02/05/2022 Futures perturbations prévues du MMM, Modèle Magnétique Mondial

Chaque écolier un tant soit peu averti sait différencier le pôle Nord géographique et le pôle Nord magnétique de la Terre.

Le premier est, par définition, le point le plus au Nord de la planète où les méridiens et fuseaux horaires se croisent. C’est celui qu’indique les cartes. Le second désigne un point errant où le champ magnétique de la Terre est au plus haut. L’aiguille des boussoles est attirée par ce point et les systèmes de localisation et de navigation modernes reposent en partie sur lui.

Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%B4le_Nord_magn%C3%A9tique

Cependant, s’il est connu des chercheurs que ce pôle magnétique Nord se déplace de manière cahotique (aléatoire) plusieurs études récentes montrent que son mouvement se serait accéléré sans que l’on ne comprenne pourquoi. Pour certains scientifiques, cela pourrait signifier le début du processus d’inversion des pôles Nord et Sud de la planète.
 
Repéré pour la première fois en 1830, ce pôle magnétique s’éloigne régulièrement de son point originel. Si l’on estimait que celui-ci se déplaçait à une vitesse fixe de 10 kilomètres par an, les chercheurs observent une accélération de ses déplacements ces derniers temps. Ils pensent désormais savoir pourquoi ce point flottant est en perpétuel mouvement sur le globe.

En effet, selon une étude intitulée “Recent north magnetic pole acceleration towards Siberia caused by flux lobe” son mouvement continu et en accélération aurait des raisons géologiques. Les résultats de la recherche, publiée dans la revue Nature Geoscience, montrent que ce mouvement serait apparemment dû à l’écoulement de matériaux terrestres en fusion à l’intérieur même du globe, en l’occurrence, l’écoulement du fer. En effet, le déplacement de ces matériaux dans le noyau terrestre permet de déterminer ou s’affaiblit et ou se renforce le champ magnétique terrestre, et donc, où celui-ci se situera à l’avenir.

Depuis les années 90, on estime que le pôle magnétique de la Terre se déplace à une vitesse d’environ 50 kilomètres par an alors que dans les années 90, on était plutôt aux environs de seulement 10 kilomètres. Pour l’année 2018, on est plutôt aux alentours de 58 kilomètres.

Ainsi, au vu de ces accélérations, les chercheurs ont estimé que le pôle se déplaçait vers la Sibérie pour s’éloigner de plus en plus du Canada. Les mouvements chaotiques du fer liquide causent donc de puissantes ondes hydro magnétiques. Selon Phil Livermore, géomagnétiste à l’Université de Leeds en Angleterre, ces courants semblent affaiblir le champ magnétique ao Canada au profit de la Sibérie, faisant ainsi bouger le pôle magnétique terrestre.

Pour en savoir plus :

National Geographic : Le pôle Nord magnétique se déplace plus rapidement que prévu

The Science Times: Earth’s North Magnetic Pole Is Moving to Siberia From Canada Due To Molten Material in the Planet’s Interior, Study Suggests

02/05/23. Quel intérêt l’Ukraine présente-t-elle pour la Chine?

Xi Jinping et Volodymyr Zelensky se sont parlé au téléphone pour la première fois depuis le début de la guerre. Après l’entretien téléphonique avec Xi Jinping, qualifié de « long et significatif » par le président ukrainien, ce dernier a nommé un ambassadeur en Chine. Xi Jinping aurait dit à Zelensky que « le dialogue et la négociation »sont la « seule issue» au conflit avec la Russie, a annoncé mercredi 26 avril la télévision d’Etat chinoise, CCTV.

Sur le sujet de la crise ukrainienne, la Chine, selon CCTV, a toujours été du côté de la paix et sa position fondamentale est de promouvoir un dialogue de paix »,

La Chine a dit qu’elle enverra une délégation en Ukraine pour chercher un « réglement politique »du conflit.

Pékin avait publié en février un document en 12 points présentant sa position sur le conflit en Ukraine. L’initiative, parfois perçue comme un plan de paix, exhorte notamment Moscou et Kiev à tenir des pourparlers.

Le texte s’oppose également à tout recours à l’arme nucléaire et appelle à respecter l’intégrité territoriale de tous les pays – sous-entendu également celle de l’Ukraine dont une partie du territoire est sous contrôle russe.

On sait à Pékin que la guerre que mène l’Otan (les Etats-Unis) contre la Russie en Ukraine pourrait préparer une guerre américaine directe contre la Belt and Road Initiative (BRI). Celle-ci, d’inspiration chinoise, vise à rassembler directement ou indirectement une cinquantaine de pays voulant établir avec la Chine des infrastructures de transport et des réseaux de production et d’échanges dans tous les domaines objets d’un rapide développement.

Jusqu’en 2019, l’Ukraine était une partenaire incontournable de la Chine. Le principal centre de négociation de la BRI était à Kiev depuis 2018. Tout ceci est gelé depuis 2022. On notera que les industries militaires chinoises tentèrent d’investir en Ukraine, mais que Kiev s’y était opposé.

01/05/2023. Un projet pour accéder à l’eau douce des océans

Cela a toujours été le rêve des humains : satisfaire leurs besoins d’eau en buvant l’eau des océans. Malheureusement celle-ci est si chargée en sels divers qu’elle est imbuvable. Tenter de la boire serait s’empoisonner en quelques heures

À défaut, des chercheurs de l’université de l’Illinois viennent de publier les résultats de travaux qui pourraient changer les choses en matière d’accès à l’eau potable: à condition de se munir des infrastructures nécessaires à la conduite d’un tel projet, la vapeur d’eau émanant des océans pourrait être récoltée afin d’être consommée en toute tranquillité.

L’équipe dirigée par Praveen Kumar, professeur en génie civil et environnemental, a mené son étude sur quatorze points du globe, explique Interesting Engineering.

(voir références ci-dessous d’un article de Sade Agard, éditrice associée (https://interestingengineering.com/author/sade-agard)

Le projet de Praveen Kumar visant à mettre en place des stations d’équipements offshore permettant de récolter cette vapeur océanique est apparemment viable quelle que soit la localisation, et ce malgré les changements climatiques actuels.

Reference
We might finally harness the limitless fresh water vapor hidden above the oceans
« Oceanic vapor flux will only increase over time. »

Sade Agad: Dec 06, 2022
The study was published in the journal Nature Scientific Reports on December 2022

Abstract:

While significant parts of the globe are already facing significant freshwater scarcity, the need for more freshwater is projected to increase in order to sustain the increasing global population and economic growth, and adapt to climate change. Current approaches for addressing this challenge, which has the potential to result in catastrophic outcomes for consumptive needs and economic growth, rely on increasing the efficient use of existing resources. However, the availability of freshwater resources is rapidly declining due to over-exploitation and climate change and, therefore, is unlikely to sustainably address future needs, which requires a rethink of our solutions and associated investments. Here we present a bold departure from existing approaches by establishing the viability of significantly increasing freshwater through the capture of humid air over oceans. We show that the atmosphere above the oceans proximal to the land can yield substantial freshwater, sufficient to support large population centers across the globe, using appropriately engineered structures. Due to the practically limitless supply of water vapor from the oceans, this approach is sustainable under climate change and can transform our ability to address present and future water security concerns. This approach is envisioned to be transformative in establishing a mechanism for sustainably providing freshwater security to the present and future generations that is economically viable.

29/04/2022 A propos de la New Left Revue

Nous recommandons à ceux qui ne la connaissent pas encore la lecture de la New Left Revue. Il s’agit d’un journal de 160 pages en anglais, édité tous les deux mois à Londres. Il analyse les rapports entre puissances, les politiques économiques mondiales, les mouvements de protestation et les théories et idées innovantes.

La Revue publie aussi en espagnol, mais malheureusement pas encore en français

Pour en savoir plus faire New Left Revue https://newleftreview.org/pages/about

30/04/2023. Fortes probabilités de trouver des formes de vie sur Mars

Si des formes de vie, vie passée ou vie actuelle, pouvaient être détectées par de futures missions spatiales, ce sera probablement sur la planète Mars, suffisamment proche de la Terre à tous égards, qu’une telle découverte se ferait.

Certes les rovers d’exploration martienne actuellement en service n’ont pas observé la présence d’eau, indispensable à la vie. Mais le relief de la planète montre indiscutablement que de grandes quantités d’eau s’y trouvaient il y a un milliard d’années ou plus. Elles auraient pu former de véritables mers, équivalentes en volume à la moitié de l’océan atlantique.

Cette eau aurait disparue en surface à la suite d’une oscillation de l’axe vertical de rotation de la planète, qui aurait provoqué un relèvement de la température. Mais elle pourrait encore se trouver enfermée sous forme de vapeur ou même de gouttes liquides dans la croûte superficielle constituant la surface de la planète. Elle comporterait nécessairement en solution un certain nombre des sels minéraux nécessaires à la vie telle que nous la connaissons

On apprend que le petit robot d’exploration chinois Zhurong selon l’administration spatiale nationale chinoise (CNSA) a détecté pour la première fois des signes d’une activité aquatique récente sur la planète rouge. La découverte a été annoncée par une équipe de recherches de l’Académie chinoise des sciences, dont les travaux ont été publiés le 28 avril dans la revue Science Advances. L’équipe a analysé des données collectées par le robot en mai 2022 dans la région d’Utopia Planitia, une vaste plaine dans l’hémisphère nord.

Au cours de ses déplacements dans cette zone , Zhurong a observé quatre dunes en forme de croissant (voir image ci-dessous) recouvertes de fines croûtes et de crêtes fracturées, dans le but d’en révéler la composition. Des analyses ultérieures en laboratoire ont montré que ces couches de résidus provenaient de la fonte de petites poches d’eau, il y a de cela entre 400.000 et 1,4 million d’années. Leur composition chimique a révélé notamment la présence de minéraux hydratés, tels que des sulfates, de la silice, de l’oxyde de fer et des chlorures.

Ces dernières années, grâce à la succession des missions d’observation et aux premières expéditions de robots sur le sol martien, les preuves d’une présence ancienne de l’eau en surface s’étaient accumulées. La planète Mars a eu ses rivières, ses lacs et ses océans, des traces géologiques en attestent.

Mais y a environ 3 milliards d’années, sous l’effet de changements climatiques inexpliqués, une grande partie de cette eau a gelé, mais reste néanmoins présente en quantité importante sous forme de glace aux pôles. 

Selon le chercheur Xiaoguang Qin, qui a dirigé ces travaux, de l’eau provenant de ces régions a pu être transportée sous des latitudes plus basses, quand les calottes polaires de la planète ont libéré de grandes quantités de vapeur d’eau, il y a quelques millions d’années, suite à un changement d’inclinaison de l’astre, les exposant plus directement au soleil. Les températures glaciales de la planète ont condensé la vapeur d’eau à la dérive puis l’ont laissé retomber sous forme de neige loin des pôles, explique le site Space.com qui relaie ces recherches.

Les sels présents dans les dunes martiennes auraient ensuite réchauffé la neige tombée et l’auraient fait dégeler suffisamment pour former de l’eau salée. Cette dernière se serait ensuite évaporée rapidement, , laissant derrière elle du sel et d’autres minéraux nouvellement formés qui se sont infiltrés entre les grains de sable de la dune, les cimentant pour former une croûte. L’équipe chinoise suggère de mener des recherches lors de nouvelles missions pour y détecter des microbes tolérants au sel.

En principe, il serait assez facile de les ranimer et les faire se reproduire sur Terre dans des laboratoires suffisamment protégés.

Référence

Modern water at low latitudes on Mars: Potential evidence from dune surfaces

SCIENCE ADVANCES
28 Apr 2023
Vol 9, Issue 17

DOI: 10.1126/sciadv.add8868

Abstract

Landforms on the Martian surface are critical to understanding the nature of surface processes in the recent past. However, modern hydroclimatic conditions on Mars remain enigmatic, as explanations for the formation of observed landforms are ambiguous. We report crusts, cracks, aggregates, and bright polygonal ridges on the surfaces of hydrated salt-rich dunes of southern Utopia Planitia (~25°N) from in situ exploration by the Zhurong rover. These surface features were inferred to form after 1.4 to 0.4 million years ago. Wind and CO2 frost processes can be ruled out as potential mechanisms. Instead, involvement of saline water from thawed frost/snow is the most likely cause. This discovery sheds light on more humid conditions of the modern Martian climate and provides critical clues to future exploration missions searching for signs of extant life, particularly at low latitudes with comparatively warmer, more amenable surface temperatures.

Les rovers d’exploration martienne actuels ou prévus

Liste

ObjetPaysLocalisation
Curiosity (MSL)États-UnisCratère Gale
Schiaparelli (ExoMars EDM)Europe (Agence spatiale européenne) Russie (Roscosmos)Meridiani Planum
InSightÉtats-Unis (Avec des expériences française et allemandes)Elysium Planitia
Perseverance (Mars 2020)États-UnisCratère Jezero

Zhurong Chine Utopia Planitia

Pour plus de détail, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_objets_artificiels_sur_Mars

 .

28/04/2023 Préserver l’obscurité du ciel nocturne

Depuis 2019, le nombre de satellites placés en orbite terrestre basse (OTB) a plus que doublé notamment en raison de la création de Starlink: la première «méga-constellation» de satellites de l’entreprise américaine SpaceX. Une nouvelle constellation pour servir les besoins d’internet devrait d’ailleurs bientôt rejoindre cet espace, situé à 2.000 kilomètres au-dessus de la Terre.

Ceci ne sera pas sans un coût que des scientifiques ont appelé à mesurer dans un article que vient de publier Nature, dont on trouvera ci-dessous les références et le résumé.

L’article  indique que, pour la première fois, les chercheurs ont pu mesurer le coût financier et scientifique d’un ciel nocturne plus lumineux sur le travail d’un observatoire majeur. Ainsi, pour le futur Astronomic Observatoire Vera-C.-Rubin au Chili, la partie la plus sombre du ciel nocturne deviendra 7,5% plus lumineuse dans les dix prochaines années. Cela aurait pour conséquence de réduire d’environ 7,5% le nombre d’étoiles observables et coûterait 21,8 millions de dollars (soit environ 20,2 millions d’euros) supplémentaires.

Les astronomes professionnels et les observatoires ne seraient d’ailleurs pas les seules victimes d’un ciel nocturne plus lumineux. «Cela menace également notre relation ancienne avec le ciel nocturne, affirme Aparna Venkatesan, de l’université de San Francisco. L’espace est notre patrimoine et ancêtre commun. Il nous relie par la science, la narration, l’art, la cosmogonie et les traditions culturelles. Et il est désormais en danger.»

Référence
nature astronomy  

  1. Published: 20 March 2023
A call for scientists to halt the spoiling of the night sky with artificial light and satellites

Nature Astronomy 

volume7, pages 237–239 (2023)

Unfettered access to dark night skies is rapidly diminishing, due to light pollution and satellite constellation tracks. Scientists should do more to stand up to ‘big light’ and ‘big space’ and preserve this natural resource.

Light pollution, produced both at Earth’s surface and from low Earth orbit (LEO) satellites, is rapidly increasing. In the case of light at night, light is considered by the general public as a positive thing per se, with no side effects, notwithstanding the evidence produced by scientific research in the last decades. Yet artificial light at night (ALAN) is an anthropogenic pollutant, as defined since 1979 by the United Nations1: “‘Air pollution’ means the introduction by man, directly or indirectly, of substances or energy into the air resulting in deleterious effects of such a nature as to endanger human health, harm living resources and ecosystems and material property and impair or interfere with amenities and other legitimate uses of the environment, and ‘air pollutants’ shall be construed accordingly,” where2 “‘energy’ is understood to include heat, light, noise and radioactivity introduced and released into the atmosphere through human activities.”

28/04/2023. Publication de la synthèse du 6e rapport d’évaluation du GIEC.

Le GIEC a publié le 20 mars la synthèse de son 6e rapport d’évaluation. Il décrit des changements d’une ampleur inédite, avec des effets néfastes dans le monde entier. Les scientifiques exposent aussi des solutions concrètes pour remplir nos objectifs climatiques… à condition d’une volonté politique pour les mettre en œuvre. Mais le GIEC, tel Jean, ne clame-t-il pas dans le désert ? 1)

1)) Évangile selon saint Jean, ch. I : voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent à Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui êtes-vous ? » Car il confessa la vérité et ne la nia point ; il confessa qu’il n’était pas le Christ. « Quoi donc, lui dirent-ils en l’interrogeant, êtes-vous prophète ? » Et il répondit : « Non. »

Ils lui dirent alors : « Qui êtes-vous donc ? afin que nous puissions rendre témoignage à ceux qui nous ont envoyés. Que dites-vous de vous-même ? « Je suis, répondit-il, la voix de Celui qui crie dans le désert : Rendez droite la voie du Seigneur ! »

Référence

27/04/23 Note de lecture Jean-Éric Schoettl. La démocratie au péril des prétoires : de l’État de droit au gouvernement des juges.

Jean-Éric Schoettl, La démocratie au péril des prétoires : de l’État de droit au gouvernement des juges, Paris : Gallimard, 2022, coll. « Le débat », 256 p.

Jean-Eric Schoettl est Conseiller d’Etat honoraire. Né le 16 juin 1947 , il est ancien élève de l’ENA et de l’Ecole Polytechnique. Il a été secrétaire général du Conseil constitutionnel, de 1997 à 2007. Il est réputé proche du parti socialiste. Il a récemment dénoncé les actions violentes des opposants à la réforme des retraites dans les termes suivants (source Figaro-Vox le 15/03/2023)

C’est un coup d’État permanent auquel nous nous accoutumons par fatalisme.

Coup d’État, le fait, pour une opposition minoritaire, d’empêcher le Parlement de voter la loi, s’octroyant ainsi un droit de veto que la Constitution ne lui confère pas.

Coup d’État, la pratique débridée de l’obstruction, alors que celle-ci est à la fois une démission du législateur et un attentat contre les fondamentaux de la démocratie représentative.

Coup d’État, l’affirmation selon laquelle les manifestations et les sondages invalident l’action de pouvoirs publics régulièrement élus et interdisent l’application d’un projet présidentiel dont on peut penser ce que l’on veut, mais qui a été énoncé en temps utile lors de la campagne.

Coup d’État, cette volonté de «bloquer le pays», de «mettre l’économie à genoux»,

Commentaire
s

Michel Troper (professeur émérite de l’Université Paris Nanterre)
avec quelques modifications

Sur le pouvoir judiciaire, les interrogations sont anciennes et multiples et les réponses difficilement séparables des préférences politiques. D’un point de vue conceptuel, on recherche s’il peut y avoir une troisième fonction au-delà de la legis latio et de la legis-executio ; d’un point de vue descriptif on se demande si le juge qui applique la loi dispose ou non d’un pouvoir discrétionnaire lui permettant de faire prévaloir ses opinions et ses préférences ; d’un point de vue normatif, si un tel pouvoir est compatible avec la suprématie de la loi et la démocratie représentative.

Les arguments n’ont guère changé depuis deux siècles et demi. On oppose Montesquieu à Montesquieu : il y a trois sortes de puissances, dit-il d’abord, mais pour ajouter que celle de juger est en quelque sorte nulle ; on s’accroche au vocabulaire : le texte constitutionnel mentionne-t-il un pouvoir ou une autorité judiciaire ? ; à ceux qui invoquent la primauté de la volonté générale, on rappelle la maxime qu’il faut que le pouvoir arrête le pouvoir et l’on ironise sur ceux qu’effraie le spectre du gouvernement des juges.

Jean-Éric Schoettl apporte avec ce livre provocant un nouvel éclairage, fondé sur une vision politique claire et une grande expertise de juriste praticien. Son grand mérite est de changer les termes du problème. Il ne parle pas de pouvoir judiciaire et le gouvernement des juges dont il est question dans le titre ne se réfère pas exclusivement aux cours constitutionnelles. Ce qui est en cause est bien plus large. Il s’agit du pouvoir juridictionnel, celui qu’exercent tous les juges, le juge judiciaire, bien sûr, mais aussi le juge administratif, le juge constitutionnel et les cours internationales, la Cour de Justice de l’Union européenne et la Cour européenne des droits de l’homme.

Tel est le point de départ de l’argumentation : oui, les juges exercent un pouvoir réel et même un pouvoir considérable. Ce pouvoir n’a pas pour origine l’abaissement du représentant ou le rétrécissement de la souveraineté populaire. C’est lui au contraire qui en est la cause ou l’une des causes, en raison de sa nature même. Loin de se limiter à l’application d’un droit produit par les représentants du peuple souverain, selon la formule trompeuse du juge bouche de la loi, c’est désormais lui qui le construit en dehors de la loi et parfois contre elle, car sa décision, « surtout lorsqu’elle émane d’une Cour suprême, est autant un acte de volonté que le fruit d’un raisonnement logique ».

Le livre décrit minutieusement, à l’aide de nombreux exemples, les facteurs de l’ascension du juge, puis l’usage qu’il fait de son pouvoir pour se dresser contre l’État régalien et, en troisième lieu, l’une de ses manifestations, la pénalisation de la vie publique.

Les facteurs de cette ascension sont multiples, à commencer par les traités internationaux qui prévalent sur les lois, rédigés en termes si vagues qu’ils permettent toutes les interprétations et dont le juge tire la possibilité d’imposer sa volonté au politique. Mais, outre l’interprétation, il dispose évidemment d’autres procédés comme le contrôle de proportionnalité, la censure de la norme imprécise ou la découverte de nouveaux principes supra législatifs. A cela s’ajoute le rôle de la procédure qui permet aux associations de se porter partie civile dans de nombreuses affaires, sans compter le rôle des syndicats de magistrats, qui veulent s’ériger en contre-pouvoir purificateur.

C’est que le juge, loin de se limiter à appliquer des normes, en est devenu l’un des principaux émetteurs. Jean-Éric Schoettl n’invoque pas explicitement la théorie réaliste, ni même la théorie kelsenienne, mais il déplore clairement que le juge ne se contente pas de censure kelsenienne (https://www.cairn.info/pour-une-theorie-juridique-de-l-etat–9782130462033-page-141.htm ) . Il déplore clairement que le juge ne se contente pas de censurer les lois ou d’être un législateur négatif pour se mettre à produire des normes.

Certes, le juge français ne va pas aussi loin (pour le moment ?) que la Cour suprême des États-Unis, qui s’est substituée au législateur pour autoriser par exemple le mariage entre personnes de même sexe ou l’avortement, mais il s’en approche. Le Conseil constitutionnel modifie ou ajoute à la loi, au moyen de plusieurs techniques, les réserves d’interprétation directives ou les censures prescriptives, tandis que le Conseil d’État condamne l’État sous astreinte à agir contre la pollution de l’air.

Tout cela est parfaitement vrai, mais l’on ne peut s’empêcher de penser que si ce qui est critiquable c’est le pouvoir du juge de créer des règles générales, c’est toute la légitimité de la juridiction administrative et de l’existence même d’un droit administratif essentiellement prétorien que l’auteur remet involontairement en question.

En tout cas, nous dit-il, « le juge était la bouche de la loi pour Montesquieu ; c’est désormais la loi qui est la bouche du juge » et on en revient aux parlements d’Ancien Régime. Tout cela au nom de l’État de droit, en tout cas d’une certaine vision fondamentaliste de l’État de droit, selon laquelle l’État doit se borner à assurer la conciliation des droits et libertés tandis que les prérogatives régaliennes doivent être strictement limitées, ce qui laisse très peu de place aux politiques voulues par le souverain. Jean-Éric Schoettel aurait très bien pu faire sienne la formule des juristes allemands pour qui on est passé du Rechtstaat au Richterstaat.

C’est la mise en œuvre de cette vision qui fait l’objet de la deuxième partie du livre, « Le juge contre l’État régalien ». Il ne s’agit plus seulement de décrire et de dénoncer le pouvoir des juges, mais l’usage qu’ils en font, c’est-à-dire le contenu des politiques qu’ils conduisent. Ici, le livre se fait très directement politique et développe une thèse simple : le juge vient « à la rescousse des activistes » et protège certaines minorités aux dépens d’autres minorités ou encore des individus ou de l’intérêt général, notamment de la sécurité et surtout de la souveraineté nationale.

Il se fonde ici sur quelques exemples, qui ont fait l’actualité : la relaxe, au nom de l’état de nécessité, des militants qui avaient décroché les portraits du président de la République, la jurisprudence sur le port de certains vêtements, la censure par le Conseil constitutionnel de la Loi sécurité globale, l’affaire Halimi ou encore le Mur des cons. Les minorités protégées sont donc principalement les gauchistes et les musulmans.

En définitive, ce qui est en cause, c’est la souveraineté nationale, c’est-à-dire la démocratie, victime des cours européennes. Un chapitre est d’ailleurs intitulé « La souveraineté au péril des cours supranationales », mais il s’agit plus généralement de l’Union européenne, qui, aux termes des traités, ne dispose que d’une compétence d’attribution, mais dont les organes s’ingèrent en réalité dans des domaines qui n’en relèvent pas, y compris ceux qui touchent à la souveraineté nationale comme l’armée ou l’organisation de la justice, ce qui justifie aux yeux de l’auteur ce qu’il appelle « la révolte polonaise », d’autant plus justifiée pour lui que le tribunal constitutionnel allemand et le Conseil constitutionnel français résistent eux aussi à la suprématie du droit de l’Union européenne.

Jean-Éric Schoettl mentionne toutefois une décision de la cour d’appel de Paris qui ordonne, au moyen d’une interprétation très extensive de la théorie de la voie de fait, la reprise du traitement de Vincent Lambert, après une trentaine de décisions juridictionnelles et une décision de la CEDH. On doit remarquer que cet exemple ne va pas tout à fait dans le sens de sa thèse. D’une part, la minorité ou les valeurs protégées par cette décision ne relèvent pas précisément d’une idéologie gauchiste ou progressiste, qui était quant à elle favorable à l’arrêt des traitements ; d’autre part  cette décision n’est pas celle « du juge », mais d’une cour d’appel – cette décision a d’ailleurs été cassée par la Cour de cassation ; enfin que la trentaine de décisions dont il parle émanent de juridictions administratives. Comme il fait allusion à certains moments à des « règlements de comptes entre ordres juridictionnels », on pourrait comprendre que le juge administratif est mu par une idéologie différente à moins qu’il soit, lui, miraculeusement fidèle à l’idéal de neutralité et d’impartialité. Mais où est alors le pouvoir juridictionnel ?

Enfin, dans la troisième partie de l’ouvrage, Jean-Éric Schoettl isole ce qui lui paraît être le symptôme de la montée en puissance du pouvoir juridictionnel, la pénalisation de la vie publique qui répond, dit-il, à un « désir du pénal » et à l’obsession de vertu qui se sont emparés de la France. L’auteur vise ici les recours et les plaintes qui se sont multipliés à l’occasion de la crise sanitaire et notamment les plaintes qui visent à établir une responsabilité pénale des politiques.

L’analyse cède encore ici à la discussion de la vie politique française  de ces dernières années et à des prises de position très engagées : quelquefois, l’auteur va jusqu’à refaire le procès, comme dans les affaires Fillon ou Sarkozy ou encore à propos de l’arbitrage Tapie, des affaires dans lesquelles les poursuites ou les condamnations lui paraissent avoir été déterminées par des motivations idéologiques et corporatistes et dont il estime soit que le juge a mal jugé, soit que le simple fait de juger constitue une immixtion dans le domaine politique.

Jean-Éric Schoettl conclut par une série de propositions radicales, visant à « libérer Gulliver » des multiples liens qui le paralysent : renégocier les traités, voire suspendre unilatéralement l’application de certaines règles du droit européen, suspendre la participation de la France à la CEDH, de manière à pouvoir rétablir les contrôles frontaliers ou placer rapidement en centre de rétention administrative les étrangers en situation irrégulière, ou encore réviser la Constitution en vue de permettre au Parlement de passer outre aux jurisprudences paralysantes des cours européennes et de supprimer la QPC, tout en reconnaissant que les circonstances actuelles n’y sont pas propices.

27/0/2022 Du nuage au brouillard, l’avenir de l’espionnage sur Internet

Un bon espion se dissimule. Mais il ne doit pas se dissimuler trop visiblement, par exemple en portant un masque de carnaval, sinon il est reconnu. Sur internet, c’est ce qui est en train de se produire.

Internet, chacun le sait, ou devrait le savoir, permet à divers types d’espionnages en ligne, de s’exercer librement. Il y a d’abord ce que l’on nomme le « renseignement », c’est-à-dire l »espionnage proprement dit, à but militaire ou civil. Il permet aux services spécialisés d’un pays de découvrir ce que font, ou projettent de faire, les pays voisins, ennemis ou  amis, dans les domaines militaires ou civils.

En général les informations intéressantes sont plus ou moins cryptées, mais le web grand public en contient un nombre de plus en plus important qu’il faut pouvoir exploiter. C’est ainsi qu’aujourd’hui les pays occidentaux apprennent petit à petit et dans le détail comment fonctionnent la Chine et la Russie au plan économique. Ils se branchent sur leurs réseaux internet non cryptés, que ceux-ci utilisent l’anglais ou la langue locale.

Ces informations ont depuis longtemps permis aux « Géants américains » du Web (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) de connaître les différents marchés et de revendre ou restituer ces connaissances à un certain nombre d’ « amis » parmi lesquels les services américains du renseignement, NSA et CIA notamment.

Les centres de données ou cloud

Mais aujourd’hui y recourir consomme une quantité considérable de ressources informatiques coûteuses et consommatrices d’énergie. Pour les économiser il faut faire appel à des centres de données ou data center. Il s’agit de lieux où sont regroupés les équipements constituants un système d’information. Ce regroupement permet de faciliter la sécurisation, la gestion et la maintenance des équipements et des données stockées.

  Un centre de données est l’équivalent virtuel d’un immense hangar. Il contiendrait des dizaines ou centaines de milliers de serveurs informatiques qui font fonctionner de très nombreuses applications simultanément. L’ensemble des centres de données constitue le « cloud », une infrastructure essentielle sans laquelle l’Internet d’aujourd’hui ne pourrait pas fonctionner.

Les centres de données qui le composent sont généralement situés loin de leurs utilisateurs. Ce sont des infrastructures coûteuses, et même les plus grands opérateurs n’en possèdent qu’un petit nombre. De plus, en terme de lutte contre l’espionnage par informatique, ces centres de données facilitent considérablement le travail des services de renseignements. Ceux-ci ont besoin de passer constamment d’une application à l’autre, dont les serveurs sont réparties dans le monde entier. Y accéder facilement simplifie beaucoup leur travail .

Le fog

Pour répondre au gaspillage de ressources créé par le cloud, une nouvelle technologie appelée le « fog » ou le « edge » est en train d’être développée par des chercheurs industriels et académiques. Le fog n’a pas vocation à remplacer le cloud par quelque chose d’autre, mais plutôt à l’étendre pour le rendre plus efficace et moins gourmand en énergie. Il vise à ajouter des machines supplémentaires, situées aussi près que possible des utilisateurs, de façon à raccourcir les distances réseau et donc diminuer les temps de réponse.

Pour les services  » amis » en charge de l’espionnage ou du contre-espionnage, le fog offrira des facilités très attendues. Il permettra notamment de diminuer les temps de réponse aux questions intéressantes et d’alléger le coût des enquêtes nécessaires. Il va de soi que les services « ennemis » pourront en profiter également

26/04/2023 Une gestion mondiale de l’eau, possible ou impossible ?


Le besoin d’un accès à l’eau potable en quantité suffisante pour faire face aux exigences de la survie se pose à toutes les espèces vivantes. Mais pour la plupart d’entre elles, il se résout simplement : ne pas chercher à survivre là où il n’y a pas d’eau. Un petit nombre de ces espèces ont mis au point des solutions collaboratives inconscientes permettant à celles de ces espèces d’utiliser une partie de l’eau produite par les autres. C’est le cas de la pèche et de la chasse  en milieu naturel. Mais les réserves disponibles sont vite atteintes.

Les premières sociétés modernes ont développé des trésors d’ingénierie pour obtenir de l’eau au delà de leurs besoins biologiques immédiats. C’est autour de telles solutions que ce sont construites les villes modernes. Mais l’accès à l’eau est resté très inégalitaire, les besoins des régions et des classes favorisées l’emportant sur ceux des autres.

La perspective du réchauffement climatique et de la désertification progressive d’un certain nombre de zones géographiques abondamment peuplées a conduit les Nations Unis à se poser la question de ce qu’il faudrait faire pour tenter de résoudre ce problème .

La Conférence des Nations Unies sur l’eau -la première du genre depuis une génération-, qui s’est tenue au Siège de l’ONU à New York du 22 au 24 mars 2023, a été saluée comme une occasion unique d’accélérer les progrès vers l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement d’ici à 2030.

Nous lisons ainsi ceci dans le rapport que vient de publier cette conférence des Nations-Unies :

De nombreux modes d’utilisation de l’eau sont inefficaces et doivent être modifiés, comme le montrent les systèmes d’épuration des pays développés. « Il est tout à fait remarquable que nous utilisions de l’eau douce et saine pour transporter des excréments, de l’urine, de l’azote, du phosphore – et que nous ayons ensuite besoin de stations d’épuration inefficaces qui laissent échapper 30 % de tous les nutriments dans les écosystèmes aquatiques en aval, ce qui les détruit et provoque des zones mortes. Nous sommes vraiment en train de nous tromper nous-mêmes en ce qui concerne ce système moderne linéaire de traitement des déchets par l’eau. Des innovations massives sont nécessaires. »

Bornons-nous à observer que les experts de l’ONU se limitent à évoquer dans ce passage la question dite des chasses d’eau dans les pays développés. Les innovations massives qu’ils recommandent n’intéresseront que les habitations où les résidents disposent de cet instrument de confort – et prennent l’habitude de s’en servir.

https://press.un.org/fr/2023/envdev2057.doc.htm#:~:text=La%20Conf%C3%A9rence%20des%20Nations%20Unies,assainissement%20d’ici%20%C3%A0%202030.