27/01/2023 La croissance économique africaine est repartie à la hausse

Fin 2022, les chiffres mesurant la croissance économique en Afrique sont repartis à la hausse. Âpres avoir pendant deux ans ressenti la baisse d’activité mondiale résultant de la pandémie due au Covid 19, les économie africaines manifestent une nette tendance de reprise.

L’Afrique a réussi à retrouver un rythme de croissance similaire à celui observé avant la pandémie plus rapidement que d’autres économies régionales, y compris certaines économies en développement. Cependant, les défis restent nombreux, à commencer par le niveau élevé de la dette publique et privée. Les besoins de financement extérieur restent très importants.

 Une partie de la croissance en 2021 s’explique mécaniquement par le rattrapage de la récession enregistrée en 2020 dans le contexte de la pandémie mondiale (rebond technique). En dehors de cet effet rebond, la croissance africaine en 2021 est redevenue très proche de celle observée en moyenne avant la pandémie (+3,0 %, contre +3,2 % de taux de croissance annuelle moyen pour la période 2015-2019). Elle s’accélère en 2022 pour atteindre 4,0 % selon les estimations provisoires du FMI .

La croissance des Etats africains reste cependant conforme à ce que l’on peut attendre de pays encore largement peu développés. Ainsi la forte remontée des cours des matières premières a été favorable aux économies extractives africaines. Stimulés par la hausse de la demande énergétique, en particulier depuis la Chine, les cours du pétrole et les prix des métaux de base avaient déjà connu une progression sensible en 2021, progression qui s’est amplifiée en 2022 dans le contexte du conflit en Ukraine et de ses conséquences inflationnistes.

En raison de la croissance démographique, qui reste rapide sur le continent (+2,5 % de croissance annuelle moyenne entre 2015 et 2020, contre +1,1 % au niveau mondial), le rattrapage en termes de PIB par habitant y est bien plus lent. Pour cette raison, l’Afrique ne retrouvera son niveau de PIB par habitant antérieur à la pandémie qu’en 2023, quand la plupart des autres régions ont pu le recouvrer dès 2021.

On observera que la politisation croissante de l’Afrique, notamment francophone, n’encouragera pas les investisseurs. C’est ainsi que le Groupe « russe » Wagner, considéré comme terroriste, semblait avoir considéré que l’Afrique francophone lui serait très efficace pour se donner des bases arrières. Certains gouvernements semblent avoir accueilli ce discours avec intérêt. L’on devine de quelles bases arrière il pourra s’agir

26/01/2022 Russes et européens ne survivront dans ce siècle qu ‘au prix d’alliances étroites

En ce début de 2023, il est affligeant de constater que les russes et les européens sont à la veille de s’engager dans une guerre fratricide, au lieu de s’allier pour faire face ensemble aux dangers qui les menacent.

Le premier de ces dangers est démographique. Leur taux de reproduction est inférieur à celui de la plupart des pays de l’Afrique continentale et de l’Asie. Aux rythmes actuels, les terriens seront bientôt en majorité d’origine asiatique ou africaine. De longues traditions civilisationnelles et culturelles, celles sur lesquelles s’édifieront encore longtemps les nations, risquent ne disparaître rapidement. Les Etats-Unis, qui semblent aujourd’hui s’affronter dans des luttes raciales, ne pourront pas jouer un rôle compensateur. Des unions fécondes entre jeunes russes et europé(ennes) pourraient rétablir l’équilibre.

Dans le domaine essentiel de l’innovation scientifique et industrielle, la mise au point de nouveaux armements destinés à alimenter des guerres fratricides, ne pourra pas remplacer dans les domaines civils la coopération entre chercheurs et développeurs. La récente pandémie due au Covid19 a montré le besoin d’un travail en commun entre virologues pour éviter les doubles-emplois et les pertes de temps. Ce travail en commun n’avait pas eu lieu du fait d’obstacles politiques.

Il en sera de même dans le domaine spatial. L’arrêt récent de la coopération entre l ‘Agence Spatiale Européenne et Roscosmos, sous prétexte de « sanctions », ne bénéficiera qu’aux Etats-Unis et à la Chine.

Les hommes politiques russes et européens ne semblent pas aujourd’hui conscients de ces exigences. Ce serait aux citoyens avertis de le leur rappeler.

25/01/2023 L’Occident a-t-il décidé de détruire la Russie pour prendre sa place en tant que grande puissance multipolaire?

La question mérite d’être posée lors que l’on constate avec quelle obstination les Etats-Unis et leurs alliés (le « Collective Ouest ») s’acharnent depuis quelques mois à présenter la Fédération de Russie comme désirant mettre en place y compris par la guerre un ordre international multipolaire dont ce même Occident serait la victime et dont cette même Russie profiterait quasi exclusivement.

Cependant récemment en Afrique du Sud, le ministre russe des affaires étrangères Serguei Lavrov a dénoncé le « néocolonialisme » des Etats-Unis et rappelé la volonté affichée de la Russie de faire plus de place aux pays en développement au sein du Conseil de sécurité des Nations unies.

Pendant ce temps le président sud-africain Naledi Pandor appelait le G20 à s’appuyer sur l’alliance des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) pour « démocratiser le système de gouvernance internationale ».

Il paraît évident que si les Etats-Unis parvenaient à convaincre le G20 des prétendues intentions impérialistes et militaristes de la Russie, une grande partie de la tâche serait faite.

LA START-UP FRANÇAISE PASQAL LÈVE 100 MILLIONS D’EUROS POUR SON ORDINATEUR QUANTIQUE

La physique quantique, reposant sur des modèles faisant appel au calcul quantique, calcul reposant lui-même sur l’informatique quantique, est désormais indispensable à toute compréhension du monde. Ceci se vérifie aujourd’hui dans tous les domaines de la science et de la technologie, et à toutes les échelles, macroscopiques ou microscopiques (sub-atomique)

Il a souvent été dit que l’Etat ou le groupe industriel qui maîtrisera le premier l’informatique quantique maitrisera le monde. Mais ceci supposera une pleine maitrise des calculateurs quantiques. Or ceux-ci reposent sur la manipulation d’unités de calcul dits bits quantiques qui sont d’une très grande fragilité. Quand ils entrent en contact avec des bits ordinaires, ils « perdent leur cohérence »et redeviennent des bits ordinaires, au sein de calculateurs ou de réseaux qui n’ont plus de propriétés quantiques.

Jusqu’à présent seuls des très grands de l’informatique ont pris le risque de proposer des calculateurs quantiques à une échelle utilisable. Il s’agit de IBM et d’Honeywell. Ces groupes, comme nul n’en ignore, sont américains. Ils se sont donc ni russes ni européens.

Est-ce à dire que les européens, et la France en particulier, devraient pour un temps indéterminé, renoncer à tout calcul quantique.

Or l’entreprise française Pascal vient de faire connaître aux non spécialistes qu’il faudra désormais compter sur elle pour fournir des services de calcul quantique. Nous lisons ceci sur le site de BfmTV.com

https://www.bfmtv.com/economie/la-start-up-francaise-pasqal-leve-100-millions-d-euros-pour-son-ordinateur-quantique_AD-202301240127.html

LA START-UP FRANÇAISE PASQAL LÈVE 100 MILLIONS D’EUROS POUR SON ORDINATEUR QUANTIQUE

Pour l’instant, Pasqal est une start-up employant une centaine de collaborateurs, dont les machines déjà construites se comptent sur les doigts d’une main. L’une d’elle est accessible en ligne depuis mai 2022, pour que de premiers projets et cas d’usage puissent être testés par des développeurs.

D’autres sont en cours d’achèvement, avec notamment deux livraisons prévues dans les grands centres de calcul intensif français (Genci) et allemand (Jülich).

Aucun ordinateur quantique n’a toutefois réussi pour l’instant à prouver de façon indiscutable sa supériorité sur un ordinateur classique.

Mais « on est en train de rentrer dans une nouvelle ère où l’ordinateur quantique commence à être au niveau de l’informatique classique », affirme Georges-Olivier Reymond, le directeur général de Pasqal.

La jeune entreprise s’apprête ainsi à publier un article scientifique avec la banque d’investissement du Crédit Agricole expliquant comment son processeur quantique a pu faire aussi bien qu’un ordinateur classique sur un problème de calcul du risque emprunteur pour les crédits.

Avec l’argent levé, la start-up basée à Massy (région parisienne) compte doubler ses effectifs en un an et construire quelques dizaines de machines sur les années à venir, selon Georges-Olivier Reymond.

« Avantage quantique »

Le but est d’arriver à augmenter rapidement leur puissance de calcul pour parvenir enfin à battre une machine classique.

Cet « avantage quantique » pourrait être atteint « d’ici 1 à 3 ans, selon la chance ou l’optimisme que l’on a », explique le dirigeant.

IBM, l’un des groupes mondiaux les plus avancés dans la course à l’ordinateur quantique, espère de son côté y arriver d’ici à 2024.

Google avait revendiqué la « suprématie quantique » en 2019, affirmant que son processeur Sycomore avait fait en 3 minutes un calcul qui aurait demandé plus de 10.000 ans à un supercalculateur classique.

Mais cette affirmation a ensuite été contestée, notamment parce que le calcul fait alors ne servait à rien d’autre que remporter cette victoire.

Le problème pour les constructeurs d’ordinateurs quantiques est d’arriver à augmenter le nombre de bits quantiques (aussi appelés qubits), la brique élémentaire du processeur quantique.

Bientôt 1000 qubits

Fondés sur l’infiniment petit (des atomes de rubidium manipulés par des lasers, dans le cas de Pasqal), ces qubits sont aussi très instables et très difficiles à contrôler, avec une difficulté qui va croissante au fur et à mesure qu’on en rajoute pour doper la puissance de l’ordinateur.

Pasqal, qui livrera des machines de 100 qubits aux centres de calcul français et allemand, a pour objectif de parvenir bientôt à un processeur de 1.000 qubits.

« Pour nous, c’est un peu le chiffre magique, dont nous pensons qu’il nous permettra d’atteindre l’avantage quantique », souligne Georges-Olivier Reymond.

23/01/2023 Pourquoi l’Amérique a-t-elle besoin de conquérir l’Ukraine ?

Il est difficile aujourd’hui de ne pas attribuer à l’Amérique la responsabilité de l’actuelle conflit en Ukraine dont on peut craindre de plus en plus qu’il ne conduise à une guerre nucléaire mondiale. La Russie dans cette perspective se serait simplement défendue par une « « opération militaire spéciale » des efforts de Washington pour la coloniser dans tous les sens du mot, le type de colonisation dont les Etats européens sont les victimes depuis la fin de la première guerre mondiale.

Un certain nombre d’enseignants américains en sciences politiques le reconnaissent aujourd’hui. C’est le cas de Darel E. Paul, professeur de sciences politiques au Williams College. Il a écrit récemment dans The American Conservative «  Here we come to the real glue of America. From the founding of the country in the fires of war, the United States has been an expansionary republican empire ever incorporating new lands, new peoples, new goods, new resources, new ideas … Continuous military, commercial, and cultural expansion since Jamestown ».

Dans ces conditions, que pourrait faire la Russie de Vladimir Poutine pour ne pas être incorporée dans l’Empire américain à l’occasion de ses relations avec l’Ukraine. Il lui faudrait soit reprendre la main sur ce pays en répudiant toutes ses dettes, y compris par une occupation militaire partielle, soit courir le risque de devoir partager avec elle la « pyramide de dettes«  qui est la sienne.

Or aujourd’hui la dette de l’Ukraine est de 100 milliards de dollars. Mieux vaut la guerre.

https://english.almayadeen.net/articles/opinion/is-this-western-war-on-russia-simply-stupidity

Europe Solidaire

23/01/2022 L’intelligence artificielle et ses évolutions sont-elles un atout ou un risque pour l’humanité ?

Par Emmanuel Arago

Emmanuel Arago est le pseudonyme d’un membre éminent du Comité de Rédaction de ce site. Je le remercie en notre nom à tous JPB

Selon le Larousse, l’Intelligence artificielle (IA) est un « ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine ».

S’interroger sur les évolutions de l’IA, amène à introduire la distinction essentielle entre « IA faible » et « IA forte » :

L’IA faible est une intelligence artificielle non-sensible qui se concentre sur une tâche précise. L’IA faible simule l’intelligence mais n’est pas intelligente. Tous les systèmes actuellement existants sont considérés comme des intelligences artificielles faibles.

L’IA forte, quant à elle, fait référence à une machine capable non seulement de produire un comportement intelligent, notamment de modéliser des idées abstraites, mais aussi d’éprouver une réelle conscience et une compréhension de ses propres raisonnements. Une IA forte se reconnaîtrait à sa capacité à passer avec succès le test de Turing. Décrit par Alan Turing en 1950, ce test consiste à établir une conversation à l’aveugle entre un humain (A), un ordinateur et un autre humain. Si l’humain A n’est pas capable de reconnaître lequel de ses interlocuteurs est un ordinateur, ce dernier a passé le test avec succès. Les IA fortes font l’objet de beaucoup de spéculation, on semble s’en rapprocher de plus en plus, mais il n’en existe pas encore.

Première Partie. L’ IA Faible

Quel que soit son domaine d’application, l’IA faible fonctionne de manière identique. Elle traite un nombre considérable de données avec des algorithmes performants. L’IA apprend automatiquement et automatise les processus. Sa principale différence avec un programme informatique est qu’elle ne reçoit pas d’ordres pour obtenir un résultat. Elle reproduit un modèle cognitif et ce faisant se rapproche de l’intelligence humaine.

1. Quelques exemples d’application

– Audiovisuel :

L’IA est capable de composer des musiques et, des films, des tableaux et autres œuvres d’art.

– Langage :

L’IA est capable d’écrire des articles de presse comme des textes littéraires ou poétique. L’actualité la plus récente a mis en lumière les incroyables performances de l’IA Chat GPT. Mise en service le 30 novembre 2022 dans une version test, pour le moment gratuite mais qui sera payante à terme, Chat GPT a connu un succès foudroyant avec plusieurs millions d’utilisateurs et une couverture de presse considérable.

– Automobile

Les fameux véhicules autonomes, rendus célèbres par Tesla et Google, n’ont plus besoin de conducteurs.

– Militaire

Les drones les plus performants sont désormais capables d’identifier seuls qui est l’ennemi et de décider seul s’il doit attaquer, sans recours à un ordre humain.

– Jeu d’échec et jeu de go

L’IA a battu les meilleurs champions humains dans ces deux jeux

2. Avantages

L’IA s’avère être un véritable auxiliaire pour l’intelligence humaine.

– Suppression des tâches automatiques et pénibles

– Démultiplication de la puissance de calcul bien au-delà de ce que peut faire un cerveau humain

Forte capacité de prédiction grâce au traitement des Datas

– Amélioration du service public rendu à l’usager

3. Dangers

Néanmoins, les risques sont nombreux

– Le piratage et la construction de fausses nouvelles. De ce point de vue, Chat GPT a généré une grande crainte dans les établissements scolaires et universitaires dont les professeurs ne sont plus sûrs de savoir qui a fait les devoirs relevés, l’élève ou l’IA.

– Le piratage des IA elles même et leur prise de contrôles par un tiers. Très concrètement, cela peut se traduire par la prise de contrôle d’un véhicule autonome qui échapperait ainsi à son propriétaire.

– Les défauts de conception de l’IA qui l’amènerait à prendre de mauvaises décisions ou à faire des erreurs.

– La perte d’emploi, sans que l’on soit sûr que les emplois perdus ici seront recréés ailleurs (validité ou épuisement de la théorie de Schumpeter de la « destruction créatrice »)

– La santé physique et psychologique, l’intelligence humaine (QI, mémorisation) qui peuvent être impactés négativement par le manque de stimuli, l’IA agissant et réfléchissant à la place de l’être humain.

– Un contrôle social totalitaire à l’échelle d’un état, tel qu’anticipé par George Orwell dans 1984 et dont les signes avant-coureurs se déploient en Chine

– Un contrôle social totalitaire à l’échelle d’une communauté par la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux

– Un apprentissage philosophiquement ou politiquement orientée de l’IA par ses concepteurs qui orienterait ses réponses et décisions dans une certaines direction, de la même manière qu’une école idéologiquement orientée influe sur la manière de penser des adules qui y ont reçu leur éducation.

– Une explosion du vivre ensemble et de la diversité culturelle, comme nous le montre déjà les algorithmes des réseaux sociaux qui constituent des « communautés » hermétiques les unes aux autres.

– Un essor de la propagande, de la désinformation et de la propagation de la haine, comme en témoigne déjà les fameuses « fermes à troll », dont les russes sont les grands, mais sans doute pas les seuls, spécialistes.

4. Quelle régulation ?

– Une régulation par le droit.

Il est en train d’émerger un droit des IA. Notamment pour préciser qui est responsable en cas d’IA réalisant des accidents : le propriétaire, le concepteur, le voleur qui en aurait usurpé le contrôle, l’IA elle-même ?

Par ailleurs, l’organisation Non Humanright Project, qui réfléchit au statut des végétaux et des animaux, se préoccupe des « êtres culturels du numérique » pour leur attribuer une reconnaissance juridique. On sait qu’Emmanuel Kant était disposé à reconnaître les mêmes droits à tous les êtres de raison, fussent-ils extraterrestres ou, ce qu’il n’avait pas imaginé, informatiques (cf Essai d’une comparaison, fondée sur les analogies de la nature, entre les habitants des diverses planètes, 1755). Thibaut Gress et Paul Mirault, dans la philosophie au risque de l’intelligence extraterrestre (2016) rappellent « que la question extraterrestre constitue le fil directeur de la réflexion morale de Kant en ceci que ce dernier cherche à définir une loi morale qui vaudrait pour tout être raisonnable et non pour l’homme seul, ce qui amènera Kant en retour à définir ce qui fait l’humanité de l’homme comme un obstacle à l’observation stricte de la loi morale. »

– Une Régulation par le contrôle des recherches et par les valeurs

Comment l’évolution de l’IA peut être régulée dans le sens d’un rapport bénéfices/risque contrôlé et positif ? Par le simple jeu de la liberté, conformément aux principes du libéralisme ? Ou au contraire par une forte intervention des sociétés humaines. Et auquel cas, à quelle échelle ? Mondiale ? Fédérale ? Nationale ?

Le Conseil de l’Europe a inscrit, à l’horizon 2028, la question de la régulation de l’IA comme l’un des défis majeurs afin de trouver un juste équilibre entre les bénéfices des progrès technologiques et la protection de ses valeurs fondamentales. Le grand défi de la Commission est de trouver un équilibre entre la réduction des risques et l’innovation, selon Théodore Christakis, professeur de droit et titulaire de la chaire Legal and Regulatory Implications of Artificial Intelligence au sein de l’Université Grenoble Alpes.

Dans le prolongement des réflexions européennes, dans une étude publiée le 30 août 2022, le Conseil d’État propose de poser les bases d’une stratégie française ambitieuse pour l’IA. Il encourage à faire de la CNIL l’autorité de contrôle nationale responsable de la régulation des systèmes d’IA prévue par le futur règlement européen.

En comparaison, les États-Unis et la Chine semblent plus réticents à imposer des obligations légales. La Chine ou les États-Unis, mettent l’accent sur l’accélération de l’innovation et la compétitivité, L’approche américaine est ainsi résumée en 2021 par Eric Schmidt, président de la Commission de sécurité nationale américaine sur l’IA et ancien CEO de Google : « l’avenir de l’IA ne sera pas construit par des règlementations mais par des investissements ».

Au final, la question est de savoir si la règlementation de l’IA est un problème de technologie ou un problème de valeurs ? L’atténuation des risques viendra-t-elle des règles éthiques ou de la stimulation de l’innovation.

2e Partie . L’ IA Forte

1. La Singularité technologique


Avec la « Singularité », ou « Singularité technologique », qui devrait se produire vers 2045, soit moins de 25 ans, selon certains experts, les IA s’autonomiseront et n’auront plus besoin des humains pour exister et apprendre. Les IA accèderont à la conscience d’elles-mêmes. Les hommes risquent alors de perdre le contrôle des machines. Ce champ de réflexion est abordé depuis longtemps par la science-fiction, le plus souvent sur le mode dystopique.

2. Ce que nous dit la science-fiction sur les dangers de l’IA forte :


– 2001 Odyssée de l’espace et le méga ordinateur HAL 9000 ;Il s’agit là d’une rébellion de l’IA contre l’être humain. S’il agonise d’une manière pathétique qui suscite l’empathie du spectateur, Hal n’en est pas moins animé d’une forme de méchanceté ou de jalousie

– Alien et l’androïde ASH.
La question posée par ASH est celle de l’humanité d’un être que rien ne distingue d’un humain, ni dans sa manière de penser ni dans son physique. Il en est de même dans les deux films de la série Blade runner.

– Real human et ses Hubots / Ex Machina et le personnage d’Ava

La question est de savoir ici si ces robots si semblables aux humains par la pensée et le corps doivent générer en nous de l’empathie et s’ils ont les mêmes droits que nous. La révolte des Robots, est présentée ici comme légitime, et c’est l’homme qui tient le mauvais rôle. Il y a là le même renversement de perspective que dans les westerns où les indiens sont passés de mauvais personnages tueurs de cowboys à victime de la cruauté et de la cupidité des mêmes cowboys. Ce type de vison nous amène à la question du transhumanisme qui envisage la perspective d’un dépassement de la condition humaine débouchant sur le posthumanisme.

3. Une nouvelle ère : le posthumanisme

Avec le posthumanisme, nous passerons à un système où le projet humaniste de prise en main total par l’homme de son destin serait arrivé à son terme et se renouvellerait. Dans le monde posthumain, les « hommes augmenté » grâce aux progrès de la science côtoieront des IA émancipés, tout en vivant en harmonie dans le cadre d’une reconsidération respectueuses de la place de chacun, animaux, végétaux, et humains ordinaires. Telle est du moins la version idéale et heureuse du posthumanisme. On peut aussi en craindre une version cauchemardesque, totalitaire et très inégalitaire, avec d’un côté les machines et les hommes augmentés élevés au rang de seigneurs, et de l’autre les simples humains ramenés au rang de troupeau, comme dans le film Elysium.

***

Au-delà de tout reflexe technophile ou technophobe, il importe de prendre conscience, qu’on s’en félicite ou s’en désole, que l’IA est là. Dès lors, nous n’avons d’autre alternative que de prendre en compte à la fois son existence et ses évolutions très rapides, tant dans ses bienfaits que dans ses dangers. On ne peut plus penser aujourd’hui l’évolution des sociétés humaines sans prendre en compte l’omniprésence et les évolutions de l’IA, de la même façon qu’on ne peut plus les penser sans prendre en compte la dimension environnementale qui s’impose à nous par le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité.

Sur ce point, laissons le mot de la fin à Chat GPT :

« L’IA est importante à considérer pour l’avenir du monde car elle est en train de devenir un facteur clé dans de nombreux domaines tels que la technologie, l’économie, la santé, la sécurité et la politique. Elle a le potentiel de résoudre certains des problèmes les plus pressants de la société, tels que les changements climatiques et la pauvreté, mais elle peut également causer des problèmes éthiques et sociaux importants si elle n’est pas utilisée de manière responsable. Il est donc important de prendre en compte l’IA dans les décisions qui impactent l’avenir du monde afin d’optimiser ses avantages tout en minimisant ses risques

22/01/2022 Des drones ukrainiens tueurs autonomes

La guerre entre la Russie et l’Ukraine entrera-t-elle dans l’histoire comme le premier conflit armé faisant intervenir des «robots tueurs». Kiev aurait développé des drones capables de trouver leurs cibles de façon autonome, selon Newscientist n° 3412 du 12 nov. p 13. Cet article rapporte les propos de l’un des chefs de l’armée ukrainienne, le lieutenant-colonel Yaroslav Honchar, spécialiste en intelligence aérienne (espionnage aérien)

Dans un entretien accordé le 13 octobre à l’agence ukrainienne d’information indépendante Unian, celui-ci indique en effet qu’une équipe constituée d’un millier de passionnés travaille sur ce projet de drones tueurs autonomes depuis 2014, et que les appareils sont désormais prêts à entrer en action. Kiev aurait déjà développé des drones capables de trouver leurs cibles de façon autonome.

Jusqu’ici, l’Ukraine a fait preuve d’une grande dextérité dans le déploiement de drones innovants. Qu’il s’agisse des frappes opérées par de petits appareils multirotors munis de de bombes antitank miniatures, ou de l’attaque d’envergure menée par des drones aériens et marins contre une base navale russe en Crimée le 29 octobre, les opérations ont souvent été couronnées de succès.

Les techniciens ukrainiens se disent désormais prêts à passer à l’étape supérieure, grâce à un système de vision intelligente permettant aux aéronefs d’identifier les véhicules militaires camouflés et de mener des attaques contre eux, le tout sans assistance humaine. Ce sera ne avancée importante, car les deux camps disposent de brouilleurs hautes fréquences capables de bloquer la communication entre les drones et leurs opérateurs humais.

Ce « progrès » qui constitue une bonne nouvelle pour l’Ukraine inquiète la communauté internationale. Le 21 octobre 2022, soixante-dix nations ont livré une déclaration commune lors de l’Assemblée générale de l’ONU, appelant à réguler voire à interdire l’utilisation d’armes autonomes. Mais les discussions sur le sujet, qui se sont ouvertes il y a plusieurs années, ne semblent guère avancer.

Référence

Common declaration

https://www.stopkillerrobots.org/news/70-states-deliver-joint-statement-on-autonomous-weapons-systems-at-un-general-assembly/

The research and development of new technologies is progressing at a rapid pace. New and emerging technologies hold great promise for the advancement of human welfare and could help to better protect civilians in conflict in certain circumstances. 

However, the introduction of new technological applications, such as those related to autonomy in weapon systems, also raise serious concerns from humanitarian, legal, security, technological and ethical perspectives. We therefore see an urgent need for the international community to further their understanding and address these risks and challenges by adopting appropriate rules and measures, such as principles, good practices, limitations and constraints. 

We are committed to upholding and strengthening compliance with International Law, in particular International Humanitarian Law (IHL), including through maintaining human responsibility and accountability in the use of force. 

Important work has been done and continues to be done under the UN Convention on Certain Conventional Weapons (CCW), including the endorsement in 2019 of the 11 Guiding Principles that, inter alia, should continue to guide the work of the Group of Governmental Experts (GGE) on Emerging Technologies in the Area of Lethal Autonomous Weapons Systems. We are also encouraged that proposals on possible measures and options were presented and discussed at the GGE. 

Although it has proven difficult to translate progress made in the CCW’s discussions into further concrete outcomes, the consideration of substantive proposals facilitated the development of shared understandings and convergence on key substantive issues. This included, in particular, the approach based on the prohibition of autonomous weapon systems that cannot be used in compliance with IHL, and the regulation of other types of autonomous weapon systems. States may have different understandings of terms like human judgement, control or involvement. However, there is also a recognition, shared by many, that the human element is and must remain central in the use of force.

Against this background, we emphasise the necessity for human beings to exert appropriate control, judgement and involvement in relation to the use of weapons systems in order to ensure any use is in compliance with International Law, in particular International Humanitarian Law, and that humans remain accountable for decisions on the use of force.

Going forward, we recognise the importance of focusing efforts in particular on elaborating the normative and operational framework regulating, where appropriate and necessary, autonomous weapons including through internationally agreed rules and limits.

We also deem it important to further deepen our understanding of these issues. In this regard we welcome the announcement of an international conference to be hosted by The Netherlands on responsible military development, deployment and use of Artificial Intelligence (AI), and the announcement of a regional conference, to be hosted by Costa Rica, on the social and humanitarian impact of autonomous weapons. We also welcome the work carried out by the Secretary General within the “Our Common Agenda” initiative to develop an Agenda for Peace, which features lethal autonomous weapons systems (LAWS) as one of the core areas. We call on the Secretary General to continue to proactively engage on this important issue, including by urging States to make progress towards an outcome at the GGE. 

International organisations, the International Committee of the Red Cross, UNIDIR, civil society organisations and the tech community make important contributions to international discussions on how to address issues related to emerging technologies and autonomy in weapons systems, including the ethical, human rights, societal and technological dimension. Their participation greatly enhances our ongoing discussions.

We urge High Contracting Parties to the CCW, together with all UN Member States, to intensify consideration of this issue. We are committed to strengthen efforts to address the issue of autonomy in weapon systems. 

21/01/2023 Conflits nucléaires. Un bel avenir

Des guerres nucléaires de haute intensité pourraient-elles éclater entre Moscou et les Occidentaux sans déclencher très vite une troisième guerre mondiale ?

La crainte d’une troisième guerre mondiale avait dès la fin des années 1970 assagi toutes les grandes puissances nucléaires , notamment les Etats-Unis et la Russie. Elle continue encore à maintenir celles-ci dans une relative prudence, quelque soit la violence de leurs affrontements. Les experts militaires faisaient jusqu’à présent valoir qu’il était impossible pour diverses raisons d’éviter une montée en puissance des armements utilisés, qui se serait finalement traduite par un recours à un nucléaire capable de détruire une partie de la planète /

Malheureusement ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les Etats nucléaires ont mis au point une grande variété d’armes faisant appel à un nucléaire dit parfois de basse intensité. Un certain nombre de gouvernements belliqueux sont devenus capables de les acquérir voire de les fabriquer. On peut penser à l’Iran mais il n’est pas le seul. Inévitablement, s’ils en disposent, ils ne manqueront pas un jour ou l’autre de les utiliser.

C’est sans doute pour des raisons de ce genre que les centaines de planètes extrasolaires découvertes aujourd’hui paraissent désertiques et sans vie, bien qu’elles se trouvent dans la zone habitable entourant leur soleil.

20/01/2022. Contre qui la France devrait-elle se préparer à mener une guerre de haute intensité ?

En France les chefs des différents corps d’armée ont été auditionnés en juillet par la nouvelle commission de la défense de l’Assemblée nationale. Les comptes rendus ont été publiés début août.

Plusieurs faiblesses ont été soulevées par les différents chefs d’état-major des armées. Si ces dernières années ont été marquées par des avancées, tel le programme Griffon qui concerne l’emploi de Véhicules Blindés Multirôles  déjà utilisés au Sahel ou la mise en service du SNA (sous-marin nucléaire d’attaque) Suffren, les moyens restent encore trop peu nombreux ou vétustes, ont fait savoir les chefs d’état-major, appelant ainsi à revoir à la hausse le budget de la défense alloué dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) – dépenses que l’État français consacre à ses forces armées – en cours (2019-2025).

Ceci dit, les besoins pourraient considérablement augmenter les prochaines années si la France s’engageait davantage dans ce que l’on nomme des guerres de haute intensité.

Mais contre quels adversaires de telles guerres pourraient-elles être déclarées. Une réponse de bon sens est qu’elles seraient nécessaires contre les communautés arabo-islamique ou les Etats qui les soutiennent plus ou moins ouvertement. Contre ces adversaires la Franee par sa tradition laique est l’adversaire à détruire en priorité. Or aujourd’hui déjà, les moyens de la police et de l’armée déployés dans la cinquantaine de villes et régions menacées par la véritable guerre civile recherchée par l’islamisme de combat sont déjà notoirement insuffisants. S’agirait-il de guerres de haute intensité ? Sans doute pas encore mais ces guerres pourraient le devenir rapidement, en France métropolitaine ou d’Outre-Mer.

En fait la guerre à laquelle pensent les « experts en stratégie » américains qui conseillent leurs homologues européens ne serait pas une guerre contre l’Islamisme ou contre la Chine mais contre la Russie. C’est ainsi qu’il faudrait se préparer à envoyer des escadrons de chars lourds allemands, britanniques ou français contre les chars russes T-90 ou leurs successeurs, le tout pour permettre à l’Ukraine restée indépendante de poursuivre ses trafics à la frontière de la Russie.

Chacun sait que si des guerres de haute intensité éclataient quelque part sur la planète elles aboutiraient très vite à des affrontements nucléaires de haute intensité auxquels nulle armée ne résisterait, quelque soient ses dotations budgétaires.

Pour en savoir plus

https://www.lefigaro.fr/international/defense-les-chefs-d-etat-major-reserves-sur-la-capacite-de-l-armee-francaise-a-mener-une-guerre-de-haute-intensite-20220814

19/01/2022. L’attrait croissant du nucléaire tactique

Le 16 janvier nous nous demandions si la Russie n’allait pas faire appel au nucléaire tactique (de faible intensité) en constatant qu’elle n’avait pas les moyens conventionnels (non nucléaires) de contrer les importantes ressources conventionnelles mises à la disposition de l’Ukraine par le bloc occidental .

Quelques jours plus tard, l’inquiétude n’est plus la même. Devant l’incapacité permanente de l’Ukraine soutenue par le bloc occidental à contrer la résistance de la Russie, ne serait-ce pas ce même bloc occidental qui ferait appel à du nucléaire tactique pour contraindre la Russie dont les succès actuels contre l’Ukraine l’inquiètent.

La raison en serait que les bases humaines, économiques et technologiques des industries militaires américaines en sont arrivées aujourd’hui à un point de rupture. Si le complexe militaro-industriel américain a conservé toute sa puissance d’influence politique, il lui faudrait au moins deux ans pour se donner les moyens de satisfaire aux exigences des forces armées américaines qui découleraient d’un affrontement, même limité avec leurs homologues russes.

Ceci d’autant plus que les Russes pourraient bénéficier très rapidement de la coopération avec la Chine. Cette coopération ne serait pas nécessairement en termes d’effectifs. Ainsi en est-il du porte-avions Fujian,  entièrement conçu et réalisé par la Chine. Il relève d’un programme de défense dont le budget a été multiplié par dix en quinze ans. Avec ce porte-avions, l’industrie navale chinoise démontre qu’elle maîtrise les technologies les plus modernes et qu’elle a les moyens financiers de les appliquer.