20/01/2022. Contre qui la France devrait-elle se préparer à mener une guerre de haute intensité ?

En France les chefs des différents corps d’armée ont été auditionnés en juillet par la nouvelle commission de la défense de l’Assemblée nationale. Les comptes rendus ont été publiés début août.

Plusieurs faiblesses ont été soulevées par les différents chefs d’état-major des armées. Si ces dernières années ont été marquées par des avancées, tel le programme Griffon qui concerne l’emploi de Véhicules Blindés Multirôles  déjà utilisés au Sahel ou la mise en service du SNA (sous-marin nucléaire d’attaque) Suffren, les moyens restent encore trop peu nombreux ou vétustes, ont fait savoir les chefs d’état-major, appelant ainsi à revoir à la hausse le budget de la défense alloué dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) – dépenses que l’État français consacre à ses forces armées – en cours (2019-2025).

Ceci dit, les besoins pourraient considérablement augmenter les prochaines années si la France s’engageait davantage dans ce que l’on nomme des guerres de haute intensité.

Mais contre quels adversaires de telles guerres pourraient-elles être déclarées. Une réponse de bon sens est qu’elles seraient nécessaires contre les communautés arabo-islamique ou les Etats qui les soutiennent plus ou moins ouvertement. Contre ces adversaires la Franee par sa tradition laique est l’adversaire à détruire en priorité. Or aujourd’hui déjà, les moyens de la police et de l’armée déployés dans la cinquantaine de villes et régions menacées par la véritable guerre civile recherchée par l’islamisme de combat sont déjà notoirement insuffisants. S’agirait-il de guerres de haute intensité ? Sans doute pas encore mais ces guerres pourraient le devenir rapidement, en France métropolitaine ou d’Outre-Mer.

En fait la guerre à laquelle pensent les « experts en stratégie » américains qui conseillent leurs homologues européens ne serait pas une guerre contre l’Islamisme ou contre la Chine mais contre la Russie. C’est ainsi qu’il faudrait se préparer à envoyer des escadrons de chars lourds allemands, britanniques ou français contre les chars russes T-90 ou leurs successeurs, le tout pour permettre à l’Ukraine restée indépendante de poursuivre ses trafics à la frontière de la Russie.

Chacun sait que si des guerres de haute intensité éclataient quelque part sur la planète elles aboutiraient très vite à des affrontements nucléaires de haute intensité auxquels nulle armée ne résisterait, quelque soient ses dotations budgétaires.

Pour en savoir plus

https://www.lefigaro.fr/international/defense-les-chefs-d-etat-major-reserves-sur-la-capacite-de-l-armee-francaise-a-mener-une-guerre-de-haute-intensite-20220814

19/01/2022. L’attrait croissant du nucléaire tactique

Le 16 janvier nous nous demandions si la Russie n’allait pas faire appel au nucléaire tactique (de faible intensité) en constatant qu’elle n’avait pas les moyens conventionnels (non nucléaires) de contrer les importantes ressources conventionnelles mises à la disposition de l’Ukraine par le bloc occidental .

Quelques jours plus tard, l’inquiétude n’est plus la même. Devant l’incapacité permanente de l’Ukraine soutenue par le bloc occidental à contrer la résistance de la Russie, ne serait-ce pas ce même bloc occidental qui ferait appel à du nucléaire tactique pour contraindre la Russie dont les succès actuels contre l’Ukraine l’inquiètent.

La raison en serait que les bases humaines, économiques et technologiques des industries militaires américaines en sont arrivées aujourd’hui à un point de rupture. Si le complexe militaro-industriel américain a conservé toute sa puissance d’influence politique, il lui faudrait au moins deux ans pour se donner les moyens de satisfaire aux exigences des forces armées américaines qui découleraient d’un affrontement, même limité avec leurs homologues russes.

Ceci d’autant plus que les Russes pourraient bénéficier très rapidement de la coopération avec la Chine. Cette coopération ne serait pas nécessairement en termes d’effectifs. Ainsi en est-il du porte-avions Fujian,  entièrement conçu et réalisé par la Chine. Il relève d’un programme de défense dont le budget a été multiplié par dix en quinze ans. Avec ce porte-avions, l’industrie navale chinoise démontre qu’elle maîtrise les technologies les plus modernes et qu’elle a les moyens financiers de les appliquer.

17/01/2022 Canon français Caesar

Le Caesar est en train de devenir aussi célèbre que le canon français de 75 lors de la Première Guerre Mondiale.

https://imagesdefense.gouv.fr/le-canon-caesar-au-sein-de-la-task-force-wagram

Source Wikipedia

Le camion équipé d’un système d’artillerie (CAESAr) est un canon automoteur français en service depuis la fin des années 2000 dans les Forces armées françaises et exporté dans plusieurs pays. Il s’agit d’un canon de 155 mm, long de 52 calibres (soit un peu plus de huit mètres1) monté sur la plate-forme arrière d’un camion, conçu et fabriqué par Nexter Systems à Bourges et intégré par Nexter sur son site de Roanne.

Il complète la gamme 155 mm équipant l’Armée française en fournissant un matériel intermédiaire entre la très grande facilité de projection mais la faible protection du personnel du canon tracté 155 TRF1 et la très haute protection (y compris NRBC) mais la faible mobilité des canons autotractés AuF1. Les cinq artilleurs sont peu protégés (davantage cependant que dans le cas d’un TRF1), mais ce canon est beaucoup plus mobile qu’un automoteur d’artillerie classique, notamment l’AuF1. Le véhicule a été initialement monté sur un camion 6 × 6. Une seconde version sur un châssis 8 × 8 est ensuite proposée, améliorant la protection des personnels.

Le coût unitaire du système est de 5 millions de dollars américains2,3 pour la version 6 × 6.

Historique

Le système CAESAr a été développé dans les années 1990 en tant que démonstrateur technologique par GIAT Industries. Révélé au public en 1994, un exemplaire de pré-production effectue des essais dans l’armée de terre quatre ans plus tard4.

En décembre 2004, la délégation générale pour l’Armement octroie à Giat Industries l’équivalent de 358 millions de dollars US pour la construction de 72 canons automoteurs, considérant cette option plus économe que le programme de modernisation AuF2. En juillet 2008, le premier système CAESAr est réceptionné5.

Le coût opérationnel est annoncé par le constructeur Nexter comme particulièrement économique, notamment en regard du coût opérationnel des automoteurs blindés, avec un coût de possession quatre fois moindre qu’un automoteur blindé à chenilles et équivalent à celui d’un canon tracté avec son tracteur.

Son coût de maintenance serait trois fois moindre que celui d’un automoteur blindé à chenilles par la facilité d’entretien du châssis6.

D’après Nexter, il a été produit en février 2017 à 270 exemplaires, a tiré plus de 80 000 obus et « couvert une distance de plus d’un million de kilomètres »

Au premier septembre 2022, 474 pièces ont été commandées, 110 par l’armée française et 364 par des armées étrangère : Arabie Saoudite (132), Belgique (28), Danemark (19), Indonésie (55), Maroc (36), République tchèque (52), Thaïlande (6) et Lituanie (18). La France a par ailleurs fourni en 2022 18 pièces à l’Ukraine, prélevées sur sa dotation. Au premier septembre 2022, environ 284 de ces unités sont livrées et en service, 58 en France et 226 à l’étranger7,8,9,10,11,12,13,14.

Caractéristiques

Type Automoteur léger d’artillerie.

Châssis.

Deux types de châssis sont proposés : 6 × 6 tout-terrain (Renault Sherpa 5 pour la France et SoframeMercedes-Benz Unimog U2450 ou Tatra 815 pour l’export, aérotransportable en classe C-130H avec un seul fardeau et en classe A400M), 8 × 8 tout-terrain (Tatra 815, aérotransportable en classe A400M)

Mobilité

Les différents châssis offrent une grande mobilité en termes de franchissement : pente de 40 %, dévers de 30 %, gué jusqu’à 1,20 m. Un système de télégonflage permet d’adapter au mieux la pression des pneumatiques en fonction du type de sol rencontré. Le véhicule peut atteindre 100 km/h sur route et 50 km/h en tout-terrain

Armement

Canon de 155 mm / 52 cal. conforme au NATO Joint Ballistics Memorandum of Understanding (JBMoU) ERO (18 coups en version 6 × 6 et 36 coups en version 8 × 8) à chargement semi-automatique.Portée4,5 km à 42 km (obus Extended Range, Full Bore), plus de 50 km (obus roquette) et jusqu’à 80 km avec des charges propulsives déclenchées en différé, jusqu’à 2 000 m en tir direct.Capacité de tir6-8 coups/min.

Guidage

Pointage par centrale inertielle, conduite de tir par calculateur.

Munition

Toute munition de 155 mm au standard OTAN comme l’obus BONUS antichar spécifiquement proposé avec cette pièce d’artillerie et utilisé pour la première fois au combat le 3 décembre 2018 ou de type ERFB ou le M982 Excalibur qualifié en 2019. Un obus F1 a une flèche maximale (altitude atteinte par le projectile) de 14 772 m pour un tir plongeant à 38 km, et de 19 456 m pour un tir vertical à 34 km17.

Chaque pièce dispose de son propre calculateur balistique intégré et autonome ainsi que de son système de navigation dont la pièce essentielle est une centrale de navigation inertielle SAGEM sigma 30 avec une performance en cap de l’ordre du centième de degré. Le pointage est automatique et ne demande aucune action humaine. La position de l’objectif peut être introduite par l’équipage ou par transmission de données radios depuis un centre de commandement ou un observateur avancé. Toutes ces opérations d’acquisition de données (objectif, paramètres météo…) et de calcul balistique sont effectuées en temps masqué lorsque la pièce rallie son point de tir.

L’ensemble de ces dispositifs permet de réduire à moins de trois minutes le délai entre l’arrivée sur le point de tir (moins de 60 secondes pour la mise en batterie) et le départ (moins de 40 secondes pour la sortie de batterie), après avoir délivré une salve de six coups, rendant inefficaces les tirs de contre-batterie. Il s’agit de la tactique dite de Tire et détale.

Le CAESAr est basé sur un concept de mobilité qui répond aux nécessités de projection des forces sur des théâtres extérieurs. Son aéro-transportabilité sans préparation sur C-130 en version 6 × 6 en est la meilleure illustration. La version 8 × 8 est quant à elle aérotransportable par A400M.

Précision de tir : l’essentiel de la précision est donnée par le système de navigation (sigma 30) qui donne l’attitude du tube de 155 mm avec une grande précision, laquelle peut être accrue en cap si le véhicule porteur se donne du temps pour un alignement très précis (s’il est immobile durant environ 30 secondes).

Le problème de l’estimation d’attitude étant réglé au mieux, reste à connaître sa propre position, le GPS (GNSS) est couplé avec la centrale SAGEM pour une position GPS éventuellement filtrée avec quelques mètres d’erreur. La position de la cible est supposée bien connue (rôle des renseignements militaires). La précision de tir est alors donnée par la qualité de l’obus, qui est apparié. Un radar Doppler en sortie de tube peut encore améliorer la précision (on estime précisément la vitesse obus en sortie de tube en fonction de la qualité des charges propulsives qui est plus ou moins dispersée). On annonce une précision de tir à 40 km de moins de 50 mètres, et même moins si les conditions météo sont optimales (pas de vent). Le CAESAr peut avoir une portée jusqu’à 80 km, avec des charges propulsives qui poussent plus longtemps, la précision est alors moindre.

16/01/2021. La Russie fera-t-elle appel au nucléaire tactique ?

Arrêtés dans leur offensive par des Ukrainiens plus résistants que ce qu’ils avaient prévu, les Russes n’ont guère progressé depuis la prise des villes de Lyssytchansk et de Severodonetsk, dans le Donbass, au début de l’été 2022  

En septembre, ils ont eu beaucoup de mal à arrêter la contre-offensive lancée par Kiev dans la région de Kharkiv. En novembre, ils ont dû abandonner la rive droite du Dniepr et la ville de Kherson, dans le Sud, après que leurs lignes de ravitaillement ont été coupées par les Ukrainiens. Depuis, c’est le statu quo, même si les mercenaires russes du Groupe Wagner disent avoir pris Soledar, un bourg du Donbass proche de Bakhmout, ville de 70 000 habitants où les combats font rage depuis quatre mois.

Ces affrontements ont été meurtriers pour l’armée russe. L’état-major ukrainien affirme avoir tué plus de 113 000 soldats russes depuis le 24 février 2022, l’équivalent de la moitié du contingent envoyé par le Kremlin. Un chiffre impossible à vérifier, mais en partie validé par les militaires occidentaux.

Pour regarnir ses troupes, Vladimir Poutine a signé, le 21 septembre 2022, un décret ordonnant la « mobilisation partielle » de quelques 300 000 hommes. Ce recrutement a été difficile, l’armée russe n’ayant plus les officiers ni les infrastructures pour former et équiper ces troupes en même temps. Il semble néanmoins avoir des effets, vu les effectifs engagés.

Rappelons qu’au delà de la mobilisation, le pouvoir russe utilise aussi les conscrits pour augmenter sa présence sur le terrain.. Chaque année, quelques 250 000 hommes de 18 à 27 ans sont appelés à faire leur service militaire. Officiellement, ils ne sont pas envoyés en Ukraine. Mais en fait ils pourront l’être après quelques mois de service. Par ailleurs le Groupe Wagner, qui se substitue progressivement à l’armée russe, met en ligne environ 50 000 mercenaires sur le terrain, alimentés notamment par les détenus recrutés dans les prisons russes en échange d’une remise de peine.

Il ne faut pas exclure l’éventualité d’une deuxième vague de mobilisation russe, après celle engagée en septembre 2022 – d’autant que Vladimir Poutine n’y a pas formellement mis fin par décret. Selon Vadym Skibitsky, chef adjoint du renseignement militaire ukrainien, cité le 6 janvier par le quotidien britannique The Guardian, la Russie s’apprêterait à appeler 500 000 hommes supplémentaires sous les drapeaux, ce qui pourrait potentiellement porter ses effectifs en Ukraine à près de 1 million de soldats.

Cette crainte d’une nouvelle mobilisation est d’autant plus importante que la société russe ne s’y oppose pas, contrairement à ce qu’espéraient les Occidentaux. Certes, plusieurs centaines de milliers d’hommes ont fui la Russie à l’annonce de la « mobilisation partielle » de septembre 2022, mais la répression et la propagande présentant le conflit ukrainien comme une réponse à l’agressivité de l’Occident maintenant la population dans un état de résignation.

Effrayés par ces perspectives, les Occidentaux alliés de l’Ukraine ont donné un nouveau coup d’accélérateur à leur aide militaire et décidé de lui livrer des blindés légers, chose qu’ils s’étaient jusqu’ici refusés à faire. Le 5 janvier, les Etats-Unis ont ainsi annoncé l’envoi de 50 véhicules Bradley et se sont engagés à former chaque mois 500 militaires ukrainiens à leur usage, soit l’équivalent d’un bataillon. De leur côté, l’Allemagne a promis 40 blindés de combat d’infanterie Marder et la France « plusieurs dizaines » de chars légers AMX-10 RC. Washington étudierait aussi l’envoi de Stryker, un autre blindé de transport de troupes, successeur du Bradley.

Surtout, la pression monte parmi les pays européens pour fournir des chars lourds à Kiev. La Pologne et la Finlande se disent prêtes à livrer des Leopard 2, l’un des engins terrestres les plus puissants, mais doivent pour cela obtenir l’autorisation de l’Allemagne, qui les fabrique. Jusqu’ici, Berlin hésite, par peur d’une escalade avec Moscou. Mais sa position devient chaque jour plus intenable. Les pays alliés de l’Ukraine ont prévu de se retrouver de nouveau sur la base américaine de Ramstein (Allemagne), afin de coordonner leurs livraisons d’armes. De nouvelles annonces seraient en préparation.

Dans ces conditions, ne peut-on craindre que la Russie n’utilise un certain nombre d’armes nucléaires dites tactiques pour arrêter les offensives et contre offensives ukrainiennes soutenues par Washinton et certains membres de l’Otan.

Ces derniers mois la Russie a multiplié les références à son arsenal nucléaire « tactique » en guise de menace d’intensification de sa guerre en Ukraine. Joe Biden, le président américain, y a fait une référence directe en évoquant  le risque d’un « Armageddon » nucléaire si Moscou avait recours à de telles armes sur le champ de bataille.

Que sera alors la position de la France, puissance nucléaire revendiquée?. Les optimistes répondront que, Dieu merci, la bombe française n’est que stratégique.

15/01/2023 Armes hypersoniques. Pourquoi ce retard américain persistant ?

Disposer d’armes hypersoniques représente un réel avantage pour les forces armées. Ce type d’armement se déplace en effet à des vitesses très rapides – supérieures à Mach 5, soit 6.174 km/h –, à des altitudes plus basses que les missiles balistiques et peuvent également manœuvrer pour échapper aux systèmes de défense antimissile. Des avantages qui font des missiles hypersoniques des armes redoutables, car plus difficilement détectables.

Noua avions indiqué précédemment à propos des armes de nouvelles générations développés par la Russie, que 2 ou 3 des missiles de type Avangard russes lancées en essaim sur un porte-avion américain pourraient le mettre hors service en quelques minutes. Or le coût moyen d’un tel porte avion, sans mentionner celui de ses avions, serait comme pour le dernier-né des porte-avions américain (classe Gérald Ford) de 11,7 milliards d’euros.

On aurait pu penser que le Pentagone, conscient de son retard, aurait considérablement investi pour le combler. Or ce ne semble pas être encore le cas. Le Pentagone a en effet indiqué que les derniers tests hypersoniques militaires n’avaient pas été concluants et ce, malgré de premiers essais réussis.

Pour en savoir plus

https://fr.businessam.be/dans-la-course-aux-armes-hypersoniques-les-etats-unis-font-moins-bien-que-la-russie-et-la-chine/

14/01/2023. Renforcement de la collaboration diplomatique voire militaire entre Washington et Tokyo

Le temps n’est plus où pendant la seconde guerre mondiale les forces japonaises avaient failli éliminer la présence militaire américaine du Pacifique sud. Aujourd’hui le Japon est un fidèle second de l’armée américaine face aux menaces chinoises dans cette même partie du monde

C’est ainsi que le premier ministre japonais Fumio Kishida vient d’entreprendre une tournée en Europe et en Amérique du Nord destinée à renforcer les liens militaires. Il se rendra en Grande-Bretagne et en Italie, partenaires d’un accord conclu le mois dernier pour la construction de nouveaux avions de combat avancés. Il devrait également signer en Grande-Bretagne un accord visant à établir le cadre des visites des forces militaires de l’autre pays.

La dernière étape de Kishida sera les États-Unis, où il s’entretiendra avec Joe Biden à la Maison-Blanche pour discuter de la collaboration militaire, de l’achat par le Japon de missiles américains et des efforts qui visent à bloquer l’accès de la Chine aux semi-conducteurs avancés produits par les firmes japonaises.

Dans le cadre de la guerre économique des États-Unis contre la Chine, Biden a imposé une série d’interdictions sur la vente à la Chine de puces informatiques de la dernière génération ou des machines nécessaires à leur design et à leur fabrication. Les ministres japonais de la Défense et des Affaires étrangères tiendront une série de discussions sur ces sujets avec leurs homologues américains à Washington.

Dans le même temps, les États-Unis s’apprêtent à effectuer un voyage officiel provocateur à Taïwan, une île qu’ils reconnaissent de facto, dans le cadre de la politique de la Chine unique, comme faisant partie de la Chine et dont Pékin se dit le gouvernement légitime. Terry McCartin, le principal responsable américain du commerce avec la Chine, doit arriver à Taipei à la tête d’une délégation qui comprendra des fonctionnaires d’autres agences gouvernementales.

Le Japon suivra attentivement tous ces contacts qui pourraient se traduire par une demande américaine d’appui diplomatique voire militaire.

13/01/2023. Fusion nucléaire. Le NIF, un concurrent pour Iter

Pour la première fois, un système de fusion nucléaire a produit plus d’énergie qu’il n’en a consommé pour ce faire. Autrement dit la fusion nucléaire paraît sur la voie de réussir le pari entrepris depuis plusieurs années par des centaines d’ingénieurs, fournir à l’humanité l’énergie de fusion nucléaire capable de se substituer dans de bien meilleures conditions à l’énergie de fission désormais produite par une centaine de centrales répartie dans le mon entier

Le principal inconvénient de la fission, qui se fait entre deux atomes lourds tels que ceux l’uranium, est qu’elle produit des déchets radioactifs extrêmement virulents. De plus l’uranium qu’elle utilise se fait relativement rare et devient un enjeu géopolitique mondial.

 La fusion est le rapprochement de deux noyaux atomiques légers de deutérium et de tritium pour donner un atome d’hélium, qui est le noyau léger le plus stable de l’Univers et qui n’est pas radioactif . Par contre la fusion se fait à des conditions de température et de pressions supérieures à celles du soleil. Une fois lancée, elle peut s’autoentretenir .

L’objectif principal d’Iter est de générer des « plasmas en combustion » et d’en comprendre le comportement. Dans un plasma en combustion, l’énergie libérée par le noyau d’hélium issu de la réaction de fusion deutérium-tritium est suffisante pour entretenir la température du milieu, réduisant ainsi, voire supprimant totalement le besoin de recourir à des systèmes de chauffage externes.

Iter doit également mettre en œuvre et assurer l’intégration de l’ensemble des technologies essentielles au fonctionnement d’un réacteur de fusion industriel (aimants supraconducteurs, télémanipulation en milieu extrême, extraction de puissance, etc.). Le programme doit en outre valider les différents concepts de « modules tritigènes » qui permettront aux futurs réacteurs de produire au sein même de la machine le tritium indispensable à leur fonctionnement.

Aux Etats-Unis, pour produire l’énergie nécessaire, outre une participation comme le font une cinquantaine d’ Etats à Iter, les chercheurs utilisent les services du National Ignition Facility, ou NIF ; Ceui-ci est un laser de recherche extrêmement énergétique, construit au sein du laboratoire national Lawrence Livermore, à Livermore (Californie)

Le National Ignition Facility utilise la technique du confinement inertiel pour permettre aux scientifiques d’étudier la fusion nucléaire et les autres domaines d’utilisation des plasmas extrêmement denses. La mise en œuvre de ce concept dans le NIF utilise 192 faisceaux laser de grande puissance, qui, après un parcours d’environ 300 mètres, sont focalisés sur une cible située au centre d’une « chambre d’expériences », sphère métallique de dix mètres de diamètre. La cible, constituée d’une capsule recouverte de béryllium renfermant un mélange de deutérium et de tritium servant de combustible de fusion, est ainsi comprimée jusqu’à des densités de 900 kg/dm3, soit environ six fois la densité du centre du Soleil.

L’ensemble développera une puissance de 500 térawatts (mille fois la puissance électrique produite à tout instant par les États-Unis, en 2010), mais pendant une période de quelques nanosecondes (milliardièmes de seconde) seulement, pour parvenir à l’effet désiré. Le résultat espéré est la réalisation de réactions de fusion nucléaire auto-entretenues.

La fin de la construction du NIF était prévue pour 2009, la première ignition étant planifiée pour 2010. Dans la proposition d’origine, au début des années 1990, le coût d’un « super laser » avait été estimé à moins de 700 millions de dollars. En 2009, l’évaluation du coût total de l’installation est comprise entre 3,5 et 6 milliards de dollars.

Fusion réalisée le 5 décembre 2022

Lors d’un test opérationnel, le 8 août 2021, il a semblé que la fusion ait été réalisée, produisant une énergie égale à 70 % de l’énergie laser mise en jeu et émettant un excès de neutrons compatible avec une réaction en chaîne. On a utilisé du diamant comme conteneur de la cible

Près d’un an plus tard, les tentatives pour reproduire la quasi-fusion réalisée en août 2021 ayant échoué, les responsables du programme ont décidé de chercher à augmenter l’énergie du laser et à accroître l’efficacité de la cible.

Le résultat a été positif. Le 5 décembre 2022, le NIF a atteint le seuil où l’énergie produite est supérieure à l’énergie consommée : ses 192 lasers ont concentré 2,05 MJ sur la cible, qui en fusionnant a dégagé 3,15 MJ ; mais l’expérience a nécessité d’emprunter à peu près 300 MJ du réseau général. Il faudra encore quelques années pour parvenir à la fusion commerciale.

Cependant le résultat a été jugé tellement important qu’il a été annoncé par la secrétaire américaine à l’Energie Jennifer Granholm, depuis Washington : « C’est un exploit historique pour les chercheurs du NIF  qui ont consacré leur carrière à rendre possible l’ignition par fusion, une étape majeure qui suscitera sans doute encore plus de découvertes. » 

Cela faisait 70 ans, en effet, que la communauté scientifique cherchait à produire en laboratoire et de manière contrôlée un tel phénomène.

13/01/23. Faut-il avoir peur du chat ?

Nous lisons ce qui suit dans un article consacré aux dangers pour l’expression créatrice que pourrait avoir une utilisation intensive du logiciel ChatGPT.

A la question  Qui êtes vous ? celui-ci aurait répondu :« Je suis un modèle de langage informatique conçu par OpenAI. Mon but est de pouvoir répondre aux questions et fournir de l’aide aux utilisateurs en utilisant mon apprentissage automatique et mes connaissances en langage naturel. J’essaie de fournir des réponses précises et utiles aux utilisateurs. Je suis un outil de traitement de langage naturel et je n’ai pas d’opinions personnelles ni de préférences« 

Le principe est simple, précise l’auteur de l’article. L’utilisateur pose une question et l’intelligence conversationnelle tente d’y répondre avec ses connaissances acquises. Une réponse plus ou moins détaillée est générée, dans un langage quasi-identique à celui d’un humain. C’est toute la force de ce nouveau service : être capable de formuler une réponse de la même façon que le ferait un proche.

Devrions-nous en conclure que tout outil langagier, qu’il utilise ou non l’intelligence artificielle, serait un danger pour l’expression créatrice du fait qu’il permettrait aux créateurs de formuler de nouveaux jugements sans recourir à toutes les connaissances et jugements accumulées sur Internet ? Ces connaissances et jugements s’expriment par de nouveaux langages, langages philosophiques ou langages scientifiques, qu’il faut connaître pour accéder à ces nouveaux contenus.

L’intérêt de ChatGPT, sauf erreur, sera de faciliter à l’utilisateur l’apprentissage puis la pratique des nouveaux langages. Cela lui permettra d’inventer de nouveaux contenus sans être obligé de se limiter à ceux déjà produits.

C’est pour cette raison que dans l’enseignement jusqu’ici pratiqué, la première chose à faire est d’apprendre aux jeunes enfants à marcher, puis à parler. Mais la seconde chose à faire est de les inciter à découvrir l’univers au delà de leur chambre et à utiliser le langage qu’ils connaissent déjà pour tenter de décrire à leur entourage cet au- delà de la chambre. L’entourage corrigera de lui-même et les enfants accéderont ainsi à de nouvelles connaissances liés à ces nouveaux langages.

Référence
https://fr.wikipedia.org/wiki/ChatGPT

13/OI/2023 Editorial. Faudra-t-il en revenir à l’âge de pierre?

Nous lisons ce qui suit dans un article consacré aux dangers pour l’expression créatrice que pourrait avoir une utilisation intensive du logiciel ChatGPT.

A la question  Qui êtes vous ? celui-ci aurait répondu :« Je suis un modèle de langage informatique conçu par OpenAI. Mon but est de pouvoir répondre aux questions et fournir de l’aide aux utilisateurs en utilisant mon apprentissage automatique et mes connaissances en langage naturel. J’essaie de fournir des réponses précises et utiles aux utilisateurs. Je suis un outil de traitement de langage naturel et je n’ai pas d’opinions personnelles ni de préférences« 

Le principe est simple, précise l’auteur de l’article. L’utilisateur pose une question et l’intelligence conversationnelle tente d’y répondre avec ses connaissances acquises. Une réponse plus ou moins détaillée est générée, dans un langage quasi-identique à celui d’un humain. C’est toute la force de ce nouveau service : être capable de formuler une réponse de la même façon que le ferait un proche.

Devrions-nous en conclure que tout outil langagier, qu’il utilise ou non l’intelligence artificielle, serait un danger pour l’expression créatrice du fait qu’il permettrait aux créateurs de formuler de nouveaux jugements sans recourir à toutes les connaissances et jugements accumulées sur Internet ? Ces connaissances et jugements s’expriment par de nouveaux langages, langages philosophiques ou langages scientifiques, qu’il faut connaître pour accéder à ces nouveaux contenus.

L’intérêt de ChatGPT, sauf erreur, sera de faciliter à l’utilisateur l’apprentissage puis la pratique des nouveaux langages. Cela lui permettra d’inventer de nouveaux contenus sans être obligé de se limiter à ceux déjà produits. C’est pour cette raison que dans l’enseignement jusqu’ici pratiqué, la première chose à faire est d’apprendre aux jeunes enfants à marcher, puis à parler.

Mais la seconde chose à faire est de les inciter à découvrir l’univers au delà de leur chambre et à utiliser le langage qu’ils connaissent déjà pour tenter de décrire à leur entourage cet au- delà de la chambre. L’entourage corrigera de lui-même et les enfants accéderont ainsi à de nouvelles connaissances liés à ces nouveaux langages.

L’Internet est trop riche en nouveaux contenus pour pouvoir de passer de nouveaux langages d’accès

Editorial au 11/01/2023. Le projet Time man. Comprendre les raisons de la tectonique des plaques

Le présent texte n’est pas un éditorial mais la réédition d’un texte scientifique présentant les résultats d’une recherche qui vient de faire l’objet d’un article dans Nature dont nous publions in fine les références et l’abstract

La tectonique des plaques qui caractérise la dynamique de notre planète est difficile à dater mais elle existerait depuis au moins 2 milliards d’années. Le supercontinent appelé Gondwana qui s’est formé il y a 600 millions d’années aurait commencé à se fracturer au Jurassique (il y a 160 millions d’années).

Les Pyrénées, montagne jeune, ne datent que d’environ 40 millions d’années. Comment appréhender ces durées, nous pauvres humains, pour qui passer 100 ans à la surface de la Terre représente déjà un fort long séjour ? C’est la science et ses outils observationnels, analytiques et conceptuels qui ont permis de dépasser les mythes et qui aboutit à ces nombres qui donnent le tournis. Nous sommes donc un peu comme des éphémères, ces insectes qui ne vivent qu’un jour ou deux, qui tenteraient de comprendre les saisons, les années…

La science, c’est aussi l’expérimentation. Mais là encore, comment reproduire des phénomènes qui se déroulent sur des durées bien plus longues que celles de nos vies ?

Prenons la dynamique de notre planète. La tectonique des plaques est le cadre conceptuel qui, depuis les années 60, rassemble et unifie les descriptions des grandes manifestations géologiques ayant façonné la surface de la Terre. Mais son origine est plus profonde. Le déplacement des plaques résulte de vastes mouvements de convection  qui animent le manteau terrestre et permettent à la Terre d’évacuer sa chaleur interne. Car la Terre est encore une planète chaude, d’où son activité. Plus de 98 % du volume de notre planète est à des températures supérieures à 1000 °C et le noyau est aussi chaud que la surface du soleil.

Cette chaleur interne à plusieurs origines : une part de chaleur primordiale (vestige de la formation de notre planète par accrétion), une autre qui est extraite du noyau en partie due à la cristallisation de la graine (partie solide, centrale, du noyau), et enfin une autre qui provient de la désintégration radioactive d’éléments (uranium, potassium, thorium) présents en faible quantité dans les roches du manteau. C’est donc par transport de matière du bas (où les températures sont les plus élevées) vers le haut (où elles sont les plus froides) que cette chaleur est transportée. La particularité de ce phénomène convectif (bien connu dans les liquides, on fait d’ailleurs souvent l’analogie avec la casserole d’eau sur le feu) est que dans le manteau terrestre constitué de roches solides, il est porté par la déformation de ces roches et des minéraux qui les constituent. Ce sont donc ces déformations qu’il nous faut étudier si l’on veut comprendre et modéliser la dynamique de notre planète. Mais cette quête est parsemée de difficultés. Listons-en quelques-unes.

Des conditions de pression et de température extrêmes dans le manteau

Le manteau terrestre est cette enveloppe de roches, nous l’avons dit, qui s’étend jusqu’à près de 2900 km sous nos pieds. Les conditions de pression et température qui y règnent y sont extrêmes. En particulier, sous le poids des roches, la pression augmente fortement avec la profondeur pour atteindre quelque 135 GPa (1,35 milliard de fois la pression atmosphérique) à l’approche du noyau. Les roches qui sont présentes à ces profondeurs ne sont pas celles que l’on rencontre à la surface de la Terre. Sous l’influence de la pression, elles sont constituées de minéraux plus compacts, plus denses. Pendant la seconde moitié du XXe siècle, des efforts importants ont été déployés pour réaliser des expériences permettant de reproduire les conditions de pression et de température de l’intérieur de la Terre.

Elles ont permis d’étudier la manière dont les minéraux se densifient sous pression et de proposer un modèle minéralogique du manteau terrestre correspondant à ce que l’on pense être sa composition chimique (notamment par comparaison avec les météorites considérées comme les briques du système solaire). Plusieurs stades de compressions des minéraux sont identifiés pour finir, à partir de 670 km de profondeur et presque jusqu’au noyau, par former un assemblage assez simple constitué de trois minéraux principaux.

Le plus important (en volume : près de 80 %) d’entre eux est un silicate de magnésium et de fer (contenant également un peu d’aluminium) de structure perovskite appelé bridgmanite (en l’honneur de Percy Bridgman, physicien américain lauréat du prix Nobel de physique en 1946 pour ses travaux sur les hautes pressions). Le calcium, présent dans le manteau supérieur dans les grenats et les pyroxènes, serait hébergé par un autre silicate, présentant la même structure perovskite : la davemaoite. Enfin le magnésium en excès est exprimé sous la forme d’un oxyde (contenant aussi un peu de fer) : le ferropericlase.

Des conditions difficiles à reproduire en laboratoire

C’est donc la manière dont se déforme cet assemblage minéralogique qui constitue la clé de la dynamique du manteau. Pour étudier ce phénomène au laboratoire, il faut réaliser des expériences de déformation tout en appliquant les très fortes pressions qui permettent de stabiliser ces minéraux. De nouveaux développements technologiques ont donc été nécessaires et en 2016, une équipe  de l’université de Yale (USA) ont réussi la première expérience de déformation d’un assemblage de bridgmanite et de ferropericlase dans les conditions de pressions et de températures correspondant à peu près à 700 km de profondeur.

Ces expériences ont montré ce que l’on pressentait : le silicate (la bridgmanite) est bien plus dur que l’oxyde (le ferropericlase). Ils observent en effet que le ferropericlase encaisse quasiment toute la déformation et se retrouve fortement étiré dans une matrice de bridgmanite quasi rigide. Un tel comportement peut avoir des conséquences importantes sur la manière dont le manteau peut se déformer.

Thielmann et ses collègues, de l’université de Bayreuth en Allemagne, ont utilisé des modèles numériques pour pousser plus loin la déformation d’un tel assemblage. Ils montrent que selon la manière dont le ferropericlase est distribué dans la roche, les propriétés mécaniques (et donc la capacité du manteau à se déformer et à évacuer la chaleur) ne sont pas les mêmes. Si la phase « molle », le ferropericlase forme des couches continues, elle peut « lubrifier » la déformation et rendre la roche beaucoup moins visqueuse.

Mais ces expériences et les conclusions que l’on peut en tirer se heurtent à d’autres difficultés. Reproduire les pressions et les températures de l’intérieur de la Terre constitue déjà un défi, mais le surmonter ne suffit pas. Il faut en effet se rappeler que les déformations du manteau sont lentes, très lentes et s’échelonnent sur des centaines de millions d’années. Étudier ces phénomènes au laboratoire nécessite de les accélérer considérablement : plus de 100 millions de fois ! Les mécanismes activés lors de ces expériences sont-ils les mêmes que ceux qui opèrent dans la nature ? Les résultats des expériences de laboratoire peuvent-ils être simplement extrapolés aux conditions naturelles ?

Un nouveau modèle

C’est à répondre à cette question que se consacre le projet TimeMan financé par le Conseil Européen de la Recherche (ERC) et que je dirige à l’Université de Lille en collaboration avec les universités d’Anvers et de Louvain-la-Neuve en Belgique.

Son originalité ? Ne pas chercher à simplement extrapoler, mais s’appuyer sur une compréhension la plus détaillée possible de la physique, des mécanismes de déformation de ces minéraux dans les conditions de pression et de température du manteau. Revenons aux expériences de Girard et de ses collaborateurs. Leurs mesures montrent que des contraintes très élevées sont nécessaires pour déformer leurs échantillons aux vitesses du laboratoire.

Nos modèles permettent de reproduire les résultats de ces expériences. Ils montrent qu’ils résultent de l’activation du glissement de défauts cristallins, les dislocations qui, sous l’influence de ces fortes contraintes, cisaillent les cristaux. Mais dans le manteau, les contraintes sont beaucoup plus faibles et nos modèles montrent que d’autres mécanismes doivent prendre le relai.

A haute température et sous faibles contraintes, les mécanismes de déformation de la matière solide font intervenir la migration des ions qui diffusent lentement vers les dislocations pour leur donner un degré de mobilité supplémentaire que l’on appelle la montée. C’est donc cette étape de diffusion qui contrôle la cinétique de la déformation. Or elle est lente, très lente. Particulièrement dans l’oxyde de magnésium où c’est le gros ion oxygène qui a le plus de mal à se déplacer, surtout lorsque la pression rend la structure de plus en plus compacte. Le ferropericlase se déforme donc plus lentement que la bridgmanite dans ce régime de déformation impossible à reproduire aux échelles de temps du laboratoire. C’est ce résultat contre-intuitif que nous décrivons dans l’article qui parait ce mercredi 11 janvier 2023 dans la revue Nature. Il remet en question les débats sur l’influence de la répartition du ferropericlase dans la matrice.

Si l’on fait l’analogie avec le beurre de cacahuète, on peut dire que les modèles classiques faisaient jouer au ferropériclase le rôle de la phase huileuse qui rendait la pâte plus fluide. Nos résultats le voient plutôt comme les particules rigides du beurre de cacahuète « crunchy », sans influence notable sur la rhéologie de l’ensemble. Nous concluons donc que la bridgmanite est la seule phase minérale à considérer pour modéliser la déformation du manteau dans les conditions naturelles, si lentes qu’elles échappent à notre perception sensible, mais pas à nos modèles !

Référence

Published: 11 January 2023

Periclase deforms more slowly than bridgmanite under mantle conditions

Nature  volume  613,  pages 303–307 (2023)

Abstract

Transport of heat from the interior of the Earth drives convection in the mantle, which involves the deformation of solid rocks over billions of years. The lower mantle of the Earth is mostly composed of iron-bearing bridgmanite MgSiO3 and approximately 25% volume periclase MgO (also with some iron). It is commonly accepted that ferropericlase is weaker than bridgmanite1. Considerable progress has been made in recent years to study assemblages representative of the lower mantle under the relevant pressure and temperature conditions2,3. However, the natural strain rates are 8 to 10 orders of magnitude lower than in the laboratory, and are still inaccessible to us. Once the deformation mechanisms of rocks and their constituent minerals have been identified, it is possible to overcome this limitation thanks to multiscale numerical modelling, and to determine rheological properties for inaccessible strain rates. In this work we use 2.5-dimensional dislocation dynamics to model the low-stress creep of MgO periclase at lower mantle pressures and temperatures. We show that periclase deforms very slowly under these conditions, in particular, much more slowly than bridgmanite deforming by pure climb creep. This is due to slow diffusion of oxygen in periclase under pressure. In the assemblage, this secondary phase hardly participates in the deformation, so that the rheology of the lower mantle is very well described by that of bridgmanite. Our results show that drastic changes in deformation mechanisms can occur as a function of the strain rate.

Published: 11 January 2023