25/07/2023 Dans le Pacifique, il faudra choisir, du manganèse ou des poissons

Des sociétés minières américaines ont l’intention de chercher avant de les remonter des nodules de manganèse, nickel et cuivre qui se trouvent à des profondeurs de plus de 4.000 mètres dans la Clarion Clipperton Zone (CCZ) une zone de Fracture de l’Océan Pacifique deux fois plus étendue que l’Inde

La zone peut être divisée en quatre parties distinctes :

  • La première, 127°-113° O, est une large ceinture basse de quelque 1448 km, avec un creux central de 16 à 48 km de large.
  • La seconde, 113°-107° O, est une crête enrichie de volcans, large de 97 km et longue de 531 km.
  • La troisième, 107°-101° O, est une cuvette basse avec un creux central de 366-731 mètre de profondeur qui traverse le plateau Albatros.
  • La quatrième, 101°-96° O, contient la dorsale de Tehuantepec qui s’étend sur 400 miles vers le nord-est jusqu’à la marge continentale.

La fosse de Nova-Canton est souvent considérée comme une extension de la fracture.

La zone qui est administrée par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), contient des nodules constitués de divers éléments de terres rares dont on dit qu’ils jouent un rôle essentiel dans la transition énergétique vers une économie à faible émission de carbone. La zone a été divisée en 16 concessions minières couvrant environ 1 000 000 de kilomètres carrés. Neuf autres zones, couvrant chacune 160 000 kilomètres carrés, ont été mises en réserve pour la conservation.

L’Autorité internationale des fonds marins estime que la quantité totale de nodules dans la zone de Clarion Clipperton dépasse 21 milliards de tonnes (Bt), contenant environ 5,95 Bt de manganèse, 0,27 Bt de nickel, 0,23 Bt de cuivre et 0,05 Bt de cobalt. L’ISA a délivré 19 licences pour l’exploration minière en eaux profondes dans cette zone.

Les opérations d’exploration et d’extraction à grande échelle devaient commencer à la fin de 2021, mais cette date a pris un peu de retard. L’ISA devait publier le code d’exploitation minière en eaux profondes en juillet 2023, mais elle ne respectera pas ce délai. Les licences commerciales seront acceptées pour examen par la suite.

Les micronodules seront ensemencés par des processus biologiques. Ils seront ensuite agrégés et regroupés pour former des touffes destinées à être récoltées par dragage .

Or les fonds marins de la zone de fracture qui ont fait l’objet d’un permis d’exploitation minière abritent une diversité de xénophyophores  d’eaux profondes, une étude de 2017 ayant trouvé 34 espèces nouvelles pour la science dans cette zone. Les xénophyophores sont difficiles à étudier en raison de leur très grande fragilité. Les spécimens récoltés sont toujours endommagés et ne peuvent être valablement observés en culture. C’est la raison pour laquelle on ne sait que peu de choses sur leur mode de vie. Leur abondance dans tous les océans pourraient en faire des organismes indispensables au maintien de la biodiversité des écosystèmes benthiques.

Les xénophyophores sont des organismes essentiellement détritivores qui s’incrustent dans le sédiment boueux du plancher océanique. Ils sécrètent une substance visqueuse lorsqu’ils s’alimentent, formant un mucus qui peut recouvrir des surfaces importantes dans les zones où ils sont abondants. Ils semblent se nourrir de la même façon que les amibes, en émettant des pseudopodes autour des particules à absorber. Leur régime alimentaire pourrait également être riche en bactéries, comme le laisse penser la teneur élevée en lipides de leur cytoplasme

Les xénophyophores  étant très sensibles aux perturbations humaines, l’exploitation minière en eaux profondes peut avoir des effets néfastes sur ce groupe. De plus, comme ils jouent un rôle clé dans les écosystèmes benthiques, leur disparition pourrait avoir des conséquences écologiques graves. Des recherches sont menées par différents organismes de recherche, dont le Massachusetts Institute of Technology et l’Université technique de Delft, qui ont le statut d’observateur auprès de l’Autorité internationale des fonds marins, afin d’étudier en détail l’impact potentiel 

Il est prévisible que, quel que soit cet impact, la récolte des nodules se poursuivra. Il en résultera à terme des pertes considérables dans les espèces de poissons faisant l’objet de pêches industrielles. Or celles-ci se raréfient de plus en plus du faite de la surpèche.

Pour plus de détails, voir

Current Biology
DOI:https://doi.org/10.1016/j.cub.2023.04.052

Highlights
• We provide the first checklist for the Clarion Clipperton Zone (CCZ) metazoan fauna
• 5,142 unnamed species (informal names) are recorded from the CCZ
• Total estimates of species richness range from >6,000–>8,000
• An estimated 88%–92% of species in the CCZ region in total are undescribed

Summary

The global surge in demand for metals such as cobalt and nickel has created unprecedented interest in deep-sea habitats with mineral resources. The largest area of activity is a 6 million km2 region known as the Clarion-Clipperton Zone (CCZ) in the central and eastern Pacific, regulated by the International Seabed Authority (ISA). Baseline biodiversity knowledge of the region is crucial to effective management of environmental impact from potential deep-sea mining activities, but until recently this has been almost completely lacking. The rapid growth in taxonomic outputs and data availability for the region over the last decade has allowed us to conduct the first comprehensive synthesis of CCZ benthic metazoan biodiversity for all faunal size classes. Here we present the CCZ Checklist, a biodiversity inventory of benthic metazoa vital to future assessments of environmental impacts. An estimated 92% of species identified from the CCZ are new to science (436 named species from a total of 5,578 recorded). This is likely to be an overestimate owing to synonyms in the data but is supported by analysis of recent taxonomic studies suggesting that 88% of species sampled in the region are undescribed. Species richness estimators place total CCZ metazoan benthic diversity at 6,233 (+/−82 SE) species for Chao1, and 7,620 (+/−132 SE) species for Chao2, most likely representing lower bounds of diversity in the region. Although uncertainty in estimates is high, regional syntheses become increasingly possible as comparable datasets accumulate. These will be vital to understanding ecological processes and risks of biodiversity loss.

25/07/2022 Les thérapies à ARN messager, mRNA, sauveront-elles le monde ?

Le terme de sauver le monde est excessif, encore que lors de la récente pandémie due au Covid 19, les « vaccins à ARN messager » ont sauvé des dizaines de millions de personne. 1)

Le 19 mai 2023, Moderna a annoncé que 16 malades âgés de plus d’un an atteint d’une maladie grave dite propionic acidemia ont vu leur état amélioré à la suite d’un traitement à base d’ARN messager injecté dans leur sang sous la protection d’une globule de graisse. L’ARN messager a fusionné avec des cellules du foie des malades qui l’ont utilisé pour fabriquer des enzymes (protéines) manquantes à la suite de l’infection

https://www.clinicaltrialsarena.com/news/moderna-interim-data-mrna-therapy

Cette information devrait avoir un certain retentissement dans le monde médical. Aujourd’hui la plupart des médicaments (drugs) sont de petites molécules bon marché qui diffusent dans le sang à partir du système gastro-intestinal puis dans les cellules à travers leurs membranes.

L’inconvénient de leur petite taille est qu’elles s’attachent souvent à des sites sans rapport avec le traitement. Elles peuvent y avoir des effets négatifs. Ce n’est pas le cas des grandes molécules mais celles-ci sont plus coûteuses à fabriquer et souvent refusent de diffuser dans le sang.

Les réultats des tests de Moderna référencés ci-dessus n’ont pas convaincu l’ensemble de la profession médicale mais selon Anna Blakney de l’Université de la Colombie britannique, l’enjeu est tel qu’ils doivent être poursuivis

Note

source Vaccinationq Info-service.Fr

Sur les vaccins contre le Covid, rappelons que les « vaccins à ARN messager », comme ceux de BioNTech-Pfizer, Moderna ou CureVac, consistent à injecter dans l’organisme non pas le virus mais des molécules d’« ARN messager », fabriqué en laboratoire. Cet ARN, encapsulé dans des particules de lipides, sans adjuvant chimique, ordonne aux cellules au niveau du site d’injection (principalement les cellules musculaires et les cellules du système immunitaire) de fabriquer une protéine spécifique du virus responsable de la COVID, ce qui activera une réponse immunitaire. Il est ensuite rapidement éliminé. L’ARN messager ne pénètre jamais dans le noyau de la cellule et n’a aucune action sur le génome.

Les vaccins développés par AstraZeneca et par Janssen reposent quant à eux sur un « vecteur viral non réplicatif » : un virus inoffensif qui ne peut se reproduire dans les cellules est utilisé pour transporter le matériel génétique du coronavirus, fabriquant la protéine qui enclenchera une réponse immunitaire.

Les « vaccins à virus inactivé », les plus couramment utilisés, reposent sur une injection du virus entier ou d’une partie de virus préalablement rendu inoffensif afin de déclencher une réponse immunitaire en cas d’infection : il contient des nanoparticules de glycoprotéines Spike . Il contient également un « adjuvant » une substance qui aide à renforcer les réponses immunitaires au vaccin. Il ne contient pas de virus.

Le vaccin développé par Novavax est basé sur une technologie différente. Il s’agit d’un vaccin à protéine recombinante qui utilise la protéine Spike du SARS-CoV-2 associée à un adjuvant, substance qui aide à renforcer les réponses immunitaires au vaccin. Cet adjuvant est composé de saponine (extraite de l’arbre Quillaja saponaria ou « bois de Panama »), de cholestérol et de phospholipides. C’est une technologie comparable à celle utilisée pour les vaccins contre l’hépatite B et la coqueluche.

24/07/2023. La Théorie de l’Information Intégrée

La Théorie de l’Information Intégrée (ITT) vise à fournir un cadre permettant d’expliquer pourquoi certains systèmes physiques tels que les cerveaux humains sont conscients, pourquoi ils ressentent les choses d’une certaine façon particulière dans certains états particuliers, et ce qui serait nécessaire pour que d’autres systèmes physiques le soient. Les animaux sont-ils conscients ? L’Univers entier pourrait-il être conscient ?

En principe, une fois que la théorie aura été précisée et testée suffisamment dans des conditions contrôlées, elle devrait fournir des raisons précisant comment un système physique pourrait être conscient, jusqu’où il l’est et quelle expérience personnelle il en a.

Dans l’ITT la capacité de conscience d’un système est considérée comme proportionnelle aux propriétés physiques causales le rendant objectivement capable de conscience. C’est pourquoi il devrait être possible au cas par cas de mesurer le degré de ses prises de conscience en évaluant l’importance de ces causes.

L’ITT a été proposée par le neuroscientifique Giulio Tononi in 2004. La dernière version, datée de 2014, est nommée IIT 3.0. .; La théorie est toujours en développement

Updated

Integrated information theory of consciousness: an updated account.

23/07/2023 Court extrait d’analyses britanniques concernant la guerre en Ukraine

Traduction

Le discours occidental concernant les forces armées russes a tendance à les présenter comme incapables en matière de tactique, déficientes techniquement et brisées moralement. Ces critiques dans certains cas ne sont pas inexacte mais elles ne peuvent pas être appliquées à l’ensemble de l’armée russe. Celle-ci, tout d’abord, a démontré que son matériel est efficace et hautement léthal comme le montre les statistiques militaires ukrainiennes concernant ses propres morts, blessés et prisonniers.

Les faiblesses russes à ce jour sont apparues dans la conduite des opérations offensives. L’infanterie manque d’effectifs suffisants et bien entraînés. Au contraire de l’artillerie en arrière plan, elle manque également de puissance de feu. Plus généralement elle est incapable d’anticiper les nouvelles menaces. Beaucoup de ses adaptations sont réactives. Il n’est pas certain qu’elle deviendront des acquis définitifs de l’armée russe.

Ainsi dans la défense antiaérienne toute innovation ukrainienne, résultant notamment de l’introduction d’armements américains, cause de trop longues périodes de troubles et de tirs amis. Les réserves massives de munitions dont disposaient initialement l’armée ont été utilisées inefficacement faute de pouvoir être remplacées rapidement.

Les troupes ukrainiennes, de leur côté, auront de plus en plus de mal à maintenir leur supériorité, notamment du fait de la complexité des fortifications construites par les russes dans les zones urbaines qu’ils ont occupées.

Source

Royal United Services Institute for Defence and Security Studies

Meatgrinder: Russian Tactics in the Second Year of Its Invasion of Ukraine
https://static.rusi.org/403-SR-Russian-Tactics-web-final.pdf
Special Report 19 May 2023

Contents
Executive Summary
Introduction 1 Infantry 3 Engineers 9 Artillery 11 Armour 15 Electronic Warfare 18 Air Defence 20 Aviation 22 Command and Control 24 Priority Assistance for the Armed Forces of Ukraine 25 Conclusions

 

23/07/2023 Gaz de schiste américain ou fusion nucléaire à la française

Depuis quelques mois, des rapports américains préviennent du fait que ce qui avait été nommé l’ US shale revolution, la révolution du gaz de schiste ne pourra plus dans la quinzaine d’années prochaines soutenir la croissance comme cela avait été le cas dans les quinze dernières années.

Voir du Wall Street Journal “US Shale Boom Shows Signs of Peaking as Big Oil Well Disappear” ou Bloomberg. https://www.latestly.com/socially/business/the-specter-of-peak-oil-that-haunted-global-energy-markets-during-the-first-decade-of-the-latest-tweet-by-bloomberg-4922112.html

En fait, on peut penser que le peak oil surviendra plus tôt, dans deux à cinq ans. Mais il est surprenant de constater combien ces avertissements impactent peu le débat public. Jusqu’à présent l’opinion la plus répandue était qu’aux rythmes actuels de forage, les réserves pourraient durer au moins un siècle. Comme manifestement ce ne pourra pas être le cas, on se demande sur quoi comptent les investisseurs américains pour maintenir un taux suffisant d’activité dans l’économie, ceci afin en priorité d’éviter des crises sociales.

Dans l’immédiat, ils comptent sur les 25 milliards minimum annuels d’aide américaine à l’Ukraine pour faire fonctionner à plein régime les industries militaires américaines. Plus généralement le budget militaire américain, qui est approximativement de 615 milliards de dollars, aura son rôle pour maintenir l’activité aux Etats-Unis eux-mêmes comme dans les Etats satellites.

Mais si les intérêts pétroliers américains n’étaient pas si puissants, Washington devrait sans attendre investir comme le fait la France à Cadarache dans la fusion nucléaire. Si tout ce passait bien en ce domaine, le pétrole de schiste américain perdrait plus vite que l’on ne croit tout intérêt.

22/07/2023 La desalination de l’eau de mer

Actuellement l’humanité consomme globalement 4.000 Km2 d’eau douce pour ses divers besoins. Ceci devrait augmenter avec le réchauffement climatique L’eau douce devrait devenir une ressource rare et par conséquent de plus en plus coûteuse. Pourquoi dans ce cas ne pas consommer davantage d’eau de mer desalinée ?

Le problème est que la desalination de l’eau de mer est actuellement trop coûteuse pour être rentable. Le sel se dissout très facilement dans l’eau mais ce faisant il forme des liens chimiques difficiles à rompre. L’énergie et les technologies nécessaires sont d’un prix élevé.

Il est difficile d’évaluer exactement les coûts de la desalination. Ils varient beaucoup selon les pays, en fonction des prix de l’énergie, de la main d’oeuvre, des terrains et de l’accès à la mer. Mais ils sont relativement élevés. Il y a encore peu d’usines de desalination dans le monde.

Selon l’ International Desalination Association (IDA | The Global Desalination and Water Reuse Community ) il y a environ 13.000 usines de desalination dans le monde. La plupart sont situées dans des Etats pétroliers où l’énergie est bon marché et l’eau douce rare.

Rappelons qu’il y a deux méthodes pour désaliner l’eau de mer, la distillation thermique et l’osmose inverse. La première nécessite de la chaleur pour faire bouillir l’eau, la seconde utilise des membranes semi-perméables. L’eau salée est obligée de les traverser afin d’y perdre l’essentiel de ses sels. Cette technologie nécessitant moins d’énergie que la distillation sera de plus en plus fréquemment utilisée.

Ces deux méthodes présentent des coûts écologiques. Avec l’eau de mer sont pompées et détruites de nombreuses créatures marines. Le rejet d’eaux supersalées a le même effet.

Ceci dit, l’eau douce sera de plus en plus rares. Les nappes souterraines sont en voie d’asséchement de même que la plupart des rivières, il n’est plus possible de construire de nouveaux barrages ; l’enneigement des massifs montagneux diminue chaque année.

22/07/2023 La conscience chez l’animal

Le fait que les animaux puissent être dotés de capacités de conscience proches de celles de l’homme n’a jamais été discuté dans l’Antiquité. Aujourd’hui il fait l’objet de vifs débats. y compris dans le domaine scientifique.

Ceux-ci commencent par la définition de ce que l’on entend par le concept de conscience. S’agit-il d’une conscience analogue à la nôtre, très largement influencée par les représentations que s’en donnent les groupes sociaux dominants. S’agit-il des conséquences qui découlent d’une organisation neuro-cérébrale que l’on trouve chez toutes les espèces supérieure, y compris chez beaucoup d’invertébrés comme les poulpes dépourvus de cerveaux centraux . Et qu’en sera-t-il des futures générations de robots dits intelligents dotés de l’équivalent de cerveaux. Que seront leurs capacités de conscience ?

En 2012, des scientifiques de tous les horizons, dont le physicien Stephen Hawking, parlaient d’une seule et même voix pour affirmer que les animaux étaient doués de conscience. Dans leur Déclaration de Cambridge sur la conscience, ils affirmaient ainsi que « les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques qui produisent la conscience »

Un ouvrage, paru le 18 octobre 2018 aux éditions Quae, propose de faire le point sur la question de la conscience des animaux. Il synthétise les résultats d’une expertise pluridisciplinaire de l’Inra, qui avait été conduite à la demande de l’unité « santé et bien-être animal » de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA).

Ces résultats ont été présentés en mai 2017 aux membres du réseau européen sur le bien-être animal. Le rapport complet a été publié en anglais dès avril 2017 (un résumé en français est disponible sur le site de l’Inra).

Pour cette expertise, l’Inra a mobilisé 17 chercheurs français de diverses disciplines – biologistes, philosophes, sociologues et juristes. Ils ont effectué une revue de la littérature internationale, en retenant au final 659 références. L’analyse de ces textes et leur synthèse inédite présentées dans cet ouvrage permettront aux lecteurs de faire le point sur cette question complexe

Une nouvelle approche de la conscience

Pour mener à bien ce travail, il a d’abord fallu reprendre la notion de conscience chez les êtres humains, en tenant compte des apports récents de la neurobiologie (voir à ce sujet l’ouvrage du neuropsychologue Antonio Damasio, L’Ordre étrange des choses. La vie, les sentiments et la fabrique de la culture)

La définition de la conscience retenue dans l’ouvrage est la suivante : il s’agit d’une « expérience subjective de l’individu de l’environnement, de son corps et de ses propres connaissances », lui conférant une aptitude à percevoir le monde et à résoudre des problèmes.

La conscience y est classiquement présentée sous deux composantes : le niveau et le contenu de conscience. Le niveau de conscience se réfère aux états de vigilance, allant du coma à l’éveil. Le contenu de la conscience concerne la perception subjective de l’environnement et de soi-même, et l’évaluation et le contrôle des états mentaux.

Pour mettre en œuvre cette conscience, différentes structures nerveuses en interaction sont associées à un noyau central, chargé de gérer les règles des rythmes biologiques ainsi que la vigilance. Elles permettent des compétences cognitives parfois complexes telles que l’attention, l’apprentissage, la mémorisation, les émotions et l’évaluation d’une situation. Un seul stimulus peut activer plusieurs de ces structures, mais leurs interactions produisent des interprétations, des intentions, et provoquent des actions conscientes.

Le résultat de ces interactions s’avère d’une plus grande complexité que ce qui serait permis par la somme des activations de ces différentes structures. C’est cette propriété émergente qui constitue la conscience.

Ce que disent les récentes études sur la conscience animale

Les études récentes permettent de remettre en cause certaines affirmations sur l’incapacité des animaux à être conscients d’eux-mêmes, à évaluer leurs connaissances ou encore à se souvenir.

Les analyses disponibles sur le comportement, les facultés cognitives et la neurobiologie tendent ainsi à montrer l’existence de contenus élaborés de conscience chez certains animaux, dont les mammifères et les oiseaux. Pour illustrer ces contenus, le choix a été fait par les auteurs de l’ouvrage de développer différentes facettes des composantes de la conscience dont les émotions, la métacognition, la maîtrise du temps, le comportement social et les interactions avec les humains.

La possibilité d’évaluer sa propre connaissance, aussi appelée « métacognition », était encore récemment considérée comme une compétence de niveau supérieur présente uniquement chez l’homme. Les nouveaux dispositifs expérimentaux et les développements neurobiologiques ont permis, après les travaux de Smith sur les dauphins, de montrer que cette compétence existe également chez plusieurs espèces de mammifères terrestres (singes, rongeurs) ou marins (dauphin) et d’oiseaux (pigeon).

La conviction que les animaux étaient enfermés dans le présent a également été longtemps affirmée. Or il a été démontré, chez certains oiseaux et mammifères, l’existence d’une mémoire épisodique permettant à l’animal de se souvenir d’épisodes spécifiques, capacité présumée seulement humaine. Ainsi, des expériences montrent que les animaux peuvent planifier leurs activités futures. La tayra (Eira barbara), un mustélidé d’Amérique centrale et du Sud, cache par exemple des bananes plantains vertes et vient les chercher une fois qu’elles ont muri à point.

Les relations des animaux entre eux et avec l’homme s’avèrent quant à elles extrêmement flexibles, permettant une adaptation à de multiples situations. Ainsi, les geais buissonniers et les écureuils gris possèdent des stratégies de protection de leur cache par des tactiques de confusion, grâce à des caches factices variant en fonction du public fréquentant les bois où ils vivent .

Enfin, l’individu a la notion de ses partenaires et de leurs réactions : il s’agit d’une « théorie de l’esprit », qui caractérise la capacité à attribuer des états mentaux à d’autres individus. Des formes d’empathie, on pense aux rats libérant un congénère de sa cage, et de tromperie, en donnant par exemple de fausses informations à des congénères, ont d’autre part été observées chez les animaux.

https://theconversation.com/une-synthese-inedite-des-connaissances-actuelles-sur-la-conscience-animale-99394

Espace. Une mystérieuse source envoie d’étranges signaux vers la Terre depuis 35 ans

De longs signaux radio émanant de l’espace sont captés depuis 35 ans par les scientifiques qui n’en trouvent pas l’origine comme l’indique un article publié dans la revue Nature, mercredi 19 juillet 2023 (cf références et abstract ci-dessous). Parmi les hypothèses, les scientifiques pensent à un pulsar, même si ces étoiles ont l’habitude d’envoyer des pulsations de quelques millisecondes à plusieurs secondes mais jamais plusieurs minutes comme c’est le cas pour l’objet inconnu. 

Les premières ondes datent au moins de l’année 1988. Mais, depuis toutes ces années, les chercheurs n’ont pas pu décoder ces signaux. Leurs caractéristiques ne correspondent à aucun modèle connu, rapporte The Independent .Cette source envoie des explosions d’énergie d’une vingtaine de minutes avec une luminosité qui varie considérablement, selon les scientifiques. Elle a été identifiée il y a peu, mais en consultant des archives, les chercheurs ont pu repérer des traces de signaux comparables allant jusqu’à 21 minutes perçus depuis au moins 1988.

Les scientifiques ont d’abord pensé qu’il pouvait s’agir de signaux émanant de pulsars, des étoiles en fin d’évolution qui tournent rapidement en émettant des explosions radio de courte impulsion de quelques millisecondes à plusieurs secondes, mais jamais plusieurs minutes. Il pourrait aussi s’agir de sursauts radio, c’est-à-dire des anomalies dans les relevés de fréquences radio de l’espace, mais là encore les émissions ne durent pas plusieurs minutes.

Si l’objet baptisé GPMJ1839-10 est un pulsar, il ne se comporte pas comme ceux qui sont connus. Il fonctionne d’une manière que les scientifiques pensaient impossible. Les experts font également d’autres hypothèses. Il pourrait s’agir d’une étoile du type « naine blanche » hautement magnétisée ou d’un magnétar, un autre type d’étoile à neutrons avec des champs magnétiques incroyablement puissants. Cependant, ces objets célestes n’envoient habituellement pas de telles pulsations. Le mystère reste donc entier.

Observons que compte tenu de la vitesse de la lumière dans le vide, cette source est dans notre galaxie et relativement proche de la Terre

Référence

A long-period radio transient active for three decades

Nature  volume619, pages 487–490 (2023)

Abstract

Several long-period radio transients have recently been discovered, with strongly polarized coherent radio pulses appearing on timescales between tens to thousands of seconds1,2. In some cases, the radio pulses have been interpreted as coming from rotating neutron stars with extremely strong magnetic fields, known as magnetars; the origin of other, occasionally periodic and less-well-sampled radio transients is still debated3. Coherent periodic radio emission is usually explained by rotating dipolar magnetic fields and pair-production mechanisms, but such models do not easily predict radio emission from such slowly rotating neutron stars and maintain it for extended times. On the other hand, highly magnetic isolated white dwarfs would be expected to have long spin periodicities, but periodic coherent radio emission has not yet been directly detected from these sources. Here we report observations of a long-period (21 min) radio transient, which we have labelled GPM J1839–10. The pulses vary in brightness by two orders of magnitude, last between 30 and 300 s and have quasiperiodic substructure. The observations prompted a search of radio archives and we found that the source has been repeating since at least 1988. The archival data enabled constraint of the period derivative to <3.6 × 10−13 s s−1, which is at the very limit of any classical theoretical model that predicts dipolar radio emission from an isolated neutron star.

21/07/2023 Pourquoi Moscou abandonnerait-il son contrôle de l’est du Donbass ?

L’est du Donbass, où la plupart des combats avec la Russie ont eu lieu depuis 8 ans, a toujours été présenté comme le cœur industriel de l’Ukraine. Avec ses réserves considérables en charbon, il a contribué au développement des aciéries, des fonderies et des générateurs électriques de la région depuis plus d’un siècle.

Mais il n’est pas que cela. Un récent rapport du cabinet d’étude SecDev basé à Ottawa, intitulé Russia’s Resource Grab in Ukraine, référencié ci-dessous, montre que l’Ukraine pourrait devenir un  super-pouvoir dans le domaine critique des ressources minérales et agricoles. Globalement il y occupe le 4e rang mondial.

Au delà de cela, l’Ukraine disposerait des plus vastes réserves de terres rares en Europe (cerium, yttrium, lanthanum, neodymium). Celles-ci sont indispensable à l’industrie de la microélectronique et de la téléphonie mobile. Elles ont compté pour plus de 30% des exportations du pays en mars 2022, avec un total de 54 milliards de dollars.

Par ailleurs, l’essentiel des réserves de gaz naturel, de charbon et de pétrole dont dispose l’Ukraine se trouve dans la région Dnieper-Donetsk. Le gaz se trouve dans des réserves estimées de 2 à 5 trillions de M3 principalement dans des régions aujourd’hui contestées de la Mer Noire. Grâce à ses conquêtes en Ukraine, Moscou contrôle les 2/3 de son plateau maritime en atlantique nord, où se trouve l’ essentiel de ses réserves en hydrocarbures.

https://foreignpolicy.com/2022/04/28/ukraine-war-russia-resources-energy-oil-gas-commodities-agriculture/.



20/07/2023 La théorie de l’information intégrée (TII)

La théorie de l’information intégrée (TII), ou en anglais Integrated information theory (IIT), est une théorie proposée par Giulio Tononi en 2004. Elle vise à expliquer pourquoi les cerveaux humains, qu’elle considère comme des systèmes physiques, sont conscients et à quel degré. Elle se demande ce qu’il faudrait pour que d’autres systèmes physiques, en premier lieu les cerveaux animaux, deviennent conscients comme le sont les humains. L’univers dans son ensemble est-il conscient et comment cette conscience se manifeste-t-elle ?

La dernière version de la théorie dite ITT 3.0. date de 2014. Elle est encore en développement et amélioration.

David Chalmers avait expliqué que tenter de comprendre la conscience à partir de lois physiques débouchait sur une impossibilité, ce qu’il a nommé le « hard problem« . ITT part du principe contraire. Nous devons admettre que nous sommes conscients et rechercher les propriétés qu’un système physique tels que nous doit acquérir pour accéder à cet état de conscience, étant admis que celui-ci ne peut que provenir de l’état du système physique sous-jacent.

Les capacités d’un système physique pour accéder à la conscience sont inconnues. Elles forment un éventail comme le montrent les études sur des patients atteints d’incapacité du corps calleux (split brain patients) ou sur des patients conscients bien que disposant d’un cerveau où manquent d’importantes portions du corps cérébral.

L’ITT pour sa part distingue les propriétés d’une expérience consciente, qu’elle nomme « axiomes » et les propriétés d’un système physique conscient, nommés postulats.

Pour des approches différentes, voir Wikipedia Conscience

Les axiomes.

Ils représentent les aspects essentiels de chaque expérience consciente. On peut les caractériser comme suit :

  • La conscience existe intrinsèquement. Chaque expérience consciente est réelle ; elle ne dépend pas d’observateurs extérieurs.
  • La conscience est structurée. Chaque expérience est composée de multiples distinctions phénomènologiques. La phénoménologie est une école de philosophie qui s’attache à démontrer que le phénomène n’existe que s’il y a une conscience pour le percevoir. Toute conscience serait donc conscience de quelque chose, c’est l’idée d’intentionnalité de la conscience. La méthode phénoménologique veut démontrer qu’il existe une relation essentielle entre la conscience et le monde. La phénoménologie reprend les interrogations philosophiques sur le concept d’essence, et son approche pour les aborder est d’étudier l’expérience vécue, c’est-à-dire le phénomène en tant que tel. Il est parfois considéré qu’ainsi, la phénoménologie cherche à faire le lien entre l’idéalisme (passer par l’idée pour accéder au réel) et l’empirisme (passer par le réel pour accéder à l’idée)
  • La conscience est spécifique. Chaque expérience est comme elle est, composée d’un ensemble spécifique de distinctions phénoménales. Elle se différencie de toutes autres possibles.

Les postulats

Les propriétés requises d’un état physique conscient sont dites par l’ITT des postulats du fait que l’existence de cet état physique est elle-même postulée. Rappelons que l’ITT maintient que la seule chose dont chacun peut être certain qu’elle existe est sa propre conscience. Ici, dans ce qui suit, un système physique est entendu comme un ensemble d’éléments, chacun disposant de deux ou trois états internes. Les données en entrée influencent cet état, celles en sortie sont influencées par lui. Les neurones en sont des exemples naturels.

Dans ces conditions, les postulats sont

. Que les système disposent d’une existence intrinsèque. Afin d’exister intrinsèquement, ils doivent avoir des causes et des effets, indépendants des observateurs extérieurs. Un pouvoir de cause et d’effet peut-être défini en considérant un espace de cause et d’effet ( cause-effect space ) doté d’un axe pour chaque état possible du système dans le passé (causes) et dans le futur (effets). Dans cet espace, une intervention qui établit le système dans un état initial (cause), sans modification des conditions d’arrière plan (background conditions) conduit le système dans son état présent (effet).

  • Que les systèmes soient structurés. Les sous-éléments constituant le système s’articulent selon des considérations différentes qui peuvent avoir des relations de cause à effet à l’intérieur du système lui-même ( cause-effect structure )
  • Que les systèmes précisent les conditions pour lesquelles ils sont ce qu’ils sont. Ceci permettra d’établir des répertoires spécifiques de cause à effet, (specific cause-effect repertoires )permettant de comprendre pourquoi les systèmes sont ce qu’ils sont

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https://en.wikipedia.org/wiki/Integrated_information_theory