10/05/2022. L’embargo américain oublie l’uranium

Cet article est de Andrea Muratore, que nous remercions.

Étrange troisième guerre mondiale, que celle redoutée comme non improbable par les dirigeants et les analystes du monde entier, si les deux principaux prétendants potentiels continuent à échanger entre eux la matière première la plus stratégique pour une guerre nucléaire, l’uranium. Étranges sanctions que celles des États-Unis, s’ils imposent un embargo à la Russie, là où Washington a obtenu l’indépendance et l’autosuffisance et oublie, les secteurs où Washington est le plus fragile. Mais la réaction de Moscou est également étrange, en acceptant cet échange.

La continuité des approvisionnements en uranium de la Russie vers les États-Unis est l’un des enjeux les moins connus de l’actuelle rivalité géostratégique entre Moscou et l’Occident, rivalité qui a dégénéré en une véritable guerre par procuration contre Vladimir Poutine avec le réarmement massif de l’Ukraine envahie. Washington a sanctionné le gaz, le pétrole, le charbon et d’autres matières premières d’origine russe, mais pas l’uranium qui est déterminant pour son industrie nucléaire civile et militaire.

En 2020, selon les derniers chiffres, les producteurs d’énergie nucléaire américains ont acheté 22 180 tonnes d’uranium. Comme le rapporte StartMag, « selon l’US Energy Information Administration, l’agence statistique et analytique du département américain de l’énergie, le pays importe 22% de son uranium du Canada et du Kazakhstan et 16% de Russie, suivis par l’Australie (11%), l’Ouzbékistan (8%) et la Namibie (5%). Les 14% restants proviennent des États-Unis eux-mêmes et de cinq autres pays. La part de la Russie dans l’offre d’uranium est donc plus importante que la production nationale états-unienne, et « la présence du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, qui sont de proches alliés du Kremlin et fournissent ensemble aux États-Unis 46% de l’uranium dont ils ont besoin pour faire fonctionner leurs centrales, n’est pas moins significative ». Ces importations sont essentielles à la fois pour la fourniture d’un cinquième de l’électricité du pays et pour son programme nucléaire militaire.

Selon le sénateur républicain John Barrasso, les États-Unis dépenseront près d’un milliard de dollars en 2021 pour acheter de l’uranium russe. Selon M. Barrasso, ce chiffre pourrait atteindre 1,2 milliard de dollars cette année, et apparaît donc dérisoire sur le papier par rapport à la facture payée quotidiennement par les pays européens pour acheter du gaz et du pétrole russes, qui est équivalente au montant annuel dépensé par les États-Unis, mais pas moins stratégique. En mars, M. Barasso a lancé un projet de loi visant à interdire les importations en provenance de Russie, proposant plutôt de stimuler la production dans son État natal, le Wyoming. Cette perspective a alarmé les représentants des communautés indigènes locales, déjà menacées par l’extractivisme dans le passé, et s’étend à l’ensemble des pays alliés de Washington.

La Slovaquie, par exemple, comme le rapporte Euractiv, produit près de la moitié de son électricité grâce à ses deux centrales nucléaires qui comptent au total six réacteurs gérés, rappelle Formiche, « par la société TVEL, une filiale de l’entreprise publique russe Rosatom ». La Hongrie a également conclu des accords avec Rosatom pour la construction de centrales nucléaires. Du Moyen-Orient à l’Afrique, plusieurs États, de l’Arabie saoudite à l’Égypte, comptent sur la technologie nucléaire russe.

Le poids spécifique de ce milliard d’importations américaines est comparable à celui de la facture quotidienne de l’Europe. Ce qui montre la pertinence stratégique et la clairvoyance de Moscou qui domine ce marché, c’est le fait que la Russie est incontournable non seulement pour sa présence dans le secteur de l’extraction – détenant 6% des réserves mondiales – mais aussi pour la valeur ajoutée qu’elle peut apporter à l’enrichissement à faible coût de la matière première. La Russie est la nation qui possède la plus grande capacité d’enrichissement, avec quelque 43% de la capacité d’exploitation mondiale en sa possession selon l’Association nucléaire mondiale : plus que la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni réunis.

Une fois de plus, la mondialisation et la recherche du moindre coût dans les processus industriels ont impacté les États-Unis sur un matériau stratégique, ce qui implique que si les sanctions devaient être amplifiées, l’arme de l’arrêt des exportations d’uranium serait une contre-mesure qui ne pourrait faire que le bonheur de la Russie. Cela affecterait à la fois la capacité de production d’électricité des États-Unis ET leur système nucléaire militaire, compte tenu des conséquences sur la production de plutonium. Le fait même que les sanctions sur les exportations d’uranium n’aient pas encore été imposées par la Russie indique qu’une étape importante vers le chaos dans les relations bilatérales n’a pas encore été franchie. Et c’est une bonne nouvelle : un cas rare d’interdépendance industrielle et commerciale capable d’endiguer le chaos géopolitique. Mais on ne sait pas combien de temps cela va durer, dans une phase d’escalade continue.

source : Inside Over

via Strategika

10/05/2022 Commerce USA-Russie ? Un niveau record

Alors que les USA imposent aux européens de réduire ou d’annuler toute importation en provenance de Russie, depuis son entrée en guerre contre l’Ukraine et dans le but de l’affaiblir économiquement, on ne peut qu’être surpris du fait que, en Mars 2022, après le premier mois de guerre et donc de sanctions, les importations américaines en provenance de Russie au premier trimestre 2022 ont battu un record historique depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale. Elles ont atteint avec 7,28 milliards de dollars de marchandises pour le premier trimestre.

Les USA semblent bien continuer à importer ce dont ils ont besoin de Russie, sans s’appliquer la moindre contrainte : « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ». Le commerce US avec la Russie continue, voire se développe, malgré la guerre en Ukraine.

C’est à se demander si, en imposant à son partenaire européen de multiplier les sanctions antirusses, notamment sur les importations de gaz et de pétrole, les USA ne cherchent pas à affaiblir l’UE, ou à la mettre en difficulté, pour qu’elle n’ait pas d’autre choix que de rester dans leur orbite.

Source : https://www.census.gov/foreign-trade/balance/c4621

L’information est communiquée par le général Delawarde, Ancien chef «Situation-Renseignement-Guerre électronique» à l’État major interarmées de planification opérationnelle bien connu sur notre site

10/05/2022. Le recours au gaz naturel liquéfié en France. Le projet lorrain Regalor

A une époque où les tensions accrues avec la Russie risquent de mettre en difficulté l’approvisionnement des Etats européens en gaz naturel liquéfié GNL importé de Russie, ces Etats se préoccupent de la valorisation de leurs ressources propres. L’Allemagne aujourd’hui très dépendante du gaz russe ne dispose pas de telles ressources, mais ce n’est pas le cas de la France.

C’est dans cette optique que l’Université de Lorraine, le CNRS et La Française de l’Énergie se sont associés au sein du projet REGALOR. Ce projet vise à quantifier la ressource en gaz de charbon du bassin carbonifère lorrain, et à développer des technologies de surveillance, de récupération et de valorisation du méthane, tout en réduisant l’impact carbone en piégeant le CO2 émis. La technique permettra d’éviter le recours à la fracturation hydraulique dont les effets sur l’environnement sont catastrophiques. Elle permettra la production d’un méthane quasiment pur (97 %).

Les enjeux de REGALOR prennent tout leur sens dans le cadre de l’indépendance énergétique française. La ressource gazière en Lorraine est ainsi estimée comme équivalente à 370 milliards de m³, ce qui correspond à 8 ans de consommation nationale. Couplé à une réduction des émissions de CO2, ce gaz lorrain aurait un bilan carbone bien inférieur à celui d’un gaz importé notamment des Etats-Unis en utilisant des navires méthaniers et des infrastructures coûteuses.

Les pays européens, dont la France, ont des ressources leur permettant de contribuer à une indépendance énergétique à faible impact carbone. Cependant, la réorientation actuelle du marché gazier mondial, sous l’influence américaine continue de maintenir notre dépendance extra européenne, avec un bilan carbone chaque année plus défavorable.

09/05/2022 Les dommages que les chiens causent à la planète

Les chiens (canis lupus familiaris) sont répandus dans tous les continents excepté l’Antarctique. Ils sont si nombreux qu’il est impossible d’estimer scientifiquement leur nombre, ceci qu’il s’agisse des chiens domestique ou des chiens redevenus sauvages après qu’ils aient été abandonnés par leurs propriétaires. Ce nombre est généralement estimés à plus un milliard. Ils vivent aussi bien dans les agglomérations urbaines,les montagnes au dessus de 20.000 mètres, les forêts tropicales, les iles océaniques et les réserves naturelles qui devraient être totalement protégées.

Ils sont omnivores mais préfèrent cependant les aliments carnés. Ce sont donc des milliers de tonnes de viande qu’ils consomment tous les ans. Cette viande, qu’elle soit en morceaux ou incorporée dans des aliments industriels, pourrait tout à fait convenir à des humains. Mais, notamment dans les pays très peuplés comme l’Inde ou la Chine, elle ne leur parvient pas. Les chiens s’en nourrissent en priorité.

Par ailleurs les chiens, qu’ils soient sauvages ou domestiques, pourchassent pour s’en nourrir et parfois par jeu, des centaines d’espèces vivantes. C’est ainsi que les oiseaux sauvages jadis présents dans les villes ont pratiquement. Ne subsistent que les pigeons mieux armés que les autres oiseaux pour échapper aux chiens. Les moineaux ou les mésanges se sont considérablement raréfiés. Sur les plages, les chiens font une chasse permanente aux mouettes et autres oiseaux marins qui manquent de plus en plus d’espaces vitaux

Lors de la période récente de pandémie, ils ont échappé aux contraintes de l’isolement et ont contribué à répandre le virus. En Ukraine aujourd’hui, les chiens sont omniprésents sur les zones de combat. Ils consomment le peu d’eau disponible et n’hésitent pas à attaquer les blessés incapables de se déplacer.

Il faudrait évidemment considérer les chiens comme une espèce nuisible. Leur possession devrait être étroitement réglementée. Quand à ceux vivants en liberté, ils devraient être abattus.

Les chats posent aussi les mêmes problèmes, mais étant plus discrets, on les remarque moins

09/05/2022 Premières images annoncées du trou noir Sagittarius A* au centre de la galaxie

https://www.futura-sciences.com/sciences/breves/trou-noir-supermassif-evenement-mondial-12-mai-sujet-centre-voie-lactee-faut-il-attendre-6345/

Nous retransmettons ce message que vient de mettre en ligne futura-sciences.com

En avril 2019, on s’attendait à ce que les membres de la collaboration Event Horizon Telescope (EHT) révèlent les premières images de l’aspect d’un trou noir, en l’occurrence celle de celui au cœur de la Voie lactée, Sagittarius A*, et celle de celui au cœur de la galaxie M87. Seule l’image du trou noir M87* avait finalement été présentée car celle du trou noir supermassif de notre Galaxie s’était révélée plus difficile à obtenir.

Aujourd’hui, un communiqué conjoint de European Southern Observatory (ESO) et de l’Event Horizon Telescope (EHT) vient de faire savoir que le 12 mai 2022 sera accessible en ligne une conférence, à 15 h 00 en France, qui fera état de nouveaux résultats

La conférence sera diffusée en ligne sur le site Web de l’ESO et sur la chaîne YouTube de l’ESO. Des conférences de presses simultanées seront organisées dans le monde entier

08/05/2022 Guerre en Ukraine. Extraits d’un entretien avec Noam Chomsky

https://www.les-crises.fr/noam-chomsky-comment-eviter-la-troisieme-guerre-mondiale/

Noam Chomsky : Le président ukrainien Zelensky a plusieurs fois répété que face à l’agression russe , il n’avait pas besoin d’une aide matérielle. Il demandait seulement, outre une zone d’exclusion aérienne, qu’on lui donne plus d’armes et des armes plus sophistiquées. Il s’agit d’une bataille pour la souveraineté de l’Ukraine.

Cependant, le Pentagone a pour une fois une position plus sage. Oui, nous pourrions faire la guerre. Nous pourrions fournir à Zelensky des avions à réaction et des armes de pointe. Très vite cependant, Poutine intensifierait radicalement l’attaque contre l’Ukraine. Il attaquerait les chaînes d’approvisionnement qui fournissent ces armes de pointe. Si besoin était, il utiliserait contre l’Ukraine des armes nucléaires à courte portée. Et l’occident se retrouverait dans une guerre nucléaire de plus en plus totale.

Il ne s’agit pas de critiquer Zelensky ; c’est une personne honnête qui a fait preuve d’un grand courage. On peut avoir de la sympathie pour ses positions. Mais on peut aussi être attentif à la réalité du monde. Et voilà ce que ceci implique. Fondamentalement il y a deux options. La première consiste à poursuivre la politique que les Etats-Unis mènent actuellement, soit pour citer l’ambassadeur Freeman, à combattre la Russie jusqu’au dernier ukrainien en risquant une guerre nucléaire. Ou bien nous pouvons faire face à la réalité et admettre que la seule alternative est un règlement diplomatique, qui serait boiteux, mais qui donnera à Poutine et à son cercle proche une porte de sortie. Il dira : « Voilà comment vous pouvez vous en sortir sans détruire l’Ukraine et sans continuer à détruire le monde ».

08/05/2022 Des cerveaux humains hybrides

Comprendre le fonctionnement du cerveau et améliorer nos capacités d’intervention pour remédier à certains de ses dysfonctionnements font partie des défis majeurs relevés par les neurosciences de ces dix dernières années. Mais ce défi n’intéresse pas seulement les sciences médicales.

Elle intéresse aussi les industries militaires, pour qui par exemple un armement de plus en plus utilisé tel que les drones dits intelligents exigera de se passer le plus possible du libre arbitre d’un pilote humain. Un casque reliera directement les aires visuelles du cerveau du pilote avec les organes de pilotage du drone, sans obliger le cerveau à faire appel à ses aires supérieures dite intelligentes pour décider d’ouvrir le feu. Ce casque ne sera dans un premier temps que l’équivalent d’une prothèse externe.

Mais la possibilité de le relier à des implants cérébraux  est à l’étude. De tels implants existent déjà au profit de certains paralysés moteurs. Ils peuvent servent à connecter directement le membre artificiel avec le cerveau moteur, en court-circuitant au besoin pour gagner du temps le cerveau décisionnaire.

Le développement d’implants cérébraux permet ainsi d’entrevoir l’avènement d’un couplage hybride entre le cerveau et de vastes réseaux artificiels. L’optimisation de ces technologies autorisera la simulation des neurones artificiels grâce à des circuits neuromorphiques (sur le modèle des réseaux neuronaux) à très basse consommation énergétique, et rendra possible, à terme, l’implantation dans les cerveaux de ces technologies d’hybridation.

Ainsi, née à la fin des années 1990, la technique de dynamic clamp permet de coupler un neurone artificiel à un neurone réel par le biais d’une électrode intracellulaire : l’activité de l’un modifie celle de l’autre de manière bidirectionnelle. A l’avenir, l’avènement d’implants intégrant un grand nombre de microélectrodes extracellulaires – et assurant à chacune une liaison bidirectionnelle stable avec un neurone individuel – devrait permettre la construction de réseaux hybrides à grande échelle, y compris  au niveau de vastes régions cérébrales.

Il existe déjà sur ces thèmes des projets internationaux de grande ampleur. Dans une approche principalement encore théorique le projet européen Human Brain Project vise à modéliser de manière réaliste le fonctionnement du cerveau grâce à des réseaux de neurones artificiels (informatiques ou électroniques)  Dans une seconde approche, pragmatique, d’autres projets visent à développer des implants cérébraux pour enregistrer et stimuler le plus grand nombre de neurones possibles. C’est le but du projet américain Brain Initiative, ou encore du projet européen Braincom.

D’ici très peu de temps, arrivera donc logiquement le moment où l’on disposera d’une part de vastes réseaux artificiels neuromimétiques, et d’autre part d’interfaces à très haute résolution permettant un couplage bidirectionnel (enregistrement et stimulation) avec des millions de neurones du cerveau. La fusion de ces deux mondes technologiques conduira à l’émergence de vastes réseaux hybrides couplant l’activité du cerveau avec celle de réseaux artificiels, et assurant chacune une liaison bidirectionnelle stable avec un neurone individuel. Ceci devrait permettre la construction de réseaux hybrides à grande échelle, y compris in vivo au niveau de vastes régions cérébrales.

Certes, ce n’est pas encore d’actualité. Mais force est de constater que la route n’est sans doute plus si longue. En effet, des réseaux neuromorphiques sont déjà capables d’apprendre automatiquement à reproduire l’activité d’ensembles de neurones réels enregistrés par un implant cérébral. Cela signifie que l’on dispose déjà de la technologie permettant à plusieurs neurones réels de contrôler des réseaux artificiels complexes. Et inversement, on sait aussi s’appuyer sur des réseaux artificiels pour simuler, de manière plus ou moins précise, des neurones réels.

07/05/2022 Représentations de l’univers et cerveaux

Les humains se sont toujours représenté l’univers, dont ils font partie, d’une façon différente selon les capacités de leurs cerveaux et la portée de leurs connaissances scientifiques. Aujourd’hui, cependant, ils ne sont pas beaucoup plus capables que ne l’étaient leurs ancêtres de répondre aux questions fondamentales que pose l’univers.

1 L’univers est-il en expansion ? Si oui, cette expansion a-t-elle commencé à partir d’un point origine en deçà duquel il n’y avait rien . Mais que signifie ce concept de rien : serait-ce l’absence de temps et d’espace ?

2 Si l’univers était en expansion, cette expansion signifie-t-elle que les myriades d’étoiles, de planètes ou de corps planétaires qu’il contient vont se retrouver si éloignés les uns des autres qu’ils ne pourront plus communiquer, même à des vitesses proches de celle de la lumière ? D’autres corps célestes apparaîtront-ils pour prendre le relais ? Et ceci jusqu’à quand ?

3 Dans le cas ou l’univers s’étendrait à l’avenir au delà de sa partie aujourd’hui visible, serait-il semblable à ce que nous en connaissons aujourd’hui?

4 Les mythes et les religions se donnent de l’univers des images plus simples que celles données par la science moderne. On y trouve en général un dieu créateur et des périodes, qu’il s’agisse de l’enfer ou du paradis, qui s’étendent indéfiniment le temps. S’agirait-il d’une préconnaissance scientifique de ce que serait l’univers ? Notre science pourrait-elle s’en inspirer ?

5 Les animaux non humains dotés de cerveaux se donnent-ils des représentations de l’univers , univers proche ou lointain ? Si oui, ces représentations sont elles suffisamment pertinentes pour que nous en tenions compte ?

6 On dit que le cerveau humain est la chose la plus complexe que la science humaine puisse identifier dans l’univers. Si grâce par exemple à des prothèses cérébrales nouvelles, il pouvait gagner encore en complexité, la représentation de l’univers que se donne aujourd’hui la science serait-elle modifiée. Cette modification se traduirait-elle par des images de l’univers soit plus complexes soit plus simples que celles que nous en avons aujourd’hui, grâce à notre cerveau actuel. Faudrait-il mettre en place des recherches scientifiques sur ces thèmes ?

7 La physique quantique décrit les particules, les atomes, les molécules du monde microscopique. Les particules quantiques sont dotées de propriétés non reproductible dans l’univers macroscopique. Elles ne sont pas directement observables et ne peuvent donc être décrites qu’en termes de probabilités dans le cadre de l’équation de Schrödinger. Elles peuvent interagir à des vitesses supérieures à celles de la lumière, autrement dit quasi instantanément sans tenir compte du temps et de l’espace newtonien dans lequel nous nous situons. Elles sont dotées de capacités de superposition de qualités quantiques. La question de savoir s’il existe un ou plusieurs univers quantique et donc des « cerveaux quantiques » devrait-elle désormais être abordée dans les études portant sur les représentations de l’univers en fonction des capacités de nos cerveaux ?

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Sur ces sujets, nous republions ici un article de la philosophe et physicienne française Laurie Dutertre, article dont l’original se trouve dans Télérama.

Voir https://www.numerama.com/sciences/723311-dans-le-monde-quantique-passe-et-futur-pourraient-se-melanger.html

Laurie Letertre

Depuis un peu plus d’une décennie, des physiciens étudient un étrange phénomène du monde quantique. À très petite échelle, il se pourrait que l’ordre temporel entre différents événements ne soit pas toujours bien défini.

La physique quantique décrit le monde microscopique avec une précision impressionnante. Ses prédictions n’ont encore jamais été contredites par les expériences. Mais elle est aussi réputée pour ses étrangetés. En effet, les objets microscopiques se comportent de manière contre-intuitive. Premièrement, leurs propriétés (telles que leur position et vitesse) ne peuvent parfois prendre que certaines valeurs bien précises. Pour faire une analogie avec notre monde macroscopique, tout se passe comme si, quand nous nous déplaçons sur une ligne droite, nous ne pouvions nous déplacer que par « sauts » d’un mètre, sans ne jamais pouvoir avoir de position intermédiaire.

Ensuite, deux entités semblent pouvoir s’influencer à très grande distance, à des vitesses supérieures à celles de la lumière. Enfin, certains objets ont des propriétés (telles que leur position, ou vitesse) qui se trouvent dans des « superpositions quantiques » de plusieurs valeurs. Qu’est-ce que cela veut dire, pour un objet, d’être dans une « superposition » de plusieurs positions ? Est-ce que l’objet n’est nulle part ? Partout à la fois ? Ces questions animent les physiciens et philosophes depuis des décennies.

Une étrangeté de plus dans le monde quantique

Cependant, cette dernière décennie a vu émerger de nouvelles découvertes qui font monter la complexité du problème d’un cran. Des travaux de physiciens dispersés aux quatre coins du monde indiquent que lorsque deux événements se produisent dans le monde quantique, l’ordre temporel entre ces événements est parfois indéfini. À notre échelle, il est toujours possible de dire si une personne a d’abord éternué avant de s’excuser, ou l’inverse. La physique quantique semble indiquer qu’à petite échelle, il se pourrait parfois qu’aucune de ces deux possibilités ne soit la bonne. Or, l’ordre temporel entre différents événements est fortement lié aux relations de causalité. En effet, une cause doit toujours précéder son effet. Ainsi, si l’ordre temporel entre différents événements est indéfini, il pourrait en être de même pour leur ordre causal.

Comment faire sens d’un monde dans lequel les choses ne se dérouleraient pas dans un ordre bien défini ? Cette question est un défi lancé aux philosophes des sciences. D’audacieuses réponses seront sans doute proposées, et il nous faudra peut-être accepter une remise en question profonde de notre vision du monde physique.

Une expérience troublante

Nous pouvons observer les ordres causaux indéfinis en laboratoire, par exemple grâce au « quantum switch », un agencement expérimental très particulier ayant été réalisé à diverses reprises. Détaillons l’une de ces réalisations expérimentales. Deux expérimentateurs y performent chacun une opération sur une même particule de lumière, appelée photon.

Ces manipulations consistent, par exemple, à modifier une propriété de ce photon, que l’on appelle « mode spatial ». L’ordre entre les deux opérations est déterminé, non pas par les scientifiques eux-mêmes, mais par la valeur d’une autre propriété du photon, appelée « polarisation ». Lorsque la polarisation du photon est dans une « superposition quantique » de deux valeurs distinctes, et après qu’un troisième expérimentateur ait mesuré cette polarisation à la fin de l’expérience, l’ensemble de cet arrangement expérimental ne peut être décrit, ni par le scénario où la particule a d’abord été manipulée par le premier expérimentateur avant d’être envoyée chez le second, ni par le scénario inverse.

Ces recherches intrigantes en sont encore à leurs débuts. Elles permettront d’étudier le comportement des relations temporelles ou causales à très petite échelle, dans le monde quantique. Il est important de pouvoir donner du sens à l’absence d’ordre temporel ou causal entre événements. En effet, l’ordre des événements à travers le temps (et l’espace) forme le socle sur lequel l’humain construit sa compréhension de toute chose. Par exemple, lorsqu’un objet se brise après une chute, nous l’expliquons par son impact avec le sol, après qu’il ait suivi une trajectoire bien précise dans les airs. Pareillement, l’histoire de l’humanité se raconte en déroulant une succession continue de faits qui se sont produits à divers endroits du monde, à des moments bien précis. Afin de conserver nos modes de raisonnements classiques, il nous faut donc comprendre ce que deviennent les notions de temps et d’espace dans le monde quantique. Il faut également faire sens de leur éventuelle absence. Pour répondre à ces questions, certains philosophes et physiciens envisagent par exemple que le futur puisse influencer le passé. D’autres contemplent l’idée que le temps et l’espace ne puissent être que le « produit dérivé » de phénomènes plus fondamentaux, dont la nature est encore à saisir.

Enfin, la découverte du « quantum switch » et des ordres causaux indéfinis pourrait bien se révéler utile dans le domaine de l’informatique quantique, et pour le développement de futurs « ordinateurs quantiques » d’un nouveau genre. En effet, l’existence de ces phénomènes pourrait être exploitée afin de réaliser de nouvelles tâches. Ils pourraient aussi permettre d’exécuter certains calculs plus efficacement qu’avec des ordinateurs quantiques plus standard. Ainsi, les recherches récentes en physique quantique promettent de possibles révolutions, autant philosophiques que technologiques.

Laurie Letertre, Doctorante en philosophie de la physique, Université Grenoble Alpes (UGA)

06/05/2022 Les marchés internationaux de l’énergie et les sanctions américaines

Si l’on exclue l’énergie nucléaire et l’énergie verte, encore peu commercialisées, ce terme de marchés internationaux de l’énergie désigne les marchés du charbon, du pétrole et du gaz naturel liquéfié. La Russie est traditionnellement une grande productrice dans ces domaines

Depuis l’offensive russe en Ukraine, les Occidentaux ont décidé de lui imposer un certain nombre de sanctions se traduisant notamment par ce que l’on a nommé un embargo sur le gaz, c’est-à-dire des mesure administratives ou militaires visant à empêcher la libre circulation du gaz russe.

Il en est résulté une compétition entre l’Europe et la Russie. La première, l’Europe, notamment l’Allemagne et la Hongrie, cherchent à se procurer du gaz ailleurs qu’en Russie. La seconde, la Russie, appliquant la politique dite du « Look east », cherche à vendre son gaz ailleurs qu’en Europe. quitte à accepter d’en diminuer le prix. L’Amérique espère bénéficier de cette compétition, dans la mesure où grâce à son gaz de schiste, elle est devenue récemment exportatrice de gaz.

Il en est de même de la Chine et de l’Inde. Celles-ci, grosses importatrices de gaz et de pétrole, comptent profiter de prix russes nécessairement réduits pour le cas échéant augmenter leurs achats. Sans attendre d’ailleurs, la Russie vient de leur proposer d’acheter du gaz non plus en dollars mais dans leurs monnaies nationales.

Aujourd’hui, après deux ans d’austérités résultant de la crise du Covid, avec une hausse des prix de l’énergie et une baisse générale de la consommation auxquelles s’ajoutent les conséquences de la guerre en Ukraine qui diminuent l’accès aux blés et céréales ukrainiens, les consommateurs européens souhaitent voir s’alléger rapidement cette politique à l’égard de la Russie – autrement dit pouvoir acheter le gaz et le pétrole russes sans hausses dues à des sanctions américaines, décidées de l’autre côté de l’Atlantique.

Note La proposition soumise par la Commission européenne aux Etats membres prévoit un arrêt des importations de brut dans les six mois et des produits raffinés d’ici à fin 2022. Elle accorde une dérogation d’une année jusqu’à la fin 2023 à la Hongrie et à la Slovaquie, deux pays enclavés et dépendants des livraisons par l’oléoduc Droujba.

La durée de cette dérogation a été jugée insuffisante par la Hongrie et la Slovaquie. La République tchèque a demandé à en bénéficier. Cette durée a été portée jusqu’à fin 2024 dans la nouvelle version du projet. La République tchèque se voit également accorder cette possibilité.

En 2021, la Russie a fourni 30% du brut et 15% des produits pétroliers achetés par l’Union européenne. Les trois pays qui demandent une dérogation représentent « un faible pourcentage » des achats, a souligné la Commission.

Pour l’avenir, les faits parlent d’eux-mêmes. Les exportations russes de Gaz naturel vers la Chine ont augmenté de 60% pendant les 4 premiers mois de 2022 par rapport à celles correspondant à la même période en 2021, selon le russe Gazprom.. Par ailleurs le même Gazprom étudie les plans d’un autre pipeline dit Soyuz Vostok qui reliera la Russie et la Chine à travers la Mongolie – soit 50 milliards de m3 de gaz chaque année.

05/05/2022. Avenir de l’Union européenne. Propositions

Avenir de l’Union Européenne. Trente ans pour en faire une superpuissance scientifique.

La Conférence sur l’avenir de l’Europe s’achève le 9 mai 2022 et, avec elle, la possibilité de contribuer à la plate forme de propositions mise en place. Pour une raison matérielle, nous n’avons pas pu y participer. D’ores et déjà, on peut regretter que manque une proposition essentielle, qui ne figure apparemment nulle part dans cette plate forme. Nous la reformulons ici. Il s’agirait de faire en trente ans, voire plus tôt, de l’Europe une superpuissance scientifique. La France compte tenu de ses capacités, jouerait un rôle essentiel dans cet objectif.

D’ores et déjà, une vive compétition s’est engagée au plan mondial entre les Etats-Unis et le bloc russo-chinois pour dominer ce que l’on pourrait nommer les secteurs d’avenir de la recherche scientifique et technique. Le bloc européen et plus particulièrement la France, y joue un rôle important, compte tenu de plus d’un siècle de réalisation. Mais ce rôle encore bien inférieur à ce qu’il pourrait être.

Compte tenu d’une évolution des sciences et des technologies qui n’a jamais été si rapide, nous pourrions pour notre part mentionner un certain nombre de domaines où prendre du retard équivaudrait pour l’UE et plus particulièrement pour la France à un suicide rapide.

  • intelligence artificielle et biologie artificielle visant à obtenir robots intelligents et des humains progressivement augmentés. Préalablement, des objectifs analogues seront poursuivis au bénéfice d’autres espèces vivantes.
  • Mise en place de nouveaux satellites suborbitaux.
  • Présence permanente sur la Lune dans au moins une station lunaire .
  • Préparation de débarquements de quelques jours sur Mars ou ses satellites.
  • Dans le domaine océanique, mise en place de vastes espaces protégés interdits à toute exploitation commerciale et dédiés aux sciences océaniques.
  • En matière de médecine, étude approfondie de virus et de bactéries susceptibles de provoquer de nouvelles pandémies.