23/05/2022. Chine. Peut-on parler de génocide des Ouighours ?

La Haut-commissaire de l’ONU chargée des droits de l’homme, Michelle Bachelet, a entrepris lundi 23 mai une visite en Chine. Au cours de celle-ci elle se rendra dans la province du Xinjiang, où Pékin est accusé de persécuter la minorité musulmane ouïghoure.

En Europe, où l’on subit de plus en plus de menaces et d’attentats provenant du terrorisme islamique, beaucoup ne comprennent pas cet intérêt de la communauté internationale pour des musulmans, fussent-ils Ouïghours. Mais il ne s’agit pas de musulmans comparables aux arabo-musulmans parmi lesquels se recrutent les fanatique de l’Etat islamique.

Les Ouïghours sont un peuple turcophone et à majorité musulmane sunnite habitant la région autonome ouïghoure du Xinjiang en Chine et en Asie centrale. Ils représentaient une des cinquante-six nationalités reconnues officiellement par la République populaire de Chine. Ils sont apparentés aux Ouzbeks. La majorité des quelque 12 millions de Ouïghours sont de confession musulmane, tandis que certains sont de confession chrétienne. 

Il existe des preuves de leur présence dans la région depuis des centaines, voire des milliers d’années selon Marie Holzman, sinologue et présidente de l’association Solidarité Chine. C’est une ethnie radicalement différente de l’ethnie Han chinoise majoritaire. Il existe deux types de minorités ethniques en Chine : l’essentiel des minorités se sont sinisées, c’est-à-dire qu’elles sont intégrées en Chine et ne revendiquent pas énergiquement leur identité culturelle. D’autres ethnies, comme les Ouïghours, les Tibétains ou encore les Mongols, sont très attachées à leur passé culturel et à leur identité ethnique. Contrairement aux Tibétains, qui sont présents dans la région autonome du Tibet mais aussi dans d’autres provinces chinoises, les Ouïghours sont concentrés dans le Xinjiang.

Lors de la Révolution culturelle, une partie des Mongols, des Tibétains et des Ouïghours s’est engagée dans la bataille idéologique. Les Mongols ont été pourchassés, tandis qu’au Tibet, pratiquement tous les temples ont été partiellement ou entièrement démolis. Au Xinjiang, toutes les mosquées ont été attaquées

Après la mort de Mao, en 1976, l’espoir était revenu au sein des ethnies minoritaires, notamment car certains dirigeants de l’époque, comme Hu Yaobang, ont promis d’aider à la reconstruction. Il y a eu une amélioration du climat dans toute la Chine entre les années 1980 et une partie des années 1990, avant que les choses ne ré-évoluent dans l’autre sens. A la fin des années 1990, les Tibétains et les Ouïghours ont connu une répression. Il y aura des affrontements violents avec les autorités chinoises.

En 2009, la situation des Ouïghours en Chine connaît une nouvelle dégradation. Au début du mois de juillet, de violentes émeutes opposant des Ouïghours et des Hans éclatent dans la capitale du Xinjiang, Urumqi, faisant, selon un bilan officiel communiqué par Pékin, 197 morts dont une majorité de Hans, 2 000 blessés et des milliers d’arrestations.

Pourquoi ces émeutes ? Tout est parti d’un conflit au sein d’une usine dans la province du Guangdong, au sud de la Chine, dans laquelle travaillent des ouvriers Ouïghours et des Hans. Dans la nuit du 25 au 26 juin 2009, les ouvriers ouïghours sont attaqués par des ouvriers hans après la rumeur d’un viol qui aurait été commis par plusieurs Ouïghours sur une femme Han. Au moins deux Ouïghours sont tués.

Partagées sur les réseaux sociaux, des vidéos de lynchage ont suscité l’indignation de la communauté musulmane dans le Xinjiang. Les Ouïghours ont alors demandé des explications et justice, mais n’ont pas obtenu gain de cause. A partir de ces émeutes, les autorités chinoises ont dit que les Ouïghours étaient des terroristes, et qu’il fallait éradiquer le terrorisme, d’où une répression qui n’a fait que grandir. On constate aujourd’hui que depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir en 2012, la situation des Ouïghours n’a jamais cessé de se dégrader.

La répression des Ouïghours s’effectue à plusieurs niveaux. Les instruments de surveillance de la population sont partout. Ceux qui font le jeune du Ramadan sont dénoncés. Le port du voile est réprimé. Auparavant, les étudiants Ouïghours pouvaient suivre des cours à l’étranger. En 2017, des dizaines de Ouïghours, pour la plupart étudiants à l’université musulmane d’al-Azhar, ont été arrêtés au Caire par la police égyptienne, pour ensuite être extradés en Chine. C’est également à partir de cette date que les Ouïghours sont envoyés dans des camps d’internement, appelés “camps de rééducation” par les autorités chinoises. 

Peut-on cependant parler de génocide, comme l’avait fait l’Assemblée nationale française ? Rappelons qu’avec 169 votants pour,  la résolution portant sur la reconnaissance et la condamnation du génocide du peuple Ouïghours a été adoptée par les députés à l’Assemblée Nationale, le jeudi 20 janvier 2022,

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