre ses trafics à la frontière de la Russie.

Chacun sait que si des guerres de haute intensité éclataient quelque part sur la planète elles aboutiraient très vite à des affrontements nucléaires de haute intensité auxquels nulle armée ne résisterait, quelque soient ses dotations budgétaires.

Pour en savoir plus

https://www.lefigaro.fr/international/defense-les-chefs-d-etat-major-reserves-sur-la-capacite-de-l-armee-francaise-a-mener-une-guerre-de-haute-intensite-20220814

19/01/2022. L’attrait croissant du nucléaire tactique

Le 16 janvier nous nous demandions si la Russie n’allait pas faire appel au nucléaire tactique (de faible intensité) en constatant qu’elle n’avait pas les moyens conventionnels (non nucléaires) de contrer les importantes ressources conventionnelles mises à la disposition de l’Ukraine par le bloc occidental .

Quelques jours plus tard, l’inquiétude n’est plus la même. Devant l’incapacité permanente de l’Ukraine soutenue par le bloc occidental à contrer la résistance de la Russie, ne serait-ce pas ce même bloc occidental qui ferait appel à du nucléaire tactique pour contraindre la Russie dont les succès actuels contre l’Ukraine l’inquiètent.

La raison en serait que les bases humaines, économiques et technologiques des industries militaires américaines en sont arrivées aujourd’hui à un point de rupture. Si le complexe militaro-industriel américain a conservé toute sa puissance d’influence politique, il lui faudrait au moins deux ans pour se donner les moyens de satisfaire aux exigences des forces armées américaines qui découleraient d’un affrontement, même limité avec leurs homologues russes.

Ceci d’autant plus que les Russes pourraient bénéficier très rapidement de la coopération avec la Chine. Cette coopération ne serait pas nécessairement en termes d’effectifs. Ainsi en est-il du porte-avions Fujian,  entièrement conçu et réalisé par la Chine. Il relève d’un programme de défense dont le budget a été multiplié par dix en quinze ans. Avec ce porte-avions, l’industrie navale chinoise démontre qu’elle maîtrise les technologies les plus modernes et qu’elle a les moyens financiers de les appliquer.

17/01/2022 Canon français Caesar

Le Caesar est en train de devenir aussi célèbre que le canon français de 75 lors de la Première Guerre Mondiale.

https://imagesdefense.gouv.fr/le-canon-caesar-au-sein-de-la-task-force-wagram

Source Wikipedia

Le camion équipé d’un système d’artillerie (CAESAr) est un canon automoteur français en service depuis la fin des années 2000 dans les Forces armées françaises et exporté dans plusieurs pays. Il s’agit d’un canon de 155 mm, long de 52 calibres (soit un peu plus de huit mètres1) monté sur la plate-forme arrière d’un camion, conçu et fabriqué par Nexter Systems à Bourges et intégré par Nexter sur son site de Roanne.

Il complète la gamme 155 mm équipant l’Armée française en fournissant un matériel intermédiaire entre la très grande facilité de projection mais la faible protection du personnel du canon tracté 155 TRF1 et la très haute protection (y compris NRBC) mais la faible mobilité des canons autotractés AuF1. Les cinq artilleurs sont peu protégés (davantage cependant que dans le cas d’un TRF1), mais ce canon est beaucoup plus mobile qu’un automoteur d’artillerie classique, notamment l’AuF1. Le véhicule a été initialement monté sur un camion 6 × 6. Une seconde version sur un châssis 8 × 8 est ensuite proposée, améliorant la protection des personnels.

Le coût unitaire du système est de 5 millions de dollars américains2,3 pour la version 6 × 6.

Historique

Le système CAESAr a été développé dans les années 1990 en tant que démonstrateur technologique par GIAT Industries. Révélé au public en 1994, un exemplaire de pré-production effectue des essais dans l’armée de terre quatre ans plus tard4.

En décembre 2004, la délégation générale pour l’Armement octroie à Giat Industries l’équivalent de 358 millions de dollars US pour la construction de 72 canons automoteurs, considérant cette option plus économe que le programme de modernisation AuF2. En juillet 2008, le premier système CAESAr est réceptionné5.

Le coût opérationnel est annoncé par le constructeur Nexter comme particulièrement économique, notamment en regard du coût opérationnel des automoteurs blindés, avec un coût de possession quatre fois moindre qu’un automoteur blindé à chenilles et équivalent à celui d’un canon tracté avec son tracteur.

Son coût de maintenance serait trois fois moindre que celui d’un automoteur blindé à chenilles par la facilité d’entretien du châssis6.

D’après Nexter, il a été produit en février 2017 à 270 exemplaires, a tiré plus de 80 000 obus et « couvert une distance de plus d’un million de kilomètres »

Au premier septembre 2022, 474 pièces ont été commandées, 110 par l’armée française et 364 par des armées étrangère : Arabie Saoudite (132), Belgique (28), Danemark (19), Indonésie (55), Maroc (36), République tchèque (52), Thaïlande (6) et Lituanie (18). La France a par ailleurs fourni en 2022 18 pièces à l’Ukraine, prélevées sur sa dotation. Au premier septembre 2022, environ 284 de ces unités sont livrées et en service, 58 en France et 226 à l’étranger7,8,9,10,11,12,13,14.

Caractéristiques

Type Automoteur léger d’artillerie.

Châssis.

Deux types de châssis sont proposés : 6 × 6 tout-terrain (Renault Sherpa 5 pour la France et SoframeMercedes-Benz Unimog U2450 ou Tatra 815 pour l’export, aérotransportable en classe C-130H avec un seul fardeau et en classe A400M), 8 × 8 tout-terrain (Tatra 815, aérotransportable en classe A400M)

Mobilité

Les différents châssis offrent une grande mobilité en termes de franchissement : pente de 40 %, dévers de 30 %, gué jusqu’à 1,20 m. Un système de télégonflage permet d’adapter au mieux la pression des pneumatiques en fonction du type de sol rencontré. Le véhicule peut atteindre 100 km/h sur route et 50 km/h en tout-terrain

Armement

Canon de 155 mm / 52 cal. conforme au NATO Joint Ballistics Memorandum of Understanding (JBMoU) ERO (18 coups en version 6 × 6 et 36 coups en version 8 × 8) à chargement semi-automatique.Portée4,5 km à 42 km (obus Extended Range, Full Bore), plus de 50 km (obus roquette) et jusqu’à 80 km avec des charges propulsives déclenchées en différé, jusqu’à 2 000 m en tir direct.Capacité de tir6-8 coups/min.

Guidage

Pointage par centrale inertielle, conduite de tir par calculateur.

Munition

Toute munition de 155 mm au standard OTAN comme l’obus BONUS antichar spécifiquement proposé avec cette pièce d’artillerie et utilisé pour la première fois au combat le 3 décembre 2018 ou de type ERFB ou le M982 Excalibur qualifié en 2019. Un obus F1 a une flèche maximale (altitude atteinte par le projectile) de 14 772 m pour un tir plongeant à 38 km, et de 19 456 m pour un tir vertical à 34 km17.

Chaque pièce dispose de son propre calculateur balistique intégré et autonome ainsi que de son système de navigation dont la pièce essentielle est une centrale de navigation inertielle SAGEM sigma 30 avec une performance en cap de l’ordre du centième de degré. Le pointage est automatique et ne demande aucune action humaine. La position de l’objectif peut être introduite par l’équipage ou par transmission de données radios depuis un centre de commandement ou un observateur avancé. Toutes ces opérations d’acquisition de données (objectif, paramètres météo…) et de calcul balistique sont effectuées en temps masqué lorsque la pièce rallie son point de tir.

L’ensemble de ces dispositifs permet de réduire à moins de trois minutes le délai entre l’arrivée sur le point de tir (moins de 60 secondes pour la mise en batterie) et le départ (moins de 40 secondes pour la sortie de batterie), après avoir délivré une salve de six coups, rendant inefficaces les tirs de contre-batterie. Il s’agit de la tactique dite de Tire et détale.

Le CAESAr est basé sur un concept de mobilité qui répond aux nécessités de projection des forces sur des théâtres extérieurs. Son aéro-transportabilité sans préparation sur C-130 en version 6 × 6 en est la meilleure illustration. La version 8 × 8 est quant à elle aérotransportable par A400M.

Précision de tir : l’essentiel de la précision est donnée par le système de navigation (sigma 30) qui donne l’attitude du tube de 155 mm avec une grande précision, laquelle peut être accrue en cap si le véhicule porteur se donne du temps pour un alignement très précis (s’il est immobile durant environ 30 secondes).

Le problème de l’estimation d’attitude étant réglé au mieux, reste à connaître sa propre position, le GPS (GNSS) est couplé avec la centrale SAGEM pour une position GPS éventuellement filtrée avec quelques mètres d’erreur. La position de la cible est supposée bien connue (rôle des renseignements militaires). La précision de tir est alors donnée par la qualité de l’obus, qui est apparié. Un radar Doppler en sortie de tube peut encore améliorer la précision (on estime précisément la vitesse obus en sortie de tube en fonction de la qualité des charges propulsives qui est plus ou moins dispersée). On annonce une précision de tir à 40 km de moins de 50 mètres, et même moins si les conditions météo sont optimales (pas de vent). Le CAESAr peut avoir une portée jusqu’à 80 km, avec des charges propulsives qui poussent plus longtemps, la précision est alors moindre.

16/01/2021. La Russie fera-t-elle appel au nucléaire tactique ?

Arrêtés dans leur offensive par des Ukrainiens plus résistants que ce qu’ils avaient prévu, les Russes n’ont guère progressé depuis la prise des villes de Lyssytchansk et de Severodonetsk, dans le Donbass, au début de l’été 2022  

En septembre, ils ont eu beaucoup de mal à arrêter la contre-offensive lancée par Kiev dans la région de Kharkiv. En novembre, ils ont dû abandonner la rive droite du Dniepr et la ville de Kherson, dans le Sud, après que leurs lignes de ravitaillement ont été coupées par les Ukrainiens. Depuis, c’est le statu quo, même si les mercenaires russes du Groupe Wagner disent avoir pris Soledar, un bourg du Donbass proche de Bakhmout, ville de 70 000 habitants où les combats font rage depuis quatre mois.

Ces affrontements ont été meurtriers pour l’armée russe. L’état-major ukrainien affirme avoir tué plus de 113 000 soldats russes depuis le 24 février 2022, l’équivalent de la moitié du contingent envoyé par le Kremlin. Un chiffre impossible à vérifier, mais en partie validé par les militaires occidentaux.

Pour regarnir ses troupes, Vladimir Poutine a signé, le 21 septembre 2022, un décret ordonnant la « mobilisation partielle » de quelques 300 000 hommes. Ce recrutement a été difficile, l’armée russe n’ayant plus les officiers ni les infrastructures pour former et équiper ces troupes en même temps. Il semble néanmoins avoir des effets, vu les effectifs engagés.

Rappelons qu’au delà de la mobilisation, le pouvoir russe utilise aussi les conscrits pour augmenter sa présence sur le terrain.. Chaque année, quelques 250 000 hommes de 18 à 27 ans sont appelés à faire leur service militaire. Officiellement, ils ne sont pas envoyés en Ukraine. Mais en fait ils pourront l’être après quelques mois de service. Par ailleurs le Groupe Wagner, qui se substitue progressivement à l’armée russe, met en ligne environ 50 000 mercenaires sur le terrain, alimentés notamment par les détenus recrutés dans les prisons russes en échange d’une remise de peine.

Il ne faut pas exclure l’éventualité d’une deuxième vague de mobilisation russe, après celle engagée en septembre 2022 – d’autant que Vladimir Poutine n’y a pas formellement mis fin par décret. Selon Vadym Skibitsky, chef adjoint du renseignement militaire ukrainien, cité le 6 janvier par le quotidien britannique The Guardian, la Russie s’apprêterait à appeler 500 000 hommes supplémentaires sous les drapeaux, ce qui pourrait potentiellement porter ses effectifs en Ukraine à près de 1 million de soldats.

Cette crainte d’une nouvelle mobilisation est d’autant plus importante que la société russe ne s’y oppose pas, contrairement à ce qu’espéraient les Occidentaux. Certes, plusieurs centaines de milliers d’hommes ont fui la Russie à l’annonce de la « mobilisation partielle » de septembre 2022, mais la répression et la propagande présentant le conflit ukrainien comme une réponse à l’agressivité de l’Occident maintenant la population dans un état de résignation.

Effrayés par ces perspectives, les Occidentaux alliés de l’Ukraine ont donné un nouveau coup d’accélérateur à leur aide militaire et décidé de lui livrer des blindés légers, chose qu’ils s’étaient jusqu’ici refusés à faire. Le 5 janvier, les Etats-Unis ont ainsi annoncé l’envoi de 50 véhicules Bradley et se sont engagés à former chaque mois 500 militaires ukrainiens à leur usage, soit l’équivalent d’un bataillon. De leur côté, l’Allemagne a promis 40 blindés de combat d’infanterie Marder et la France « plusieurs dizaines » de chars légers AMX-10 RC. Washington étudierait aussi l’envoi de Stryker, un autre blindé de transport de troupes, successeur du Bradley.

Surtout, la pression monte parmi les pays européens pour fournir des chars lourds à Kiev. La Pologne et la Finlande se disent prêtes à livrer des Leopard 2, l’un des engins terrestres les plus puissants, mais doivent pour cela obtenir l’autorisation de l’Allemagne, qui les fabrique. Jusqu’ici, Berlin hésite, par peur d’une escalade avec Moscou. Mais sa position devient chaque jour plus intenable. Les pays alliés de l’Ukraine ont prévu de se retrouver de nouveau sur la base américaine de Ramstein (Allemagne), afin de coordonner leurs livraisons d’armes. De nouvelles annonces seraient en préparation.

Dans ces conditions, ne peut-on craindre que la Russie n’utilise un certain nombre d’armes nucléaires dites tactiques pour arrêter les offensives et contre offensives ukrainiennes soutenues par Washinton et certains membres de l’Otan.

Ces derniers mois la Russie a multiplié les références à son arsenal nucléaire « tactique » en guise de menace d’intensification de sa guerre en Ukraine. Joe Biden, le président américain, y a fait une référence directe en évoquant  le risque d’un « Armageddon » nucléaire si Moscou avait recours à de telles armes sur le champ de bataille.

Que sera alors la position de la France, puissance nucléaire revendiquée?. Les optimistes répondront que, Dieu merci, la bombe française n’est que stratégique.

15/01/2023 Armes hypersoniques. Pourquoi ce retard américain persistant ?

Disposer d’armes hypersoniques représente un réel avantage pour les forces armées. Ce type d’armement se déplace en effet à des vitesses très rapides – supérieures à Mach 5, soit 6.174 km/h –, à des altitudes plus basses que les missiles balistiques et peuvent également manœuvrer pour échapper aux systèmes de défense antimissile. Des avantages qui font des missiles hypersoniques des armes redoutables, car plus difficilement détectables.

Noua avions indiqué précédemment à propos des armes de nouvelles générations développés par la Russie, que 2 ou 3 des missiles de type Avangard russes lancées en essaim sur un porte-avion américain pourraient le mettre hors service en quelques minutes. Or le coût moyen d’un tel porte avion, sans mentionner celui de ses avions, serait comme pour le dernier-né des porte-avions américain (classe Gérald Ford) de 11,7 milliards d’euros.

On aurait pu penser que le Pentagone, conscient de son retard, aurait considérablement investi pour le combler. Or ce ne semble pas être encore le cas. Le Pentagone a en effet indiqué que les derniers tests hypersoniques militaires n’avaient pas été concluants et ce, malgré de premiers essais réussis.

Pour en savoir plus

https://fr.businessam.be/dans-la-course-aux-armes-hypersoniques-les-etats-unis-font-moins-bien-que-la-russie-et-la-chine/

14/01/2023. Renforcement de la collaboration diplomatique voire militaire entre Washington et Tokyo

Le temps n’est plus où pendant la seconde guerre mondiale les forces japonaises avaient failli éliminer la présence militaire américaine du Pacifique sud. Aujourd’hui le Japon est un fidèle second de l’armée américaine face aux menaces chinoises dans cette même partie du monde

C’est ainsi que le premier ministre japonais Fumio Kishida vient d’entreprendre une tournée en Europe et en Amérique du Nord destinée à renforcer les liens militaires. Il se rendra en Grande-Bretagne et en Italie, partenaires d’un accord conclu le mois dernier pour la construction de nouveaux avions de combat avancés. Il devrait également signer en Grande-Bretagne un accord visant à établir le cadre des visites des forces militaires de l’autre pays.

La dernière étape de Kishida sera les États-Unis, où il s’entretiendra avec Joe Biden à la Maison-Blanche pour discuter de la collaboration militaire, de l’achat par le Japon de missiles américains et des efforts qui visent à bloquer l’accès de la Chine aux semi-conducteurs avancés produits par les firmes japonaises.

Dans le cadre de la guerre économique des États-Unis contre la Chine, Biden a imposé une série d’interdictions sur la vente à la Chine de puces informatiques de la dernière génération ou des machines nécessaires à leur design et à leur fabrication. Les ministres japonais de la Défense et des Affaires étrangères tiendront une série de discussions sur ces sujets avec leurs homologues américains à Washington.

Dans le même temps, les États-Unis s’apprêtent à effectuer un voyage officiel provocateur à Taïwan, une île qu’ils reconnaissent de facto, dans le cadre de la politique de la Chine unique, comme faisant partie de la Chine et dont Pékin se dit le gouvernement légitime. Terry McCartin, le principal responsable américain du commerce avec la Chine, doit arriver à Taipei à la tête d’une délégation qui comprendra des fonctionnaires d’autres agences gouvernementales.

Le Japon suivra attentivement tous ces contacts qui pourraient se traduire par une demande américaine d’appui diplomatique voire militaire.

13/01/2023. Fusion nucléaire. Le NIF, un concurrent pour Iter

Pour la première fois, un système de fusion nucléaire a produit plus d’énergie qu’il n’en a consommé pour ce faire. Autrement dit la fusion nucléaire paraît sur la voie de réussir le pari entrepris depuis plusieurs années par des centaines d’ingénieurs, fournir à l’humanité l’énergie de fusion nucléaire capable de se substituer dans de bien meilleures conditions à l’énergie de fission désormais produite par une centaine de centrales répartie dans le mon entier

Le principal inconvénient de la fission, qui se fait entre deux atomes lourds tels que ceux l’uranium, est qu’elle produit des déchets radioactifs extrêmement virulents. De plus l’uranium qu’elle utilise se fait relativement rare et devient un enjeu géopolitique mondial.

 La fusion est le rapprochement de deux noyaux atomiques légers de deutérium et de tritium pour donner un atome d’hélium, qui est le noyau léger le plus stable de l’Univers et qui n’est pas radioactif . Par contre la fusion se fait à des conditions de température et de pressions supérieures à celles du soleil. Une fois lancée, elle peut s’autoentretenir .

L’objectif principal d’Iter est de générer des « plasmas en combustion » et d’en comprendre le comportement. Dans un plasma en combustion, l’énergie libérée par le noyau d’hélium issu de la réaction de fusion deutérium-tritium est suffisante pour entretenir la température du milieu, réduisant ainsi, voire supprimant totalement le besoin de recourir à des systèmes de chauffage externes.

Iter doit également mettre en œuvre et assurer l’intégration de l’ensemble des technologies essentielles au fonctionnement d’un réacteur de fusion industriel (aimants supraconducteurs, télémanipulation en milieu extrême, extraction de puissance, etc.). Le programme doit en outre valider les différents concepts de « modules tritigènes » qui permettront aux futurs réacteurs de produire au sein même de la machine le tritium indispensable à leur fonctionnement.

Aux Etats-Unis, pour produire l’énergie nécessaire, outre une participation comme le font une cinquantaine d’ Etats à Iter, les chercheurs utilisent les services du National Ignition Facility, ou NIF ; Ceui-ci est un laser de recherche extrêmement énergétique, construit au sein du laboratoire national Lawrence Livermore, à Livermore (Californie)

Le National Ignition Facility utilise la technique du confinement inertiel pour permettre aux scientifiques d’étudier la fusion nucléaire et les autres domaines d’utilisation des plasmas extrêmement denses. La mise en œuvre de ce concept dans le NIF utilise 192 faisceaux laser de grande puissance, qui, après un parcours d’environ 300 mètres, sont focalisés sur une cible située au centre d’une « chambre d’expériences », sphère métallique de dix mètres de diamètre. La cible, constituée d’une capsule recouverte de béryllium renfermant un mélange de deutérium et de tritium servant de combustible de fusion, est ainsi comprimée jusqu’à des densités de 900 kg/dm3, soit environ six fois la densité du centre du Soleil.

L’ensemble développera une puissance de 500 térawatts (mille fois la puissance électrique produite à tout instant par les États-Unis, en 2010), mais pendant une période de quelques nanosecondes (milliardièmes de seconde) seulement, pour parvenir à l’effet désiré. Le résultat espéré est la réalisation de réactions de fusion nucléaire auto-entretenues.

La fin de la construction du NIF était prévue pour 2009, la première ignition étant planifiée pour 2010. Dans la proposition d’origine, au début des années 1990, le coût d’un « super laser » avait été estimé à moins de 700 millions de dollars. En 2009, l’évaluation du coût total de l’installation est comprise entre 3,5 et 6 milliards de dollars.

Fusion réalisée le 5 décembre 2022

Lors d’un test opérationnel, le 8 août 2021, il a semblé que la fusion ait été réalisée, produisant une énergie égale à 70 % de l’énergie laser mise en jeu et émettant un excès de neutrons compatible avec une réaction en chaîne. On a utilisé du diamant comme conteneur de la cible

Près d’un an plus tard, les tentatives pour reproduire la quasi-fusion réalisée en août 2021 ayant échoué, les responsables du programme ont décidé de chercher à augmenter l’énergie du laser et à accroître l’efficacité de la cible.

Le résultat a été positif. Le 5 décembre 2022, le NIF a atteint le seuil où l’énergie produite est supérieure à l’énergie consommée : ses 192 lasers ont concentré 2,05 MJ sur la cible, qui en fusionnant a dégagé 3,15 MJ ; mais l’expérience a nécessité d’emprunter à peu près 300 MJ du réseau général. Il faudra encore quelques années pour parvenir à la fusion commerciale.

Cependant le résultat a été jugé tellement important qu’il a été annoncé par la secrétaire américaine à l’Energie Jennifer Granholm, depuis Washington : « C’est un exploit historique pour les chercheurs du NIF  qui ont consacré leur carrière à rendre possible l’ignition par fusion, une étape majeure qui suscitera sans doute encore plus de découvertes. » 

Cela faisait 70 ans, en effet, que la communauté scientifique cherchait à produire en laboratoire et de manière contrôlée un tel phénomène.