La révolution de couleur au Kazakhstan

Nous recevons ce document concernant la révolution de couleur au Kazakhstan. Il est intéressant mais doit être lu avec précaution

On rappellera que début janvier 2022, le Kazakhstan a connu des manifestations contre la hausse des prix du gaz de pétrole liquéfié qui se sont rapidement étendues à plusieurs villes du pays avant de dégénérer en émeutes.

Le président Kassym-Jomart Tokaiev a d’abord réagi en limogeant son gouvernement, accusé d’être responsable de la crise, puis a promis un gel des prix des carburants afin de calmer la colère des manifestants. Mais la situation s’est encore aggravée à Almaty, capitale économique et principal centre urbain du pays où les émeutiers ont pris d’assaut les bâtiments administratifs et l’aéroport international. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait plusieurs dizaines de morts, un millier de blessés et conduit à l’arrestation de plus de 8.000 personnes.

Craignant manifestement de perdre le contrôle de la situation malgré l’entrée en vigueur de l’état d’urgence, le président kazakhstanais a fait appel à l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC)qui a envoyé des troupes majoritairement russes. « de maintien dans la paix » dans le pays.

Cette crise, qui s’est développée à grande vitesse fulgurante dans un pays pourtant considéré comme un pôle de stabilité en Asie centrale, remet en cause la politique d’autonomisation menée par le Kazakhstan depuis son indépendance. En effet, l’intervention au Kazakhstan de troupes majoritairement russes sous mandat de l’OTSC semble à première vue illustrer un renforcement important des positions stratégiques de Moscou en Eurasie.

Le Kazakhstan est l’un des principaux partenaires de la Russie : il s’agit d’un pays étendu (près de cinq fois la France), riche en matières premières (hydrocarbures, uranium, métaux non ferreux, etc.) et peuplé de 19 millions d’habitants, qui est membre à la fois de l’Union économique eurasiatique et de l’OTSC.

De plus, le pays compte encore près d’un cinquième de citoyens d’origine russe concentrés à la frontière avec la Russie. Moscou craint qu’en cas de renversement du régime, des forces nationalistes ne s’emparent du pouvoir et ne s’en prennent à cette minorité, ce qui pourrait par ailleurs réveiller des velléités séparatistes Russes.

Il était inévitable que les Etats-Unis veuillent séparer le Kazakhstan de l’influence politique russe et en faire d’une certaine façon un satellite américain. Mais la voie militaire directe était hors de postée. C’est en ce sens que le mécanismes dit des révolutions de couleurs, qui leur avait si bien réussi ailleurs, leur a paru opportun.

Le terme de révolutions de couleur (de color revolutions en anglais) ou révolutions des fleurs désignent une série de soulèvements populaires, pour a plupart pacifiques mais soutenus par les Etats-Unis ayant provoqué pour certains des changements de gouvernement entre 2003 et 2006

Ce fut le cas en Eurasie et au Moyen-Orient : la révolution des Roses en Géorgie en 2003, la révolution orange en Ukraine en 2004, la révolution des Tulipes au Kirghizistan, la révolution en jean en Biélorussie et la révolution du Cèdre au Liban en 2005.

Les révolutions de couleur ont été principalement pour les Etats-Unis un moyen de renverser les gouvernements hérités de l’ex-URSS sans intervenir militairement dans des régions où des interventions de l’armée russe étaient faciles.

Les troubles récents au Kazakhstan se sont inspirés de la même technique. Dauren Abaev, chef adjoint de l’administration présidentielle du Kazakhstan, a déclaré que les manifestations dans le pays avaient commencé pacifiquement et que tout était soudainement passé sous le contrôle de provocateurs financés par la CIA américaine. L’utilisation de canaux de communication secrète par les manifestants a été essentielle dans la coordination simultanée des actions violentes visant des objectifs préétablis. Il s’est agi de l’utilisation de stations de réception gérées par des serveurs situés à l’extérieur du Kazakhstan, communications que les services secrets kazakhs et l’armée nationale n’ont pas pu intercepter

Un centre de commandement unique a coordonné la préparation et l’orientation de toute l’opération. Le président kazakh Kassym Jomart Tokayev l’a reconnu, dans un discours à la nation le 7 janvier Il a déclaré que « les forces de l’ordre et l’armée n’ont pas tenu leurs promesses ». « Il est devenu clair que nous manquions de forces spéciales, d’équipements spéciaux et de moyens spéciaux ».

Les manifestants comptaient dans leurs rangs des spécialistes des PsyOps (opérations de guerre psychologique), capables de manipuler les attitudes des gens. Ils ont donné la priorité à la transmission en direct de désinformations déjà préparées depuis les studios de télévision. Heureusement pour les autorités, les terroristes qui ont occupé le bâtiment de la chaîne de télévision Mir n’ont pas été en mesure de contrôler la tour de télévision Koktobe à Almaty, où se trouve l’antenne de diffusion. De ce fait, l’incapacité à saisir les médias à Almaty a joué un rôle énorme dans l’échec du coup d’État.

Un groupe important (Alpha) composé de plusieurs sous-groupes a agi simultanément à Almaty et dans des villes du sud et de l’ouest du Kazakhstan, dans le but de terroriser la population civile, de la disperser et d’empêcher l’intervention des forces de l’ordre. La mission du groupe Alpha s’est traduite par l’occupation et l’incendie de bâtiments administratifs, le pillage de magasins et de banques, la mise en place de barricades dans tous les quartiers et une tentative d’occupation de l’aéroport d’Almaty.

L’objectif tactique du groupe Alpha était en fait une diversion sanglante pour couvrir le second groupe (Bravo), qui exécutait des attaques ciblées sur des dizaines de magasins d’armes, des dépôts d’armes et de munitions de l’armée et de la police.


Ce n’est qu’après 3 à 4 jours de chaos que l’ordre constitutionnel a été rétabli dans une certaine mesure dans toutes les régions, que les bâtiments administratifs et les infrastructures stratégiques ont été libérés et placés sous protection militaire. Les frontières ont été fermées et 70 barrages ont été mis en place dans le pays. De nombreux responsables d’administrations régionales et d’organismes chargés de faire respecter la loi ont été démis de leurs fonctions.

Cependant, le président kazakh Kassym Khomart Tokayev a déclaré que « les militants n’ont pas déposé les armes et continuent à commettre des crimes ou à s’y préparer. Il est indispensable de mettre fin à leurs agissements. L’opération de combat visant à débarrasser Almaty des terroristes est menée par les services spéciaux du Kazakhstan ».

Le ministère de l’Intérieur du Kazakhstan a annoncé que 3 811 participants violents aux émeutes ont été arrêtés, que 26 personnes ayant attaqué les forces de l’ordre avec des armes à feu ont été tuées et que 26 autres ont été blessées. RIA Novosti a cité des sources du bureau du procureur du Kazakhstan selon lesquelles « parmi les terroristes détenus au Kazakhstan, il y a beaucoup de citoyens étrangers, payés pour commettre des actes criminels ».

A la demande du président Kassym Khomart Tokayev, la Russie a envoyé 3 000 soldats au Kazakhstan, la Biélorussie 500, le Tadjikistan 200 et l’Arménie 70. Plus de 70 avions Il-76 et 5 An-124 ont transporté le contingent russe de maintien de la paix des forces de l’OTSC au Kazakhstan. Il s’agit de sous-unités de la 45e Brigade, de la 98e Division et de la 31e Brigade Spéciale, toutes appartenant aux forces aéroportées.

Le mandat donné par l’Organisation du Traité de Sécurité collective (OTSC) ne prévoit pas de participation à des opérations de combat au Kazakhstan, les tâches des forces de maintien de la paix sont essentiellement la protection des installations vitales. Des sous-unités de la 98e Division aéroportée contrôlent l’aéroport international à Nur-Sultan, le siège de l’État-Major général des forces armées et le bâtiment du centre de télévision Kazmedia.

Une sous-unité indépendante des forces d’opérations spéciales russes surveille le palais présidentiel de Nur-Sultan, la banque centrale et le comité de sécurité nationale du Kazakhstan. Des sous-unités de la 45e Brigade à vocation spéciale ont été déployées dans le sud-est du Kazakhstan, pour garder l’aéroport international d’Almaty, le centre opérationnel de défense aérienne conjoint Fédération de Russie-Kazakhstan à Almaty. D’autres sous-unités de la 45e Brigade ont été déployées à Shymkent, la troisième plus grande ville de 1,1 million d’habitants, où elles gardent la 602e base aérienne et d’autres objectifs administratifs de la ville. Des sous-unités de la 31e Brigade aéroportée ont été déployées dans la partie orientale du Kazakhstan, dans la ville d’Ust-Kamenogorsk, le centre administratif de la zone d’industrie extractive du Kazakhstan oriental. D’autres sous-unités de la 31e Brigade assurent la sécurité des installations de Kazatomprom dans le nord du pays, la compagnie nucléaire nationale du Kazakhstan.

Séparément, à l’appui des unités antiterroristes locales, de petites unités russes telles que des unités de neutralisation PsyOps, d’opérations de guerre psychologique et de reconnaissance peuvent également opérer. Par exemple, un groupe de reconnaissance aéroporté russe utilise le système RB-341V Lieer-3. Les drones (avions et hélicoptères de recherche sans pilote et silencieux) capturent et transmettent des images vidéo 24 heures sur 24 ou collectent des données sur une large gamme de fréquences – SIGINT (renseignement d’origine électromagnétique), et même les réseaux GSM. Lorsqu’un réseau suspect est découvert, seuls certains émetteurs du réseau sont brouillés. Cela empêche la transmission des ordres aux terroristes en aval de la chaîne de commandement. La zone de brouillage se concentre sur des objectifs ciblés dans un rayon de 6 km. Les plates-formes aéroportées russes servent également de relais radio pour les militaires kazakhs opérant dans les zones urbaines, où la transmission est protégée par les bâtiments. Les troupes aéroportées russes disposent également d’un autre système terrestre sur un véhicule 8×8 : le RP-377LA Lorandit, qui se compose de puissantes stations de recherche de sources de fréquences et de stations de brouillage sélectif, toutes dans la gamme 3 MHz-3 GHz.

Un autre groupe russe est spécialisé dans la reconnaissance spéciale, effectuée par du personnel militaire hautement qualifié. Dans ce cas, le personnel militaire russe est formé à l’infiltration secrète parmi les terroristes afin de recueillir des renseignements HUMINT human intelligence. . Ceci doit Permettre l’anticipation des actions futures, la détection des réseaux ou des moyens de transmission, le suivi des chefs terroristes et le placement de dispositifs de repérage permanents.


Comme le contingent en Syrie, le contingent kazakh est intégré aux réseaux du système centralisé MK VTR-016 du ministère russe de la Défense, qui utilise le système Auriga-1.2V. Des centaines de mini-stations vidéo mobiles portables dans les zones de responsabilité attribuées aux militaires russes au Kazakhstan transmettent des informations secrètes en temps réel à Moscou grâce aux satellites de communication militaires russes. Grâce au serveur de Huawei, le plus puissant du monde, ces transmissions sont difficiles à intercepter et à brouiller. Auriga-1.2V permet aux officiers très expérimentés d’optimiser les actions de leurs subordonnés sur le terrain à partir de la salle des opérations de l’état-major aéroporté russe, en l’absence de facteurs perturbateurs.

L’armée russe prouve ainsi qu’elle a tiré les leçons des innovations américaines dans la lutte contre les insurgés en Irak. Les spécialistes russes des opérations psychologiques sont arrivés à la conclusion qu’il est plus facile de tromper les cellules terroristes que de les rechercher pour les neutraliser. Ainsi, suivant le modèle américain, ils ont mis en place un faux « Front de libération du Kazakhstan » qui diffuse des vidéos sur les médias sociaux et incite les cellules terroristes qui ont participé au soulèvement du pays à le rejoindre.

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