22/12/2025 Vivons nous dans une simulation informatique?

Notre univers n’est il qu’une simulation numérique ?

L’hypothèse selon laquelle notre Univers ne serait qu’une vaste simulation numérique a longtemps été cantonnée aux œuvres de science-fiction ou aux débats philosophiques nocturnes. Pourtant, cette théorie vertigineuse quitte aujourd’hui le domaine de la spéculation pour entrer avec fracas dans celui de la physique expérimentale. Ce qui semblait être un scénario hollywoodien devient une question scientifique légitime grâce aux travaux de Melvin Vopson, physicien à l’Université de Portsmouth. Loin de se contenter d’hypothèses abstraites, ce chercheur a formalisé une nouvelle loi physique et propose désormais un protocole expérimental concret pour tester la texture même de notre réalité. Si son intuition se confirme, c’est toute notre compréhension de la matière et de l’existence qui s’en trouverait bouleversée.

Si l’allégorie de la caverne de Platon suggérait déjà que nos sens pouvaient nous tromper, le débat moderne sur la réalité simulée trouve sa source dans un article fondateur publié en 2003 par Nick Bostrom, philosophe à l’Université d’Oxford. Son « argument de la simulation » repose sur une triade logique implacable. Bostrom postule que l’une des trois propositions suivantes est forcément vraie : soit les civilisations s’éteignent avant d’atteindre une capacité technologique de « post-humains » ; soit elles atteignent ce stade mais n’ont aucun intérêt à simuler leurs ancêtres ; soit nous vivons presque certainement dans une simulation.

Le raisonnement est statistique : si une civilisation avancée peut créer des simulations de conscience, elle en créera probablement des milliards pour étudier son histoire ou la sociologie. Dès lors, le nombre d’êtres simulés dépasserait largement le nombre d’êtres « réels ». Mathématiquement, la probabilité que nous soyons dans la réalité de base devient alors infime. Mais pour Melvin Vopson, cette approche probabiliste ne suffit pas. La science ne se contente pas de paris, elle exige des preuves. Il a donc entrepris de chercher les « pixels » de notre univers, ces anomalies ou ces traces de code qui trahiraient la nature artificielle de notre environnement, en traduisant cette hypothèse informatique en lois physiques tangibles et mesurables.

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Voir aussi

L’information est-elle la cinquième forme de la matière ?

Pour donner corps à cette théorie, il est impératif de reconsidérer la nature même de ce que nous appelons « information ». En physique classique, nous avons l’habitude de distinguer la matière tangible (les atomes) de l’énergie (le rayonnement) et de considérer l’information comme un concept abstrait, une simple description du monde. Pourtant, depuis les travaux pionniers de Claude Shannon et le principe de Landauer formulé dans les années 1960, la frontière s’est brouillée. Landauer a démontré que l’effacement d’un bit d’information est un processus physique qui dégage obligatoirement une quantité minimale de chaleur. L’information possède donc une réalité énergétique indéniable.

Melvin Vopson pousse cette logique à son paroxysme avec son principe d’équivalence masse-énergie-information. S’inspirant de la célèbre équation d’Einstein $E=mc^2$, qui unifie masse et énergie, Vopson propose d’élargir ce cadre pour y inclure l’information comme une composante fondamentale. Selon sa théorie, l’information ne serait pas seulement de l’énergie, mais elle posséderait une masse propre, quoique infime. Chaque bit d’information stocké dans l’ADN, dans une particule élémentaire ou dans un disque dur contribuerait à la masse totale de l’objet. Si cette hypothèse se vérifie, l’information deviendrait officiellement la cinquième forme de la matière, rejoignant les solides, les liquides, les gaz et les plasmas. L’Univers entier pourrait alors être perçu comme un dispositif de stockage colossal où chaque particule porte le poids de ses propres données.

Référence


Research Article| October 06 2023

https://pubs.aip.org/aip/adv/article/13/10/105308/2915332/The-second-law-of-infodynamics-and-its

The second law of infodynamics and its implications for the simulated universe hypothesis

Melvin M. Vopson Corresponding Author

Author & Article Information

AIP Advances 13, 105308 (2023)

https://doi.org/10.1063/5.0173278

The simulation hypothesis is a philosophical theory, in which the entire universe and our objective reality are just simulated constructs. Despite the lack of evidence, this idea is gaining traction in scientific circles as well as in the entertainment industry. Recent scientific developments in the field of information physics, such as the publication of the mass-energy-information equivalence principle, appear to support this possibility. In particular, the 2022 discovery of the second law of information dynamics (infodynamics) facilitates new and interesting research tools at the intersection between physics and information. In this article, we re-examine the second law of infodynamics and its applicability to digital information, genetic information, atomic physics, mathematical symmetries, and cosmology, and we provide scientific evidence that appears to underpin the simulated universe hypothesis.

Topics

21/12/2025 Une Guerre contre la science

Depuis le retour de Trump, les universités, les scientifiques et jusqu’à l’idée même de science font l’objet d’attaques sans précédent. Une mise au pas théorisée par un courant de pensée qui prend le contre-pied de la philosophie des Lumières : les lumières obscures.

par Pierre-Yves Bocquet, publié le 17 décembre 2025

Les coups de boutoir de l’administration Trump contre la science sont devenus si fréquents que l’on finirait presque par oublier leur violence. Comme lorsque, fin septembre, le président des États-Unis déclare devant l’assemblée générale des Nations unies que le réchauffement climatique est “la plus grande arnaque jamais perpétrée dans le monde, faite par des gens stupides”. “Cela ne m’a pas surpris, même si ça ne m’a pas fait plaisir : il l’avait déjà dit”, confesse le chercheur en politique environnementale François Gemenne. Coauteur du 6e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il fait pourtant partie des personnes “stupides” pointées du doigt par l’homme le plus puissant du monde, devant une assemblée restée silencieuse face à une telle dénégation du consensus scientifique. Un signe parmi beaucoup d’autres que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Celle où la science n’est plus respectée ni considérée comme l’un des fondements des sociétés modernes. “Elle est pourtant le socle sur lequel on peut débattre en démocratie : si nous ne partageons plus la même réalité, il n’y a plus de débat possible, et donc plus de démocratie, rappelle François Gemenne. Le problème des scientifiques, c’est qu’ils disent la vérité, et que la vérité est parfois déloyale : les faits ne se conforment pas aux opinions.”

Chasse aux sorcières

Dès les premiers jours de son retour à la Maison-Blanche, Trump entreprend de se désengager de l’accord de Paris sur le climat, de sabrer les budgets accordés aux universités, de nommer de nouveaux directeurs à la tête des agences de recherche et des hauts fonctionnaires dénués de toutes compétences scientifiques, d’interdire l’utilisation de certains mots dans les publications de recherche… “C’est tout le modèle des universités de recherche américaines qui est attaqué, estime Brian Sandberg, professeur d’histoire à la Northern Illinois University, l’un des rares chercheurs en poste à oser critiquer publiquement cette politique. Le gel ou la suppression des subventions a stoppé les activités de recherche sur le changement climatique, les sciences de l’environnement, les énergies renouvelables, la santé des femmes, la santé LGBTQ+, mais aussi bien d’autres domaines. Le démantèlement partiel ou quasi total de nombre d’institutions fédérales a fortement réduit leur capacité à soutenir les activités de recherche fondamentale et appliquée. Je crains que la plupart des chercheurs que je connais n’osent plus s’exprimer en raison de l’effet dissuasif des attaques actuelles.” Un climat de défiance et d’autocensure qui n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres du maccarthysme et la chasse aux sorcières : “On n’est plus très loin des arrestations arbitraires pour opinions divergentes, comme cela se fait déjà pour les chercheurs étrangers”, pointe François Gemenne.

Il y a eu le courant des Lumières au XVIIIe siècle ; il s’agit maintenant d’installer son pendant sombre

Arnaud Miranda, docteur en théorie politique et spécialiste des ­pensées réactionnaires au Cevipof

“Nous assistons en fait à la fin d’un long cycle qui avait commencé au XVIIIe siècle avec les Lumières”, estime Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, à l’Institut de relations internationales et stratégiques. La lutte contre l’irrationnel, l’arbitraire et l’obscurantisme qu’avaient théorisée les philosophes des Lumières, et sur laquelle la science a prospéré depuis, laisse désormais la place à des discours alternatifs, qui se retrouvent dans un courant de pensée dont le nom à lui seul donne la mesure de l’ambition : Dark Enlightenment, les “lumières obscures”.

Installer une autre réalité

Sous la plume d’esprits scientifiques comme Franklin, Descartes, Buffon ou Condorcet, les Lumières avaient participé à positionner la science comme une autorité émancipée de la tutelle de la religion, fondée sur la raison, l’égalitarisme et l’universalisme, au service de la connaissance et du bien commun. Les lumières obscures estiment au contraire que la science est dévoyée, qu’elle prône des contre-vérités – comme l’égalité entre les individus – et qu’elle n’est au service que d’elle-même, en pervertissant les esprits pour conforter son propre pouvoir, au détriment de l’État. “Il y a eu le courant des Lumières au XVIIIe siècle ; il s’agit maintenant d’installer son pendant sombre”, résume Arnaud Miranda, docteur en théorie politique et spécialiste des pensées réactionnaires au Cevipof.

Gourous de l’alt-right

Ce courant de pensée a pris sa source dans les années 2010, sous le clavier d’un alors obscur ingénieur informaticien californien, Curtis Yarvin. Sous le pseudo de Mencius Moldbug, il partage sur son blog une critique acerbe de l’incapacité chronique des grandes démocraties à résoudre leurs problèmes. Une diatribe aux accents volontiers ironiques, emplie de références à la pop culture geek qui finira par être repérée et mise en lumière par des gourous de l’alt-right, l’extrême droite américaine, comme Steve Bannon et surtout le philosophe britannique Nick Land.

Cet ex-professeur de l’université de Warwick, cofondateur de la Cybernetic Culture Research Unit, publie en 2012 The Dark Enlightenment, véritable manifeste fondateur des lumières obscures, en citant abondamment Moldbug, qu’il désigne comme le “seigneur Sith des néoréactionnaires”, en référence aux guerriers adeptes du côté obscur de la Force dans Star Wars. “Yarvin n’est pas un intellectuel, note Arnaud Miranda. C’est un pamphlétaire. Land, en revanche, est un vrai philosophe, qui se réclame de grands noms, en particulier français, comme Gilles Deleuze, Félix Guattari ou René Girard, dont il a été l’élève à Stanford. Mais dont il interprète les idées de façon assez libre.”

Ces attaques systématiques contre la science et la vérité sont révélatrices d’une politique fasciste, qui cherche à installer une autre réalité

François Gemenne, chercheur en politique environnementale, coauteur du 6e rapport du GIEC

Yarvin et Land proposent de remplacer la démocratie actuelle, selon eux inefficace donc, par un régime autoritaire quasi-monarchique en mettant à la tête du pays un roi-PDG aux pouvoirs élargis, sur le modèle de Singapour, Dubaï ou Hong Kong. Un système où les hauts QI doivent régner, explique Arnaud Miranda : “Pour Yarvin, la société doit être hiérarchisée et dirigée par des élites. Mais pas celles d’aujourd’hui, sorties des universités qu’il estime corrompues au niveau des idées, car moralisées et progressistes, acquises à la cause démocrate. Pour lui, l’élite doit faire preuve d’une intelligence naturelle, reconnaissable à la maîtrise des technologies numériques et à la création d’entreprises à succès.”

La Cathédrale

Avec les médias, les universités forment ce que Yarvin appelle “la Cathédrale” ; à savoir “les institutions intellectuelles au cœur de la société moderne, tout comme l’Église était au centre de la société médiévale”, explique-t-il sur son blog. “Les universités sont vues par Yarvin et Land comme des prescriptrices de ces idées d’universalisme et d’égalitarisme, soutenues par la sphère médiatique, qui influencent négativement les élites de l’administration formées dans ces mêmes universités, détaille Arnaud Miranda. Selon lui, la Cathédrale empêche l’État de voir la réalité en face et de prendre les mesures qui s’imposent, à savoir s’extraire de la démocratie dans laquelle les élites progressistes l’ont enfermée, considérée comme un frein à la liberté et à la prospérité.” C’est ainsi que les universités, et à travers elles la science, seraient la cause de tous nos maux, et ce de façon consciente et organisée. “Yarvin avance que ces institutions n’existent pas pour servir l’intérêt général, comme elles le prétendent, mais pour endoctriner et contrôler, perpétuant ce qu’il considère comme une adhésion hypocrite à des principes d’égalité et de représentation qui, en réalité, sapent la liberté”, complète Roger Burrows, professeur à l’école d’études politiques de l’université de Bristol.

Un projet dûment théorisé

En conséquence, “puisque l’université est le cœur de l’ancien régime, il est absolument indispensable à la réussite de tout changement de régime que toutes les universités accréditées soient liquidées, tant sur le plan physique qu’économique”, écrit Yarvin. CQFD. “Trump fédère une convergence de luttes de différents courants : néo­réactionnaires, mais aussi cryptofascistes, ultra­religieux, révisionnistes, libertariens… qui partagent tous un même projet : mettre en place un régime autoritaire comme l’a fait Viktor Orban en Hongrie, décrypte Romuald Sciora. Et pour ce type de régime, les universités sont toujours la première cible : plus on fait taire l’intelligence, plus on peut installer des discours alternatifs dans le but de réécrire l’histoire et le récit national d’une Amérique blanche, fière et prospère. Quitte à renier la science.” “Ces attaques systématiques contre la science et la vérité sont en fait révélatrices d’une politique fasciste, qui cherche à installer une autre réalité”, assène François Gemenne.

En tant que mouvement anti­rationnel, les lumières obscures retiennent les formes qui vont dans le sens de leurs idées anti-égalitaires et antidémocratiques

Benjamin Noys, professeur de théorie critique à l’université de Chichester, en Angleterre

Derrière les frasques apparemment imprévisibles de Donald Trump se cache donc un projet dûment pensé, théorisé et désormais scrupuleusement déployé, même si le président n’a jamais ouvertement prêté allégeance aux lumières obscures : “On ne peut pas le prouver, mais il y a des parallèles assez troublants entre les écrits de Yarvin et ce que l’on observe depuis le retour de Trump au pouvoir, observe Arnaud Miranda. J. D. Vance, l’actuel vice-président, a d’ailleurs déjà publiquement cité Yarvin comme une de ses références. Le maillon central dans cette affaire, c’est Peter Thiel. C’est lui qui a fait connaître Yarvin à J. D. Vance.”

Hard reset

Ce milliardaire américain et néo-zélandais, cofondateur de PayPal avec Elon Musk, a ouvertement soutenu la campagne de J. D. Vance. “Il a aussi financé celle de Michael Anton, l’influent directeur de la planification politique de Trump, qui relaie régulièrement des thèses néo­réactionnaires”, reprend le chercheur. Thiel a également un temps employé l’actuel conseiller scientifique de Trump, Michael Kratsios. Et il est considéré comme le point d’entrée des lumières obscures chez les geeks de la Silicon Valley, où elles prospèrent. “La création du DOGE, un temps piloté par Elon Musk, colle en tout point avec l’idéal de Yarvin : c’est ce qu’il appelle le programme RAGE, pour “Retire All Government Employees”, licencier tous les fonctionnaires”, observe Arnaud Miranda.

Nous assistons à un affaiblissement inquiétant des capacités scientifiques des États-Unis.

L’adhésion de J. D. Vance aux thèses des lumières obscures ne fait plus de doute depuis un discours d’une rare violence, proféré en 2021 à la tribune d’un congrès conservateur, dans lequel il désigne les universités et les professeurs comme des “ennemis” – sous les applaudissements nourris de la salle –, en reprenant presque mot pour mot les arguments de Yarvin. “L’accession de J. D. Vance à la vice-présidence des États-Unis marque un tournant majeur et inquiétant dans la politique américaine, reflétant la banalisation des lumières obscures”, insiste Roger Burrows. La tendance était déjà sensible lors du premier mandat du milliardaire, entre 2017 et 2021, mais à un degré bien moindre. “Sous Trump 1, il y avait encore une forme de respect pour les institutions. Tout a basculé depuis l’attaque du Capitole”, estime François Gemenne. “Trump s’est radicalisé dans l’opposition entre ses deux mandats”, abonde Romuald Sciora. “Pendant le premier mandat, il y avait eu des assauts contre la science, notamment pendant l’épidémie de Covid – on se rappelle que Trump préconisait à l’époque de se soigner à l’eau de Javel –, mais l’administration n’était pas totalement loyale”, confirme William Genieys, chercheur spécialiste des États-Unis au Centre d’études européennes et de politiques comparées. “Cette fois-ci, les attaques de l’administration Trump contre la science ont déjà été bien plus étendues et plus néfastes que celles survenues lors du premier mandat, confirme Romany Webb, chercheuse à la Columbia Law School, qui a mis en place depuis fin 2016 un recensement scrupuleux de ces assauts. Je pense que nous assistons déjà à un affaiblissement inquiétant des capacités scientifiques des États-Unis. Les effets sont extrêmement profonds et se feront sentir pendant de nombreuses années. Il est difficile d’imaginer à quel point la situation est grave.”

Une déferlante

Yasmine Belkaid, directrice générale de l’Institut Pasteur, s’inquiétait mi-octobre au micro de RTL : “Les États-Unis ont pendant longtemps investi énormément dans la recherche. Aujourd’hui, on a un gouvernement qui passe des messages faux aux populations en inventant des associations entre vaccination et autisme sans aucune preuve scientifique. C’est un cauchemar, car ces gens ont une influence non seulement aux États-Unis, mais sur le monde.” Et dès le mois de mars, alors que la déferlante n’en était qu’à ses débuts, l’Académie des sciences française s’alarmait : “La suppression des contributions américaines aux organisations météorologiques et de santé mondiale risque d’avoir des répercussions dramatiques, notamment sur la surveillance des maladies émergentes et des phénomènes climatiques extrêmes.” “Sans compter que beaucoup de recherches à l’international reposent sur les États-Unis”, ajoute Romuald Sciora.

Des pans entiers qui s’effondrent

Reste à savoir jusqu’où cette guerre va aller. Dans son projet de budget 2026 présenté en avril, l’administration Trump a proposé une nouvelle baisse drastique d’environ 30 % des crédits fédéraux destinés à la recherche, provoquant un tollé dans les cercles scientifiques. “Ne vous y trompez pas : si le Congrès adopte le budget du président, les conséquences pour l’avenir de notre nation seront catastrophiques. Les États-Unis ne participeront plus à la course mondiale pour le leadership en matière de recherche – ils l’auront perdue”, réagissait dans un communiqué publié dans la foulée, le 2 mai, l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), l’organisation à but non lucratif qui édite la prestigieuse revue Science.

Incroyable docilité

Il semble que l’appel ait été en partie entendu, nous confie Erin Heath, la directrice des relations avec le gouvernement fédéral de l’AAAS : “Une forte mobilisation a conduit le Congrès américain à rejeter cette proposition de budget et à rédiger des projets de loi de crédits plus favorables à l’entreprise scientifique. Le Sénat a, par exemple, recommandé un financement stable pour la National Science Foundation et une augmentation de 400 millions de dollars pour les National Institutes of Health. En revanche, les domaines de l’énergie propre et des sciences du climat ont subi des coupes disproportionnées, et les sciences sociales ont également été touchées. Mais les batailles budgétaires pour l’exercice fiscal 2026 sont encore en cours.” Un accord budgétaire a été trouvé mi-novembre pour mettre fin au shutdown [la paralysie des activités fédérales tant que le budget n’est pas voté] jusqu’au 30 janvier, sans certitudes sur les orientations du reste de l’année. “Le problème, c’est qu’en attendant, l’administration Trump en a profité pour faire tomber des pans entiers de certaines agences”, observe William Genieys.

L’idéologie trumpienne se répand déjà à travers le monde. Il est à craindre que la défiance envers la science aille en grandissant

Romuald Sciora , directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, à l’Institut de relations internationales et stratégiques

Reste une ultime inconnue : la capacité de réaction du monde académique, jusqu’ici quasiment inexistante. À quelques exceptions près comme Yale, Princeton ou Harvard, peu d’institutions ont osé faire front face aux attaques du gouvernement. “Je suis assez surpris de la facilité avec laquelle tout cela se déploie, et de la docilité de certaines universités”, souffle François Gemenne. “Il est assez incroyable de voir que des universités comme Columbia, dont certains départements ont été mis sous tutelle fédérale, se soient couchées, s’étonne aussi Romuald Sciora, de nationalité franco-américaine. Même Orban n’a pas osé faire ça en Hongrie. Harvard essaie bien de résister, mais jusqu’à quand pourra-t-elle se passer des subventions fédérales ?” “Est-ce que ces attaques en règle contre l’université vont entraîner une réaction ? s’interroge Arnaud Miranda. Pour l’instant, force est de constater que c’est l’apathie.” Pour Brian Sandberg, l’idéologie des lumières sombres suscite peu de réactions parce qu’elle bénéficie d’un écho plutôt favorable dans une société de plus en plus méfiante vis-à-vis de la science : “Les positions antivaccins et antiscience, qui rejettent jusqu’aux notions mêmes de santé publique et de savoir académique, semblent être devenues courantes depuis la pandémie de Covid-19, par l’entremise des réseaux sociaux et des médias extrémistes qui les amplifient.”

L’Europe n’est pas à l’abri

“L’idéologie trumpienne se répand déjà à travers le monde, prévient Romuald Sciora. Avec le Dark Enlightenment, il est à craindre que la défiance envers la science aille en grandissant. Le trumpisme est comme un cancer agressif : il y aura peut-être des périodes de rémission, mais on ne reviendra pas en arrière.” “Ça ne va pas s’arrêter avec Trump, estime lui aussi François Gemenne. Et l’Europe n’est pas à l’abri : partout, les discours se radicalisent.” La plus grande des démocraties serait-elle en passe de faire basculer le monde sous le règne des lumières obscures ? “Il y a plus de lumière et de sagesse dans beaucoup d’hommes réunis que dans un seul”, s’émerveillait au début du XIXe siècle le Français Alexis de Tocqueville, béat d’admiration devant une démocratie américaine alors naissante, directement inspirée des Lumières. C’était il y a deux siècles.

21/12/2025 Sur la Compagnie fruitière

auteur
Chaleurs actuelles,

Dans ce pays d’Afrique centrale et occidentale, les pratiques présumées de PHP, filiale du groupe Compagnie fruitière, sont dénoncées par quatre ONG : droits du travail bafoués, personnels et riverain·es intoxiqué·es… Le tout dans un contexte de corruption généralisée. Les organisations ont mis en demeure la multinationale pour manquement à son devoir de vigilance.

Fondée en 1938 durant la période coloniale, la discrète multinationale, dont le siège est basé à Marseille (Bouches-du-Rhône), se revendique comme le numéro un de la distribution de fruits en Europe et la première entreprise productrice en Afrique. Avec un produit phare, la banane : 800 000 tonnes sont mises sur le marché chaque année.

On ne s’étonnera donc pas qu’au Cameroun, l’un des plus gros pays producteurs du célèbre fruit jaune sur le continent, la Compagnie fruitière pèse lourd : près de 80% des exportations annuelles de bananes y sont réalisées par ses deux filiales locales, la toute jeune CDBM et surtout la PHP, pour Plantations du Haut-Penja, société leader du marché camerounais. Cette dernière emploie sur place quelque 6 000 personnes, ce qui en fait le premier employeur privé du pays.

Une réussite éclatante donc, mais à quel prix ? Quatre ONG – ActionAid France, Intérêt à agir, le secrétariat international de Transparency International (TI) et la section camerounaise de TI – ont dénoncé les agissements présumés de PHP : le 9 décembre, les quatre organisations ont mis en demeure la Compagnie fruitière pour «manquement à son devoir de vigilance sur les risques de violation des droits humains et les atteintes à l’environnement résultant de l’activité de sa filiale camerounaise», selon leur communiqué de presse commun.

Des accusations de longue date

La Compagnie fruitière et sa principale filiale camerounaise sont depuis longtemps dans le collimateur d’organisations de défense de l’environnement et des droits humains. En 2009 déjà, Oxfam France et le CCFD-Terre Solidaire portaient de lourdes accusations contre les pratiques supposées de PHP dans sa principale zone de production, les localités de Njombe-Penja et de Loum, situées dans l’ouest du pays : épandage de pesticides sans considération pour la santé des travailleur·ses et des riverain·es, salaires de misère, expropriations abusives…

Puis, en 2014, TI Cameroun publiait un rapport entièrement consacré à la société bananière, dénonçant une «multiplication d’actes de violation des droits de l’Homme». Plus de dix ans plus tard, la situation ne semble pas s’être améliorée. «Nous ne sommes pas des va-t-en-guerre, tient à préciser le président de TI Cameroun, l’avocat Henri Njoh Manga Bell, joint par téléphone. Mais lorsqu’il y a des dysfonctionnements qui se répètent, notre mission est de les dénoncer !»

Le «silence radio» de la PHP

Les ONG s’appuient sur plusieurs enquêtes de terrain, dont une dernière réalisée en septembre, qui décrivent une situation alarmante. Du côté des salarié·es de la société pour commencer : multiplication illégale des contrats courts, journées de travail interminables (de 12 à 15 heures), salaires insuffisants (90 euros pour 240 heures de travail mensuel pour un ouvrier spécialisé avec huit ans d’ancienneté), licenciements abusifs… Mais aussi l’exposition, sans mesures de protection dignes de ce nom, à des pesticides et autres produits hautement toxiques, dont certains interdits en Europe. Des produits dangereux qui empoisonnent aussi les populations locales via des épandages aériens ou le déversement dans les villages d’eaux usées non traitées, selon les ONG.

«Nous avons sollicité localement PHP à plusieurs reprises pour les inciter à se conformer aux réglementations locales et internationales, explique Njoh Manga Bell. Malheureusement, on a été confronté au silence radio de leur part. C’est ce qui nous contraint à nous retourner vers la maison mère, profitant en cela de ce que la législation française, avec la loi sur le devoir de vigilance, permet d’avoir une action plus efficiente dans ce genre de démarche qu’au Cameroun.»

Adoptée en 2017, cette loi impose aux multinationales basées en France d’identifier les risques et de prévenir les violations des droits humains qui résultent des activités de leurs filiales, et ce partout dans le monde. Des obligations transposées dans le droit européen en 2024, mais remises en cause avant même leur application par la directive Omnibus, votée le 13 novembre par le Parlement européen.

«Pas grand-chose n’a été fait»

La Compagnie fruitière a pourtant tenté de répondre aux critiques passées, dévoilant même en 2025 un tout nouveau plan de vigilance. Très insuffisant, selon le président de TI Cameroun : «Ce plan n’est pas une mauvaise chose, mais il est trop générique et son application sur le terrain pose problème. Il faudrait que la Compagnie fruitière songe de temps à autre à se rendre sur les sites pour s’assurer que toutes les mesures qui sont préconisées sont effectivement mises en œuvre. Nous considérons que pas grand-chose n’a été fait.»

La Compagnie fruitière a aussi multiplié ces dernières années partenariats et certifications censés garantir une action irréprochable dans tous les domaines : Fairtrade, WWF, Rainforest Alliance, Ecovadis… «Il est vrai que l’entreprise a mis en place une politique de verdissement de ses actions, notamment via des partenariats, reconnaît Chloé Rousset. Pour autant, on observe qu’il y a un écart entre les effets d’affiche et la réalité sur le terrain. Cela pose, entre autres, la question de la manière dont se tiennent les audits. Par exemple, la plupart des audits réalisés par Fairtrade sont prévus en avance. Ce que nous ont raconté les personnes sur place, c’est que tout est organisé pour qu’il y ait le moins de problèmes possibles qui apparaissent.»

«Un énorme sentiment d’impuissance chez les gens»

Les ONG somment également la Compagnie fruitière de prendre des mesures contre la corruption, une première dans le cadre de la loi sur le devoir de vigilance des entreprises. Il faut dire que le phénomène est omniprésent au Cameroun : dans l’indice de perception de la corruption publié par TI, le pays obtenait en 2024 la note de 26 sur 100, se classant 140ème sur 180. «Cela crée un énorme sentiment d’impuissance chez les gens, relate Chloé Rousset. En cas de souci, ils n’ont même pas idée d’aller faire appel aux maires, aux juges ou à l’inspection du travail parce qu’ils savent très bien que s’ils n’ont pas d’argent, ça ne sert à rien ! Cela favorise un climat d’impunité très, très fort.» Et d’ajouter : «La loi sur le devoir de vigilance oblige les grandes entreprises à cartographier tous les risques qui peuvent survenir dans leur filière. Or, la corruption en fait partie de manière intrinsèque.»

Sollicitée par Vert, la Compagnie fruitière indique que la mise en demeure ne lui est pas encore parvenue, mais elle réfute en bloc les accusations rapportées par les médias : un «tissu d’allégations non démontrées, fondées sur des témoignages invérifiables», selon le groupe, qui assure que lui et ses filiales «opèrent dans le cadre des réglementations en vigueur, qu’il s’agisse des pratiques agricoles ou des politiques sociales».

«Nous espérons que la Compagnie fruitière va réagir au-delà de ces simples communiqués», confie Henri Njoh Manga Bell. Si elle ne le fait pas ou si ses réponses ne sont pas jugées convaincantes, les quatre ONG entendent saisir les tribunaux. L’avocat avertit : «Nous avons documenté suffisamment notre enquête, de manière à pouvoir passer à l’étape au-dessus.»

Source

Chaleurs actuelles est le grand projet de Vert pour gagner contre la désinformation climatique et l’extrême droite.

20/12/2025 La maladie hémorragique épizootique (MHE)

La maladie hémorragique épizootique (MHE) est une menace croissante pour l’élevage en France, avec plusieurs foyers recensés et des mesures strictes mises en place pour contrôler sa propagation.ermatose nodulaire contagieuse (DNC) 

Les premiers foyers de maladie hémorragique épizootique (MHE) ont été déclarés en France en septembre 2023 dans des élevages de bovins du sud-ouest. Cette maladie infectieuse due à un virus est transmise exclusivement par des moucherons du genre Culicoïdes, les mêmes que ceux de la fièvre catarrhale ovine (FCO). Les premiers foyers de maladie hémorragique épizootique (MHE) ont été déclarés en France en septembre 2023 dans des élevages de bovins du sud-ouest. Cette maladie infectieuse due à un virus est transmise exclusivement par des moucherons du genre Culicoïdes, les mêmes que ceux de la fièvre catarrhale ovine (FCO).

Situation Actuelle de la MHE

La MHE a été identifiée comme une maladie préoccupante pour les éleveurs en France. Entre le 1er juin et le 11 décembre 2025, 5 foyers de MHE ont été signalés, avec un total de 3 906 foyers recensés entre juin 2024 et juin 2025. Cette maladie est classée en catégories D et E selon la réglementation européenne, ce qui entraîne des restrictions sur les mouvements d’animaux dans un rayon de 150 km autour des foyers infectés. 

agriculture.gouv.fr

Impact sur l’Élevage

Les maladies comme la MHE, la fièvre catarrhale ovine, et la grippe aviaire, exacerbées par le changement climatique et les échanges internationaux, mettent en péril la filière agricole. Ces pathologies peuvent entraîner des pertes économiques significatives, affectant la santé des animaux et la rentabilité des exploitations. En Europe, les maladies en élevage sont responsables d’environ 20 % des pertes de production par an, ce qui représente des pertes économiques considérables pour les agriculteurs. 

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Mesures de Prévention et de Contrôle

Pour lutter contre la MHE, des mesures strictes ont été mises en place, notamment des restrictions sur les mouvements d’animaux et des exigences sanitaires pour les échanges avec d’autres pays. Les éleveurs sont encouragés à consulter leur vétérinaire pour obtenir des conseils sur la gestion de la santé animale et les mesures préventives à adopter. 

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Conclusion

La MHE et d’autres maladies animales représentent un défi majeur pour l’élevage en France. La vigilance et la mise en œuvre de mesures de prévention sont essentielles pour protéger la santé des animaux et la viabilité économique des exploitations agricoles. Les éleveurs doivent rester informés des dernières actualités et recommandations pour faire face à ces menaces.

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Le virus en cause ne fait sans doute pas partie ddes virus zombis

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20/12/2025 Sur la MHE maladie hémorragique épizootique

La MHE est une menace croissante en France; les premiers foyers de maladie hémorragique épizootique (MHE) ont été déclarés en France en septembre 2023 dans des élevages de bovins du sud-ouest. Cette maladie infectieuse due à un virus est transmise exclusivement par des moucherons du genre Culicoïdes, les mêmes que ceux de la fièvre catarrhale ovine (FCO). Les premiers foyers de maladie hémorragique épizootique (MHE) ont été déclarés en France en septembre 2023 dans des élevages de bovins du sud-ouest. Cette maladie infectieuse due à un virus est transmise exclusivement par des moucherons du genre Culicoïdes, les mêmes que ceux de la fièvre catarrhale ovine (FCO).

Situation Actuelle de la MHE

La MHE a été identifiée comme une maladie préoccupante pour les éleveurs en France. Entre le 1er juin et le 11 décembre 2025, 5 foyers de MHE ont été signalés, avec un total de 3 906 foyers recensés entre juin 2024 et juin 2025. Cette maladie est classée en catégories D et E selon la réglementation européenne, ce qui entraîne des restrictions sur les mouvements d’animaux dans un rayon de 150 km autour des foyers infectés. 

Impact sur l’Élevage

Les maladies comme la MHE, la fièvre catarrhale ovine, et la grippe aviaire, exacerbées par le changement climatique et les échanges internationaux, mettent en péril la filière agricole. Ces pathologies peuvent entraîner des pertes économiques significatives, affectant la santé des animaux et la rentabilité des exploitations. En Europe, les maladies en élevage sont responsables d’environ 20 % des pertes de production par an, ce qui représente des pertes économiques considérables pour les agriculteurs. 

Mesures de Prévention et de Contrôle

Pour lutter contre la MHE, des mesures strictes ont été mises en place, notamment des restrictions sur les mouvements d’animaux et des exigences sanitaires pour les échanges avec d’autres pays. Les éleveurs sont encouragés à consulter leur vétérinaire pour obtenir des conseils sur la gestion de la santé animale et les mesures préventives à adopter. 

Conclusion

La MHE et d’autres maladies animales représentent un défi majeur pour l’élevage en France. La vigilance et la mise en œuvre de mesures de prévention sont essentielles pour protéger la santé des animaux et la viabilité économique des exploitations agricoles. Les éleveurs doivent rester informés des dernières actualités et recommandations pour faire face à ces menaces.

Le virus ne fait sans doute pas partie des virus zombie de plus en plus souvent détectés en FranceNote

Sur les virus zombis

Des « virus zombie » prisonniers du permafrost depuis 48 000 ans ont été ramenés à la vie !

19/11/2025 Un visiteur venu de l’espace profond (deep space)

L’objet interstellaire 3I/ATLAS atteindra son point le plus proche avec la Terre ce vendredi 19 décembre 2025. Les éphémérides issues du système JPL Horizons situent ce minimum à 06:00 UTC. À cet instant, l’objet passera à environ 1.8 unité astronomique, soit près de 270 millions de kilomètres.

3I/ATLAS a été repérée le 1er juillet 2025 par le réseau ATLAS, via un instrument au Chili, puis signalée au Minor Planet Center. Le MPC a ensuite officialisé sa désignation, en tant que comète, sous la forme C/2025 N1 (ATLAS), tout en actant sa trajectoire hyperbolique. Ce détail orbital est déterminant, car il indique une origine extérieure au Système solaire. Les astronomes la classent ainsi comme le troisième visiteur interstellaire identifié, après 1I/ʻOumuamua en 2017 et 2I/Borisov en 2019.

L’évènement du 19 décembre ne correspond pas à un passage « près du Soleil », mais à une géométrie favorable avec la Terre. Le périhélie de 3I/ATLAS a eu lieu fin octobre 2025, ce qui a modifié sa visibilité et sa cadence de suivi. Les observateurs s’intéressent surtout aux gaz et poussières libérés quand le noyau est chauffé. Ces signatures spectrales servent à comparer la chimie d’un corps formé autour d’une autre étoile avec celle des comètes locales. La distance reste importante, mais l’alignement améliore le rapport signal sur bruit.

·Pour affiner les prédictions, l’Agence spatiale européenne a indiqué avoir exploité des données acquises depuis Mars, afin de mieux contraindre la trajectoire. L’objectif est pratique: réduire les incertitudes de pointage au moment où la comète est la plus accessible. Plusieurs campagnes d’imagerie ont déjà été menées, dont des prises de vue par Hubble à la fin novembre, alors que l’objet se trouvait encore à plusieurs centaines de millions de kilomètres. Ce suivi sert aussi à mesurer l’évolution de l’activité, et à estimer la taille du noyau.

Côté observation amateur, les spécialistes préviennent que 3I/ATLAS ne sera pas un spectacle à l’œil nu. Les recommandations convergent vers un télescope, avec une ouverture d’au moins 15 cm, et plutôt 30 cm pour faciliter la détection. Autour du 19 décembre, la comète se situe dans la zone du Lion, à proximité apparente de l’étoile Régulus, avec un repérage plus simple avant l’aube.

Pour le public éloigné des sites sombres, une alternative consiste à suivre des observations en direct. Le Virtual Telescope Project a annoncé une diffusion en ligne autour du passage au plus près, sous réserve de conditions météo favorables. Ce type de retransmission s’appuie sur des instruments robotisés et des caméras à longue pose. Les images sont utiles aussi aux chercheurs, car elles documentent l’éclat global et la morphologie de la chevelure et de la queue. L’enjeu est de collecter un maximum de données avant que l’objet ne s’éloigne à nouveau, avec une luminosité décroissante.

Après le 19 décembre, la trajectoire de 3I/ATLAS la mènera vers les régions externes du Système solaire. Un prochain jalon concerne un passage proche de Jupiter en mars 2026, à l’échelle des distances planétaires, sans risque pour la planète. Cette étape ne doit pas être confondue avec une « capture », car l’objet conserve une vitesse et une énergie orbitale caractéristiques d’un objet interstellaire. Les astronomes continueront de l’observer tant que sa magnitude le permet. Chaque mesure aide à mieux comprendre la fréquence et la diversité de ces intrus cosmiques.

19/12/2025 Le naufrage du Titan

L’accident du submersible Titan se produit lors d’une plongée dans les eaux internationales de l’océan Atlantique Nord au large de Terre-Neuve (Canada).

Le Titan est un petit submersible à visée touristique, exploité par OceanGate et destiné particulièrement à assurer des visites payantes de l’épave du Titanic. Le 18 juin 2023, il amorce une descente en direction de l’épave au cours de laquelle il subit une implosion entraînant sa destruction et la mort de ses cinq occupants. Des débris du Titan sont retrouvés par 3 800 m de fond, non loin de l’épave du Titanic. Le 28 juin 2023, des restes humains sont retrouvés parmi des débris remontés à la surface.

C’est l’accident sous-marin mortel le plus profond de l’Histoire[1].

Contexte

Submersible

Depuis 2021[2], le Titan réalise différentes missions dont des expéditions touristiques vers l’épave du Titanic[3].

Le voyage part de Saint-Jean de Terre-Neuve. Chaque plongée complète vers l’épave dure environ 8 heures[4].

Le submersible est affrété par OceanGate, qui appartient à Stockton Rush, diplômé en génie aérospatial à l’université de Princeton[5].

Caractéristiques

Dimensions du TitanLogo d’OceanGate

Le Titan, qui portait le nom de Cyclops 2 jusqu’en mars 2018[6], est un sous-marin de poche réalisé en matériau composite et en titane. Il est constitué d’une coque résistante à la pression, qui accueille les passagers, sur laquelle sont fixés un carénage extérieur en plastique à renfort de verre et quatre propulseurs mus par des moteurs électriques. Il dispose également de patins lui permettant de se poser sur le fond marin[7] — ou sur le Titanic.

La coque résistante est elle-même composée de deux hémisphères en titane de 83 mm (ou 3 ¹⁄₄ pouces) d’épaisseur[8] et d’un cylindre central en composite carboneépoxy préimprégné d’une épaisseur de 127 mm (5 pouces). Les deux hémisphères sont réunis au cylindre en composite par deux anneaux d’interface, également réalisés en titane, qui sont les seuls éléments le pénétrant. Ces anneaux reçoivent en outre les fixations du carénage extérieur et des patins[7]. L’hémisphère avant est percé d’un hublot de 380 mm de diamètre, dont la vitre de forme tronconique en plexiglas de 180 mm (7 pouces) d’épaisseur dépasse de 19 mm dans la cabine durant la plongée[8]. C’est également cet hémisphère qui tient lieu d’accès au submersible ; il ne peut être ouvert que de l’extérieur[7],[9].

Construit en 2017, le Titan pèse 10 432 kg, mesure environ 6,70 m de longueur et 2,80 m de largeur, et dispose d’une autonomie de 96 heures d’oxygène[10],[11]. Il est exploité par l’entreprise OceanGate[10] pour descendre à 4 000 m[12] sans homologation pour une telle profondeur. Le hublot, lui, possède une homologation mais jusqu’à 1 300 m de profondeur seulement. OceanGate a refusé de payer le supplément pour l’homologation de l’ensemble jusqu’à 4 000 m[13].

Il possède trois systèmes permettant de faire mouvoir le submersible horizontalement et verticalement :

Contrairement à un sous-marin naviguant au long cours, ce petit submersible a une autonomie limitée, il a donc besoin d’être accompagné d’un navire capable de le lancer et de le récupérer, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration[16],[17].

Selon Gabe Cohen de CNN, « Il est exploité par un contrôleur de jeu, ce qui ressemble à un contrôleur de PlayStation. »[16],[18].

Contrôleur de jeu sans fil Logitech F710, dont une version modifiée a été utilisée pour contrôler le Titan.

Installations

Le Titan peut accueillir cinq personnes pendant une mission : deux heures de descente, plusieurs heures d’exploration de l’épave du Titanic et deux heures de retour à la surface[16],[19].

Dans un reportage pour CBS, on peut voir que l’intérieur du Titan est composé d’un petit compartiment. Il n’y a pas de siège et les passagers sont assis à même le sol. L’intérieur est simple, avec un seul bouton et un écran sur le mur. Le submersible est piloté à l’aide d’une manette de jeu vidéo Logitech F710 modifiée[20],[16].

Cyclops-1, prototype du Titan.Schéma fournissant les dimensions globales du submersible Titan conçu et construit par OceanGate.

Le Titan ne dispose pas de moyen de repérage : il reste normalement en contact permanent avec un navire à la surface — en l’occurrence, le brise-glace Polar Prince (en) — qui lui transmet sa position en temps réel[9].

Passagers

Généralement et ce jour-là en particulier, le submersible embarque un membre d’équipage et quatre passagers[4].

Sélection des participants

Une expérience préalable dans le domaine de la plongée n’est pas requise pour participer à une visite de l’épave du Titanic, selon une version archivée du site web de l’opérateur. Les candidats doivent seulement être âgés d’au moins 18 ans au début du voyage et payer 250 000 $ US, selon une version archivée de l’itinéraire vue par CNN, qui n’est plus accessible sur leur site web[16].

Critiques

Homologation

Le Titan n’a jamais été homologué par un organisme indépendant, car sa conception serait trop innovante pour qu’il puisse être homologué, selon OceanGate[13]. Toutefois, même sans une telle homologation, il était légalement possible de l’utiliser dans les eaux internationales[21].

Le financier américain Jay Bloom devait participer à la dernière plongée du Titan. Il a changé d’avis au dernier moment à cause de ses doutes concernant la conception de l’appareil[22],[23].

Conflit interne

Selon le média américain The New Republic et l’agence française AFP, David Lochridge, ex-dirigeant de l’entreprise OceanGate et responsable à l’époque de « la sécurité de tous les équipages et clients » a été licencié après avoir émis de sérieux doutes sur la sécurité du Titan auprès de sa direction[24],[25].

Le directeur général d’OceanGate, Stockton Rush, avait demandé à David Lochridge de procéder à une inspection de la qualité du Titan, mais les investigations de ce dernier ont été entravées et l’accès à des documents concernant le hublot lui a été refusé. Selon Lochridge, l’engin ne devait pas aller à une profondeur aussi extrême, le hublot n’étant conçu que pour descendre à 1 300 m au maximum, alors que l’engin devait se rendre à 4 000 m[26]. Toujours selon lui, l’entreprise a refusé de réaliser certains contrôles non destructifs pourtant cruciaux pour s’assurer de la capacité du submersible à résister à la pression[13] qui atteint 400 fois la pression atmosphérique à cette profondeur, soit environ 400 bars. Il est licencié peu après, pour avoir violé une clause de confidentialité[27],[28].

Avertissements

Deux mois plus tard, la Maritime Technology Society, qui rassemble plusieurs experts du domaine, a envoyé une lettre à l’entreprise pour lui faire part de son « inquiétude » face à l’approche « expérimentale » d’OceanGate[29].

La BBC déclare que dans des courriels échangés en 2018 entre le patron d’OceanGate, Stockton Rush, et un spécialiste de l’exploration en eau profonde, Rob McCallum, ce dernier a averti : « Je pense que vous vous placez potentiellement, vous et vos clients, dans une dynamique dangereuse. »[30]. À cette mise en garde, Stockton Rush aurait répondu : « Nous avons trop souvent entendu les critiques sans fondement du type « vous allez tuer quelqu’un »[31].

Un journaliste de CBS, ayant participé à une expédition, avait dû signer une décharge de responsabilité disant : « Ce navire expérimental n’a été approuvé ou certifié par aucun organisme de réglementation et pourrait entraîner des blessures physiques, des traumatismes émotionnels ou la mort »[32].L’accident du submersible Titan se produit lors d’une plongée dans les eaux internationales de l’océan Atlantique Nord au large de Terre-Neuve (Canada).

Le Titan est un petit submersible à visée touristique, exploité par OceanGate et destiné particulièrement à assurer des visites payantes de l’épave du Titanic. Le 18 juin 2023, il amorce une descente en direction de l’épave au cours de laquelle il subit une implosion entraînant sa destruction et la mort de ses cinq occupants. Des débris du Titan sont retrouvés par 3 800 m de fond, non loin de l’épave du Titanic. Le 28 juin 2023, des restes humains sont retrouvés parmi des débris remontés à la surface.

C’est l’accident sous-marin mortel le plus profond de l’Histoire[1].

18/12/2025 Sur l’erreur d’Einstein

Ce n’est pourtant pas Max Planck qui va franchir le pas théorique, mais Einstein, en 1905. Dans son article fondateur sur « la production et la transformation de la lumière » , il considère l’énergie lumineuse comme « constituée d’un nombre fini de quanta d’énergie, chacun ne pouvant être absorbé ou produit que d’un bloc ».Autrement dit, la lumière, connue pour être une onde, est aussi faite de grains. À partir de là, Einstein explique l’effet photo électrique comme un échange d’énergie entre la lumière et les électrons, interprétation qui sera corroborée par les expériences de l’Américain Robert Millikan. Celles-ci montreront notamment que, comme le prédit Einstein, l’énergie de ce grain de lumière est égale à la fréquence de l’onde lumineuse multipliée par une constante, dite de Planck. Einstein en conclut, en 1909, que la nature de la lumière est double : à la fois onde et particule.

Préserver la causalité !

Quatre ans plus tard, le génial physicien salue le modèle d’atome développé par Bohr, qui pose que les électrons circulent sur des orbites autour du noyau. Plus l’orbite est haute, plus l’énergie de l’électron est élevée. Les électrons peuvent changer d’orbite en sautant d’un niveau d’énergie à l’autre, en émettant ou en absorbant des quantités précises d’énergie sous forme d’ondes électromagnétiques. Sauf qu’avec ce modèle, la causalité est mise en défaut. Car, ainsi qu’Ernest Rutherford le demande à Bohr, comment un électron choisit-il tel ou tel palier ? « Il m’apparaît, ajoute le savant anglais, que vous devez faire l’hypothèse que l’électron sait déjà où il va s’arrêter. « 

Étonnamment, c’est Einstein lui-même qui, en 1917, calcule la probabilité qu’a un électron de passer d’un palier à l’autre. Travail qui renforce sa gêne à propos de la théorie quantique : « Sa faiblesse réside dans le fait qu’elle ne nous offre pas de connexion plus étroite avec la théorie ondulatoire et laisse au hasard l’instant et la direction des processus élémentaires ; je crois néanmoins que nous sommes sur la bonne voie. « 

En 1920, Bohr et Einstein font connaissance et, intellectuellement, c’est le coup de foudre. « J’ai rarement rencontré un homme qui m’ait procuré une telle joie par sa seule présence », écrit Einstein. Cependant, les deux hommes s’opposent sur un point : la causalité.

Alors qu’elle est mise à mal par la « quantique », Einstein refuse pourtant d’y renoncer. « La mécanique quantique force le respect. Mais une voix intérieure me dit que ce n’est pas encore la juste vérité. En tout cas, je suis convaincu que Dieu ne joue pas aux dés. «  À elle seule, cette petite phrase résume l’état d’insatisfaction dans lequel le laisse cette nouvelle physique. Car, à partir d’une situation donnée, celle-ci prévoit plusieurs issues possibles : une même cause donne lieu à plusieurs effets… entre lesquels Dieu choisirait d’un coup de dés ? Pour Einstein, cela heurte bien trop sa vision du monde.

18/12/2025 La robotique en France . Rémi Cadene

Source Julien Bergou

Rémi Cadene est ambitieux. Très ambitieux. Et il veut aller vite. Très vite. Après trois années chez Tesla, où il a travaillé d’abord sur le système de conduite Autopilot, puis sur le robot Optimus, et un passage chez Hugging Face (où il a fondé l’équipe LeRobot), il a annoncé la semaine dernière Uma, une start-up de robotique basée à Paris. Le nom est l’acronyme de Universal Mechanical Assistant (assistant mécanique universel).

Il en est le CEO, épaulé par trois autres cofondateurs de renom : Pierre Sermanet (Chief Scientist), membre fondateur de l’équipe robotique de Google Brain, qui revient en France pour l’occasion, Simon Alibert (CTO), cofondateur de l’équipe LeRobot chez Hugging Face, et Rob Knight (Chief Robot Officer), un spécialiste britannique de la robotique, et notamment de la dextérité, depuis plus de 25 ans.

Ensemble, ils veulent créer des robots légers, polyvalents, pouvant être produits à grande échelle pour un coût raisonnable, et capables de côtoyer des humains en toute sécurité (“safe by design”). Et ils travaillent non seulement sur le “cerveau” du robot côté logiciel, mais veulent aussi développer leur propre hardware, et comptent même à terme le produire en Europe. La commercialisation de leur premier robot est prévue dès l’année prochaine.

600 m2 de locaux à Paris, 15 employés

Si Uma a été annoncée discrètement le 1er décembre, le projet était mûri depuis plusieurs années. “On prépare ça depuis très longtemps, cela fait 3 ans que j’y réfléchis, mais j’attendais le bon moment,” confie Rémi Cadene. La start-up dispose déjà d’un espace de 600 m2 à Paris, juste à côté de Bpifrance, plus 600 m2 partagés avec ZML, une autre start-up d’IA. Cet espace commun (baptisé “néon noir”) servira à organiser des “hardware meetups” pour créer des liens avec l’écosystème.

Uma compte une quinzaine de collaborateurs à date, avec d’autres recrutements à venir. “Nous sommes pragmatiques, nous allons croître progressivement afin de conserver une culture la plus efficace et sympathique possible, qui correspond à nos valeurs humanistes, d’où le nom Uma d’ailleurs.” Il veut une équipe multidisciplinaire, internationale et diverse (et avant tout talentueuse, bien entendu). Pressé par L’Usine Digitale sur la taille qu’il souhaite atteindre, Rémi Cadene répond “qu’on peut à terme imaginer 200 personnes.”

Des fonds déjà levés

Uma ne manque pas d’argent non plus. Elle a déjà réalisé une levée de fonds qui semble significative, bien qu’elle n’en communique pas le montant. “Nous limitons les gens qui rentrent au capital car nous souhaitons avoir une diversité d’acteurs, confie même Rémi Cadene. Les fonds de capital-risque ont été triés sur le volet après des mois de discussion.”

On y trouve notamment l’américain Greycroft, l’indien Unity Growth, les européens Commit (Red River West) et Drysdale, le sud-coréen Millennium New Horizons, ou encore Relentless, Factorial, Kima Ventures et ALM Ventures. Rémi Cadene cite aussi comme investisseurs individuels Xavier Niel (Iliad), Olivier Pomel (Datadog), Guillaume Lample (Mistral AI), Ioannis Martinos (Signal Group), Clément Delangue et Thomas Wolf (Hugging Face), ou Yann LeCun parmi de nombreux autres. “Nous avons été très bons sur cette levée et nous ne voulons pas montrer toutes nos cartes,” admet Rémi Cadene.

Un robot logistique commercialisé dès 2026

Le premier robot d’Uma, prévu pour 2026 donc, s’adressera au marché de la logistique. “C’est le domaine d’application prioritaire aujourd’hui,” opine Rémi Cadene. Il s’agira d’un robot mobile (sur roues) doté de deux bras et de mains capables de saisir des objets avec précision. Second marché visé : l’industrie manufacturière. La start-up a déjà des prototypes fonctionnels en interne et des clients intéressés, mais n’est pas tout à fait prête pour les présenter au public. “Nous ferons des annonces dans quelques semaines,” glisse le dirigeant.

La dextérité du robot, proche de la main humaine, sera déterminante pour assurer son succès. “C’est la compétence première, de pouvoir manipuler correctement n’importe quel type d’objet avec la même flexibilité que la main humaine. Les autres robots butent sur les 20% de cas les plus difficiles, mais nous sommes aussi bon et aussi rapide qu’un être humain,” avance Rémi Cadene. Uma utilise un modèle d’IA conçu en interne, qui peut tourner si nécessaire en embarqué, sur “un module Nvidia Jetson récent”. Mais il imagine déjà des flottes de robots connectés entre eux et pilotés par le cloud, mentionnant au passage être en contact avec Eviden et Sesterce.

Ces deux marchés conséquents lui fourniront “une diversité de tâches qui nous permettra de devenir encore plus général et d’automatiser des tâches encore plus complexes,” souligne Rémi Cadene. Il est essentiel pour lui d’être rapidement sur le terrain, pour se confronter à la réalité et faire évoluer le produit dans le bon sens. Mais son intérêt pour l’industrie tient aussi au fait qu’il veut maîtriser sa chaîne d’approvisionnement. Ainsi, si la start-up travaille avec “des partenaires asiatiques” pour la fabrication de ses robots, elle ambitionne à terme de les produire directement en Europe. “Nous devons contrôler notre supply chain pour servir au mieux notre propre marché.” A ce titre, Uma est en discussions notamment avec l’allemand Schaeffler et le suisse Maxon.

La robotique, pilier du renouveau industriel européen ?

Mais Rémi Cadene voit plus loin : il veut intégrer verticalement toute la chaîne d’approvisionnement, pièce par pièce. Autrement dit, répliquer la méthode Tesla. Et il compte sur ses propres robots pour le faire. “Aujourd’hui le meilleur rapport qualité/prix pour les moteurs [de robots] c’est en Chine, notamment car il faut assembler les bobines à la main, et cela demande une main d’oeuvre à la fois qualifiée et peu coûteuse. Mais avec notre technologie cela pourrait être automatisé.” Cette automatisation de tâches complexes requérant une grande finesse d’exécution est la clé de voute de la stratégie d’Uma.

Rémi Cadene y voit un vecteur de réindustrialisation et, in fine, de souveraineté pour l’Europe. “Nous sommes convaincus que l’Europe est le meilleur marché pour cette technologie, car nous avons un savoir-faire historique qui n’est pas encore perdu, même si la délocalisation a fait beaucoup de mal au tissu industriel. On peut le redynamiser pour retrouver une industrie beaucoup plus locale et maîtrisée. Il y a aussi la question du vieillissement de la population, qui crée un besoin réel et urgent pour plus d’automatisation. Et enfin, il y a beaucoup de talents en Europe, ce qui facilite le recrutement, même si nous comptons embaucher des gens du monde entier, y compris de la Silicon Valley.”

Il cherche aussi à tirer parti des synergies entre secteurs industriels, un autre enseignement de Tesla. “En Europe nous avons plein de constructeurs automobiles qui passent à l’électrique et qui cherchent des débouchés annexes pour ces technologies car l’électrique dans l’auto atteint des paliers.” Qu’il s’agisse des moteurs, batteries ou autres, il considère que de nombreux fournisseurs européens pourront être mobilisés (et bénéficieront donc de ce marché).

Un robot humanoïde développé en parallèle

Rémi Cadene n’est pas inquiet des progrès des américains ou des chinois, qui enchaînent les démonstrations et se concentrent sur des robots complètement humanoïdes (et donc bipèdes). “On n’est pas sur du software et donc sur un marché ‘winner takes all’ où un ChatGPT peut conquérir le monde en un mois. Il y a de la place pour de nombreux acteurs. Et puis c’est un marché qui pèsera 250 milliards de dollars d’ici 2035 et 5000 milliards d’ici 2050 d’après les analystes, donc il est tellement vaste qu’il prendra du temps à se développer.”

Il tempère également leur avance : “Unitree produit déjà en masse mais c’est surtout pour de l’entertainment ou de la recherche, même chose pour d’autres acteurs chinois comme Ubitech. L’iPhone a mis 12 ans à atteindre une masse suffisamment importante, et il en ira de même pour cette technologie.”

A noter qu’Uma s’intéresse aussi à la robotique humanoïde et développe quelque chose en parallèle de son robot sur roues, mais ne le considère pas comme une priorité. “Nous avons une équipe de spécialistes de la marche, dont une personne qui a travaillé chez Tesla sur Optimus, mais pour nous cela reste de la recherche, il y a encore beaucoup de choses à faire. L’intérêt est réel, mais il est à plus long terme, tandis que notre robot sur roues pourra répondre dans les prochains mois aux besoins concrets et pressants des logisticiens et industriels.”

démonstrations et se concentrent sur des robots complètement humanoïdes (et donc bipèdes). “On n’est pas sur du software et donc sur un marché ‘winner takes all’ où un ChatGPT peut conquérir le monde en un mois. Il y a de la place pour de nombreux acteurs. Et puis c’est un marché qui pèsera 250 milliards de dollars d’ici 2035 et 5000 milliards d’ici 2050 d’après les analystes, donc il est tellement vaste qu’il prendra du temps à se développer.”

Il tempère également leur avance : “Unitree produit déjà en masse mais c’est surtout pour de l’entertainment ou de la recherche, même chose pour d’autres acteurs chinois comme Ubitech. L’iPhone a mis 12 ans à atteindre une masse suffisamment importante, et il en ira de même pour cette technologie.”

A noter qu’Uma s’intéresse aussi à la robotique humanoïde et développe quelque chose en parallèle de son robot sur roues, mais ne le considère pas comme une priorité. “Nous avons une équipe de spécialistes de la marche, dont une personne qui a travaillé chez Tesla sur Optimus, mais pour nous cela reste de la recherche, il y a encore beaucoup de choses à faire. L’intérêt est réel, mais il est à plus long terme, tandis que notre robot sur roues pourra répondre dans les prochains mois aux besoins concrets et pressants des logisticiens et industriels.”

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Julien Bergou

17/12/2025 (2) L’homme survivra-il à la disparition des espèces qu’il a lui-même provoquée?

La sixième extinction massive a déjà commencé

Les espèces disparaissent à un rythme alarmant selon une nouvelle étude. L’auteur Elizabeth Kolbert estime que cela soulève des questions quant à notre propre survie.

Les lions sont classés comme espèce vulnérable à l’échelle mondiale. La disparition de leur habitat naturel, le déclin du gibier et les conflits directs avec l’Homme sont autant de raisons qui les mettent en danger critique dans certaines régions où ils vivent.

Au cours des dernières 500 millions d’années, la vie sur Terre a presque totalement disparu à cinq reprises, à cause de changements climatiques : une intense période glaciaire, le réveil de volcans et la météorite qui s’est écrasée dans le Golfe du Mexique il y a 65 millions d’années, éliminant des espèces entières comme celle des dinosaures. Ces événements sont communément appelés les cinq extinctions massives ; or tout semble indiquer que nous sommes aux portes de la sixième du nom.

À la différence que, cette fois, nous sommes seuls responsables de ce qui se produit. D’après une étude publiée en juin 2013 dans Science Advances, le taux d’extinction des espèces pourrait être 100 fois plus élevé que lors des précédentes extinctions massives – et encore, ne sont pris en compte que les animaux dont nous avons une bonne connaissance. Les océans et les forêts de notre planète cachent un nombre indéterminé d’espèces, qui disparaîtront pour la plupart avant même que nous n’en ayons entendu parler.

Le livre de la journaliste Elizabeth Kolbert, La Sixième Extinction, a remporté le Prix Pulitzer de cette année dans la catégorie non-fiction. Nous avons évoqué avec elle ces nouveaux constats et leur impact potentiel sur l’avenir de la vie sur Terre. Peut-on encore éviter ces disparitions massives ? Les hommes sont-ils condamnés à devenir les victimes de leur propre négligence en matière environnementale ?

La nouvelle étude estime à 75% le taux d’espèces animales vouées à disparaître durant les siècles à venir, ce qui semble extrêmement alarmant.

D’ores et déjà, certaines familles d’animaux ont fait l’objet d’observations approfondies dans cette étude. Limitée aux vertébrés – comme les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les amphibiens – elle s’intéresse à ce qu’il se passe vraiment aujourd’hui.

Selon des données très sérieuses, les taux d’extinction, déjà très élevés dans [les années] 1 500, ne font qu’empirer.

Il s’agit de chiffres significatifs. Les enfants nés au cours des 20 dernières années ont grandi avec ces données et ne les considèrent pas comme particulièrement inhabituelles. 

ueillies à outrance et victimes de la disparition de leur milieu naturel, 99 % des Cypripedioideae asiatiques (comme la Paphiopedilum appletonianum ci-dessus) sont menacées d’extinction.

Les gens s’interrogent : sommes-nous vraiment au beau milieu d’une sixième extinction massive ? 

Pour être honnête, je crois qu’il s’agit là d’un de ces débats où nous ne nous prenons pas le problème dans le bon sens. Lorsque nous aurons la réponse à cette question, il est possible que les trois quarts des espèces présentes sur Terre aient déjà disparu. Croyez-moi, nous n’avons pas envie d’attendre ce jour.

Mais nous vivons indéniablement dans une époque où les taux d’extinctions sont très, très élevés, de l’ordre de ceux constatés lors d’extinctions massives. Toutefois, une telle extinction pourrait prendre des milliers d’années.

Existe-t-il des habitats naturels ou des espèces animales particulièrement vulnérables aux changements en cours ?

Les populations des îles sont très vulnérables aux extinctions, et ce pour plusieurs raisons. Elles ont toujours plus ou moins vécu de manière retirée ; or l’Homme lève actuellement toutes les barrières qui maintenaient ces espèces iliennes isolées jusqu’à présent. Ainsi, en Nouvelle-Zélande, il n’y avait pas de mammifères terrestres ; les espèces ayant évolué en l’absence de tels prédateurs s’avèrent donc incroyablement vulnérables aujourd’hui. Vous seriez stupéfiés par le nombre d’espèces d’oiseaux qui ont déjà disparu là-bas. Sans oublier celles qui subsistent encore, maintenant en grand danger.

Les régions longtemps isolées sont donc plus fragiles. De la même manière, les espèces disposant d’un habitat naturel très restreint, qui n’existent qu’à un seul endroit du monde, ont tendance à être extrêmement vulnérables aux changements en cours. Si leur habitat devait être détruit, elles n’auraient nulle part où aller et seraient vouées à disparaître.

Qu’est-ce qui prouve indiscutablement l’implication de l’Homme dans cette histoire – le fait que nous soyons a priori responsables de la sixième extinction ?

Je ne vois pas ce qui pourrait venir contredire le fait que nous sommes responsables des taux d’extinction élevés constatés. Très peu, voire aucune des extinctions d’espèces des 100 dernières années n’auraient eu lieu sans l’implication de l’Homme. Je n’ai jamais entendu personne dire : « Les taux d’extinctions ? Oh, rien de plus naturel, cela se serait produit avec ou sans les humains ! » Il n’y a pas vraiment de place pour le débat ici.

Si nous sommes en train d’appuyer sur la gâchette, avec quoi avons-nous donc chargé l’arme ?

Des milliers et des milliers d’articles scientifiques se sont penchés sur cette question. Ces munitions ne sont autres que la chasse, l’introduction d’espèces invasives, les évolutions climatiques. Nous touchons à nos standards géologiques. Nous modifions le fonctionnement de tous les océans. Nous changeons la surface de la planète. Nous détruisons des forêts entières et basons notre agriculture sur de la monoculture, néfaste pour de nombreuses espèces. Nous pêchons à outrance. Et la liste est encore longue.

Est-il encore possible de ralentir ce désastre qui cause la perte des espèces ?

Nous avons autant d’occasions de changer la planète dans le bon sens que d’occasions de la détruire ; pour chaque cas évoqué précédemment, on peur fournir une bibliothèque entière de rapports expliquant ce que nous pouvons faire pour améliorer les choses.

Prenons juste pour exemple les zones mortes découvertes dans les océans. Nous pourrions changer notre utilisation des fertilisants de bien des manières, au lieu de répandre du nitrogène dans les champs du Midwest américain, fertilisant qui se retrouve ensuite dans le fleuve Mississippi, qui l’amène jusque dans le Golfe du Mexique, où il est ensuite responsable de la formation de ces zones mortes.

En fait, la question que chacun devrait se poser est plutôt la suivante : les 7,3 milliards – qui passeront bientôt le seuil de 8, puis de 9 milliards – de gens peuplant cette planète auront-ils assez de place et de ressources pour cohabiter avec toutes les autres espèces ? N’allons-nous pas droit dans le mur en consommant quantités de ressources dont de nombreuses autres créatures ont aussi besoin ?

Combien de temps a-t-il fallu à la planète pour se remettre des cinq extinctions massives ?

Pour revenir aux niveaux de biodiversité d’avant cettcrise, il faut compter plusieurs millions d’années.

Il n’est donc pas impossible qu’à partir de maintenant, les êtres humains ne connaissent qu’un monde essayant de se remettre d’une crise d’extinction majeure, voire un monde plongé dans une de ces crises.

En effet, en sachant que les espèces vertébrées (et nous en faisons partie) ont une durée de vie moyenne d’un million d’années et que l’Homme a vécu 200 000 ans, soit 1/5 de ce million d’années, si vous précipitez une nouvelle extinction massive, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que ces espèces actuelles soient encore représentées sur Terre lorsque la planète se sera rétablie. Et je n’évoque même pas la possibilité que les humains soient victimes de leur propre crise d’extinction massive.

Voilà une question intéressante : l’Homme pâtira-t-il de l’extinction massive qu’il provoque ?

Je n’irais pas jusqu’à avancer que l’on ne peut survivre à la disparition de très nombreuses espèces. Nous avons déjà prouvé que nous en étions capables. L’Homme a en effet une forte capacité d’adaptation. Mais au bout du compte, je pense que nous n’avons pas envie de connaître la réponse à cette question.

Deux grandes interrogations sont nées. La première : simplement parce que nous avons survécu à la disparition de X espèces, sommes-nous capables de garder cette trajectoire ? Ou bien mettons-nous finalement en péril lesu’à présent gardé l’Homme en vie ? Une bien grande question, au sérieux indiscutable.

Une autre question se pose : même si nous arrivons à survivre, est-ce vraiment le monde dans lequel nous voulons vivre ? Est-ce le monde que nous voulons léguer à nos enfants ? La portée de cette question est différente, mais toutes deux sont très sérieuses. Je dirais même qu’il n’y aurait pas de sujet plus sérieux.La sixième extinction massive a déjà commencé