Editorial au 01/01/2023 ..La gravitation quantique à boucles

L’excellente revue française Futura-sciences vient de publier un article en ligne précisant le concept encore obscur pour certains de gravitation quantique à boucles.

On le trouve à l’adresse ci-dessous
https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/physique-gravitation-quantique-boucles-8832/

Nous avons demandé à Futura-sciences l’autorisation de le republier sous une forme plus scolaire. On le trouvera ici .

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Abhay Ashtekar est l’un des découvreurs et des pionniers fondateurs de la gravitation quantique à boucles, l’une des principales voies explorées pour résoudre avec la mécanique quantique les mystères livrés par la théorie de la relativité générale lorsqu’on l’applique aux trous noirs et au Big Bang. Futura a eu l’occasion de l’interviewer lorsqu’il s’est rendu à un symposium organisé par la Fondation Archimedes.SIE en octobre 2022, à Saint-Raphaël. C’est aussi l’occasion de présenter un peu la cosmologie quantique à boucles.

Abhay Ashtekar est directeur de l’Institute for Gravitation and the Cosmos à l’Université d’État de Pensylvanie aux États-Unis, l’un des découvreurs et des pionniers fondateurs de la gravitation quantique à boucles, notamment avec ses collègues Carlo Rovelli et Lee Smolin.

Il a passé sa thèse avec Robert Geroch, un des grands noms des développements modernes de la théorie de la relativité générale des années 1960 à 1970, lui-même ancien thésard de John Wheeler, le directeur de thèse de Richard Feynman, et l’un des pionniers du renouveau de la théorie de la gravitation relativiste d’Einstein pendant cette période.

Les cours de Robert Geroch sur la relativité générale et la géométrie différentielle, par leur profondeur conceptuelle et leur accessibilité pour le débutant ayant entendu parler des découvertes de Stephen Hawking et Roger Penrose, peuvent être comparés à ceux, mondialement célèbres, de Richard Feynman en physique.

On explique souvent qu’une théorie de gravitation quantique se propose de combiner la théorie de la relativité générale — décrivant un espace-temps qui peut se courber et se déformer comme un tissu élastique dans l’infiniment grand — avec les lois de la mécanique quantique qui furent découvertes quand on a cherché à comprendre le monde des atomes, et comment ils pouvaient absorber et émettre de la lumière, par exemple lorsque l’on chauffe du métal dans un four — c’est précisément ce qui donne le spectre du corps noir, un spectre universel pour le rayonnement d’un corps chaud à l’équilibre thermique.

Une théorie quantique de la gravitation est certainement un des graals de la physique moderne sur laquelle Niels Bohr  et Albert Einstein avaient sûrement des avis divergents. Bien qu’absolument fascinante, une exposition des idées d’une telle théorie et les raisons, qui ont fait que des chercheurs comme Abhay Ashtekar ont dédié une partie de leur vie à cette quête, ne sont sans doute pas immédiatement accessibles. Mais Futura a eu la chance de l’interviewer lors d’un symposium organisé par la Fondation Archimedes.SIE en octobre 2022, à Saint-Raphaël.

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Il existe plusieurs voies possibles pour construire une théorie quantique de la gravitation et percer avec elle les énigmes du Big Bang et des trous noirs.

Abhay Ashtekar est donc, comme on l’a dit, à l’origine d’une de ces voies :  la gravitation quantique à boucles.

Pour aider le grand public à aller tout de suite au cœur de la question avec lui, il est peut-être utile de commencer par faire une analogie entre les premiers travaux sur la physique quantique et ceux sur la gravitation quantique.

Pour cela, on peut expliquer qu’il y a plus d’un siècle, lorsque les physiciens classiques ont cherché à comprendre les atomes avec les lois de la physique qu’ils connaissaient, ils devaient en conclure que les atomes n’étaient pas stables et que les électrons tournant autour des noyaux devaient s’effondrer sur eux en donnant donc une matière très dense.

Mais les lois de la mécanique quantique gouvernées notamment par la célèbre  équation de Schrödinger  stoppent cet effondrement et expliquent finalement toutes les propriétés des atomes.

Cette équation gouverne dans le cas d’une particule ce que l’on appelle sa fonction d’onde qui décrit dans l’espace la probabilité pour la particule de se retrouver dans un état mesurable en un point. Il existe, en effet, une onde de matière similaire à une onde lumineuse pour un grain de lumière, un photon. Plus généralement, la fonction d’onde décrit l’ensemble des valeurs d’un système quantique, pas nécessairement sous la forme d’une sorte d’onde ou de particule classique, que l’on peut attribuer à ce système lors d’une mesure dont les valeurs sont gouvernées par des probabilités — le concept de fonction d’onde est en fait beaucoup plus subtil que l’aperçu partiel que donnent ces explications.

Or on a découvert plus tard, grâce aux travaux conjoints des prix Nobel de Physique Subrahmanyan Chandrasekhar et Roger Penrose que des étoiles suffisamment massives en fin de vie, ayant épuisé leur carburant nucléaire, devaient théoriquement s’effondrer gravitationnellement sur elles-mêmes au point de devenir plus petites qu’un atome et même d’atteindre une densité infinie où l’espace, le temps et les lois connues de la physique s’anéantissent : autrement dit, une singularité de l’espace-temps.

C’est une prédiction de la théorie de la relativité générale classique et on aboutit alors à la naissance d’un trou noir stellaire. On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec l’instabilité des atomes de la physique classique, avant la découverte de la mécanique quantique.

La théorie d’Einstein nous apprend aussi que le film du comportement de la géométrie de l’espace-temps et de la matière qui s’effondrent à l’intérieur d’une étoile qui va devenir un trou noir ressemble, en inversant le sens du temps dans ce film, à l’expansion de l’espace au moment du Big Bang. Peut-on donc transposer les raisonnements de la théorie de la gravitation quantique à boucles avec les trous noirs et au Big Bang lui-même et quelles modifications du scénario standard du Big Bang du début des années 1970 peut-on alors déduire dans le cadre d’une cosmologie quantique à boucles ?

D’où les questions que nous avons posées à Abhay Ashtekar et la traduction ci-dessous de ses réponses. Il nous faut toutefois ajouter quelques considérations de plus à ces prolégomènes.

Vers 1980, plusieurs auteurs (Brout, Englert, Starobinski, Guth, Linde) ont introduit, d’une façon ou d’une autre, une phase dite d’inflation primordiale qui se serait produite très peu de temps après le début de l’expansion du cosmos observable. Même si celui-ci était au début l’équivalent d’un ballon de rugby (la géométrie étant donc anisotrope car non comparable selon les directions du regard dans cet univers), bosselé (donc inhomogène en densité de matière et d’énergie) et en rotation (rien ne l’y oblige mais c’était peut-être le cas), un mécanisme d’accélération exponentiellement rapide, mais transitoire de l’expansion de l’espace, se serait manifesté…, le cosmos grandissant tellement qu’il nous parait aujourd’hui sans rotation (une patineuse qui étend ses bras en tournant sur elle-même ralentit), quasiment plat et en accord avec l’un des modèles cosmologiques homogènes et isotropes dit de Friedman-Robertson-Walker (FRW).

Il existe plusieurs causes possibles à ce phénomène, qui constituent une classe de théories dites inflationnaires en cosmologie. On peut donc se poser la question aussi de savoir ce qu’une théorie quantique de la gravitation pourrait nous dire au sujet de cette mystérieuse phase d’inflation que l’on introduit pour diverses raisons et qui a déjà conduit à quelques prédictions testables comme l’explique plus en détail cette vidéo de l’astrophysicien Patrick Peter.

Question.

 La théorie de la gravitation quantique à boucles peut nous permettre de comprendre les propriétés des trous noir , c’est-à-dire ce qui se passe quand une étoile devient un trou noir. Existe-t-il une sorte d’équation de Schrödinger de la gravitation dans cette théorie de sorte que les trous noirs seraient un peu au développement de la gravitation quantique ce que l’atome d’hydrogène a été à celui de la mécanique quantique ?

Il est en effet vrai qu’il y a une analogie étroite entre la physique atomique et la gravitation quantique à boucles. Dans le cas de la physique atomique, si je regarde l’écran en face de l’ordinateur  il semble être un objet complètement continu. Mais si je le place sous un microscope électronique, je verrai qu’il a une structure atomique, une structure discrète. De nos jours, la relativité générale nous dit que la géométrie de l’espace-temps est une entité physique. Elle peut agir sur la matière et la matière peut agir sur elle. Mais, comme la matière a une structure atomique, une question naturelle se pose, la géométrie a-t-elle une structure atomique ?

La gravitation quantique à boucles prend très au sérieux une leçon centrale de la relativité générale, à savoir que la géométrie de l’espace-temps n’est pas un fond, une scène sur laquelle les phénomènes se produisent mais est elle-même une entité physique ; par conséquent, nous nous attendons à ce que la nature quantique, la structure quantique de cette entité physique doivent se présenter sous la forme d’atomes de l’espace-temps lui-même. C’est ce qui distingue la gravitation quantique à boucles des autres approches en gravité quantique, autres approches qui tentent aussi d’unifier la relativité générale et la mécanique quantique.

Comme vous le dites, une autre question naturelle se pose, avons-nous une équation similaire à l’équation de Schrödinger et cela résout-il des problèmes tout comme la stabilité des atomes était un problème pour la mécanique quantique ?

La réponse aux deux interrogations est oui.

Il y a en effet des versions quantiques des équations d’Einstein qui ont été écrites en utilisant la gravitation quantique à boucles, au moyen de certaines variables que j’ai introduites pour décrire la relativité générale et les utiliser pour en obtenir une version en mécanique quantique. Par conséquent, nous avons des équations nouvelles.

Ces équations incorporent la structure atomique de l’espace-temps d’une façon fondamentale. Aujourd’hui, quand nous nous tournons vers des objets complexes comme les étoiles et les trous noirs, ce que nous faisons c’est en utiliser des versions simplifiées. Ces équations fondamentales sont comme l’équation de Schrödinger mais soumise à des approximations comme on en fait d’ailleurs par exemple pour décrire avec elle les molécules en chimie

Elles sont appelées des équations effectives, autrement dit ce sont des équations qui capturent l’essentiel de la structure atomique, de la structure quantique de la géométrie de l’espace-temps.

Ces équations mènent alors à la conclusion que le problème des singularités (comme celle au centre du plus simple des trous noirs, le trou noir de Schwarzschild et aussi la singularité au début de l’Univers prévue par la relativité générale, la singularité du Big Bang) est naturellement résolu car elles y sont naturellement absentes.

Autrement dit, le problème de ces pathologies des équations classiques d’Einstein est en fait éliminé par les équations de la gravitation quantique à boucles.

Question .

Comment peut-on tester les prédictions de la gravitation quantique à boucles et celles de la cosmologie quantique à boucles ?

Dans le cas de la cosmologie quantique, autrement dit dans le cas du Big Bang, l’on trouve des travaux plus détaillés en gravitation quantique à boucles que dans le cas des trous noirs. La raison en est qu’en cosmologie, on dispose de bien plus de symétries et, chaque fois qu’en physique il y a beaucoup de symétries, les équations se simplifient.

Dans le cas de la cosmologie quantique à boucles, en fait, on a un analogue de l’équation de Schrödinger et cette équation gouverne une fonction d’onde de l’Univers. On peut voir en utilisant l’état actuel de l’Univers décrit par cette fonction d’onde — un univers très homogène et isotropique — qu’en renversant l’évolution de cette fonction d’onde en remontant dans le temps vers le Big Bang, cette équation reste valable alors que les équations classiques d’Einstein de la relativité générale cessent d’être valables au début du Big Bang.

L’analogue de l’équation de Schrödinger pour la cosmologie quantique à boucles avec sa fonction d’onde de l’Univers s’applique toujours et nous dit que l’on peut continuer à faire évoluer l’espace-temps à travers la région qui était occupée par la singularité du Big Bang.

Toutes les quantités physiques restent alors finies, la courbure de l’espace reste finie, la densité de matière reste finie et on peut continuer plus loin en arrière dans le temps.

En ce qui concerne la question des tests observationnels, une question qui bien sûr est importante, l’Univers primitif constitue pour nous un excellent laboratoire pour tester ces équations. Maintenant, notre connaissance de l’Univers primitif vient principalement des propriétés du rayonnement du fond diffus cosmologique et la majorité des propriétés de ce rayonnement, les dernières ayant été découvertes grâce à la mission Planck, sont en accord avec les prédictions théoriques. Mais, de façon intéressante, il y a certaines anomalies, certaines petites caractéristiques, qui ne sont pas en accord avec le scénario standard de l’inflation cosmologique.

Ce qui pose naturellement la question de savoir si quelque chose comme la gravitation quantique à boucles, qui va au-delà de la théorie classique d’Einstein (et au-delà du régime où débute le scénario inflationnaire standard) peut résoudre le problème de ces anomalies dans le rayonnement fossile.

Cette question a été analysée en grands détails au cours des cinq dernières années et, en effet, un certain nombre de ces anomalies sont devenues moins problématiques. Plus précisément elles sont devenues statistiquement plus plausibles, de sorte que nous n’avons pas à supposer que nous vivons dans un Univers improbable.

Dans le cadre du scénario inflationnaire standard, rendre compte d’une anomalie n’est pas trop difficile mais, si on a plus de deux anomalies, alors cela signifierait que l’on vit dans univers exceptionnellement improbable. Mais, en gravitation quantique à boucles, le problème n’est pas aussi aigu de sorte que les prédictions théoriques et les observations sont en harmonie. C’est ce à quoi on devait s’attendre si nous ne vivons pas dans un Univers exceptionnel. Donc, cette diminution des tensions avec les anomalies est un bon signal.

Cela mène aussi à une prédiction. Il se trouve que le modèle cosmologique standard est basé sur 6 ou 7 paramètres dont l’un possède une valeur avec la plus grande incertitude. Techniquement ceci est appelé la profondeur optique [ndlr, la profondeur optique en astrophysique décrit la façon dont un milieu matériel absorbe partiellement ou totalement la lumière qui le traverse ].

La valeur de  la profondeur optique a changé quelque peu au cours des missions spatiales de Cobe à Planck en passant par WMap. Ce que nous avons trouvé est que la gravitation quantique à boucles donne une correction de 10 % à la prédiction du modèle de l’inflation du modèle cosmologique standard du Big Bang. Il y a maintenant des missions pour tester, mesurer la profondeur optique de façon indépendante des autres paramètres.

Il y a donc une prédiction et nous verrons si la cosmologie quantique à boucles est en accord ou pas avec cette prédiction.

C’est très excitant car, pour la première fois, quelque chose de très fondamental, des équations de la gravitation quantique, seront confrontées à des observations. Pour moi, c’est un grand plaisir de voir que nous sommes arrivés à un état de développement où la gravitation quantique n’est plus une théorie mathématique abstraite perchée au-dessus de tout, hors de portée des moyens expérimentaux technologiquement possibles, mais que nous pouvons maintenant la comparer aux observations.

Question

Einstein pensait qu’il devrait être possible non seulement d’unifier la force électromagnétique avec la gravitation avec une nouvelle généralisation de la géométrie de l’espace-temps courbe mais aussi déduire les particules de matière de cette géométrie. La gravitation quantique à boucles permet-elle de revisiter le programme d’Einstein en introduisant des effets de la géométrie quantique de l’espace-temps ?

Oui, en principe il est possible que même les particules élémentaires, les particules de matière, soient vraiment des excitations de la géométrie. C’était quelque chose qui avait été proposé par John Wheeler et il y a eu aussi des perspectives excitantes en gravitation quantique à boucles montrant que cela pourrait arriver via une application de la théorie des nœuds. Mais, actuellement, il n’y a vraiment pas d’indications sérieuses, il n’y a pas de calculs bien développés qui pourraient finalement déboucher sur une connexion de la géométrie quantique de la gravitation quantique à boucles avec les particules fondamentales de la physique.

Il n’existe en effet toujours pas à ce jour de voie que nous ne connaissions pour unifier les idées de la géométrie quantique de la gravitation quantique à boucles avec la physique des particules.

Donc, pour le moment, ce programme n’est pas accompli. C’est très différent de la situation avec le Big Bang et les trous noirs où se manifeste la géométrie de la gravitation quantique à boucles. Donc, c’est une frontière à explorer où il reste beaucoup de travail à faire pour les décennies à venir.

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La gravitation quantique selon Wheeler et DeWitt

Pour ceux, avec déjà un certain bagage en physique et mathématique, il est possible de compléter certaines des explications données par Abhay Ashtekar avec les commentaires ci-dessous

Le sujet de la gravitation quantique est extrêmement vaste et il faudrait probablement des centaines de pages pour lui rendre justice. Il est bien connu que l’application de la mécanique quantique aux équations de la relativité générale d’Einstein conduit à des divergences infinies lorsque l’on cherche à coupler le champ de gravitation à la matière. Il existe toutefois des situations où l’on peut faire des calculs approximatifs de gravitation quantique sans que des quantités infinies incontrôlables n’émergent. C’est le cas dans certains modèles de cosmologie simples décrits par ce que l’on appelle la gravitation quantique canonique, et introduits dans les années 1960 par John Wheeler et surtout Bryce DeWitt pour l’essentiel.

Pour faire court, on cherche à appliquer les règles de quantification standards dites canoniques aux équations d’Einstein, ce qui veut dire que l’on cherche à mettre ces dernières sous une forme dite « hamiltonienne » bien connue avec la mécanique analytique. Il faut pour cela introduire, comme pour la mécanique d’un système de particules, un espace de configuration et une fonction hamiltonienne H représentant en quelque sorte l’énergie totale du système champ de gravitation+matière (mais inutile de préciser vraiment ici ce qu’il faut entendre à ce sujet qui est en fait assez subtil et n’est pas nécessaire pour cet exposé).

De même qu’un point dans l’espace de configuration en mécanique analytique classique représente un ensemble de positions possibles pour des particules en mouvement sous l’action de forces, un point dans l’espace de configuration du champ de gravitation représentera un état possible de la géométrie de l’espace-temps courbé par la présence de matière, et plus généralement par la présence d’impulsions et d’énergies.

On a donné un nom à une construction basée sur cet espace de configurations de l’espace-temps : le super-espace (à ne pas confondre avec celui de la supergravité).

On peut alors construire une équation de Schrödinger avec une fonction d’onde dont le carré donne la probabilité de trouver la géométrie de l’espace-temps dans un état donné. C’est en fait  l’équation de Wheeler-DeWitt. Le problème est que, contrairement au cas avec N particules, la géométrie de l’espace-temps est décrite par un champ de tenseurs à 10 composantes défini en chaque point de l’espace-temps. Comme il y en a une infinité, on comprend aisément que la résolution d’une telle équation n’est pas chose facile. Cependant, si l’on fixe par avance une classe de géométries possibles ne dépendant que d’un petit nombre de paramètres, certains calculs sont alors faisables.

Cela revient à tronquer l’espace de configuration précédant en « gelant » des degrés de liberté pour ne plus garder qu’un mini super-espace.

Le cas le plus simple est celui où l’on prend les modèles cosmologiques homogènes et isotropes de Friedman-Robertson-Walker (FRW) avec, comme origine du champ de gravitation, le champ le plus simple que l’on puisse imaginer : un champ scalaire Φ décrit par une équation de Klein-Gordon avec un potentiel V(Φ). L’évolution dans le temps du champ de gravitation se réduit ici à un seul degré de liberté a (t), le facteur décrivant l’expansion de l’espace dans les modèles FRW en fonction du temps.

La fonction hamiltonienne du système prend alors une forme similaire à celle décrivant une particule avec deux coordonnées de position, ici a(t) et Φ(t), se déplaçant dans un potentiel compliqué. Les règles de quantification d’un tel système sont bien connues en mécanique ondulatoire et l’équation quantique décrivant ces modèles simples d’Univers n’est pas plus compliquée, mais pas moins que celles que l’on peut rencontrer en physique atomique et moléculaire.

Rappelons à ce propos que, dans le cadre de la relativité générale classique, les modèles de FRW sont problématiques, avec bien d’autres d’ailleurs, car l’on peut montrer que, lorsque t=0, la courbure de l’espace-temps devient infinie, la notion même d’espace-temps s’effondre, ce qui est une catastrophe car l’on ne peut alors plus rien faire. Le début de l’Univers, si cette notion même à un sens, est alors complètement hors de portée de la connaissance humaine. De même, une situation identique se produit lorsqu’une étoile s’effondre pour donner un trou noir en RG classique, une singularité de l’espace-temps se forme et les lois de la physique s’y brisent.

Or, ce n’est pas la première fois que la physique a été confrontée à ce genre de problème. Déjà, lors de la construction des premiers modèles d’atomes, l’électron tournant autour du noyau était en situation instable et devait finir par s’effondrer sur le noyau en créant là aussi une singularité, mais pas d’espace-temps. L’introduction de la mécanique quantique et de la mécanique ondulatoire avec une fonction d’onde, avait alors montré qu’il n’existait qu’une série d’états stationnaires discrets accessibles à l’électron, les fameux niveaux d’énergie de l’atome de Bohr. La fonction d’onde décrivant la probabilité de trouver l’électron dans une région de l’espace « étalait » cette même position en rendant l’effondrement précédent impossible.

John Wheeler et Bryce DeWitt avaient très clairement indiqué qu’un processus similaire devait se produire avec leur équation de Schrödinger de l’espace-temps. Les singularités en relativité générale seraient donc probablement « lissées » par le traitement quantique, stoppant ainsi leur formation.

Des résultats en ce sens avaient d’ailleurs été fournis dès la fin des années 1960 et surtout dans le cadre du modèle avec temps imaginaire de Hartle-Hawking au début des années 1980. Malheureusement, comme indiqué précédemment, à chaque fois il s’agissait d’une situation très particulière où l’on admettait que la géométrie de l’Univers ne pouvait pas beaucoup s’écarter d’une certaine forme d’homogénéité et d’isotropie permettant de simplifier considérablement les calculs. Cela n’est pas satisfaisant car de telles hypothèses, bien que justifiables par certains côtés, n’en sont pas moins des vœux pieux. La théorie devrait partir d’un espace-temps arbitraire, non prédéterminé en partie par avance, et ce sont les calculs qui fourniraient l’état de cet espace-temps.

Il faudrait pour cela résoudre l’équation de Wheeler-DeWitt de manière générale ou au mieux générique, mais comment s’y prendre ?

Une percée considérable s’est faite au milieu des années 1980 lorsque Abhay Ashtekar, qui avait été le post-doctorant du grand Roger Penrose, a introduit une formulation des équations d’Einstein dans l’espace de configuration de l’espace-temps simplifiant considérablement leur formulation hamiltonienne.

 En fait, il montrait, grâce aux variables dites depuis d’Ashtekar, que l’on se trouvait dans une situation formellement très proche de celle que l’on obtenait avec les équations de Yang-Mills utilisées pour décrire les forces autres que la gravité entre particules élémentaires, notamment celle de la QCD. Les techniques issues de cette théorie de jauge des interactions nucléaires fortes, la chromodynamique quantique, pouvaient alors être transposées.

C’est ce que lui et surtout Lee Smolin et Carlo Rovelli réussirent à faire. À défaut d’une solution générale de l’équation de WDW, ils purent trouver de grandes classes de solutions mais surtout préciser de façon rigoureuse l’espace des solutions de cette équation.

Comme toutes les équations de Schrödinger, les solutions de ces équations peuvent être rassemblées en un espace vectoriel abstrait ressemblant à l’espace habituel, il s’agit du célèbre espace de Hilbert. Une solution est alors décrite par un point dans cet espace repéré par un « vecteur position ».

Dans le langage de la mécanique quantique, les fonctions d’ondes correspondant à une géométrie particulière de l’espace-temps sont des vecteurs d’états. Le principe de superposition des états de la mécanique quantique implique alors que la géométrie de l’espace-temps puisse se trouver sous la forme d’une superposition d’états donnée par la somme vectorielle de ces vecteurs.

Le résultat le plus spectaculaire fut qu’il était alors possible de construire des opérateurs de surface et de volume, pour la géométrie de l’espace-temps, dont les spectres sont discrets !

Pour faire court, on cherche à appliquer les règles de quantification standards dites canoniques aux équations d’Einstein, ce qui veut dire que l’on cherche à mettre ces dernières sous une forme dite « hamiltonienne » bien connue en mécanique analytique. Il faut pour cela introduire, comme pour la mécanique d’un système de particules, un espace de configuration et une fonction hamiltonienne H représentant en quelque sorte l’énergie totale du système champ de gravitation+matière (mais inutile de préciser vraiment ce qu’il faut entendre à ce sujet qui est en fait assez subtil et n’est pas nécessaire pour cet exposé).

De même qu’un point dans l’espace de configuration en mécanique analytique classique représente un ensemble de positions possibles pour des particules en mouvement sous l’action de forces, un point dans l’espace de configuration du champ de gravitation représentera un état possible de la géométrie de l’espace-temps courbé par la présence de matière, et plus généralement d’impulsions et d’énergies.

On a donné un nom à une construction basée sur cet espace de configurations de l’espace-temps : le super-espace (à ne pas confondre avec celui de la supergravité).

On peut alors construire une équation de Schrödinger avec une fonction d’onde dont le carré donne la probabilité de trouver la géométrie de l’espace-temps dans un état donné. C’est l’équation de Wheeler-DeWitt. Le problème est que, contrairement au cas avec N particules, la géométrie de l’espace-temps est décrite par un champ de tenseur à 10 composantes défini en chaque point de l’espace-temps. Comme il y en a une infinité, on comprend aisément que la résolution d’une telle équation n’est pas chose facile. Cependant, si l’on fixe par avance une classe de géométries possibles ne dépendant que d’un petit nombre de paramètres, certains calculs sont alors faisables.

Cela revient à tronquer l’espace de configuration précédant en « gelant » des degrés de liberté pour ne plus garder qu’un mini super-espace.

Le cas le plus simple est celui où l’on prend les modèles cosmologiques homogènes et isotropes de Friedman-Robertson-Walker (FRW) avec, comme origine du champ de gravitation, le champ le plus simple que l’on puisse imaginer : un champ scalaire Φ décrit par une équation de Klein-Gordon avec un potentiel V(Φ). L’évolution dans le temps du champ de gravitation se réduit ici à un seul degré de liberté a(t), le facteur décrivant l’expansion de l’espace dans les modèles FRW en fonction du temps.

La fonction hamiltonienne du système prend alors une forme similaire à celle décrivant une particule avec deux coordonnées de position, ici a(t) et Φ(t), se déplaçant dans un potentiel compliqué. Les règles de quantification d’un tel système sont bien connues en mécanique ondulatoire et l’équation quantique décrivant ces modèles simples d’Univers n’est pas plus compliquée, mais pas moins que celles que l’on peut rencontrer en physique atomique et moléculaire.

Le problème de la singularité cosmologique initiale

Rappelons à ce propos que, dans le cadre de la relativité générale classique, les modèles de FRW sont problématiques, avec bien d’autres d’ailleurs, car l’on peut montrer que si, lorsque t=0, la courbure de l’espace-temps devient infinie, la notion même d’espace-temps s’effondre, ce qui est une catastrophe car l’on ne peut plus rien faire. Le début de l’Univers, si cette notion même à un sens, est alors complètement hors de portée de la connaissance humaine. De même, une situation identique se produit lorsqu’une étoile s’effondre pour donner un trou noir en RG classique, une singularité de l’espace-temps se forme et les lois de la physique s’y brisent.

Or, ce n’est pas la première fois que la physique a été confrontée à ce genre de problème. Déjà, lors de la construction des premiers modèles d’atomes, l’électron tournant autour du noyau était en situation instable et devait finir par s’effondrer sur le noyau en créant là aussi une singularité dans l’espace-temps. L’introduction de la mécanique quantique, et de la mécanique ondulatoire avec une fonction d’onde, avait alors montré qu’il n’existait qu’une série d’états stationnaires discrets accessibles à l’électron, les fameux niveaux d’énergie de l’atome de Bohr. La fonction d’onde décrivant la probabilité de trouver l’électron dans une région de l’espace « étalait » cette même position en rendant l’effondrement précédent impossible.

John Wheeler et Bryce DeWitt avaient très clairement indiqué qu’un processus similaire devait se produire avec leur équation de Schrödinger de l’espace-temps. Les singularités en relativité générale seraient donc probablement « lissées » par le traitement quantique, stoppant ainsi leur formation.

Des résultats en ce sens avaient d’ailleurs été fournis dès la fin des années 1960 et surtout dans le cadre du fameux modèle avec temps imaginaire de Hartle-Hawking au début des années 1980. Malheureusement, comme indiqué précédemment, à chaque fois il s’agissait d’une situation très particulière où l’on admettait que la géométrie de l’Univers ne pouvait pas beaucoup s’écarter d’une certaine forme d’homogénéité et d’isotropie permettant de simplifier considérablement les calculs. Cela n’est pas satisfaisant car de telles hypothèses, bien que justifiables par certains côtés, n’en sont pas moins des vœux pieux. La théorie devrait partir d’un espace-temps arbitraire, non prédéterminé en partie par avance, et ce sont les calculs qui fourniraient l’état de cet espace-temps.

Il faudrait pour cela résoudre l’équation de Wheeler-DeWitt de manière générale ou au mieux générique, mais comment s’y prendre ?

Une percée considérable s’est faite au milieu des années 1980 lorsque Abhay Ashtekar, qui avait été le post-doctorant du grand Roger Penrose, a introduit une formulation des équations d’Einstein dans l’espace de configuration de l’espace-temps simplifiant considérablement leur formulation hamiltonienne. 

En fait, il montrait, grâce aux variables dites depuis d’Ashtekar, que l’on se trouvait dans une situation formellement très proche de celle que l’on obtenait avec les équations de Yang-Mills utilisées pour décrire les forces autres que la gravité entre particules élémentaires, notamment celle de la QCD. Les techniques issues de cette théorie de jauge des interactions nucléaires fortes, la chromodynamique quantique, pouvaient alors être transposées.

C’est ce que lui et surtout Lee Smolin et Carlo Rovelli réussirent à faire. À défaut d’une solution générale de l’équation de WDW, ils purent trouver de grandes classes de solutions mais surtout préciser de façon rigoureuse l’espace des solutions de cette équation.

Comme toutes les équations de Schrödinger, les solutions de ces équations peuvent être rassemblées en un espace vectoriel abstrait ressemblant à l’espace habituel, il s’agit du célèbre espace de Hilbert. Une solution est alors décrite par un point dans cet espace repéré par un « vecteur position ».

Dans le langage de la mécanique quantique, les fonctions d’ondes correspondant à une géométrie particulière de l’espace-temps sont des vecteurs d’états. Le principe de superposition des états de la mécanique quantique implique alors que la géométrie de l’espace-temps puisse se trouver sous la forme d’une superposition d’états donnée par la somme vectorielle de ces vecteurs.

Le résultat le plus spectaculaire fut qu’il était alors possible de construire des opérateurs de surface et de volume pour la géométrie de l’espace-temps, dont les spectres sont discrets !

La gravitation quantique et le principe de correspondance de Bohr

On sait que, en mécanique quantique, les grandeurs comme l’énergie ou le moment cinétique sont donnés par des opérateurs. En agissant sur la fonction d’onde qui, mathématiquement, ressemble à la fonction décrivant une onde lumineuse, l’opérateur d’énergie extrait alors les différentes composantes du spectre composant cette onde. Dans le cas de l’atome d’hydrogène, cela donne des niveaux discrets d’énergie et des orbites caractérisées, elles aussi, par une série discrète de distances de l’électron par rapport au noyau.

La situation est vraiment très similaire car le principe de correspondance de Bohr établissant un pont entre la forme des équations quantiques et leurs limites en physique classique s’applique aussi dans le cas du spectre des aires et des volumes.

Selon ce principe notamment, au fur et à mesure que le nombre quantique caractérisant des orbites de plus en plus grandes augmente, la différence entre les niveaux d’énergie devient de plus en plus faible ainsi que les distances spatiales séparant les orbites. Le spectre discret devient continu et la physique quantique se raccroche à la physique classique. Ainsi, pour les mêmes raisons, pour des surfaces et des volumes de plus en plus grands, la notion d’espace-temps classique continu est retrouvée.

On trouve alors que l’on peut définir un opérateur de courbure pour l’espace-temps et un opérateur de « position » a(t) pour le facteur décrivant l’expansion des Univers de FRW. Contrairement aux résultats obtenus avant la LQG, le spectre de ces opérateurs est discret.

Magiquement, alors que le spectre du dernier opérateur possède la valeur 0 correspondant à un volume nul, celui de la courbure possède alors une borne maximale, la singularité de l’espace-temps est éliminée !

On peut alors prolonger sans aucun problème la structure de l’espace-temps avant ce qui correspond pour nous à un temps 0. Il y a alors un « avant le Big Bang ». Si l’on représente le facteur d’expansion de l’Univers au cours du temps, celui-ci effectue un mouvement rappelant celui d’une balle rebondissant éternellement de façon élastique. On parle d’ailleurs en anglais de « bouncing Univers » pour des théories de ce genre.

31/12/2022 Medvedev éventuel successeur de Poutine ??

Jamais de fumée sans feu. La rumeur est aujourd’hui reprise pas des voix généralement bien informées. Dmitri Medvedev succéderait prochainement au Kremlin à Vladimir Poutine.

Ancien président de la Fédération de Russie (2008-2012), ex-Premier ministre (2012-2020), actuel vice-président du Conseil de sécurité et actuel président du parti au pouvoir Russie unie, Dmitri Medvedev a obtenu le 26 décembre un titre supplémentaire : celui de vice-président de la Commission militaro-industrielle (CMI), dirigée par Vladimir Poutine. Il devient ainsi l’adjoint de celui-ci au sein de deux structures stratégiques, et y occupe des postes spécialement créés pour lui.

Il le ferait ainsi non au terme d’un guerre de succession imposée à Poutine par un entourage de militaires le jugeant trop conciliant pour l’Occident mais au terme d’un consensus au sommet concernant la nécessité de préparer la Russie à une guerre contre l’Occident qui deviendrait inévitable.

Cette préparation concernerait une réforme de l’armée russe dont les derniers mois ont montré le désordre face à l’armée Ukrainienne. Des recrues venant de l’Asie centrale seraient incapables de combattre un adversaire bien encadré formé à l’occidentale. Par ailleurs, l’acquis russe de ces derniers mois en termes d’armes scientifique serait gaspillé à bombarder de missiles intelligents des quartiers urbains inoffensifs.

Des prévisions inquiétantes

On notera que Dmitri Medvedev a publié une série de prédictions inquiétantes pour l’année 2023 sur son compte Twitter.

«Tout le monde fait des pronostics en ce moment. Beaucoup avancent des hypothèses futuristes, comme s’il fallait trouver les plus folles et même les plus absurdes. Voici mon humble contribution», a-t-il averti en préambule de son message.

Après avoir estimé que les prix du pétrole et du gaz exploseront (150 dollars le baril pour le premier, 5.000 dollars les 1.000 m3 pour le second), Medvedev a affirmé que le Royaume-Uni réintégrera l’Union européenne, ce qui provoquera l’effondrement de l’organisation continentale et fera disparaître l’euro.

Par ailleurs la Pologne et la Hongrie occuperont l’ouest de l’Ukraine. L’Europe connaîtra l’avènement d’un «IVe Reich», comprenant «l’Allemagne et ses satellites, c’est-à-dire la Pologne, les Etats baltes, la République tchèque, la Slovaquie, la République de Kiev et d’autres états mineurs». Dmitri Medvedev prévoit que la France entrera en conflit avec ce bloc et qu’une guerre éclatera, divisant l’Europe. Par ailleurs, sans le même sens, l’Irlande du Nord quittera le Royaume-Uni et rejoindra la République d’Irlande.

Aux Etats-Unis, une guerre civile aura lieu, selon lui, permettant à la Californie et au Texas de devenir indépendants. Ce dernier Etat s’alliera d’ailleurs avec le Mexique Puis, Elon Musk gagnera l’élection présidentielle américaine, sous la bannière républicaine.

Dmitri Medvedev a aussi estimé que les activités financières et les principaux marchés boursiers quitteront les Etats-Unis et l’Europe, pour s’installer en Asie. De fait, l’euro et le dollar cesseront d’être les monnaies de réserve mondiale, tandis que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale s’écrouleront.

Medvedev https://fr.wikipedia.org/wiki/Dmitri_Medvedev

30/12/22 L’INSTC ou le futur Canal de Suez

Les sanctions américaines contre la Russie et l’Iran viennent à point nommé pour donner une importance internationale au projet dit International North-South Transport Corridor (INSTC) qui progresse rapidement et représentera un atout géopolitique considérable pour les économies traversées.

L’INSTC reliera les pays d’Asie centrale à ceux du Golfe Persique et l’Inde avec la Russie. Ce projet avait enflammé les imaginations sous l’Empire Britannique . Rudyard Kipling en avait fait sous le nom de Great Game un élément essentiel de son roman Kim (1901) . Mais les moyens d’ingénierie de l’ époque l’auraient rendu trop coûteux.

Les négociations concernant le Corridor commencées dans les années 2000 arrivent à leur terme aujourd’hui. Seule reste à préciser la liaison ferrée Rasht-Astara entre l’Iran et l’Azerbaidjan. Le 11 juin 2022, deux porte-containers ont appareillé de St Petersbourg vers le port iranien d’Anzali sur la mer Caspienne puis ultérieurement vers Bandar Abbas sur le Golfe Persique, conformément à l’accord signé le 11 septembre 2021 entre l’Iran, la Russie et l’Azerbaijan. (https://caspiannews.com/news-detail/azerbaijan-russia-iran-sign-declaration-on-north-south-transport-corridor-2022-9-11-0/)

Les Etats du Sud Caucase ont été particulièrement actifs. Un accord quadrilatéral pour le développement du Trans-Caspian International Transport Corridor a été conclu le 31 mars (voir https://agenda.ge/en/news/2022/1012)

La mise au point du Corridor du Milieu a été décidée à Ankara en mai (voir https://cepa.org/article/circumventing-russia/) .

Enfin la société ferroviaire géorgienne a fait savoir qu’elle négociait avec ses homologues d’Azerbaijan et du Kazakhstan pour créer une liaison maritime entre Poti en Géorgie et Constanta en Roumanie. (voir https://eurasianet.org/georgia-azerbaijan-see-surge-in-transit-demand-amid-russias-isolation)

28/12/2022 Le réarmement de la Russie.

Selon un propos de Joe Biden rapporté par un représentant de la Maison Blanche la plupart des membres européens de l’Union Européenne  continuent à refuser d’armer l’Ukraine avec du matériel américain. Deux raisons motiveraient ce refus. Ceci acterait le fait que l’Ukraine accepterait de sortir de l’Otan au profit d’une alliance exclusive les Etats-Unis mais surtout le fait que ces chefs d’Etat ne veulent pas paraître en guerre avec la Russie. refusant ainsi la perspective d’une 3e guerre mondiale.

Les commentateurs occidentaux paraissent ainsi oublier que l’objectif de la Russie n’est pas d’augmenter ses alliances territoriales mais d’empêcher l’expansionnisme de l »Otan, c’est-à-dire du Pentagone et de ses alliés atlantiques.

Poutine est convaincu du fait que le but des Etats-Unis reste comme du temps de la guerre en Tchéchénie d’utiliser le terrorisme d’Al Quaida bien implanté dans le Caucase islamique pour démembrer la Fédération de Russie. Il est exact, si l’on en croit les informations disponibles, que les Etats-Unis fournissent une assistance permanente aux terroristes islamiques, en termes de matériels militaires et de radiocommunication comme en termes d’informations, ceci à fin de les encourager à combattre la Russie.

Poutine il est vrai  n’oublie rien. Il vient de rappeler au cabinet du ministre russe de la Défense que les confrontations avec les Etats-Unis ne s’arrêteront pas de sitôt. Il les a encouragés à méditer les enseignements des conflits en Syrie et en Ukraine. Il les a averti notamment du fait que la Russie allait renforcer sa triade nucléaire.

Traduits en anglais, ses propos ont été suivants :

« This year, the level of modern armaments in the strategic nuclear forces has already exceeded 91 percent. We continue rearming the regiments of our strategic missile forces with modern missile systems with Avangard hypersonic warheads.”

Dans la suite, le ministre de la Defence Sergei Shoigu a proposé différentes mesures pour renforcer la sécurité de la Russie

  • Creation of a corresponding group of forces in Russia’s northwest to counter Finland and Sweden’s induction as NATO members; 
  • Creation of two new motorised infantry divisions in the Kherson and Zaporozhya regions, as well as an army corps in Karelia, facing Finnish border; 
  • Upgrade of 7 motorised infantry brigades into motorised infantry divisions in the Western, Central and Eastern military districts, and in the Northern Fleet; 
  • Addition of two more air assault divisions in the Airborne Forces;
  • Provision of a composite aviation division and an army aviation brigade with 80-100 combat helicopters within each combined arms (tank) army; 
  • Creation of 3 additional air division commands, eight bomber aviation regiments, one fighter aviation regiment, and six army aviation brigades; 
  • Creation of 5 district artillery divisions, as well as super-heavy artillery brigades for building artillery reserves along the so-called strategic axis; 
  • Creation of 5 naval infantry brigades for the Navy’s coastal troops  based on the existing naval infantry brigades; 
  • Increase in the size of the Armed Forces to 1.5 million service personnel, with 695,000 people serving under contract.

27/12/22 L’existence de photons noirs pourrait-elle expliquer celle de la matière noire intergalactique?

La physique des astroparticules utilise les astres pour tester des théories issues de la physique des particules et, inversement, utilise la physique des particules connue pour expliquer les astres. Un type exotique de particules de matière noire, éventuellement lié à un monde parallèle, trahit peut-être sa présence sous les yeux de Hubble en chauffant anormalement des filaments intergalactiques de matière normale.

Il est très difficile de se passer de l’existence de particules dites de matière noire, car très peu ou pas en mesure d’émettre de la lumière, pour expliquer l’existence des galaxies et bien des caractéristiques des grandes structures qu’elles forment en se rassemblant en amas.

Plusieurs théories ont été proposées au-delà de la physique décrite par le Modèle standard des hautes énergies, modèle spectaculairement vérifié toutefois jusqu’ici au LHC qui s’est montré incapable de produire et de détecter les particules de matière noire prédites par ces théories.

Des expériences de détections directes et indirectes dans les rayons cosmiques se sont également révélées négatives. Mais souvent, elles supposaient que les particules de matière noire étaient lourdes, plus que les protons et les neutrons, des baryons. C’est pourquoi ces dernières années, les chercheurs explorent plus attentivement les théories avec des particules de matière noire particulièrement légères.

Un groupe international de chercheurs — dont certains sont par exemple de la célèbre École internationale supérieure d’études avancées (en italien, Scuola Internazionale Superiore di Studi Avanzati, souvent abrégé en Sissa) située à Trieste en Italie ou de l’Université de Tel Aviv — vient de publier un intéressant article dans Physical Review Letters à ce sujet. Une version en accès libre existe sur arXiv.

Une matière noire parfois lumineuse

Selon ces cosmologistes travaillant dans le domaine dit des astroparticules, un certain type de matière noire, qui peut toutefois se convertir parfois en lumière à la façon dont les neutrinos oscillent et se convertissent les uns dans les autres, se manifeste peut-être dans certaines observations concernant les filaments de matière ordinaire intergalactiques, filaments censés aussi contenir de la matière noire.

Ce type de particule de matière noire serait précisément celui où l’on a introduit plusieurs variantes de ce que l’on appelle des photons noirs. En utilisant le Cosmic Origin Spectrograph (COS), un instrument à bord du télescope spatial Hubble, les chercheurs pensent avoir une signature possible de l’existence de ces photons noirs.

En effet, on peut modéliser sur ordinateur la formation des filaments intergalactiques ainsi que leurs caractéristiques physiques, comme leur température et donc la quantité de lumière qu’ils émettent en réponse.

Or le compte n’y est pas avec la modélisation ordinaire selon Matteo Viel (Sissa). COS montre ainsi que les filaments sont anormalement chauds. Mais tous rentreraient dans l’ordre avec des photons noirs ultra légers et qui peuvent donc, comme on l’a dit, se transformer en photons ordinaires contribuant à chauffer la matière baryonique des filaments intergalactiques. Mais, contrairement à d’autres mécanismes de chauffage basés sur des processus astrophysiques classiques, tels que la formation d’étoiles et de vents galactiques, ce processus de chauffage est plus diffus et efficace aussi dans les régions peu denses en matière ordinaire.

Il est encore trop tôt pour en conclure que la matière noire existe bien et qu’elle est constituée de photons noirs mais cela donne à penser…, surtout que les photons noirs peuvent s’inscrire dans le cadre de ce que l’on appelle l’hypothétique matière miroir.

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Search for Mirror Dark Matter

An example of Dark Sector is Mirror Dark Matter. The idea that along with the ordinary matter may exist its exact mirror copy, introduced for the parity conservation, is not new. Accordingly, each ordinary particle of the SM has a corresponding mirror partner of exactly the same mass as the ordinary one. The mirror fields are all singlets under the SM SUc(3)⊗SUL(2)⊗U(1) gauge group. Mirror matter is dark in terms of the SM inter actions, and could be a good candidate for dark matter. In addition to gravity, the interaction between our and this type of dark matter could be transmitted by some gauge singlet particles interacting with both sectors. Any neutral, elementary or composite particle, in principle, can have mixing with its mirror duplicate. This results in several interesting phenomena, such, e.g. as Higgs, positronium, muonium, or neutron oscillations into their hidden partner, which have been or planned to be experimentally tested]. P348 plans to search for the K_L – mirror K_L oscillations, which would manifest themselves through the K_L → invisible decay. 

See, arXiv:1409.2288; 1503.01595.

Submitted on 27 Jun 2022]

Hints of dark photon dark matter from observations and hydrodynamical simulations of the low-redshift Lyman-α forest

James S. BoltonAndrea CaputoHongwan LiuMatteo Vielecent work has suggested that an additional ≲6.9eV per baryon of heating in the intergalactic medium is needed to reconcile hydrodynamical simulations with Lyman-α forest absorption line widths at redshift z≃0.1. Resonant conversion of dark photon dark matter into low frequency photons is a viable source of such heating. We perform the first hydrodynamical simulations including dark photon heating and show that dark photons with mass mA′∼8×10−14eVc−2 and kinetic mixing ϵ∼5×10−15 can alleviate the heating excess. A prediction of this model is a non-standard thermal history for underdense gas at z≳3.

Comments:5+1 pages, 2+1 figures
Subjects:High Energy Physics – Phenomenology (hep-ph); Cosmology and Nongalactic Astrophysics (astro-ph.CO)
Cite as:arXiv:2206.13520 [hep-ph]
 (or arXiv:2206.13520v1 [hep-ph] for this version)
 https://doi.org/10.48550/arXiv.2206.13520 Focus to learn more

27/12/2022. Le plan quantique français.

En avril 2019, le gouvernement confiait à la députée LREM Paula Forteza, à l’ex-PDG de Safran Jean-Paul Herteman, et au directeur de recherche du CNRS Iordanis Kerenidis une mission relative aux technologies quantiques. Quelques mois plus tard, en janvier 2020, le rapport Quantique : le virage technologique que la France ne ratera pas était remis au Gouvernement. Ce rapport, qui contient une liste de propositions pour faire de la France un des leaders mondiaux de l’informatique quantique, devait aboutir à l’annonce d’un plan national d’ici la fin de l’année 2020.

Sans attendre, la France a lancé le 4 janvier 2022 sa plateforme nationale de calcul quantique qui sera hébergée dans les installations du CEA (Commissariat à l’énergie atomique) à Bruyères-le-Châtel (Essonne) à 40 kilomètres au sud de Paris. Pour préciser les enjeux liés à cette nouvelle plateforme, pas moins de trois membres du gouvernement ont été mobilisés. Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Cédric O, secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique et des communications électroniques et Florence Parly, ministre des Armées,. Ils se sont adressés ainsi par visioconférence (pandémie oblige) à des représentants de la communauté des chercheurs et des spécialistes de ce domaine.

Ce plan marque le premier résultat concret de la stratégie nationale sur les technologies quantiques, moins d’un an après son annonce par le président Emmanuel Macron. Ce plan national prévoit des actions en faveur de la recherche, de l’industrie, des start-up et de la formation, financées par les programmes d’investissement d’avenir et le plan France Relance à hauteur de 1,8 milliard d’euros. L’enjeu : faire de la France un des leaders mondiaux dans le quantique.

A l’occasion de cette annonce, la présence de la ministre des Armées Florence Parly était révélatrice des enjeux portés par les technologies quantiques pour le monde militaire. Clairement, il apparaît que le ministère des Armées jouera un rôle central dans l’exploitation de cette plateforme. Signe qui ne trompe pas, la plateforme sera hébergée par la direction des applications militaires du commissariat à l’énergie atomique (CEA).

La ministre a souligné les enjeux d’autonomie stratégique liés à la maîtrise des technologies quantiques. Les armées attendent beaucoup de ces technologies dans trois domaines.

1. dans celui des capteurs. Ceux quantiques permettront d’améliorer considérablement les performances de détection des systèmes d’armes, ou encore de disposer de systèmes de navigation de très haute précision. Ainsi, même lors de missions de longue durée, un sous-marin de la dissuasion nucléaire pourrait s’affranchir des signaux satellitaires GPS pour se localiser. Il pourra dans l’avenir s’appuyer sur des nouveaux équipements capables de mesurer des infimes variations de la gravité terrestre.

2. dans le domaine des communications. «Les communications et la cryptographie quantiques et post-quantiques sont au coeur de notre attention. Le ministère des Armées a développé des équipements de très haut niveau de sécurité pour protéger pendant plusieurs dizaines d’années des données stockées ou échangées», a précisé Florence Parly. La crainte des armées est en effet que les ordinateurs quantiques soient capables de percer leurs secrets en cassant les clés de chiffrement, même les plus robustes.

3. dans le domaine du calcul lui-même. «Ces capacités de calcul pourraient traiter en un temps record des milliards de données à des fins de renseignement, et permettraient d’améliorer l’efficacité de nos systèmes composés de milliers de véhicules et de satellites en optimisant l’ensemble des trajectoires tout en tenant compte des dynamiques individuelles», a souligné la ministre. Selon elle, cette capacité de calcul phénoménale serait aussi un véritable atout pour prolonger les travaux extrêmement sensibles menés dans le domaine de la dissuasion par la direction des applications militaires du CEA.

La ministre a insisté sur la nécessité de constituer non seulement une filière industrielle quantique française capable de se positionner au niveau mondial mais également d’en exploiter tout le potentiel et la diversité. Les armées en seront un élément à la fois moteur et incontournable.

26/12/2022 La troisième guerre mondiale

Sauf un improbable retour au bon sens, cette guerre est déjà en préparation. Dans un délai difficile à préciser mais qui ne devrait pas pas dépasser 2030, elle verra s’affronter la Russie avec ce que Poutine nomme l’Occident, terme correspondant à « Otan ». D’ores et déjà Poutine vient d’annoncer un réarmement massif. https://theduran.com/russia-bakhmut-advances-zelensky-us-trip-achieves-nothing-putin-announces-massive-rearmament/

La Chine serait très hostile à cette perspective, mais obligée de choisir une alliée, elle se rapprocherait de la Russie. Voir Entre la Chine et la Russie, un véritable rapprochement mais des différences stratégiques https://www.geo.fr/geopolitique/entre-la-chine-et-la-russie-un-veritable-rapprochement-mais-des-differences-strategiques-211763

L’Otan elle-même, hors les Etats-Unis, n’a guère de possibilité de choix. Comme le constate actuellement la France, le complexe militaro-industriel américain veut la guerre car sans les 800 milliards de dépenses militaires annuelles qu’engage sa préparation, il perdrait tout poids politique dans une Amérique en proie à la récession des dépenses civiles.

Cette guerre, de plus, sera nécessairement nucléaire. Elle ne signifiera pas sans doute l’emploi de missiles nucléaires intercontinentaux ICBM mais d’une large variété d’armes nucléaires décrites dans la dernière nuclear posture review américaine https://fas.org/blogs/security/2022/10/2022-nuclear-posture-review/ . Ces armes suffiraient à transformer en désert la moitié de la planète.

Vladimir Poutine, qu’il le veuille on non, devra suivre, sauf à voir la Russie disparaître de la carte.

Bonne année 2023

FICHE de lecture. Sagittarius A * Le trou noir situé au centre de notre galaxie

Qu’est ce qu’un trou noir ? En astrophysique, on appelle trou noir  un objet céleste si compact et donc si lourd que l’intensité de son champ gravitationnel empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trou_noir

De tels objets ne peuvent ni émettre, ni diffuser la lumière et sont donc noirs, ce qui en astronomie revient à dire qu’ils sont optiquement invisibles. Toutefois, plusieurs techniques d’observation indirecte dans différentes longueurs d’onde ont été mises au point et permettent d’étudier de nombreux phénomènes qu’ils induisent. En particulier, la matière happée par un trou noir est chauffée à des températures très élevées et émet une quantité importante de rayons X, avant d’être « absorbée ».

Envisagée dès le 18e  siècle, dans le cadre de la mécanique classique, leur existence — prédite par la relativité générale — est une certitude pour la quasi-totalité des astrophysiciens et des physiciens théoriciens. Un trou noir n’étant détectable que par les effets de son champ gravitationnel, une observation quasi-directe de trous noirs a pu être établie en février 2016 par le biais de la première observation directe des ondes gravitationnelles, GW150914. Le 10 avril 2019, les premières images d’un trou noir sont publiées, celle de M87*trou noir supermassif situé au cœur de la galaxie M87 ; elles sont suivies, le 12 mai 2022, d’images provenant de Sagittarius A* au centre de notre galaxie. Ces différentes observations apportent ainsi une confirmation supplémentaire de leur existence.

Dans le cadre et donc dans les limites de la relativité générale, un trou noir est une singularité gravitationnelle entourée d’une zone d’espace dont rien ne peut s’échapper, limitée par une surface appelée horizon. La physique quantique, appliquée aux couples de particules virtuelles apparaissant à proximité de l’horizon, prédit que les trous noirs s’« évaporent » lentement, par émission d’un rayonnement de corps noir appelé rayonnement de Hawking.

Un trou noir est un objet astrophysique dont la relativité générale dit qu’il est provoqué par une masse suffisamment concentrée pour qu’elle ne cesse de s’effondrer sur elle-même du fait de sa propre gravitation, arrivant même à se concentrer en un point appelé singularité gravitationnelle. Les effets de la concentration de cette masse permettent de définir une sphère, appelée l’horizon des évènements du trou noir, dont aucun rayonnement et a fortiori aucune matière ne peut s’échapper1,2. En effet, sa masse est telle, que même la lumière et ses photons ne peut échapper à son attraction gravitationnelle et parvenir à notre rétine (ou tout appareil d’observation).

La vitesse de libération d’un trou noir n’étant pas atteignable par la lumière dont la vitesse est une constante physique indépassable, on convient qu’il est impossible d’échapper à l’attraction gravitationnelle d’un trou noir3. Cette sphère est centrée sur la singularité et son rayon ne dépend que de la masse centrale ; elle représente en quelque sorte l’extension spatiale du trou noir. À proximité de cette sphère, les effets gravitationnels sont observables et extrêmes.

Le rayon d’un trou noir est proportionnel à sa masse : environ 3 km par masse solaire pour un trou noir de Schwarzschild. À une distance interstellaire (en millions de kilomètres), un trou noir n’exerce pas plus d’attraction que n’importe quel autre corps de même masse ; il ne s’agit donc pas d’un « aspirateur » irrésistible. Par exemple, si le Soleil se trouvait remplacé par un trou noir de même masse, les orbites des corps tournant autour (planètes et autres) resteraient pour l’essentiel inchangées (seuls les passages à proximité de l’horizon induiraient un changement notable).

Il existe plusieurs sortes de trous noirs. Lorsqu’ils se forment à la suite de l’effondrement gravitationnel d’une étoile massive, on parle de trou noir stellaire, dont la masse équivaut à quelques masses solaires. Ceux qui se trouvent au centre des galaxies possèdent une masse bien plus importante pouvant atteindre plusieurs milliards de fois celle du Soleil ; on parle alors de trou noir supermassif (ou trou noir galactique). Entre ces deux échelles de masse, il existerait des trous noirs intermédiaires avec une masse de quelques milliers de masses solaires. Des trous noirs de masse bien plus faible, formés au début de l’histoire de l’Univers, peu après le Big Bang, sont aussi envisagés et sont appelés trous noirs primordiaux. Leur existence n’est, à l’heure actuelle, pas confirmée.

Il est par définition impossible d’observer directement un trou noir. Il est cependant possible de déduire sa présence de son action gravitationnelle : soit par les effets sur les trajectoires des étoiles proches ; soit au sein des microquasars et des noyaux actifs de galaxies, où de la matière, située à proximité, tombant sur le trou noir va se trouver considérablement chauffée et émettre un fort rayonnement X. Les observations permettent ainsi de déceler l’existence d’objets massifs et de très petite taille. Les seuls objets correspondant à ces observations et entrant dans le cadre de la relativité générale sont les trous noirs.

S0-102 : l’étoile au bord du gouffre
Cet article est issu d’« Étoiles. Une histoire de l’Univers en cent astres » de Florian Freistetter, éditions Flammarion, novembre 2020, 463 pages, 25 euros

Parmi toutes les étoiles, S0-102 fait figure de sportive de l’extrême. Elle file autour du centre de notre Voie lactée plus vite que toute autre. Et elle nous a aidés à comprendre l’objet étonnant qui s’y trouve. Car en plein cœur de la Voie lactée gît un trou noir supermassif, 4 millions de fois plus lourd que le Soleil. Il a été nommé Sagittarius A

On soupçonnait l’existence de ces gigantesques entités depuis longtemps, mais seule l’observation attentive des étoiles proches du centre galactique a confirmé cette hypothèse sans l’ombre d’un doute. Il faut se figurer notre Voie lactée comme un disque muni d’une grande sphère en son centre. Dans le disque, les étoiles, dont notre Soleil, sont disposées en bras en spirale. Le centre, cependant, est situé dans ce que l’on appelle le « bulbe », une région sphérique qui s’étend sur environ 10 000 années-lumière. Il y a là beaucoup plus d’étoiles, beaucoup plus proches les unes des autres, que dans les bras. C’est au milieu de toutes ces étoiles que demeure le trou noir.

Et c’est également là que se trouve l’étoile S0-102, qui, avec un groupe d’autres étoiles, fait le tour du centre en un temps étonnamment court. Pour parcourir toute la Voie lactée, notre Soleil a besoin d’environ 220 millions d’années. Comme l’ont découvert l’astronome américaine Andrea Ghez et ses collègues en 2012, S0-102 parvient à faire le tour du trou noir central en seulement 11,5 ans ! La plus rapide de toutes les étoiles connues, elle constitue aussi une source d’informations extrêmement précieuses.

Un trou noir démasqué

Plus une étoile est proche de l’objet autour duquel elle orbite, plus elle en fait le tour rapidement. Les mêmes lois qui régissent le mouvement des planètes autour d’une étoile s’appliquent ici. Et, tout comme on parvient à calculer, à partir du mouvement des planètes, la masse de l’étoile autour de laquelle elles orbitent, on exploite les orbites d’étoiles comme S0-102 pour déterminer la masse de l’objet autour duquel elles gravitent. À la fin des années 1990 déjà, on avait calculé, à partir d’observations d’autres étoiles passant tout aussi près du centre, qu’il devait y avoir là un objet extrêmement massif. De la taille de l’orbite, on avait également déduit une limite supérieure pour son éventuelle expansion.

4,1 millions de masses solaires

Le résultat ? Au centre de la Voie lactée, il y a une telle masse dans un espace si restreint qu’il ne peut s’agir que d’un trou noir. Lorsque S0-102 a terminé son orbite autour du centre galactique, l’examen des données n’a laissé aucun doute. Avec maintenant deux orbites observées dans leur intégralité, Ghez et ses collaborateurs ont pu estimer la masse du trou noir à 4,1 millions de masses solaires.

Il n’y a plus à hésiter : au centre de la Voie lactée se trouve un trou noir incroyablement massif. De même, nous savons désormais avec certitude que de tels objets peuvent également se trouver au centre de toutes les autres grandes galaxies. Cependant, nous n’avons pas encore compris la façon dont des trous noirs avec des masses aussi gigantesques peuvent se former. Une chose est sûre, cela n’a rien à voir avec les trous noirs « normaux » causés par l’effondrement d’une étoile, car des étoiles aussi massives ne peuvent pas exister.

Les étoiles comme S0-102 peuvent se rassurer : elles continueront à faire l’objet de toutes les attentions des astronomes. Elles nous aideront certainement à l’avenir à résoudre l’un ou l’autre mystère. À moins qu’elles ne s’approchent trop du trou noir et que ce dernier ne les engloutisse…

24/12/2022/ Covid 19. Pékin a-il encore intérêt à nier la réalité ?

Avec la levée des mesures sanitaires en Chine, notamment du « pass sanitaire », qui permettait d’avoir une remontée instantanée et exhaustive des chiffres de contamination, c’est toute la chaîne statistique qui s’effondre. Il n’y a plus de remontée des cas et les autorités locales font remonter ce qu’elles ce qui leur convient. Seuls les hôpitaux qui reçoivent les patients et font des tests sont en mesure de donner des chiffres, notamment des décès.

On peut aujourd’hui mettre en doute l’intérêt de ce déni de réalité. Le temps n’est plus où l’on pouvait suspecter Pékin d’avoir par imprudence et laxisme facilité l’explosion d’un virus supposé né dans un laboratoire de Wuhan. La plupart des grands pays reconnaissent aujourd’hui le caractère mondial de la pandémie, y compris des formes dues aux variants qui ne cessent d’apparaître.

Les virologues estiment d’ailleurs qu’après le Covid 19 et ses variants, ce seront sans doute contre de nouveaux virus encore indétectables sinon plus virulents que l’humanité devra se battre dans les prochaines décennies. Avec le réchauffement climatique, l’on craint notamment que des virus gelés depuis des millénaires dans le permafrost polaire puissent se réveiller.

On évoque aussi d’autres causes d’inquiétude liées aux changements de mode de vie facilitant l’apparition et la transmission mondiale de pandémies encore non apparues.

Les gouvernements plutôt que chercher des coupables en Chine ou en Afrique, devraient comprendre que les milliards consacrés aujourd’hui à l’augmentation des dépenses militaires et de consommation devraient servir en priorité à améliorer les laboratoires de recherche, les équipements hospitaliers et de santé, le recrutement des personnels soignants, que ce soit dans les pays sous développés que dans les pays dits encore riches. La survie de l’humanité toute entière risque d’être à ce prix.