08/06/2022 Fiche de lecture. Le peuple des humains par Lluis Quintana Murci

Odile Jacob 6 octobre 2021

Lluis Quintana-Murci est biologiste et généticien Professeur au collège de France, il dirige l’unité de génétique évolutive humaine à l’Institut Pasteur.

Présentation par l ‘éditeur

D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? C’est à ces questions universelles que répond ce livre.
Lluís Quintana-Murci, biologiste franco-espagnol de renommée mondiale, nous convie à un grand voyage dans le temps et dans l’espace à la recherche de nos origines et de notre destinée.
Il se fonde sur les outils puissants qu’offrent les sciences les plus récentes pour déchiffrer nos génomes et explorer leur diversité à travers les populations humaines, non seulement celles d’aujourd’hui, mais aussi, grâce aux vestiges fossiles, celles d’hier.
Il retrace l’extraordinaire histoire du peuplement humain à travers le monde : de la sortie d’Afrique il y a plus de 60 000 ans au peuplement de la Polynésie il y a juste quelques millénaires.
Il établit l’existence d’espèces humaines éteintes, révèle comment les populations humaines se sont constamment métissées entre elles, mais aussi avec des humains archaïques, comme l’homme de Neandertal. Nous sommes tous des métis.
Il montre que c’est ce métissage même, y compris celui avec les humains archaïques, qui a contribué à la survie des humains, notamment face aux pathogènes, et notamment aux virus ! Toutefois, l’héritage néandertalien qui est en nous peut parfois se révéler délétère… et même affaiblir notre immunité face au Covid-19 !

Présentation par l’auteur

Au cours des deux siècles passés, des chercheurs ont trouvé des os et des artefacts indiquant qu’il existait sur terre, voici plusieurs millions d’années, des populations qui nous ressemblaient étonnamment. Mais l’establishment scientifique a gommé, ignoré ou perdu de vue ces faits extraordinaires. Pourquoi ? Parce qu’ils sont en contradiction avec la thèse qui prévaut aujourd’hui sur les origines de l’humanité, selon laquelle les humains se sont développés au cours des cent mille ans écoulés à partir d’ancêtres à l’aspect simiesque..

Notre commentaire

Rappel

7 000 000 d’années : apparition des premiers ancêtres de la lignée des « hommes ». 3 500 000 ans : début de la bipédie prouvée par des traces de pas découvertes à Laetoli (Afrique, Tanzanie). 2 700 000 ans : Apparition de l’Homo habilis et premiers outils débités

La vision de l’évolution ayant mené des singes à l’homme s’est compliquée depuis au moins 20 ans et le vieux schéma d’une chaîne linéaire, menant des premiers primates à l’Homo sapiens, a laissé la place à un buisson touffu. En particulier, on ne pense plus que les Australopithecus afarensis, comme Lucy, étaient les ancêtres directs du genre Homo.

Abel, découvert au Tchad en 1995 à Koro Toro, avait déjà commencé à agiter le milieu de la paléoanthro ce sont les découvertes d’Orrorin et surtout de Toumaï qui ont fait le plus parler d’elles. En particulier, le grand public a fait connaissance avec Sahelanthropus tchadensis à l’occasion d’une émission de télévision, que l’on trouve aujourd’hui sous forme de DVDToumaï le nouvel ancêtre.

Toumaï était-il bien un hominidé ou s’agissait-il d’un singe, comme le laissait par exemple penser le volume de sa boîte crânienne ? Sur cette question, le débat fut âpre. Pourtant, dès 2002, ses découvreurs le présentaient bien dans un article de Nature comme le plus ancien ancêtre de l’humanité. Des études ultérieures, parues elles aussi dans Nature en 2005 et employant entre autre des techniques de reconstitutions du crâne en 3D, apportèrent une série d’arguments étayant fortement la thèse du caractère d’hominidé des Sahelanthropus tchadensis.

Le nouveau résultat obtenu par les chercheurs porte sur la datation des restes trouvés au Tchad. Une bonne estimation avait déjà été faite à partir des fossiles d’animaux qui vivaient à la même époque autour de Toumaï. Cetfaune le situait vers 6 à 7 millions d’années avant notre ère, et plutôt 7 que 6.

A nouveau, la datation absolue a été fournie par la radiochronologie et plus précisément l’emploi du béryllium 10. Le carbone 14 ne permettant pas de faire des datations au-delà de 50.000 ans, c’est lui qui a permis d’attribuer un âge de 6,9 à 7,2 millions d’années pour la couche de sédiments où les restes de Toumaï ont été découverts.

Malgré un faisceau de preuves convaincantes en faveur du caractère pré-humain de Toumaï, la preuve définitive ne sera apportée que lorsqu’on découvrira un squelette plus complet, avec surtout des membres.

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