06/08/2024 La physique quantique et le contrôle des processus biologiques

Un des domaines émergents de la physique quantique concerne la possibilité de contrôler les processus biologiques. Depuis les dernières décennies, les scientifiques ont fait des progrès considérables concernant la compréhension et la manipulation des systèmes biologiques à des échelles de plus en plus petites. Ceci a notamment été le cas concernant le repliement des protéines (protein folding) jusqu’à l’ingénierie génétique.

Cependant, l’étendue de l’influence des effets quantiques sur les systèmes vivants reste encore largement incomprise. Les effets quantiques sont des effets qui se produisent entre les atomes et les molécules aux échelles atomiques, là où les lois de Newton cessent d’être applicables.

Pour le monde macroscopique, visible à l’oeil nu, la mécanique quantique apparaît contre-intuitive, sinon magique. C’est le cas de l’effet tunnel qui permet le passage du courant électrique au travers de la barrière d’isolant, c’est-à-dire la délocalisation des électrons de part et d’autre de la jonction du fait de leur nature quantique.

C’est aussi le cas de la superposition quantique Ce terme désigne la représentation de l’état quantique d’un système quantique sous la forme d’une combinaison des états quantiques de ce système. Les superpositions quantiques permettent de décrire l’interférence et l’intrication quantiques.

Aujourd’hui l’étude de la mécanique quantique concerne le plus souvent la technologie. Il apparaît cependant que depuis des milliards d’années de pratique, le phénomène que l’on nomme la vie a appris comment utiliser la mécanique quantique pour fonctionner de façon optimale. Dans ce cas, nous pourrions mieux contrôler les processus vitaux en utilisant les propriétés quantiques de la matière biologique.

Mais l’on se heurte rapidement à une difficulté. Les effets quantiques ne se manifestent qu’à de très petites échelles et à des températures proches du zéro absolu. Sinon ils perdent leur caractère quantique. Ainsi dans une cellule vivante dont l’intérieur est chaud, humide et surtout complexe, les lois de la physique classique sont bien plus applicables que celles de la physique quantique.

Cependant, depuis plusieurs années, les biologistes formés à la physique quantique ont appris à reconnaître l’influence de celle-ci sur certaines fonctions biologiques.

C’est le cas concernant:

Référence

https://theconversation.com/quantum-physics-proposes-a-new-way-to-study-biology-and-the-results-could-revolutionize-our-understanding-of-how-life-works-204995

05/08/2024 Succès d’un premier réacteur à fusion expérimental chinois

La Chine, membre actif du projet international Iter est sur le point de franchir un cap majeur dans le domaine de l’énergie propre avec le développement de son premier réacteur de fusion commerciale, surnommé le “soleil artificiel ou SP-1.

Shanghai Electric, géant de la production d’énergie en Chine, s’est associé avec Commonwealth Fusion Systems (CFS), une entreprise américaine, pour développer le SP-1, un réacteur de fusion qui ambitionne de produire de l’électricité à l’échelle commerciale. Ce projet marque une étape significative, car il pourrait devenir le premier réacteur de fusion à générer une quantité substantielle d’électricité, avec une capacité prévue de 50 mégawatts, suffisante pour alimenter une petite ville.

Le réacteur, actuellement en construction à Qinhuangdao, une ville côtière du nord-est de la Chine, utilise une bobine magnétique supraconductrice innovante pour confiner et chauffer le plasma, permettant ainsi d’atteindre les réactions de fusion.

La participation de Shanghai Electricest cruciale pour le développement du SP-1, avec des entreprises locales fournissant des composants et des matériaux essentiels. Shanghai Electric se charge de la fabrication des composants cryogéniques du réacteur, tandis que Thales Asia, une entreprise française d’électronique, fournit les bobines magnétiques supraconductrices.

La collaboration entre CFS et Shanghai Electric découle d’une association entamée il y a plusieurs années, bénéficiant de l’expertise de CFS en fusion, développée par des scientifiques du MIT depuis 2010, et de l’expérience de Shanghai Electric dans la fabrication d’équipements de génération d’énergie.

La réalisation du SP-1 devrait également stimuler l’industrie de l’énergie propre en Chine, qui cherche à réduire ses émissions de carbone et à atteindre ses objectifs de neutralité carbone. “L’énergie propre est un composant crucial de la stratégie énergétique globale de la Chine, et le SP-1 est une étape importante vers la réalisation de nos objectifs de neutralité carbone,” a déclaré Huang Zhiying, un haut responsable à l’Académie des Sciences Chinoise.

Bien que le développement du SP-1 en soit encore à ses débuts, ses implications potentielles pour l’industrie de l’énergie propre en Chine sont considérables. En cas de succès, le SP-1 pourrait fournir une nouvelle source d’énergie propre pour la Chine et aider le pays à atteindre ses objectifs de neutralité carbone.

ITER

Plusieurs approches sont testées en ce moment pour atteindre la fusion nucléaire, et ouvrir une nouvelle ère beaucoup plus propre et efficace dans la production d’électricité. La Chine, l’Union Européenne, l’Inde, le Japon, la Russie, la Corée du Sud, les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, le Kazakhstan, la Thaïlande, le Royaume-Uni et la Suisse mettent en commun des équipes et des ressources dans le cadre du projet ITER. Un réacteur expérimental est en cours de construction sur le site de Cadarache en France.

Mais le projet avance trop lentement. Après une phase de conception qui a débuté en 1988, la construction proprement dite du réacteur expérimental n’a commencé qu’en 2007. Et il faudra encore attendre jusqu’en 2025, au bas mot, pour que le tokamak expérimental soit allumé pour la toute première fois.

Mais tous les espoirs autour de la fusion nucléaire ne reposent heureusement pas sur ITER.

De nombreux Etats, y compris membres d’ITER développent parallèlement des projets similaires. Les Etats-Unis testent de nombreuses approches, comme le confinement avec des lasers mégajoules. L’Allemagne dispose d’un tokamak qualifié de “Stellarator”, le Wendelstein 7-X. Quant à la Chine, depuis 2006, elle dispose de son propre Tokamak en fonctionnement, le Experimental Advanced Superconducting Tokamak (EAST). Elle possède, il faut le noter, 5 autres projets en cours de développement

Ce réacteur a déjà au bas mot 20 ans d’avance sur ITER. En 2007, il battait un record avec un confinement de plus de 5 secondes. En 2011, les chercheurs chinois sont parvenus à maintenir un plasma pendant plus de 30 secondes à 50 millions de degrés. Et les succès ont continué par la suite avec la Phase II du projet.

Ainsi en 2016, un plasma a été maintenu pendant 102 secondes à 50 millions de degrés. Puis quelques mois plus tard, le projet maintenant un plasma pendant plus d’une minute à la même température. En 2017, on passait à plus de 100 secondes. En 2018, le EAST a réussi à chauffer un plasma à 100 millions de degrés. Et en mai 2021, le réacteur a atteint 120 millions de degrés pendant 101 secondes.

Il faut toutefois noter qu’en tant que membre d’ITER, la Chine devrait partager l’essentiel de ses découvertes avec les autres membres du projet. Ce qui peut à terme permettre d’optimiser les matériaux, notamment la composition des électro-aimants supraconducteurs, et diverses méthodes permettant de mieux contrôler le confinement du plasma – pour allonger la durée de fonctionnement des tokamak, à commencer par celui de Cadarache.

05/08/2024 Découverte au Gabon de fossiles de protistes marins pluricellulaires et monocellulaires âgés de 2,1 milliards d’années

En 2023, une équipe de chercheurs a annoncé avoir découvert au Gabon, dans le Francevillien, les plus vieux fossiles de protistes connus au monde.

Les protistes forment un groupe extrêmement disparate qui rassemble des monocellulaires ou des pluricellulaires

Voir Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Protista

Le Francevillien est une formation géologique située dans la région de Franceville, dans le sud-est du Gabon. Elle est considérée comme l’un des sites les plus importants pour la compréhension de l’évolution précoce de la vie sur Terre. il y a quelques années, une équipe dirigée par Abderrazak El Albani, de l’Université de Poitiers/CNRS, y a découvert les plus vieux fossiles d’organismes pluricellulaires. Ces derniers étaient datés d’environ 2,1 milliards d’années, soit 1,5 milliard d’années plus vieux que prévu.

Pour rappel, les organismes pluricellulaires sont constitués de plusieurs cellules distinctes (chacune ayant un noyau contenant un ADN) qui travaillent ensemble pour accomplir des fonctions spécifiques. Ces cellules sont organisées en tissus, en organes et en systèmes, ce qui permet à ces organismes de réaliser des tâches plus complexes que les organismes unicellulaires, beaucoup plus simples Leur apparition fut un événement clé dans l’évolution de la vie sur Terre.

Au fil des années, les chercheurs ont identifié plusieurs centaines de spécimens. Ces fossiles (les « Gaboniontas ») vivaient probablement en grandes colonies sur les hauts fonds marins plats.

Plus récemment, la même équipe a fait une autre découverte dans la même région : des protistes  unicellulaires. Ces organismes, datés de la même époque, évoluaient en pleine eau, comme le plancton actuel. Les plus gros spécimens, qui ressemblaient à des soucoupes volantes, mesuraient jusqu’à 4,5 cm de diamètre.

Les chercheurs expliquent avoir pu établir de façon très précise leur métabolisme grâce au zinc, un micronutriment bio-essentiel indispensable à la synthèse des protéines des eucaryotes.

Le zinc se présente sous la forme en deux isotopes dont le plus léger domine à l’intérieur des cellules. Grâce à des instruments précis, les chercheurs ont été en mesure de retracer la répartition de ces isotopes à l’échelle nanoscopique à l’intérieur de ces spécimens. Ils ont ainsi confirmé que les niveaux étaient deux fois moins élevés que dans les sédiments environnants. Ils ont également pu déterminer que la taille des fossiles augmentait en fonction de la concentration de zinc.

Ces créatures vivaient donc en flottaison dans l’eau de mer il y a 2,1 milliards d’années. Cependant, ils agrégeaient aussi de petites et fines particules d’argile qui les alourdissaient parfois au point de les faire couler et se déposer sur les fonds marins. Ce processus pourrait expliquer leur présence dans cette formation gabonaise.

Comme pour les eucaryotes multicellulaires mentionnés plus haut, les plus anciens protistes unicellulaires planctoniques étaient jusqu’à présent ceux de la faune d’Ediacara, datés de 570 millions d’années.

Cette découverte révolutionne notre compréhension de l’évolution des protistes et des eucaryotes, repoussant de manière significative les limites temporelles de leur existence sur Terre. Les travaux des chercheurs ne permettent pas seulement de dater ces organismes à 2,1 milliards d’années, mais ils fournissent également des informations sur leur mode de vie et leur environnement.

La capacité à retracer le métabolisme de ces fossiles grâce au zinc est une avancée technologique majeure qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’étude de la vie primitive. Ces résultats renforcent l’importance du site de Franceville comme un véritable trésor pour les paléontologues et soulignent le potentiel des futures découvertes dans cette région.

Référence

A search for life in Palaeoproterozoic marine sediments using Zn isotopes and geochemistry

Authors . El Albani and others

https://doi.org/10.1016/j.epsl.2023.118169

Abstract

Sediments from the 2.1- to 1.9-billion-year-old Francevillian Group in southeastern Gabon include centimeter-sized pyritized structures suggestive of colonial organisms (El Albani et al., 2010), some of which may have been motile (El Albani et al., 2019). However, these interpretations were largely based on morphological and geochemical characteristics that lack metabolic clues and/or can be explained by abiotic processes. To move this work forward, we describe other centimeter-sized specimens, loosely referred to as lenticular forms (LF), from the same area and apply a more holistic approach including morphology, mineralogy, and geochemistry. The objects are 0.2–4 cm in diameter, and most of them are endowed with a regular brim that scales proportionally to external diameter reminiscent of biological order, hence rendering the LF putative biogenic traces. The LF are perfectly delineated in every direction and deflect the sedimentary layers on which they rest. X-ray microtomography further demonstrates that the LF are syn-depositional features and not concretions, while lead isotope systematics indicate that the geochemical imprint of diagenesis is inconsequential. Low sulfur content is largely concentrated in the organic matrix, and scarcity of pyrite and its persistence as micron-sized crystals show that the role of sulfate reduction is minor. Most interestingly, the fillings of the LF cavities show large and correlated excesses of organic carbon and zinc, with the latter being distinctly enriched in its light isotopes. The geochemical anomalies of the fillings relative to the host rock, notably those associated with Zn, clearly were buried with the LF, and further imply biogenicity. In this regard, a ten-fold increase in LF size towards the top of the black shale series hosting the LF might be related to increasing Zn (nutrient) availability. Although we cannot conclude with any certainty what these remnant organisms were, their features all taken together are evocative of very large agglutinate protists that grazed on bacterial biomass either in the water column or as benthic mats.

04/08/2024 Réchauffement climatique. Pourra-t-on éviter une future catastrophe ?

La phase actuelle d’élévation globale des températures mondiales correspond indiscutablement à une extension en cours d’accélération du nombre des activités industrielles et sociétales humaines productrices de chaleur et plus particulièrement de gaz à effet de serre. Ceux-ci créent des dômes thermiques au dessus de surfaces de en plus étendues des continents et des océans. Ils empêchent les échanges de température avec des régions plus froides de se faire comme c’était le cas avant l’ère industrielle.

Les climatologues ont découvert que la Terre semble se réchauffer périodiquement avant de se refroidir à nouveau. Les causes de ces cycles sont mal connues. Elles tiennent peut-être à de légères modifications de l’orbite de la Terre autour du soleil ou à des oscillations de l’axe des pôles terrestres. Elles ont été identifies comme les principale causes des grands changement ayant marqué les écosystèmes depuis plusieurs milliards d’années. Mais il s’agissait de changements lents auxquels la plupart des espèces vivantes avaient le temps de s’adapter en fonction du principe de la sélection darwinienne. Cependant toutes ne l’ont pas pu, ce qui a entraîne leur disparition ou des modifications profonde de leurs empreintes sur les milieux naturels.

Pourrait-on espérer que l’humanité pourrait aujourd’hui s’adapter à l’actuelle période de réchauffement pour en atténuer soit les causes soit les effets. Le moyen le seul envisageable aujourd’hui serait une taxe carbone (carbon tax) qui devrait être décidée à unanimité par les Nations Unies et appliquée sans défaillance par toutes les administrations du monde. Elle porterait en priorité sur les activités les plus polluantes, telles que l’utilisation du gaz naturel et du charbon comme source de chaleur au lieu des énergies naturelle ou de l’énergie nucléaire.

On lira à ce sujet concernant le transport maritime
Maritime commerce and climate change: how effective would a carbon tax on shipping be? https://theconversation.com/maritime-commerce-and-climate-change-how-effective-would-a-carbon-tax-on-shipping-be-234754

Il est difficile de partager l’optimisme relatif des auteurs de l’article

03/08/2024 La science de l’information quantique

L’année 2025 marque le centième anniversaire de la naissance de la mécanique quantique. Depuis de nombreuses applications en ont été faites, tels les lasers, l’Imagerie par Résonance Magnétique IRM ou les puces d’ordinateur. Aujourd’hui les chercheurs visent à construire des calculateurs quantiques et des transferts quantiques sécurisés de l’information.

Ils font appel pour ce faire à ce que l’on désigne par le terme de  quantum information science.

Mais ni les physiciens et les philosophes qui explorent ces domaines n’ont encore répondu aux grandes questions qu’il pose . Peut-être faudrait-il revenir ici sur le qubit ou quantum “bit” of information.

Ce concept remonte à Einstein et Max Plank quand ils découvrirent que la lumière existe sous la forme d’ensembles (paquets) discrets (distinct) d’énergie, dits aussi quantique. Ces quanta d’énergie prennent aussi la forme universelle d’atomes et d’électrons. Ce sont eux qui donnent ces avantages aux qubits par rapport au simple bit.

Le bit fournit une réponse binaire aux questions posées, soit 1 soit 0. Les qubit, grâce aux propriétés de la superposition quantique, peuvent être associés en grand nombre dans un état dit de superposition quantique ou quantum entangled state. Ils peuvent alors fournir un grand nombre de réponses différentes aux questions posées. De même ils peuvent résoudre un problème des milliers ou millions de fois plus vite qu’un calculateur classique.

Mais quelle force de la nature se trouve derrière ce concept de superposition quantique. Certains pensent aujourd’hui qu’il faut le mettre en relation avec la théorie de la relativité d’Einstein. Celle-ci affirme que les lois physiques sont les mêmes pour tous observateurs, quel que soit leur emplacement dans l’espace, leur orientation ou leurs mouvements respectifs.

On pourrait considérer dans ces conditions que la mécanique quantique est une théorie de l’information plutôt qu’une théorie concernant des forces. Un théoricien de l’information n’a pas besoin de connaître les mystérieuses forces qui seraient derrière l’intrication des particules quantiques. Ainsi serait évitée la nécessité d’évoquer ce que Einstein avait nommé une “spooky actions at a distance.” Si une force causait l’intrication de particules séparées par la moitié du monde, cette force devrait se déplacer plus vite que la lumière . Ceci violerait les principes de la relativité restreinte d’Einstein.

Du fait que l’intrication quantique est importante pour le calcul quantique, il faut chercher d’autres réponses à la question.

Une solution pourrait être de considérer que dans l’intrication classique, ce que l’on sait d’une particule 1 est immédiatement valable pour une particule 2 qui lui est intriquée. Mais dans l’intrication quantique, ce sont des qubits qui sont en cause. Ils peuvent donner des réponses binaires quand on les interroge, quel que soit le nombre des mesures.

Or le principe de la relativité d’Einstein postulant que les lois de la physique sont les mêmes quelque soit l’observateur, il ne serait pas étonnant que les lois de la superposition quantique qui sont des lois physiques soient les mêmes pour tous les observateurs. Il n’y aurait pas lieu de parler d’action bizarre à distance

Pour plus de détails, voir

https://theconversation.com/quantum-information-theorists-are-shedding-light-on-entanglement-one-of-the-spooky-mysteries-of-quantum-mechanics-222861

02/08/2024 La mission Juice de l ‘ESA. A la découverte des océans glacés des lunes de Jupiter

La sonde Jupiter Icy Moons Explorer (Juice) de l’ESA a décollé sur une fusée Ariane 5 depuis le Port spatial de l’Europe en Guyane française à 14h14 CEST le 14 avril 2023. Ce lancement réussi marque le début d’un voyage ambitieux dans le système solaire externe pour découvrir les océans glacés qui se trouvent sur les lunes (satellites) orbitant autour de la planète géante Jupiter.

Après le décollage et la séparation de la fusée, le Centre européen des opérations spatiales (ESOC) de l’ESA situé à Darmstadt, en Allemagne, a confirmé l’acquisition du signal via la station sol de New Norcia, en Australie, à 15h04 CEST. Les panneaux solaires de 27 m de long de la sonde se sont déployés en forme de croix à 15h33 CEST, permettant à Juice de pouvoir voyager vers le Système solaire externe.

 Cette mission est conduite en partenariat avec la NASA, l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise et l’Agence spatiale israélienne, qui ont également fourni du matériel ou des instruments scientifiques, 

Jupiter, qui brille avec éclat dans le ciel nocturne, fascine . L’astronome Galileo Galilei a mis en évidence Jupiter en 1610, en observant la planète à travers un télescope pour la première fois et découvrant ses lunes en orbite. Depuis de précédentes missions vers Jupiter, l’on sait que trois des plus grandes lunes de la planète – Europe, Ganymède et Callisto – contiennent de l’eau sous leur surface, dans des volumes bien supérieurs à ceux des océans de la Terre. Ces lunes de la taille d’une planète pourraient montrer que des conditions de vie existeraient ailleurs que sur Terre.

La sonde européenne passera 2 fois au voisinage proche de Europa et 12 fois autour de Callisto. Elle orbitera autour de Ganymède le reste de son temps, la mission devant durer 8 ans au total . Ganimède est la seule dotée d’un champ magnétique.

Juice est équipé pour évaluer la localisation des océans sur les planètes, leurs compositions et leurs profondeurs. Elle utilisera à cette fin des radars pour pénétrer sous les croûtes glacées. Une future mission sous la glace pourrait viser à y rechercher des formes de vie en profondeur.

Il faudra attendre 2031 pour que Juice arrive à proximité de Jupiter et de ses lunes.

02/08/2024 Du givre d’eau sur Mars

Le givre (anglais frost) est courant sur la Terre. Il s’agit d’une forme de glace créée à partir de l’humidité de l’air dans des conditions de température inférieures à 0 °C, et par de faible vent. 

Or l’on vient de découvrit sur la planète Mars d’importantes quantités de nuages faits de vapeur d’eau glacée au dessus des anciens cratères volcaniques nombreux dans une région martienne dite Tharsis. Bien mieux ce sont des dépôts matinaux de givre sur les cratères des volcans de cette région dits Olympus, Arsia, Ascraeus Montes et Ceraunius Tholus qui ont été observés.

C’est la caméra couleur à haute résolution Colour and Stereo Surface Imaging System (https://www.cassis.unibe.ch/ embarquée sur le satellite russo-européen de l’ESA Trace Gas Orbiter qui a rendu possible cettehttps://en.wikipedia.org/wiki/Trace_Gas_Orbiter qui a rendu possible cette observation.

Les quantités d’eau observées sont considérées comme négligeables, au regard des besoins en eau d’une future mission d’exploration humaine . Mais il n’est pas exclu que ce givre soit révélateur de réserves beaucoup plus importantes de glace d’eau que l’on découvrirait par la suite.

Référence

nature  

article

Evidence for transient morning water frost deposits on the Tharsis volcanoes of Mars

 10 June 2024

Nature Geoscience 

volume 17, pages 608–616 (2024)

Evidence for transient morning water frost deposits on the Tharsis volcanoes of Mars

The present-day water cycle on Mars has implications for habitability and future human exploration. Water ice clouds and water vapour have been detected above the Tharsis volcanic province, suggesting the active exchange of water between regolith and atmosphere. Here we report observational evidence for extensive transient morning frost deposits on the calderas of the Tharsis volcanoes (Olympus, Arsia and Ascraeus Montes, and Ceraunius Tholus) using high-resolution colour images from the Colour and Stereo Surface Imaging System on board the European Space Agency’s Trace Gas Orbiter. The transient bluish deposits appear on the caldera floor and rim in the morning during the colder Martian seasons but are not present by afternoon. The presence of water frost is supported by spectral observations, as well as independent imagery from the European Space Agency’s Mars Express orbiter. Climate model simulations further suggest that early-morning surface temperatures at the high altitudes of the volcano calderas are sufficiently low to support the daily condensation of water—but not CO2—frost. Given the unlikely seasonal nature of volcanic outgassing, we suggest the observed frost is atmospheric in origin, implying the role of microclimate in local frost formation and a contribution to the broader Mars water cycle.

01/08/2024. Découverte récente concernant la matière noire (black matter)

Des astronomes font une découverte importante sur la matière noire

Des astronomes ont récemment fait une découverte majeure en observant une collision entre deux amas de galaxies. Cela a permis de mettre en évidence la présence de la matière noire, une substance invisible qui constitue une grande partie de l’univers. Cette observation fournit un aperçu précieux sur la manière dont cette substance mystérieuse interagit avec la matière ordinaire et permettra de mieux comprendre son rôle dans la structure cosmos.

La matière noire est une forme de matière qui, contrairement à la matière normale, n’émet ni ne reflète de lumière. Cela la rend invisible pour nos instruments de détection traditionnels. Il a été souvent dit par plaisanterie que si j’étais constitué de ce type de matière, vous ne me verriez pas même si nous déjeunions ensemble, mais vous pourriez me parler.

Sa présence est connue grâce à son effet gravitationnel sur les objets visibles comme les étoiles et les galaxies. La matière noire exerce une force gravitationnelle suffisante pour influencer la manière dont les galaxies se forment et se comportent. Sans elle, les galaxies se disperseraient et ne formeraient pas les grandes structures que nous observons aujourd’hui.

Selon les estimations, nous savons également désormais que la matière noire constitue environ 85 % de la matière totale de l’Univers et 27 % de sa masse-énergie totale. Toutefois, la nature de cette mystérieuse forme de matière demeure insaisissable.

Recherche de la matière noire

Des astronomes ont observé une collision entre deux amas de galaxies, appelés MACS J0018.5+1626. Ces amas sont situés à environ cinq milliards d’années-lumière de la Terre. Cela signifie que la lumière de ces amas a voyagé pendant cinq milliards d’années avant de nous atteindre.

Pour étudier cet événement, ils ont utilisé une variété de télescopes et d’observatoires. Parmi eux se trouvent les télescopes spatiaux Hubble et Chandra de la NASA, ainsi que d’autres instruments comme l’observatoire submillimétrique de Caltech, l’observatoire WM Keck et l’observatoire Planck. Ils ont fourni des données cruciales en capturant des images et en mesurant les émissions de lumière et de gaz.

Les données ont été collectées sur plusieurs années et ont nécessité une analyse complexe. Les astronomes ont examiné les changements dans la lumière provenant des étoiles et le comportement du gaz chaud pour déterminer comment la matière noire se déplace et interagit lors de telles collisions. Ils ont utilisé des phénomènes comme l’effet Sunyaev-Zel’dovich (SZ) qui mesure les décalages de la lumière cosmique causés par le gaz chaud en mouvement, pour évaluer la vitesse et la direction du mouvement des différents types de matière.

https://en.wikipedia.org/wiki/Sunyaev%E2%80%93Zeldovich_effect

Ils ont constaté que malgré la violence de la collision entre les amas de galaxies, les galaxies individuelles elles-mêmes sont restées relativement intactes. Ce phénomène peut être expliqué par l’immensité de l’espace entre les galaxies qui est suffisamment vaste pour qu’elles ne se percutent pas directement, même lors de telles collisions cosmiques. En revanche, les débris générés par la collision, tels que le gaz chaud et la matière normale, ont été fortement perturbés par l’impact. Le gaz, chauffé à des températures extrêmes, a été éjecté et dispersé, et les structures de matière normale ont été déformées par la force de la collision.

Ce qui rend cette observation particulièrement intéressante, c’est le comportement de la matière noire durant l’événement. Contrairement à la matière normale, la matière noire semble en effet avoir traversé les débris de la collision presque sans être affectée. Cette invisibilité en situation de collision est analogue à celle d’un fantôme traversant des objets physiques sans interagir avec eux. Ce phénomène est crucial, car il démontre que la matière noire n’interagit pas avec la matière normale de la même manière. Elle semble en effet ne pas subir les forces de friction et de pression qui affectent les particules classiques, ce qui lui permet de se déplacer indépendamment des perturbations causées par la collision.

Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour l’étude de cette substance. En comprenant mieux comment elle se comporte dans des situations extrêmes, les scientifiques espèrent en effet pouvoir dévoiler davantage de ses propriétés mystérieuses. Cette connaissance pourrait également nous aider à comprendre comment les grandes structures de l’Univers, comme les galaxies et les amas de galaxies, se sont formées et ont évolué.

L’étude est publiée dans The Astrophysical Journal. Voir ci-dessous

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Published June 20, 2024 |

ICM-SHOX. I. Methodology Overview and Discovery of a Gas–Dark Matter Velocity Decoupling in the MACS J0018.5+1626 Merger

Silich, Emily M., Elena Bellomi, Jack Sayers, John ZuHone, Urmila Chadayammuri, Sunil Golwala, David Hughes, et al. 2024..

Astrophysical Journal 968 (2): 74. https://doi.org/10.3847/1538-4357/ad3fb5.

Abstract

Galaxy cluster mergers are rich sources of information to test cluster astrophysics and cosmology. However, cluster mergers produce complex projected signals that are difficult to interpret physically from individual observational probes. Multi-probe constraints on the gas and dark matter (DM) cluster components are necessary to infer merger parameters that are otherwise degenerate. We present Improved Constraints on Mergers with SZ, Hydrodynamical simulations, Optical, and X-ray (ICM-SHOX), a systematic framework to jointly infer multiple merger parameters quantitatively via a pipeline that directly compares a novel combination of multi-probe observables to mock observables derived from hydrodynamical simulations. We report a first application of the ICM-SHOX pipeline to MACS J0018.5+1626, wherein we systematically examine simulated snapshots characterized by a wide range of initial parameters to constrain the MACS J0018.5+1626 merger geometry. We constrain the epoch of MACS J0018.5+1626 to the range 0–60 Myr post-pericenter passage, and the viewing angle is inclined ≈27°–40° from the merger axis. We obtain constraints for the impact parameter (≲250 kpc), mass ratio (≈1.5–3.0), and initial relative velocity when the clusters are separated by 3 Mpc (≈1700–3000 km s−1). The primary and secondary clusters initially (at 3 Mpc) have gas distributions that are moderately and strongly disturbed, respectively. We discover a velocity space decoupling of the DM and gas distributions in MACS J0018.5+1626, traced by cluster-member galaxy velocities and the kinematic Sunyaev–Zel’dovich effect, respectively. Our simulations indicate this decoupling is dependent on the different collisional properties of the two distributions for particular merger epochs, geometries, and viewing angles.

01/08/2024 A la recherche de la gravité quantique.

Sur cette question d’actualité, mais difficile, Lucien Hardy propose un commentaire, dont nous extrayons les passages-ci dessous. L’auteur est un physicien théoricien franco-canadien, présentement rattaché au Perimeter Institute for Theoretical Physics Waterloo, Canada.

Parmi les deux grandes théories physiques du XXe siècle — la physique quantique et la relativité générale —, la physique quantique est célèbre pour son caractère étrange. Elle est régie par des probabilités : elle ne dit pas ce qui va se produire, mais elle donne une gamme de résultats et une certaine mesure de la probabilité de chacun. Ses caractéristiques comprennent notamment : l’intrication, selon laquelle deux  parties d’un système quantique sont en corrélation si étroite qu’elles semblent s’influencer l’une l’autre de manière instantanée, même à de grandes distances; la superposition, selon laquelle un système quantique est dans deux états à la fois.

 La physique quantique nous amène à penser à la réalité d’une autre manière De fait, elle nous laisse dans l’incertitude sur la manière dont il faut appréhender la réalité.

La relativité générale aborde des questions concernant l’espace et le temps. L’espace-temps nous dit quels événements surviennent d’abord, lesquels surviennent ensuite, et lesquels ont des liens d’antériorité et de postériorité les uns avec les autres.  Comme l’espace-temps n’est pas fixe, ces relations ne le sont pas non plus. Supposons qu’il y ait ici une masse et qu’elle bouge dans une direction. Elle pourrait affecter l’ordre des événements différemment que si elle bougeait dans une autre direction. La structure causale est donc dynamique. 

Donc, si la relativité générale et la physique quantique sont toutes deux conservatrices sous certains aspects et radicales sous d’autres aspects, que se passe-t-il lorsqu’on les combine?

Depuis des décennies, les physiciens recherchent une théorie unique conjuguant la physique quantique et la relativité générale comme si elles étaient les deux  faces d’une même médaille. Cette théorie combinée encore à découvrir porte généralement le nom de gravitation quantique.

 Il semble qu’une théorie de la gravitation quantique devrait adopter les caractéristiques radicales des deux  théories. Une théorie hypothétique de la gravitation quantique pourrait avoir à la fois la nature probabiliste de la physique quantique et la structure causale dynamique de la relativité générale.

 En physique quantique, nous avons cet effet amusant selon lequel si une particule peut aller dans une direction ou une autre, elle va d’une certaine manière dans les deux  directions à la fois. Appelons cela l’indéfinitude quantique. La particule est-elle ici ou est-elle là? Non, elle est d’une certaine manière aux  endroits en même temps. Sa position est indéfinie. »

En physique quantique, toute grandeur variable est susceptible d’être ainsi définie. Selon la conception de la gravitation quantique exposée ici, la structure causale peut varier. Par conséquent, elle peut être indéfinie. Il s’agit d’une notion déconcertante : un événement peut se produire à la fois avant et après un autre. Le temps et l’espace commencent à perdre leur identité, beaucoup plus qu’ils ne le faisaient y compris dans la relativité générale.

 On se trouve tout à coup en terrain inconnu,. Ce qui survient avant et après n’est plus défini. Dans un tel monde on ne pourrait plus dire « décrivons le monde à un moment donné et faisons-le évoluer dans le temps’ » parce que cela supposerait une structure causale définie; qu’il y a une scène dotée d’une horloge. Mais cette manière de penser est tout simplement impossible.

Si la gravitation quantique est une telle terre inconnue, comment les physiciens peuvent-ils s’y retrouver?

En 1905, Einstein a publié un article, intitulé dans sa version française De l’électrodynamique des corps en mouvement, qui présentait la théorie qui allait s’appeler la relativité restreinte. C’était une avancée, mais Einstein s’est vite rendu compte qu’elle n’était pas compatible avec les théories newtoniennes de la gravitation. Comme la physique quantique et la relativité générale aujourd’hui, la relativité restreinte et la gravitation newtonienne faisaient des prédictions exactes et réussissaient l’épreuve de l’expérience, mais elles reposaient sur des hypothèses fondamentalement différentes. On ne pouvait pas utiliser les deuc  théories en même temps.

Einstein savait qu’il avait besoin d’une théorie plus profonde — qui ressemblait à la gravitation lorsqu’on la tournait dans un sens, et à l’électrodynamique des corps en mouvement lorsqu’on la tournait dans l’autre sens. La percée est survenue en 1907, lorsqu’Einstein a eu ce qu’il a appelé « l’idée la plus heureuse de sa vie ».

« Imaginons, a-t-il écrit, qu’un travailleur juché sur le toit d’une maison perde pied. Pendant sa chute libre, tout ce qu’il avait dans les mains (un coffre à outils, par exemple) tomberait avec lui. Par conséquent, de son point de vue, la gravité semblerait ne pas exister. » Ici Einstein disait que la chute libre équivalait à être en dehors de la gravité. Il a approfondi cette idée jusqu’à ce qu’elle prenne la forme d’un énoncé formel appelé principe d’équivalence.

Le principe d’équivalence a été le point de départ d’une nouvelle théorie de la gravitation : la relativité générale. Le problème d’aujourd’hui, pour combiner la physique quantique et la relativité générale, a la même structure que celui auquel Einstein était confronté.

On peut aborder le principe d’équivalence d’Einstein à l’aide d’une expérience de pensée. Imaginons une astronaute qui se réveille dans une boîte sans fenêtre. Ce pourrait être un ascenseur en chute libre sur terre ou une capsule flottant loin dans l’espace. Comme il n’y a pas de fenêtre, l’astronaute ne peut pas en être certaine. Elle se sent en apesanteur. Si elle lance une pomme, celle-ci semble bouger en ligne droite, sous l’influence de sa seule force d’inertie. Si l’astronaute lâche le crayon qu’elle tient dans la main, celui-ci semble flotter. L’astronaute est-elle dans l’espace, loin de l’influence de la gravité terrestre? Ou est-elle dans un ascenseur en train de tomber, voyant son crayon flotter comme la boîte à outils du travailleur qui tombait avec lui? Il n’y a aucun moyen de le savoir. Du point de vue de la physique, les deux  situations sont équivalentes.

On pourrait aussi dire qu’il est toujours possible de trouver un cadre de référence tel que, localement, il n’y a que le mouvement inertiel et qu’on peut ignorer la gravité, . Cela ne fonctionne pas sur une grande distance, mais à l’intérieur de la boîte, qui n’est pas trop grande, tout semble se déplacer en ligne droite, de manière exclusivement inertielle. Le principe d’équivalence est donc une manière de maîtriser la gravité en la réduisant à un mouvement inertiel.

Pourrait-on trouver quelque chose de semblable pour maîtriser une structure causale indéfinie? Il faut essayer . J’ ai (Lucien Hardy) défini ce que j’appelle le « principe d’équivalence quantique ». Selon le principe d’équivalence d’Einstein, il y a toujours un moyen d’ignorer localement la gravité. Selon le principe d’équivalence quantique évoqué ici, il y a toujours un moyen d’ignorer localement une structure causale indéfinie.

Ou, pour l’énoncer d’une manière plus formelle : « En tout point, il est possible de trouver un système de coordonnées quantiques par rapport auquel, au voisinage de ce point, la structure de causalité est définie. »

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Depuis 3 ans qu’il a énoncé cette idée, Lucien Hardy travaille à définir ce que serait exactement un système de coordonnées quantiques. L’an dernier, il a publié un article décrivant une possibilité qui pourrait fonctionner. Ce n’est peut-être ni la seule ni la meilleure version d’un système de coordonnées quantiques, mais cela suffit pour explorer la chose plus en profondeur et pour montrer comment un tel système de coordonnées peut permettre d’obtenir une structure causale définie au voisinage d’un point — et apprivoiser un peu l’étrangeté de la gravitation quantique. Bref, c’est un espace libre qui marque le début d’une voie d’exploration.

Il y a peut-être plusieurs voies permettant d’aborder la gravitation quantique. Après tout, c’est une contrée inconnue dans laquelle les physiciens se perdent depuis 80 ans. Il y a des décennies que deux2 domaines de recherche — la théorie des cordes et la gravitation quantique à boucle — tentent de cartographier ce territoire. Et ce ne sont pas les seules voies : de la sûreté asymptotique à la dynamique des formes, en passant par la supergravité, le sujet donne lieu à bien des théories.

Mais la voie proposée par Lucien Hardy est nouvelle, tout en étant ancienne. « Einstein s’est servi d’une idée — le principe d’équivalence — et d’une forte dose de génie pour aboutir à la théorie de la relativité générale, dit-il. Pouvons-nous faire quelque chose de semblable? Pouvons-nous adopter la même démarche? »

Voir aussi New Scientist In search of quantm gravity numero 30
28 oct 2023

31/07/2024 L’espace-temps est-il quantique ?

Si l’on pouvait vider l’univers de son contenu, que resterait-il ? L’espace-temps. Mais que signifie ce terme ? Pour la théorie générale de la relativité due à Albert Einstein l’espace-temps n’existe pas en lui- même. Il est défini par la masse et l’énergie, lesquelles donnent naissance à la gravité. De plus les équations d’Einstein sont continues ce qui signifie que l’espace temps est régulier.

Aujourd’hui cependant beaucoup de physiciens considèrent que l’espace-temps doit obéir aux lois de la mécanique quantique qui gouvernent le comportement des particules sub-atomiques et des champs. Dans ce cas, il pourrait être quantifié, c’est décomposé en parties discrètes, comme toutes les choses du monde matérielle.

Malheureusement, nous n’avons pas de preuve directes que l’espace-temps puisse être quantifié. Dans ce cas en effet, ses composantes élémentaires seraient si petites qu’il serait impossible de les observer directement.

Ne restent que les observations indirectes. A cette fin, des physiciens ont imaginé récemment une série d’expériences qui pourraient répondre une fois pour toutes à la question de savoir si l’espace-temps pourrait, comme la lumière, être « pixélisé ».

C’est ainsi que le physicien italien Giovanni Amelino-Camelia de l’Université de Naples, avait présenté en juin 2023 une série d’expériences portant sur les neutrinos. Il s’agit de particules fondamentales si légères qu’elles ont de la peine à interagir avec d’autres particules matérielles et que l’on suppose provenir de galaxies lointaines.

Dans un espace classique, autrement dit non quantifié, elles devraient se déplacer à des vitesses proches de celle de la lumière. Mais dans certaines hypothèses relatives à l’existence d’une espace-temps quantique, leur vitesse devrait dépendre de leur énergie.

En observant des neutrinos détectés par le Ice Cub Neutrino Observatory situé dans l’Antarctique, Amelio-Camelino et son équipe remarquèrent des neutrinos paraissant avoir des trajectoires plus ou moins rapides en dépit de leurs origines communes. Cela ne mettait-il pas en évidence l’existence d’un espace-temps quantifié  où les trajectoires fluctuent selon les distances ?

Dans ce cas, l’Observatoire Interférométrique d’ondes gravitationnel LIGO devrait être assez sensible pour pouvoir détecter ces rides dans l’espace temps que certains qualifient déjà de gravitons. Les expériences vont continuer.

(à suivre)