09/05/2022 Premières images annoncées du trou noir Sagittarius A* au centre de la galaxie

https://www.futura-sciences.com/sciences/breves/trou-noir-supermassif-evenement-mondial-12-mai-sujet-centre-voie-lactee-faut-il-attendre-6345/

Nous retransmettons ce message que vient de mettre en ligne futura-sciences.com

En avril 2019, on s’attendait à ce que les membres de la collaboration Event Horizon Telescope (EHT) révèlent les premières images de l’aspect d’un trou noir, en l’occurrence celle de celui au cœur de la Voie lactée, Sagittarius A*, et celle de celui au cœur de la galaxie M87. Seule l’image du trou noir M87* avait finalement été présentée car celle du trou noir supermassif de notre Galaxie s’était révélée plus difficile à obtenir.

Aujourd’hui, un communiqué conjoint de European Southern Observatory (ESO) et de l’Event Horizon Telescope (EHT) vient de faire savoir que le 12 mai 2022 sera accessible en ligne une conférence, à 15 h 00 en France, qui fera état de nouveaux résultats

La conférence sera diffusée en ligne sur le site Web de l’ESO et sur la chaîne YouTube de l’ESO. Des conférences de presses simultanées seront organisées dans le monde entier

08/05/2022 Guerre en Ukraine. Extraits d’un entretien avec Noam Chomsky

https://www.les-crises.fr/noam-chomsky-comment-eviter-la-troisieme-guerre-mondiale/

Noam Chomsky : Le président ukrainien Zelensky a plusieurs fois répété que face à l’agression russe , il n’avait pas besoin d’une aide matérielle. Il demandait seulement, outre une zone d’exclusion aérienne, qu’on lui donne plus d’armes et des armes plus sophistiquées. Il s’agit d’une bataille pour la souveraineté de l’Ukraine.

Cependant, le Pentagone a pour une fois une position plus sage. Oui, nous pourrions faire la guerre. Nous pourrions fournir à Zelensky des avions à réaction et des armes de pointe. Très vite cependant, Poutine intensifierait radicalement l’attaque contre l’Ukraine. Il attaquerait les chaînes d’approvisionnement qui fournissent ces armes de pointe. Si besoin était, il utiliserait contre l’Ukraine des armes nucléaires à courte portée. Et l’occident se retrouverait dans une guerre nucléaire de plus en plus totale.

Il ne s’agit pas de critiquer Zelensky ; c’est une personne honnête qui a fait preuve d’un grand courage. On peut avoir de la sympathie pour ses positions. Mais on peut aussi être attentif à la réalité du monde. Et voilà ce que ceci implique. Fondamentalement il y a deux options. La première consiste à poursuivre la politique que les Etats-Unis mènent actuellement, soit pour citer l’ambassadeur Freeman, à combattre la Russie jusqu’au dernier ukrainien en risquant une guerre nucléaire. Ou bien nous pouvons faire face à la réalité et admettre que la seule alternative est un règlement diplomatique, qui serait boiteux, mais qui donnera à Poutine et à son cercle proche une porte de sortie. Il dira : « Voilà comment vous pouvez vous en sortir sans détruire l’Ukraine et sans continuer à détruire le monde ».

08/05/2022 Des cerveaux humains hybrides

Comprendre le fonctionnement du cerveau et améliorer nos capacités d’intervention pour remédier à certains de ses dysfonctionnements font partie des défis majeurs relevés par les neurosciences de ces dix dernières années. Mais ce défi n’intéresse pas seulement les sciences médicales.

Elle intéresse aussi les industries militaires, pour qui par exemple un armement de plus en plus utilisé tel que les drones dits intelligents exigera de se passer le plus possible du libre arbitre d’un pilote humain. Un casque reliera directement les aires visuelles du cerveau du pilote avec les organes de pilotage du drone, sans obliger le cerveau à faire appel à ses aires supérieures dite intelligentes pour décider d’ouvrir le feu. Ce casque ne sera dans un premier temps que l’équivalent d’une prothèse externe.

Mais la possibilité de le relier à des implants cérébraux  est à l’étude. De tels implants existent déjà au profit de certains paralysés moteurs. Ils peuvent servent à connecter directement le membre artificiel avec le cerveau moteur, en court-circuitant au besoin pour gagner du temps le cerveau décisionnaire.

Le développement d’implants cérébraux permet ainsi d’entrevoir l’avènement d’un couplage hybride entre le cerveau et de vastes réseaux artificiels. L’optimisation de ces technologies autorisera la simulation des neurones artificiels grâce à des circuits neuromorphiques (sur le modèle des réseaux neuronaux) à très basse consommation énergétique, et rendra possible, à terme, l’implantation dans les cerveaux de ces technologies d’hybridation.

Ainsi, née à la fin des années 1990, la technique de dynamic clamp permet de coupler un neurone artificiel à un neurone réel par le biais d’une électrode intracellulaire : l’activité de l’un modifie celle de l’autre de manière bidirectionnelle. A l’avenir, l’avènement d’implants intégrant un grand nombre de microélectrodes extracellulaires – et assurant à chacune une liaison bidirectionnelle stable avec un neurone individuel – devrait permettre la construction de réseaux hybrides à grande échelle, y compris  au niveau de vastes régions cérébrales.

Il existe déjà sur ces thèmes des projets internationaux de grande ampleur. Dans une approche principalement encore théorique le projet européen Human Brain Project vise à modéliser de manière réaliste le fonctionnement du cerveau grâce à des réseaux de neurones artificiels (informatiques ou électroniques)  Dans une seconde approche, pragmatique, d’autres projets visent à développer des implants cérébraux pour enregistrer et stimuler le plus grand nombre de neurones possibles. C’est le but du projet américain Brain Initiative, ou encore du projet européen Braincom.

D’ici très peu de temps, arrivera donc logiquement le moment où l’on disposera d’une part de vastes réseaux artificiels neuromimétiques, et d’autre part d’interfaces à très haute résolution permettant un couplage bidirectionnel (enregistrement et stimulation) avec des millions de neurones du cerveau. La fusion de ces deux mondes technologiques conduira à l’émergence de vastes réseaux hybrides couplant l’activité du cerveau avec celle de réseaux artificiels, et assurant chacune une liaison bidirectionnelle stable avec un neurone individuel. Ceci devrait permettre la construction de réseaux hybrides à grande échelle, y compris in vivo au niveau de vastes régions cérébrales.

Certes, ce n’est pas encore d’actualité. Mais force est de constater que la route n’est sans doute plus si longue. En effet, des réseaux neuromorphiques sont déjà capables d’apprendre automatiquement à reproduire l’activité d’ensembles de neurones réels enregistrés par un implant cérébral. Cela signifie que l’on dispose déjà de la technologie permettant à plusieurs neurones réels de contrôler des réseaux artificiels complexes. Et inversement, on sait aussi s’appuyer sur des réseaux artificiels pour simuler, de manière plus ou moins précise, des neurones réels.

07/05/2022 Représentations de l’univers et cerveaux

Les humains se sont toujours représenté l’univers, dont ils font partie, d’une façon différente selon les capacités de leurs cerveaux et la portée de leurs connaissances scientifiques. Aujourd’hui, cependant, ils ne sont pas beaucoup plus capables que ne l’étaient leurs ancêtres de répondre aux questions fondamentales que pose l’univers.

1 L’univers est-il en expansion ? Si oui, cette expansion a-t-elle commencé à partir d’un point origine en deçà duquel il n’y avait rien . Mais que signifie ce concept de rien : serait-ce l’absence de temps et d’espace ?

2 Si l’univers était en expansion, cette expansion signifie-t-elle que les myriades d’étoiles, de planètes ou de corps planétaires qu’il contient vont se retrouver si éloignés les uns des autres qu’ils ne pourront plus communiquer, même à des vitesses proches de celle de la lumière ? D’autres corps célestes apparaîtront-ils pour prendre le relais ? Et ceci jusqu’à quand ?

3 Dans le cas ou l’univers s’étendrait à l’avenir au delà de sa partie aujourd’hui visible, serait-il semblable à ce que nous en connaissons aujourd’hui?

4 Les mythes et les religions se donnent de l’univers des images plus simples que celles données par la science moderne. On y trouve en général un dieu créateur et des périodes, qu’il s’agisse de l’enfer ou du paradis, qui s’étendent indéfiniment le temps. S’agirait-il d’une préconnaissance scientifique de ce que serait l’univers ? Notre science pourrait-elle s’en inspirer ?

5 Les animaux non humains dotés de cerveaux se donnent-ils des représentations de l’univers , univers proche ou lointain ? Si oui, ces représentations sont elles suffisamment pertinentes pour que nous en tenions compte ?

6 On dit que le cerveau humain est la chose la plus complexe que la science humaine puisse identifier dans l’univers. Si grâce par exemple à des prothèses cérébrales nouvelles, il pouvait gagner encore en complexité, la représentation de l’univers que se donne aujourd’hui la science serait-elle modifiée. Cette modification se traduirait-elle par des images de l’univers soit plus complexes soit plus simples que celles que nous en avons aujourd’hui, grâce à notre cerveau actuel. Faudrait-il mettre en place des recherches scientifiques sur ces thèmes ?

7 La physique quantique décrit les particules, les atomes, les molécules du monde microscopique. Les particules quantiques sont dotées de propriétés non reproductible dans l’univers macroscopique. Elles ne sont pas directement observables et ne peuvent donc être décrites qu’en termes de probabilités dans le cadre de l’équation de Schrödinger. Elles peuvent interagir à des vitesses supérieures à celles de la lumière, autrement dit quasi instantanément sans tenir compte du temps et de l’espace newtonien dans lequel nous nous situons. Elles sont dotées de capacités de superposition de qualités quantiques. La question de savoir s’il existe un ou plusieurs univers quantique et donc des « cerveaux quantiques » devrait-elle désormais être abordée dans les études portant sur les représentations de l’univers en fonction des capacités de nos cerveaux ?

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Sur ces sujets, nous republions ici un article de la philosophe et physicienne française Laurie Dutertre, article dont l’original se trouve dans Télérama.

Voir https://www.numerama.com/sciences/723311-dans-le-monde-quantique-passe-et-futur-pourraient-se-melanger.html

Laurie Letertre

Depuis un peu plus d’une décennie, des physiciens étudient un étrange phénomène du monde quantique. À très petite échelle, il se pourrait que l’ordre temporel entre différents événements ne soit pas toujours bien défini.

La physique quantique décrit le monde microscopique avec une précision impressionnante. Ses prédictions n’ont encore jamais été contredites par les expériences. Mais elle est aussi réputée pour ses étrangetés. En effet, les objets microscopiques se comportent de manière contre-intuitive. Premièrement, leurs propriétés (telles que leur position et vitesse) ne peuvent parfois prendre que certaines valeurs bien précises. Pour faire une analogie avec notre monde macroscopique, tout se passe comme si, quand nous nous déplaçons sur une ligne droite, nous ne pouvions nous déplacer que par « sauts » d’un mètre, sans ne jamais pouvoir avoir de position intermédiaire.

Ensuite, deux entités semblent pouvoir s’influencer à très grande distance, à des vitesses supérieures à celles de la lumière. Enfin, certains objets ont des propriétés (telles que leur position, ou vitesse) qui se trouvent dans des « superpositions quantiques » de plusieurs valeurs. Qu’est-ce que cela veut dire, pour un objet, d’être dans une « superposition » de plusieurs positions ? Est-ce que l’objet n’est nulle part ? Partout à la fois ? Ces questions animent les physiciens et philosophes depuis des décennies.

Une étrangeté de plus dans le monde quantique

Cependant, cette dernière décennie a vu émerger de nouvelles découvertes qui font monter la complexité du problème d’un cran. Des travaux de physiciens dispersés aux quatre coins du monde indiquent que lorsque deux événements se produisent dans le monde quantique, l’ordre temporel entre ces événements est parfois indéfini. À notre échelle, il est toujours possible de dire si une personne a d’abord éternué avant de s’excuser, ou l’inverse. La physique quantique semble indiquer qu’à petite échelle, il se pourrait parfois qu’aucune de ces deux possibilités ne soit la bonne. Or, l’ordre temporel entre différents événements est fortement lié aux relations de causalité. En effet, une cause doit toujours précéder son effet. Ainsi, si l’ordre temporel entre différents événements est indéfini, il pourrait en être de même pour leur ordre causal.

Comment faire sens d’un monde dans lequel les choses ne se dérouleraient pas dans un ordre bien défini ? Cette question est un défi lancé aux philosophes des sciences. D’audacieuses réponses seront sans doute proposées, et il nous faudra peut-être accepter une remise en question profonde de notre vision du monde physique.

Une expérience troublante

Nous pouvons observer les ordres causaux indéfinis en laboratoire, par exemple grâce au « quantum switch », un agencement expérimental très particulier ayant été réalisé à diverses reprises. Détaillons l’une de ces réalisations expérimentales. Deux expérimentateurs y performent chacun une opération sur une même particule de lumière, appelée photon.

Ces manipulations consistent, par exemple, à modifier une propriété de ce photon, que l’on appelle « mode spatial ». L’ordre entre les deux opérations est déterminé, non pas par les scientifiques eux-mêmes, mais par la valeur d’une autre propriété du photon, appelée « polarisation ». Lorsque la polarisation du photon est dans une « superposition quantique » de deux valeurs distinctes, et après qu’un troisième expérimentateur ait mesuré cette polarisation à la fin de l’expérience, l’ensemble de cet arrangement expérimental ne peut être décrit, ni par le scénario où la particule a d’abord été manipulée par le premier expérimentateur avant d’être envoyée chez le second, ni par le scénario inverse.

Ces recherches intrigantes en sont encore à leurs débuts. Elles permettront d’étudier le comportement des relations temporelles ou causales à très petite échelle, dans le monde quantique. Il est important de pouvoir donner du sens à l’absence d’ordre temporel ou causal entre événements. En effet, l’ordre des événements à travers le temps (et l’espace) forme le socle sur lequel l’humain construit sa compréhension de toute chose. Par exemple, lorsqu’un objet se brise après une chute, nous l’expliquons par son impact avec le sol, après qu’il ait suivi une trajectoire bien précise dans les airs. Pareillement, l’histoire de l’humanité se raconte en déroulant une succession continue de faits qui se sont produits à divers endroits du monde, à des moments bien précis. Afin de conserver nos modes de raisonnements classiques, il nous faut donc comprendre ce que deviennent les notions de temps et d’espace dans le monde quantique. Il faut également faire sens de leur éventuelle absence. Pour répondre à ces questions, certains philosophes et physiciens envisagent par exemple que le futur puisse influencer le passé. D’autres contemplent l’idée que le temps et l’espace ne puissent être que le « produit dérivé » de phénomènes plus fondamentaux, dont la nature est encore à saisir.

Enfin, la découverte du « quantum switch » et des ordres causaux indéfinis pourrait bien se révéler utile dans le domaine de l’informatique quantique, et pour le développement de futurs « ordinateurs quantiques » d’un nouveau genre. En effet, l’existence de ces phénomènes pourrait être exploitée afin de réaliser de nouvelles tâches. Ils pourraient aussi permettre d’exécuter certains calculs plus efficacement qu’avec des ordinateurs quantiques plus standard. Ainsi, les recherches récentes en physique quantique promettent de possibles révolutions, autant philosophiques que technologiques.

Laurie Letertre, Doctorante en philosophie de la physique, Université Grenoble Alpes (UGA)

06/05/2022 Les marchés internationaux de l’énergie et les sanctions américaines

Si l’on exclue l’énergie nucléaire et l’énergie verte, encore peu commercialisées, ce terme de marchés internationaux de l’énergie désigne les marchés du charbon, du pétrole et du gaz naturel liquéfié. La Russie est traditionnellement une grande productrice dans ces domaines

Depuis l’offensive russe en Ukraine, les Occidentaux ont décidé de lui imposer un certain nombre de sanctions se traduisant notamment par ce que l’on a nommé un embargo sur le gaz, c’est-à-dire des mesure administratives ou militaires visant à empêcher la libre circulation du gaz russe.

Il en est résulté une compétition entre l’Europe et la Russie. La première, l’Europe, notamment l’Allemagne et la Hongrie, cherchent à se procurer du gaz ailleurs qu’en Russie. La seconde, la Russie, appliquant la politique dite du « Look east », cherche à vendre son gaz ailleurs qu’en Europe. quitte à accepter d’en diminuer le prix. L’Amérique espère bénéficier de cette compétition, dans la mesure où grâce à son gaz de schiste, elle est devenue récemment exportatrice de gaz.

Il en est de même de la Chine et de l’Inde. Celles-ci, grosses importatrices de gaz et de pétrole, comptent profiter de prix russes nécessairement réduits pour le cas échéant augmenter leurs achats. Sans attendre d’ailleurs, la Russie vient de leur proposer d’acheter du gaz non plus en dollars mais dans leurs monnaies nationales.

Aujourd’hui, après deux ans d’austérités résultant de la crise du Covid, avec une hausse des prix de l’énergie et une baisse générale de la consommation auxquelles s’ajoutent les conséquences de la guerre en Ukraine qui diminuent l’accès aux blés et céréales ukrainiens, les consommateurs européens souhaitent voir s’alléger rapidement cette politique à l’égard de la Russie – autrement dit pouvoir acheter le gaz et le pétrole russes sans hausses dues à des sanctions américaines, décidées de l’autre côté de l’Atlantique.

Note La proposition soumise par la Commission européenne aux Etats membres prévoit un arrêt des importations de brut dans les six mois et des produits raffinés d’ici à fin 2022. Elle accorde une dérogation d’une année jusqu’à la fin 2023 à la Hongrie et à la Slovaquie, deux pays enclavés et dépendants des livraisons par l’oléoduc Droujba.

La durée de cette dérogation a été jugée insuffisante par la Hongrie et la Slovaquie. La République tchèque a demandé à en bénéficier. Cette durée a été portée jusqu’à fin 2024 dans la nouvelle version du projet. La République tchèque se voit également accorder cette possibilité.

En 2021, la Russie a fourni 30% du brut et 15% des produits pétroliers achetés par l’Union européenne. Les trois pays qui demandent une dérogation représentent « un faible pourcentage » des achats, a souligné la Commission.

Pour l’avenir, les faits parlent d’eux-mêmes. Les exportations russes de Gaz naturel vers la Chine ont augmenté de 60% pendant les 4 premiers mois de 2022 par rapport à celles correspondant à la même période en 2021, selon le russe Gazprom.. Par ailleurs le même Gazprom étudie les plans d’un autre pipeline dit Soyuz Vostok qui reliera la Russie et la Chine à travers la Mongolie – soit 50 milliards de m3 de gaz chaque année.

05/05/2022. Avenir de l’Union européenne. Propositions

Avenir de l’Union Européenne. Trente ans pour en faire une superpuissance scientifique.

La Conférence sur l’avenir de l’Europe s’achève le 9 mai 2022 et, avec elle, la possibilité de contribuer à la plate forme de propositions mise en place. Pour une raison matérielle, nous n’avons pas pu y participer. D’ores et déjà, on peut regretter que manque une proposition essentielle, qui ne figure apparemment nulle part dans cette plate forme. Nous la reformulons ici. Il s’agirait de faire en trente ans, voire plus tôt, de l’Europe une superpuissance scientifique. La France compte tenu de ses capacités, jouerait un rôle essentiel dans cet objectif.

D’ores et déjà, une vive compétition s’est engagée au plan mondial entre les Etats-Unis et le bloc russo-chinois pour dominer ce que l’on pourrait nommer les secteurs d’avenir de la recherche scientifique et technique. Le bloc européen et plus particulièrement la France, y joue un rôle important, compte tenu de plus d’un siècle de réalisation. Mais ce rôle encore bien inférieur à ce qu’il pourrait être.

Compte tenu d’une évolution des sciences et des technologies qui n’a jamais été si rapide, nous pourrions pour notre part mentionner un certain nombre de domaines où prendre du retard équivaudrait pour l’UE et plus particulièrement pour la France à un suicide rapide.

  • intelligence artificielle et biologie artificielle visant à obtenir robots intelligents et des humains progressivement augmentés. Préalablement, des objectifs analogues seront poursuivis au bénéfice d’autres espèces vivantes.
  • Mise en place de nouveaux satellites suborbitaux.
  • Présence permanente sur la Lune dans au moins une station lunaire .
  • Préparation de débarquements de quelques jours sur Mars ou ses satellites.
  • Dans le domaine océanique, mise en place de vastes espaces protégés interdits à toute exploitation commerciale et dédiés aux sciences océaniques.
  • En matière de médecine, étude approfondie de virus et de bactéries susceptibles de provoquer de nouvelles pandémies.

04/05/2022 Corruption en Ukraine

Du point de vue des autorités et des médias russes, l’un des aspects principaux de la guerre entre la Russie d’un côté et l’Ukraine appuyée sur l’Occident de l’autre était le rôle central des néo-nazis ukrainiens, dits aussi banderistes,  dans la vie politique du pays. Les nouvelles autorités ukrainiennes et les pays occidentaux qui les soutiennent préfèrent cependant rejeter les accusations de ce genre, les qualifiant de « propagande mensongère du Kremlin ».Mais peut-on vraiment considérer que toutes les forces « patriotiques » et « proeuropéennes », qui ont pris part au coup d’État de 2014 en Ukraine et renversé le président Viktor Ianoukovitch sont des banderistes (du nom de Stepan Bandera, nationaliste ukrainien ayant collaboré avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale) ? Aujourd’hui, quel rôle jouent-elles en appui du président Volodymyr Zelinsky

Depuis de nombreuses années, la vie politique ukrainienne fut déterminée via l’opposition entre deux parties du pays qui étaient plus au moins égales en termes d’électorat : c’était l’Ouest, réuni avec la région centrale, et le Sud-Est. Ces deux régions sont différentes de point de vue culturel : les habitants de l’Est parlent presque exclusivement russe, tandis que dans l’Ouest, l’ukrainien est plus répandu. Il y a aussi une différence économique : l’Est est industriel et l’Ouest est agricole.

Le nationalisme ukrainien a émergé durant le premier tiers du XXe siècle, et ressemble au nazisme allemand et à plusieurs autres idéologies d’extrême-droite de l’époque, d’où ses traits caractéristiques comme l’intolérance politique, le penchant à l’action directe et à la violence, ainsi que le refus des droits des minorités. Les nationalistes d’Ukraine estiment nécessaire de construire la nation avec une « main de fer », opprimant tous les éléments non-ukrainiens de la société. Mais il y a un problème : ces éléments non-ukrainiens représentent en Ukraine une majorité. Il y en a beaucoup même en Galicie, la région la plus ukrainophone du pays.

Analysant l’Ukraine, certains experts font une distinction entre le nationalisme modéré et le nationalisme extrême, comme chez les autres peuples européens. Mais dans ce cas-là, c’est faux. Lors de leur formation, tous les mouvements nationalistes européens étaient « modérés » et ce ne qu’après qu’ils acquéraient des ailes extrémistes. Quant au nationalisme ukrainien, cette idéologie était extrême dès le début.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les nationalistes ukrainiens ont formé l’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne). Armée de guérilla dirigée par Stepan Bandera et par sa main droite Roman Choukhevitch, elle agissait principalement dans l’Ouest du pays. Cette période fut la plus célèbre de l’histoire du nationalisme ukrainien.

Malgré des relations assez tendues avec les occupants allemands, les banderistes considéraient toujours comme leur ennemi principal l’URSS. C’était dû à l’idéologie du nationalisme ukrainien, selon laquelle c’étaient les Russes qui étaient les principaux rivaux du peuple ukrainien. L’activité de l’UPA a atteint son apogée en 1944 et 1945 et durant les premières années d’après-guerre, lorsque les banderistes se sont mis à coopérer avec les services secrets britanniques et américains.

Cependant, au milieu des années 1950, la plupart des militants nationalistes ont rendu les armes, revenant à une vie pacifique. Quant à Bandera, il s’est rendu à Munich où il vivait sous la protection de l’intelligence service britannique jusqu’en 1959, l’année où il a été assassiné par l’agent du KGB Bogdan Stachinsky. Ce dernier l’a tué à l’aide d’un pistolet spécial chargé d’une seringue avec du cyanure de potassium.

En avril 2014, le ministère russe de la Défense a rendu publics plusieurs documents portant sur les activités des banderistes durant la Seconde Guerre mondiale. Les données dévoilées mettent en lumière le soutien logistique rendu par l’UPA à l’armée allemande, ainsi que leur participation au nettoyage ethnique. Outre les Juifs, les banderistes exterminaient les représentants d’autres nations. De plus, même les Ukrainiens qui étaient contre le nationalisme, ont été soumis à la terreur de l’UPA. Néanmoins, les enfants ukrainiens apprennent aujourd’hui à honorer ces gens comme des héros.

Contrairement à l’Ukraine du Sud-Est, qui n’a pas acquis d’idéologie ni d’identité dominante après la chute de l’URSS, l’Ukraine de l’Ouest est devenue nationaliste. C’est pourquoi même lorsque les représentants du Sud-Est étaient au pouvoir à Kiev, la politique sociale du pays était toujours déterminée par les nationalistes de Galicie. Le système d’enseignement et les médias étaient imbus de nationalisme. Les enfants ukrainiens lisaient des manuels qui présentaient une vue ultra-nationaliste de l’histoire du pays. Les chaînes de télévisions diffusaient régulièrement des programmes promouvant les idées du nationalisme ukrainien.

Pour beaucoup, les années Ianoukovitch restent surtout associées à la prédation économique organisée au sommet de l’Etat et à la corruption généralisée. Les estimations de détournement varient de 10 à 40 milliards d’euros. Plusieurs enquêtes sur Victor Ianoukovitch ont été ouvertes depuis 2014, mais aucune n’a encore abouti à une condamnation.

« Juger Ianoukovitch dans des dossiers de corruption impliquerait d’enquêter sérieusement sur des gens qui sont encore là et qui sont parfois devenus des soutiens du nouveau pouvoir », expliquait au Monde Daria Kaleniouk, de l’ONG Centre d’action contre la corruption, lors de l’ouverture du procès de Ianoukovitch pour « haute trahison », à l’été 2017. Ceux-ci se retrouvent principalement au sein du Bloc d’opposition, le successeur du Parti des régions de Viktor Ianoukovitch. Plus encore, la mise au jour des relations troubles entre économie et politique constituerait une menace pour l’ensemble du système ukrainien

Le combat pour récupérer les fonds volés est tout aussi chaotique. Selon un rapport du Centre d’action contre la corruption, 50 millions d’euros devaient être récupérés en 2015 et remis au budget de l’Etat. Seuls 3 400 euros l’ont été, notamment à cause de la complexité des schémas financiers impliquant des paradis fiscaux. Des gels d’avoirs décidés en 2014 dans plusieurs pays européens ont été levés les uns après les autres, faute d’action côté ukrainien.

04/05/2022 La fin de l’expansion de l’univers

Source
https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/astronomie-fin-expansion-univers-serait-bientot-19340/

En 1998, des scientifiques découvraient, par deux études effectuées en parallèle, que les supernovas de type SN Ia s’éloignaient les unes des autres de plus en plus vite. Ces supernovas, issues de systèmes binaires contenant une naine blanche, sont considérées comme des points de repère en cosmologie, aussi appelées chandelles standard, car leur luminosité reste constante avec le temps. Or, lorsque les chercheurs ont évalué la distance qui les séparait en fonction du temps, ils ont observé que celle-ci augmentait de plus en plus vite en fonction du temps ! On savait déjà à ce moment-là que l’Univers était en expansion, mais le modèle du Big Bang supposait une décélération de cette expansion : les observations démontrèrent l’inverse.

La seule explication trouvée pour expliquer ce phénomène impliquait la présence d’une pression négative causée par une substance inconnue. Nommée « énergie noire », les calculs ont depuis montré qu’elle remplit plus de 70 % du contenu énergétique de notre Univers, sans qu’on soit pour autant capables de l’identifier. Indétectable malgré de nombreuses tentatives, plusieurs théories ont essayé malgré tout de la modéliser. Le modèle le plus utilisé actuellement est le modèle cosmologique standard, qui suppose une accélération constante et qui dépend de la constante cosmologique Λ, qui représente l’énergie du vide. Dans ce cas, l’accélération est constante, donc l’expansion continuera indéfiniment. Mais il existe Plus exactement, l’énergie noire serait comme une substance déterminée par un champ scalaire, appelée quintessence. À chaque point de l’espace est associée une valeur de cette quintessence V(Φ), qui dépend de la densité d’énergie et de matière qui l’entoure. Elle varie alors dans le temps, et s’oppose ainsi à la théorie qui associe l’énergie noire à la constante cosmologique. Sa longueur d’onde serait de l’ordre de la taille de l’Univers, lui attribuant alors une énergie cinétique presque nulle. Comme la pression associée à la quintessence dépend du rapport entre énergie cinétique et énergie potentielle, celle-ci est négative, donc cohérente avec une énergie répulsive. 

D’après ce modèle, la quintessence peut interagir avec la matière ordinaire lorsqu’elle est en grande quantité, tel un système stellaire, ou plus gros encore, une galaxie. Ainsi, au tout début de l’Univers, alors qu’il était encore compact, la quintessence et la matière auraient interagi fortement, créant comme un boum d’accélération. Puis à mesure que les astres s’éloignent, la densité de matière diminue pour devenir presque une constante, donc l’interaction avec la quintessence aussi.

Plus exactement, l’énergie noire serait comme une substance déterminée par un champ scalaire, appelée quintessence. À chaque point de l’espace est associée une valeur de cette quintessence V(Φ), qui dépend de la densité d’énergie et de matière qui l’entoure. Elle varie alors dans le temps, et s’oppose ainsi à la théorie qui associe l’énergie noire à la constante cosmologique. Sa longueur d’onde serait de l’ordre de la taille de l’Univers, lui attribuant alors une énergie cinétique presque nulle. Comme la pression associée à la quintessence dépend du rapport entre énergie cinétique et énergie potentielle, celle-ci est négative, donc cohérente avec une énergie répulsive. 

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Dans une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, (voir références ci-dessous) un groupe de cosmologues a approfondi l’idée de quintessence. Et leur modèle prédit plusieurs changements pour l’expansion de l’Univers : d’abord, son accélération décélérera puis stoppera prochainement, puis au lieu de s’étendre l’Univers va se contracter petit à petit. Leurs calculs supposent une augmentation progressive de l’énergie cinétique et en parallèle une diminution de l’énergie potentielle : d’où l’évolution vers une pression positive, qui tend à contracter l’Univers au lieu de l’étirer : « à mesure que la densité d’énergie potentielle positive diminue et que la densité d’énergie cinétique vient à la dépasser, la phase actuelle d’expansion accélérée se terminera et passera en douceur à une période d’expansion décélérée. Ensuite, à mesure que le champ scalaire continue d’évoluer vers le bas du potentiel, la densité d’énergie potentielle deviendra suffisamment négative pour que la densité d’énergie totale et, par conséquent, le paramètre de Hubble H(t), atteigne zéro. Par conséquent, l’expansion (H > 0) s’arrêtera complètement et passera progressivement à la contraction (H < 0). », expliquent les chercheurs dans l’étude.

Leurs calculs se basent à la fois sur les données observationnelles, et sur une combinaison entre des équations d’état cosmologiques et les équations de Friedmann : ils décrivent ainsi mathématiquement l’évolution du potentiel de champ scalaire, et montrent qu’il diminue petit à petit. Plus étonnamment encore, les intervalles de temps entre l’expansion accélérée et décélérée, puis vers la contraction sont très petits reportés sur une échelle cosmologique ! Comparable à des échelles géologies, selon les chercheurs, l’accélération s’arrêterait dans moins de 65 millions d’années, soit autant de temps qu’il y a eu entre la fin des dinosaures et nous ! 

Quant à la contraction, d’après leur modèle qui suppose une évolution cyclique, elle se produirait lentement, en des milliards d’années. L’Univers se rendrait soit à un stade similaire à celui du Big Bang, soit au Big Crunch : ce sera alors la fin de l’espace-temps tel que nous le connaissons. Ensuite, une nouvelle phase d’expansion, et ainsi de suite. Les chercheurs concluent sur les grandes incertitudes qui accompagnent leur modèle : peu de données disponibles, donc beaucoup de variations dans les résultats. Mais un élément commun demeure, peu importe la théorie utilisée : « nos trois développements théoriques différents pointent vers le même résultat : la fin de l’expansion pourrait survenir étonnamment bientôt », conclut leur étude.__

Référence

Rapidly descending dark energy and the end of cosmic expansion

April 5, 2022  https://doi.org/10.1073/pnas.2200539119

Significance

Although the universe is expanding at an accelerating rate today, this paper presents a simple mechanism by which a dynamical form of dark energy (known as quintessence) could cause the acceleration to come to end and smoothly transition from expansion to a phase of slow contraction. That raises questions, How soon could this transition occur? And at what point would it be detectable? The conclusions are that the transition could be surprisingly soon, maybe less than 100 million y from now, and yet, for reasons described in the main text, it is not yet detectable today. The scenario is not far-fetched. In fact, it fits naturally with recent theories of cyclic cosmology and conjectures about quantum gravity.

Abstract

If dark energy is a form of quintessence driven by a scalar field ϕϕ evolving down a monotonically decreasing potential V(ϕ)V(ϕ) that passes sufficiently below zero, the universe is destined to undergo a series of smooth transitions. The currently observed accelerated expansion will cease; soon thereafter, expansion will come to end altogether; and the universe will pass into a phase of slow contraction. In this paper, we consider how short the remaining period of expansion can be given current observational constraints on dark energy. We also discuss how this scenario fits naturally with cyclic cosmologies and recent conjectures about quantum gravity.

03/05/2022 Faudra-t-il laisser les djihadistes s’installer tranquillement au Mali ?

Le 2 mai 2022, les autorités maliennes ont rompu les Accords de statut des forces (Sofa) qui fixaient le cadre juridique de la présence au Mali des forces française Barkhane et européenne Takuba. mais aussi le traité de coopération en matière de défense qui unit le Mali et la France. Cette dénonciation devrait accélérer le retrait en cours de la France de l’opération Barkhane.

L’Opération Barkhane est une opération militaire menée au Sahel et au Sahara par l’armée française, avec une aide secondaire d’armées européennes alliées. Elle vise à lutter contre les groupes armés salafistes djihadistes dans le Sahel. Lancée le 1ᵉʳ août 2014, elle remplace les opérations Serval et Épervier.

Les groupes djihadistes visés sont principalement  Ansar Dine qui compte environ  800 hommes au Mali et AQMI, plus de mille. Mais ces estimations sont peu précises. Le nombre des combattants varie en fonction de l’opposition qu’ils rencontrent.

Si le retrait de la France se précisait, on peut penser que les djihadistes se compteraient par milliers, au Mali et plus encore au Sahel. Parmi eux se trouveront de plus en plus de terroristes islamistes venant commettre des attentats en France et en Europe.

Rappelons qu’alors que plusieurs autres ressources du pays (comme le fer, la bauxite ou le pétrole) restent encore largement inexploitées, le plus grand intérêt d’un pays comme la France est surtout de garder la paix au Mali, notamment pour protéger les gisements d’uranium qu’elle utilise au Niger voisin

La junte au pouvoir dit fustiger les «atteintes flagrantes» de la part des forces françaises présentes dans le pays à la souveraineté nationale et de «multiples violations» de l’espace aérien malien. Rappelons que ces « violations » découlent essentiellement des patrouilles aériennes d’avions et d’hélicoptères permettant d’identifier et combattre les groupes djihadistes.

La France n’est pas l’Ukraine. C’est une chance pour la junte malienne. Ses membres n’auront pas à se défendre contre les frappes de groupes paramilitaires tels que le régiment Azov (Kiev) ou le groupe russe Wagner qui mènent des opérations meurtrières à la marge des actions militaires.

02/05/2022 La bataille russe pour le Donbass

Il apparaît aujourd’hui que la Russie est en train de battre sans doute définitivement les forces ukrainiennes sous le commandement du sémillant président Volodimir Zelinsky. Ces forces elles-mêmes sont massivement aidées par les Etats-Unis au risque de provoquer un embrasement pouvant dégénérer en guerre nucléaire mondiale.

Le fait est que la bataille avait initialement mal commencé pour Moscou. Des colonnes de troupes russes, avançant en Ukraine sans prêter le genre d’attention à la sécurité des itinéraires et à la protection des flancs qui accompagne normalement les opérations offensives, se sont retrouvées coupées et anéanties par des embuscades ukrainiennes bien préparées. De plus, au lieu de plier sous la pression, l’armée ukrainienne, – tant l’armée régulière que les forces territoriales, – a tenu bon et s’est battue, en utilisant  avec un grand succès. des armes antichars portatives, – des ‘Javelin” de fabrication américaine et des NLAW de fabrication britannique, I

Cependant, malgré des revers initiaux coûteux, l’armée russe a poursuivi son attaque, réalisant des gains impressionnants dans le sud, où les forces russes opérant depuis la Crimée ont sécurisé la ville stratégique de Kherson et ont progressé vers la ville tout aussi importante de Marioupol. Là, elles ont rejoint les forces russes et ses alliées de la République de Donetsk pour encercler les forces ukrainiennes qui défendaient Marioupol. Elles ont fini par enfermer les survivants, au nombre de plusieurs milliers, dans les souterrains en béton armé de l’usine sidérurgique Azovstal.

Plus au nord, les forces russes, ainsi que les forces des républiques de Donetsk et de Lougansk, ont avancé vers l’ouest pour chasser les forces ukrainiennes de leurs positions préparées afin de prendre le contrôle de la totalité du territoire englobant la région du Donbass.

Si la sécurisation de l’intégrité territoriale de la région du Donbass était l’un des principaux objectifs de l’opération militaire spéciale russe, la Russie a mené à cette fin de vastes opérations de soutien, notamment une avancée de diversion vers Kiev destinée à fixer les forces ukrainiennes sur place et à détourner les renforts du front oriental, ainsi qu’une feinte amphibie au large d’Odessa dans le même but.

Pour qu’une attaque ou une feinte de diversion soit viable sur le plan opérationnel, elle doit être crédible, ce qui signifie que les forces chargées de la mission doivent être agressives dans l’exécution de la diversion, même dans des conditions défavorables.

L’avancée russe sur Kiev a été réalisée par une force de quelque 40 000 hommes opérant sur deux axes, l’un se dirigeant vers le sud, l’autre poussant vers le sud-ouest depuis la direction de Tchernihiv. Les avancées terrestres ont été précédées de plusieurs assauts aériens visant les aérodromes situés dans les environs de Kiev. Que les renseignements russes aient ou non indiqué que Kiev était mûr pour un coup de main, que les parachutistes et les forces spéciales russes menant les assauts aient été trop agressifs dans la réalisation de l’attaque, ou une combinaison des deux, la réalité était que Kiev était bien défendue par un mélange d’armée régulière et de forces territoriales qui n’étaient pas enclines à abandonner la capitale ukrainienne sans se battre. Pendant plus d’un mois, les forces russes ont avancé sur Kiev, lançant des attaques par à-coups qui ont pénétré dans la banlieue nord et menacé d’encercler la ville par l’est et l’ouest.

Il n’en demeure pas moins qu’une force de 40 000 hommes, aussi agressive soit-elle, ne peut prendre et tenir une ville de quelque trois millions d’habitants défendue par un mélange de 60 000 soldats réguliers, de réserve et territoriaux. Mais cela n’a jamais été leur tâche.

« Ces actions [i.e., l’avancée sur Kiev] », a annoncé le colonel général Sergey Rudskoy, premier chef adjoint de l’état-major russe, lors d’un briefing le 26 mars, « sont menées dans le but de causer des dommages aux infrastructures militaires, aux équipements et au personnel des forces armées ukrainiennes, dont les résultats nous permettent non seulement d’immobiliser leurs forces et de les empêcher de renforcer leur groupement dans le Donbass, mais aussi ne leur permettront pas de le faire jusqu’à ce que l’armée russe libère complètement les territoires de laRépublique populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk ».

La prétendue “bataille de Kiev” est un exemple clair de la différence entre la perception et la réalité. L’interprétation ukrainienne est que ses forces ont vaincu de manière décisive les militaires russes aux abords de Kiev, ce qui les a obligés non seulement à battre en retraite, mais aussi à revoir complètement les objectifs stratégiques de l’opération militaire spéciale. Ce point de vue a été repris sans hésitation par des médias occidentaux complaisants.

L’un des principaux résultats de cette “victoire” ukrainienne a été la capacité du président ukrainien Zelenski à tirer parti de cette perception pour modifier fondamentalement la façon de penser de ses partisans en Occident, ce qui a entraîné une augmentation des sommes allouées à la fourniture d’armes à l’Ukraine, ainsi que de la qualité des armes elles-mêmes, l’Occident délaissant les armes antichars légères au profit de blindées et de pièces d’artillerie plus lourdes.

La nécessité de ce changement radical de priorité en matière d’armement n’était pas explicite, d’autant plus que l’Ukraine avait, selon son propre récit, vaincu la Russie de manière décisive en utilisant ces mêmes armes antichars légères. La réalité, cependant, est que les opérations russes de la phase 1 ont infligé des dommages quasi mortels à l’armée ukrainienne, tuant et blessant des dizaines de milliers de soldats tout en détruisant la majeure partie de l’armement lourd de l’Ukraine, – l’artillerie, les chars et les véhicules de combat blindés essentiels à la conduite d’une guerre interarmes moderne. La raison pour laquelle l’Ukraine a demandé davantage de chars, de véhicules blindés et d’artillerie à ses fournisseurs occidentaux est qu’elle avait épuisé ses stocks disponibles.

Mais l’équipement était le moins important des soucis de l’Ukraine. Une armée n’est bonne que si elle est capable de soutenir logistiquement ses forces pendant le combat, et l’un des principaux objectifs de la campagne russe de la phase-1 était de détruire les installations de stockage de carburant et de munitions de l’Ukraine et de dégrader le commandement et le contrôle ukrainiens. Le résultat est que si l’Ukraine a tenu Kiev, elle l’a fait à un coût énorme en termes d’efficacité globale du combat. Et tandis que la Russie a pu se retirer du front de Kiev et bénéficier d’une période de repos, de réarmement et de réorientation l’armée ukrainienne est restée sous la pression des attaques aériennes russes incessantes et des bombardements de missiles de croisière à guidage de précision et de l’artillerie russe.

La perception, lorsqu’elle est soumise à la lumière crue de la réalité, se révèle être un peu plus qu’un vœu pieux. C’est le cas de la “bataille de Kiev”, au cours de laquelle l’armée ukrainienne s’est retrouvée avec un territoire qui n’avait plus aucune utilité pour les Russes. La Russie a pu redéployer ses forces pour mieux soutenir son objectif premier, la prise du Donbass, laissant les forces ukrainiennes de Kiev figées sur place.

La réalité est que Kiev était une feinte russe magistrale qui a façonné la situation stratégique globale en Ukraine en faveur de la Russie, et que la bataille de Marioupol est également terminée en termes d’impact stratégique sur la campagne globale. Ce qui reste, c’est la dure vérité du fait que l’Ukraine est en train de perdre sa guerre contre la Russie.

Telle est la situation actuelle de l’armée ukrainienne face aux Russes dans le Donbass aujourd’hui. Les Ukrainiens, dépourvus de toute artillerie significative, sont à la merci de l’artillerie et des lance-roquettes russes qui pilonnent leurs positions jour après jour, sans répit. Les troupes russes ont adopté une approche très délibérée de l’engagement avec leurs adversaires ukrainiens. Finies les avancées rapides de colonnes et de convois non protégés ; désormais, les Russes isolent les défenseurs ukrainiens, les bombardent avec l’artillerie, puis se rapprochent prudemment et détruisent ce qui reste avec l’infanterie soutenue par des chars et des véhicules de combat blindés. Le rapport de pertes dans ces combats est impitoyable pour l’Ukraine, avec des centaines de soldats perdus chaque jour en termes de tués, de blessés et de personnes qui se sont rendues, alors que les pertes russes se mesurent en dizaines.

Non seulement la Russie peut manœuvrer pratiquement à volonté le long du front en se rapprochant des défenseurs ukrainiens et en les détruisant, mais les troupes russes opèrent également avec une liberté absolue dans la profondeur, ce qui signifie qu’elles peuvent se retirer pour se ravitailler, se réarmer et se reposer sans craindre les tirs d’artillerie ou les forces de contre-attaque ukrainiennes. Les Ukrainiens, quant à eux, restent cloués au sol, incapables de bouger de crainte d’être détectés et détruits par la puissance aérienne russe, et sont donc condamnés à être isolés et détruits par les troupes russes en temps voulu.

Il n’y a pratiquement aucun espoir de renforcement ou de secours pour les forces ukrainiennes opérant sur les lignes de front ; la Russie a paralysé les lignes ferroviaires qui servaient de voie de ravitaillement, et la probabilité que les forces ukrainiennes qui ont reçu des armes lourdes fournies par l’Occident atteignent les lignes de front avec une force discernable est pratiquement nulle. La bataille du Donbass atteint son point culminant, lorsque l’armée ukrainienne passe rapidement d’une force capable de fournir un semblant de résistance à une force qui a perdu toute capacité de combat significative.

Telle est la situation à l’aube du troisième mois de l’opération militaire russe en Ukraine. Si la fin d’un conflit est toujours une question politique, une chose est sûre : si l’opération se prolonge pendant un quatrième mois, le champ de bataille sera très différent de celui que le monde voit actuellement. La bataille pour le Donbass et l’est de l’Ukraine est pratiquement terminée. C’est la dure réalité, et aucun vœu pieux ni aucune gestion de la perception de la part de Zelenski ou de ses partenaires américains ne peuvent y changer quoi que ce soit.

Références

ex-UN weapons inspector Scott Ritter https://www.youtube.com/watch?v=OSkpIq3T-Zc

https://www.dedefensa.org/article/ukrisisentree-dans-son-troisieme-mois