15/03/2022. Comment Pékin perçoit-il l’offensive de Vladimir Poutine en Ukraine ?

Les Etats européens considèrent unanimement qu’il s’agit d’une véritable guerre dont l’objectif final est la réintégration de l’Ukraine dans la ceinture d’Etats satellites qui composaient l’ex-Union soviétique.

Il semble que Vladimir Poutine se rêverait comme un nouveau Staline en charge de redonner toute sa grandeur à la Russie. Or la Chine en la personne notamment de son président Xi Jinping a récemment confirmé qu’elle serait quoiqu’il arrive une alliée de la Russie.

Certains observateurs se sont demandé cependant si elle ne prendrait pas aujourd’hui quelque distance avec cette alliance. Les Etats européens ne sont pas considérés à Pékin comme représentant une quelconque menace militaire. Ils constituent au contraire pour la Chine des marché commerciaux très importants et doivent donc être diplomatiquement ménagés.

Cependant, dans les derniers jours Pékin avait appuyé la Russie d’une façon efficace, en promettant de lui racheter le pétrole et le gaz – ce que sous la pression américaine les Etats européens, Allemagne excepté, avaient décidé à titre de sanctions de cesser de faire.

Précédemment, à l’ouverture des JO d’hiver, Poutine et XI Jinping avait fait une déclaration commune pour affirmer que l’amitié russo- chinoise n’avait pas de limites et qu’il n’y avait pas de domaines de coopération interdits . Voir Joint Statement of the Russian Federation and the People’s Republic of China on the International Relations Entering a New Era and the Global Sustainable Development

Cette « amitié » durera, d’autant plus que la Chine a besoin de la Russie pour ses conflits de voisinage dans le Pacifique sud.

14/03/2022 Vers une théorie de la gravitation quantique

On nomme théorie de la gravitation quantique ou gravité quantique une théorie encore hypothétique qui rendrait compatible la théorie de la gravité d’Einstein et la mécanique quantique apparue dans les années 1920. Il s’agit d’un enjeu majeur de la physique moderne.

Pour la théorie de la relativité restreinte d’Einstein, tout corps s’inscrit dans un espace-temps défini par des coordonnées d’espace (longueur, largeur, hauteur) et de temps. Il ne peut pas en sortir sauf à devenir un autre corps. Il peut par conséquent être observé directement.

Pour la mécanique quantique au contraire, les propriété des corps ne peuvent être observées directement. Il faut faire appel aux lois de la probabilité. La théorie derrière la physique quantique est mathématique Il existe d’ailleurs plusieurs interprétations physiques de la mécanique quantique au-delà de l’interprétation orthodoxe dite de Copenhague.

La mécanique quantique donne une description peu intuitive des particules, électrons ou photons par exemple, qui d’une certaine façon sont aussi des ondes Elles peuvent se superposer, se retrouver simultanément en deux endroits, ou traverser des obstacles que l’on penserait infranchissables (effet tunnel). Les inégalités de Heisenberg, par exemple, utilisées pour décrire les particules quantiques. ne permettent pas d’attribuer simultanément une vitesse et une position à un électron.

Combinée avec la relativité restreinte, la mécanique quantique a permis de construire le modèle standard des particules élémentaires à partir de ce qu’on appelle la théorie quantique des champs. On tente d’unifier les lois de la mécanique quantique avec la relativité générale. La théorie de la gravitation quantique est encore à l’étude, mais les deux tentatives les plus prometteuses sont la théorie des supercordes et la théorie de la gravitation quantique à boucles.

Elles permettent de faire de la cosmologie quantique qui, là aussi, est encore en cours de développement. Contrairement au modèle standard solidement confirmé par des expériences comme celles de la découverte des bosons W et du boson de Brout-Englert-Higgs, il n’existe pour le moment aucune preuve à l’appui des théories de gravitation quantique.

Entre le monde de l’infiniment petit (les particules élémentaires), et celui de l’infiniment grand (le Big Bang et la cosmologie quantique), la physique quantique se déploie dans tous les domaines de la physique atomique, moléculaire et nucléaire. Il y a par exemple la chimie quantique, l’optique quantique et la physique de la matière condensée.

Ainsi, les lois de la mécanique quantique expliquent pourquoi les atomes et les molécules sont stables, peuvent émettre et absorber de la lumière mais aussi se combiner dans les réactions chimiques. Elles rendent compte de phénomènes aussi surprenants que la supraconductivité et la superfluidité de l’hélium, mais aussi de phénomènes plus connus  comme le ferromagnétisme des aimants et la conduction électrique des métaux ou l’existence d’isolants.

Ceci s’introduit en physique du solide tout un ensemble de nouvelles excitations quantiques, les quasi particules. Les plus connues sont les phonons, les magnons et les excitons.

La mécanique quantique explique en outre pourquoi et comment Soleil brille, avec des réactions de synthèse de l’hélium et du deutérium, et l’origine des noyaux de carbone de notre corps. Elle permet de comprendre l’existence des naines blanches, des étoiles à neutrons ainsi que de connaître la composition des étoiles dans les galaxies et la structure de la Voie lactée via l’étude des raies spectrales comme celle à 21 cm de l’hydrogène.

La physique quantique est enfin au cœur de la technologie moderne, car le fonctionnement des lasers, des masers, des CCD et des composants électroniques des ordinateurs repose sur ses lois. On peut citer aussi le domaine de l’IRM et des techniques basées sur la RMN, ainsi que la microscopie électronique. Dans quelques décennies, les réacteurs à fusion contrôlée, qui succéderont peut-être à Iter, emploieront comme lui des aimants supraconducteurs. Il est possible aussi qu’une révolution technologique de grande ampleur se prépare avec de jeunes disciplines de l’information quantique et les ordinateurs quantiques. On étudie même le rôle que pourrait jouer la mécanique quantique en biologie et en neurosciences.

La physique quantique n’est pas un domaine achevé : elle contient des paradoxes qui ne sont pas encore complètement bien compris, comme ceux du chat de Schrödinger et de l’effet EPR, bien que l’on ait accompli de grands progrès dans leur compréhension depuis le début des années 1980.

Une nouvelle étude

Dans la perspective de préciser la nature de la gravitation quantique, des mathématiciens expliquent dans une nouvelle étude comment la gravité peut émerger d’un système quantique au niveau microscopique. Leur théorie repose sur un système mécanique quantique spécifique, dans un modèle simplifié de gravité quantique appelé le « principe holographique », qui propose que toute l’information contenue dans un certain volume d’espace puisse être décrite par une théorie qui ne prend en compte que les bords de cet espace.

Référence

Emergent Sasaki-Einstein geometry and AdS/CFT
Nature Communications volume 13, Article number: 365 (2022) 
https://www.nature.com/articles/s41467-021-27951-9

Abstract

A central problem in any quantum theory of gravity is to explain the emergence of the classical spacetime geometry in some limit of a more fundamental, microscopic description of nature. The gauge/gravity-correspondence provides a framework in which this problem can, in principle, be addressed. This is a holographic correspondence which relates a supergravity theory in five-dimensional Anti-deSitter space to a strongly coupled superconformal gauge theory on its 4-dimensional flat Minkowski boundary. In particular, the classical geometry should therefore emerge from some quantum state of the dual gauge theory. Here we confirm this by showing how the classical metric emerges from a canonical state in the dual gauge theory. In particular, we obtain approximations to the Sasaki-Einstein metric underlying the supergravity geometry, in terms of an explicit integral formula involving the canonical quantum state in question. In the special case of toric quiver gauge theories we show that our results can be computationally simplified through a process of tropicalization.

13/03/2022 Europe et Russie menacées par un accident nucléaire de grande ampleur

L’Ukraine compte sur son territoire 4 centrales nucléaires en activité, chacune dotée de 6 réacteurs, sans mentionner les restes hautement radioactifs de la centrale de Tchernobyl. Or en conséquence de l’offensive de l’armée russe la sécurité de fonctionnement de ces centrales ne pourra plus être assurée. Il en sera de même si les réacteurs sont mis à l’arrêt à titre de précaution. Une maintenance complexe devra être organisée mais les équipes de techniciens hautement spécialisés ne pourront plus travailler, à suppose même qu’ils ne soient pas tués par l’armée russe.

Rappelons que les forces russes se sont emparées dans la nuit de jeudi à vendredi de la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus grande d’Europe, située à Enerhodar, dans le sud-est de l’Ukraine. Elles ont engagé le feu dans le périmètre de la centrale. Et leurs tirs ont provoqué un incendie dans un bâtiment situé à quelques centaines de mètres du réacteur n° 1.

Rafael Grossi, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a déclaré, lors d’un point de presse, que « la sécurité [de l’installation] a été compromise par ce qui s’est passé cette nuit, mais nous avons eu de la chance qu’il n’y ait pas eu de fuite radioactive ». Évoquant un événement « qui n’a pas de précédent », il a annoncé que l’AIEA allait répondre à « la demande d’assistance immédiate de l’Ukraine ». « Compte tenu des circonstances très compliquées sur le terrain, la logistique et la présence sur ces lieux ne seront pas simples », a-t-il prévenu.

L’organisation Greenpeace, qui avait souligné le 2 mars les dangers du conflit armé pour la sécurité du parc nucléaire ukrainien, a condamné fermement l’attaque militaire de la centrale de Zaporijia. « L’invasion russe fait courir le risque d’une catastrophe nucléaire qui pourrait rendre une grande partie de l’Europe, y compris la Russie, inhabitable pendant au moins plusieurs décennies, a averti Greenpeace, vendredi. Cette nuit, les équipes de Greenpeace ont craint un scénario potentiellement bien pire que la catastrophe de Fukushima. 

Greenpeace rappelle que cette centrale est dotée de six réacteurs de 1 000 mégawatts et conserve « 2 200 tonnes de combustible usé hautement radioactif », et met en garde contre toute perte d’alimentation du réseau qui nécessiterait la mise en route des générateurs Diesel de secours, « dont l’approvisionnement en Diesel est limité et qui ne sont pas considérés comme fiables ».

Dans une vidéo, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a accusé Vladimir Poutine d’avoir recours à la « terreur nucléaire »« Nous alertons tout le monde sur le fait qu’aucun autre pays hormis la Russie n’a jamais tiré sur des centrales nucléaires. C’est la première fois dans notre histoire, la première fois dans l’histoire de l’humanité. Cet État terroriste a maintenant recours à la terreur nucléaire », a-t-il déclaré, réclamant une « action européenne immédiate » afin « d’empêcher que l’Europe ne meure d’un désastre nucléaire ».

Pour en savoir plus, voir Mediapart

https://www.mediapart.fr/journal/international/050322/pourquoi-l-invasion-russe-de-l-ukraine-attise-la-peur-nucleaire

13/03/2022 Poutine en difficultés imprévues ?

Il est hasardeux de faire des prévisions concernant l’issu d’un conflit en cours. Cependant, aujourd’hui, dans la véritable guerre qui oppose les Russes et les Ukrainiens il paraît bien que Vladimir Poutine se soit engagé dans une voie dont la seule issue serait une guerre encore plus élargie. D’ores et déjà, il a fait bombarder une ville à la frontière de la Pologne. Or la Pologne est membre de l’Otan. Un Polonais tué et cela pourrait être une guerre avec l’Otan, autrement dit une guerre mondiale.

En premier lieu, ni lui ni son état-major de généraux n’avaient prévu semble-t-il la résistance du peuple ukrainien. Les images qui nous parviennent montrent que les femmes, voire les adolescents, sont désormais mobilisées aux cotés de ce qui reste de l’armée ukrainienne.

En second lieu, cette armée reste une véritable armée. Malgré les difficultés de commandement que lui impose la destruction de ses voies de communication, elle applique une consigne stricte, surveiller de près les difficultés que peuvent rencontrer au moins passagèrement les unités blindées russes et à chaque fois riposter de façon appropriée.

Ainsi les chars russes ont du mal à mener les combats de rue auxquels les oblige leur propre progression en ville, c’est-à-dire notamment combattre des adversaires situés en altitude au-dessus d’eux. Ils n’ont guère de visibilité vers le haut ni beaucoup de protection contre les tirs ni les simples cocktails Molotov venant des étages supérieurs. Leur ravitaillement en carburant est aussi plus compliqué. Certes les blindés peuvent tirer sur les immeubles les plus proches, mais s’ils voulaient neutraliser toutes les fenêtres, comme le ferait un bombardement aérien systématique, ils ne le pourraient pas.

Ceci signifie que si les Russes ont déjà détruit des villes de taille intermédiaire, comme Marioupol et sérieusement atteint d’autres villes dont Loutsk et Ivano-Frankvist, il leur sera pratiquement impossible de bombarder sérieusement Kiev et ses banlieues, beaucoup plus étendues.

Un autre facteur qui protégera Kiev est son statut de capitale de la religion orthodoxe ukrainienne. Si les Russes bombardait Kiev et ses monuments religieux, ils produiraient le même effet que s’ils bombardaient le Vatican. C’est une nation toute entière qui se soulèverait contre eux, sans mentionner les orthodoxes russes eux-mêmes. Or s’ils le peuvent pas détruire Kiev, mais doivent se borner à l’encercler à distance, le président ukrainien Zelenski pourra toujours s’y réfugier et y poursuivre ses appels à l’aide.

Ajoutons que Poutine ne pourra pas rester indéfiniment insensible aux protestations des oligarques et de la population de la Russie occidentale qu’exaspèrent les sanctions de plus en plus sévères provenant de l’Occident.

12/03/2022. Sanctionner la Russie? Pas si simple.

Le parc nucléaire français est composé de 56 réacteurs à eau pressurisée en service, répartis entre 18 centrales. En 2019, il a produit 379,5 TWh, soit 70,6% de la production d’électricité en France métropolitaine. La France peut donc envisager sans trop de crainte de s’interdire à titre de sanction contre la Russie d’importer du gaz ou du pétrole russe.

Ce n’est pas le cas d’autres pays européens, en premier lieu l’Allemagne qui importe de Russie 40% de son gaz et 25% de son pétrole . Il en résulte que l’Europe hésite à couper ses importations de pétrole et de gaz venues de Russie. Car sa dépendance énergétique reste très importante.

A moyen terme cependant il semble que la crise actuelle puisse accélérer la transition énergétique afin de délaisser les énergies fossiles au profit des renouvelables. Cependant pour acter ce virage, il faudra du temps.

Pourrait-on envisager un retour au charbon ? Non car l’Union européenne (UE) manque presque autant de charbon facilement exploitable que de pétrole. Elle importe ainsi 20% de son charbon de Russie. De plus l’image serait désastreuse, dans la perspective de la chasse aux énergies carbonées.

Quant au nucléaire, en 2019, il représentait 13 % de l’énergie brute disponible dans l’UE, et la moitié des Vingt-Sept sont équipés de centrales. Plusieurs nations, notamment l’Allemagne, cherchaient à se dénucléariser. La crise ukrainienne pourrait réhabiliter l’énergie atomique, non dépendante des Russes.  Certains pays, comme la France et la Belgique, réfléchissent à la façon de retarder la fermeture de leurs centrales. Mais le nucléaire ne peut être vu comme la seule solution d’autant plus qu’en cas de bombardement massif, chaque centrale pourrait se transformer en bombe thermonucléaire.

Selon Patrice Geoffron, professeur d’économie et spécialiste de l’énergie, le nucléaire fournit de l’électricité mais seulement pour un quart de notre consommation énergétique – les transports, par exemple, reposent encore massivement sur le pétrole. En outre, bâtir un parc nucléaire prend du temps, et cela ne pourrait pas peser sur la prochaine décennie.

Ajoutons que la guerre en Ukraine est autant une promotion pour le nucléaire civil qu’un plaidoyer contre lui.  Selon Barbara Nicoloso, enseignante à Sciences Po Lille en écologie et directrice de l’association Virage Énergie,  : « C’est la première fois qu’un conflit se déroule dans un pays disposant de sites nucléaires civils, et on voit les questions de sécurité pour l’ensemble du continent que cela pose. Si une centrale nucléaire se fait bombarder, que va devenir l’Europe ? Cette guerre montre les risques de cette énergie ».

Ajoutons  qu’ avec le renouvelable se pose la question du stockage de l’énergie, le vent ou le soleil n’agissant pas 24h/24. Cela demandera des investissements en batteries et en hydrogène vert, pour avoir une énergie disponible en permanence.

Reste la solution des économies d’énergie. Cela n’est pas tenable de consommer autant. Il faudra une transformation sociétale importante, avec moins de déplacements en voiture individuelle, moins de chauffage grâce à de meilleurs logements thermiques. Mais là encore, cela demandera du temps.

12/03/2022. Coloniser Mars avant de coloniser la Lune

Il faut plusieurs jours, avec les engins spatiaux actuel, pour relier la planète Mars à la Terre. Il ne leur faut que quelques minutes pour faire la traversée Terre-Lune. Malgré cette différence, les projets qui permettraient à des humains de s’installer durablement sur Mars ont la préférence dans les études actuelles. Cela tient au fait que Mars, il y a trois milliards d’années, disposait de conditions proches de celles existant sur la Terre, avec notamment la présence d’eau en grandes quantités et d’un climat tempéré au moins aux pôles. Il n’est pas exclu qu’il y reste de l’eau accessible, ainsi que différentes ressources alluvionnaires exploitables.

Parmi les projets d’installation durable sur Mars, le plus sérieux est celui étudié actuellement par la Nasa, le Seti (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) et plusieurs universités américaines, ainsi qu’avec la société Space X . SpaceX, officiellement Space Exploration Technologies Corporation, est une entreprise américaine spécialisée dans le domaine de l’astronautique et du vol spatial. Elle a été fondée par l’industriel visionnaire américain Elon Musk et gère actuellement le vaisseau spatial Starship qui a déjà accompli des liaisons en orbite terrestre. (voir https://www.spacex.com/).

Ce projet prévoit que, des avant 2030, des Starships pourraient être utilisés comme précurseurs d’une future station martienne permanente, dite Mars Alpha Base. Cette date est certainement trop optimiste, d’autant plus que le projet doit prévoir le transfert sur Mars des centaines ou milliers de tonnes de carburant nécessaires à des missions prolongés. Néanmoins, elle peut être retenue à titre indicatif. Le déroulement de la mission consistera d’abord à étudier les sites martiens les plus favorables à l’atterrissage et au retour des premières navettes inhabitées. Les starships sont conçus pour revenir sur Terre avec leurs propres moyens.

Pour la suite le projet indique que la future station martienne habitée pourrait prévoir l’accommodation d’un équipage permanent d’une dizaine de personnes. En attendant la mise en place d’une telle station, les équipages devraient vivre à l’intérieur des Startships. Ceux-ci sont conçus pour permettre le retour sur Terre. Il serait en effet inacceptable de prévoir des missions sans retour. Par ailleurs, avant l’arrivée des premiers colons permanents, il faudra mettre en place des unités robotisées permettant l’extraction ou la fabrication des éléments nécessaires à la vie.

Les sceptiques feront valoir que les Terriens n’auront pas les ressources budgétaires permettant tous ces investissements. Mais ils pourraient les avoir en économisant sur les budgets militaire. Le Pentagone, a lui seul, consomme environ 650 milliards de dollars annuels. A ce prix, ce ne serait pas seulement une base martienne qui pourrait être envisagée, mais une véritable ville.

Note

Extraire de l’Oxygène sur la Lune
https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/exploration-lunaire-tout-savoir-extracteur-oxygene-va-poser-lune-97234/

11/03/2022 Guerre en Ukraine et crise dans le spatial

L’invasion militaire russe en Ukraine, qui a débuté le 24 février 2022, révèle à quel point l’Occident est dépendant de l’Ukraine pour ses activités spatiales. Plusieurs fusées américaines et européennes sont menacées et de nombreux vols Soyouz sont annulés.

Pendant l’ère soviétique, l’Ukraine était l’un des berceaux du programme spatial, surtout dans le domaine des moteurs-fusées. En 2011, le pays était toujours l’une des cinq plus grandes puissances spatiales au monde. L’Ukraine avait produit plus de 130 fusées et permis la mise en orbite de près de 250 satellites pour une vingtaine de pays.

Parmi les fusées ukrainiennes symboliques se trouvait la fusée Dnepr et la fusée Zenit, dont une version était même capable de décoller depuis une plateforme maritime. Après l’annexion de la Crimée en 2014, l’activité des lanceurs a décliné mais l’Ukraine continuait d’exporter en Occident. Le constructeur historique Ioujnoïe est d’ailleurs en train de développer un nouveau lanceur nommé Cyclone, destiné à être propulsé depuis le Canada.

Pour la fusée européenne Vega et sa version plus performante Vega-C, l’agence spatiale européenne ESA et Ioujnoïe développent l’étage supérieur Avum, en charge de fa mise en orbite des satellites. L’invasion russe réduira l’approvisionnement alors qu’une version 100 % européenne de la fusée Vega (Vega-E) n’est attendue qu’en 2026.

Côté américain, la fusée Antares est équipée de moteurs russes pour son étage principal sous maîtrise d’œuvre ukrainienne. Or Antares est entièrement dédié à l’envoi de cargos Cygnus pour la station spatiale internationale (ISS). Pour l’instant, les États-Unis disposent de réserves pour réaliser encore deux vols. Après, il faudra peut-être transférer le cargo Cygnus sur un autre lanceur.

Les fusées américaines Atlas-V de la United Launch Alliance (ULA) utilisent aussi des moteurs russes. La Russie n’approvisionnera plus ces moteurs et ne fournira plus son expertise, mais l’ULA a précisé qu’elle disposait de suffisamment de moteurs avant de passer à la fusée 100 % américaine Vulcan dans les prochaines années.

Ajoutons que l’on dénombre plusieurs start-up du spatial eu Europe et aux États-Unis qui sont en partenariat avec des contractuels ukrainiens pour concevoir les moteurs de leurs futures fusées. Certaines ont même des employés en Ukraine qui ont quitté le pays ou pris les armes.

Rappelons que la fusée russe Soyouz décollait aussi de Kourou, en partenariat avec Arianespace. Il n’en n’est désormais plus rien. Les équipes russes ont été rappelées au pays et plus aucun vol Soyouz-ST n’est prévu désormais. Le spatial européen va beaucoup en souffrir alors que la fusée Ariane 6 tarde à venir. La Soyouz, elle, ne volera plus que pour des clients russes.

Aux Etats-Unis, Boeing et SpaceX, les deux sous-traitants privés, accusent trois ans de retard sur le calendrier. Leurs véhicules, respectivement le Starliner et le Crew Dragon, n’ont pas encore fini leurs tests et reçu toutes les autorisations de la Nasa.

Source
https://www.la-croix.com/Economie/Monde/Americains-esperent-mettre-fin-leur-dependance-Soyouz-russe-2020-01-19-1201072725

Voir aussi

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/la-guerre-en-ukraine-revele-crument-les-lacunes-de-l-autonomie-de-l-industrie-spatiale-europeenne-905748.html

10/03/2022 Vladimir Poutine et l’Otan

L’OTAN a toujours été présenté par les Etats-Unis et leurs alliés comme une alliance défensive contre d’éventuelles agressions militaires provenant de la Russie.

On lit sur le site de l’ Otan

Chaque jour, les pays membres de l’Otan se consultent et prennent des décisions sur des questions de sécurité, à tous les niveaux et dans une grande variété de domaines. Une « décision de l’Otan » est l’expression de la volonté collective de l’ensemble des 30 membres, étant donné que toutes les décisions sont prises par consensus (à l’unanimité). Des centaines de représentants et d’experts civils et militaires se rendent quotidiennement au siège de l’Otan pour échanger des informations, partager des idées et contribuer à la prise de décisions selon les besoins, en coopération avec les délégations des pays et les services du Siège. https://www.nato.int/nato-welcome/index_fr.html

En fait, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est une alliance militaire formée en 1949 par 12 pays, dont les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et la France. Créée peu après la Seconde Guerre mondiale, elle avait pour objectif de contrer la menace d’expansion russe d’après-guerre en Europe.

De nos jours, l’Otan sert de système de défense collective à la trentaine de pays qui y souscrivent. Les pays membres s’engagent à se défendre mutuellement contre toute attaque visant un pays membre — un engagement inscrit dans l’article le plus célèbre du traité, l’article 5.

Il y avait longtemps que l’Ukraine avait exprimé son désir d’adhérer à l’Otan : le pays avait entamé un processus formel afin de lancer un plan d’action en vue d’une demande d’adhésion à l’Otan en 2008. Cette adhésion lui aurait permis de faire appel à l’Organisation dans le cas d’une offensive de la Russie. Plus généralement elle aurait officialisé l’adhésion de l’Ukraine au « camp occidental » .

Cette adhésion, encouragée par Washington, avait suscité beaucoup de réserve de la part des autres membres. Il y avait des problèmes de corruption, de mauvaise gestion, des zones en crise et en conflit en Ukraine. Cela a fait hésiter beaucoup de gouvernements concernant la stabilité et les allures démocratiques du pays. Or , la décision d’admettre un pays tiers doit être unanime au sein des pays membres.

Par ailleurs, déjà à l’époque, Vladimir Poutine avait affirmé que toute tentative d’étendre l’Otan à ses frontières serait considérée comme une « menace directe », exprimant ses préoccupations quant à l’extension de l’alliance militaire et politique fondée pour contrer l’ex-Union soviétique.

La Russie a toujours considéré l’Otan comme une alliance non seulement défensive mais offensive. Chacun des pays de l’Otan peut abriter des systèmes d’armes offensives susceptibles atteindre Moscou et la Russie occidentale.

Ces armes sont fabriquées et vendues par des complexes militaro-industriels et politiques très puissants. En principe, elles ne devraient pas être utilisées. Mais seuls les gouvernements forts peuvent s’en assurer. Qui pourrait garantir qu’un futur gouvernement ukrainien en serait capable? A supposer même qu’il ne veuille pas attaquer la Russie, un accident pourrait survenir. Chacun sait qu’une simple grenade explosant par accident, en période de tension, pourrait provoquer une guerre nucléaire?

NB. Au 10/03, il semble que Volodymyr Zelenski ne demanderait pas l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan.

09/03/2022 Des molécules chimiques nécessaires à la vie se trouvent dans l’espace profond

Il y a déjà plus de 10 ans, des astrophysiciens en étudiant des image fournies par le réseau de radiotélescope Alma (Atacama Large Millimeter/submillimeter Array) au Chili, avaient observé le disque protoplanétaire de l’étoile Oph-IRS 48 située à environ 444 années-lumière du Soleil dans la constellation d’Ophiocus. Rappelons que les étoiles se forment à partir d’un nuage de gaz et de poussières dont la partie centrale s’effondre sur elle-même. Puis, à l’intérieur du nuage résiduel, la matière restant se rassemble en un disque ; le disque protoplanétaire, qui va donner naissance aux corps planétaires (planètes, planètes naines, astéroïdes).

Or des observations récentes effectuées à l’aide d’Alma ont permis de repérer plusieurs molécules organiques complexes dans cette région, dont le méthoxyméthane, la plus grande molécule trouvée à ce jour dans un disque. Le méthoxyméthane, appelé aussi éther méthylique ou bien encore diméthyléther (DME), est un corps chimique qui fait partie de la famille des éthers. L’observation et l’étude de ces molécules permet ainsi de mieux comprendre la formation des différents corps importants pour la chimie prébiotique (antérieure à la vie).

Il se trouve que cette molécule est un précurseur permettant l’apparition dans des réactions chimiques de molécules prébiotiques de plus grandes tailles pouvant servir à l’apparition de la vie. On connaissait déjà l’existence de cette molécule et d’autres relevant de l’exobiologie dans des nuages moléculaires où l’on sait que naissent des étoiles entourées de disques protoplanétaires. Mais c’est la première fois que l’on montre que cette molécule peut aussi se retrouver dans un tel disque et donc potentiellement aussi sur des planètes capables de faire naître et se développer des formes de vie similaires à celles que l’on connaît sur Terre.

Cette observation conforte l’hypothèse selon laquelle la vie pourrait apparaître n’importe où dans l’univers connu, des lors que des conditions favorables seraient réunies. Or qui dit vie dit le plus souvent conscience et souvent aussi technologies et sciences. Malheureusement nous ne le saurons jamais vu les distances incommensurables qui nous sépareront toujours de ces planètes. ______________________________________________

Référence

A major asymmetric ice trap in a planet-forming disk. First detection of dimethyl ether
https://www.eso.org/public/archives/releases/sciencepapers/eso2205/eso2205a.pdf

The complex organic molecules (COMs) detected in star-forming regions are the precursors of the prebiotic molecules that can lead to the emergence of life. By studying COMs in more evolved protoplanetary disks we can gain a better understanding of how they are incorporated into planets. This paper presents ALMA band 7 observations of the dust and ice trap in the protoplanetary disk around Oph IRS 48. We report the first detection of dimethyl ether (CH3OCH3 ) in a planet-forming disk and a tentative detection of methyl formate (CH3OCHO). We determined column densities for the detected molecules and upper limits on non-detected species using the CASSIS spectral analysis tool. The inferred column densities of CH3OCH3 and CH3OCHO with respect to methanol (CH3OH) are of order unity, indicating unusually high abundances of these species compared to other environments. Alternatively, the 12CH3OH emission is optically thick and beam diluted, implying a higher CH3OH column density and a smaller emitting area than originally thought. The presence of these complex molecules can be explained by thermal ice sublimation, where the dust cavity edge is heated by irradiation and the full volatile ice content is observable in the gas phase. This work confirms the presence of oxygen-bearing molecules more complex than CH3OH in protoplanetary disks for the first time. It also shows that it is indeed possible to trace the full interstellar journey of COMs across the different evolutionary stages of star, disk, and planet formation.

08/03/2022. Les néo-nazis en Ukraine

Une « bande de néo-nazis en Ukraine »

Ce terme a été plusieurs fois utilisé par Vladimir Poutine pour justifier l’envoi de forces armées en Ukraine. Il ne désigne pas quelques dizaines d’individus, mais quelques milliers

En Europe, où le terme de nazi évoque les massacres de la seconde guerre mondiale les opinions publiques refusent cette excuse. Elles préfèrent parler de guerre injustifiée mené contre l’Ukraine par un Poutine en mal de popularité mais de quelques milliers, entre 10 et 20 000.

Thierry Maissan nous donne les précisions suivantes (cf. https://www.voltairenet.org/article215853.html)

Il faut se souvenir qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l’URSS ont chacun fait prisonnier de nombreux dignitaires nazis. Tous ont essayé de récolter leurs informations. Mais si, au bout de huit mois, les Soviétiques les ont renvoyés chez eux, les Américains en ont conservé un certain nombre et les ont recyclés. Chacun sait que, par exemple, le savant nazi qui imagina les V2, Werner von Braun, devint le directeur de la Nasa (opération « Paperclip »). Ou encore que le conseiller spécial du chancelier Adolf Hitler pour l’Ordre nouveau en Europe, Walter Hallstein, devint le premier président de la Commission européenne. Ou encore que l’alpiniste Heinrich Harrer fut chargé par la CIA d’élever le Dalaï-Lama. Ce que l’on sait moins, c’est que la CIA recycla aussi de nombreux SS et policiers de la Gestapo un peu partout dans le monde. Elle plaça par exemple le gestapiste Klaus Barbie à la tête de la Bolivie où il parvint à assassiner Che Guevara, ou le SS Alois Brunner en Syrie (alors alliée de Washington).

Durant toute la Guerre froide, la CIA utilisa les nazis. Cependant, le président Jimmy Carter chargea l’amiral Stansfield Turner de remettre de l’ordre dans l’agence, d’y limiter le rôle de ces agents et d’en finir avec les dictatures. La plupart des nazis furent renvoyés, mais ceux qui pouvaient agir dans le Pacte de Varsovie furent conservés. Ainsi le président Ronald Reagan célébra les « nations captives » d’Europe de l’Est, créant une suite d’associations pour déstabiliser les États membres du Pacte de Varsovie, voire l’URSS.

C’est donc de manière tout à fait logique, qu’en 2007, la CIA organisa à Ternopol (Ukraine) un congrès pour rassembler les néo-nazis européens et les jihadistes moyen-orientaux anti-Russes. Il fut présidé par le nazi ukrainien Dmitro Yarosh et l’émir tchétchène Dokou Umarov. Toutefois ce dernier, recherché par Interpol, ne put pas se rendre sur place. Il envoya donc un message vidéo de soutien. Par la suite, les néo-nazis et les jihadistes se battirent ensemble pour imposer l’Émirat islamique d’Itchkérie à la place de la République tchétchène.

En 2013, l’Otan forma au combat de rue les hommes du même Dmitro Yarosh en Pologne. De la sorte, ils furent opérationnels lors du changement de régime diligenté par Victoria Nuland (https://fr.wikipedia.org/wiki/Victoria_Nuland) en Ukraine  et nommé: la « révolution de la dignité » dite aussi « EuroMaïdan ». La plupart des journalistes sur place ont remarqué la présence inquiétante de ces nazis, mais les personnalités occidentales qui venaient participer à cette « révolution », comme Bernard-Henri Lévy étaient aveugles.

Dans les mois qui suivirent, la présence de cinq ministres nazis dans le gouvernement de transition provoqua les référendums d’indépendance des oblasts de Donestz et Lougansk. Le président Petro Porochenko, sur les conseils des amis d’Hunter Biden, les organisa en unités militaires qu’il plaça à la frontière des nouvelles Républiques populaires de Donestz et de Lougansk. Les groupes néo-nazis étaient financés par le parrain de la mafia locale Ihor Kolomoïsky.

Pour renverser le président Porochenko, Ihor Kolomoïsky fabriqua de toutes pièces un nouvel homme politique en produisant une série de télévision, Serviteur du peuple, dont l’acteur principal était un certain Volodymyr Zelensky. Lorsque celui-ci fut élu président il accepta toutes les suggestions la Maison-Blanche. Il dressa des monuments en hommage à Stepan Bandera, le chef des Collaborateurs nazis durant la Seconde Guerre mondiale. En définitive, il soutint son idéologie selon laquelle la population ukrainienne a deux origines, d’une part scandinave et proto-germanique, d’autre part slave, seuls les premiers sont de véritables Ukrainiens, les seconds ne sont que des Russes, des sous-hommes. Il promulgua, le 21 juillet 2021, une « Loi sur les peuples autochtones » qui prive les Ukrainiens d’origine salve de la jouissance des Droits de l’homme et des libertés fondamentales. Cette loi n’a pas encore été appliquée.

Durant sept ans, les groupes nazis ont massacré des habitants du Donbass, au hasard. L’Allemagne et la France, garants des accords de Minsk, n’ont rien fait . Les Nations unies elles mêmes ont fermé les yeux. Pendant sept ans, ces groupes se sont développés. Ils sont passés de centaines de soldats à des milliers.

A la demande de Victoria Nuland, le président Zelensky nomma Dmitro Yarosh conseiller spécial du chef des armées. Ce dernier, réorganisa les néo-nazis en deux bataillons et en groupes urbains. Il lança une vaste attaque des oblasts séparatistes le week-end de la Conférence sur la sécurité de Munich, déclenchant ainsi la réponse russe.

Le 3 mars, le bataillon nazi Aïdar fut vaincu par l’armée russe (https://katehon.com/fr/news/defaite-du-bataillon-nazi-aidar). Le président Zelensky nomma alors son commandant gouverneur d’Odessa avec pour mission d’empêcher les armées russes de faire la jonction entre la Crimée et la Transnistrie.

Tous ces faits sont indiscutables. On peut estimer que la réponse de la Russie est disproportionnée et inappropriée, mais pas qu’elle soit injustifiée.