01/07/2022 Une nouvelle tactique militaire russe

Bien que le Kremlin n’ait fin mai 2022 rien communiqué à ce sujet un examen rapide des derniers affrontements entre l’armée ukrainienne et les forces russes en Ukraine laisse penser que l’armée russe aurait changé récemment de tactique  Au lieu d’attaquer sur plusieurs fronts à la fois, elle aurait décidé de concentrer toutes ses forces dans la destruction d’un premier objectif puis ceci fait de passer à un autre et ainsi de suite.

En cas de succès, cela pourrait lui permettre, après la conquête du Donbass d’envisager d’attaquer toutes les villes du nord-ouest de l’Ukraine et Kiev elle-même.

La faiblesse de l’armée russe tient au manque d’expérience et d’enthousiasme de ses hommes. Ils se montrent peu efficaces dans les combats de rue ou en rase compagne. Par contre la Russie n’a cessé de développer son potentiel industriel militaire. Elle peut facilement se réapprovisionner en blindés, canons et munitions fabriqués en Russie à la demande.

La Russie dispose d’un autre avantage souvent mal perçu à l’ouest. Il s’agit d’un nombre de plus en plus grand de missiles à longue portée dits intelligents parce que capables de repérer leurs objectifs sans intervention humaine.Le plus connu est le missile 3M-54 Kalibr (Калибр), également connu sous la désignation de 3M14 Biriouza . Ces missiles sont de plus en plus difficiles à intercepter. Ils permettent de désorganiser les nœuds de communication et de commandement de l’adversaire avant des attaques plus massives

Les milliards de dollars destinés à concrétiser l’aide américaine à l’Ukraine ne serviront pas à grand chose dans ce domaine. Ou bien les armements correspondant ne parviendront pas à Volodomyr Zelinski, ou bien les Ukrainiens ne sauront pas comment les utiliser à bon escient.

30/06/2022 Les neutrinos stériles. Sur la piste de la matière noire.

L’hypothétique matière noire est ainsi nommée parce qu’elle constituerait quelques 25% de la matière présente dans l’univers. Cependant elle ne réagirait qu’à la force gravitationnelle. Elle serait ainsi insensible à toutes les autres forces fondamentales de la nature, à savoir l’électromagnétisme, la force nucléaire faible et la force nucléaire forte.

Cette matière noire ou matière sombre est une catégorie de matière hypothétique, invoquée dans le cadre du Modèle LambdaCDM pour rendre compte de certaines observations astrophysiques, notamment les estimations de la masse des galaxies ou des amas de galaxies et les propriétés des fluctuations du fond diffus cosmologique

Aujourd’hui, certaines hypothèses envisagent que les particules élémentaires constituant cette matière noire pourraient être constituées de super-neutrinos ou neutrinos stériles.

On nomme neutrino une particule élémentaire du modèle standard de la physique des particules. Depuis 1998, on sait qu’ils ont une masse extrêmement faible, beaucoup plus que toutes les autres particules du modèle standard. La masse du neutrino est 500.000 fois plus faible que la masse d’un électron .( Voir wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Neutrino). De ce fait, ils n’interagissent que faiblement avec les autres particules. Cependant ils restent détectables avec des instruments de haute précision.

Les super-neutrinos, dits aussi neutrinos stériles, constitueraient un type hypothétique de neutrinos  qui n’interagiraient avec aucune des forces fondamentales du modèle standard de la physique des particules, hormis la gravité.

Le terme de neutrino stérile est utilisé pour le distinguer du neutrino actif du modèle standard, qui dispose d’une charge utilisée dans l’interaction nucléaire faible.

Des résultats obtenus dans le cadre de l’expérience Baksan https://cds.cern.ch/record/1738985/files/vol30-issue5-p016-f.pdf sur les transitions stériles (BEST) https://arxiv.org/abs/2201.07364 menée en Russie ont confirmé une anomalie déjà observée lors d’expériences précédentes. Celle-ci consiste en un déficit de neutrinos par rapport au nombre attendu à l’issue de la manipulation. Ce déficit pourrait mettre en évidence l’existence d’une particule élémentaire hypothétique appelée « neutrino stérile ».

BEST indiquerait également que l’on fait erreur sur certains aspects essentiels du modèle standard de la physique des particules, le neutrino ayant toujours été considéré comme dépourvu de masse et de charge.

Références

Results from the Baksan Experiment on Sterile Transitions (BEST)
https://journals.aps.org/prl/abstract/10.1103/PhysRevLett.128.232501
V. V. Barinov et al.
Phys. Rev. Lett. 128, 232501 – Published 9 June 2022

ABSTRACT

The Baksan Experiment on Sterile Transitions (BEST) was designed to investigate the deficit of electron neutrinos νe observed in previous gallium-based radiochemical measurements with high-intensity neutrino sources, commonly referred to as the “gallium anomaly,” which could be interpreted as evidence for oscillations between νe and sterile neutrino (νs) states. A 3.414-MCi 51Cr νe source was placed at the center of two nested Ga volumes and measurements were made of the production of 71Ge through the charged current reaction, 71Ga(νe,e−)71Ge, at two average distances. The measured production rates for the inner and the outer targets, respectively, are [54.9+2.5−2.4(stat)±1.4(syst)] and [55.6+2.7−2.6(stat)±1.4(syst)] atoms of 71Ge/d. The ratio (R) of the measured rate of 71Ge production at each distance to the expected rate from the known cross section and experimental efficiencies are Rin=0.79±0.05 and Rout=0.77±0.05. The ratio of the outer to the inner result is 0.97±0.07, which is consistent with unity within uncertainty. The rates at each distance were found to be similar, but 20%–24% lower than expected, thus reaffirming the anomaly. These results are consistent with νe→νs oscillations with a relatively large Δm2 (>0.5  eV2) and mixing sin22θ (≈0.4).

Voir aussi

29/06/2022 Pénétration supposée des forces armées de l’Otan par le Centuria Group ukrainien, « Groupe Centurie »

Le Canada et plusieurs pays occidentaux ont contribué à l’entraînement militaire de membres du groupe ukrainien d’extrême droite Centuria (à ne pas confondre avec le groupe de musiciens du même nom). Les sympathisants de ce regroupement ethno-nationaliste, ouvertement implantés dans l’armée ukrainienne, ont bénéficié du soutien militaire offert par le Canada à l’Ukraine dans le cadre de sa guerre avec la Russie.

C’est ce que révèle  un rapport détaillé de l’Institut d’études européennes, russes et eurasiennes (IERES) de l’Université George Washington, aux États-Unis, signé par le journaliste indépendant Oleksiy Kuzmenko. L’enquête s’appuie notamment sur plusieurs déclarations et documents diffusés par les membres de Centuria eux-mêmes, ainsi que sur des informations provenant de sources gouvernementales.

Ce groupe paramilitaire conduit par des membres du mouvement d’extrême droite ukrainien Azov, recrute de nombreux officiers et élèves-officiers en service actif dans les Forces Armées ukrainiennes. Ceux-ci ne se cachent pas de leur appartenance. Ils font circuler notamment des photos d’eux faisant le salut nazi et publient de nombreux messages sur les réseaux sociaux ukrainiens appelant à de nouveaux enrôlement.

Par ailleurs, de nombreux cadets ont bénéficié d’entraînement de plusieurs mois à l’Académie royale britannique de Sandhurst ou à son équivalant allemand Die Offizierschule des Heeres, OSH, à Dresde.

Le groupe participe également à des manœuvres organisées par les armées britanniques, canadiennes, allemandes, polonaises et françaises.

Aujourd’hui, le Groupe recherche plus de confidentialité. Il se fait discret sur Internet. Mais autant que l’on sache, il n’a pas renoncé à se battre. Au contraire.

Sources

Far-Right Group Made Its Home in Ukraine’s Major Western Military Training Hub
par Oleksiy Kuzmenko
IERES Occasional Papers, no. 11, September 2021 Transnational History of the Far Right Series

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28/06/2022 Freiner les dépenses publiques ou freiner les investissements publics ?

Lundi 27 juin, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a souhaité une réduction des dépenses publiques alors que l’inflation semble repartie « Tout n’est pas possible, simplement parce que nous avons atteint la cote d’alerte sur les finances publiques », a-t-il prévenu.

Par dépenses publiques, il entendait principalement les aides de l’Etat permettant aux entreprises de faire face (« quoi qu’il en coûte» ) aux conséquences de l’épidémie, baisse de la demande, coût du chômage ou de la mise en place encore timide du télétravail.

Cependant la formule de Bruno Le Maire ne distingue pas entre les différentes dépenses publiques. Ainsi dans le domaine de l’hôpital, il serait insensé d’imposer à celui-ci de nouvelles restrictions de dépenses ou d’investissement alors qu’il ne peut faire face à la demande. Seules les cliniques privées bénéficieraient de ces économies.

En réalité aujourd’hui, l’Europe, et bien entendu la France, ont un besoin urgent de nouvelles dépenses publiques. On évoquera notamment tout ce qui concerne les sciences fondamentales ou appliquées, de même que l’enseignement supérieur scientifique. Si rien n’est fait, il faudra s’adresser à la Chine pour répondre aux besoins correspondants.

Si la contrepartie de ces dépenses était un peu d’inflation, ce ne serait pas trop cher payer

27/96/2022 Infections au Coronavirus et dysfonctionnements du cerveau

La pandémie récente de Coronavirus SARS-CoV-2 a conduit les neuroscientifiques à se demander quelles conséquences le virus pouvait avoir sur le fonctionnement des neurones du cerveau humain. Les observations actuelles semblent montrer que les patients contaminés ne présentent pas de troubles graves, en dehors de comportements tels que l’anxiété qui ne sont pas liés directement à l’activité des neurones cérébraux. Cependant une recherche conduite par Vincent Prévot, responsable du laboratoire Inserm “Développement et plasticité du cerveau neuroendocrine”, http://www.dn2m.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=10&Itemid=18&lang=fr qui est composante d’un réseau de recherche européen (ERC) spécialisé dans l’étude du contrôle du métabolisme par le cerveau a commencé à élucider la façon dont le virus du Covid-19 s’introduit dans cet organe.

En 2020, l’hypothèse que le virus puisse causer des dommages au cerveau n’était pas la plus courante. Peu de gens imaginaient que le virus était capable de passer dans le sang et, donc, potentiellement, dans le liquide céphalo-rachidien, qui baigne le cerveau. Ceci d’autant plus

que le cerveau est protégé par la barrière hémato-encéphalique, une barrière physique et métabolique qui l’isole en empêchant notamment le contact direct des cellules cérébrales avec le sang. Ceci limite les risques qu’un microbe qui y serait présent n’atteignent le cerveau.

Pourtant, plusieurs observations ont amenés à considérer comme probable l’infection du cerveau par le SARS-CoV-2.

Tout d’abord, les premières données collectées indiquaient que les patients qui développaient les formes les plus graves de Covid-19 étaient majoritairement des hommes, et qu’ils étaient souvent atteints d’obésité et de diabète. Or, on sait que le cerveau contrôle en partie divers mécanismes physiologiques dont la régulation de la température du corps, du sommeil, de la prise de nourriture, de l’équilibre en eau, des rythmes circadiens, la reproduction…), et elle est aussi impliqué dans l’obésité et le diabète.

Il a donc semblé intéressant d’aller vérifier ce qui se passait à ce niveau en cas d’infection par le SARS-CoV-2. Et ce d’autant plus qu’à certains endroits de l’hypothalamus la barrière hématoencéphalique s’interrompt, pour laisser passer librement dans le sang les neurohormones produites par le cerveau. On peut donc imaginer que le virus puisse lui aussi passer par là…

Une autre structure cérébrale a également très vite attiré l’ attention : le bulbe olfactif, qui traite les informations liées aux odeurs. En effet, il est apparu très tôt durant la pandémie que la perte de la capacité à percevoir les odeurs (anosmie) était un symptôme caractéristique du Covid-19. C’est parce que durant l’infection, le coronavirus SARS-CoV-2 attaque la muqueuse de la cavité nasale dite épithélium olfactif, la muqueuse de la cavité nasale qui détecte les molécules odorantes.

Or, cet épithélium est directement connecté au bulbe olfactif, situé dans le cerveau. Là encore, se trouve une porte d’entrée possible pour le virus.

Par ailleurs les partenaires allemands ont étudié ce qui se passait chez des souris qui avaient été modifiées génétiquement pour produire, au niveau des cellules qui tapissent l’intérieur des vaisseaux sanguins cérébraux (cellules « endothéliales »), une enzyme virale indispensable au cycle de vie du SARS-CoV-2, la protéine Mpro.

Leurs travaux ont montré que Mpro s’attaque à une protéine produite par les cellules endothéliale, la protéine Nemo. Or, la destruction de Nemo désactive une voie métabolique indispensable à la survie de ces cellules. Résultat : elles meurent progressivement, ce qui endommage les vaisseaux sanguins, dont ne subsiste au final que le « squelette ».

La barrière hémato-encéphalique est ainsi rompue, et le sang, qui normalement n’accède jamais directement au cerveau, commence à fuir par ces vaisseaux « fantômes », créant des hémorragies microscopiques. Une fois que les vaisseaux sont complètement morts, le sang n’y circule plus. Certaines zones du cerveau ne sont alors plus irriguées correctement.

Ce type de vaisseaux fantômes a aussi été retrouvé dans le cerveau de souris infectées par voie nasale par le coronavirus SARS-CoV-2.

On trouvera ci-dessous un article de Nature Neuroscience en date du 24/11/2021 relatant ces recherches

Nature Neurosciences 24/11/2021
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34675436/

The SARS-CoV-2 main protease M pro causes microvascular brain pathology by cleaving NEMO in brain endothelial cells

Abstract

Coronavirus disease 2019 (COVID-19) can damage cerebral small vessels and cause neurological symptoms. Here we describe structural changes in cerebral small vessels of patients with COVID-19 and elucidate potential mechanisms underlying the vascular pathology. In brains of severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 (SARS-CoV-2)-infected individuals and animal models, we found an increased number of empty basement membrane tubes, so-called string vessels representing remnants of lost capillaries. We obtained evidence that brain endothelial cells are infected and that the main protease of SARS-CoV-2 (Mpro) cleaves NEMO, the essential modulator of nuclear factor-κB. By ablating NEMO, Mpro induces the death of human brain endothelial cells and the occurrence of string vessels in mice. Deletion of receptor-interacting protein kinase (RIPK) 3, a mediator of regulated cell death, blocks the vessel rarefaction and disruption of the blood-brain barrier due to NEMO ablation. Importantly, a pharmacological inhibitor of RIPK signaling prevented the Mpro-induced microvascular pathology. Our data suggest RIPK as a potential therapeutic target to treat the neuropathology of COVID-19.

26/06/2022 Découverte d’une bactérie longiligne géante

Si l’on excepte les virus, dont le caractère vivant au sens classique est encore discuté, le monde vivant est généralement considéré comme comportant 3 catégories d’organismes, les bactéries monocellulaires ou procaryotes ne comportant pas de noyau au centre de la cellule, les eucaryotes (comportant plusieurs catégories de cellules dont la plupart sont dotés de noyaux et d’organelles) et les archées (organisme procaryote vivant dans des milieux particuliers, souvent hostiles (eaux saturées en sel, sources sulfureuses très chaudes, etc.), anciennement appelé archéobactéries. Les bactéries connues ne sont pas individuellement visibles à l’oeil nu. Elles demandent un microscope.

En 2009 cependant le biologiste français Olivier Gros avait découvert dans la mangrove de la Guadeloupe une bactérie monocellulaire d’1 cm de long. Celle-ci fut nommé Thiomargarita magnifica. Il crut que c’était une eucaryote. C’est seulement revenu dans son laboratoire et examinant l’organisme au microscope qu’il réalisa qu’il s’agissait d’une bactérie procaryote unique.

En 2018, le biologiste marin Jean-Marie Volland utilisant la microscopie électronique et une technique nommée fluorescence in situ hybridization au Lawrence Berkeley National Laboratory California confirma qu’il s’agissait bien d’une cellule unique.

Au centre de la bactérie se trouve une vacuole formée d’une membrane unique emplie de liquide. La membrane forme des structures longilignes que les auteurs nomment des pépins et qu’ils décrivent comme similaires aux organelles des cellules eucaryotes. Dorénavant, il faudra rechercher si des organismes de cette nature se rencontrent dans d’autres milieux, et que pourrait être leur rôle dans l’évolution.

Références

Les auteurs publièrent leurs résultats dans Nature en preprint en février
https://www.nature.com/articles/d41586-022-01757-1

Cet article est aujourd’hui repris par Science
https://www.science.org/doi/10.1126/science.abb3634

26/06/2022. La miniscule Ile des Serpent, un eujeu stratégique

Peu de personnes avant les affrontements militaires entre la Russie et l’Ukraine ne connaissaient l’Ile des Serpents.

L’île des Serpents (Insula Șerpilor en roumain, Φιδονήσι / Phidonísi en grec et Yılan adası en turc), aussi appelée île Zmiïnyï (de l’ukrainien острів Зміїний) ou île Zmeïny (du russe остров Змеиный) soit littéralement « île ophidienne », est la seule île située au large des côtes continentales d’Odessa en mer Noire …

La possession de cette île minuscule est importante du point de vue économique: elle permet de contrôler l’accès exclusif à d’importants gisements de gaz  dans un rayon de 200 milles marins, et du point de vue stratégique: elle se trouve devant les bouches du Danube, face aux bases de l’Otan en Roumanie.

Au plan militaire, il apparait que contrôler militairement l’Ile des Serpents présente une grande importance stratégique. Posséder l’Ile permettra aux Russes de lancer une expédion visant à la prise d’Odessa suivie probablement de celle de Kiev

Le 9 août 2021 Volodymyr Zélinsky sétait rendu sur l’île et y avait tenu une conférence de presse au cours de laquelle il avait déclaré : « Cette île, comme le reste de notre territoire, est une terre ukrainienne, et nous la défendrons de toutes nos forces 

Le 24 février 2022 le service de presse du gouvernement ukrainien a annoncé que l’Île était assaillie par deux unités de la flotte de la mer Noire de la marine russe : le croiseur Moskva et le patrouilleur Vasily Bykov

L’île est prise d’assaut et occupée dans la journée par les troupes de ces deux unités. Vers 23 heures, le service national des gardes-frontières d’Ukraine annonce que l’île est tombée aux mains des troupes russes.

Aux injonctions du commandant du croiseur  Moskva demandant aux soldats ukrainiens stationnés sur l’île de se rendre sous peine d’être bombardés, « Je vous demande de déposer les armes et de vous rendre, pour éviter un bain de sang et des morts inutiles ; sinon, vous serez bombardés », les forces ukrainiennes auraient répondu « Navire russe, va te faire foutre » (russe : Русский корабль, иди на хуй, Rousskiy korabl’, idi na khouï).

L’enregistrement présumé de cet échange est publié par l’Ukrayinska Pravda ; son authenticité est notamment confirmée par The Washington Post. Les autorités ukrainiennes affirment dans un premier temps que les « 13 gardes-frontières ukrainiens », représentant d’après elles l’intégralité de la défense de l’île auraient tous été tués. D’autres sources indiquent qu’ils auraient seulement été faits prisonniers.

Si les Ukrainiens reprenaient le contrôle de l’ile, ils retarderaient l’opération russe prévue contre Odessa. Ils pourraient également faciliter l’entrée de matériels de l’Otan destiné à renforcer la défense ukrainienne.

25/06/2022. L’avortement avorte aux Etats-Unis

Le 24 juin en France, medias et personnalités diverses commentent pour s’en indigner le fait que la Cour Suprème des Etats-Unis se préparait à revenir sur un arrêt dit Roe v Wade qui depuis un demi-siècle garantissait aux Américaines le droit à avorter.

C’est aux Etats-Unis un article de Politico du 3 mai 2022 qui avait donné l alerte

The Supreme Court has voted to strike down the landmark Roe v. Wade decision, according to an initial draft majority opinion written by Justice Samuel Alito circulated inside the court and obtained by POLITICO.

The draft opinion is a full-throated, unflinching repudiation of the 1973 decision which guaranteed federal constitutional protections of abortion rights and a subsequent 1992 decision — Planned Parenthood v. Casey — that largely maintained the right. “Roe was egregiously wrong from the start,” Alito writes.“We hold that Roe and Casey must be overruled,” he writes in the document, labeled as the “Opinion of the Court.” “It is time to heed the Constitution and return the issue of abortion to the people’s elected representatives.”

https://www.politico.com/news/2022/05/02/supreme-court-abortion-draft-opinion-00029473

Si cette conclusion était bien retenue par la Haute cour, les Etats-Unis reviendraient à la situation en vigueur avant 1973 quand chaque Etat était libre d’interdire ou d’autoriser les avortements. Compte tenu des importantes fractures géographiques et politiques sur le sujet, une moitié des Etats, surtout dans le Sud et le centre conservateurs, devraient rapidement bannir l’avortement sur leur sol. Les femmes désirant avorter devraient se rendre, évidemment à leurs frais, dans un autre Etat ou à l’étranger.

Rappelons qu’n France l’avortement est légalement autorisé, dans certaines conditions de délai. Il est remboursé par la Sécurité Sociale. Mais les professionnels de santé ne désirant pas pratiquer cette procédure ont le droit de s’y refuser.

Rappelons également qu’en France les militantes féministes considèrent à juste titre que l’avortement ne devrait être pratiqué que par défaut. Les méthodes de contrôle des naissance ou contraception sont bien préférables. Aujourd’hui différentes procédures permettent aux femmes de se protéger même en l’absence de consentement de leurs partenaires.

24/06/2022. Colombie. Une non- alignée de plus

Le candidat socialiste Gustavo Petro a remporté, dimanche 19 juin, le second tour des élections présidentielles en Colombie. Il a aussitôt affirmé que sa victoire, la première pour la gauche dans l’histoire du pays, était un « jour de fête pour le peuple ».

Gustavo Petro est devenu le premier président de gauche de l’histoire de la Colombie. Il promet au pays un avenir radieux : « Le changement consiste à laisser la haine et le sectarisme derrière nous. Le changement signifie la bienvenue à l’espérance, la possibilité d’un futur meilleur dans tous les coins du territoire (…). Le gouvernement de l’espérance est arrivé »,

« Le gouvernement qui entrera en fonction le 7 août sera celui de la vie, de la paix, de la justice sociale et la justice environnementale« , a-t-il affirmé.

Par ailleurs, Gustavo Petro s’est engagé à ce que la Colombie soit désormais « à la tête de la lutte contre le changement climatique dans le monde », et sauve, avec les autres pays du continent, la jungle amazonienne. Il s’appuiera sans doute dans ce but sur une afrodescendante devenue vice présidente, la charismatique Francia Marquez, villageoise activiste écologiste, et qui a joué un grand rôle dans la campagne comme colistière du candidat.

Cette élection représente un changement historique pour le modèle économique de la Colombie, mais peut-être un changement encore plus important pour les intérêts stratégiques des États-Unis dans la région.

Le véritable domaine dans lequel Gustavo Petro devrait avoir le plus d’influence sinon de pouvoir, sera celui de la politique étrangère. Par exemple, il a promis de renouer les liens avec le Venezuela voisin, ce qui mettrait presque certainement fin à l’éternelle opération de changement de régime menée par les États-Unis contre le gouvernement de ce pays. De multiples tentatives de coup d’État contre Caracas, dont la tristement célèbre opération Gideon, ont utilisé la Colombie comme base d’opérations.

Dans le même temps, l’intervention du président mexicain de gauche Lopez Obrador dit AMLO en faveur de Julian Assange n’était pas passée inaperçue. Non seulement elle exige la libération d’Assange mais elle constitue une attaque sévère contre le statut et l’action du gouvernement des États-Unis. Considérée de cette façon, elle sera sans doute interprétée comme une critique de plus des Etats-Unis de la part du président mexicain, a rapprocher de son refus de participer au récent “Sommet des Amériques’ de Los Angeles il y a quelques jours.

Beaucoup de commentateurs parlent désormais d’un nouvel non-alignement sud américain. au moment où à Washington certains envisagent d’étendre l’Otan à cette partie du monde.

Dr. Volodymyr & Mr. Zelensky : la face cachée du président ukrainien par Guy Mettan

https://www.voltairenet.org/article217398.html

Guy Mettan est ancien rédacteur-en-chef de la Tribune de Genève et fondateur du Club suisse de la presse, il est l’auteur du livre Russie-Occident. Une guerre de mille ans (à paraître le 8 septembre 2022).

Le Réseau Voltaire est un réseau de presse non-alignée, spécialisé dans l’analyse des relations internationales, créé à l’initiative de l’intellectuel français Thierry Meyssan.
https://www.voltairenet.org/article1.html

Note de Europe solidaire. Nous laissons à Guy Mettan et Thierry Meyssan la responsabilité des affirmations de l’article ci-dessous

Article

«Héros de la liberté », « The Unlikely Ukrainian Hero Who Defied Putin and United the World », « Zelensky, l’Ukraine dans le sang » : les médias et les dirigeants occidentaux ne savent plus quels superlatifs utiliser pour chanter les louanges du président ukrainien, tant ils sont fascinés par la « stupéfiante résilience » du comédien miraculeusement transformé en « chef de guerre » et en « sauveur de la démocratie. »

Depuis trois mois, le chef d’État ukrainien fait la « une » des magazines, ouvre les téléjournaux, inaugure le Festival de Cannes, harangue les parlements, félicite et admoneste ses collègues à la tête d’États dix fois plus puissants que lui avec un bonheur et un sens tactique qu’aucun acteur de cinéma ni aucun dirigeant politique avant lui n’avait connus.

Volodymyr Zelensky a, sans conteste, administré la preuve qu’il était un artiste de la politique internationale aux talents exceptionnels. Ceux qui avaient suivi sa carrière de comique n’ont pas été surpris car ils connaissaient son sens inné de l’improvisation, ses facultés mimétiques, son audace de jeu, la façon dont il a mené campagne et terrassé en quelques semaines, entre le 31 décembre 2018 et le 21 avril 2019, des adversaires pourtant coriaces comme l’ancien président Porochenko, en mobilisant son équipe de production et ses généreux donateurs oligarques,

Cependant, comme c’est souvent le cas, la façade ressemble rarement aux coulisses. La lumière des projecteurs cache plus qu’elle ne montre. Et là, force est de constater que le tableau est moins reluisant : tant ses réalisations de chef d’État que ses performances de défenseur de la démocratie laissent sérieusement à désirer.

Ce talent pour le double jeu, Zelensky va le montrer dès son élection. On rappelle qu’il a été élu avec le score canon de 73,2 % des voix en promettant de mettre fin à la corruption, de mener l’Ukraine sur le chemin du progrès et de la civilisation, et surtout de faire la paix avec les russophones du Donbass. Aussitôt élu, il va trahir toutes ses promesses avec un zèle si intempestif que sa cote de popularité tombera à 23 % en janvier 2022, au point de se faire distancer par ses deux principaux adversaires.

Dès mai 2019, pour satisfaire ses sponsors oligarques, le nouvel élu lance un programme massif de privatisation du sol portant sur 40 millions d’hectares de bonnes terres agricoles sous prétexte que le moratoire sur la vente des terres aurait fait perdre des milliards de dollars au PIB du pays. Dans la foulée des programmes de « décommunisation » et de « dérussification » entamés depuis le coup d’État pro-américain de février 2014, il lance une vaste opération de privatisation des biens d’État, d’austérité budgétaire, de dérégulation des lois sur le travail et de démantèlement des syndicats qui ne fait qu’augmenter les deficits.

En matière de corruption, le bilan n’est pas meilleur. En 2015, le Guardian estimait que l’Ukraine était le pays le plus corrompu d’Europe. En 2021, Transparency International,classait l’Ukraine au 122e rang mondial de la corruption, tout près de la Russie (136e). La corruption est partout, dans les ministères, les administrations, les entreprises publiques, le parlement, la police, et même dans la Haute Cour de Justice


Le principal sponsor de Zelensky, Ihor Kolomoïsky, résident à Genève est un oligarque dont le département d’État américain avait bloqué les avoirs aux États-Unis en raison « d’une implication pour fait significatif de corruption ». On accusait entre autres Kolomoïsky d’avoir détourné 5,5 milliards de dollars de la banque publique Privatbank.

Ce même Kolomoïsky, qui a fait toute la carrière d’acteur de Zelensky s’est retrouvé impliqué dans l’affaire des Pandora Papers révélée par la presse en octobre 2021. Ces papiers ont révélé que depuis 2012, la chaine de TV 1+1 appartenant à l’oligarque avait versé 40 millions de dollars à sa vedette Zelensky depuis 2012 et que ce dernier, peu avant d’être élu président, et avec l’aide de sa garde rapprochée de Kryvyi Rih – les deux frères Shefir, dont l’un est l’auteur des scénarios de Zelenski et l’autre le chef du Service de sécurité d’État (SBU), et le producteur et propriétaire de leur société de production commune Kvartal 95 – avait prudemment transféré des sommes considérables sur des comptes offshore ouverts au nom de sa femme, tout en acquérant trois appartements non déclarés à Londres pour la somme de 7,5 millions de dollars.

Cet art de l’optimisation fiscale et cette fréquentation assidue d’oligarques pour le moins controversés ne plaident donc pas en faveur d’un engagement présidentiel inconditionnel contre la corruption. Pas plus que le fait d’avoir essayé de révoquer le président de la Cour constitutionnelle Oleksandr Tupytskyi, qui le gênait, et nommé Premier ministre, après le départ de son prédécesseur Oleksyi Hontcharouk pour cause de scandale, un inconnu du nom de Denys Chmynal qui avait le mérite de diriger l’une des usines de l’homme le plus riche du pays, Rinat Akhmetov, propriétaire de la fameuse usine Azovstal, ultime refuge des combattants de la liberté du bataillon Azov. Ceux-ci arborent sur leur bras, dans leur cou, dans leur dos ou sur leur poitrine des tatouages glorifiant le Wolfsangel de la division SS Das Reich, des phrases d’Adolf Hitler ou des croix gammées, comme on a pu le voir sur les vidéos diffusées par les Russes après leur reddition.

Il est certain qu’à titre personnel Zelensky n’a jamais été proche de l’idéologie néo-nazie ni même de l’extrême-droite nationaliste ukrainienne. Son ascendance juive, même si elle est relativement lointaine et n’a jamais été revendiquée avant février 2022, exclut bien évidemment tout antisémitisme de sa part. Ce rapprochement ne trahit donc pas une affinité mais relève de la banale raison d’État et d’un mélange bien compris de pragmatisme et d’instinct de survie physique et politique face aux mercenaires.

Il faut remonter à octobre 2019 pour comprendre la nature des relations entre Zelensky et l’extrême-droite. ces formations d’extrême-droite, même si elles ne pèsent que 2 % de l’électorat, représentent tout de même près d’un million de personnes très motivées et bien organisées. Elles se répartissent dans de nombreux groupements et mouvements, dont le régiment Azov (cofondé et financé dès 2014 par Kolomoïsky, n’est que le plus connu. Il faut lui ajouter les organisations Aïdar, Dnipro, Safari, Svoboda, Pravy Sektor, C14 et Corps national pour être complet.

C14, baptisé ainsi en raison du nombre de mots de la phrase du néonazi américain David Lane (« We must secure the existence of our people and a future for white children »), est l’un des moins connus à l’étranger mais les plus redoutés pour sa violence raciste en Ukraine. Tous ces groupements ont été plus ou moins fondus dans l’armée et la garde nationale ukrainiennes à l’initiative de leur animateur, l’ancien ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, qui a dominé l’appareil de sécurité ukrainien de 2014 à 2021. Ce sont eux que Zelensky appelle des « vétérans depuis l’automne 2019.

Quelques mois après son élection, le jeune président se rend en effet dans le Donbass pour tenter de réaliser sa promesse électorale et faire appliquer les accords de Minsk signés par son prédécesseur. Les forces d’extrême-droite, qui pilonnent les villes des Donetsk et Lougansk depuis 2014 au prix de dix mille morts, l’accueillent avec la plus grande circonspection car ils se méfient de ce président « pacifiste ». Ils mènent une campagne sans pitié contre la paix sous le slogan « Pas de capitulation ». Sur une vidéo, on voit un Zelensky blême les implorer : « Je suis le président de ce pays. J’ai 41 ans. Je ne suis pas un loser. Je viens vers vous et vous dis : retirez les armes. » La vidéo est lâchée sur les réseaux sociaux et Zelensky devient aussitôt la cible d’une campagne haineuse. C’en sera fait de ses velléités de paix et d’application des accords de Minsk.

Croisade nationaliste

Le problème est que non seulement Zelensky a cédé à leur chantage mais qu’il les rejoint dans leur croisade nationaliste. En novembre 2019, il reçoit plusieurs leaders de l’extrême-droite, dont Yehven Taras, le chef du C14, tandis que son Premier ministre s’affiche aux côtés d’Andryi Medvedko, une figure néo-nazie soupçonnée de meurtre. Il soutient aussi le footballeur Zolzulya contre les fans espagnols qui l’accusent d’être un nazi à cause de son soutien proclamé à Stepan Bandera, le leader nationaliste qui a collaboré avec l’Allemagne nazie pendant la guerre puis après la CIA après la guerre) et participé à l’Holocauste des Juifs.

La collaboration avec les radicaux indépendantistes est désormais bien installée. En novembre de l’an dernier, Zelensky nomme l’ultra-nationaliste chef de Pravy Sektor conseiller spécial du commandant en chef de l’armée ukrainienne puis,, depuis février 2022, chef de l’Armée des volontaires qui fait régner la terreur à l’arrière. Au même moment, il nomme Oleksander Poklad, surnommé « l’étrangleur » en raison de son goût pour la torture, chef du contre-espionnage du SBU. En décembre, deux mois avant la guerre, c’est au tour d’un autre chef de Pravy Sektor, le commandant Dmytro Kotsuybaylo, d’être récompensé par le titre de « Héros de l’Ukraine » tandis que, une semaine après le début des hostilités, Zelensky fait remplacer le gouverneur régional d’Odessa par Maksym Marchenko, commandant du bataillon ultranationaliste Aïdar, celui-là même auprès duquel Bernard-Henri Lévy se fera une gloire de défiler.

Désir d’amadouer l’extrême-droite en lui confiant des postes ? Ultra-patriotisme partagé ? Ou simple convergence d’intérêt entre une droite néolibérale atlantiste et pro-occidentale et une extrême droite nationaliste qui rêve de casser du Russe et de « mener les races blanches du monde dans une croisade finale contre les Untermenschen guidés par les Sémites », selon les mots de l’ancien député Andryi Biletsky, chef du Corps national ? On ne sait trop, aucun journaliste ne s’étant hasardé à poser la question à Zelensky.

Ce qui ne fait aucun doute en revanche, c’est la dérive de plus en plus autoritaire, voire criminelle, du régime ukrainien. À tel point que ses zélotes devraient y réfléchir à deux fois avant de proposer leur idole au prix Nobel de la Paix. Car, pendant que les médias regardent ailleurs, c’est une vraie campagne d’intimidation, de kidnappings et d’exécutions que subissent les élus locaux et nationaux soupçonnés d’être des agents russes ou d’être de connivence avec l’ennemi parce qu’ils veulent éviter une escalade du conflit.

« Un traitre de moins en Ukraine ! On l’a retrouvé tué et il a été jugé par le tribunal du peuple ! » C’est ainsi que le conseiller du ministre de l’Intérieur, Anton Gerashenko, a annoncé sur son compte Telegram le meurtre de Volodymyr Strok, maire et ancien député de la petite ville de Kremnina. Soupçonné d’avoir collaboré avec les Russes, il a été enlevé puis torturé avant d’être exécuté. Le 7 mars, c’est au tour du maire de Gostomel d’être tué parce qu’il avait voulu négocier un corridor humanitaire avec les militaires russes. Le 24 mars, c’est le maire de Kupyansk qui demande à Zelensky de relâcher sa fille enlevée par les séides du SBU. Au même moment, un des négociateurs ukrainiens est retrouvé mort après avoir été accusé de trahison par les médias nationalistes. Pas moins de onze maires sont portés disparus à ce jour, y compris dans des régions jamais occupées …

Mais la répression ne s’arrête pas là. Elle frappe les médias critiques, qui ont tous été fermés, et les partis d’opposition, qui ont tous été dissous.

En février 2021, Zelensky fait fermer trois chaînes d’opposition jugées pro-russes et censées appartenir à l’oligarque Viktor Medvedchuk, NewsOne, Zik et 112 Ukraine. Le département d’État américain salue cet attentat contre la liberté de la presse en déclarant que les États-Unis soutiennent les efforts ukrainiens pour contrer l’influence mauvaise de la Russie… En janvier 2022, un mois avant la guerre, c’est au tour de la chaine Nash d’être fermée. Après le début de la guerre, le régime fait la chasse aux journalistes, blogueurs et commentateurs de gauche. Début avril, deux chaînes de droite sont également touchées. Channel 5 et Pryamiy. Un décret présidentiel oblige toutes les chaînes à diffuser un seul et unique son de cloche, pro-gouvernemental bien sûr.

Récemment la chasse aux sorcières s’est même étendue au blogueur critique le plus populaire du pays, l’ukrainien, Anatoliy Shariy, qui été arrêté le 4 mai dernier par les autorités espagnoles à la demande de la police politique ukrainienne. Des attaques contre la presse au moins équivalentes à celles de l’autocrate Poutine, mais dont on n’a jamais entendu parler dans les médias occidentaux…

La purge a été encore plus sévère pour les partis politiques. Elle a décimé les principaux opposants de Zelensky. Au printemps 2021, le domicile du principal d’entre eux, Medvedchuk, réputé proche de Poutine, est saccagé et son propriétaire placé en résidence surveillée. Le 12 avril dernier, le député oligarque a été interné de force dans un lieu tenu secret, visiblement drogué, privé de visites avant d’être exhibé à la TV et proposé en échange de la libération des défenseurs d’Azovstal, au mépris de toutes les conventions de Genève. Ses avocats, menacés, ont dû renoncer à le défendre au profit d’un proche des services.

En décembre dernier, Petro Porochenko, qui remontait dans les sondages, a été accusé de trahison. Le 20 décembre 2021 à 15 h 07, on pouvait lire sur le site officiel du SBU qu’il était suspect d’avoir commis des crimes de trahison et de soutien à des activités terroristes. L’ancien président, qui était pourtant un antirusse forcené, se voyait reprocher « d’avoir rendu l’Ukraine énergétiquement dépendante de la Russie et des leaders des pseudo-Républiques sous contrôle russe. »

Le 3 mars dernier, ce sont les activistes de la Gauche Lizvizia qui subissent un raid et sont emprisonnés par douzaines. Puis le 19 mars, la répression frappe l’ensemble de la gauche ukrainienne. Par décret, onze partis de gauche sont interdits, soit le Parti pour la vie, l’Opposition de gauche, le Parti socialiste progressiste d’Ukraine, le Parti socialiste d’Ukraine, l’Union des forces de gauche, les Socialistes, le Parti Sharyi, Les Nôtres, le Bloc d’opposition, le Bloc Volodymyr Saldo.

D’autres activistes, blogueurs et défenseurs des droits de l’Homme sont arrêtés et torturés, le journaliste Yan Taksyur, l’activiste Elena Brezhnaya, le boxeur de MMA Maxim Ryndovskiy ou encore l’avocate Elena Viacheslavova, dont le père était mort carbonisé dans le pogrom du 2 mai 2014 à la Maison des syndicats d’Odessa.

Pour compléter cette liste, on mentionnera encore ces hommes et ces femmes déshabillés et fouettés en public par les nationalistes dans les rues de Kiev, ces prisonniers russes battus et dont on tirait dans les jambes avant de les exécuter, ce soldat à qui on avait percé un œil avant de le tuer, ces membres de la Légion géorgienne qui ont exécuté des prisonniers russes dans un village près de Kiev tandis que leur chef se vantait de ne jamais faire de prisonnier. Sur la chaine Ukraine 24, c’est le chef du service médical de l’armée qui indique avoir donné l’ordre « de castrer tous les hommes russes parce qu’ils sont des sous-hommes pires que des cafards. » Enfin, l’Ukraine recourt massivement à la technologie de reconnaissance faciale de la société Clearview afin d’identifier les morts russes et de diffuser leurs photos sur les réseaux sociaux russes en les tournant en ridicule…

On pourrait multiplier les exemples, tant sont nombreuses les citations et les vidéos d’atrocités commises par les troupes de Zelinsky, ce défenseur de la démocratie et des droits humains qui préside aux destinées de l’Ukraine. Mais ce serait fastidieux et contre-productif auprès d’une opinion publique convaincue que ces comportements barbares sont uniquement dus aux Russes.

C’est pourquoi aucune ONG ne s’en alarme, le Conseil de l’Europe reste coi, le Tribunal pénal international n’enquête pas, les organisations de défense de la liberté de la presse restent muettes. Ils n’ont pas bien écouté ce que le gentil Volodymyr leur avait déclaré lors d’une visite à Butcha début avril : « Si nous ne trouvons pas une porte de sortie civilisée, vous connaissez nos gens, ils trouveront une issue non-civilisée. »

Le problème de l’Ukraine est que son président, bon gré ou mal gré, a cédé son pouvoir aux extrémistes sur le plan intérieur et aux militaires de l’Otan sur le plan extérieur pour s’adonner au plaisir d’être adulé par les foules du monde entier. N’est-ce pas lui qui déclarait à un journaliste français, le 5 mars dernier, dix jours après l’invasion russe : «  Aujourd’hui, ma vie est belle. Je crois que je suis désiré. Je sens que c’est le sens le plus important de ma vie : être désiré. Sentir que vous n’êtes pas banalement en train de respirer, marcher et manger quelque chose. Vous vivez ! ».

On vous l’a dit : Zelenski est un grand acteur. Comme son prédécesseur qui avait incarné le Dr. Jekill & Mr. Hide en 1932, il mérite de gagner l’Oscar du meilleur rôle masculin de la décennie. Mais quand il devra s’atteler à la tâche de reconstruire son pays dévasté par une guerre qu’il aurait pu éviter en 2019, le retour à la réalité risque d’être difficile.