17/03/2025 Peut-on imaginer que Vladimir Poutine fasse un jour la guerre à l’Otan ?

Depuis quelques jours, les chancelleries occidentales et jusqu’aux gouvernements mettent en garde leurs opinons publiques.; De même qu’il avait lancé par surprise une campagne militaire pour reconquérir l’Ukraine tentée par un rapprochement avec l’Ouest, Poutine se préparerait à conduire une guerre de haute intensité contre les pays de l’Otan.

Il considérerait que l’Ukraine fait partie de ses frontières naturelles avec l’Ouest et qu’il n’est pas possible pour la Russie de laisser toute puissance militaire que soit s’y installer ne fut que temporairement. En effet, comme l’ont déjà montré quelques échanges de missiles avec l’Ukraine de Volodomir Zelinsky le cœur même de la « vieille Russie ( Россия (Rossiya) est désormais à la portée d’attaques occidentales. Pour éviter le chantage permanent qui en résulterait, il semble que l’Etat-major russe considérerait qu’une guerre préventive russe serait nécessaire.

Mais Moscou disposerait-il des moyens militaires nécessaires Son armée de terre est épuisée par plusieurs années de guerre conventionnelle en Ukraine. Un décret signé par le Président Vladimir Poutine le 25 août 2022, prévoit un effectif de 2 039 758 hommes dont 1 150 628 militaires au 1er janvier 2023 soit une hausse de 137 000 hommes par rapport à 2022. Le peu que l’on en voit dans les médias occidentaux montre en fait des hommes fatigués, n’ayant qu’une envie, rentrer chez eux ou, au mieux, lasser les drones russes se battre à leur place.

Certes la Russie dispose d’un armement nucléaire conséquent. Les chercheurs du SIPRI estiment que le nombre total d’ogives nucléaires prêtes à l’emploi et déployées s’élève à 9 585, dont environ 8 100, soit 85 %, sont aux mains de la Russie et des États-Unis.. Mais recourir à ces armes serait destructeur, à commencer pour la Russie

Ajoutons que la Russie ne possède pas de satellites efficaces permettant de conduire une guerre d’information aujourd’hui indispensable

Rappel, wikipedia

L’invasion de l’Ukraine par la Russie est un conflit déclenché le 24 février 2022 par ordre du président russe Vladimir Poutine, à partir de la Russie, de la Biélorussie et des territoires ukrainiens occupés par les Russes depuis la guerre russo-ukrainienne de 2014, à savoir la Crimée (annexée par la Russie) et les républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

L’invasion intervient huit ans après le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne qui suit l’annexion de la Crimée par la Russie, ainsi que le début de la guerre du Donbass à partir du printemps 2014 ; ces actions sont nées de l’opposition russe au mouvement Euromaïdan de 20132014. En 2021, les tensions s’intensifient, dégradant fortement les relations entre l’OTAN et la Russie, d’abord par le renforcement du dispositif militaire russe à la frontière ukrainienne avec la Russie et la Biélorussie ainsi qu’en Crimée sous occupation russe, puis, le 21 février 2022, par la reconnaissance russe de l’indépendance des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, deux zones séparatistes de la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Après une incursion des Forces armées russes dans le Donbass, une offensive générale aérienne, maritime et terrestre est déclenchée sur l’ensemble du territoire ukrainien le 24 février.

Malgré la chute de Kherson dans les premiers jours de l’invasion, les Ukrainiens repoussent les offensives russes contre Kyïv, contre Kharkiv et contre le nord. Ils retardent l’avancée des Russes avec les défenses prolongées de Marioupol et de Sievierodonetsk, contrecarrant les projets russes d’une victoire rapide et transformant à terme le conflit en guerre d’usure.

17/03/2025 Trump espère-t-il vraiment faire du Canada un 53eme Etat américain

L’Europe avait déjà appris avec stupeur que Donald Trump dans son ubris voulait annexer le Groenland et ses richesses actuelles et futures. Mais la stupeur s’était accrue lorsque Trump avait laissé entendre qu’il envisageait de réserver le mémé traitement au Canada dans sa totalité.

Certes les liens entre les entreprises nord-américaines et les entreprises canadiennes dont nombreux mais le Canada n’a jamais envisagé de devenir une dépendance américaine. D’ores et déjà Bill Blair, le nouveau ministre canadien de la défense, a déclaré le 14 mars 2025 vouloir trouver une alternative européenne au Lockheed-Martin F-35A Lightning II actuellement en commande à hauteur de 88 exemplaires. Seize d’entre eux seraient cependant livrés mais le reste proviendrait d’un nouveau contrat signé avec un avionneur européen. Rappelons qu’en leur temps Dassault Aviation et le consortium Eurofighter avaient renoncé face à l’impossibilité de s’imposer localement contre un avionneur américain.

Une nouvelle compétition au sein de l’Aviation Royale Canadienne afin de remplacer les actuels McDonnell-Douglas CF-188 Hornet serait donc la bienvenue pour les Européens. Si le Lockheed-Martin F-35A Lightning II en sera forcément exclu il en sera de même du Boeing F/A-18E/F Super Hornet. La décision de Bill Blair, et au delà du nouveau premier ministre Mark Carney, ne sanctionne pas le chasseur américain de 5e génération sur un point technologique mais diplomatique.

17/03/2025 Trump espère-t-il vraiment faire du Canada un 53eme Etat américain

L’Europe avait déjà appris avec stupeur que Donald Trump dans son ubris voulait annexer le Groenland et ses richesses actuelles et futures. Mais la stupeur s’était accrue lorsque Trump avait laissé entendre qu’il envisageait de réserver le mémé traitement au Canada dans sa totalité.

Certes les liens entre les entreprises nord-américaines et les entreprises canadiennes dont nombreux mais le Canada n’a jamais envisagé de devenir une dépendance américaine.

D’ores et déjà Bill Blair, le nouveau ministre canadien de la défense, a déclaré le 14 mars 2025 vouloir trouver une alternative européenne au Lockheed-Martin F-35A Lightning II actuellement en commande à hauteur de 88 exemplaires. Seize d’entre eux seraient cependant livrés mais le reste proviendrait d’un nouveau contrat signé avec un avionneur européen.

Rappelons qu’en leur temps Dassault Aviation et le consortium Eurofighter avaient renoncé face à l’impossibilité de s’imposer localement contre un avionneur américain.

Une nouvelle compétition au sein de l’Aviation Royale Canadienne afin de remplacer les actuels McDonnell-Douglas CF-188 Hornet serait donc la bienvenue pour les Européens. Si le Lockheed-Martin F-35A Lightning II en sera forcément exclu, il en sera de même du Boeing F/A-18E/F Super Hornet. La décision de Bill Blair, et au delà du nouveau premier ministre Mark Carney, ne sanctionne pas le chasseur américain de 5e génération sur un point technologique mais bel et bien diplomatique.

Ce sont les délires expansionnistes de Donald Trump autour du Canada 51e état américain autant que les surtaxations douanières entre les deux pays qui sont ici au cœur du problème. Les avionneurs américains sont donc persona non grata tandis que leurs concurrents européens seront seuls en lice.

Et dans une telle option plus rien n’interdit aux Rafale F4 et Typhoon Tranche 4 de venir disputer l’Aviation Royale Canadienne au JAS 39E/F Gripen. Ce dernier était le seul à s’être encore opposé au F-35A au début de la décennie. Sans ce dernier la guerre commerciale entre les constructeurs européens peut parfaitement avoir lieu.

Objectivement parlant les avons de Dassault Aviation et du consortium Eurofighter ont des capacités suffisante pour satisfaire les pilotes canadiens, bien plus que le monoréacteur scandinave. Cependant comme l’Aviation Royale Canadienne peut intervenir également au-dessus de l’Alaska dans le cadre des missions du NORAD, un biréacteur serait un avantage n matière de sécurité. Par ailleurs n matière de supériorité aérienne le Rafale a déjà largement fait ses preuves.

Dans le proche avenir cependant,malgré la forteprobabilité d’une future commande canadienne vers un avionneur européen, l’ARC volera bien sur Lockheed-Martin CF-35 Lightning II. Elle en aura seize. Ce sont les avions déjà payés sur lesquels toute annulation est actuellement impossible. Les États-Unis devront donc les livrer. Reste à savoir quelle sera la fonction de cette micro flotte de chasseurs. Et il est d’ores et déjà évident que les pilotes canadiens ne seront pas forcément heureux de voler sur un avion synonyme d’expansionnisme trumpien.

17/01/2025 Les origines de la vie sur la Terre 2

Nous publions ci-dessous un article en anglais complétant utilement celui de la veille

WHEN Earth formed 4.5 billion years ago, it was a sterile ball of rock, slammed by meteorites and carpeted with erupting volcanoes. Within a billion years, it had become inhabited by microorganisms. Today, life covers every centimetre of the planet, from the highest mountains to the deepest sea. Yet, every other planet in the solar system seems lifeless. What happened on our young planet? How did its barren rocks, sands and chemicals give rise to life?

Many ideas have been proposed to explain how life began. Most are based on the assumption that cells are too complex to have formed all at once, so life must have started with just one component that survived and somehow created the others around it. When put into practice in the lab, however, these ideas don’t produce anything particularly lifelike. It is, some researchers are starting to realise, like trying to build a car by making a chassis and hoping wheels and an engine will spontaneously appear.

The alternative – that life emerged fully formed – seems even more unlikely. Yet perhaps astoundingly, two lines of evidence are converging to suggest that this is exactly what happened. It turns out that all the key molecules of life can form from the same simple carbon-based chemistry. What’s more, they easily combine to make startlingly lifelike “protocells”. As well as explaining how life began, this “everything-first” idea of life’s origins also has implications for where it got started – and the most likely locations for extraterrestrial life, too.

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The problem with understanding the origin of life is that we don’t know what the first life was like. The oldest accepted fossils are 3.5 billion years old, but they don’t help much. They are found in ancient rock formations in Western Australia known as stromatolites and are single-celled microorganisms like modern bacteria. These are relatively complex: even the simplest modern bacteria have more than 100 genes. The first organisms must have been simpler. Viruses have fewer genes, but can reproduce only by infecting cells and taking them over, so can’t have come first.

What is the definition of life?

With physical evidence lacking, origin-of-life researchers begin by asking two questions. What are the fundamental processes underpinning life? And what chemicals do these processes use? Here, there are answers.

Life can be boiled down to three core systems. First, it has structural integrity: that means each cell has an outer membrane holding it together. Second, life has metabolism, a set of chemical reactions that obtain energy from its surroundings. Finally, life can reproduce using genes, which contain instructions for building cells and are passed on to offspring.

Biochemists know the chemicals underpinning these processes too. Cell membranes are made of lipids, molecules containing long chains of carbon atoms. Metabolism is run by proteins – chains of amino acids, twisted into pretzel shapes – especially enzymes, which help catalyse chemical reactions, speeding them up. And genes are encoded in molecules called nucleic acids, such as deoxyribonucleic acid, better known as DNA.

A billion years after Earth formed, life emerged. Did it happen elsewhere too?

Beyond this, things start to become more complicated. Life’s three core processes are intertwined. Genes carry instructions for making proteins, which means proteins only exist because of genes. But proteins are also essential for maintaining and copying genes, so genes only exist because of proteins. And proteins – made by genes – are crucial for constructing the lipids for membranes. Any hypothesis explaining life’s origin must take account of this. Yet, if we suppose that genes, metabolism and membranes were unlikely to have arisen simultaneously, that means one of them must have come first and “invented” the others.

An early idea put proteins in the driving seat. In the 1950s, biochemist Sidney Fox discovered that heating amino acids made them link up into chains. In other words, they formed proteins, albeit with a random sequence of amino acids rather than one determined by a genetic code. Fox called them “proteinoids” and found that they could form spheres, which resembled cells, and catalyse chemical reactions. However, the proteinoids never got much further. Some researchers still hunt for lifelike behaviour in simple proteins, but the idea that proteins started life on their own has now been largely rejected.

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More recently, much research has focused on an idea called the RNA world. Like DNA, RNA (ribonucleic acid) carries genes. The discovery that some kinds of RNA can also catalyse chemical reactions hinted that the first RNA molecules could have been enzymes that made copies of themselves and so got life started. However, biochemists have spent decades struggling to get RNA to self-assemble or copy itself in the lab, and now concede that it needs a lot of help to do either.

Perhaps, then, membranes came first. David Deamer at the University of California, Santa Cruz, has championed this option. In the 1970s, his team discovered that lipids found in cell membranes could be made when two simple chemicals, cyanamide and glycerol, were mixed with water and heated to 65°C. If these lipids were subsequently added to salt water and shaken, they formed spherical blobs with two outer layers of lipids, just like cells. “The simplest function is the self-assembly of membranes. It’s spontaneous,” says Deamer. Nevertheless, he now accepts that this isn’t enough, because lipids can’t carry genes or form enzymes.

The shortcomings of these simple models of life’s origin have led Deamer and others to explore the seemingly less plausible alternative that all three systems emerged together in a highly simplified form.

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Remarque

Les dernières observations de l’espace profond faites par le télescope spatial américain James Webb font supposer que l’univers visible contient
plus de mille milliards de galaxies. Les planètes habitables de ces galaxies hébergent elles des formes de vie identiques ou différentes ?



16/03/2025 Les origines de la vie sur la Terre

De Kieran Mulvaney

Publication 11 mars 2024, 18:05 CET

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.


Markus Ralser n’a jamais eu l’intention d’étudier l’origine de la vie. Ses recherches portaient principalement sur la manière dont les cellules se nourrissent, et sur la manière dont ces processus peuvent dysfonctionner dans des organismes stressés ou malades. Mais il y a une dizaine d’années, par pur hasard, Ralser et son équipe ont fait une découverte surprenante.

Le groupe, basé à l’époque à l’université de Cambridge, étudiait la glycolyse, un processus qui permet de décomposer le sucre par le biais d’une série de réactions chimiques, libérant ainsi de l’énergie qui peut ensuite être utilisée par les cellules. Lorsqu’ils ont utilisé des techniques sensibles dans le but de suivre les nombreuses étapes de ce processus, ils ont été surpris de constater que certaines réactions semblaient « se produire spontanément », explique Ralser, qui est désormais basé au Francis Crick Institute de Londres. Dans des expériences de contrôle dans lesquelles certaines des molécules nécessaires aux réactions chimiques n’étaient pas présentes, certaines parties du processus de la glycolyse se produisaient quand même.

« Ça ne peut pas être vrai », d’autres scientifiques ont alors répondu à Ralser.

Toute cellule vivante possède, en son sein, une sorte de moteur chimique. C’est tout aussi vrai pour un neurone dans un cerveau humain que pour la plus simple des bactéries. Ces moteurs chimiques alimentent le métabolisme, c’est-à-dire l’ensemble des processus qui transforment une source d’énergie telle que la nourriture en éléments utiles et qui construisent ainsi les cellules. De toute évidence, les processus métaboliques, y compris la glycolyse, nécessitent un système microscopique sophistiqué pour fonctionner. Mais l’équipe de Ralser a découvert que l’un de ces moteurs était capable de fonctionner tout seul, en l’absence de plusieurs des molécules complexes que les scientifiques pensaient nécessaires.

Depuis cette découverte fortuite, une vague d’enthousiasme s’est emparée des chercheurs qui étudient les origines de la vie. Après tout, si cela a pu se produire dans une éprouvette, peut-être que cela s’est également produit il y a des milliards d’années dans une cheminée volcanique en haute mer, dans des sources thermales sur Terre, ou dans tout autre endroit réunissant beaucoup d’activité chimique et de matière organique. Il se pourrait même que des réactions métaboliques aient amorcé la série d’événements qui a conduit à la naissance de la vie sur notre planète.

Certaines équipes s’efforcent désormais de fabriquer ces moteurs chimiques à partir de zéro. En plus de la glycolyse, les scientifiques ont recréé certaines parties d’autres processus cellulaires fondamentaux, notamment le cycle de l’acide citrique inverse, ou cycle de Krebs inverse, qui serait apparu pour la première fois dans des cellules très anciennes.

Ce nouveau domaine de recherche fascinant amène les scientifiques à repenser les étapes qui auraient pu engendrer la création du premier organisme vivant, et les oblige à se confronter à nouveau à une question de longue date : comment définir la vie ?

DES ORIGINES ÉNIGMATIQUES

L’apparition de la vie est l’un des plus grands mystères de la science. Nous savons que ce phénomène s’est produit au début de l’histoire de notre planète, car des fossiles de micro-organismes ont été découverts dans des roches datant de 3,5 milliards d’années, soit un milliard d’années seulement après la formation de la Terre. Ce qui reste toutefois incertain, c’est comment et où cela s’est produit.

L’un des principaux problèmes est que les organismes vivants sont incroyablement compliqués. Même la plus simple des cellules bactériennes possède des centaines de gènes et des milliers de molécules différentes. Tous ces éléments travaillent les uns avec les autres dans une sorte de danse complexe : ils acheminent la nourriture dans la cellule et évacuent les déchets, réparent les dégâts, copient les gènes, et bien plus encore.

Une étude publiée en 2021, qui compare les ADN de 1 089 bactéries, qui sont les organismes vivants les plus simples, illustre l’ampleur de cette complexité. Les chercheurs et chercheuses, menés par la bioingénieure Joana C. Xavier, qui était alors à l’université Heinrich Heine de Düsseldorf en Allemagne, ont recherché des familles de protéines communes à toutes les espèces de bactéries, susceptibles d’être très anciennes, remontant à plus de trois milliards d’années jusqu’au dernier ancêtre commun à toutes les bactéries. Ils ont trouvé 146 familles de protéines de ce type, ce qui a révélé que les premières bactéries étaient déjà extrêmement complexes, et le produit d’une longue période d’évolution.

Les lacs riches en carbonates et en phosphore, tels que le lac Mono en Californie, auraient été communs sur la Terre primitive, offrant peut-être un environnement propice à la formation de la vie.

Les hypothèses sur l’origine de la vie tentent de mettre toute cette complexité de côté et d’imaginer quelque chose de beaucoup plus simple, qui aurait pu se produire de manière spontanée. La difficulté consiste à déterminer à quoi aurait ressemblé cette proto-vie. Quelles parties des cellules vivantes que nous connaissons aujourd’hui ont été les premières à se former ?

De nombreuses idées ont été avancées pour répondre à cette question, notamment celle d’une molécule capable de se copier elle-même, telle qu’un brin d’ARN, ou encore celle d’une « bulle » ou d’une « goutte » graisseuse qui aurait pu jouer un rôle de structure au sein de laquelle une cellule aurait pu se former. De plus en plus de scientifiques pensent toutefois que, avant même l’existence des gènes ou des parois cellulaires, la toute première chose dont la vie avait besoin pour exister, c’était un moteur.

LE PREMIER MÉTABOLISME

La vie est, par essence, active. Même dans des organismes qui semblent constants comme les arbres, une vive activité a lieu à l’échelle microscopique.

Xavier, qui est désormais basée à la University College de Londres, compare une cellule vivante à une tasse d’eau dont le fond est troué et qui est placée sous un robinet ouvert. Si les deux écoulements sont égaux, le volume d’eau contenu dans la tasse reste toujours le même, « mais une transformation a lieu en permanence. »

De la même manière, tout être vivant absorbe des nutriments qu’il utilise pour construire et réparer son corps. Pour les humains, cela consiste à ingurgiter de la nourriture puis à utiliser notre système digestif pour la décomposer et la transformer en substances chimiques simples, qui peuvent ensuite être utilisées par notre corps.

D’autres organismes tirent quant à eux leur énergie de la lumière du Soleil ou de substances chimiques telles que le méthane, mais le principe est le même. Des milliers de réactions transforment constamment une substance en une autre, et acheminent ce qu’il faut, là où il faut. Ce sont tous ces processus qui composent le métabolisme d’un organisme. Si un métabolisme cesse de fonctionner, l’organisme meurt.

La chimie du métabolisme est si fondamentale pour la vie que de nombreux chercheurs estiment qu’elle était sans doute centrale pour les toutes premières cellules vivantes. Selon eux, une fois un moteur métabolique lancé, il aurait pu créer d’autres substances nécessaires à la vie et, petit à petit, les cellules se seraient assemblées elles-mêmes, explique Joseph Moran de l’Université de Strasbourg.

Cependant, toutes les théories selon lesquelles le métabolisme est ce qui a permis la création de la vie rencontrent un même problème : le métabolisme, tout comme la vie, est extrêmement complexe. Dans l’étude de Xavier sur le plus ancien ancêtre commun des bactéries, la scientifique a estimé que les gènes de cet organisme ancien pouvaient produire 243 produits chimiques par le biais de processus métaboliques, mais aussi les transformer les uns en les autres.

Même les voies individuelles des métabolismes sont complexes. C’est par exemple le cas du cycle de l’acide citrique, ou cycle de Krebs, qui est l’une des manières dont les cellules peuvent extraire de l’énergie des nutriments. Comme son nom l’indique, le cycle commence avec de l’acide citrique, le produit chimique qui donne leur goût piquant aux agrumes. Celui-ci est transformé en une seconde substance, l’acide cis-aconitique, puis en sept autres substances avant que la dernière étape ne recrée l’acide citrique. Au cours de ce processus, des substances biochimiques sont produites et distribuées dans le reste de la cellule.

Il est difficile d’imaginer comment un processus aussi complexe aurait pu commencer tout seul. Pour compliquer encore les choses, chaque étape est contrôlée par une molécule, que l’on appelle une enzyme, qui accélère les réactions chimiques en question. Pour qu’un processus comme le cycle de Krebs puisse fonctionner, des enzymes sont nécessaires. Mais les enzymes sont des molécules compliquées qui peuvent uniquement être fabriquées par le métabolisme, qui est sous le contrôle des gènes.

Les scientifiques sont donc face à une version biochimique du dilemme de l’œuf ou la poule. Qu’est-ce qui s’est produit en premier : le moteur chimique qui permet de créer la cellule, ou les mécanismes cellulaires qui permettent de créer le moteur ?

RECRÉER LES MOTEURS DE LA VIE

Après avoir fait leur première découverte au début des années 2010, Ralser et son équipe ont décidé d’étudier plus précisément les réactions métaboliques qui pouvaient fonctionner seules. Ils ont dissous dans de l’eau pure, chacun de leur côté, douze produits chimiques différents qui sont utilisés lors de la glycolyse. Ils ont ensuite chauffé les échantillons à 70 °C pendant cinq heures, imitant les conditions aux environs d’un volcan sous-marin. Dix-sept réactions chimiques, issues de la glycolyse ou d’une voie métabolique connexe, ont commencé à se produire lors des expériences.

Ralser a ensuite contacté Alexandra Turchyn, géochimiste à l’université de Cambridge, qui lui a remis une liste de produits chimiques qui auraient été dissous dans l’océan primordial, dont des métaux comme le fer et le sodium. L’équipe les a ajoutés à leurs mélanges pour voir s’ils permettaient aux réactions de mieux fonctionner.

« Un seul a fonctionné : le fer », explique Ralser. En 2014, ils étaient parvenus à faire fonctionner vingt-huit réactions, dont un cycle métabolique complet. L’équipe s’est appuyée sur ses premiers résultats, montrant en 2017 qu’elle pouvait réaliser une version du cycle de l’acide citrique actionné avec du sulfate, et qu’elle pouvait synthétiser du glucose à partir de produits chimiques plus simples dans un processus appelé gluconéogenèse, bien que ce dernier ait dû être réalisé dans la glace.

L’idée de cycles métaboliques sans enzymes a ensuite été reprise par Moran à l’Université de Strasbourg, en collaboration avec son ancienne étudiante Kamila Muchowska. Ils ont réalisé des avancées similaires avec d’autres processus métaboliques tels que la voie de l’acétyl-CoA, qui convertit le dioxyde de carbone en acétyl-CoA, l’une des substances chimiques les plus importantes du métabolisme.

Mais des nombreux mécanismes de la vie, les scientifiques sont revenus encore et encore sur le cycle de l’acide citrique inverse. Certaines bactéries utilisent ce processus, qui fonctionne comme le cycle de l’acide citrique, mais à l’envers, afin de fabriquer des composés carbonés complexes à partir de dioxyde de carbone et d’eau. Et certaines preuves montrent que ce processus est extrêmement ancien.

Tout comme Ralser, Moran et Muchowska ont utilisé des métaux tels que le fer pour créer des réactions chimiques dans leur laboratoire. En 2017, ils ont pu déclencher six des onze réactions du cycle de l’acide citrique inverse et, deux ans plus tard, ont trouvé des réactions supplémentaires.

« Nous n’avons jamais reproduit le cycle complet », confie Moran. Mais ils s’en approchent.

PAS TOUT À FAIT DE LA BIOLOGIE

Malgré leur enthousiasme, les scientifiques sont partagés quant à la possibilité que des cycles cellulaires entiers se produisent réellement, s’ils n’ont pas les enzymes pour faciliter le processus. Pour Ramanarayanan Krishnamurthy, de l’Institut de recherche Scripps de La Jolla, en Californie, reproduire uniquement certaines parties d’un cycle n’est pas convaincant.

« C’est comme briser un bocal en verre, et dire : les morceaux viennent du bocal, donc je peux entièrement reconstruire le bocal », affirme-t-il.

Krishnamurthy et ses collègues s’essaient à différentes approches. « Nous nous déconnectons de la biologie », dit-il, car ce qui se produit dans les cellules aujourd’hui n’est pas un guide parfait de ce qui s’y produisait il y a des milliards d’années. « Je vais juste laisser la chimie me guider. »

En 2018, l’équipe de Krishnamurthy a démontré un nouveau moteur métabolique qui fonctionne en deux cycles et sans enzymes. « Nous contournons certaines des molécules les plus instables, certaines des étapes les plus difficiles que la biologie est capable de réaliser avec brio grâce à des enzymes évoluées très sophistiquées », explique Krishnamurthy. Selon lui, le processus en question pourrait être un précurseur ancien du cycle de Krebs inverse.

Plus récemment, son équipe a tenté d’ajouter du cyanure, que l’on pense avoir été abondant sur la Terre primordiale. Des recherches antérieures ont montré que le cyanure était capable de produire de nombreuses substances chimiques de la vie en raison de sa haute réactivité, mais il n’est pas certain qu’il ait réellement joué un rôle dans l’origine de la vie, car il est toxique pour les organismes actuels. Néanmoins, l’équipe de Krishnamurthy a montré que le cyanure pouvait lancer des moteurs métaboliques qui ressemblent à certaines fonctions de la vie.

Moran est sceptique quant à cette approche, car ces moteurs alternatifs ne fabriquent pas certains des produits chimiques qui sont fondamentaux pour la vie. « Je ne comprends pas pourquoi on voudrait faire cela », dit-il.

Reste à savoir si des versions complètes de tous les cycles métaboliques actuels pourraient fonctionner sans enzymes, ou si la toute première vie a dû se contenter de versions alternatives et simplifiées comme celles qui ont été réalisées par Krishnamurthy.

UN MOTEUR VIVANT ?

La capacité à reproduire les processus de la vie sous des formes simplifiées soulève une question cruciale : dans quelle mesure pouvons-nous qualifier des systèmes chimiques de « vie » ? Si un moteur métabolique fonctionne dans une fiole de verre, est-il vraiment vivant ?

La plupart des scientifiques répondraient non. Pour que quelque chose soit vivant, « nous devons avoir un système suffisamment complexe pour qu’il puisse métaboliser et se répliquer », explique Ralser. Un moteur métabolique ne peut pas le faire à lui seul, mais il est une étape qui mène à quelque chose qui le peut.

« Personne n’a réellement défini ce qu’est la vie », dit Krishnamurthy, et il y a tellement de limites. Par exemple, de nombreuses définitions de la vie indiquent qu’un organisme doit être capable de se reproduire, mais les animaux sexuels ne peuvent pas se reproduire sans partenaire : donc, si l’on suite ces définitions à la lettre, un lapin seul n’est pas vivant.

« Tout ce qui existe entre le non-vivant et le vivant est un gradient », selon Muchowska. Les moteurs métaboliques ne sont pas totalement inanimés comme le sont les roches, et ils ne sont pas non plus totalement vivants comme l’est une bactérie.

La vie, en un sens, est une sorte d’accident chimique, une danse tourbillonnante qui ne s’est pas arrêtée depuis plus de 3,5 milliards d’années. Quelle que soit la définition que nous lui donnons, cette danse se poursuit, et perfectionne lentement le système biologique qui a permis de créer les innombrables et merveilleuses formes de la Terre.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

16/03/2026 Les origines de la Terre

l y a 5 milliards d’années, la Terre n’existait pas. A la périphérie de notre galaxie, la Voie lactée, il n’y avait qu’un vaste nuage de gaz et de poussières. A l’origine de ce nuage : l’explosion d’une supernova.

Rappelons qu’une supernova est le nom que l’on donne aux derniers instants de la vie de certaines étoiles massives. L’étoile, ayant épuisé son combustible nucléaire, s’effondre sous l’effet de ses propres forces gravitationnelles. Il en résulte un nuage de poussières

Comment ce nuage de poussières a-t-il engendré la Terre ?

Ce nuage est appelé nuage moléculaire. Il est immense, plusieurs centaines d’années lumière (quelques milliards de km) de diamètre. Il est formé de débris d’étoiles ayant appartenu à un univers primitif, étoiles qui auraient explosé après avoir consumé toute leur énergie. Lors de l’explosion, les particules comprenant les éléments lourds (fer, nickel, aluminium, silicone…) qui constituaient ces étoiles ont été vaporisées à travers toute la galaxie.

Puis, sous l’effet de la force de gravité, ces particules se sont agglomérées. Pendant une dizaine de millions d’années, le nuage s’est comprimé lentement sous l’effet de sa propre gravité. Cette compression a provoqué l’accroissement de sa vitesse de rotation . L’énergie dégagée par l’apport de matière a réchauffé le centre du nuage.

Ce centre en rotation est devenu le Soleil (1,4 millions de km de diamètre) Le reste du nuage, la nébuleuse solaire, s’est étiré pour former un disque de matière. L’accrétion des particules a permis la formation d’objets plus gros : les planétésimaux  (quelques mètres à quelques dizaines de mètres de diamètre). La naissance du système solaire aurait au total duré 10 à 15 millions d’années.

Grâce à quel processus des poussières se sont-elles transformées en planètes ?

En mars 2003, une expérience informelle réalisée par l’astronaute Donald Pettit dans la station spatiale internationale, a permis de comprendre ce processus. Cet astronaute observait des sachets contenant du sel en apesanteur. En apesanteur, lorsque deux cristaux de sel entrent en collision, ils génèrent une charge électrostatique (Les charges électrostatiques se forment en raison du phénomène d’électrification : ce qui se passe, en d’autres termes, lorsqu’une charge électrique est ajoutée à un corps qui est initialement non chargé, c’est-à-dire neutre, et. qui les force à s’agglomérer. Si on secoue le sac plastique contenant l’amas, il se désagrège mais dès que l’on arrête, l’amas se reforme.

Cette première phase d’existence de la Terre (amas de poussières) aurait eu lieu il y a 4,5 milliards d’années.

Lorsque un amas atteint une taille suffisante (800 mètres de diamètre), sa masse est si importante qu’il aspire la poussière présente dans le disque environnant. Pendant environ trois millions d’années, dans le système solaire interne, les amas se regroupent pour former une vingtaine de protoplanètes. Puis les protoplanètes entrent en collision et fusionnent pour donner quelques planètes dont Vénus, Mercure, Mars et la Terre.

Notre Terre se serait formée sur une période d’environ 30 millions d’années. Ce qui restait du nuage a donné la ceinture d’astéroïdes dont provient l’essentiel des météorites. Les chocs aléatoires ont conduit à la formation de corps plus gros que ceux déjà formés ou à leur désintégration.

La température de cette Terre primitive était d’environ 4700°C (chaleur due aux collisions). Cette Terre est donc formée de matière en fusion. Petit à petit, la Terre s’est refroidi, les éléments les plus légers remontant vers la surface et les plus lourds (fer) s’enfonçant pour former un noyau. La solidification du noyau interne de la Terre aurait commencé il y a 3,5 milliards d’années.

Le matériau terrestre initial est constitué de fer à plus de 85% sous forme métallique réduite, et à moins de 15% sous forme métallique oxydée (ces proportions ont été obtenues à partir de l’analyse des chondrites).

Les météorites carbonatées dites CI (carbonatées de type Ivuna) auraient une composition chimique qui se rapprocherait de celle de la nébuleuse solaire primitive. Or ce matériau était initialement très oxydé. Pour pouvoir former les planètes, il a dû être réduit. A l’origine de cette réduction : un rayonnement constitué d’hydrogène chaud. Un phénomène semblable est à l’origine de la formation des chondrites à enstatite (modèles pour la formation de la Terre), rayonnement correspondant à la phase T Tauri du Soleil (rayonnement d’étoile jeune observé pour la première fois dans la constellation du Taureau).

La Terre s’est donc refroidie jusqu’à atteindre une température de 1100°C et l’age d’ environ 50 millions d’années. Alors, elle va entrer en collision avec une autre protoplanète (de la taille de Mars). Cette collision sera telle que la Terre va « fondre ». Elle serait à l’origine de « l’éjection de la Lune ». La Lune se serait formée par agglomération des résidus de roche vaporisés lors de l’impact.

La collision a probablement modifié l’axe de rotation de la Terre, cette inclinaison est à l’origine des saisons.

L’impact qui a donné naissance à la Lune aurait aussi déterminé la différenciation de la Terre et son organisation en plusieurs couches. Les deux objets, Terre et Lune, qui sont entrés en collision avaient déjà chacun un noyau. Lors du choc les deux noyaux auraient fusionné et donné un seul noyau. A la suite de l’impact, la surface de la Terre serait restée en fusion pendant des milliers d’années, formant un « océan magmatique » d’au moins 1 000 km de profondeur.

La fusion des silicates a produit un magma appauvri en silicium. Les solides résiduels silicatés, plus denses, ont constitué le manteau inférieur. L’alliage fer/nickel liquide, encore plus dense, a migré vers le centre, transformant par réduction sur son passage une partie des silicates en silicium ainsi que de l’oxygène. Cette migration (en moins d’un million d’années) a entraîné tous les éléments ayant une forte affinité pour le fer tels que le platine, l’or, l’iridium, le tungstène…

Lors de la fusion du manteau supérieur, la quasi totalité des gaz se sont échappés, contribuant à la formation de l’atmosphère. A l’issue de cette différenciation primitive, il y a 4535 millions d’années, la Terre était donc constituée d’un noyau liquide d’environ 3400 km de diamètre, d’un manteau inférieur (1900 km d’épaisseur) et d’un manteau supérieur (océan magmatique d’environ 1000 km d’épaisseur).

Cette Terre primitive a failli disparaître à cause d’une tempête solaire. Mais son noyau, par un effet dynamo, a protégé la Terre en créant un bouclier magnétique : la magnétosphère. Sans ce noyau, la Terre ne pourrait pas conserver une atmosphère. L’atmosphère primitive contenait des gaz rares (néon, argon, krypton…), peu d’hélium, du dioxyde de carbone et de l’azote.

15/03/2025 François Fillon : « Nous avons refusé de voir monter le danger totalitaire islamique »


Guerre Hamas-Israël, déstabilisation du Liban, influence de l’Arabie saoudite, jeu dangereux de l’Iran, rôle de la France… L’ancien Premier ministre et président de l’association « Agir pour la Paix avec les Chrétiens d’Orient » livre une analyse approfondie de la situation au Moyen-Orient et de ses conséquences incalculables.*
Par François Fillon

Ce texte est la reproduction, avec l’accord de son auteur, du discours prononcé par lui à l’occasion de l’assemblée générale de son association « Agir pour la Paix avec les Chrétiens d’Orient », le 7 novembre 2023.

Publié le 15 novembre 2023 à 12h46 Mis à jour le 20 novembre 2023 à 17h47

Il a été repris pour l’essentiel par Valeurs Actuelles du 5 mars 2025*

François Fillon.

La situation au Moyen-Orient vient hélas confirmer mes craintes et les analyses que j’ai déjà et à plusieurs reprises formulées devant vous. L’insoutenable massacre perpétré par le Hamas n’est pas un acte isolé d’un groupe terroriste égaré et minoritaire. Il est l’expression la plus violente, la plus extrême d’un mouvement profond qui menace la paix du monde et que j’ai qualifié dès 2016 de « totalitarisme islamique ».

Certes, le Hamas se nourrit de la désespérance des Palestiniens dont l’Occident avait fini par oublier le sort. Mais le combat du Hamas est beaucoup plus large que la seule question palestinienne, il s’inscrit comme celui d’Al-Qaida, de l’Etat islamique en Irak et au Levant et des Frères musulmans dans un projet global d’instauration dans une large partie du monde, d’un régime totalitaire grossièrement peint aux couleurs de l’islam.

Aveuglés par notre arrogance, distraits par nos débats absurdes sur le wokisme ou la négation des genres, obnubilés par une menace russe surestimée nous avions oublié l’essentiel : la progression continue de l’islamisme radical, du sud-est asiatique à l’Afrique occidentale en passant par la Seine-Saint-Denis, Molenbeek et Birmingham.

La force de ce mouvement totalitaire se mesure à l’ampleur des manifestations anti-israéliennes dans le monde et à la gêne diplomatique de la plupart des gouvernements des pays du sud qui n’osent pas affronter leurs opinions en condamnant sans ambiguïté les crimes odieux commis le 7 octobre.

Aujourd’hui, nous sommes au bord d’un conflit régional majeur au Moyen-Orient dont les conséquences sont incalculables. L’Iran, l’Irak, la Syrie, le Hezbollah au Liban, les Houthi au Yémen n’attendent qu’une occasion pour entrer dans le conflit directement ou par procuration. La France et l’Europe n’ont quasiment plus aucune influence sur ces acteurs. Quant aux États-Unis, ils n’existent guère que par leur puissance militaire déployée dans la région. Mais leur engagement direct dans le conflit ne ferait que creuser encore un peu plus le fossé qui sépare désormais l’Occident du Sud global qui n’a rien d’autre en commun que notre détestation.

Comment en est-on arrivé là ?

En laissant pourrir la question palestinienne. En détruisant l’Etat irakien. En laissant le champ libre à la Russie et à la Turquie en Syrie. En abandonnant l’Afghanistan aux talibans après quinze ans de combat pour rien. Mais surtout en refusant de voir monter le danger totalitaire islamique que nous avons cru circonscrit à quelques mouvements extrémistes alors qu’il rencontrait un écho favorable auprès de millions de musulmans à travers le monde. En abandonnant les chrétiens d’Orient à leur sort, eux qui constituaient souvent des éléments d’équilibre entre les communautés présentes au Moyen-Orient.

Le désintérêt de l’Occident pour les chrétiens d’Orient a envoyé un signal de faiblesse qui laisse penser que nous ne nous battrons pas pour défendre notre civilisation. La difficulté aujourd’hui réside dans le fait que nous n’avons plus guère d’alliés en dehors du cercle occidental. Le conflit en Ukraine, la rivalité sino-américaine nous privent d’interlocuteurs capables de contenir l’Iran ou la Turquie. La politique étrangère ne peut pas consister à ne parler qu’aux États qui partagent nos valeurs.

On peut condamner la déclaration de guerre de la Russie à l’Ukraine sans pour autant refuser de voir l’existence du problème posé par les territoires de la Crimée et du Donbass majoritairement peuplés par des Russes. On ne peut pas dénoncer la violation du droit international seulement quand cela nous arrange, en Ukraine mais pas en Irak, au Haut-Karabakh ou dans le conflit israélo-palestinien. On peut qualifier de crimes de guerre les bombardements des populations civiles à condition d’appliquer cette règle à tous les conflits et pas seulement à ceux dans lesquels nous ne sommes pas impliqués.

Mais on doit surtout adopter une stratégie de long terme pour préserver la paix et protéger notre civilisation de ses véritables ennemis. Adopter une stratégie de long terme suppose d’abord de retrouver la maitrise de nos choix. Dans le conflit en Ukraine nous avons été entrainés depuis 2012 par les choix des Américains et l’alignement aveugle de nos partenaires européens.

A cet égard l’activisme de la présidente de la Commission européenne au-delà des compétences qui lui sont dévolues par les traités pose une question grave sur le fonctionnement de l’Union européenne. Une voix française forte et indépendante comme celle de Chirac s’opposant à la guerre en Irak ou celle de Sarkozy s’interposant dans le conflit entre la Russie et la Géorgie aurait pu contribuer à réduire l’intensité de la confrontation délétère entre l’Occident et le Sud global qui fait le jeu des adversaires de nos valeurs et de notre civilisation.

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Il est désormais très tard pour inverser le cours des choses. La priorité est d’éviter l’extension du conflit israélo-palestinien. Le principal acteur de cette extension est l’Iran. Il est illusoire de croire que les sanctions occidentales et les menaces militaires américaines suffiront à dissuader le régime des mollahs d’accroitre son engagement dans ce conflit. Il convient donc d’isoler l’Iran en cherchant à briser la dynamique des BRICS initiée par la Chine et la Russie.

Comment y parvenir sans chercher à résoudre le conflit en Ukraine en ouvrant un espace de dialogue avec Moscou et en offrant à Kiev une alternative à une guerre meurtrière et sans issue.

Contenir l’Iran devrait aussi nous conduire à prendre des initiatives pour préserver le Liban qu’une guerre avec Israël achèverait de détruire définitivement. Préserver le Liban suppose d’agir simultanément vis-à-vis de l’Iran, de la Syrie et de l’Arabie saoudite. L’Iran doit savoir que nous ne laisserons pas sans réagir éliminer les chrétiens au Liban.

Un accord doit être trouvé avec la Syrie pour permettre le retour chez eux en sécurité des réfugiés avant qu’ils ne déstabilisent le malheureux Liban comme ce fut le cas avec les Palestiniens. On m’objectera qu’on ne peut pas dialoguer avec Bachar el Assad qui s’est rendu coupable d’innombrables crimes de guerre. C’est avec ce raisonnement que la France et l’Europe ont déserté la Syrie et ont laissé les mains libres à la Russie et à la Turquie.

Quel est le bilan de ce choix dicté par notre conscience démocratique ? Un interminable conflit qui a fait plus de 600 000 morts, une déstabilisation du Liban submergé par plus de deux millions de réfugiés et le maintien de Bachar el-Assad au pouvoir ! La politique étrangère d’un Etat ne peut pas être menée par l’émotion et le désir que le monde nous ressemble. Elle doit répondre à un objectif prioritaire, celui de ses intérêts vitaux et de la recherche de la paix. La politique étrangère européenne n’est guidée aujourd’hui que par l’émotion et le court terme. Elle est totalement dépourvue de stratégie et de vision de long terme. Elle contribue puissamment à la fracture entre l’occident et le sud global.

La France doit encourager les efforts de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis (EAU) pour le développement de la région et pour la normalisation des relations avec Israël. Certes, la guerre à Gaza ne permettra pas la poursuite à court terme du processus des accords d’Abraham mais la prudence des réactions de Riyadh et d’Abu Dhabi laissent entrevoir l’espoir d’une reprise du dialogue. Les EAU et l’Arabie saoudite sont engagés dans une profonde transformation de leurs économies et de leur société. Les deux états sont pleinement conscients du danger que leur fait courir le totalitarisme islamique.

Le gouvernement de Mohamed Ben Zayed poursuit le combat depuis longtemps avec la plus grande détermination. Celui de Mohamed Ben Salman l’a rejoint dans ce combat en rupture avec le passé du royaume saoudien. Leur rôle ne doit pas être sous-estimé. Ce ne sont plus des monarchies pétrolières artificielles et soumises aux États Unis. Ce sont des puissances régionales indépendantes désormais au cœur d’une économie mondiale dont le centre de gravité se déporte vers l’Asie. La France y est encore respectée, notamment grâce aux accords de défense conclus en 2009 avec les EAU et une coopération économique intense avec l’Arabie saoudite.

Pour consolider cette confiance, la France doit cependant assumer une politique étrangère indépendante des Etats-Unis et surtout inscrite dans la durée et le respect des engagements pris. Il ne peut pas y avoir de « en même temps » dans la situation d’urgence dans laquelle nous nous trouvons. D’autant que les chrétiens d’Orient risquent d’être une nouvelle fois les victimes collatérales de l’affrontement entre l’Occident et le totalitarisme islamique. Leur situation en Irak et en Syrie est plus précaire que jamais.

Au Liban, un conflit avec Israël fournirait au Hezbollah l’occasion de renforcer sa main mise sur le pays. Au Haut-Karabakh, 120 000 chrétiens ont été poussés à l’exil dans l’indifférence de la communauté internationale. D’une manière générale le conflit israélo-palestinien ne peut que rendre accessoire le sort des chrétiens d’Orient au regard des puissances occidentales qui s’en préoccupaient déjà si peu. J’ai toujours défendu l’idée que leur présence était un facteur de paix au Moyen-Orient et qu’à contrario l’évolution des états de la région vers une identité religieuse unique et exclusive ne pouvait que conduire à la violence et à la guerre.

Notre association poursuivra inlassablement ses efforts pour défendre leur présence sur les terres qu’ils occupent depuis deux millénaires et pour démontrer la force de la tolérance et du respect des minorités dans la lutte contre la violence et son prolongement ultime : la guerre. Les massacres du 7 octobre ont considérablement augmenté les risques de conflit mondial.

La France et l’Europe ne peuvent plus agir seulement en réaction aux évènements internationaux. Nous devons comprendre que nos adversaires ont des stratégies pour nous détruire qu’ils déroulent implacablement. Sans une révision profonde de nos stratégies et de nos moyens d’action nous fonçons comme des somnambules vers une troisième guerre mondiale. Nous prétendons agir au nom de nos valeurs mais nos choix conduisent tout droit à leur destruction.



15/03/2025. Dévaster l’Antarctique ou accélérer le passage à la fusion nucléaire

C’est le choix que devrait proposer Emmanuel Macron à la communauté internationale. Chacun sait que la France joue un rôle important avec sa participation majeure au projet ITER visant la réalisation rapide de centrales de production d’électricité de fusion nucléaire. potentiellement capable, selon les experts, de satisfaire à la plumard des besoins mondiaux d’énergie à partir des années 2050.

Ces délais pourraient être sensiblement raccourcis si l ‘industrie faisant appel à des investissements de recherche notamment dans le domaine de la protection contre des radiations provenant de la généralisation de minicentrales de fusion

Voir https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0029549324004722

Dans le même temps, l’on a appris qu’un gisement estimé à 511 milliards de barils de pétrole brut avait été découverts par la Russie en Antarctique. Cette nouvelle soulèvedes interrogations quant à une possible extraction de ressources minières dans une zone placée sous protection internationale.

Rappelons que, selon les révélations du journal britannique The Daily Telegraph du 11 mai dernier, la Russie aurait identifié, fortuitement, un colossal gisement d’hydrocarbures, au large des côtes glacées de la mer de Weddell en Antarctique.

La découverte, réalisée grâce au bateau d’exploration russe Alexandre Karpinski, date de 2020 mais n’a été révélée que récemment par la presse britannique, sur la base de documents provenant du Comité d’audit de l’environnement (EAC) de la Chambre des Communes.

le domaineOr le Royaume-Uni revendique la zone en question, au même titre que le Chili et l’Argentine.

Cependant si certains redoutent un contournement du droit international, c’est que le continent Antarctique est régi par le Traité de Washington sur l’Antarctique, entré en vigueur en 1961 et signé par plus de 50 pays. Celui-ci dispose que le continent blanc est un bien commun de l’humanité dédié à l’exploration scientifique et aux activités pacifiques. Ainsi, depuis 65 ans cette région du monde est le domaine des scientifiques qui y effectuent de nombreuses recherches, notamment sur les gigantesques volcans présents dans cette région du monde.

Pour prévenir toutes autres ambitions, le protocole de Madrid, en vigueur depuis 1998, a interdit explicitement l’exploitation des ressources minières. Conclu pour cinquante ans, ce traité pourra subir des modifications à partir de 2048, qui prendraient éventuellement la forme d’une révision du cadre légal concernant l’ouverture de l’exploitation des hydrocarbures dans la zone.

Pour le moment, le sous-secrétaire d’État parlementaire pour les Amériques et les Caraïbes, David Rutley, a décidé de se montrer confiant vis-à-vis de la Russie puisque celle-ci assure ne mener de collectes de données sismiques qu’à des fins de recherches scientifiques. Il précise que la « Russie a récemment réaffirmé son engagement envers les éléments clés du traité ».

Note

Afin de mettre en perspective le volume avancé, précisons que 511 milliards de barils équivalent à 10 fois la production totale de la mer du Nord sur 50 ans ; c’est plus du double des réserves actuelles de l’Arabie saoudite. L’abondance de ressources (métaux, minerais, gaz, pétrole…) concentre les tensions dans l’hémisphère sud, à l’image de celles observées dans l’Arctique.

L’Antarctique se positionne donc au centre des enjeux énergétiques et peut rebattre les cartes géopolitiques mondiales. Parmi les pays qui souhaitent devenir des acteurs majeurs dans la région, citons la Chine, première consommatrice mondiale d’hydrocarbures, qui s’implique de manière croissante dans la région comme en atteste la quarantaine d’expéditions en Antarctique menée ces dernières décennies. Elle y possède, à l’instar de la Russie, un des plus grands nombres de stations de recherche. En février dernier, la Chne a lancé l’activité de la station Qinling, cinquième base de recherche chinoise en Antarctique.

Voir

https://www.telegraph.co.uk/business/2024/05/11/russia-uncovers-oil-and-gas-reserves-british-antarctic/

14/02/2025 Un ancêtre des oies et des canards identifié dans l’Antarctique

Un crâne d’oiseau âgé de 65 millions d’années a été trouvé dans l’Antarctique . Il est proche des oies et des canards, ce qui fait de lui le plus ancien des oiseaux modernes identifiés. Il appartient à une espèce connue depuis une vingtaine d’années nommée Vegaviis iaai qui vivait dans le Crétacé récent au temps des derniers dinosaures. Mais comme le crane avait été endommagé, les scientifiques eurent du mal à voir en lui un oiseau plutôt que l’un des derniers petits dinausaures à plumes survivants.

Le crâne a été découvert en 2011 sur l’Ile Vega, au large de la péninsule antarctique. Il était tellement encastré dans le rocher qu’il a failli y rester Patrick O’Connor de l’ Ohio University, qui participa à l’analyse, reconnu en lu deux traits qui caractérisent les oiseaux modernes.

D’abord le bec supérieur constitué d’un os dit premaxllia, ensuite un second os, le maxillia, de talle réduite. Par ailleurs un cerveau antérieur massif au regard du reste du cerveau. Les dinosaures aviens tels le Velociraptor, n’ont pas ces caractéristiques.

Source

  • Article
  • Published: 05 February 2025
  • Cretaceous Antarctic bird skull elucidates early avian ecological diversity
  • Christopher R. Torres, others  

Nature volume 638, pages 146–151 (2025)

  • Abstract

Fossils representing Cretaceous lineages of crown clade birds (Aves) are exceptionally rare but are crucial to elucidating major ecological shifts across early avian divergences. Among the earliest known putative crown birds is Vegavis iaai1,2,3,4,5, a foot-propelled diver from the latest Cretaceous (69.2–68.4 million years ago)6 of Antarctica with controversial phylogenetic affinities2,7,8,9,10. Initially recovered by phylogenetic analyses as a stem anatid (ducks and closely related species)1,2,11, Vegavis has since been recovered as a stem member of Anseriformes (waterfowl)7,8,9, or outside Aves altogether10. Here we report a new, nearly complete skull of Vegavis that provides new insight into its feeding ecology and exhibits morphologies that support placement among waterfowl within crown-group birds. Vegavis has an avian beak (absence of teeth and reduced maxilla) and brain shape (hyperinflated cerebrum and ventrally shifted optic lobes). The temporal fossa is well excavated and expansive, indicating that this bird had hypertrophied jaw musculature. The beak is narrow and pointed, and the mandible lacks retroarticular processes. Together, these features comprise a feeding apparatus unlike that of any other known anseriform but like that of other extant birds that capture prey underwater (for example, grebes and loons). The Cretaceous occurrence of Vegavis, with a feeding ecology unique among known Galloanserae (waterfowl and landfowl), is further indication that the earliest anseriform divergences were marked by evolutionary experiments unrepresented in the extant

14/03/2025. L’intelligence chez la seiche

Le terme seiche [sεʃ ] est un nom vernaculaire générique pour un très grand nombre de mollusques céphalopodes classés dans le super-ordre des décapodiformes et regroupés dans le taxon des Sepioida, c’est-à-dire dans l’ordre des Sepiida et des Sepiolida. Cependant Sepioida, et plus particulièrement Sepiolida, semblent paraphylétiques. Assez peu d’espèces de seiche portent des noms spécifiques, certains noms plus spécifiques désignent d’ailleurs un groupe d’espèces.

Les représentants de la classe des céphalopodes, en particulier ceux de la sous-classe des Coléoïdes (seiches, calmars et pieuvres), sont considérés comme les plus intelligents des invertébrés et sont un exemple de l’évolution cognitive.

À travers les siècles, les seiches, les poulpes ou encore les calmars ont colonisé les mers du monde entier. Ces différents membres de la famille des céphalopodes ont ainsi su s’adapter à des milieux très différents tout en manifestant des comportements complexes. Cela a poussé les scientifiques à s’interroger sur leurs propriétés cognitives. À Luc-sur-Mer, Cécile Bellanger – enseignante chercheuse en neurobiologie de l’université de Caen Normandie et au sein du laboratoire EthoS – dirige une station marine où elle scrute le comportement des seiches. Elle contribue ainsi à répondre à des questions fondamentales sur le cerveau, ses capacités et son évolution.

La seiche et le poulpe sont des céphalopodes. Ils font donc partie de l’embranchement des mollusques au même titre que les moules ou les escargots. À priori, personne ne s’attend à des prouesses cognitives et comportementales chez ces animaux. Pourtant, le cerveau des céphalopodes est bien plus complexe et plus gros que celui des autres mollusques. Il n’a rien à voir avec celui des mammifères et des autres vertébrés. Toutefois, le rapport entre la taille de leur cerveau et celle des animaux leur est similaire. Le système nerveux des céphalopodes dispose d’environ 500 millions de neurones. C’est bien moins que nous (environ 85 milliards), mais c’est plus qu’une souris (75 millions environ). Nous étudions donc des modèles animaux dont le cerveau est un intermédiaire entre le mollusque et le vertébré et qui sont capables de cognition, c’est-à-dire de comprendre le monde qui les entoure.

Publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B, cette étude menée par des scientifiques de l’université de Cambridge, du Marine Biological Laboratory du Massachusetts et de l’université française de Caen a impliqué 24 représentantes de l’espèce Sepia officinalis, dont l’espérance de vie est estimée à deux ans environ. La moitié des seiches suivies étaient âgées de 10 à 12 mois et l’autre de 22 à 24 mois.

L’ensemble des animaux ont d’abord été entraînés à s’approcher d’un drapeau noir et blanc lorsque ce dernier était agité. Deux objets similaires ont ensuite été placés à deux endroits différents de l’aquarium. Quand les seiches s’approchaient du premier drapeau, elles recevaient un morceau de crevette royale, et une crevette grise vivante (aliment qu’elles préféraient de loin) lorsqu’elles se dirigeaient vers le second, étant cependant agité moins fréquemment (une fois toutes les trois heures environ).

Après quatre semaines d’expériences, l’équipe a constaté que les 24 seiches étaient en mesure de déterminer le type de nourriture associé à chacun des drapeaux, et qu’elles étaient donc plus à même de s’en approcher délibérément. Pour compliquer un peu plus les choses, l’emplacement des deux drapeaux changeait régulièrement, de sorte que les animaux devaient constamment réapprendre (et donc re-mémoriser) lequel des deux était le bon.

Le test du chamallow chez les seiches

Une étude menée par une biologiste américaine montre que le céphalopode passe avec brio le « test du chamallow », révélateur d’intelligence et de maitrise de soi.

Ce test de chamallow, mis au point en 1976 par le psychologue Walter Mischel, repose sur un principe simple : vous posez un chamallow devant un enfant, et vous quittez la pièce après lui avoir dit deux choses :

  • il peut sonner une clochette à tout moment s’il veut manger la guimauve ;
  • s’il est capable de patienter quinze minutes, la récompense sera plus importante, puisqu’il aura droit à deux chamallows.

Répétée pendant trois décennies, cette expérience a montré que les enfants qui avaient la capacité de différer la récompense (et donc une meilleure maîtrise d’eux-mêmes) avaient plus de réussite scolaire et un meilleur développement personnel.

La biologiste Alexandra Schnell, du laboratoire de biologie marine de Woods Hole, dans le Massachussetts, a adapté l’expérience aux céphalopodes. Il a d’abord fallu déterminer qu’elle était leur nourriture préférée, entre une crevette des marais, une crevette royale et un petit crabe : c’est la crevette des marais qui l’a emporté. 

Dans un deuxième temps, les seiches ont été confrontées à la situation d’attente pour obtenir la meilleure récompense. Il apparaît qu’elles sont capables de tolérer un retard de 50 à 130 secondes. Selon la biologiste, c’est l’équivalent de ce que l’on observe chez les vertébrés à gros cerveau (chimpanzés, corbeaux, perroquets).

Qu’en conclure ? Quel avantage cela donne-t-il aux seiches ? C’est toute la question, observe Ludovic Dickel, biologiste à l’université de Caen. Car tout ceci est un peu mystérieux. Contrairement à la pieuvre, qui chasse le crabe dans les rochers et qui doit donc faire preuve de patience avant de voir sortir sa proie, la seiche, elle, chasse en pleine eau, et de façon ponctuelle. L’animal passe la plupart du temps au repos, immobile, camouflé. Comment a-t-il donc pu développer une telle maitrise de soi ?

Chez les humains, la gratification différée renforce les liens sociaux entre les individus – c’est le cas quand on attend, par politesse, que tout le monde soit à table pour commencer à manger. Cela peut aussi être un besoin de décupler son plaisir, comme lorsque l’on se prive de goûter avant un dîner copieux.

D’autres animaux ont développé cette même capacité à la maitrise de soi et à la planification de l’avenir : les chimpanzés, les éléphants, la loutre de mer. Ce sont des animaux constructeurs, qui utilisent des outils parfois fabriqués pour débusquer la nourriture. Les primates confectionnent des baguettes pour fouiller les termitières. Les pies, elles, ont recours aux roues des voitures pour casser des noix qu’elles déposent avant leur passage sur la route.

La seiche rejoint donc ces animaux et tient la comparaison. Ce n’est toutefois pas le seul céphalopode de cette liste. Dès 1963, Peter Noel Dilly avait montré la même compétence chez la pieuvre.