Le bâtiment porte drones. Alors que certains pays s’en dotent déjà et que d’autres s’y intéressent de très près, la France n’a pas encore entamé de véritable étude sur les bâtiments porte-drones à l’heure où les engins robotisés de tous types, tant pour des usages civils que militaires, commencent à révolutionner la connaissance et la surveillance des mers, comme la guerre navale.

S’appuyantFort de ce constat, Christophe Pipolo et Marc Grozel, directeur de recherches et chercheur associé à La Vigie, cosignent un article dans lequel ils exposent la pertinence et les enjeux, pour la France, de disposer de ce type de navire. Une opportunité technologique et opérationnelle, mais aussi une question de souveraineté nationale et européenne. Cet article permet de poser les bases d’un réel débat.

Cela, à moins de six mois du salon Euronaval, dont les organisateurs annoncent déjà une très forte présence des systèmes dronisés, illustrant le caractère devenu incontournable de ces engins. Afin de donner le maximum d’écho à ce sujet important et d’un commun accord entre les trois rédactions, cet article est publié simultanément sur les sites de Mer et Marine, Marine & Océans et La Vigie.

En novembre 2023, la marine portugaise a commandé́ au constructeur néerlandais Damen, le João II, un navire porte-drones désigné́ sous l’appellation de bâtiment de soutien multifonctions (MPSS [1]), prévu d’entrer en service en 2026. De son côté, peu après l’admission au service actif du porte-hélicoptères TCG [2] Anadolu [3], la Turquie a annoncé, en l’absence de chasseurs embarqués, sa vocation à mettre en œuvre des drones aériens. Parallèlement, les marines des États-Unis, du Royaume Uni, du Japon et de l’Italie s’intéressent au sujet.

Afin d’éviter un décrochage technologique qui pourrait se traduire par un abandon de souveraineté, par absence de décision, il est nécessaire de s’interroger sur la pertinence du concept d’emploi d’une telle unité et de mesurer les enjeux du développement et de l’acquisition par la France de ce type de navire.

Dans le même temps, notre pays – tout comme l’Europe – manque cruellement d’un drone MALE de surveillance maritime pour assurer la surveillance globale d’un vaste espace maritime à la merci de contestataires désinhibés en mal d’expansion.

Dès lors, concevoir un navire porte-drones, capable d’opérer des véhicules autonomes de tous types (UUV [4], USV [5] et UAV [6]) qui puisse, à moyen terme, mettre en œuvre un drone MALE de surveillance maritime apparaît comme un moyen de rattraper le temps perdu. S’agit-il d’un nouveau gadget, d’un porte-avions low-cost ou d’une future classe de bâtiment de la flotte, que l’on désignera dans cet article sous l’acronyme de BPD/M pour Bâtiment Porte-Drones Multistandards [7] ?

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Le MPSS João II portugais et le TCG Anadolu turc

Le João II est donné pour un déplacement de 7 000 t – un peu plus qu’une FREMM [8] (6 278 t) mais trois fois moins qu’un PHA du type Mistral (21 300 t) – une longueur de 107 m, une largeur de 20 m et un tirant d’eau de 5,5 m. Son pont plat continu, long de 96 m et large de 20 m, doté d’un îlot sur tribord, permet de mettre en œuvre des drones aériens ainsi que des hélicoptères tels que l’Augusta Westland EH-101 « Merlin » (10,5 t [9]) en service au sein de la Force Aérienne Portugaise. Il pourra également mettre en œuvre le chasseur Lockheed F-35B VTOL [10], en nombre limité, sans qu’il puisse être exploité à sa masse maximale au décollage de 25 t et sans pouvoir l’abriter dans aucun des hangars du navire en raison de ses dimensions, ce qui limitera ses capacités opérationnelles.

L’îlot abrite deux hangars. Celui de l’avant, ouvrant latéralement sur le pont d’envol, sera réservé aux UAV. L’autre, situé à l’arrière, abritera un hélicoptère de 10 t ainsi que des installations de maintenance. Le João II sera équipé de deux ascenseurs situés à l’avant de l’îlot. Il disposera de logements et d’installations médicales. Il est également conçu pour mettre en œuvre des drones de surface et des drones sous-marins (USV, UUV). D’une vitesse maximale de 18 nœuds pour une vitesse de croisière de 14 nœuds, son endurance à la mer devrait atteindre 45 jours. L’équipage de manœuvre du navire est fixé à 48 marins auxquels s’ajouteront quelques 52 autres pour la mise en œuvre et l’exploitation des drones. Au-delà de cet équipage opérationnel, le navire pourra accueillir 200 personnes supplémentaires pour des missions temporaires.

À ce stade, la marine portugaise envisage d’utiliser ce bâtiment pour des missions hydro-océanographiques, de recherche et de sauvetage, de gestion de crises, d’assistance humanitaire et de soutien en cas de catastrophe naturelle (HADR [11]) ainsi que des opérations de soutien de la flotte.

Le TCG Anadolu turcest deux fois plus long que le João II (232 m) pour un tonnage triple (27 000 t). Son design, issu des chantiers Navantia, est dérivé du porte-aéronefs espagnol Juan Carlos et des LHD [12] australiens de la classe Canberra. L’Anadolu était initialement dédié à la mise en œuvre du F-35B mais le Congrès américain a suspendu la participation turque à ce programme en 2018, en raison de l’acquisition par la Turquie, membre de l’OTAN, de systèmes anti-aériens russes de la série S-400. Tout en achevant sa construction, la Turquie décide alors de l’adapter en porte-drones chargé de mettre en œuvre les drones ISR [13] et d’attaque de type Baykar TB3 (1,450 t, CU [14] 280 kg) et Baykar Kizilelma (3,5 t, réacteur, CU 1,5 t). Bien que ces UAV poursuivent leurs essais en vols, aucun d’eux n’a encore apponté tandis que leur système de lancement et de récupération n’a pas encore été dévoilé. En l’état, le TCG Anadolu demeure un simple porte-hélicoptères.

Quels drones aériens pour un BPD/M ?

Bien que les drones aériens légers, à vocation tactique, aient récemment démontré leur efficacité en opérations, ils demeurent limités en capacités d’emport, d’endurance et de vitesse d’exploitation. L’amélioration de ces caractéristiques nécessite de considérer des vecteurs aériens plus volumineux, appartenant à la catégorie des drones MALE [15].

ref nouveaudrone

À ce stade, la famille des drones MALE recouvre deux grandes catégories : les drones MALE de surveillance équipés de senseurs propres à l’identification, la surveillance et la reconnaissance (ISR) et les drones MALE armés, auxquels on ajoute aux charges précédentes : missiles, bombes, torpilles et autres munitions. Bien qu’il existe des drones MALE combinant ces deux fonctions, la spécialisation laisse entrevoir des capacités de rupture : qu’il s’agisse de la surveillance globale d’un théâtre d’opérations aéromaritimes ou de la mise en oeuvre des drones ISR armés, qu’il convient de distinguer des essaims d’aéronefs de combat collaboratif sans pilote (Collaborative Combat Aircraft ou Loyal Wingman) destinés à accompagner les avions de chasse, embarqués ou non, de la prochaine génération.

Actuellement, la majorité des UAV embarqués à bord de navires sont de type VTOL. Ils disposent d’une masse moyenne, comprise entre 200 kg pour le Schiebel S-100 et 3 t pour le MQ-8C « Fire Scout » de Northrop Grumman. L’accroissement des capacités d’emport, des vitesses d’exploitation et de l’endurance nécessite d’atteindre des masses de l’ordre de 3 à 5 t et d’opter pour des voilures fixes de grande envergure. Dans cette perspective, la Royal Navy a expérimenté en novembre 2023, à bord du porte-aéronefs HMS Prince of Wales (284 m – 70 600 t), le drone Mojave de conception américaine (envergure 17 m, masse 3,2 t). De même, l’Italie a fait part de son intention d’équiper son unique porte-aéronefs en service, le CVH Cavour (244m, 35 000 t), ainsi que ses futurs bâtiments, avec des drones Mojave.

Alors que la société General Atomics, leader mondial des MALE, développe avec le Mojave une solution de type STOL [16], elle propose simultanément à l’US Navy une version STOL du MQ-9B Sea Guardian pour ses porte-avions et les LHA de la classe USS America (257 m, 45 000 t), initialement conçus pour la mise en œuvre des chasseurs F-35. La déclinaison embarquée de ce drone MALE de surveillance maritime demeure encore au stade expérimental alors que le MQ-9B, opérationnel depuis décembre 2022, est mis en œuvre et exploité depuis la terre par les garde-côtes du Japon et fait l’objet d’expérimentations au sein de l’US Navy, de l’US Coast-Guard et de la marine grecque.

Ainsi, on estime qu’un MALE d’une masse de 3 à 5 t peut emporter une charge utile de 1,5 t ce qui permet d’associer capteurs (tourelle EO/IR, radar, guerre électronique [17]) et effecteurs (armes, munitions, bouées acoustiques...) en fonction des missions (surveillance maritime, identification et reconnaissance, lutte antisurface, lutte sous la mer, recherche et sauvetage…). Au-delà d’une voilure fixe de grande envergure, d’un train d’atterrissage renforcé et d’une cellule adaptée à l’environnement marin, l’exploitation de ces UAV nécessite la production en vol d’une puissance électrique importante.

Pour les MALE embarqués, l’emploi d’un carburant lourd est indispensable. Ces contraintes, auxquelles s’ajoutent les exigences liées à l’autonomie du vecteur aérien, imposent de recourir à des turbopropulseurs, en attendant la mise au point de moteurs à énergie décarbonée.

Actuellement, un tel drone MALE ne pourrait être mis en œuvre par un PHA de la classe Mistral, en raison d’une vitesse maximale du navire trop faible et d’une envergure de l’UAV trop importante. Ces drones pourraient être mis en œuvre à partir du PA Charles de Gaulle mais leur embarquement viendrait en réduction du nombre de chasseurs du groupe aérien embarqué.

Pour autant, quel que soit le type de MALE embarqué, il est clair qu’ils ne rempliront jamais les missions des avions de chasse d’un groupe aérien capable de projeter depuis la mer une puissance militaire incomparable.

Quel BPD/M pour embarquer un drone MALE ?

Le facteur dimensionnant de la conception d’un BPD/M est sa dimension aérienne. Bien que la mise en œuvre d’UUV et d’USV nécessite des systèmes de mise à l’eau et de récupération (LARS [18]) performants, en cours de développement, faire décoller et apponter un drone MALE nécessite de disposer d’un système de lancement et de récupération qui reste à concevoir et à produire. Pour autant, des solutions techniques low-cost pour des systèmes pré-ATOLS et ATOLS[19] se profilent.

Un examen rapide de l’architecture du navire – considérant une marge de 20 m en bout de pont pour le décollage, une marge de 30 à 50 m avant l’engagement du système de freinage ainsi qu’une longueur de décollage de 100 m – aboutit à un bâtiment d’une longueur comprise entre 150 et 170 m. La largeur de la plateforme d’envol dépendra de la solution technique retenue qui sera limitée par la largeur des bassins de construction et de maintenance, de l’espace nécessaire au navire amarré à quai et du tonnage maximum d’une unité dont le coût et le tonnage devront être les moins élevés possibles.

Ces caractéristiques dessinent un bâtiment plus long qu’une frégate de la classe Horizon et d’une largeur supérieure. Elles permettent d’installer un hangar alimenté par deux ascenseurs pour assurer les mouvements aviations.

Un tel navire doit être en mesure d’évoluer entre 15 et 20 nœuds, en vitesse de croisière, et capable d’atteindre 25 à 30 nœuds lors des manœuvres aviation. En ce qui concerne la résilience aux menaces, un design adapté et un armement de défense anti-aérienne rapprochée pourraient suffire, compte tenu du rôle attendu de cette unité en opération gestion de crise de basse intensité ou de son intégration au sein d’une force navale lors d’un engagement de haute intensité. Pour simplifier sa conception, ce bâtiment ne disposerait pas de radier.

Ces choix ont pour objectif de maîtriser les coûts de conception, d’acquisition et de possession ainsi que d’optimiser la production industrielle du BPD/M, en autorisant la coopération internationale permise par sa modularité et un concept d’emploi évolutif, ajustable aux missions spécifiées par l’acquéreur. Un tel navire pourrait embarquer deux flottilles d’UAV, composées de 8 à 10 appareils : l’une dédiée aux missions ISR/GE ; l’autre dédiée aux frappes à la mer ou contre la terre.

Quelles missions pour un BPD/M ?

Compte tenu de sa conception, un tel navire n’a pas vocation à remplacer un porte-avions doté d’un groupe aérien embarqué, disposant d’un équipage et de pilotes entrainés au commandement et au combat naval de haute intensité. Néanmoins, sa vitesse lui permettrait de se déplacer de 300 à 480 nq par jour, et de couvrir avec ses drones MALE un volume ISR conséquent. On estime que le contrôle d’un MALE volant à 6 500 pieds peut être assuré jusqu’à 100 nq d’un bâtiment contrôleur, en portée directe (LOS [20]). Une liaison sécurisée de contrôle et de transmission des données par satellite viendrait accroitre la portée de détection au prix de modifications sur le navire porteur [21] et sur l’UAV [22] et d’un accroissement des coûts.

Ainsi, le BPD/M peut-il être considéré comme la première réalisation d’une nouvelle classe de bâtiments, d’un tonnage avoisinant les 10 000 tonnes, contribuant au renforcement des capacités opérationnelles des porte-aéronefs actuels. Il viendrait compléter l’escorte des bâtiments du Groupe Aéronaval, qui assurent ordinairement le soutien et la protection du porte-avions en opérations, avec des moyens d’engagement et de logistique opérationnelle renforcés, offrant une capacité de vigilance et de réaction accrue permettant ainsi de répondre à l’irruption durable de la menace constituée par les drones dans le combat naval contemporain.

Le binôme BPD/M – drone MALE de surveillance maritime n’a pas vocation à se substituer à une force d’aviation de patrouille maritime basée à terre, mais à contribuer, en temps quasi-réel, à la permanence de la maîtrise de l’information nécessaire au contrôle d’un vaste espace aéromaritime éloigné de la métropole tout en permettant d’assurer l’emploi coordonné et la maintenance des drones déployés en soutien d’une force navale en opérations. Cette nouvelle capacité duale, coordonnée avec les moyens existants, viendrait compléter celles offertes par l’exploitation des satellites d’observation et d’écoute, qu’ils soient géostationnaires ou déployés en orbite basse.

Le développement d’un UAV MALE de surveillance maritime embarqué repose sur la réalisation préalable d’un drone MALE exploité depuis la terre. Doté de capacités spécifiques, destinées à lui permettre de mener des opérations aéronavales de surveillance et d’engagement, adaptées aux espaces maritimes fermés ou semi-fermés, ils permettraient d’opérer en Méditerranée à la façon des drones américains et chinois qui manœuvrent actuellement en mer de Chine du Sud, aux abords de Taïwan ou encore en mer de Chine de l’est et en mer du Japon.

La France est-elle capable de développer un tel système ? À quelles conditions ?

Au-delà des facteurs nécessaires à la réalisation d’un projet combiné, la conception d’un BPD/M et de drones MALE embarqués de surveillance et d’intervention maritimes permet de définir un horizon stratégique, opérationnel, technologique et industriel dont les développements incrémentaux s’échelonneraient sur une quinzaine d’années.

Il permettrait d’identifier la chaine de valeur des entreprises françaises, de la start-up aux champions nationaux de la BITD en passant par les entreprises de toutes tailles, concernées par l’intégration des problématiques des drones aéromaritimes, civils et militaires, par la définition des standards d’un marché concurrentiel en pleine expansion ainsi que par le cadre des normes d’exploitation associées. Ces éléments sont jugés indispensables à l’affirmation d’une souveraineté stratégique nationale et européenne.

La production et l’exploitation d’une composante de drones MALE embarquée passe par le développement préliminaire d’une capacité de drones MALE à vocation maritime, mise en œuvre et contrôlée depuis la terre, permettant de renforcer la surveillance des approches maritimes du territoire national jusqu’en haute mer. Elle pousse à l’établissement d’une coordination de l’élaboration de la situation maritime d’intérêt national dans un cadre interministériel, en mesure de conforter la coopération internationale et multilatérale dans le domaine de la surveillance des espaces maritimes européens et mondiaux.

Alors que la compétition stratégique, technologique et industrielle entre Chinois et Américains s’aiguise dans l’espace Indo-Pacifique et que le recours aux drones MALE de surveillance maritime connait une accélération sans précédent avec l’arrivée à maturité de l’intelligence artificielle, la France, de son côté, dispose :

  • de l’expertise de la conception et de la production de navires de fort tonnage à pont plat continu ainsi que de la maitrise des systèmes de combat interconnectés, capables d’échanger, d’intégrer et de présenter de manière synthétique, les données collectées par plusieurs capteurs mis en œuvre par des drones dans les trois dimensions ;
  • du savoir-faire en matière de gestion de Data Centers, de traitement et de diffusion de données collectées assisté par l’intelligence artificielle ;
  • du tissu industriel aéronautique adapté et d’entreprises engagées dans le développement de drones aériens de toutes dimensions, de capteurs et de munitions associés, dans un environnement ITAR Free ;
  • de startups innovantes en mesure de développer les systèmes ATOLS pour UAV indispensables à l’appontage automatique des drones

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Si certaines entreprises sont en mesure d’engager la R&D initiale nécessaire sur leurs fonds propres, elles ont besoin d’une vision d’ensemble pour répartir leurs efforts financiers ainsi que d’une ingénierie économique et financière innovante, en attendant que les budgets de la défense remontent à 2% du PIB, en application de la LPM en vigueur, pour évoluer ensuite vers 3% du PIB, considéré comme le seuil de ressources nécessaire au rétablissement de forces armées conventionnelles capables de répondre aux exigences du combat de haute intensité contemporain, de moderniser notre force de dissuasion nucléaire et de rattraper notre retard en matière de veille et de production, technologiques et industrielles.

Il s’agit du prix estimé à payer pour dissuader ou être en mesure de faire face au le prochain conflit de haute intensité, avant qu’il ne se déclenche, avec des moyens adaptés au monde d’aujourd’hui, instable et dangereux en cette première moitié de 21ème siècle.

La surveillance maritime et la protection du territoire national dans la profondeur de ses approches maritimes, jusqu’en haute mer, n’étant pas l’apanage du seul ministère des Armées, la mise en place d’une organisation nationale ad hoc, tenant compte des acquis et de l’expérience de l’action de l’État en mer, pourrait notamment permettre d’identifier les modalités d’un financement interministériel adapté aux enjeux.

Un tel projet, relevant d’une vision politico-stratégique à moyen terme, jalonné de réalisations emblématiques sur les 15 prochaines années, serait de nature à provoquer l’effet d’entraînement indispensable à toute réalisation d’ampleur et à mobiliser les énergies d’une nation. Englobant dans une même perspective, le territoire national de métropole et d’outre-mer, ce projet aurait de surcroît le mérite d’incarner, comme pour d’autres projets de même nature, l’esprit de défense ainsi que de contribuer concrètement à la préservation de la souveraineté nationale comme de l’autonomie stratégique européenne, toutes deux menacées.

Cet article de Christophe Pipolo et Marc Grozel est publié simultanément sur Mer et Marine, Marine & Océans Magazine et La Vigie 

Ancêtre du P-A Français Charles de Gaulle, le Béarn a été injustement oublié pat l’histoire

Le Béarn est le seul porte-avions en service dans la Marine nationale française jusqu’en 1945 (date du passage sous pavillon français du Dixmude).

C’était initialement la cinquième unité du dernier type de cuirassés dreadnought de la classe Normandie mise sur cale avant la Première Guerre mondiale et jamais achevée. Seul le Béarn sera achevé après la Première Guerre mondiale, avant le démantèlement des coques inachevées des quatre autres unités.

Dans un premier temps, le nom de Vendée avait été envisagé.

Historique

Une mise en service tardive

Peu avant la Première Guerre mondiale, les expérimentations sur le bâtiment-base d’aviation Foudre sont interrompues, la Marine nationale française donnant la priorité à l’hydravion, et quatre petits avisos sont transformés en transports d’hydravions en 1914 et 1915. À la fin de la guerre, l’aviation maritime réduit ses effectifs : la plupart des avions sont démantelés et les bases terrestres sont réduites à sept . Toutefois, les expérimentations continuent. En 1920, une plate-forme est installée sur l’aviso Bapaume, à partir de laquelle est menée une série de décollages de biplans Hanriot HD.12Nieuport 21 et Nieuport 32. À la même époque, la société Levasseur commence à produire les premiers bombardiers-torpilleurs susceptibles d’être navalisés, comme le biplan Levasseur PL 2 (dérivé de l’AT.1 terrestre) dont la Marine nationale française commande neuf exemplaires, livrés à partir de 1925.

Une nouvelle délégation française se rend au Royaume-Uni où elle visite notamment le HMS Argus. Il s’agit d’un ancien paquebot transatlantique transformé en porte-avions. C’est le premier bâtiment conçu dès l’origine de sa refonte à disposer d’un pont d’envol continu, duquel opèrent 20 avions depuis le 6 septembre 1918. Impressionnés, les membres de la mission recommandent que la coque du cuirassé Béarn de classe Normandie, inachevée à cause de la guerre, soit mise à disposition de la Marine nationale pour en faire un porte-avions. Le programme naval du 1er janvier 1920 prévoyait deux bâtiments porte-avions et la transformation de deux cuirassés de la classe Normandie en porte-avions. Les réalités budgétaires ont raison de cet ambitieux projet et il est décidé de doter seulement le Béarn d’un hangar de 100 × 30 mètres et d’un pont d’envol de 180 mètres de long.

Le lancement du Béarn a lieu à La Seyne-sur-Mer le 15 avril 1920 et, du 20 octobre 1920 au printemps 1921, est effectuée une série de décollages, tout d’abord celui du lieutenant de vaisseau Paul Teste pilotant un Hanriot, puis de Sopwith 1A2Hanriot HD 2 et Hanriot HD.3. La loi-programme du 18 avril 1922 décide sa transformation en « bâtiment porte-avions d’escadre » en application du traité naval de Washington, qui limite les armements maritimes de ses cinq signataires : les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon la France et l’Italie. La France est mécontente du traité, déclarant qu’elle a droit à une flotte plus importante que celle de l’Italie, puisque devant maintenir une flotte à la fois dans l’Atlantique et la Méditerranée et un peu partout dans le monde où elle possède des colonies.

Contrairement à l’US Navy et la Royal Navy, la Marine nationale française ne hâte pas pour autant la modification du Béarn : du contrat, signé le 4 août 1923 au commissionnement, le 1er mai 1928, il s’écoule cinq ans durant lesquels la Marine nationale se contente de quelques hydravions. Enfin, le 3 mai 1928, quelques bombardiers légers biplans Levasseur PL.4, premiers avions français construits en série pour être mis en œuvre depuis un porte-avions, se posent sur le Béarn avant d’entamer des manœuvres conjointes avec l’Armée de terre française.

Le Béarn entre choix de l’avion embarqué et refontes

Levasseur PL-2 de l’escadrille 7B2
Levasseur PL-4 à l’appontage
Levasseur PL-7 en 1928
Levasseur PL 101 à l’appontage

La « Flottille d’aviation du Béarn » se compose de 3 escadrilles, l’une de chasse (la 7C1), l’autre de bombardement et torpillage (la 7B1), la dernière de reconnaissance et surveillance (la 7S1). En ce qui concerne les chasseurs, l’expérience malheureuse des Lévy-Biche (Levasseur) LB.2 et le vieillissement des Dewoitine D.1C1 contraint la Marine nationale à se tourner vers le monoplan terrestre Wibault 74, qu’elle commande à 60 exemplaires et qui reste en service de 1932 à 1938. Pour ce qui est des bombardiers-torpilleurs, elle reste attachée à la formule biplan avec le Levasseur PL 2 (1926), le PL 4 (1930), le PL 7 (équivalent au Blackburn Ripon britannique) puis le PL 10 et sa version améliorée PL 101 (1933).

Suivant l’intérêt de l’US Navy et de la Luftwaffe pour les bombardiers en piqué, les services techniques de l’aéronautique demandent en 1932 à Nieuport de concevoir un monomoteur d’attaque destiné au Béarn. Les deux prototypes du Nieuport 140 à aile en « W » sont perdus en mars 1935 et mai 1936 et le constructeur étudie sur fonds propres le Loire-Nieuport LN 401 hélas sous-motorisé, mais commandé à 66 exemplaires par la Marine nationale pour remplacer ses PL.7. La construction d’une version plus puissante (le Loire-Nieuport LN 402) reste sans lendemain.

En 1938, la Marine reçoit 19 chasseurs monoplan Dewoitine D.373, déjà obsolètes à leur mise en service et déficients au niveau de la motorisation, ce qui entraîne deux interdictions de vol, dont la seconde est retardée dans l’attente de la livraison des Potez 631 le 22 décembre 1939. À la veille de la guerre, les bureaux d’études travaillent dans la hâte aux Latécoère/Breguet Laté 299 et Laté 675. Finalement, dépitée par ces déboires, la Marine se tourne vers le monoplan américain Vought V-156F Vindicator livré à 51 exemplaires à partir de juillet 1939[1].

Par ailleurs, les refontes à répétition du Béarn (une première en 19301933, une seconde en 19341935), n’aident pas à la permanence à la mer d’un groupe aéronaval, d’autant que le bâtiment est trop lent (21,5 nœuds) pour remplir son rôle (alors que ses homologues britanniques qui sont des croiseurs de bataille transformés en porte-avions, filent une trentaine de nœuds) et que ses ascenseurs sont inadaptés, le reléguant à une plate-forme d’entraînement et de transport.

Activité opérationnelle

Fin des années 1920

Lévy-Biche LB.2, 1926

Ayant pris armement le 5 décembre 1927, le Béarn entre en service le 1er mai 1928. Il est affecté (hors rang) à la 1re escadre en Méditerranée. Une semaine après, le porte-avions embarque l’escadrille de reconnaissance 7S1 et l’escadrille de bombardement 7B1, toutes deux équipées d’avions Levasseur PL.4. Ce soir-là, le Béarn embarque une commission sénatoriale de trois personnes pour une tournée d’information, en Corse et en Tunisie, qui dure jusqu’au 20 mai. Le 27 mai, l’Escadrille 7C1, équipée de chasseurs Lévy-Biche LB.2, s’envole pour une croisière vers l’Atlantique et la Manche, visitant en cours de route les ports du Maroc (protectorat français). Le 20 juin, le Béarn participe à un exercice au cours duquel la 1re escadre attaque les défenses de Lorient et effectue des débarquements amphibies. Le 3 juillet le porte-avions participe, au Havre, à la revue navale de la flotte passée par le président de la République, Gaston Doumergue. L’escadre se rend dans les ports normands – période au cours de laquelle un LB.2 est contraint d’amerrir – avant de retourner en Bretagne le 20 juillet. L’escadre appareille pour Toulon le 29 juillet, non sans que le Béarn ne soit détourné vers Santander, en Espagne, pour recevoir la visite du roi Alfonse XIII. Après une courte visite en Algérie, le porte-avions rentre à Toulon le 4 août. André Jubelin, futur amiral et pionnier de l’Aéronavale, sert à bord du bâtiment pendant cette période, bien qu’il ne soit pas encore qualifié pilote d’aéronautique. C’est au cours de cette croisière que les inconvénients de la faible vitesse du porte-avions apparaissent. Alors qu’il opérait avec la flotte, il dut faire route (inverse) contre le vent pour lancer deux avions et il lui fallut une heure et quart à une vitesse de 16 nœuds pour rejoindre l’escadre, malgré la faible vitesse moyenne (de 12 nœuds) de cette dernière.

Entre le 12 octobre et le 9 novembre, le Béarn effectue une courte croisière d’entraînement en Corse et en Afrique du Nord française pour qualifier les pilotes. Limité par des pénuries d’avions (les LB.2 étaient hors service) et par le manque de pilotes expérimentés, l’escadrille 7C1 n’a mis en œuvre que deux chasseurs Dewoitine D.1, la 7S2 trois PL.4 et la 7B1 quatre PL.4. Entre elles, les trois escadrilles n’ont rassemblé que sept pilotes.

Le 27 octobre 1929, au mouillage à Agadir, le Béarn emploie ses avions au-dessus des territoires dissidents du Sud-marocain. Cette action constitue sa première opération de guerre[2].

Début des années 1930

En décembre 1929, le porte-avions commence un carénage au cours duquel la partie avant du pont d’envol est inclinée de 4,5 degrés vers le bas ; ce qui constituait une première étape pour permettre aux avions d’apponter au-dessus de sa proue (donc à l’envers du sens de marche normal). De plus, le système d’origine de frein par sacs de sable est remplacé par deux prototypes d’engrenage d’arrêt à commande mécanique. Une fois le carénage terminé, en mai, le Béarn utilise du 4 au 16 mai ses hydravions CAMS 37 pour mener des essais d’évaluation de la visibilité en immersion du sous-marin Requin. Du 27 mai au 10 juillet, le bâtiment participe à des exercices en Méditerranée occidentale et au large des côtes marocaines. Quelques mois plus tard, le porte-avions navigue sur la côte atlantique du Maroc, effectuant quelques missions de reconnaissance dans le sud du Maroc à la fin octobre pour intimider les tribus berbères rebelles et visitant Dakar, l’Afrique occidentale française, Madère et les îles Canaries. Au cours de cette croisière, un seul chasseur Wibault 74 est testé.

Lors du carénage du Béarn de décembre 1929 à avril 1930, l’inclinaison vers le bas de l’avant du pont d’envol a été modifiée pour correspondre aux 4,5 degrés de celle de l’arrière. Le 8 mai, le porte-avions avait à bord 10 D.1, 5 LB.2, 16 PL.4 et 3 CAMS 37. Deux jours plus tard, il participe à la revue navale de la 1re escadre à Alger par Gaston Doumergue qui commémore le centenaire de la conquête française de l’Algérie. À son retour à Toulon le 14 juin, les LB.2 sont remplacés par des D.1, en attendant la livraison des Wibault 74 en commande. Fin décembre, la 7B1 commence à pratiquer des simulations de largage de torpilles. Le bombardier torpilleur Levasseur PL.7 avait été livré à la 7B1 lorsque le Béarn accompagnait la 1re escadre lors de sa croisière nord-africaine du 8 mai au 24 juin. Il est réaménagé à la fin de l’année 1930.

En avril 1932, le Levasseur PL.10 remplace le PL.4 dans la 7S1. Le 3 avril, le porte-avions reçoit la visite de François Piétri, ministre de la Défense nationale. À ce moment-là, la 7C1 faisait modifier ses nouveaux Wibault 74 et ne pouvait pas participer à la croisière de l’escadre en Méditerranée orientale du 15 avril au 25 juin. Les PL.10 font leurs premiers appontages le 20 juillet. Le bâtiment est transféré à la 1re escadre de ligne en octobre. Le mois suivant, une inspection critique l’état de préparation au combat du Béarn car limité alors à une vitesse de 15 nœuds. En 1933, l’effectif de chaque escadrille passe de six à neuf appareils, à l’exception de l’escadrille de chasse qui passe à dix. Lors de la croisière de la 1re escadre en Afrique du Nord, du 3 mai au 24 juin, les escadrilles du Béarn s’entraînent à la recherche et à l’attaque des navires ennemis depuis une base terrestre et, quelques jours plus tard à la mi-mai, utilisent Oran (Algérie), pour pratiquer le tir sur cible. Quelques mois plus tard, les PL.10 de la 7B1 s’entraînent à attaquer des cuirassés escortés par des destroyers le 20 juillet. Quelques semaines plus tard, le 5 août, le porte-avions participe à une revue navale passée par Pierre Cot, ministre de l’Air. Le Béarn est mis hors service d’août à novembre, période pendant laquelle la 7S1 passe du PL.10 au PL.101, une version améliorée du même avion.

Milieu des années 1930

1934–1935 Reconstruction

Le porte-avions est engagé dans la guerre d’Espagne avec le Commandant Teste. Dès octobre 1936, il appuie les cuirassés de l’escadre patrouillant face à l’Espagne[2], dans le cadre de la non-intervention puis des actions décidées à la Conférence de Nyon.

Seconde Guerre mondiale

De septembre 1939 à avril 1940, le porte-avions est associé à l’un des groupes de chasse, désignés par des lettres, qui donnent la chasse aux “corsaires” de surface de la Kriegsmarine : le groupe I avec le HMS Eagle dans l’Océan Indien, le groupe K avec le HMS Ark Royal est basé à Freetown pour l’Atlantique Sud, le groupe L avec le Béarn dans l’Atlantique Nord, le groupe M avec le HMS Hermes à Dakar[3].

Curtiss SBC-4 Français

En mai 1940, il participe à l’évacuation de l’or de la Banque de France destiné à payer les avions achetés aux États-Unis et au convoyage des mêmes appareils vers la France ; au moment où la France succombe, le Béarn et le croiseur école Jeanne d’Arc étaient présents à Halifax, ayant embarqué un total de 44 Curtiss SBC-4 Helldiver, 23 Curtiss H-75, 6 Brewster B-339 et 33 Stinson 105 mais ils sont déroutés vers les Antilles lors de l’armistice du 22 juin 1940. Le Béarn fut démilitarisé et mis en gardiennage en Martinique durant trois ans conformément à la neutralité du Régime de Vichy vis-à-vis des États-Unis. Repris par les Forces navales françaises libres, il appareille à la remorque le 8 septembre 1943 pour une refonte aux États-Unis au Chantier naval Avondale près de La Nouvelle-Orléans où il va être transformé en transport d’avions. Il reste en Louisiane jusqu’au 30 décembre 1944, date à laquelle il appareille pour la Base navale de Norfolk terminer sa transformation. Il en sort avec un radar, une DCA plus importante, entre autres équipements, et est camouflé aux standards de l’US Navy. En mars 1945, il disposait d’une DCA portée à 4 pièces de 127 mm, 24 de 40 mm, et 26 de 20 mm. Le 3 mars, le Béarn est à New York où il reçoit des avions et appareille dans un convoi à destination de Casablanca. Le 13 mars 1945, il aborde accidentellement un transport de troupes américains (31 morts sur le transport, 4 sur le Béarn) ; il relâche aux Açores puis à Casablanca où il arrive le 25 mars. Il commence une période d’indisponibilité jusqu’au 19 juillet 1945[4].

Après-guerre

Après la guerre, il contribue à transporter l’aviation destinée au Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) en Indochine française avant la Guerre d’Indochine. Le 23 juillet 1946, il est stocké à Toulon sur les quais de l’angle Robert près de la Lorraine puis, affecté au GASM (Groupe d’action sous-marine) le 9 décembre 1948, il sert de bâtiment base pour les sous-mariniers, amarré dans la darse des sous-marins jusqu’au 1er novembre 1966. En 1967, il est définitivement retiré du service et vendu à des démolisseurs italiens[4].

Installations d’aviation

  • pont d’envol : 180 × 27 m
  • deux hangars (superposés, l’inférieur étant destiné à la maintenance et aux réparations des appareils) : 124 × 19,5 m
  • trois ascenseurs axiaux
  • cinq brins d’arrêt :

À l’origine, dans les années 1920, le lest sur les brins d’arrêt est un système de sacs de sable, il est remplacé par des freins mécaniques à friction de type Schneider et Cie-Fieux lors d’une refonte de décembre 1928 à mars 1929[5].

  • système de levage : grue de 12 t
  • carburant aviation : 115 856 litres d’essence d’avion.

f Wikipédia

20/10/2025 La vie est partout dans l’univers

Alme dévoile la présence de la vie partout dans l’Uunivers
12 août 2025,

Interview: Dr. Kamber Schwarz, Postdoctoral Researcher at Max Planck Institute for Astronomy Heidelberg – TechieTonics

Dans le silence glacé de l’espace, à plus de 1 300 années-lumière de notre planète bleue, se joue peut-être l’une des histoires les plus fascinantes de la science moderne. Au cœur de la constellation d’Orion, une jeune étoile baptisée V883 Orionis livre ses secrets les plus intimes aux télescopes terrestres, révélant un trésor chimique d’une importance capitale pour comprendre l’origine de la vie.

Une chimie complexe au berceau des étoiles

Ce que les chercheurs ont découvert défie l’entendement : pas moins de 17 molécules organiques complexes tourbillonnent dans le disque de matière qui entoure cette protoétoile naissante. Parmi elles, l’éthylène glycol et le glycolonitrile, deux composés chimiques que les biologistes connaissent bien puisqu’ils constituent les précurseurs directs des éléments fondamentaux de l’ADN et de l’ARN.

Cette découverte, fruit du travail minutieux d’une équipe dirigée par Abubakar Fadul de l’Institut Max Planck d’astronomie, représente bien plus qu’une simple curiosité scientifique. Elle bouleverse littéralement notre compréhension de la distribution de la matière organique dans le cosmos et ouvre des perspectives vertigineuses sur l’omniprésence potentielle de la vie.

La révolution d’une théorie établie

Jusqu’à présent, la communauté scientifique adhérait à un modèle relativement pessimiste concernant la survie des molécules organiques lors de la formation stellaire. Les astronomes considéraient que les processus violents accompagnant la naissance des étoiles – éruptions de plasma, radiations intenses, températures extrêmes – détruisaient inexorablement la plupart des composés organiques complexes accumulés dans les nuages interstellaires.

Cette vision impliquait que seuls de rares systèmes planétaires, dans des conditions exceptionnellement favorables, pouvaient reconstituer localement ces briques chimiques essentielles. La vie apparaissait alors comme un phénomène d’une rareté extraordinaire, fruit de circonstances quasi miraculeuses.

Kamber Schwarz, co-auteur de l’étude et astrochimiste réputé, résume parfaitement le paradigme qui vient de s’effondrer : « Il semble maintenant que ce soit le contraire de ce que nous pensions. Nos observations suggèrent que les disques protoplanétaires héritent directement de molécules complexes issues de phases antérieures, et que leur enrichissement chimique se poursuit même pendant la formation du système

L’œil perçant d’ALMA révèle l’invisible

Cette révolution conceptuelle n’aurait pas été possible sans les performances extraordinaires de l’Atacama Large Millimeter/submillimeter Array, plus connu sous l’acronyme ALMA. Ce réseau de 66 radiotélescopes, perché dans l’aridité du désert chilien, possède une sensibilité inégalée pour détecter les signatures radio des molécules organiques dans l’espace.

C’est grâce à cet instrument d’exception que les chercheurs ont pu identifier les raies d’émission caractéristiques de ces 17 molécules organiques. Un exploit technique remarquable, rendu possible par un phénomène naturel inattendu : les éruptions périodiques de V883 Orionis génèrent suffisamment de chaleur pour sublimer les glaces du disque protoplanétaire, libérant dans l’espace les composés organiques qui y étaient piégés.

×Un continuum chimique de l’espace aux planètes

Les implications de cette découverte, rapportée dans he Astrophysical Journal Letters, dépassent largement le cadre de l’astronomie pure. Si ces résultats se confirment, ils établissent l’existence d’une continuité chimique directe entre les vastes nuages moléculaires interstellaires et les systèmes planétaires achevés. Cette « ligne droite d’enrichissement chimique », pour reprendre les termes de Fadul, transformerait radicalement notre perception de la probabilité d’émergence de la vie dans l’univers.

Au lieu d’être un accident cosmique rarissime, la vie pourrait représenter une conséquence quasi inévitable de l’évolution chimique naturelle de la matière interstellaire. Chaque nouveau système planétaire hériterait ainsi d’un patrimoine moléculaire déjà riche en précurseurs biologiques, multipliant exponentiellement les chances d’apparition de formes vivantes.

Vers de nouveaux horizons d’exploration

Prudents, les scientifiques insistent sur le caractère préliminaire de leurs conclusions. Des observations à plus haute résolution sont nécessaires pour confirmer définitivement la présence de ces molécules, et des études approfondies devront évaluer leur résistance aux conditions extrêmes de la formation stellaire.

Mais l’enthousiasme est palpable dans la communauté scientifique. Fadul évoque déjà les prochaines étapes : « Nous devrions explorer d’autres régions du spectre électromagnétique pour détecter des molécules encore plus évoluées. Qui sait ce que nous pourrions découvrir ?« 

Cette question résonne comme une invitation au rêve et à l’exploration, rappelant que l’univers n’a pas fini de nous surprendre et que la vie, peut-être, nous attend au détour de chaque étoile naissante.

Lire aussi


Interview: Dr. Kamber Schwarz, Postdoctoral Researcher at Max Planck Institute for Astronomy Heidelberg

October 2, 2021 Pooja Kashyap

Dr. Kamber Schwarz is a postdoc at MPIA in Heidelberg. She has been a NASA Sagan Postdoctoral Fellow in the Lunar and Planetary Laboratory at the University of Arizona. She received her PhD in Astronomy & Astrophysics from the University of Michigan in 2018. She is also the recipient of the prestigious Ralph B. Baldwin Prize in Astronomy, 2020.

The evolution of volatile gas during planet formation is her area of interest in astronomy. Recently, she hit headlines with her research on planet formation in the protoplanetary disk around the star GM Aurigae.  

She has not only been a Graduate Student Instructor but also Guest Lecturer at Planetary Sciences. She has authored nearly 6 papers on Protoplanetary Disks and co-authored numerous publications in astronomy.

I have been following her research and contacted her for an interview to which she agreed even during her hectic hours of work. So, without much ado, please find Dr. Kamber Schwarz herself answering questions on astronomy and of course her life:

Can you first of all tell us when and how you became enamoured with Astronomy? 

I grew up in a rural area with low light pollution and beautiful night skies. Around the age of eleven I looked up and realised that I knew next to nothing about space. I decided to fix that. I’ve been learning about space ever since.

Is the formation of planets a by-product of the birth of stars? 

Yes. When a cloud of gas and dust collapses to form a star some of the material has too much angular momentum to go directly onto the star and forms a disk instead. Based on the number of exoplanet detections we think that most, if not all, of these disks go on to form planets.

Search for planets begins with a search for infrared radiation from the material required to make them”, can you please elaborate on this statement? 

While we have other methods for finding fully formed exoplanets, studying the material from which planets form requires looking at radiation at infrared or millimeter wavelengths. This is because planets form in relatively cold environments, tens to a few hundred degrees C above absolute zero. In general, cooler objects emit light at longer wavelengths. This is true both for the small grains of dust and for the gaseous molecules. By observing protoplanetary disks in the infrared and millimeter we can determine the composition of planet forming material just before it becomes a planet.

How do temperature differences in the protoplanetary disk explain the arrangement of the planets in the solar system? 

Far from the Sun, where the disk was very cold, you get the formation of ice rich comets. Additionally, in the solar system the terrestrial planets are all closer to the Sun than the gas giants. We think this is because of the water snow line: the location in the disk inside of which water is in the gas and outside of which water is in the ice. The basic idea is that water ice is easier to incorporate into planets, so comets and the gas giants are water rich while the terrestrial planets formed in a region with no ice so are both smaller than gas giants and water poor. However, exoplanet systems don’t appear to follow the same trend. We are still debating how important the water snow line is for planet formation.

If planets can’t be detected around a star, can their existence be inferred by studying the host star? 

Sometimes! There is a technique called astrometry, where a star’s position is measured to high precision over a period of time. If the star appears to wobble, it is because of the gravitational pull of an unseen companion, like a massive planet or brown dwarf, on the star. My favourite method of inferring the existence of planets is by studying a class of object called polluted white dwarfs. White dwarfs are the exposed hot cores of stars that have reached the end of their lifetimes.  The spectra of polluted white dwarfs, basically the chemical imprint in the light they emit, include elements not found in white dwarf atmospheres, such as silicon and magnesium. So not only do we know rocky bodies have fallen into the white dwarf and polluted it’s atmosphere, we also know the composition of these rocks!

The Universe is infinite, so, you think there is other intelligent life that exists somewhere within it? 

Given the gargantuan number of stars and planets in the Universe I think it’s likely. However, given the huge distances involved (it takes over four years for light from the Sun to reach the next closest star) I don’t think we will ever get to communicate with aliens.

Do you think our 3-dimensional world is a part/embedded in some higher dimension? 

This gets into a branch of physics I don’t have any training in. I’ll say no, but only because any higher dimensions don’t affect my life or my work.

Someone comes up to you and says, “I wanna be just like you. I want to be an Astrophysicist”.  What advice would you give? 

Learn computer programming. The majority of modern astrophysics takes place on computers. A solid understanding of how-to code is a huge advantage.

V

La vie serait partout dans l’univers

Dans le silence glacé de l’espace, à plus de 1 300 années-lumière de notre planète bleue, se joue peut-être l’une des histoires les plus fascinantes de la science moderne. Au cœur de la constellation d’Orion, une jeune étoile baptisée V883 Orionis livre ses secrets les plus intimes aux télescopes terrestres, révélant un trésor chimique d’une importance capitale pour comprendre l’origine de la vie.

Une chimie complexe au berceau des étoiles

Ce que les chercheurs ont découvert défie l’entendement : pas moins de 17 molécules organiques complexes tourbillonnent dans le disque de matière qui entoure cette protoétoile naissante. Parmi elles, l’éthylène glycol et le glycolonitrile, deux composés chimiques que les biologistes connaissent bien puisqu’ils constituent les précurseurs directs des éléments fondamentaux de l’ADN et de l’ARN.

Cette découverte, fruit du travail minutieux d’une équipe dirigée par Abubakar Fadul de l’Institut Max Planck d’astronomie, représente bien plus qu’une simple curiosité scientifique. Elle bouleverse littéralement notre compréhension de la distribution de la matière organique dans le cosmos et ouvre des perspectives vertigineuses sur l’omniprésence potentielle de la vie.

La révolution d’une théorie établie

Jusqu’à présent, la communauté scientifique adhérait à un modèle relativement pessimiste concernant la survie des molécules organiques lors de la formation stellaire. Les astronomes considéraient que les processus violents accompagnant la naissance des étoiles – éruptions de plasma, radiations intenses, températures extrêmes – détruisaient inexorablement la plupart des composés organiques complexes accumulés dans les nuages interstellaires.

Cette vision impliquait que seuls de rares systèmes planétaires, dans des conditions exceptionnellement favorables, pouvaient reconstituer localement ces briques chimiques essentielles. La vie apparaissait alors comme un phénomène d’une rareté extraordinaire, fruit de circonstances quasi miraculeuses.

Kamber Schwarz, co-auteur de l’étude et astrochimiste réputé, résume parfaitement le paradigme qui vient de s’effondrer : « Il semble maintenant que ce soit le contraire de ce que nous pensions. Nos observations suggèrent que les disques protoplanétaires héritent directement de molécules complexes issues de phases antérieures, et que leur enrichissement chimique se poursuit même pendant la formation du système. »

L’œil perçant d’ALMA révèle l’invisible

Cette révolution conceptuelle n’aurait pas été possible sans les performances extraordinaires de l’Atacama Large Millimeter/submillimeter Array, plus connu sous l’acronyme ALMA. Ce réseau de 66 radiotélescopes, perché dans l’aridité du désert chilien, possède une sensibilité inégalée pour détecter les signatures radio des molécules organiques dans l’espace.

C’est grâce à cet instrument d’exception que les chercheurs ont pu identifier les raies d’émission caractéristiques de ces 17 molécules organiques. Un exploit technique remarquable, rendu possible par un phénomène naturel inattendu : les éruptions périodiques de V883 Orionis génèrent suffisamment de chaleur pour sublimer les glaces du disque protoplanétaire, libérant dans l’espace les composés organiques qui y étaient piégés.

disque planètes vie
Cette vue d’artiste montre le disque planétaire autour de l’étoile V883 Orionis. Dans sa partie la plus externe, des gaz volatils sont gelés sous forme de glace, contenant des molécules organiques complexes. Une explosion d’énergie provenant de l’étoile chauffe le disque interne à une température qui évapore la glace et libère les molécules complexes, permettant ainsi aux astronomes de la détecter. L’image insérée montre la structure chimique des molécules organiques complexes détectées et présumées dans le disque protoplanétaire (de gauche à droite) : propionitrile (cyanure d’éthyle), glycolonitrile, alanine, glycine, éthylène glycol et acétonitrile (cyanure de méthyle). Crédit : ESO/L. Calçada/T. Müller (MPIA/HdA)

Un continuum chimique de l’espace aux planètes

Les implications de cette découverte, rapportée dans he Astrophysical Journal Letters, dépassent largement le cadre de l’astronomie pure. Si ces résultats se confirment, ils établissent l’existence d’une continuité chimique directe entre les vastes nuages moléculaires interstellaires et les systèmes planétaires achevés. Cette « ligne droite d’enrichissement chimique », pour reprendre les termes de Fadul, transformerait radicalement notre perception de la probabilité d’émergence de la vie dans l’univers.

Au lieu d’être un accident cosmique rarissime, la vie pourrait représenter une conséquence quasi inévitable de l’évolution chimique naturelle de la matière interstellaire. Chaque nouveau système planétaire hériterait ainsi d’un patrimoine moléculaire déjà riche en précurseurs biologiques, multipliant exponentiellement les chances d’apparition de formes vivantes.

Vers de nouveaux horizons d’exploration

Prudents, les scientifiques insistent sur le caractère préliminaire de leurs conclusions. Des observations à plus haute résolution sont nécessaires pour confirmer définitivement la présence de ces molécules, et des études approfondies devront évaluer leur résistance aux conditions extrêmes de la formation stellaire.

Mais l’enthousiasme est palpable dans la communauté scientifique. Fadul évoque déjà les prochaines étapes : « Nous devrions explorer d’autres régions du spectre électromagnétique pour détecter des molécules encore plus évoluées. Qui sait ce que nous pourrions découvrir ?« 

Cette question résonne comme une invitation au rêve et à l’exploration, rappelant que l’univers n’a pas fini de nous surprendre et que la vie, peut-être, nous attend au détour de chaque étoile naissante.

13O10/2025 Le pouvoir de l’odorat comme agent d’identification et de localisatoh

Ceci s’explique en partie par le fait que beaucoup d’ animateurs chasseurs terrestres , identifienn leurs proies , non par l’ image mais par l’odeur qu est la leur en situation de stress?

source

NewScienst The nose knows
13 september 2025

10/10/2025 Une géométrie dévoilée au cœur de la matière quantique

Une équipe de l’UNIGE lève le voile sur une géométrie jusqu’ici purement théorique dans les matériaux quantiques, aux implications majeures pour l’électronique du futur.

Comment traiter des données à très haute vitesse ou conduire l’électricité sans perte? Pour y parvenir, les scientifiques comme l’industrie misent sur des matériaux quantiques, régis par les lois de l’infiniment petit. Leur conception exige une compréhension fine des phénomènes atomiques, encore largement inexplorés. Une équipe de l’Université de Genève (UNIGE), en collaboration avec l’Université de Salerne et l’Institut CNR – SPIN (Italie), a franchi une étape clé en exploitant une géométrie cachée, jusqu’ici purement théorique, qui déforme les trajectoires des électrons comme la gravité dévie le parcours de la lumière. Ces travaux, publiés dans Science, ouvrent la voie à de nouvelles avancées en électronique quantique.

Les technologies de demain exigent la mise au point de matériaux ultra performants, dont les propriétés inédites sont régies par les lois de la physique quantique. L’étude des composants microscopiques de la matière – raison d’être de la physique quantique – constitue la pierre angulaire de cette révolution scientifique et industrielle. Au siècle dernier, cette étude des atomes, électrons et photons a permis l’invention des transistors et de l’informatique.

Ces découvertes ouvrent de nouvelles pistes pour l’exploration et l’exploitation de la géométrie quantique dans divers matériaux.

Aujourd’hui encore, de nouveaux phénomènes quantiques, échappant aux modèles établis, sont régulièrement découverts. De récentes études ont ainsi révélé l’émergence possible, au sein de certains matériaux, d’une géométrie jusqu’alors jamais vue, lorsqu’un grand nombre de particules est observé. Cette géométrie déformerait les trajectoires des électrons dans les matériaux concernés. De la même manière que la gravité d’Einstein infléchit le parcours de la lumière.

De la théorie à l’observation

Connue sous le nom de «métrique quantique», cette géométrie est la manifestation de la courbure de l’espace quantique dans lequel évoluent les électrons. Elle joue un rôle crucial dans de nombreux phénomènes à l’échelle microscopique de la matière. Mais en détecter la présence et les effets reste un défi.

«Le concept de métrique quantique date déjà d’une vingtaine d’années. Mais il n’était envisagé que sous un angle théorique. Les scientifiques ne s’intéressent à ses effets concrets sur les propriétés de la matière que depuis quelques années», explique Andrea Caviglia, professeur ordinaire et directeur du Département de physique de la matière quantique de la Faculté des sciences de l’UNIGE.

Grâce à de récents travaux, l’équipe du chercheur de l’UNIGE, en collaboration avec Carmine Ortix, professeur associé au Département de physique de l’Université de Salerne, a détecté la présence de la métrique quantique dans une interface entre oxydes (titanate de strontium et aluminate de lanthane), un matériau quantique connu. «Sa présence peut être révélée en observant comment les trajectoires des électrons dans le matériau se déforment sous l’action combinée de la métrique quantique et de champs magnétiques intenses appliqués aux solides», indique Giacomo Sala, collaborateur scientifique au Département de physique de la matière quantique de la Faculté des sciences de l’UNIGE, et premier auteur de l’étude.

Vers de futures applications

L’observation de ce phénomène rend possible la caractérisation des propriétés optiques, électroniques et de transport du matériau observé. L’équipe de recherche montre également que la métrique quantique est une propriété intrinsèque de nombreux matériaux, contrairement à ce que l’on pensait. «Ces découvertes ouvrent de nouvelles pistes pour l’exploration et l’exploitation de la géométrie quantique dans divers matériaux, avec des implications importantes pour l’électronique du futur fonctionnant à des fréquences térahertz (mille milliards de hertz), la supraconductivité et l’interaction lumière-matière», conclut Andrea Caviglia.

2 septembre 2025

Rréférence

ScienceVol. 389, No. 6762

The quantum metric of electrons with spin-momentum locking

Giacomo Sala https://orcid.org/0000-0001-5696-5627, Maria Teresa Mercaldo https://orcid.org/0000-0003-4074-5026, Klevis Domi https://orcid.org/0009-0008-7033-5136, Stefano Gariglio https://orcid.org/0000-0001-8263-4506, Mario Cuoco https://orcid.org/0000-0002-7325-8331, Carmine Ortix https://orcid.org/0000-0002-6334-0569, and Andrea D. Caviglia https://orcid.org/0000-0001-9650-3371Authors Info & Affiliations

Science

21 Aug 2025

Vol 389, Issue 6762
pp. 822-825

DOI: 10.1126/science.adq32553 927

Editor’s summary

The quantum geometric tensor of a material provides insight into the topology and geometry of its electronic states. The real part of this tensor, the quantum metric, has so far been measured only in a limited number of materials. Sala et al. broadened this range of materials by predicting that spin-momentum locking of electronic states is associated with a finite quantum metric. The researchers experimentally verified this prediction by using 111-oriented lanthanum aluminate–strontium titanate (LaAlO3/SrTiO3) interfaces as a model system. —Jelena Stajic

Abstract

Quantum materials are characterized by electromagnetic responses intrinsically linked to the geometry and topology of electronic wavefunctions that are encoded in the quantum metric and Berry curvature. Whereas Berry curvature–mediated transport effects have been identified in several magnetic and nonmagnetic systems, quantum metric–induced transport phenomena remain limited to topological antiferromagnets. Here, we show that spin-momentum locking, a general characteristic of the electronic states at surfaces and interfaces of spin-orbit–coupled materials, leads to a finite quantum metric. This metric activates a nonlinear in-plane magnetoresistance that we measured and electrically controlled in 111-oriented LaAlO3/SrTiO3 interfaces. These findings demonstrate the existence of quantum metric effects in a vast class of materials and enable previously unexplored strategies to design functionalities based on quantum geometry.

09/10/2025 Quelle image de lui Emanuel Macron laissera-t-il dans l’histoire ?

A supposer qu’i en laisse une, elle ne sera pas flatteuse

En tant que Président de la République, représentant la Frane au sein de l »union européenne, il n’ a jamais proposé la moindre mesure susceptible de valoriser un projet européen. Ceci notamment  au plan diplomatique où il est devenu inaudible  face à Donald Trump, comme  face à la Présidente de l’union, Ce sera désormais Berlin et non Paris qui  parlera au nom de l’Europe.*

Concernant les grands programmes technologiques, au sein desquels  la France depuis de Gaulle avait toujours tenu son rang il a toujours été muet sur les enjeux. Si la France figure à l’avenir dans des projets d’exploration lunaire ou martienne, ce ne sera pas de son fait qui confond les lanceurs. Face à la Russie  il est passé de la servilité  jusqu’à l’agressivité  inutile, menaçant  quasiment d’envoyer l’armée se battre aux frontières de l’Ukraine.

Beaucoup de Français voudraient  aujourd’hui qu’il se retire au profit d’un successeur plus qualifié. Les volontaires sont nombreux. Mais il ne le fera pas de peur de se faire mépriser une fois de plus par l’actuelle  Première Dame.

08/10/2025 Combien de planètes semblables à la Terre ?

Il n’a pas comme on le devine de réponse à la question : combien il y aurait dans l’univers de planètes semblables à la Terre.

Quant aux planètes, il est vraisemblable le qu’un dixième d’entre elles compote des conditions favorables à la vie.

Si l’en s’en tient à l’expérience que nous en avons sur terre, cette vie serait d’abord limitée à des espèces unicellulaires. Mais un certain nombre de ces organismes se développeraient sous la forme d’organisme multicellulaires en compétition soumis à la sélection darwinienne.

Nécessairement, l’évolution sous l’influence de la compétitif on darwinienne doterait ceux-ci de cerveaux faits de neurones tels que l’on trouve dans le cerveau humain.

Il a fallu plusieurs milliers d’années pour l’espèce humaine se donne, grâce à ces cerveaux , de cultures techno-scientifiques lui permettant d’explorer l ‘espace interplanétaire proche. Depuis quelques années seulement, elle y recherche des traces de vie, dites des biosignatures. Mais il n a que dans la science fiction que l’humanité découvre l’existence d’espèces extraterrestres semblables à l’espèce humaine dotées de technologies lui permettants de diaoguer avec elle malgré les distances en années lumière qui les en séparent.

Ceci dit même sans évoquer la communication quantique pour qui à son échelle microscopique, il n ‘a ni temps ni espace, il n’est pas exclu que certaines civilisations avancées aient trouvé le moyen de visiter des planètes comportant des cultures semblables que celles de la Terre, à des fins non de guerre interplanétaire mais de coopération culturelle

10/2025 De l’eau sur Mars

D’après de récentes observations, les traces sombres qui apparaissent et disparaissent sur Mars de façon saisonnière sont faites d’eau salée.

Les falaises abruptes de Coprates Chasma sur Mars sont marquées par des traces sombres appelées lignes de pente récurrentes. Des scientifiques ont découvert que ces dernières étaient le fruit d’écoulements d’eau salée..

Décrites ce lundi dans la revue Nature Geoscience, les observations suggèrent que cette eau apparaît de façon saisonnière et forme des lignessombres en s’écoulant le long des abruptes falaises martiennes. Mais les scientifiques ne savent toujours pas d’où provient cette eau, ni si sa composition chimique permettrait d’accueillir la vie.

Pour l’instant, la découverte se contente de résoudre le mystère concernant les traces sombres apparaissant et disparaissant de façon saisonnière, appelées lignes de pente récurrentes. Bethany Ehlmann, géologue planétaire à Caltech, les décrit comme « les formations géologiques les plus étranges et les plus mystérieuses qui soient ».

Longues, sombres et de courte existence, les traces ont été remarquées pour la première fois en 2010 par Lujendra Ojha, alors étudiant de premier cycle à l’Université de l’Arizona. Ojha étudiait alors les images rapportées sur Terre par la caméra HiRISE située à bord de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter de la NASA. À l’époque il n’avait aucune idée de l’importance que prendraient ses observations.

« Je n’étais qu’un passionné observant des fausses trouvailles », ajoute Ojha, aujourd’hui à l’Institut de technologie de Géorgie.

Cinq ans plus tard, ces fausses trouvailles ont révélé leur véritable valeur. Au cours de ces cinq années, les scientifiques ont pointé HiRISE à plusieurs reprises sur les falaises et les cratères martiens. Ils ont pu observer ces traces apparaître, s’allonger puis disparaître au cours des saisons chaudes. Ils ont pu remarquer également qu’elles revenaient toujours aux mêmes endroits, près de l’équateur martien, et qu’elles s’étiraient le long des falaises abruptes et des parois des cratères.

Une hypothétique présence d’eau s’écoulant le long des pentes martiennes tout en assombrissant la surface permettait d’expliquer toutes ces caractéristiques, précise Alfred McEwen de l’Université de l’Arizona. Mais il restait un problème : « Nous n’avions pas de détection directe d’eau », ajoute-t-il. « Ce n’était que notre meilleure supposition. »

L’équipe a désormais associé les traces avec la présence de sels hydratés sur quatre sites différents d’apparition des traces. Les sels, appelés perchlorates, renferment des molécules d’eau dans leur cristaux.
« La présence de sels hydratés dans ces écoulements signifie que les traces sont formées par une eau contemporaine », explique Ojha.

La grande question porte sur l’origine de cette eau. D’où vient-elle ? L’une des possibilités est que les écoulements trouvent leur source dans un aquifère ou par la fonte de glace en sous-sol. D’après ces scénarios, Mars serait en fait en train de transpirer : de l’eau salée suinterait de ses pores puis s’écoulerait le long de ses pentes au fur et à mesure que la planète se réchauffe.

L’eau pourrait également provenir de l’atmosphère, hypothèse favorisée par l’équipe. Dans ce scénario, les sels à la surface absorbent la vapeur d’eau se trouvant dans l’atmosphère martienne.

« Si le taux d’humidité de l’atmosphère martienne devient suffisamment élevé, les sels de perchlorate peuvent absorber cette eau atmosphérique jusqu’à se dissoudre en une solution liquide », explique Mary Beth Wilhelm du Ames Research Center de la NASA.

Quelle qu’en soit la source, la présence d’eau sur Mars n’est pas une surprise. L’eau a sculpté des paysages martiens entiers, dont une ancienne mer profonde d’environ 1.6 km, dans un passé lointain de plusieurs milliards d’années, alors que la planète était plus chaude et l’eau plus présente. Les engins spatiaux explorant actuellement la surface martienne renvoient en permanence des données suggérant que l’eau était autrefois une ressource commune. (En 2012, le rover Curiosity a trouvé une preuve directe que de l’eau coulait sur Mars… dans le passé).

Mais jusqu’à aujourd’hui, les preuves d’eau liquide à la surface dans le présent se font rares. Ce que cela signifie, dans le contexte général de l’exploration planétaire et de la recherche de vie extra-terrestre, reste un mystère.

Référence

nature  

  1. article

Subsurface fluvial sediments beneath InSight on Mars from geophysical constraints
Abstract

Subsurface structure investigation on Mars is crucial for understanding its geological evolution and past hydrological conditions. Elysium Planitia (EP), located near the hypothesized ancient ocean shorelines, could contain clues for past water activity and paleoclimate. Here we present better-constrained subsurface models beneath InSight extending to ~800 m depth, obtained from joint inversion of seismic and seismoacoustic coupling data, and use the well-resolved subsurface structure to explore the lithological profile through rock physics models. The derived subsurface lithology agrees well with local geological context and exhibits a shallow 60-m-thick low-rigidity layer consistent with hydrated sedimentary materials. Despite possible contributions of aeolian and volcanic deposits, we favor the interpretation that the low-rigidity layer originated from fluvial activity in EP during the Hesperian or Hesperian-to-Amazonian epoch, as supported by adjacent paleo-shoreline morphology observations. These results hint at a period of warmer paleoclimate at low latitudes, possibly during high-obliquity phases of Mars’ rotational axis.

details

D’après de récentes observations, les traces sombres qui apparaissent et disparaissent sur Maes de façon saisonnière sont faites d’eau salée.

Les falaises abruptes de Coprates Chasma sur Mars sont marquées par des traces sombres appelées lignes de pente récurrentes. Des scientifiques ont découvert que ces dernières étaient le fruit d’écoulements d’eau salée..

Décrites ce lundi dans la revue Nature Geoscience, les observations suggèrent que cette eau apparaît de façon saisonnière et forme des lignessombres en s’écoulant le long des abruptes falaises martiennes. Mais les scientifiques ne savent toujours pas d’où provient cette eau, ni si sa composition chimique permettrait d’accueillir la vie.

Pour l’instant, la découverte se contente de résoudre le mystère concernant les traces sombres apparaissant et disparaissant de façon saisonnière, appelées lignes de pente récurrentes. Bethany Ehlmann, géologue planétaire à Caltech, les décrit comme « les formations géologiques les plus étranges et les plus mystérieuses qui soient ».

Longues, sombres et de courte existence, les traces ont été remarquées pour la première fois en 2010 par Lujendra Ojha, alors étudiant de premier cycle à l’Université de l’Arizona. Ojha étudiait alors les images rapportées sur Terre par la caméra HiRISE située à bord de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter de la NASA. À l’époque il n’avait aucune idée de l’importance que prendraient ses observations.

« Je n’étais qu’un passionné observant des fausses trouvailles », ajoute Ojha, aujourd’hui à l’Institut de technologie de Géorgie.

Cinq ans plus tard, ces fausses trouvailles ont révélé leur véritable valeur. Au cours de ces cinq années, les scientifiques ont pointé HiRISE à plusieurs reprises sur les falaises et les cratères martiens. Ils ont pu observer ces traces apparaître, s’allonger puis disparaître au cours des saisons chaudes. Ils ont pu remarquer également qu’elles revenaient toujours aux mêmes endroits, près de l’équateur martien, et qu’elles s’étiraient le long des falaises abruptes et des parois des cratères.

Une hypothétique présence d’eau s’écoulant le long des pentes martiennes tout en assombrissant la surface permettait d’expliquer toutes ces caractéristiques, précise Alfred McEwen de l’Université de l’Arizona. Mais il restait un problème : « Nous n’avions pas de détection directe d’eau », ajoute-t-il. « Ce n’était que notre meilleure supposition. »

L’équipe a désormais associé les traces avec la présence de sels hydratés sur quatre sites différents d’apparition des traces. Les sels, appelés perchlorates, renferment des molécules d’eau dans leur cristaux.
« La présence de sels hydratés dans ces écoulements signifie que les traces sont formées par une eau contemporaine », explique Ojha.

l’intérieur du craère martien Hale, des traces sombres (brunes) longues de 100 mètres ont été formées par des écoulements d’eau salée liquide. Elles apparaissent pendant les saisons chaudes, puis disparaissent rapidement.

Photo NASAJPLUniversity of Arizona

MARS TRANSPIRE-T-ELLE ?

La grande question porte sur l’origine de cette eau. D’où vient-elle ? L’une des possibilités est que les écoulements trouvent leur source dans un aquifère ou par la fonte de glace en sous-sol. D’après ces scénarios, Mars serait en fait en train de transpirer : de l’eau salée suinterait de ses pores puis s’écoulerait le long de ses pentes au fur et à mesure que la planète se réchauffe.

L’eau pourrait également provenir de l’atmosphère, hypothèse favorisée par l’équipe. Dans ce scénario, les sels à la surface absorbent la vapeur d’eau se trouvant dans l’atmosphère martienne.

« Si le taux d’humidité de l’atmosphère martienne devient suffisamment élevé, les sels de perchlorate peuvent absorber cette eau atmosphérique jusqu’à se dissoudre en une solution liquide », explique Mary Beth Wilhelm du Ames Research Center de la NASA.

Quelle qu’en soit la source, la présence d’eau sur Mars n’est pas une surprise. L’eau a sculpté des paysages martiens entiers, dont une ancienne mer profonde d’environ 1.6 km, dans un passé lointain de plusieurs milliards d’années, alors que la planète était plus chaude et l’eau plus présente. Les engins spatiaux explorant actuellement la surface martienne renvoient en permanence des données suggérant que l’eau était autrefois une ressource commune. (En 2012, le rover Curiosity a trouvé une preuve directe que de l’eau coulait sur Mars… dans le passé).

Mais jusqu’à aujourd’hui, les preuves d’eau liquide à la surface dans le présent se font rares. Ce que cela signifie, dans le contexte général de l’exploration planétaire et de la recherche de vie extra-terrestre, reste un mystère.

06/10/2025 La momification des morts dans l’ancienne Chine

Références

Hsiao-chun Hung https://orcid.org/0000-0001-5794-3040 hsiao-chun.hung@anu.edu.au, Zhenhua Deng https://orcid.org/0000-0002-6412-7399 zhenhuadeng@pku.edu.cn, Yiheng Liu, +19 , and Hirofumi Matsumura https://orcid.org/0000-0001-5453-7987 hiromura@sapmed.ac.jpAuthors

June 14, 2025;

hps://doi.org/10.1073/pnas.251510312213 6151

Vol. 122 | No. 38

Significance

This finding documents smoke-dried mummification of the dead, mostly in tightly bound crouched postures, from archaeological contexts between 12,000 and 4,000 y old across a vast region encompassing Southeast Asia, southern China, and beyond. The practice continued into the ethnographic record in the New Guinea Highlands and parts of Australia. The oldest of these burials predate the mummification associated with the Chinchorro culture (7,000 cal. BP, northern Chile) and Ancient Egypt (Old Kingdom, cal. 4,500 BP). Our burial samples from Southeastern Asia highlight a remarkably enduring set of cultural beliefs and mortuary practices that persisted for over 10,000 y among hunter-gatherer communities who were related through their craniofacial attributes and genomic affinities to Indigenous New Guinea Highland and Australian populations.

Abstract

In southern China and Southeast Asia (collectively, Southeastern Asia), Terminal Pleistocene and Early to Middle Holocene (ca. 12,000 to 4,000 cal. BP) hunter-gatherer burials feature tightly crouched or squatting postures, sometimes with indications of post-mortem dismemberment. Such burials contrast strongly with the extended supine burial postures typical of subsequent Neolithic inhumations in these regions. Their contorted postures, often with traces of burning, present interpretive challenges. This study uses multiple techniques, including X-ray diffraction and Fourier-transform infrared spectroscopy, to investigate 54 pre-Neolithic burials from 11 archaeological sites located across Southeastern Asia. The findings confirm that many of these pre-Neolithic flexed and squatting burials were treated by an extended period of smoke-drying over fire, a process of mummification similar to that recorded ethnographically in some Australian and Highland New Guinea societies. Some of the analyzed archaeoll samples represent the oldest known instances of such artificial mummification in the world.

Pour en savoir plus
La momification en Egypte

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Le dénominateur commun des peuples « momificateurs » est leur appartenance à des zones climatiques favorisant l’apparition de momies spontanées. Ainsi, les régions désertiques ou encore certaines contrées à climat froid (Groenland, pays andins). Plus rarement, la nature chimique particulière du sol a pu contribuer à la dessiccation spontanée des corps (tourbières d’Écosse et du Danemark).

Origine

En Égypte, c’est avant tout le climat sec qui a induit l’apparition de momies spontanées. La mise au jour de défunts spontanément momifiés, probablement exhumés par les animaux du désert [1], passé la frayeur que cela a pu provoquer, a sans doute fait émerger l’idée d’une forme de survie après la mort. On ne peut dater précisément l’époque à laquelle cette idée est apparue, sans doute à la période prédynastique vers 3500-3100. On a en effet retrouvé un certain nombre de momies spontanées datant de cette période. Plusieurs sont conservées au British Museum, le fameux « Ginger » en est un excellent exemple. Il s’agit essentiellement de corps en position contractée, chez qui seuls demeurent le squelette, la peau et les phanères (ongles, cheveux). On peut admettre que la réapparition de proches spontanément momifiés a eu un effet déterminant sur l’invention de la momification et, par ailleurs, il est certain que ces réapparitions ont conduit à construire des tombes plus élaborées que les fosses sommairement recouvertes de branchages des origines. Les fosses simplement creusées deviennent des caveaux aux parois maçonnées de brique, puis, pour les plus riches, des mastabas, tombes à superstructure oblongue, d’abord en briques puis en pierre. Un puits, creusé à partir du sommet plat du mastaba, aboutissait à un caveau souvent creusé à grande profondeur (jusqu’à 30 mètres). Dès lors, voulant soustraire le corps aux agressions des animaux du désert, on le livrait aux vers nécrophages … Les Égyptiens, perpétuellement aux prises avec les nuisances que leur causait le sable, n’avaient pas compris, de prime abord, son caractère bienfaisant dans le processus de momification spontanée. Dans le même temps, les textes religieux (Textes des Pyramides) affirment l’idée d’une vie après la mort, au moins pour la personne royale. La légende d’Osiris, dieu mort et ressuscité par son épouse Isis, prend forme, même si aux débuts de la momification ce mythe n’est pas encore connu sous les formes qu’il aura bien plus tard, au Moyen Empire et surtout à partir du Nouvel Empire. Le mythe de la deuxième vie se développe, deuxième vie conditionnée par un certain nombre de rituels dont fait partie intégrante la momification. Dans l’esprit des Égyptiens, la conservation du corps était une des conditions indispensables pour assurer la deuxième vie. En effet, l’image qu’ils se font de la personne implique l’association indispensable d’élément matériels (le corps) et d’éléments invisibles (le souffle vital, la conscience, la mémoire …).

À l’origine, la momification était très imparfaite, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, la confection de statues inscrites au nom du mort, ces statues étant censées remplacer le corps au cas, le plus fréquent à ces époques, où il n’était pas conservé.

Technique

La technique de la momification, ou plutôt l’ensemble des gestes qui contribuent à la réalisation d’une momie, n’a été élaborée que très lentement, très progressivement. On peut considérer que le début se situe à l’Ancien Empire ou un peu plus tôt. L’abandon assez rapide de la position contractée du corps au profit d’une position allongée, que l’on constate dès le début du iiie millénaire, est sans doute le reflet des premières éviscérations abdominales, même si tous les corps n’en bénéficiaient pas et de loin. Plusieurs facteurs ont contribué à la lenteur de l’amélioration technique. Un des plus importants est qu’à l’origine, la momification est réservée au roi, à sa famille et à un nombre restreint de grands personnages. Le petit nombre de momies à confectionner, même si on tient compte de la longévité limitée, ne nécessitait pas un grand nombre d’embaumeurs, donc limitait l’accumulation de savoirs. Une autre cause de la lenteur des progrès de la momification vient du fait qu’en principe les embaumeurs ne pouvaient vérifier le résultat de leurs procédés : le retour d’expérience n’était pratiquement pas possible. La démarche mentale des anciens Égyptiens était fort éloignée de celle qu’auront les Grecs avec l’invention de la méthode expérimentale. Les seuls qui pouvaient constater l’état des défunts étaient les pilleurs de tombe. Il est bien évident que leurs activités, condamnées, ne les incitaient pas à révéler le moindre détail… Tout au plus peut-on imaginer qu’à la fin de l’Ancien Empire, lorsque les pyramides et les tombes des familles royales ont été pillées, les embaumeurs ont eu accès à ce type d’information. Le petit nombre d’embaumeurs et de momies confectionnées, la lenteur des progrès expliquent qu’on a même pu assister à des régressions dans la qualité de certaines momies. Au total, la momification ne sera vraiment efficiente qu’au Nouvel Empire, il aura fallu mille ans … Au cours du ier millénaire a.C., des techniques plus simples, moins coûteuses se développent. Hérodote, qui visite l’Égypte au ve siècle avant notre ère, le précise bien : il existe à son époque trois classes de momification accessibles en fonction des moyens financiers des familles. La dernière classe fait appel à des moyens assez sommaires mais néanmoins efficaces, ce qui permet à la quasi-total

L’élimination des organes internes

L’éviscération abdominale revêtait une importance essentielle : sans doute, elle ne contribuait que peu à la dessiccation du corps, mais elle retardait de façon importante le développement de la putréfaction. Il est plus que probable que les embaumeurs ont imité les chasseurs ou les bouchers qui, aussitôt l’animal mis à mort, s’empressaient d’en retirer les viscères. Toutefois, cette opération se heurtait certainement à une sorte de tabou : il n’est pas anodin de porter atteinte à l’intégrité du corps d’un défunt, surtout d’un être cher. On trouve la trace d’un interdit concernant l’éviscération dans un texte de l’écrivain grec Diodore qui relate que le parachiste, l’officiant chargé d’ouvrir l’abdomen à l’aide d’une pierre d’Éthiopie (silex), était chassé à coups de pierre par ses collègues, comme pour le punir d’avoir attenté à l’intégrité du mort … Cette incision était suivie de l’extraction de différents organes : les intestins, le foie, l’estomac, et les poumons, la rate étant parfois extraite par mégarde. Ces organes, momifiés à part, étaient déposés dans des vases que l’on a coutume d’appeler vases canopes. Les attaches vasculaires et péritonéales des organes étaient tranchées à l’aide d’un instrument dont on a retrouvé des exemplaires [2]. Le cœur, organe essentiel parce que réputé siège de la pensée et de la vie, devait rester dans la poitrine. Si par mégarde, il était retiré avec les poumons, on le momifiait à part et on le remettait ensuite en place. Cette éventualité s’est produite dans le cas du pharaon Ramsès ii. Les reins, la vessie, l’utérus n’étaient pas retirés. Il faut observer que l’ablation du foie et son extraction par un orifice de dimensions limitées (souvent moins de quinze centimètres) ne devait pas être facile. De même celle des poumons qu’il fallait chercher à bout de bras, l’avant-bras et le coude entrés dans la cavité abdominale. On a discuté des raisons de la position de l’incision sur le flanc gauche qui à certains égards est plutôt mal commode. Sans doute revêt-elle un caractère rituel comme le souligne J.C. Goyon. A. Macke a observé une position encore plus latérale, pratiquement postérieure de l’orifice, comme si on voulait cacher un peu plus cet acte sacrilège. Nous l’avons personnellement observé également dans un certain nombre de cas. S’il n’y avait pas eu contrainte, imposant de limiter au maximum l’atteinte portée au corps, on aurait pu effectuer une large ouverture abdominale. Par ailleurs, la place de l’officiant par rapport à la momie semble avoir été à la droite du corps, celui-ci étant couché sur le dos sur la table de momification. On voit souvent le dieu Anubis (en réalité le prêtre portant un masque à tête d’Anubis) représenté à droite de la momie sur laquelle il est en train d’officier.

D’autres techniques ont été utilisées, pouvant remplacer l’éviscération abdominale classique, en particulier celle qui consiste à effectuer l’éviscération par la voie anale, ce qui limite l’atteinte portée à l’apparence du corps. C’est, semble-t-il, la technique utilisée pour la momification des princesses de la famille de Montouhotep ii (autour de 2000 a.C.), retrouvées dans leurs tombes inviolées du complexe funéraire du roi à Deir el-Bahari. Les résultats de la momification ont été satisfaisants.

Après l’éviscération, la cavité abdominale était lavée puis on y introduisait des onguents ou encore de la résine dont les vertus antiseptiques contribuaient à la bonne conservation du corps. À la basse époque, on a pris l’habitude de replacer dans l’abdomen les viscères enlevés, puis momifiés à part : on parle alors de paquets canopes.

Une autre technique encore, concernant les viscères abdominaux, consistait à injecter un produit corrosif qui dissolvait les intestins et qui, par ses vertus antiseptiques, enrayait la putréfaction. Ce procédé était utilisé dans les momifications les plus expéditives.

La dessiccation par le natron

Le deuxième geste majeur de la momification est la dessiccation par le natron. Le natron est un mélange en proportion variable de carbonate et de chlorure de sodium associés à des impuretés diverses. On trouve du natron dans la partie occidentale du delta, au Ouadi Natroun, et le long de la Piste des Quarante Jours qui relie l’oasis de Kharga, dans le désert occidental, au Darfour. Par une mauvaise traduction du texte d’Hérodote, on a longtemps parlé de « bain de natron » et, par voie de conséquence on a cherché, en vain, d’éventuelles baignoires dans lesquelles on aurait plongé les cadavres. En fait, le corps était placé sur la table de momification, semblable à nos tables à autopsie, et recouvert par du natron à l’état de cristaux. Hérodote parle de taricheuein, saler. Les taricheutes, chargés de ce travail étaient des saleurs (le terme grec tarichos désigne le poisson séché). La preuve de l’usage du natron sous forme de cristaux a été apportée par Lucas qui a momifié des rats en essayant diverses méthodes : l’immersion des rats dans une solution de natron n’a pas permis d’obtenir des momies alors que l’usage du natron sous forme de cristaux recouvrant les animaux a été parfaitement opérant. Le mode d’action du natron est multiple. D’une part, il se comporte comme un déshydratant puissant car au terme de son action le corps a complètement perdu son eau. En fait, si cette action est assez comparable à celle du salage de la viande ou du poisson, le natron a une action plus profonde qu’un simple salage : il saponifie les graisses qui, rendues solubles, sont éliminées avec l’eau. Enfin, le natron a un pouvoir tannant, donnant à la peau l’aspect du cuir. Il est d’ailleurs encore utilisé à cet effet de nos jours. Un cas particulier est celui des 60 archers de Montouhotep ii, découverts à Deir el-Bahari, qui semblent avoir été desséchés par le contact avec le sable.

L’éviscération crânienne

Un geste de moindre importance, qui ne semble pas avoir été mis en œuvre avant le Nouvel Empire, est l’éviscération crânienne. Cette technique consistait à retirer le cerveau après avoir perforé la lame criblée de l’ethmoïde à l’aide d’une tige de bronze à l’extrémité recourbée, introduite dans la narine (le plus souvent gauche). L’officiant morcelait le cerveau et l’éliminait en versant un liquide dans la cavité crânienne. Ensuite, on introduisait dans le crâne une certaine quantité d’un produit résineux noir, rendu liquide par chauffage. Ce produit est bien visible sur les radiographies, sous forme d’un niveau horizontal. Cette éviscération n’a qu’un impact très modeste sur la conservation du corps. Il est étonnant de constater que les Égyptiens n’ont pas réalisé l’importance du cerveau, attribuant au cœur l’intelligence et les sentiments.06/10/2025 La momification des morts dans l’ancienne Chine



Références

Hsiao-chun Hung https://orcid.org/0000-0001-5794-3040 hsiao-chun.hung@anu.edu.au, Zhenhua Deng https://orcid.org/0000-0002-6412-7399 zhenhuadeng@pku.edu.cn, Yiheng Liu, +19 , and Hirofumi Matsumura https://orcid.org/0000-0001-5453-7987 hiromura@sapmed.ac.jpAuthors

June 14, 2025;

hps://doi.org/10.1073/pnas.251510312213 6151

Vol. 122 | No. 38

Significance

This finding documents smoke-dried mummification of the dead, mostly in tightly bound crouched postures, from archaeological contexts between 12,000 and 4,000 y old across a vast region encompassing Southeast Asia, southern China, and beyond. The practice continued into the ethnographic record in the New Guinea Highlands and parts of Australia. The oldest of these burials predate the mummification associated with the Chinchorro culture (7,000 cal. BP, northern Chile) and Ancient Egypt (Old Kingdom, cal. 4,500 BP). Our burial samples from Southeastern Asia highlight a remarkably enduring set of cultural beliefs and mortuary practices that persisted for over 10,000 y among hunter-gatherer communities who were related through their craniofacial attributes and genomic affinities to Indigenous New Guinea Highland and Australian populations.

Abstract

In southern China and Southeast Asia (collectively, Southeastern Asia), Terminal Pleistocene and Early to Middle Holocene (ca. 12,000 to 4,000 cal. BP) hunter-gatherer burials feature tightly crouched or squatting postures, sometimes with indications of post-mortem dismemberment. Such burials contrast strongly with the extended supine burial postures typical of subsequent Neolithic inhumations in these regions. Their contorted postures, often with traces of burning, present interpretive challenges. This study uses multiple techniques, including X-ray diffraction and Fourier-transform infrared spectroscopy, to investigate 54 pre-Neolithic burials from 11 archaeological sites located across Southeastern Asia. The findings confirm that many of these pre-Neolithic flexed and squatting burials were treated by an extended period of smoke-drying over fire, a process of mummification similar to that recorded ethnographically in some Australian and Highland New Guinea societies. Some of the analyzed archaeoll samples represent the oldest known instances of such artificial mummification in the world.

Pour en savoir plus
La momification en Egypte

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Le dénominateur commun des peuples « momificateurs » est leur appartenance à des zones climatiques favorisant l’apparition de momies spontanées. Ainsi, les régions désertiques ou encore certaines contrées à climat froid (Groenland, pays andins). Plus rarement, la nature chimique particulière du sol a pu contribuer à la dessiccation spontanée des corps (tourbières d’Écosse et du Danemark).

Origine

En Égypte, c’est avant tout le climat sec qui a induit l’apparition de momies spontanées. La mise au jour de défunts spontanément momifiés, probablement exhumés par les animaux du désert [1], passé la frayeur que cela a pu provoquer, a sans doute fait émerger l’idée d’une forme de survie après la mort. On ne peut dater précisément l’époque à laquelle cette idée est apparue, sans doute à la période prédynastique vers 3500-3100. On a en effet retrouvé un certain nombre de momies spontanées datant de cette période. Plusieurs sont conservées au British Museum, le fameux « Ginger » en est un excellent exemple. Il s’agit essentiellement de corps en position contractée, chez qui seuls demeurent le squelette, la peau et les phanères (ongles, cheveux). On peut admettre que la réapparition de proches spontanément momifiés a eu un effet déterminant sur l’invention de la momification et, par ailleurs, il est certain que ces réapparitions ont conduit à construire des tombes plus élaborées que les fosses sommairement recouvertes de branchages des origines. Les fosses simplement creusées deviennent des caveaux aux parois maçonnées de brique, puis, pour les plus riches, des mastabas, tombes à superstructure oblongue, d’abord en briques puis en pierre. Un puits, creusé à partir du sommet plat du mastaba, aboutissait à un caveau souvent creusé à grande profondeur (jusqu’à 30 mètres). Dès lors, voulant soustraire le corps aux agressions des animaux du désert, on le livrait aux vers nécrophages … Les Égyptiens, perpétuellement aux prises avec les nuisances que leur causait le sable, n’avaient pas compris, de prime abord, son caractère bienfaisant dans le processus de momification spontanée. Dans le même temps, les textes religieux (Textes des Pyramides) affirment l’idée d’une vie après la mort, au moins pour la personne royale. La légende d’Osiris, dieu mort et ressuscité par son épouse Isis, prend forme, même si aux débuts de la momification ce mythe n’est pas encore connu sous les formes qu’il aura bien plus tard, au Moyen Empire et surtout à partir du Nouvel Empire. Le mythe de la deuxième vie se développe, deuxième vie conditionnée par un certain nombre de rituels dont fait partie intégrante la momification. Dans l’esprit des Égyptiens, la conservation du corps était une des conditions indispensables pour assurer la deuxième vie. En effet, l’image qu’ils se font de la personne implique l’association indispensable d’élément matériels (le corps) et d’éléments invisibles (le souffle vital, la conscience, la mémoire …).

À l’origine, la momification était très imparfaite, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, la confection de statues inscrites au nom du mort, ces statues étant censées remplacer le corps au cas, le plus fréquent à ces époques, où il n’était pas conservé.

Technique

La technique de la momification, ou plutôt l’ensemble des gestes qui contribuent à la réalisation d’une momie, n’a été élaborée que très lentement, très progressivement. On peut considérer que le début se situe à l’Ancien Empire ou un peu plus tôt. L’abandon assez rapide de la position contractée du corps au profit d’une position allongée, que l’on constate dès le début du iiie millénaire, est sans doute le reflet des premières éviscérations abdominales, même si tous les corps n’en bénéficiaient pas et de loin. Plusieurs facteurs ont contribué à la lenteur de l’amélioration technique. Un des plus importants est qu’à l’origine, la momification est réservée au roi, à sa famille et à un nombre restreint de grands personnages. Le petit nombre de momies à confectionner, même si on tient compte de la longévité limitée, ne nécessitait pas un grand nombre d’embaumeurs, donc limitait l’accumulation de savoirs. Une autre cause de la lenteur des progrès de la momification vient du fait qu’en principe les embaumeurs ne pouvaient vérifier le résultat de leurs procédés : le retour d’expérience n’était pratiquement pas possible. La démarche mentale des anciens Égyptiens était fort éloignée de celle qu’auront les Grecs avec l’invention de la méthode expérimentale. Les seuls qui pouvaient constater l’état des défunts étaient les pilleurs de tombe. Il est bien évident que leurs activités, condamnées, ne les incitaient pas à révéler le moindre détail… Tout au plus peut-on imaginer qu’à la fin de l’Ancien Empire, lorsque les pyramides et les tombes des familles royales ont été pillées, les embaumeurs ont eu accès à ce type d’information. Le petit nombre d’embaumeurs et de momies confectionnées, la lenteur des progrès expliquent qu’on a même pu assister à des régressions dans la qualité de certaines momies. Au total, la momification ne sera vraiment efficiente qu’au Nouvel Empire, il aura fallu mille ans … Au cours du ier millénaire a.C., des techniques plus simples, moins coûteuses se développent. Hérodote, qui visite l’Égypte au ve siècle avant notre ère, le précise bien : il existe à son époque trois classes de momification accessibles en fonction des moyens financiers des familles. La dernière classe fait appel à des moyens assez sommaires mais néanmoins efficaces, ce qui permet à la quasi-total

L’élimination des organes internes

L’éviscération abdominale revêtait une importance essentielle : sans doute, elle ne contribuait que peu à la dessiccation du corps, mais elle retardait de façon importante le développement de la putréfaction. Il est plus que probable que les embaumeurs ont imité les chasseurs ou les bouchers qui, aussitôt l’animal mis à mort, s’empressaient d’en retirer les viscères. Toutefois, cette opération se heurtait certainement à une sorte de tabou : il n’est pas anodin de porter atteinte à l’intégrité du corps d’un défunt, surtout d’un être cher. On trouve la trace d’un interdit concernant l’éviscération dans un texte de l’écrivain grec Diodore qui relate que le parachiste, l’officiant chargé d’ouvrir l’abdomen à l’aide d’une pierre d’Éthiopie (silex), était chassé à coups de pierre par ses collègues, comme pour le punir d’avoir attenté à l’intégrité du mort … Cette incision était suivie de l’extraction de différents organes : les intestins, le foie, l’estomac, et les poumons, la rate étant parfois extraite par mégarde. Ces organes, momifiés à part, étaient déposés dans des vases que l’on a coutume d’appeler vases canopes. Les attaches vasculaires et péritonéales des organes étaient tranchées à l’aide d’un instrument dont on a retrouvé des exemplaires [2]. Le cœur, organe essentiel parce que réputé siège de la pensée et de la vie, devait rester dans la poitrine. Si par mégarde, il était retiré avec les poumons, on le momifiait à part et on le remettait ensuite en place. Cette éventualité s’est produite dans le cas du pharaon Ramsès ii. Les reins, la vessie, l’utérus n’étaient pas retirés. Il faut observer que l’ablation du foie et son extraction par un orifice de dimensions limitées (souvent moins de quinze centimètres) ne devait pas être facile. De même celle des poumons qu’il fallait chercher à bout de bras, l’avant-bras et le coude entrés dans la cavité abdominale. On a discuté des raisons de la position de l’incision sur le flanc gauche qui à certains égards est plutôt mal commode. Sans doute revêt-elle un caractère rituel comme le souligne J.C. Goyon. A. Macke a observé une position encore plus latérale, pratiquement postérieure de l’orifice, comme si on voulait cacher un peu plus cet acte sacrilège. Nous l’avons personnellement observé également dans un certain nombre de cas. S’il n’y avait pas eu contrainte, imposant de limiter au maximum l’atteinte portée au corps, on aurait pu effectuer une large ouverture abdominale. Par ailleurs, la place de l’officiant par rapport à la momie semble avoir été à la droite du corps, celui-ci étant couché sur le dos sur la table de momification. On voit souvent le dieu Anubis (en réalité le prêtre portant un masque à tête d’Anubis) représenté à droite de la momie sur laquelle il est en train d’officier.

D’autres techniques ont été utilisées, pouvant remplacer l’éviscération abdominale classique, en particulier celle qui consiste à effectuer l’éviscération par la voie anale, ce qui limite l’atteinte portée à l’apparence du corps. C’est, semble-t-il, la technique utilisée pour la momification des princesses de la famille de Montouhotep ii (autour de 2000 a.C.), retrouvées dans leurs tombes inviolées du complexe funéraire du roi à Deir el-Bahari. Les résultats de la momification ont été satisfaisants.

Après l’éviscération, la cavité abdominale était lavée puis on y introduisait des onguents ou encore de la résine dont les vertus antiseptiques contribuaient à la bonne conservation du corps. À la basse époque, on a pris l’habitude de replacer dans l’abdomen les viscères enlevés, puis momifiés à part : on parle alors de paquets canopes.

Une autre technique encore, concernant les viscères abdominaux, consistait à injecter un produit corrosif qui dissolvait les intestins et qui, par ses vertus antiseptiques, enrayait la putréfaction. Ce procédé était utilisé dans les momifications les plus expéditives.

La dessiccation par le natron

Le deuxième geste majeur de la momification est la dessiccation par le natron. Le natron est un mélange en proportion variable de carbonate et de chlorure de sodium associés à des impuretés diverses. On trouve du natron dans la partie occidentale du delta, au Ouadi Natroun, et le long de la Piste des Quarante Jours qui relie l’oasis de Kharga, dans le désert occidental, au Darfour. Par une mauvaise traduction du texte d’Hérodote, on a longtemps parlé de « bain de natron » et, par voie de conséquence on a cherché, en vain, d’éventuelles baignoires dans lesquelles on aurait plongé les cadavres. En fait, le corps était placé sur la table de momification, semblable à nos tables à autopsie, et recouvert par du natron à l’état de cristaux. Hérodote parle de taricheuein, saler. Les taricheutes, chargés de ce travail étaient des saleurs (le terme grec tarichos désigne le poisson séché). La preuve de l’usage du natron sous forme de cristaux a été apportée par Lucas qui a momifié des rats en essayant diverses méthodes : l’immersion des rats dans une solution de natron n’a pas permis d’obtenir des momies alors que l’usage du natron sous forme de cristaux recouvrant les animaux a été parfaitement opérant. Le mode d’action du natron est multiple. D’une part, il se comporte comme un déshydratant puissant car au terme de son action le corps a complètement perdu son eau. En fait, si cette action est assez comparable à celle du salage de la viande ou du poisson, le natron a une action plus profonde qu’un simple salage : il saponifie les graisses qui, rendues solubles, sont éliminées avec l’eau. Enfin, le natron a un pouvoir tannant, donnant à la peau l’aspect du cuir. Il est d’ailleurs encore utilisé à cet effet de nos jours. Un cas particulier est celui des 60 archers de Montouhotep ii, découverts à Deir el-Bahari, qui semblent avoir été desséchés par le contact avec le sable.

L’éviscération crânienne

Un geste de moindre importance, qui ne semble pas avoir été mis en œuvre avant le Nouvel Empire, est l’éviscération crânienne. Cette technique consistait à retirer le cerveau après avoir perforé la lame criblée de l’ethmoïde à l’aide d’une tige de bronze à l’extrémité recourbée, introduite dans la narine (le plus souvent gauche). L’officiant morcelait le cerveau et l’éliminait en versant un liquide dans la cavité crânienne. Ensuite, on introduisait dans le crâne une certaine quantité d’un produit résineux noir, rendu liquide par chauffage. Ce produit est bien visible sur les radiographies, sous forme d’un niveau horizontal. Cette éviscération n’a qu’un impact très modeste sur la conservation du corps. Il est étonnant de constater que les Égyptiens n’ont pas réalisé l’importance du cerveau, attribuant au cœur l’intelligence et les sentiments.