16/87/2922 La crise climatique et les pays du Sahel

Dans Mali-Sahel, notre Afghanistan à nous ? (Impacts Editions)le journaliste et écrivain nigérien Seidik Abba recense tous les acteurs de la crise sahélienne et évoque les défaillances de la stratégie d’éradication du terrorisme dans cette région du continent africain où le jihadisme s’est installé en une décennie.

 Quand Emmanuel Macron a annoncé en février 2022 le retrait de la France, il a lui-même reconnu que le travail était inachevé mais que la France partait parce qu’elle estime qu’elle ne peut plus travailler avec la junte ayant pris le pouvoir au Mali.

Par ailleurs, l’aide massive apportée n’a pas servi à grand-chose. Au Sahel, à en croire les chiffres avancés, ce sont des millions de dollars que la communauté internationale a investi dans les pays de la région. Or aujourd’hui, que l’on aille à Gossi (Mali), à Solhan (Burkina Faso) ou à Diffa (Niger), on ne constate aucune amélioration des conditions de vie des populations locales. L’aide n’a pas été efficace au Sahel, notamment à cause de la multiplicité des acteurs − tout le monde fait la même chose sans aucune coordination − et surtout du détournement de l’aide par de multiples intérêts.

Plus grave, les mouvements terroristes se sont « nationalisés ». Plutôt que rester le fait d’individus venant d’Algérie, de Tunisie ou du Sahara occidental, les terroristes sont zarmas, peuls, soninkés, touaregs…Il s’agit de plus en plus de « jeunes » qui s’engagent souvent spontanément dans chacun de ces territoires. Lorsque l’intervention française a été décidée en janvier 2013 au Mali, il n’y avait que 20% du territoire qui était menacé par les terroristes, essentiellement le nord du pays du côté de Kidal, Tessalit, à la frontière avec l’Algérie. Aujourd’hui, ce sont les deux tiers du territoire malien qui sont devenus des zones de terrorisme. La menace apparue au centre du Mali, autour de Mopti et de Sévaré, s’est exportée au Niger, au Burkina Faso et même aux portes des pays du golfe de Guinée. Le Bénin a été attaqué quatre fois, la dernière fois le 26 avril 2022. La Côte d’Ivoire a été également attaquée, le Togo est menacé…

Les changements climatiques

Dans quelques années, la situation, déjà complexe, risque de devenir ingérable. La raison en sera le changement climatique. Selon les prévisions actuelles, l’élévation mondiale des températures frappera en premier lieu l’Afrique saharienne et l’Afrique centrale. Des périodes de chaleur intense et de sécheresse continues élimineront toute végétation des régions déjà en voie de désertification. Par contre les régions tropicales seront ravagées par des cyclones et des crues dévastatrices.

Sur ces sujets, on lira notamment 2021 The State of the Climate in Africa, World Meteorological Organization (WMO) Report

Petteri Taalas, le secrétaire général de l’OMM, y explique qu’ils sont «caractérisés par une augmentation continue des températures, une accélération de l’élévation du niveau de la mer, des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes, tels que les inondations, les glissements de terrain et les sécheresses, et les impacts dévastateurs associés. »

Quant aux précipitations, celles supérieures à la normale et accompagnées d’inondations ont prédominé dans de nombreuses régions d’Afrique : le Sahel, la vallée du Rift, le bassin central du Nil et le nord-est de l’Afrique, le bassin du Kalahari et le cours inférieur du fleuve Congo.

Une quinzaine de pays ont été frappés dramatiquement par ces inondations, en premier lieu le Soudan, le Soudan du Sud, l’Éthiopie, la Somalie, le Kenya, l’Ouganda, le Tchad, le Nigeria (qui a également connu une sécheresse dans sa partie sud). De nombreux lacs et rivières ont atteint des niveaux records : le lac Victoria (en mai), le fleuve Niger à Niamey et le Nil Bleu à Khartoum (en septembre).

Ces phénomènes météorologique et climatique, selon Josefa Leonel Correia Sacko, l’une des présentatrices du rapport, Commissaire à l’économie rurale et à l’agriculture de la Commission de l’Union africaine, « entraînent des catastrophes et des perturbations des systèmes économiques, écologiques et sociaux. D’ici à 2030, on estime que jusqu’à 118 millions de personnes extrêmement pauvres (c’est-à-dire vivant avec moins de 1,90 dollar/j seront exposés à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique si des mesures adéquates ne sont pas prises. Cette situation fera peser une charge supplémentaire sur les efforts de réduction de la pauvreté et entravera considérablement la diffusion de la prospérité. »

Couplées à d’autres facteurs comme les conflits, les crises économiques, les invasions de criquets, les pandémies, les phénomènes météorologiques extrêmes ont accru dramatiquement l’insécurité alimentaire. En 2020, elle a frappé 40 % de personnes en plus qu’en 2019 ! Ils ont entraîné de nouveaux déplacements de population. Pour la seule Corne de l’Afrique et l’est de l’Afrique, 1,2 million de nouvelles personnes sont des déplacés climatiques pour 500 000 déplacés de guerre.

Sans être pessimiste, on peut craindre que ces événements ne provoquent un renforcement de la violence et du terrorisme, plutôt qu’une union sacrée des populations qui en seront les victimes.

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