22/06/2022 Relations Pékin-Washington. Elles ne devraient jamais être aussi bonnes

Voilà ce qui devrait rassurer ceux qui, il à quelques mois à peine, s’étaient inquiétés d’entendre Donalt Trump affirmer que la Chine était et resterait, bien avant la Russie, une adversaire irréconciliable. Pour concrétiser cela, Washington menaçait à tous propos d’envahir Taiwan.

Ceci devrait changer. Lors d’une réunion diplomatique de haut niveau, le 13 juin 2022 à Luxembourg, Yang Jiechi, membre du Political Bureau of the Communist Party of China (CPC) Central Committee et director of the Office of the Foreign Affairs Commission of the CPC Central Committee, avait rencontré Jack Sullivan, U.S. National Security Advisor (Voir Global Times https://www.globaltimes.cn/page/202206/1268061.shtml)

Ils ont convenu qu’il était temps de donner un nouveau cours aux relations sino-américaine. Sinon ce serait une guerre assurée.

On peut penser que ce retour à la sagesse, du côte américain, a résulté de la prise de conscience, par Joe Biden, du fait que l’Amérique avait trop de difficultés pour mener des guerres commerciales et a fortori diplomatique, avec Pékin.

La Chine, de son côté, affaiblie par l’épidémie due au Covid 19, se devait de se réorganiser.

https://novayagazeta.eu/fr

Les lecteurs francophones ne trouveront plus désormais à l’adresse ci-dessus la version européenne en français de la revue russe Novaya Gazeta interdite de publication en Russie comme en France

В России введен фактический запрет на профессию журналиста. Власти РФ «отменили» нас именно в тот момент, когда россияне и весь мир нуждаются в правдивой независимой информации о катастрофической войне и о том, как война разрушает российское общество.

7 апреля 2022 года «Новая газета. Европа» открылась как новостной телеграм-канал. Сегодня, 20 апреля, мы запускаем полноценный сайт и медиа в Европе. Мы будем говорить как есть — давать полную информацию о России и войне против Украины, вне зависимости от того, что думает об этом Кремль или другие правительственные органы.

Журналисты «Новой газеты. Европа» нуждаются в вашей поддержке. Через несколько дней мы объявим кампанию краудфандинга. Оставайтесь с нами в Европе, где бы вы ни находились — по обе стороны границы разделенного вновь континента.

Кирилл Мартынов, главный редактор «Новой газеты. Европа»

20/06/2022 Une troisième guerre mondiale a-t-elle commencé ?

Le 18 mai la chaîne Russia-1 publiait sur Twitter le message suivant :  

« Nous n’avons pas encore compris comment agir sans une frappe nucléaire »

« L’opération spéciale de la Russie en Ukraine est terminée parce qu’une vraie guerre a commencé, la 3e Guerre mondiae On est obligé de mener la démilitarisation non seulement de l’Ukraine mais aussi de l’OTAN tout entière » a lancé ainsi la présentatrice Olga Skabeyeva, surnommée la poupée de fer de Vladimir Poutine.

Invité, l’analyste politique Vladimir Avatkov a surenchéri : « Vous avez mentionné la troisième guerre mondiale et la manière dont les Américains agissent sur le territoire de l’Ukraine. Nous devons nous rappeler les paroles de Poutine, qui a affirmé que quiconque essaye d’interférer dans l’opération militaire spéciale en paiera le prix ».

Et pour finir, la conclusion d’Olga Skabeyeva : « On n’oubliera jamais ces mots de Poutine. Un grand nombre de personnes essaient d’interférer sur l’opération spéciale en Ukraine. On doit agir, mais nous n’avons pas encore compris comment agir sans une frappe nucléaire »

Pour notre part, nous n’avons pas encore compris comment une frappe nucléaire russe, même de faible puissance, pourrait ne pas déclencher de troisième guerre mondiale

19/06/2022 La guerre en Ukraine durera-t-elle des années ?

19/06/2022 La guerre en Ukraine durera-t-elle des années ?

Les troupes ukrainiennes ont affirmé, le 19 juin au matin, avoir repoussé des attaques russes contre des villages situés près de Sievierodonetsk, dans l’est du pays, où les belligérants s’affrontent depuis des semaines. De son côté, le ministère de la défense russe a affirmé dimanche que « l’offensive contre Sievierodonetsk se déroule avec succès ». Le ministère de la défense britannique confirme « des bombardements à l’artillerie lourde sur les axes au nord, est et sud de la poche de la ville, mais avec peu de changements sur le front ». L’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW) évoque, pour sa part, des « gains mineurs » des forces russes dans les alentours.

Dans une rare sortie hors de Kiev, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a rendu visite, samedi, aux troupes à Mykolaïv, sur la mer Noire« Nous ne donnerons le Sud à personne, nous allons tout reprendre, et la mer sera ukrainienne, elle sera sûre », a-t-il déclaré. Il a ajouté s’être entretenu avec soldats et policiers. « Leur humeur est confiante, et en regardant dans leurs yeux, il est évident qu’aucun ne doute de notre victoire », a-t-il dit. L’ISW cite une chaîne russe sur Telegram, selon laquelle les Russes ont effectué des « frappes massives et indéterminées » le long de la frontière entre les régions de Mykolaïv et Kherson, « probablement » en réponse à de récentes contre-attaques ukrainiennes.

Pour les observateurs européens, il s’agit de pertes lourdes, supérieures proportionnellement à celles subies de chaque côté par les adversaires pendant la guerre de 14-18.

Mais ces quelques mois de guerre ont été les bienvenus par ce que l’on nomme désormais les complexes militaro-industriels. En Russie, ils ont permis de valoriser, non seulement l’industrie militaire classique, celle qui produit notamment les chars Terminator, mais tout le domaine du numérique et de l’intelligence artificielle militaire. Les robots dits autonomes ou intelligents russes ont surpris par leur capacité à conduire des affrontements urbains Ainsi le char-robot autonome russe Nerehta est un petit char d’assaut de 2,5 mètres de long censé partir au combat entièrement seul, sans aucune aide humaine

Concernant le côté ukrainien il en est de même. Le président Volodomyr Zelinsky a su se faire reconnaître à Washington, par son courage et son savoir faire, comme le mieux à même de représenter les intérêts de la puissante industrie militaire américaine. Celle-ci se battra jusqu’au dernier Ukrainien pour émarger aux milliards de dollars que les Etats-Unis ont annoncé vouloir désormais consacrer à la guerre.

19/06/2022 Gaz russe. Vladimir Poutine est-il en train de se tirer une balle dans le pied ?

Depuis deux jours, l’un des principaux gazoducs venant de Russie, et passant par l’Allemagne, n’exporte plus aucun gaz vers la France. Moscou, qui fournit 17% de notre consommation, se venge ainsi des sanctions européennes. « Les sanctions sont une arme à double tranchant et fonctionnent à double sens », a averti Vladimir Poutine,

Depuis plusieurs jours maintenant, un certain nombre pays européens annonçait des baisses de livraisons en provenance de la Russie. Autriche, Italie, Allemagne, et, depuis ce vendredi 17 juin, la France… Le Kremlin continue sa stratégie de déstabilisation des économies européennes en jouant sur le levier gazier.

Rappelons que, avant même le début de l’invasion de l’Ukraine la Russie, et son géant gazier Gazprom, utilisent les livraisons du gaz en Europe comme une mesure de rétorsion visant à diviser et déstabiliser les Vingt-Sept dans leur politique de soutien à Kiev. Depuis la salve de sanctions prise par l’Europe ces derniers jours, les livraisons n’ont atteint que 1,5 milliard de mètres cubes, alors que le précédent plancher avoisinait les 2,4 milliards.  

Jeudi 16 juin par exemple, l’autrichien OMV s’inquiétait d’une baisse des livraisons de gaz venant de Russie, alors qu’ENI annonçait que Gazprom ne livrerait que 65 % à peine des quantités de gaz demandées sur la journée, après avoir réduit de 15 % ses livraisons la veille. Mercredi 15 juin, c’est l’Allemagne ou encore Engie qui constataient une baisse des livraisons de gaz via le gazoduc Nord Stream 1. Et en fin de matinée le vendredi 17 juin, le gestionnaire du transport de gaz français, GRTGaz, a annoncé l’interruption du « flux physique entre la France et l’Allemagne » sur la livraison de gaz.  

La France, pour ce qui la concerne, devrait-elle s’inquiéter ? Les utilisations domestiques du gaz, qu’il s’agisse du gaz russe ou du gaz apporté d autres parties du monde par des gazoducs ou des méthaniers nécessitent l’entretien d’un réseau de stockage et de distribution fragile. Constamment se produisent ou sont difficilement évités des accidents imputables à ce réseau. Quoiqu’en dise Gaz de France un appel accu à Électricité de France sera le bienvenu. Les centrales nucléaires d’EDF fournissent assez d’électricité pour que le recours au gaz ne soit pas indispensable.

Certes le Gaz naturel est indispensable à un grand nombre d’applications industrielles. Mais le plus souvent l’appel de la France au marché international du gaz pourra répondre aux besoins.

19/06/22 Discours de Pierre de Gaulle à Moscou

Discours de Pierre de Gaulle, petit-fils du général de Gaulle à l’occasion de la Fête Nationale de la Fédération de Russie

TEXTE INTÉGRAL

« Zdrastvouillte ! Ot imeni frantsouskavo naroda goriatcho privetstvouiou rousskille narod i ievo praviteleille i prezident Vladimir Poutine »

(« Bonjour ! Au nom du peuple français, je salue chaleureusement le peuple russe et ses dirigeants et le Président Vladimir Poutine »).

« Здравствуйте ! От имени французского народа горячо приветсвую русские народ и его правителей и президент Владимир Путин. »

Vos Excellences, Mesdames, Messieurs les Officiels, Mesdames, Messieurs, Je vous remercie, au nom de ma famille et de mon père, l’Amiral de Gaulle, de nous inviter pour la célébration de votre fête Nationale.

Nos peuples sont liés par de longues années d’amitié et par le sang versé contre les Nazis. C’est l’occasion pour moi de répéter que la relation franco-russe était pour le Général de Gaulle d’une importance toute particulière. La France et la Russie sont proches l’une de l’autre mais aussi unies par la conscience de leur communauté d’intérêts et de destins.

Plus encore, la Russie était vue par mon grand-père comme l’allié de revers indispensable à sa sécurité mais parce qu’elle participait à sa conception de l’équilibre de l’Europe et de sa place de l’Europe dans le monde. Le Général disait même : « La décision funeste de Napoléon d’attaquer Alexandre 1er est la plus lourde erreur qu’il ait commise. Rien ne l’y forçait. C’était contraire à nos intérêts, à nos traditions, à notre génie. C’est de la guerre entre Napoléon et les russes que date notre décadence. »

Je viens ici pour affirmer une nouvelle fois haut et fort, qu’il est de l’intérêt de la France de garder de bonnes relations avec la Russie et de dire qu’il faut que nous travaillions ensemble en vue d’aider à l’union et à la sécurité de notre continent, ainsi qu’à l’équilibre, au progrès et à la paix du monde tout entier.

Chacun reconnaît aujourd’hui la responsabilité des États-Unis dans le conflit actuel, le rôle funeste de l’Otan qui s’élargit sans cesse et la politique inconsidérée du Gouvernement Ukrainien. Ce dernier, fort de belles promesses et nourri d’illusions américaines et européennes, a conduit une politique très condamnable à l’égard des populations russophones du Donbass, multipliant discrimination, spoliation, embargos et bombardements. Les Occidentaux ont malheureusement laissé faire Zelenski, ses oligarques et les groupes militaires néo-nazis s’enfermer dans une spirale de guerre.

Cet aveuglement est lourd de conséquence pour le peuple ukrainien. Mais ne nous y trompons pas : que veulent les Américains si ce n’est provoquer une nouvelle confrontation Est-Ouest, dont le seul but est d’affaiblir et de diviser l’Europe pour imposer leurs directives, leur économie et leur système ? Depuis la première guerre mondiale, les Américains ont conclu un pacte pour établir un équilibre nécessaire des forces en Europe et s’associer à la sécurité du continent européen. Ce n’est pas en organisant une escalade militaire systématique en Ukraine, qu’ils respecteront leur engagement, ni leurs grands principes de liberté et de démocratie !

Les États-Unis sont dans l’erreur, l’Otan est dans l’erreur, dont l’expansionnisme débridé et irréfléchi conduit inexorablement au déséquilibre du Monde et à l’injustice. Les belles promesses des Américains de ne pas élargir l’Otan à l’Est, ni au Nord, n’ont pas été respectées. Les accords de Minsk n’ont pas été respectés.

La réalité, c’est que les Américains n’ont jamais accepté, ni l’Occident avec eux, qu’après la difficile transition de 1991 et la reconstruction qui a suivi, que la Russie ne s’intègre pas dans son monde unipolaire. Les Américains ni l’Europe, n’ont jamais accepté que la Russie se transforme selon le modèle occidental, à son image.

A cause de cela et d’emblée, le Président Poutine fût perçu comme un dictateur, alors que c’est un grand leader pour son pays !

Les États-Unis n’ont jamais non plus accepté la perte du rôle du dollar comme monnaie prépondérante dans le règlement des échanges internationaux dans le monde. Le pire est, que dans cet aveuglement, ils ne font que renforcer, en déplaçant les intérêt économiques et financiers à l’Est, la position de la Chine et de la monnaie chinoise qu’ils veulent aussi combattre ! Les sanctions, qui sont celles de la politique du faible, sont inopérantes, sauf à affaiblir les Européens et autres nations du monde. Les Africains eux-mêmes, par l’intermédiaire du Président de l’Union Africaine, Monsieur Macky Sall, s’en inquiètent considérablement.

En provoquant une crise économique profonde, systémique et durable qui nous touche déjà tous, du prix du pain, au chauffage et aux carburants mais aussi par la pénurie agro-alimentaire, des matières premières et des métaux industriels qu’elle entraîne, les Américains affaiblissent les Européens à leur profit. Aura-t-on oublié que depuis au moins un siècle, toutes les crises financières majeures viennent des États-Unis ? « Notre dollar, votre problème » disait Henry Kissinger. Les Américains nous tiennent toujours par leur endettement, qu’ils exportent.

En imposant aussi un modèle culturel et social qui repose sur le culte de la jouissance et de la consommation, les Américains sapent le socle de nos valeurs traditionnelles et les deux piliers de la civilisation que sont la famille et la tradition.

L’Europe et bien sûr la France ont tout à perdre à s’enfermer dans cette escalade militaire et idéologique voulue par les États-Unis et l’Otan. Charles de Gaulle le disait : « l’Amérique ne fait pas partie de l’Europe. Je crois l’avoir découvert sur la carte. »

De la conjoncture actuelle, terrible et redoutable, la France peut et doit jouer un rôle capital. La France et la Russie sont toutes deux filles de l’Europe. La France ne doit pas oublier qu’elle est l’ainée des nations européennes et qu’aucune n’a derrière elle une aussi longue trainée de gloire. Mon grand-père a toujours soutenu et défendu l’impérative nécessité, même aux moments les plus difficiles de l’histoire, de construire et préserver une relation forte et partagée avec la Russie.

Il aimait la Russie. Nous aimons, ma famille et moi, la Russie et son peuple. Le peuple russe, dont le droit de propriété est si injustement bafoué partout dans le monde. Cela me rappelle les pires moments de l’occupation et du régime de Vichy en France. Et les artistes, les sportifs russes, sont-ils aussi responsables ?

Cette politique systématique et aveugle de confiscation et de discrimination du peuple russe tout entier est scandaleuse et me choque considérablement.

Permettez-moi de citer encore une fois le Général de Gaulle : « En France, on n’a jamais considéré la Russie comme un ennemi. Je suis pour le développement de l’amitié franco-russe et je n’ai jamais envoyé et je n’enverrai jamais des armes aux gens qui se seraient battus contre la Russie soviétique. »

Les Américains donnent de l’argent (et des armes), nous les payons en parts d’indépendance. Je regrette que le Gouvernement français se commette dans cette soumission à l’Otan et donc à la politique américaine.

Je déplore, que de par la volonté de certains présidents français, la France se soit dissoute dans l’Otan. Or, le Général de Gaulle s’est toujours efforcé de maintenir l’indépendance de la France dans le commandement intégré de l’Otan.

L’Otan absorbe l’Europe. Depuis, les Américains ne parlent plus à la France et ne nous considèrent plus comme une nation forte et indépendante.

Faut-il rappeler le camouflet récent subi par la France dans la rupture brutale et unilatérale du contrat d’achat des sous-marins australiens par l’Australie, Membre du Commonwealth et qui fût orchestré par les anglais et les américains ? La France peut-elle se contenter, outre sa perte de souveraineté, des trois jours d’avance en munitions et en carburant que lui octroie l’Otan ? Je ne comprends pas la politique du Président français.

Fort de ses convictions, de son armée et de la force de dissuasion qu’il a lui-même construite au grand dam des Américains, le Général de Gaulle a eu la détermination de sortir de l’Otan, tout en restant comme membre de droit de l’Alliance Atlantique. Je souhaiterais que le Président français ait ce courage et cette volonté, plutôt que de subir les affres de la pensée unique et de la politique commune imposée par les Américains, qui le rendent dépendant.

De la même manière, je ne me reconnais pas dans la France d’aujourd’hui, dans cette politique du « en même temps », qui nous affaiblit. Je ne me reconnais pas dans l’abandon actuel des valeurs, de notre histoire, de notre culture, de nos grands principes de liberté, du devoir et de la sécurité.

Le Général de Gaulle écrivait. « Il existe un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde. » Notre but est et doit rester d’établir une entente européenne entre l’Atlantique et l’Oural. Au milieu des alarmes du monde et des dangers de la crise actuelle, la France peut et doit, à nouveau, peser de tout son poids et chercher un arrangement avec les pays belligérants et la Russie en particulier.

On ne fait pas la guerre tout seul !

C’est une conviction que les idéologies, donc les régimes qui les expriment, en Ukraine comme ailleurs, ne sont que de passage. « Seuls comptent, appuyés sur les fondements politiques, la patine des siècles et la capacité des pays à rester grands ».

Comme le disait le Général de Gaulle en 1966 lors de son deuxième voyage en Russie : « La visite que j’achève de faire à votre pays, c’est une visite de la France de toujours à la Russie de toujours. »

Je vous remercie.

Pierre de Gaulle

https://crsc.fr/discours-de-pierre-de-gaulle-petit-fils-du-general-de-gaulle-a-l-occasion-de-la-fete-nationale-de-la-federation-de-russie/

 

18/06/2022 Découverte d’un nouveau type de FRB.

Une équipe internationale d’astronomes a repéré le deuxième exemple d’un Fast radio burst (FRB) ou sursauts radio rapides, très actif et répétitif. Ceci renforce encore les interrogations sur la nature de ces phénomènes, que les scientifiques ne parviennent pas pleinement à expliquer.

Celui-ci est seulement le deuxième exemple connu à ce jour de tels sursauts radios rapides actifs en permanence. Découvert en 2019 par le radiotélescope sphérique chinois FAST,  le plus grand radiotélescope à antenne unique du monde, le sursaut baptisé FRB 190520 soulève aujourd’hui une série de questions résumées par un article publié le 8 juin 2022 dans la revue Nature.dont on trouvera ci-dessous les références et l’abstract.

Pourquoi émet-il des salves d’ondes radio fréquentes et continues, alors que plus de 95% de la centaine de FRB connus à ce jour ne se répètent pas ? Et à quoi est due cette différence ?

En fait, depuis la première détection des FRB en 2007, la liste des interrogations au sujet de ces émissions d’ondes radio très intenses et très brèves ne cesse de s’allonger. En premier lieu, à correspondent-elles ? Si on les attribue à des explosions cosmiques, quelles sont la nature et les origines de celles-ci. Toutefois, les astronomes s’accordent sur un point : les FRB viennent de galaxies très lointaines.

Il ne fait pas non plus de doute qu’un FRB est la marque d’un phénomène extrême. Il peut émettre en quelques millisecondes l’équivalent de l’énergie émise par le Soleil en un siècle.  Deux hypothèses sont aujourd’hui avancées pour expliquer ces sursauts : des cataclysmes, comme des collisions entre des objets très denses et très massifs (la fusion entre deux trous noirs, deux étoiles à neutrons, ou un trou noir et une étoile à neutrons), ou des objets qui ont une émission radio périodique intense, tels que des étoiles à neutrons très massives avec de forts champs magnétiques

Grâce à une étude plus précise à l’aide du Karl G. Jansky Very Large Array (VLA) de la National Science Foundation, et à des observations directes avec le télescope optique Subaru à Hawaï, les chercheurs ont pu établir que FRB 190520 était situé à la périphérie d’une galaxie naine située à près de 3 milliards d’années-lumière de la Terre.

Les observations du VLA ont également révélé que cet objet émettait constamment des ondes radio plus faibles entre les rafales. « Pendant des décennies, les astronomes ont pensé qu’il y avait deux types de sources radio observables dans l’Univers : les trous noirs supermassifs en accrétion (La matière de l’étoile, aspirée par le trou noir, forme un disque d’accrétion de gaz tourbillonnant autour de ce dernier.  et l’activité résultat de la formation d’étoiles. Aujourd’hui, nous affirmons qu’il n’est plus possible d’être si catégorique », rapporte Casey Law, astrophysicien à Caltech et co-auteur de l’article.  Une étude plus complète s’impose.

https://www.sciencesetavenir.fr/espace/univers/un-etrange-sursaut-radio-rapide-repetitif-souleve-encore-plus-de-questions-sur-la-nature-de-ces-objets_164249

  • Référence
  • A repeating fast radio burst associated with a persistent radio source

https://www.nature.com/articles/s41586-022-04755-5

 (2022) Published: 08 June 2022

  • Abstract

The dispersive sweep of fast radio bursts (FRBs) has been used to probe the ionized baryon content of the intergalactic medium1, which is assumed to dominate the total extragalactic dispersion. Although the host-galaxy contributions to the dispersion measure appear to be small for most FRBs2, in at least one case there is evidence for an extreme magneto-ionic local environment3,4 and a compact persistent radio source5. Here we report the detection and localization of the repeating FRB 20190520B, which is co-located with a compact, persistent radio source and associated with a dwarf host galaxy of high specific-star-formation rate at a redshift of 0.241 ± 0.001. The estimated host-galaxy dispersion measure of approximately 903+72−111903−111+72 parsecs per cubic centimetre, which is nearly an order of magnitude higher than the average of FRB host galaxies2,6, far exceeds the dispersion-measure contribution of the intergalactic medium. Caution is thus warranted in inferring redshifts for FRBs without accurate host-galaxy identifications.

17/06/22 Des plantes terrestres susceptibles de s’adapter sur la Lune

Et si la Lune était verte ? Il serait possible d’imaginer que des plantes, au cours des milliards d’années qui ont suivi la formation de la Lune, aient pu pu y être apportées par des phénomènes naturels tels que les astéroides , s’adapter à un environnement lunaire très hostile et y survivre dans des sites disposant d’un minimum des ressources qui leur sont nécessaires.

A supposer que cela n’ait pas été le cas, il est important aujourd’hui d’étudier comment des plantes terrestres apportées sur la Lune lors de futures missions pourraient y survivre et s’y développer.

Une équipe de ce que l’on pourrait nommer des astrobiologistes vient de faire des expériences en ce sens. Elles sont rapportées dans un article de Nature dont nous publions ici les références et l’abstract. Comme on le devine, ils n’ont pas pu faire des essais agricoles sur la Lune elle-même.

Ils ont utilisé de petits échantillons variés du sol lunaire dit régolithe rapportés lors de précédente missions. Ils ont constaté qu’une  espèce terrestre dite  Arabidopsis thaliana  pouvait croitre dans divers regolithes lunaire, dans des conditions simulant l’environnement lunaire.

L’étude du génome de ces plantes a montré que celles-ci étaient incontestablement stressées mais qu’elles pourraient se développer en s’adaptant, notamment dans les prochaines stations lunaire

Si la Lune n’est pas verte à ce jour, elle pourrait le devenir dans quelques centaines d’années, sinon auparavant. L’eau ne devrait pas manquer.

Voir aussi https://theconversation.com/pourra-t-on-faire-pousser-des-plantes-sur-la-lune-des-indices-avec-les-echantillons-ramenes-par-apollo-185083

.Référence

Abstract

The extent to which plants can enhance human life support on other worlds depends on the ability of plants to thrive in extraterrestrial environments using in-situ resources. Using samples from Apollo 11, 12, and 17, we show that the terrestrial plant Arabidopsis thaliana germinates and grows in diverse lunar regoliths. However, our results show that growth is challenging; the lunar regolith plants were slow to develop and many showed severe stress morphologies. Moreover, all plants grown in lunar soils differentially expressed genes indicating ionic stresses, similar to plant reactions to salt, metal and reactive oxygen species. Therefore, although in situ lunar regoliths can be useful for plant production in lunar habitats, they are not benign substrates. The interaction between plants and lunar regolith will need to be further elucidated, and likely mitigated, to best enable efficient use of lunar regolith for life support within lunar stations.

16/06/2022 L’avionneur européen Airbus accumule les commandes.

Airbus vient d’enregistrer une méga commande provenant de BOC Aviation, un loueur basé à Singapour. Le groupe aéronautique a signé avec cette filiale de Bank of China une commande ferme de 80 avions de la famille A320neo.« Il s’agit de la plus importante commande unique que nous ayons jamais passée et elle portera à 546 le nombre total d’appareils Airbus achetés depuis notre création », a indiqué dans un communiqué Robert Martin, le directeur général de BOC Aviation.

Cette nouvelle permet à Airbus de continuer à garnir son carnet de commandes déjà bien rempli, avec l’ambition de monter en cadence pour produire les appareils A321 XLR, future version à « très long rayon d’action » du monocouloir A 321. Ainsi Airbus compte tourner la page de la crise et prendre l’ascendant sur son grand rival Boeing ! Le modèle a déjà enregistré depuis plus de 450 commandes, dont 37 en 2020.

L’A321 XLR (extra long range) sera. capable d’assurer des vols de dix heures avec jusqu’à 244 passagers à bord Cet appareil permettra d’exploiter avec un monocouloir des liaisons qui jusqu’ici ne pouvaient l’être que par des gros porteurs long-courriers. Lancé lors du salon aéronautique du Bourget en juin 2019, le modèle a enregistré depuis plus de 450 commandes, dont 37 en 2020. Il continue à bénéficier d’une très forte demande du marché, selon le directeur commercial d’Airbus. Parmi les 24 clients de l’appareil, les compagnies American Airlines et United Airlines en ont commandé 50 chacune, l’australienne Qantas 36.

Les livraisons doivent débuter en 2023. Grâce à son rayon d’action de 4.700 milles nautiques (8.700 km), un passager pourra alors voyager de Reykjavik à Dubai ou de Londres au Cap à bord d’un appareil dérivé de l’A320, ce moyen-courrier aux six sièges de rang répartis par une allée centrale qui a fait le succès de l’avionneur européen. Celui-ci l’a conçu pour attaquer le segment dit « milieu de marché », entre les moyen-courriers type A320 et B737 et les gros porteurs (A330, A350, B787 et B777), jusque-là occupé par le Boeing  757 vieillissant.

Avant la survenue du Covid-19, l’A321 XLR permettait pour les compagnies d’envisager de développer de manière rentable des lignes long-courriers à faible flux de trafic et de « tester » de nouvelles destinations. La pandémie a amplifié le futur besoin de lignes « point à point » dans un marché qui mettra des années à se remettre. Car l’effondrement du trafic aérien mondial a mis à bas -au moins pour un temps- le système de correspondances via les hubs aéroportuaires. « Il correspond très bien aux besoins du marché, c’était le cas avant la pandémie mais nous pensons que ce sera encore plus le cas après », résume le patron d’Airbus, Guillaume Faury.

« Il coûte beaucoup moins cher à acheter, à entretenir » et à exploiter qu’un gros-porteur, selon Jérôme Bouchard, spécialiste du secteur aéronautique au cabinet de conseil Oliver Wyman. D’autant que l’entraînement des pilotes -un facteur important de coûts- pourra être mutualisé entre des opérations de type long-courrier et des opérations court et moyen-courriers Les A321 comptent actuellement à eux seuls pour près de la moitié des 6.355 monocouloirs du carnet de commandes d’Airbus. A terme le XLR « va représenter la majeure partie des A321 » vendus,

Face à cela, le rival Boeing est pour l’instant démuni. L’avionneur américain, plombé par les déboires du 737 MAX et par une dette de près de 64 milliards de dollars, a renoncé début 2020 à lancer son projet de NMA (New Midsize Aircraft). Cet avion pouvant transporter jusqu’à 275 passagers sur près de 9.000 kilomètres était annoncé pour 2025, avec deux ans de retard sur le XLR

Si l’avionneur européen avait misé dans les années 2000 sur le très gros A380 quand Boeing optait avec succès pour le B787, plus petit et plus rentable, cette fois, Airbus semble avoir a gagné la partie, La décision d’annuler le NMA va coûter extrêmement cher à Boeing, au moins sur les dix ans à venir.

Mais le géant de Seattle n’a peut-être pas dit son dernier mot. Son PDG David Calhoun a laissé entendre fin janvier que les efforts de développement s’orientaient vers un avion de cette gamme. « Nous allons prendre notre temps » mais « nous serons prêts à offrir un produit vraiment différent lorsque le moment viendra » a-t-il déclaré. Selon la publication spécialisée Aviation Week, l’avionneur a commencé à sonder ses sous-traitants sur un avion qui entrerait en service à la fin de la décennie.

De plus, Boeing compte sur des marchés militaires en constante augmentation pour assurer son avenir.

16/06/2022 International. Les deux tiers des Etats du monde ne veulent pas condamner Poutine

ll s’agit non de Poutine à proprement parler, mais des « opérations militaires spéciales » qu’il mène depuis quelques semaines en Ukraine. Ces opérations généralement désignées par le terme de guerre, viennent de franchir le cap des trois mois et ne semble pas près de finir. Or, à l’exception des alliés historiques de Etats-Unis et membres de l’Union Européenne ou de l’Otan, la communauté internationale reste très divisée quant à la position à adopter sur cette affaire.

En effet, de nombreuses nations membres de l’ONU, appartenant en majorité au groupe historique dit des 77 créé en 1964 pour promouvoir le développement des pays dits « du Sud », restent dubitatives. Elles hésitent à condamner la Russie et préfèrent s’en tenir à la neutralité.

Dans un premier temps, l’étonnement provoqué par cette agression avait pourtant suscité une certaine unanimité dans la condamnation. Ainsi, l’Assemblée Générale de l’ONU avait voté le 2 mars une première résolution demandant à la Russie de « retirer immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaires », ceci à majorité de 141 voix favorables, face à seulement 5 oppositions et 35 abstentions.

Les cinq pays ayant voté contre cette résolution sont la Russie elle-même, la Biélorussie, la Syrie et l’Érythrée, ainsi que la Corée du Nord.

Toutefois, parmi les 35 pays qui se sont abstenus, on comptait déjà plusieurs des acteurs majeurs de la communauté internationale, dont la Chine et l’Inde, mais aussi le Pakistan, l’Iran, l’Afrique du Sud ou l’Algérie.

Le 7 avril, lors du vote d’une  nouvelle seconde résolution de l’AG proposant d’exclure la Russie du Conseil des droits de l’homme, seuls 93 pays se sont prononcés pour, 24 contre et 58 choisissant de s’abstenir.

Parmi les 24 pays qui ont voté contre, on retrouve les quatre qui avaient déjà soutenu la Russie précédemment, mais la Russie a cette fois rallié à sa cause de nombreux pays d’Asie, à commencer par la Chine, suivie des pays communistes du Vietnam et du Laos, ainsi que de toutes les anciennes républiques soviétiques de l’Asie centrale, Cuba et le Nicaragua pour l’Amérique centrale et des pays africains comme l’Algérie, le Mali, le Congo ou l’Éthiopie.

Cependant, c’est le nombre de pays s’étant abstenus qui est le plus parlant. On y retrouve la plupart des poids lourds démographiques et politiques du monde non occidental : l’Inde, l’Indonésie, le Pakistan, le Bangladesh, la Thaïlande, le Brésil, le Mexique, l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Angola, le Mozambique, l’Arabie saoudite, le Qatar et Oman notamment. Six d’entre eux (Inde, Indonésie, Brésil, Mexique, Afrique du Sud et Arabie saoudite) sont même membres du G20, qui est plus divisé que jamais sur cette question puisque la Russie y bénéficie du soutien de la Chine.

Depuis lors, ce nouveau clivage Nord-Sud ne s’est pas démenti : les pays qui refusent de condamner fermement la Russie représentent donc les deux tiers de l’humanité. Plusieurs raisons complémentaires permettent d’expliquer et de comprendre cette situation.

Le souvenir de la guerre froide

Tout d’abord, pour beaucoup de pays du Sud, le conflit entre la Russie et l’Ukraine est confus et relève des séquelles de l’implosion de l’URSS. Ils ne sont pas loin de considérer qu’il s’agit là d’une affaire interne à la « grande Russie » dans laquelle ils ne veulent pas prendre parti au nom d’un principe de non-ingérence.

Ensuite, les objectifs de l’Occident, des États-Unis et de l’OTAN leur semblent à juste titre suspects. Après avoir commencé à tourner le dos à l’Europe depuis la présidence Obama pour se concentrer sur sa rivalité croissante avec la Chine dans la région Indopacifique, les États-Unis semblent en effet avoir redécouvert leur vieil ennemi russe et vouloir mener contre lui, par l’intermédiaire de l’Ukraine, une nouvelle guerre au nom du « combat de la démocratie contre le totalitarisme ».

Or nombreux sont les pays du Sud qui ont fait les frais de la guerre froide et des guerres chaudes qu’ont menées sur leur territoire les deux puissances dominantes de l’époque , Etats-Unis et Russie. Il serait fastidieux d’énumérer ici tous les conflits sanglants de cette nature qui ont émaillé l’histoire de la seconde partie du XXe siècle, depuis la capitulation de l’Allemagne nazie en mai 1945 jusqu’à la chute du mur de Berlin en novembre 1989. On citera ainsi la guerre de Corée de 1950 à 1953, les interventions armées des États-Unis dans leur pré carré latino-américain au Guatemala en 1954 et 1960, à Cuba en 1959-1960, au Salvador et au Nicaragua en 1980, en Grenade en 1983 et à Panama en 1989 et surtout la guerre du Vietnam élargie au Cambodge et au Laos de 1961 à 1975.

Et tout cela sans compter les innombrables coups d’État militaires sanglants organisés avec le soutien de la CIA américaine et ses alliés aux quatre coins de la planète, du Brésil et du Congo en 1964 à l’Indonésie en 1965 et au Chili en 1973.

Il est vrai que l’URSS s’est comportée de manière guère moins brutale pour supprimer les velléités démocratiques au sein du bloc socialiste, de Budapest en 1956 à Prague en 1968, sans même parler de la guerre d’Afghanistan (1979-1988).

Cependant, le comportement plus récent de l’Occident sur la scène internationale ne le place pas en bonne position pour condamner les pays qui violent la souveraineté d’autres nations et leur donner des leçons de morale. En effet, la croisade planétaire visant à imposer la démocratie dans le monde par la force armée, lancée par George W. Bush et son entourage néo-conservateur à la suite des attentats du 11 Septembre, et qui a abouti à l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, a largement délégitimé, dans de nombreux pays du monde, toute prétention occidentale à l’exemplarité.

L’intervention conduite par les Américains et leurs alliés en Irak, au premier rang desquels le Royaume-Uni, s’est accompagnée de crimes de guerre et contre l’humanité ainsi que de graves atteintes aux droits de l’homme et à la dignité humaine dans les centres de détention d’Abu Ghraib et de Guantanamo, où la torture a été systématique. S’y ajoutent l’action de la France et de l’OTAN en Libye (2011) qui a notamment donné lieu à l’assassinat sordide de Khadafi et, bien entendu, le soutien constant de Washington à Israël dans le conflit israélo-palestinien, matérialisé notamment par les nombreux vétos que les États-Unis ont opposés aux résolution de l’ONU condamnant la partie israélienne.

En outre, le comportement plus récent de l’Occident sur la scène internationale ne le place pas en bonne position pour condamner les pays qui violent la souveraineté d’autres nations et leur donner des leçons de morale.

En effet, la croisade planétaire visant à imposer la démocratie dans le monde par la force armée, lancée par George W. Bush et son entourage néo-conservateur à la suite des attentats du 11 Septembre, et qui a abouti à l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, a largement délégitimé, dans de nombreux pays du monde, toute prétention occidentale à l’exemplarité.

L’intervention conduite par les Américains et leurs alliés serviles en Irak, au premier rang desquels le Royaume-Uni, s’est accompagnée de crimes de guerre et contre l’humanité ainsi que de graves atteintes aux droits de l’homme et à la dignité humaine dans les centres de détention d’Abu Ghraib et de Guantanamo, où la torture a été systématique. S’y ajoutent l’action de la France et de l’OTAN en Libye (2011) qui a notamment donné lieu à l’assassinat sordide de Khadafi et, bien entendu, le soutien constant de Washington à Israël dans le conflit israélo-palestinien, matérialisé notamment par les nombreux vétos que les États-Unis ont opposés aux résolution de l’ONU condamnant la partie israélienne.

Les pays du Sud qui, aujourd’hui, s’abstiennent de condamner la Russie pour son invasion de l’Ukraine ont tout cela à l’esprit et l’on peut donc comprendre que bon nombre d’entre eux soient sceptiques devant les appels des États-Unis et de l’Occident à rejoindre leur croisade contre Moscou face à un conflit complexe dont ils ne comprennent pas tous les enjeux et qui ne leur semble pas pire que ceux d’Irak, de Libye ou d’ailleurs.

Certes plusieurs d’entre eux sont des clients fidèles de Moscou qui leur vend des armes et équipe ou forme leurs forces armées. De plus, cess pays défendent surtout leurs propres intérêts légitimes et sont principalement préoccupés par la crise économique planétaire résultant de ce conflit ainsi que dut le blocage des exportations de céréales et d’engrais chimiques d’Ukraine et de Russie qui les menacent de famine, comme l’a plaidé au nom de l’Afrique auprès de Poutine le président sénégalais Macky Sall lors de sacente visite à Sotchi

Un modèle occidental discutable hier comme aujourd’hui

Dans une perspective historique plus longue, il ne faut pas sous-estimer non plus le fait que de nombreux pays du Sud, principalement en Afrique, n’ont toujours pas admis l’esclavage, la colonisation et des politiques néocoloniales qui lui ont pris la suite.. Ils ont aussi le souvenir qu’à l’époque de la lutte anticoloniale et du début des indépendances, l’URSS a été pratiquement le seul pays à les soutenir.

Les très mauvaises relations actuelles de la France avec les pays du Sahel doivent donc aussi s’analyser en se remémorant « l’amitié entre les peuples » qui a lié à Moscou le Mali de Modibo Keïta ou la Guinée-Conakry de Sékou Touré dans les années 1960. En dépit de tout ce qu’elle peut faire en Ukraine, la Russie d’aujourd’hui tire toujours avantage de cette réputation de solidarité passée avec ce qu’on appelait le Tiers Monde

Pour le présent, de nombreux États du Sud restent dubitatifs face à la volonté proclamée par Joe Biden d’incarner le camp de la démocratie sur la scène internationale. Outre le fait que la crédibilité de Biden est entachée par le fait qu’il a voté en faveur de l’invasion de l’Irak, la démocratie américaine a régulièrement démontré toutes ses limites et outrances sous Donald Trump

Plus divisés que jamais, les États-Unis donnent plutôt l’image d’un pays au bord de la guerre civile et sur le déclin, inefficace, violent, raciste et injuste, notamment vis-à-vis de sa minorité afro-américaine.

À l’inverse, la la République populaire de Chine de Xi Jinping, représente le contre-modèle d’un pays en plein essor qui a réussi en quelques décennies à sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté et à mettre en œuvre une politique de développement économique et social lui permettant d’espérer redevenir d’ici le centenaire de sa révolution en 2049 la première puissance du monde qu’elle était jusqu’au XIXe siècle.

Il n’est donc pas surprenant qu’une proportion importante de la population de nombreux pays du Sud et même du Nord en soit arrivée à penser qu’un régime autoritaire est plus efficace pour gouverner qu’un système « démocratique » – Ce concept qui a souvent été détourné par les oligarchies locales à leur profit, est synonyme de corruption et n’a pas tenu ses promesses de justice et de liberté. Cela explique en bonne partie que la démocratie soit remise en question un peu partout aux quatre coins de la planète et que l’autoritarisme ait le vent en poupe.

Enfin, il ne faut pas négliger le fait que la majorité des populations de nombreux pays du Sud est rétive au libéralisme des mœurs sociétal prôné par l’Occident, jugé décadent, a-religieux et trop favorable aux droits des femmes et des minorités LGBT+, alors que la Russie s’est forgé l’image du modèle opposé qui défend les « valeurs traditionnelles ». Or Moscou en joue beaucoup avec habileté et succès dans son discours à leur égard.

Très concrètement, le clivage évoqué plus haut qui s’approfondit au sein du G20 illustre particulièrement bien cette nouvelle division Nord-Sud de la communauté internationale. Le prochain sommet du Club des 20 plus grandes économies de la planète doit en effet se tenir à Bali à la mi-novembre puisque c’est l’Indonésie qui assure sa présidence en 2022. Or, une petite majorité de pays membres de l’alliance informelle de ceux qui soutiennent activement l’Ukraine, tous du Nord au sens économique du terme, ne veulent pas s’asseoir à la même table que Poutine et insistent pour que la Russie ne soit pas invitée. Les autres, majoritairement du Sud, la Chine en tête, ne partagent pas cette position de rupture ou sont même d’un avis résolument contraire.

Face à cela, le président indonésien Jokowi, hôte du sommet et placé dans une situation très inconfortable, a annoncé qu’il n’était pas dans son pouvoir d’exclure la Russie mais qu’il inviterait en revanche volontiers Volodymyr Zelensky à également participer à la réunion, ce que ce dernier a déjà accepté. Il est difficile de dire si sa proposition sera retenue et permettra de surmonter le blocage. Il se pourrait bien au contraire que la guerre entre la Russie et l’Ukraine fasse exploser le G20.