Hydrogène. La fin du rêve

Tout le monde y a cru, les industriels, les états, l’Union européenne. C’était l’énergie verte par excellence, le nouveau pétrole ! Sauf qu’aujourd’hui tout s’arrête. Trop cher, trop instable, avec un mauvais rendement… l’emblème du développement durable est une impasse. 

par Aline Nippert, publié le 24 décembre 2025

À Vendôme, en juillet dernier, sur une photo de La Nouvelle République, deux tractopelles s’activent entre des débris de chantier. Sur cette zone désormais déserte, il était prévu que l’entreprise Elogen installe une “méga-usine” de production d’électrolyseurs – des machines qui permettent de transformer des molécules d’eau en gaz hydrogène par le biais d’un courant électrique.

Mais l’industriel a finalement annoncé “suspendre” le projet au début de l’année 2025. En cause : l’absence de commandes et des difficultés financières. Même constat du côté de McPhy, lui aussi censé massifier la fabrication d’électrolyseurs près de Belfort : l’ex-“champion français de l’hydrogène”vend une partie de ses actifs après avoir cédé une partie de ses actifs à son concurrent belge John Cockerill. 

Une trahison

Au niveau des sites de production d’hydrogène, sur les quinze projets en lice pour bénéficier de subventions euro­péennes, la moitié ont finalement retiré leur dossier de candidature. Et ce n’est guère mieux à l’autre bout de la chaîne : Renault, le constructeur de bus Safra, Airbus, Alstom, jusqu’à Arcelor­Mittal, censé recevoir 850 millions d’euros de subventions pour installer des équipements de production d’acier à partir d’hydrogène bas carbone. Tous les programmes sont annulés ou “mis en pause”. Même le pionnier Stellantis, qui produit des utilitaires légers à hydrogène dans le Nord, s’arrete : “une trahison” pour Philippe Boucly, président de France Hydrogène, lobby de la filière française.

C’était prévisible, il n’y a plus grand monde pour croire à une économie hydrogène

Étienne Beeker, ancien conseiller scientifique chez France Stratégie

Énergie “propre”, “de demain”, voire “nouveau pétrole” ou “carburant éternel”, l’hydrogène avait été érigé en héros de la décarbonation, il incarnait le rêve de résoudre le problème du réchauffement climatique pour les transports et l’industrie. Sur la base de deux atouts majeurs : ce gaz composé de molécules à deux atomes d’hydrogène est riche en énergie, donc théoriquement utilisable comme combustible. Et il est dépourvu d’atomes de carbone, contrairement aux combustibles fossiles. Ainsi, brûler un kilo d’H2 libère trois fois plus d’énergie qu’un kilo d’essence, tout en générant seulement de l’eau. Il suffirait donc de le produire sans dégager de carbone – par électrolyse de l’eau à partir d’éoliennes ou de panneaux solaires –, pour bénéficier d’un vecteur d’énergie qui préserve la planète de la surchauffe.

Dans les années 2000, Jeremy Rifkin, influent essayiste américain, envisageait carrément de mettre en place des systèmes hydrogène au pied de chaque bâtiment de manière à “stocker” l’électricité sous forme gazeuse et compenser ainsi les variations de puissance inhérentes à la production d’électricité solaire et éolienne. Il vend alors le rêve hydrogène, au fondement de sa “troisième révolution industrielle”, sous forme de “master plan” à des collectivités, comme la région Nord-Pas-de-Calais en 2012, pour la somme de 350 000 euros.

Trop ambitieux

De retour en 2025, force est de constater que les territoires ne carburent tou­jours pas à l’hydrogène, au contraire. Montpellier vient de renoncer à l’acquisition de bus à hydrogène au profit de l’électrique ; Dijon abandonne l’idée de convertir l’ensemble de ses bus et bennes à ordures ; l’Ile-de-France revient sur l’ambition de déployer massivement la technologie dans la région ; Lyon lâche l’hydrogène pour la liaison vers le Val de Saône. “Je ne conseille pas aux collègues de s’engager dans le domaine de la mobilité hydrogène à court terme, sauf s’ils cherchent à apprendre à maîtriser la technologie”, témoigne Cyrille Moreau, vice-président de la métropole Rouen Normandie.

Celle-ci a engagé quelque 20 millions d’euros pour acheter des bus à hydrogène, une station-service alimentée par un électrolyseur et des panneaux solaires. Les 14 bus (sur une flotte de 400) ayant à eux seuls coûté 11,2 millions, soit « deux fois plus que des bus 100 % électriques et quatre fois plus que des bus thermiques ». Et faute d’hydrogène renouvelable disponible (l’électro­lyseur acheté par la métropole n’est pas prêt), ces bus sont ravitaillés avec de l’hydrogène fossile, sans aucun bénéfice donc d’un point de vue climatique.

Objectif : neutralité carbone

Pour les industriels, les collectivités, le principal problème de l’hydrogène bas carbone, c’est son coût. Outre les investissements initiaux, le gaz produit à partir d’électricité renouvelable reste en effet deux à cinq fois plus cher que le gaz hydrogène issu de ressources fossiles. “On a oublié de se demander si le client était en mesure de payer”, analyse Philippe Boucly. “C’était prévisible ! réagit étienne Beeker, ancien conseiller scientifique chez France Stratégie, auteur d’une note d’analyse critique sur l’hydrogène dès 2014. Je pense qu’il n’y a désormais plus grand monde pour croire à l’émergence d’une économie hydrogène dans les conditions actuelles.”

Et pourtant, il y a encore cinq ans, c’était le grand emballement. En juillet 2020, cinq mois à peine après le début de la pandémie de Covid, la Commission européenne fixe un cap appelé “Stratégie hydrogène pour atteindre la neutralité climatique”. Dès juin 2020, l’Allemagne établissait sa vision stratégique, requérant 9 milliards d’euros d’investissements publics. “Elle a été pionnière en travaillant dès 2011 à son plan Energiewende après l’accident de Fukushima, avec pour but de stocker l’énergie renouvelable”, r

La France publie sa stratégie dans la précipitation, en septembre de la même année, laquelle devait être dotée de 9 milliards d’euros sur dix ans. L’Espagne et le Portugal suivent, les financements ­publics promis à la filière s’élevant alors à au moins 7 milliards d’euros. En tout, ce sont près de 56 milliards d’argent public qui sont promis au secteur par l’Union européenne et les États membres. Au-delà, selon l’AIE, l’Agence internationale de l’énergie, 65 pays dans le monde se sont dotés d’une stratégie, contre à peine une dizaine avant 2020.

Article repris avec quelques modifications, de Epsilon
Hydrogène, la fin d’un rêve industriel | Epsiloon

Sur l’extinction des espèces. Mythe ou réalité?

Un mythe

a « sixième extinction de masse » serait-elle un mythe ? Une nouvelle étude bouscule nos certitudes

Auteur: Mathieu Gagnon

2025-12-11 11:07:10

Un regard nouveau sur une vieille angoisseOn entend souvent dire que la planète court à sa perte, n’est-ce pas ? C’est une angoisse qui nous suit, cette idée que tout s’effondre à une vitesse folle et que nous vivons une catastrophe biologique sans précédent. Pourtant, une étude récente de l’Université de l’Arizona vient jeter un pavé dans la mare : et si l’idée d’une « sixième extinction de masse » qui s’accélère n’était pas tout à fait exacte ?

En épluchant 500 ans de données sur la flore et la faune, les chercheurs ont découvert quelque chose de surprenant, presque contre-intuitif. Contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant les gros titres, les taux d’extinction auraient en réalité atteint un pic il y a environ un siècle avant de commencer à diminuer. C’est un constat qui force à revoir nos modèles habituels et à se poser les bonnes questions sur ce qui se passe vraiment.

Pourquoi nos prévisions étaient-elles faussées ?

Le problème, voyez-vous, c’est que beaucoup de prédictions alarmistes se basent sur des événements passés qui ne ressemblent pas forcément à ceux d’aujourd’hui. Kristen Saban et John Wiens, les auteurs de l’étude, soulignent que les extinctions d’autrefois — souvent utilisées pour justifier les scénarios catastrophes actuels — étaient surtout causées par des espèces envahissantes sur des îles. C’était une époque différente, avec des dynamiques bien particulières.

Aujourd’hui, la donne a changé. La menace principale, c’est la destruction des habitats à grande échelle sur les continents, pas juste quelques rats débarquant sur un îlot isolé du Pacifique. Extrapoler les chiffres du passé vers le futur devient donc un exercice périlleux, voire trompeur, car les causes profondes de la disparition des espèces ne sont plus les mêmes. C’est un peu comme essayer de prédire la circulation d’aujourd’hui en regardant des cartes du temps des calèches.

Ce que les données nous disent réellement

En regardant de plus près, on s’aperçoit que tous les groupes ne sont pas logés à la même enseigne. Ce sont surtout les mollusques (comme les escargots) et certains vertébrés qui ont payé le prix fort par le passé, alors que les plantes et les arthropodes ont subi moins de pertes documentées. C’est curieux, non ? D’ailleurs, une autre surprise de taille est ressortie de leurs analyses : sur les 200 dernières années, il n’y a pas de preuve flagrante que le changement climatique ait fait grimper ces taux d’extinction historiques.

Attention, je ne dis pas que le réchauffement n’est pas dangereux, loin de là ! Le professeur Wiens précise simplement que les extinctions passées ne reflètent pas les menaces futures. Les dangers évoluent. Aujourd’hui, les espèces menacées sont surtout continentales et souffrent de la perte de leur lieu de vie. Il faut donc arrêter de regarder dans le rétroviseur pour comprendre ce qui nous attend devant.

Une lueur d’espoir et de rigueur

Il ne s’agit pas de dire que tout va bien, ce serait irresponsable. La perte de biodiversité reste un problème majeur, mais crier au loup avec des scénarios d’apocalypse (comme un astéroïde frappant la Terre) risque de nous paralyser plutôt que de nous aider. Si les taux d’extinction ont baissé depuis le début du 20e siècle pour certains groupes, c’est peut-être tout simplement parce que les efforts de conservation fonctionnent. Eh oui, investir pour protéger la nature, ça paye !

En fin de compte, je pense qu’il est essentiel d’aborder ces sujets avec rigueur et honnêteté, sans céder à la panique facile. Comprendre la réalité des chiffres nous permet de mieux agir, plus précisément. Savoir que nous ne sommes pas forcément condamnés à une fatalité inéluctable, mais que nos actions ont un impact réel, c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’avenir, vous ne trouvez pas ?

Selon la source : scitechdaily.com

22/12/2025 Vivons nous dans une simulation informatique?

Notre univers n’est il qu’une simulation numérique ?

L’hypothèse selon laquelle notre Univers ne serait qu’une vaste simulation numérique a longtemps été cantonnée aux œuvres de science-fiction ou aux débats philosophiques nocturnes. Pourtant, cette théorie vertigineuse quitte aujourd’hui le domaine de la spéculation pour entrer avec fracas dans celui de la physique expérimentale. Ce qui semblait être un scénario hollywoodien devient une question scientifique légitime grâce aux travaux de Melvin Vopson, physicien à l’Université de Portsmouth. Loin de se contenter d’hypothèses abstraites, ce chercheur a formalisé une nouvelle loi physique et propose désormais un protocole expérimental concret pour tester la texture même de notre réalité. Si son intuition se confirme, c’est toute notre compréhension de la matière et de l’existence qui s’en trouverait bouleversée.

Si l’allégorie de la caverne de Platon suggérait déjà que nos sens pouvaient nous tromper, le débat moderne sur la réalité simulée trouve sa source dans un article fondateur publié en 2003 par Nick Bostrom, philosophe à l’Université d’Oxford. Son « argument de la simulation » repose sur une triade logique implacable. Bostrom postule que l’une des trois propositions suivantes est forcément vraie : soit les civilisations s’éteignent avant d’atteindre une capacité technologique de « post-humains » ; soit elles atteignent ce stade mais n’ont aucun intérêt à simuler leurs ancêtres ; soit nous vivons presque certainement dans une simulation.

Le raisonnement est statistique : si une civilisation avancée peut créer des simulations de conscience, elle en créera probablement des milliards pour étudier son histoire ou la sociologie. Dès lors, le nombre d’êtres simulés dépasserait largement le nombre d’êtres « réels ». Mathématiquement, la probabilité que nous soyons dans la réalité de base devient alors infime. Mais pour Melvin Vopson, cette approche probabiliste ne suffit pas. La science ne se contente pas de paris, elle exige des preuves. Il a donc entrepris de chercher les « pixels » de notre univers, ces anomalies ou ces traces de code qui trahiraient la nature artificielle de notre environnement, en traduisant cette hypothèse informatique en lois physiques tangibles et mesurables.

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Voir aussi

L’information est-elle la cinquième forme de la matière ?

Pour donner corps à cette théorie, il est impératif de reconsidérer la nature même de ce que nous appelons « information ». En physique classique, nous avons l’habitude de distinguer la matière tangible (les atomes) de l’énergie (le rayonnement) et de considérer l’information comme un concept abstrait, une simple description du monde. Pourtant, depuis les travaux pionniers de Claude Shannon et le principe de Landauer formulé dans les années 1960, la frontière s’est brouillée. Landauer a démontré que l’effacement d’un bit d’information est un processus physique qui dégage obligatoirement une quantité minimale de chaleur. L’information possède donc une réalité énergétique indéniable.

Melvin Vopson pousse cette logique à son paroxysme avec son principe d’équivalence masse-énergie-information. S’inspirant de la célèbre équation d’Einstein $E=mc^2$, qui unifie masse et énergie, Vopson propose d’élargir ce cadre pour y inclure l’information comme une composante fondamentale. Selon sa théorie, l’information ne serait pas seulement de l’énergie, mais elle posséderait une masse propre, quoique infime. Chaque bit d’information stocké dans l’ADN, dans une particule élémentaire ou dans un disque dur contribuerait à la masse totale de l’objet. Si cette hypothèse se vérifie, l’information deviendrait officiellement la cinquième forme de la matière, rejoignant les solides, les liquides, les gaz et les plasmas. L’Univers entier pourrait alors être perçu comme un dispositif de stockage colossal où chaque particule porte le poids de ses propres données.

Référence


Research Article| October 06 2023

https://pubs.aip.org/aip/adv/article/13/10/105308/2915332/The-second-law-of-infodynamics-and-its

The second law of infodynamics and its implications for the simulated universe hypothesis

Melvin M. Vopson Corresponding Author

Author & Article Information

AIP Advances 13, 105308 (2023)

https://doi.org/10.1063/5.0173278

The simulation hypothesis is a philosophical theory, in which the entire universe and our objective reality are just simulated constructs. Despite the lack of evidence, this idea is gaining traction in scientific circles as well as in the entertainment industry. Recent scientific developments in the field of information physics, such as the publication of the mass-energy-information equivalence principle, appear to support this possibility. In particular, the 2022 discovery of the second law of information dynamics (infodynamics) facilitates new and interesting research tools at the intersection between physics and information. In this article, we re-examine the second law of infodynamics and its applicability to digital information, genetic information, atomic physics, mathematical symmetries, and cosmology, and we provide scientific evidence that appears to underpin the simulated universe hypothesis.

Topics

21/12/2025 Une Guerre contre la science

Depuis le retour de Trump, les universités, les scientifiques et jusqu’à l’idée même de science font l’objet d’attaques sans précédent. Une mise au pas théorisée par un courant de pensée qui prend le contre-pied de la philosophie des Lumières : les lumières obscures.

par Pierre-Yves Bocquet, publié le 17 décembre 2025

Les coups de boutoir de l’administration Trump contre la science sont devenus si fréquents que l’on finirait presque par oublier leur violence. Comme lorsque, fin septembre, le président des États-Unis déclare devant l’assemblée générale des Nations unies que le réchauffement climatique est “la plus grande arnaque jamais perpétrée dans le monde, faite par des gens stupides”. “Cela ne m’a pas surpris, même si ça ne m’a pas fait plaisir : il l’avait déjà dit”, confesse le chercheur en politique environnementale François Gemenne. Coauteur du 6e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il fait pourtant partie des personnes “stupides” pointées du doigt par l’homme le plus puissant du monde, devant une assemblée restée silencieuse face à une telle dénégation du consensus scientifique. Un signe parmi beaucoup d’autres que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Celle où la science n’est plus respectée ni considérée comme l’un des fondements des sociétés modernes. “Elle est pourtant le socle sur lequel on peut débattre en démocratie : si nous ne partageons plus la même réalité, il n’y a plus de débat possible, et donc plus de démocratie, rappelle François Gemenne. Le problème des scientifiques, c’est qu’ils disent la vérité, et que la vérité est parfois déloyale : les faits ne se conforment pas aux opinions.”

Chasse aux sorcières

Dès les premiers jours de son retour à la Maison-Blanche, Trump entreprend de se désengager de l’accord de Paris sur le climat, de sabrer les budgets accordés aux universités, de nommer de nouveaux directeurs à la tête des agences de recherche et des hauts fonctionnaires dénués de toutes compétences scientifiques, d’interdire l’utilisation de certains mots dans les publications de recherche… “C’est tout le modèle des universités de recherche américaines qui est attaqué, estime Brian Sandberg, professeur d’histoire à la Northern Illinois University, l’un des rares chercheurs en poste à oser critiquer publiquement cette politique. Le gel ou la suppression des subventions a stoppé les activités de recherche sur le changement climatique, les sciences de l’environnement, les énergies renouvelables, la santé des femmes, la santé LGBTQ+, mais aussi bien d’autres domaines. Le démantèlement partiel ou quasi total de nombre d’institutions fédérales a fortement réduit leur capacité à soutenir les activités de recherche fondamentale et appliquée. Je crains que la plupart des chercheurs que je connais n’osent plus s’exprimer en raison de l’effet dissuasif des attaques actuelles.” Un climat de défiance et d’autocensure qui n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres du maccarthysme et la chasse aux sorcières : “On n’est plus très loin des arrestations arbitraires pour opinions divergentes, comme cela se fait déjà pour les chercheurs étrangers”, pointe François Gemenne.

Il y a eu le courant des Lumières au XVIIIe siècle ; il s’agit maintenant d’installer son pendant sombre

Arnaud Miranda, docteur en théorie politique et spécialiste des ­pensées réactionnaires au Cevipof

“Nous assistons en fait à la fin d’un long cycle qui avait commencé au XVIIIe siècle avec les Lumières”, estime Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, à l’Institut de relations internationales et stratégiques. La lutte contre l’irrationnel, l’arbitraire et l’obscurantisme qu’avaient théorisée les philosophes des Lumières, et sur laquelle la science a prospéré depuis, laisse désormais la place à des discours alternatifs, qui se retrouvent dans un courant de pensée dont le nom à lui seul donne la mesure de l’ambition : Dark Enlightenment, les “lumières obscures”.

Installer une autre réalité

Sous la plume d’esprits scientifiques comme Franklin, Descartes, Buffon ou Condorcet, les Lumières avaient participé à positionner la science comme une autorité émancipée de la tutelle de la religion, fondée sur la raison, l’égalitarisme et l’universalisme, au service de la connaissance et du bien commun. Les lumières obscures estiment au contraire que la science est dévoyée, qu’elle prône des contre-vérités – comme l’égalité entre les individus – et qu’elle n’est au service que d’elle-même, en pervertissant les esprits pour conforter son propre pouvoir, au détriment de l’État. “Il y a eu le courant des Lumières au XVIIIe siècle ; il s’agit maintenant d’installer son pendant sombre”, résume Arnaud Miranda, docteur en théorie politique et spécialiste des pensées réactionnaires au Cevipof.

Gourous de l’alt-right

Ce courant de pensée a pris sa source dans les années 2010, sous le clavier d’un alors obscur ingénieur informaticien californien, Curtis Yarvin. Sous le pseudo de Mencius Moldbug, il partage sur son blog une critique acerbe de l’incapacité chronique des grandes démocraties à résoudre leurs problèmes. Une diatribe aux accents volontiers ironiques, emplie de références à la pop culture geek qui finira par être repérée et mise en lumière par des gourous de l’alt-right, l’extrême droite américaine, comme Steve Bannon et surtout le philosophe britannique Nick Land.

Cet ex-professeur de l’université de Warwick, cofondateur de la Cybernetic Culture Research Unit, publie en 2012 The Dark Enlightenment, véritable manifeste fondateur des lumières obscures, en citant abondamment Moldbug, qu’il désigne comme le “seigneur Sith des néoréactionnaires”, en référence aux guerriers adeptes du côté obscur de la Force dans Star Wars. “Yarvin n’est pas un intellectuel, note Arnaud Miranda. C’est un pamphlétaire. Land, en revanche, est un vrai philosophe, qui se réclame de grands noms, en particulier français, comme Gilles Deleuze, Félix Guattari ou René Girard, dont il a été l’élève à Stanford. Mais dont il interprète les idées de façon assez libre.”

Ces attaques systématiques contre la science et la vérité sont révélatrices d’une politique fasciste, qui cherche à installer une autre réalité

François Gemenne, chercheur en politique environnementale, coauteur du 6e rapport du GIEC

Yarvin et Land proposent de remplacer la démocratie actuelle, selon eux inefficace donc, par un régime autoritaire quasi-monarchique en mettant à la tête du pays un roi-PDG aux pouvoirs élargis, sur le modèle de Singapour, Dubaï ou Hong Kong. Un système où les hauts QI doivent régner, explique Arnaud Miranda : “Pour Yarvin, la société doit être hiérarchisée et dirigée par des élites. Mais pas celles d’aujourd’hui, sorties des universités qu’il estime corrompues au niveau des idées, car moralisées et progressistes, acquises à la cause démocrate. Pour lui, l’élite doit faire preuve d’une intelligence naturelle, reconnaissable à la maîtrise des technologies numériques et à la création d’entreprises à succès.”

La Cathédrale

Avec les médias, les universités forment ce que Yarvin appelle “la Cathédrale” ; à savoir “les institutions intellectuelles au cœur de la société moderne, tout comme l’Église était au centre de la société médiévale”, explique-t-il sur son blog. “Les universités sont vues par Yarvin et Land comme des prescriptrices de ces idées d’universalisme et d’égalitarisme, soutenues par la sphère médiatique, qui influencent négativement les élites de l’administration formées dans ces mêmes universités, détaille Arnaud Miranda. Selon lui, la Cathédrale empêche l’État de voir la réalité en face et de prendre les mesures qui s’imposent, à savoir s’extraire de la démocratie dans laquelle les élites progressistes l’ont enfermée, considérée comme un frein à la liberté et à la prospérité.” C’est ainsi que les universités, et à travers elles la science, seraient la cause de tous nos maux, et ce de façon consciente et organisée. “Yarvin avance que ces institutions n’existent pas pour servir l’intérêt général, comme elles le prétendent, mais pour endoctriner et contrôler, perpétuant ce qu’il considère comme une adhésion hypocrite à des principes d’égalité et de représentation qui, en réalité, sapent la liberté”, complète Roger Burrows, professeur à l’école d’études politiques de l’université de Bristol.

Un projet dûment théorisé

En conséquence, “puisque l’université est le cœur de l’ancien régime, il est absolument indispensable à la réussite de tout changement de régime que toutes les universités accréditées soient liquidées, tant sur le plan physique qu’économique”, écrit Yarvin. CQFD. “Trump fédère une convergence de luttes de différents courants : néo­réactionnaires, mais aussi cryptofascistes, ultra­religieux, révisionnistes, libertariens… qui partagent tous un même projet : mettre en place un régime autoritaire comme l’a fait Viktor Orban en Hongrie, décrypte Romuald Sciora. Et pour ce type de régime, les universités sont toujours la première cible : plus on fait taire l’intelligence, plus on peut installer des discours alternatifs dans le but de réécrire l’histoire et le récit national d’une Amérique blanche, fière et prospère. Quitte à renier la science.” “Ces attaques systématiques contre la science et la vérité sont en fait révélatrices d’une politique fasciste, qui cherche à installer une autre réalité”, assène François Gemenne.

En tant que mouvement anti­rationnel, les lumières obscures retiennent les formes qui vont dans le sens de leurs idées anti-égalitaires et antidémocratiques

Benjamin Noys, professeur de théorie critique à l’université de Chichester, en Angleterre

Derrière les frasques apparemment imprévisibles de Donald Trump se cache donc un projet dûment pensé, théorisé et désormais scrupuleusement déployé, même si le président n’a jamais ouvertement prêté allégeance aux lumières obscures : “On ne peut pas le prouver, mais il y a des parallèles assez troublants entre les écrits de Yarvin et ce que l’on observe depuis le retour de Trump au pouvoir, observe Arnaud Miranda. J. D. Vance, l’actuel vice-président, a d’ailleurs déjà publiquement cité Yarvin comme une de ses références. Le maillon central dans cette affaire, c’est Peter Thiel. C’est lui qui a fait connaître Yarvin à J. D. Vance.”

Hard reset

Ce milliardaire américain et néo-zélandais, cofondateur de PayPal avec Elon Musk, a ouvertement soutenu la campagne de J. D. Vance. “Il a aussi financé celle de Michael Anton, l’influent directeur de la planification politique de Trump, qui relaie régulièrement des thèses néo­réactionnaires”, reprend le chercheur. Thiel a également un temps employé l’actuel conseiller scientifique de Trump, Michael Kratsios. Et il est considéré comme le point d’entrée des lumières obscures chez les geeks de la Silicon Valley, où elles prospèrent. “La création du DOGE, un temps piloté par Elon Musk, colle en tout point avec l’idéal de Yarvin : c’est ce qu’il appelle le programme RAGE, pour “Retire All Government Employees”, licencier tous les fonctionnaires”, observe Arnaud Miranda.

Nous assistons à un affaiblissement inquiétant des capacités scientifiques des États-Unis.

L’adhésion de J. D. Vance aux thèses des lumières obscures ne fait plus de doute depuis un discours d’une rare violence, proféré en 2021 à la tribune d’un congrès conservateur, dans lequel il désigne les universités et les professeurs comme des “ennemis” – sous les applaudissements nourris de la salle –, en reprenant presque mot pour mot les arguments de Yarvin. “L’accession de J. D. Vance à la vice-présidence des États-Unis marque un tournant majeur et inquiétant dans la politique américaine, reflétant la banalisation des lumières obscures”, insiste Roger Burrows. La tendance était déjà sensible lors du premier mandat du milliardaire, entre 2017 et 2021, mais à un degré bien moindre. “Sous Trump 1, il y avait encore une forme de respect pour les institutions. Tout a basculé depuis l’attaque du Capitole”, estime François Gemenne. “Trump s’est radicalisé dans l’opposition entre ses deux mandats”, abonde Romuald Sciora. “Pendant le premier mandat, il y avait eu des assauts contre la science, notamment pendant l’épidémie de Covid – on se rappelle que Trump préconisait à l’époque de se soigner à l’eau de Javel –, mais l’administration n’était pas totalement loyale”, confirme William Genieys, chercheur spécialiste des États-Unis au Centre d’études européennes et de politiques comparées. “Cette fois-ci, les attaques de l’administration Trump contre la science ont déjà été bien plus étendues et plus néfastes que celles survenues lors du premier mandat, confirme Romany Webb, chercheuse à la Columbia Law School, qui a mis en place depuis fin 2016 un recensement scrupuleux de ces assauts. Je pense que nous assistons déjà à un affaiblissement inquiétant des capacités scientifiques des États-Unis. Les effets sont extrêmement profonds et se feront sentir pendant de nombreuses années. Il est difficile d’imaginer à quel point la situation est grave.”

Une déferlante

Yasmine Belkaid, directrice générale de l’Institut Pasteur, s’inquiétait mi-octobre au micro de RTL : “Les États-Unis ont pendant longtemps investi énormément dans la recherche. Aujourd’hui, on a un gouvernement qui passe des messages faux aux populations en inventant des associations entre vaccination et autisme sans aucune preuve scientifique. C’est un cauchemar, car ces gens ont une influence non seulement aux États-Unis, mais sur le monde.” Et dès le mois de mars, alors que la déferlante n’en était qu’à ses débuts, l’Académie des sciences française s’alarmait : “La suppression des contributions américaines aux organisations météorologiques et de santé mondiale risque d’avoir des répercussions dramatiques, notamment sur la surveillance des maladies émergentes et des phénomènes climatiques extrêmes.” “Sans compter que beaucoup de recherches à l’international reposent sur les États-Unis”, ajoute Romuald Sciora.

Des pans entiers qui s’effondrent

Reste à savoir jusqu’où cette guerre va aller. Dans son projet de budget 2026 présenté en avril, l’administration Trump a proposé une nouvelle baisse drastique d’environ 30 % des crédits fédéraux destinés à la recherche, provoquant un tollé dans les cercles scientifiques. “Ne vous y trompez pas : si le Congrès adopte le budget du président, les conséquences pour l’avenir de notre nation seront catastrophiques. Les États-Unis ne participeront plus à la course mondiale pour le leadership en matière de recherche – ils l’auront perdue”, réagissait dans un communiqué publié dans la foulée, le 2 mai, l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), l’organisation à but non lucratif qui édite la prestigieuse revue Science.

Incroyable docilité

Il semble que l’appel ait été en partie entendu, nous confie Erin Heath, la directrice des relations avec le gouvernement fédéral de l’AAAS : “Une forte mobilisation a conduit le Congrès américain à rejeter cette proposition de budget et à rédiger des projets de loi de crédits plus favorables à l’entreprise scientifique. Le Sénat a, par exemple, recommandé un financement stable pour la National Science Foundation et une augmentation de 400 millions de dollars pour les National Institutes of Health. En revanche, les domaines de l’énergie propre et des sciences du climat ont subi des coupes disproportionnées, et les sciences sociales ont également été touchées. Mais les batailles budgétaires pour l’exercice fiscal 2026 sont encore en cours.” Un accord budgétaire a été trouvé mi-novembre pour mettre fin au shutdown [la paralysie des activités fédérales tant que le budget n’est pas voté] jusqu’au 30 janvier, sans certitudes sur les orientations du reste de l’année. “Le problème, c’est qu’en attendant, l’administration Trump en a profité pour faire tomber des pans entiers de certaines agences”, observe William Genieys.

L’idéologie trumpienne se répand déjà à travers le monde. Il est à craindre que la défiance envers la science aille en grandissant

Romuald Sciora , directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, à l’Institut de relations internationales et stratégiques

Reste une ultime inconnue : la capacité de réaction du monde académique, jusqu’ici quasiment inexistante. À quelques exceptions près comme Yale, Princeton ou Harvard, peu d’institutions ont osé faire front face aux attaques du gouvernement. “Je suis assez surpris de la facilité avec laquelle tout cela se déploie, et de la docilité de certaines universités”, souffle François Gemenne. “Il est assez incroyable de voir que des universités comme Columbia, dont certains départements ont été mis sous tutelle fédérale, se soient couchées, s’étonne aussi Romuald Sciora, de nationalité franco-américaine. Même Orban n’a pas osé faire ça en Hongrie. Harvard essaie bien de résister, mais jusqu’à quand pourra-t-elle se passer des subventions fédérales ?” “Est-ce que ces attaques en règle contre l’université vont entraîner une réaction ? s’interroge Arnaud Miranda. Pour l’instant, force est de constater que c’est l’apathie.” Pour Brian Sandberg, l’idéologie des lumières sombres suscite peu de réactions parce qu’elle bénéficie d’un écho plutôt favorable dans une société de plus en plus méfiante vis-à-vis de la science : “Les positions antivaccins et antiscience, qui rejettent jusqu’aux notions mêmes de santé publique et de savoir académique, semblent être devenues courantes depuis la pandémie de Covid-19, par l’entremise des réseaux sociaux et des médias extrémistes qui les amplifient.”

L’Europe n’est pas à l’abri

“L’idéologie trumpienne se répand déjà à travers le monde, prévient Romuald Sciora. Avec le Dark Enlightenment, il est à craindre que la défiance envers la science aille en grandissant. Le trumpisme est comme un cancer agressif : il y aura peut-être des périodes de rémission, mais on ne reviendra pas en arrière.” “Ça ne va pas s’arrêter avec Trump, estime lui aussi François Gemenne. Et l’Europe n’est pas à l’abri : partout, les discours se radicalisent.” La plus grande des démocraties serait-elle en passe de faire basculer le monde sous le règne des lumières obscures ? “Il y a plus de lumière et de sagesse dans beaucoup d’hommes réunis que dans un seul”, s’émerveillait au début du XIXe siècle le Français Alexis de Tocqueville, béat d’admiration devant une démocratie américaine alors naissante, directement inspirée des Lumières. C’était il y a deux siècles.

21/12/2025 Sur la Compagnie fruitière

auteur
Chaleurs actuelles,

Dans ce pays d’Afrique centrale et occidentale, les pratiques présumées de PHP, filiale du groupe Compagnie fruitière, sont dénoncées par quatre ONG : droits du travail bafoués, personnels et riverain·es intoxiqué·es… Le tout dans un contexte de corruption généralisée. Les organisations ont mis en demeure la multinationale pour manquement à son devoir de vigilance.

Fondée en 1938 durant la période coloniale, la discrète multinationale, dont le siège est basé à Marseille (Bouches-du-Rhône), se revendique comme le numéro un de la distribution de fruits en Europe et la première entreprise productrice en Afrique. Avec un produit phare, la banane : 800 000 tonnes sont mises sur le marché chaque année.

On ne s’étonnera donc pas qu’au Cameroun, l’un des plus gros pays producteurs du célèbre fruit jaune sur le continent, la Compagnie fruitière pèse lourd : près de 80% des exportations annuelles de bananes y sont réalisées par ses deux filiales locales, la toute jeune CDBM et surtout la PHP, pour Plantations du Haut-Penja, société leader du marché camerounais. Cette dernière emploie sur place quelque 6 000 personnes, ce qui en fait le premier employeur privé du pays.

Une réussite éclatante donc, mais à quel prix ? Quatre ONG – ActionAid France, Intérêt à agir, le secrétariat international de Transparency International (TI) et la section camerounaise de TI – ont dénoncé les agissements présumés de PHP : le 9 décembre, les quatre organisations ont mis en demeure la Compagnie fruitière pour «manquement à son devoir de vigilance sur les risques de violation des droits humains et les atteintes à l’environnement résultant de l’activité de sa filiale camerounaise», selon leur communiqué de presse commun.

Des accusations de longue date

La Compagnie fruitière et sa principale filiale camerounaise sont depuis longtemps dans le collimateur d’organisations de défense de l’environnement et des droits humains. En 2009 déjà, Oxfam France et le CCFD-Terre Solidaire portaient de lourdes accusations contre les pratiques supposées de PHP dans sa principale zone de production, les localités de Njombe-Penja et de Loum, situées dans l’ouest du pays : épandage de pesticides sans considération pour la santé des travailleur·ses et des riverain·es, salaires de misère, expropriations abusives…

Puis, en 2014, TI Cameroun publiait un rapport entièrement consacré à la société bananière, dénonçant une «multiplication d’actes de violation des droits de l’Homme». Plus de dix ans plus tard, la situation ne semble pas s’être améliorée. «Nous ne sommes pas des va-t-en-guerre, tient à préciser le président de TI Cameroun, l’avocat Henri Njoh Manga Bell, joint par téléphone. Mais lorsqu’il y a des dysfonctionnements qui se répètent, notre mission est de les dénoncer !»

Le «silence radio» de la PHP

Les ONG s’appuient sur plusieurs enquêtes de terrain, dont une dernière réalisée en septembre, qui décrivent une situation alarmante. Du côté des salarié·es de la société pour commencer : multiplication illégale des contrats courts, journées de travail interminables (de 12 à 15 heures), salaires insuffisants (90 euros pour 240 heures de travail mensuel pour un ouvrier spécialisé avec huit ans d’ancienneté), licenciements abusifs… Mais aussi l’exposition, sans mesures de protection dignes de ce nom, à des pesticides et autres produits hautement toxiques, dont certains interdits en Europe. Des produits dangereux qui empoisonnent aussi les populations locales via des épandages aériens ou le déversement dans les villages d’eaux usées non traitées, selon les ONG.

«Nous avons sollicité localement PHP à plusieurs reprises pour les inciter à se conformer aux réglementations locales et internationales, explique Njoh Manga Bell. Malheureusement, on a été confronté au silence radio de leur part. C’est ce qui nous contraint à nous retourner vers la maison mère, profitant en cela de ce que la législation française, avec la loi sur le devoir de vigilance, permet d’avoir une action plus efficiente dans ce genre de démarche qu’au Cameroun.»

Adoptée en 2017, cette loi impose aux multinationales basées en France d’identifier les risques et de prévenir les violations des droits humains qui résultent des activités de leurs filiales, et ce partout dans le monde. Des obligations transposées dans le droit européen en 2024, mais remises en cause avant même leur application par la directive Omnibus, votée le 13 novembre par le Parlement européen.

«Pas grand-chose n’a été fait»

La Compagnie fruitière a pourtant tenté de répondre aux critiques passées, dévoilant même en 2025 un tout nouveau plan de vigilance. Très insuffisant, selon le président de TI Cameroun : «Ce plan n’est pas une mauvaise chose, mais il est trop générique et son application sur le terrain pose problème. Il faudrait que la Compagnie fruitière songe de temps à autre à se rendre sur les sites pour s’assurer que toutes les mesures qui sont préconisées sont effectivement mises en œuvre. Nous considérons que pas grand-chose n’a été fait.»

La Compagnie fruitière a aussi multiplié ces dernières années partenariats et certifications censés garantir une action irréprochable dans tous les domaines : Fairtrade, WWF, Rainforest Alliance, Ecovadis… «Il est vrai que l’entreprise a mis en place une politique de verdissement de ses actions, notamment via des partenariats, reconnaît Chloé Rousset. Pour autant, on observe qu’il y a un écart entre les effets d’affiche et la réalité sur le terrain. Cela pose, entre autres, la question de la manière dont se tiennent les audits. Par exemple, la plupart des audits réalisés par Fairtrade sont prévus en avance. Ce que nous ont raconté les personnes sur place, c’est que tout est organisé pour qu’il y ait le moins de problèmes possibles qui apparaissent.»

«Un énorme sentiment d’impuissance chez les gens»

Les ONG somment également la Compagnie fruitière de prendre des mesures contre la corruption, une première dans le cadre de la loi sur le devoir de vigilance des entreprises. Il faut dire que le phénomène est omniprésent au Cameroun : dans l’indice de perception de la corruption publié par TI, le pays obtenait en 2024 la note de 26 sur 100, se classant 140ème sur 180. «Cela crée un énorme sentiment d’impuissance chez les gens, relate Chloé Rousset. En cas de souci, ils n’ont même pas idée d’aller faire appel aux maires, aux juges ou à l’inspection du travail parce qu’ils savent très bien que s’ils n’ont pas d’argent, ça ne sert à rien ! Cela favorise un climat d’impunité très, très fort.» Et d’ajouter : «La loi sur le devoir de vigilance oblige les grandes entreprises à cartographier tous les risques qui peuvent survenir dans leur filière. Or, la corruption en fait partie de manière intrinsèque.»

Sollicitée par Vert, la Compagnie fruitière indique que la mise en demeure ne lui est pas encore parvenue, mais elle réfute en bloc les accusations rapportées par les médias : un «tissu d’allégations non démontrées, fondées sur des témoignages invérifiables», selon le groupe, qui assure que lui et ses filiales «opèrent dans le cadre des réglementations en vigueur, qu’il s’agisse des pratiques agricoles ou des politiques sociales».

«Nous espérons que la Compagnie fruitière va réagir au-delà de ces simples communiqués», confie Henri Njoh Manga Bell. Si elle ne le fait pas ou si ses réponses ne sont pas jugées convaincantes, les quatre ONG entendent saisir les tribunaux. L’avocat avertit : «Nous avons documenté suffisamment notre enquête, de manière à pouvoir passer à l’étape au-dessus.»

Source

Chaleurs actuelles est le grand projet de Vert pour gagner contre la désinformation climatique et l’extrême droite.

20/12/2025 La maladie hémorragique épizootique (MHE)

La maladie hémorragique épizootique (MHE) est une menace croissante pour l’élevage en France, avec plusieurs foyers recensés et des mesures strictes mises en place pour contrôler sa propagation.ermatose nodulaire contagieuse (DNC) 

Les premiers foyers de maladie hémorragique épizootique (MHE) ont été déclarés en France en septembre 2023 dans des élevages de bovins du sud-ouest. Cette maladie infectieuse due à un virus est transmise exclusivement par des moucherons du genre Culicoïdes, les mêmes que ceux de la fièvre catarrhale ovine (FCO). Les premiers foyers de maladie hémorragique épizootique (MHE) ont été déclarés en France en septembre 2023 dans des élevages de bovins du sud-ouest. Cette maladie infectieuse due à un virus est transmise exclusivement par des moucherons du genre Culicoïdes, les mêmes que ceux de la fièvre catarrhale ovine (FCO).

Situation Actuelle de la MHE

La MHE a été identifiée comme une maladie préoccupante pour les éleveurs en France. Entre le 1er juin et le 11 décembre 2025, 5 foyers de MHE ont été signalés, avec un total de 3 906 foyers recensés entre juin 2024 et juin 2025. Cette maladie est classée en catégories D et E selon la réglementation européenne, ce qui entraîne des restrictions sur les mouvements d’animaux dans un rayon de 150 km autour des foyers infectés. 

agriculture.gouv.fr

Impact sur l’Élevage

Les maladies comme la MHE, la fièvre catarrhale ovine, et la grippe aviaire, exacerbées par le changement climatique et les échanges internationaux, mettent en péril la filière agricole. Ces pathologies peuvent entraîner des pertes économiques significatives, affectant la santé des animaux et la rentabilité des exploitations. En Europe, les maladies en élevage sont responsables d’environ 20 % des pertes de production par an, ce qui représente des pertes économiques considérables pour les agriculteurs. 

france3-regions.franceinfo.fr+1

Mesures de Prévention et de Contrôle

Pour lutter contre la MHE, des mesures strictes ont été mises en place, notamment des restrictions sur les mouvements d’animaux et des exigences sanitaires pour les échanges avec d’autres pays. Les éleveurs sont encouragés à consulter leur vétérinaire pour obtenir des conseils sur la gestion de la santé animale et les mesures préventives à adopter. 

agriculture.gouv.fr

Conclusion

La MHE et d’autres maladies animales représentent un défi majeur pour l’élevage en France. La vigilance et la mise en œuvre de mesures de prévention sont essentielles pour protéger la santé des animaux et la viabilité économique des exploitations agricoles. Les éleveurs doivent rester informés des dernières actualités et recommandations pour faire face à ces menaces.

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Le virus en cause ne fait sans doute pas partie ddes virus zombis

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20/12/2025 Sur la MHE maladie hémorragique épizootique

La MHE est une menace croissante en France; les premiers foyers de maladie hémorragique épizootique (MHE) ont été déclarés en France en septembre 2023 dans des élevages de bovins du sud-ouest. Cette maladie infectieuse due à un virus est transmise exclusivement par des moucherons du genre Culicoïdes, les mêmes que ceux de la fièvre catarrhale ovine (FCO). Les premiers foyers de maladie hémorragique épizootique (MHE) ont été déclarés en France en septembre 2023 dans des élevages de bovins du sud-ouest. Cette maladie infectieuse due à un virus est transmise exclusivement par des moucherons du genre Culicoïdes, les mêmes que ceux de la fièvre catarrhale ovine (FCO).

Situation Actuelle de la MHE

La MHE a été identifiée comme une maladie préoccupante pour les éleveurs en France. Entre le 1er juin et le 11 décembre 2025, 5 foyers de MHE ont été signalés, avec un total de 3 906 foyers recensés entre juin 2024 et juin 2025. Cette maladie est classée en catégories D et E selon la réglementation européenne, ce qui entraîne des restrictions sur les mouvements d’animaux dans un rayon de 150 km autour des foyers infectés. 

Impact sur l’Élevage

Les maladies comme la MHE, la fièvre catarrhale ovine, et la grippe aviaire, exacerbées par le changement climatique et les échanges internationaux, mettent en péril la filière agricole. Ces pathologies peuvent entraîner des pertes économiques significatives, affectant la santé des animaux et la rentabilité des exploitations. En Europe, les maladies en élevage sont responsables d’environ 20 % des pertes de production par an, ce qui représente des pertes économiques considérables pour les agriculteurs. 

Mesures de Prévention et de Contrôle

Pour lutter contre la MHE, des mesures strictes ont été mises en place, notamment des restrictions sur les mouvements d’animaux et des exigences sanitaires pour les échanges avec d’autres pays. Les éleveurs sont encouragés à consulter leur vétérinaire pour obtenir des conseils sur la gestion de la santé animale et les mesures préventives à adopter. 

Conclusion

La MHE et d’autres maladies animales représentent un défi majeur pour l’élevage en France. La vigilance et la mise en œuvre de mesures de prévention sont essentielles pour protéger la santé des animaux et la viabilité économique des exploitations agricoles. Les éleveurs doivent rester informés des dernières actualités et recommandations pour faire face à ces menaces.

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19/11/2025 Un visiteur venu de l’espace profond (deep space)

L’objet interstellaire 3I/ATLAS atteindra son point le plus proche avec la Terre ce vendredi 19 décembre 2025. Les éphémérides issues du système JPL Horizons situent ce minimum à 06:00 UTC. À cet instant, l’objet passera à environ 1.8 unité astronomique, soit près de 270 millions de kilomètres.

3I/ATLAS a été repérée le 1er juillet 2025 par le réseau ATLAS, via un instrument au Chili, puis signalée au Minor Planet Center. Le MPC a ensuite officialisé sa désignation, en tant que comète, sous la forme C/2025 N1 (ATLAS), tout en actant sa trajectoire hyperbolique. Ce détail orbital est déterminant, car il indique une origine extérieure au Système solaire. Les astronomes la classent ainsi comme le troisième visiteur interstellaire identifié, après 1I/ʻOumuamua en 2017 et 2I/Borisov en 2019.

L’évènement du 19 décembre ne correspond pas à un passage « près du Soleil », mais à une géométrie favorable avec la Terre. Le périhélie de 3I/ATLAS a eu lieu fin octobre 2025, ce qui a modifié sa visibilité et sa cadence de suivi. Les observateurs s’intéressent surtout aux gaz et poussières libérés quand le noyau est chauffé. Ces signatures spectrales servent à comparer la chimie d’un corps formé autour d’une autre étoile avec celle des comètes locales. La distance reste importante, mais l’alignement améliore le rapport signal sur bruit.

·Pour affiner les prédictions, l’Agence spatiale européenne a indiqué avoir exploité des données acquises depuis Mars, afin de mieux contraindre la trajectoire. L’objectif est pratique: réduire les incertitudes de pointage au moment où la comète est la plus accessible. Plusieurs campagnes d’imagerie ont déjà été menées, dont des prises de vue par Hubble à la fin novembre, alors que l’objet se trouvait encore à plusieurs centaines de millions de kilomètres. Ce suivi sert aussi à mesurer l’évolution de l’activité, et à estimer la taille du noyau.

Côté observation amateur, les spécialistes préviennent que 3I/ATLAS ne sera pas un spectacle à l’œil nu. Les recommandations convergent vers un télescope, avec une ouverture d’au moins 15 cm, et plutôt 30 cm pour faciliter la détection. Autour du 19 décembre, la comète se situe dans la zone du Lion, à proximité apparente de l’étoile Régulus, avec un repérage plus simple avant l’aube.

Pour le public éloigné des sites sombres, une alternative consiste à suivre des observations en direct. Le Virtual Telescope Project a annoncé une diffusion en ligne autour du passage au plus près, sous réserve de conditions météo favorables. Ce type de retransmission s’appuie sur des instruments robotisés et des caméras à longue pose. Les images sont utiles aussi aux chercheurs, car elles documentent l’éclat global et la morphologie de la chevelure et de la queue. L’enjeu est de collecter un maximum de données avant que l’objet ne s’éloigne à nouveau, avec une luminosité décroissante.

Après le 19 décembre, la trajectoire de 3I/ATLAS la mènera vers les régions externes du Système solaire. Un prochain jalon concerne un passage proche de Jupiter en mars 2026, à l’échelle des distances planétaires, sans risque pour la planète. Cette étape ne doit pas être confondue avec une « capture », car l’objet conserve une vitesse et une énergie orbitale caractéristiques d’un objet interstellaire. Les astronomes continueront de l’observer tant que sa magnitude le permet. Chaque mesure aide à mieux comprendre la fréquence et la diversité de ces intrus cosmiques.

19/12/2025 Le naufrage du Titan

L’accident du submersible Titan se produit lors d’une plongée dans les eaux internationales de l’océan Atlantique Nord au large de Terre-Neuve (Canada).

Le Titan est un petit submersible à visée touristique, exploité par OceanGate et destiné particulièrement à assurer des visites payantes de l’épave du Titanic. Le 18 juin 2023, il amorce une descente en direction de l’épave au cours de laquelle il subit une implosion entraînant sa destruction et la mort de ses cinq occupants. Des débris du Titan sont retrouvés par 3 800 m de fond, non loin de l’épave du Titanic. Le 28 juin 2023, des restes humains sont retrouvés parmi des débris remontés à la surface.

C’est l’accident sous-marin mortel le plus profond de l’Histoire[1].

Contexte

Submersible

Depuis 2021[2], le Titan réalise différentes missions dont des expéditions touristiques vers l’épave du Titanic[3].

Le voyage part de Saint-Jean de Terre-Neuve. Chaque plongée complète vers l’épave dure environ 8 heures[4].

Le submersible est affrété par OceanGate, qui appartient à Stockton Rush, diplômé en génie aérospatial à l’université de Princeton[5].

Caractéristiques

Dimensions du TitanLogo d’OceanGate

Le Titan, qui portait le nom de Cyclops 2 jusqu’en mars 2018[6], est un sous-marin de poche réalisé en matériau composite et en titane. Il est constitué d’une coque résistante à la pression, qui accueille les passagers, sur laquelle sont fixés un carénage extérieur en plastique à renfort de verre et quatre propulseurs mus par des moteurs électriques. Il dispose également de patins lui permettant de se poser sur le fond marin[7] — ou sur le Titanic.

La coque résistante est elle-même composée de deux hémisphères en titane de 83 mm (ou 3 ¹⁄₄ pouces) d’épaisseur[8] et d’un cylindre central en composite carboneépoxy préimprégné d’une épaisseur de 127 mm (5 pouces). Les deux hémisphères sont réunis au cylindre en composite par deux anneaux d’interface, également réalisés en titane, qui sont les seuls éléments le pénétrant. Ces anneaux reçoivent en outre les fixations du carénage extérieur et des patins[7]. L’hémisphère avant est percé d’un hublot de 380 mm de diamètre, dont la vitre de forme tronconique en plexiglas de 180 mm (7 pouces) d’épaisseur dépasse de 19 mm dans la cabine durant la plongée[8]. C’est également cet hémisphère qui tient lieu d’accès au submersible ; il ne peut être ouvert que de l’extérieur[7],[9].

Construit en 2017, le Titan pèse 10 432 kg, mesure environ 6,70 m de longueur et 2,80 m de largeur, et dispose d’une autonomie de 96 heures d’oxygène[10],[11]. Il est exploité par l’entreprise OceanGate[10] pour descendre à 4 000 m[12] sans homologation pour une telle profondeur. Le hublot, lui, possède une homologation mais jusqu’à 1 300 m de profondeur seulement. OceanGate a refusé de payer le supplément pour l’homologation de l’ensemble jusqu’à 4 000 m[13].

Il possède trois systèmes permettant de faire mouvoir le submersible horizontalement et verticalement :

Contrairement à un sous-marin naviguant au long cours, ce petit submersible a une autonomie limitée, il a donc besoin d’être accompagné d’un navire capable de le lancer et de le récupérer, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration[16],[17].

Selon Gabe Cohen de CNN, « Il est exploité par un contrôleur de jeu, ce qui ressemble à un contrôleur de PlayStation. »[16],[18].

Contrôleur de jeu sans fil Logitech F710, dont une version modifiée a été utilisée pour contrôler le Titan.

Installations

Le Titan peut accueillir cinq personnes pendant une mission : deux heures de descente, plusieurs heures d’exploration de l’épave du Titanic et deux heures de retour à la surface[16],[19].

Dans un reportage pour CBS, on peut voir que l’intérieur du Titan est composé d’un petit compartiment. Il n’y a pas de siège et les passagers sont assis à même le sol. L’intérieur est simple, avec un seul bouton et un écran sur le mur. Le submersible est piloté à l’aide d’une manette de jeu vidéo Logitech F710 modifiée[20],[16].

Cyclops-1, prototype du Titan.Schéma fournissant les dimensions globales du submersible Titan conçu et construit par OceanGate.

Le Titan ne dispose pas de moyen de repérage : il reste normalement en contact permanent avec un navire à la surface — en l’occurrence, le brise-glace Polar Prince (en) — qui lui transmet sa position en temps réel[9].

Passagers

Généralement et ce jour-là en particulier, le submersible embarque un membre d’équipage et quatre passagers[4].

Sélection des participants

Une expérience préalable dans le domaine de la plongée n’est pas requise pour participer à une visite de l’épave du Titanic, selon une version archivée du site web de l’opérateur. Les candidats doivent seulement être âgés d’au moins 18 ans au début du voyage et payer 250 000 $ US, selon une version archivée de l’itinéraire vue par CNN, qui n’est plus accessible sur leur site web[16].

Critiques

Homologation

Le Titan n’a jamais été homologué par un organisme indépendant, car sa conception serait trop innovante pour qu’il puisse être homologué, selon OceanGate[13]. Toutefois, même sans une telle homologation, il était légalement possible de l’utiliser dans les eaux internationales[21].

Le financier américain Jay Bloom devait participer à la dernière plongée du Titan. Il a changé d’avis au dernier moment à cause de ses doutes concernant la conception de l’appareil[22],[23].

Conflit interne

Selon le média américain The New Republic et l’agence française AFP, David Lochridge, ex-dirigeant de l’entreprise OceanGate et responsable à l’époque de « la sécurité de tous les équipages et clients » a été licencié après avoir émis de sérieux doutes sur la sécurité du Titan auprès de sa direction[24],[25].

Le directeur général d’OceanGate, Stockton Rush, avait demandé à David Lochridge de procéder à une inspection de la qualité du Titan, mais les investigations de ce dernier ont été entravées et l’accès à des documents concernant le hublot lui a été refusé. Selon Lochridge, l’engin ne devait pas aller à une profondeur aussi extrême, le hublot n’étant conçu que pour descendre à 1 300 m au maximum, alors que l’engin devait se rendre à 4 000 m[26]. Toujours selon lui, l’entreprise a refusé de réaliser certains contrôles non destructifs pourtant cruciaux pour s’assurer de la capacité du submersible à résister à la pression[13] qui atteint 400 fois la pression atmosphérique à cette profondeur, soit environ 400 bars. Il est licencié peu après, pour avoir violé une clause de confidentialité[27],[28].

Avertissements

Deux mois plus tard, la Maritime Technology Society, qui rassemble plusieurs experts du domaine, a envoyé une lettre à l’entreprise pour lui faire part de son « inquiétude » face à l’approche « expérimentale » d’OceanGate[29].

La BBC déclare que dans des courriels échangés en 2018 entre le patron d’OceanGate, Stockton Rush, et un spécialiste de l’exploration en eau profonde, Rob McCallum, ce dernier a averti : « Je pense que vous vous placez potentiellement, vous et vos clients, dans une dynamique dangereuse. »[30]. À cette mise en garde, Stockton Rush aurait répondu : « Nous avons trop souvent entendu les critiques sans fondement du type « vous allez tuer quelqu’un »[31].

Un journaliste de CBS, ayant participé à une expédition, avait dû signer une décharge de responsabilité disant : « Ce navire expérimental n’a été approuvé ou certifié par aucun organisme de réglementation et pourrait entraîner des blessures physiques, des traumatismes émotionnels ou la mort »[32].L’accident du submersible Titan se produit lors d’une plongée dans les eaux internationales de l’océan Atlantique Nord au large de Terre-Neuve (Canada).

Le Titan est un petit submersible à visée touristique, exploité par OceanGate et destiné particulièrement à assurer des visites payantes de l’épave du Titanic. Le 18 juin 2023, il amorce une descente en direction de l’épave au cours de laquelle il subit une implosion entraînant sa destruction et la mort de ses cinq occupants. Des débris du Titan sont retrouvés par 3 800 m de fond, non loin de l’épave du Titanic. Le 28 juin 2023, des restes humains sont retrouvés parmi des débris remontés à la surface.

C’est l’accident sous-marin mortel le plus profond de l’Histoire[1].

18/12/2025 Sur l’erreur d’Einstein

Ce n’est pourtant pas Max Planck qui va franchir le pas théorique, mais Einstein, en 1905. Dans son article fondateur sur « la production et la transformation de la lumière » , il considère l’énergie lumineuse comme « constituée d’un nombre fini de quanta d’énergie, chacun ne pouvant être absorbé ou produit que d’un bloc ».Autrement dit, la lumière, connue pour être une onde, est aussi faite de grains. À partir de là, Einstein explique l’effet photo électrique comme un échange d’énergie entre la lumière et les électrons, interprétation qui sera corroborée par les expériences de l’Américain Robert Millikan. Celles-ci montreront notamment que, comme le prédit Einstein, l’énergie de ce grain de lumière est égale à la fréquence de l’onde lumineuse multipliée par une constante, dite de Planck. Einstein en conclut, en 1909, que la nature de la lumière est double : à la fois onde et particule.

Préserver la causalité !

Quatre ans plus tard, le génial physicien salue le modèle d’atome développé par Bohr, qui pose que les électrons circulent sur des orbites autour du noyau. Plus l’orbite est haute, plus l’énergie de l’électron est élevée. Les électrons peuvent changer d’orbite en sautant d’un niveau d’énergie à l’autre, en émettant ou en absorbant des quantités précises d’énergie sous forme d’ondes électromagnétiques. Sauf qu’avec ce modèle, la causalité est mise en défaut. Car, ainsi qu’Ernest Rutherford le demande à Bohr, comment un électron choisit-il tel ou tel palier ? « Il m’apparaît, ajoute le savant anglais, que vous devez faire l’hypothèse que l’électron sait déjà où il va s’arrêter. « 

Étonnamment, c’est Einstein lui-même qui, en 1917, calcule la probabilité qu’a un électron de passer d’un palier à l’autre. Travail qui renforce sa gêne à propos de la théorie quantique : « Sa faiblesse réside dans le fait qu’elle ne nous offre pas de connexion plus étroite avec la théorie ondulatoire et laisse au hasard l’instant et la direction des processus élémentaires ; je crois néanmoins que nous sommes sur la bonne voie. « 

En 1920, Bohr et Einstein font connaissance et, intellectuellement, c’est le coup de foudre. « J’ai rarement rencontré un homme qui m’ait procuré une telle joie par sa seule présence », écrit Einstein. Cependant, les deux hommes s’opposent sur un point : la causalité.

Alors qu’elle est mise à mal par la « quantique », Einstein refuse pourtant d’y renoncer. « La mécanique quantique force le respect. Mais une voix intérieure me dit que ce n’est pas encore la juste vérité. En tout cas, je suis convaincu que Dieu ne joue pas aux dés. «  À elle seule, cette petite phrase résume l’état d’insatisfaction dans lequel le laisse cette nouvelle physique. Car, à partir d’une situation donnée, celle-ci prévoit plusieurs issues possibles : une même cause donne lieu à plusieurs effets… entre lesquels Dieu choisirait d’un coup de dés ? Pour Einstein, cela heurte bien trop sa vision du monde.