07/09/2033 Le goulot d’étranglement de l’oxygène dans l’Univers

L’oxygène moléculaire, O2, sur Terre est issu de l’activité photosynthétique du vivant (qui extrait le carbone du CO2 de l’atmosphère pour créer de la matière organique). Il est donc rare. Cette molécule est proposée comme une preuve de la présence de vie de vie sur les planètes extra-solaires du fait de la difficulté de la former de façon non-biologique

Par contre, dans le milieu interstellaire suffisamment dense pour assurer la présence des molécules, l’oxygène moléculaire est formé facilement par la réaction entre un atome d’oxygène et un radical d’hydroxyle (O + OH -> O2 + H), ces deux composés étant abondants. Pendant de nombreuses années, la molécule O2 a donc été recherchée dans le milieu interstellaire avec l’idée qu’elle devait représenter un réservoir important d’oxygène.

Son observation depuis la Terre est compliquée du fait de sa présence dans l’atmosphère qui empêche sa détection directe. Depuis la surface de la Terre, O2 a été recherché par l’intermédiaire de sa forme isotopique plus rare (16O18O). Cette molécule a également été cherchée avec des télescopes spatiaux et ce n’est qu’en 2007 que la 1ère détection a été rapportée avec le satellite ODIN, dont un des objectifs  était la détection de O2.

Quelques années plus tard, grâce au télescope spatial Herschel, cette détection a été confirmée et une deuxième détection dans la région d’Orion a été annoncée. Ces deux détections sont cependant rares et associées à des régions chaudes particulières par rapport aux dizaines de non détections rapportées dans la littérature.

Le résultat de toutes ces années de recherche est que si O2 est présent dans le milieu interstellaire, son abondance est beaucoup plus faible que ce que prédisaient les modèles.

Ceci veut dire qu’une vie sur une planète dotée d’un bas niveau d’oxygène, en dessous de 18%, n’aurait jamais été capable de technologie avancée car celle-ci exige de pouvoir réaliser des combustions très exigeantes en oxygène. La chaleur de celle-ci est notamment indispensable pour extraire un métal de son minerai.

Par ailleurs, il y a une limite supérieure d’oxygène à ne pas dépasser. Au dessus d’approximativement 30% d’oxygène se déclenchent des incendies dévastateurs pour toute forme de vie.

Ceci admis, il n’est pas exclu que sur des planètes extrasolaires à découvrir existent d ‘autres formes de vie et de civilisation compatibles avec des niveaux d’oxygène différents de ceux observés dans le système solaire.

Référence

[Submitted on 2 Aug 2023]

The Oxygen Bottleneck for Technospheres

Amedeo BalbiAdam Frank

On Earth, the development of technology required easy access to open air combustion, which is only possible when oxygen partial pressure, P(O2), is above 18\%. This suggests that only planets with significant atmospheric oxygen concentrations will be capable of developing « advanced » technospheres and hence detectable technosignatures.

Comments:10 pages, 2 figures
Subjects:Earth and Planetary Astrophysics (astro-ph.EP); Atmospheric and Oceanic Physics (physics.ao-ph); Popular Physics (physics.pop-ph)
Cite as:arXiv:2308.01160 [astro-ph.EP]
 (or arXiv:2308.01160v1 [astro-ph.EP] for this version)
 https://doi.org/10.48550/arXiv.2308.01160

06/09/2023 Les bases neurales de la conscience chez l’humain

Il apparaît aujourd’hui que l’état de conscience repose sur deux bases, l’éveil (wakefulness) et la perception (awareness). Les neurologues ont pu cartographier les connections entre les zones du cerveau supérieur ou cortex impliquées dans la perception, mais les bases anatomiques de l’éveil, qui se trouvent à des niveaux inférieurs du cortex, étaient jusqu’à présent moins claires. Pourtant une cartographie des structures cérébrales impliquées dans l’éveil devrait aider les neurologues à faciliter la reprise de conscience chez des personnes opérées ou victimes d’un coma accidentel.

Aujourd’hui, des chercheurs de la Harvard Medical School ont réussi à identifier dans le cerveau humain des groupes bien définis de neurones connus pour s’interconnecter afin d’entretenir l’état de veille chez les souris, les rats et les chats. Ceci fait, ils ont pris par MRI (magnetic resonance imaging) des images des cerveaux de 3 patientes de plus de 60 ans récemment décédées. Ils ont trouvé dix groupes de neurones dans une région à la base de leur cerveau, dite le brainstem, qui connecte le cerveau à l’épine dorsale. Ces neurones étaient en relation avec des structures cérébrales dites thalamus et hypothalamus impliquées dans l’éveil. A partir de ces observations, ils ont pu dresser une carte des signaux électriques impliquées dans les faits de conscience qui circulent dans les cerveaux des personnes bien portantes.

Référence

Sustaining wakefulness: Brainstem connectivity in human consciousness

doi: https://doi.org/10.1101/2023.07.13.548265

 Brian L. Edlow, Mark Olchanyi, Holly J. Freeman, Jian Li, Chiara Maffei, Samuel B. Snider, Lilla Zöllei, J. Eugenio Iglesias, Jean Augustinack, Yelena G. Bodien, Robin L. Haynes, Douglas N. Greve, Bram R. Diamond, Allison Stevens, Joseph T. Giacino, Christophe Destrieux, Andre van der Kouwe, Emery N. Brown, Rebecca D. Folkerth, Bruce Fischl, Hannah C. Kinney

ABSTRACT

Consciousness is comprised of arousal (i.e., wakefulness) and awareness. Substantial progress has been made in mapping the cortical networks that modulate awareness in the human brain, but knowledge about the subcortical networks that sustain arousal is lacking. We integrated data from ex vivo diffusion MRI, immunohistochemistry, and in vivo 7 Tesla functional MRI to map the connectivity of a subcortical arousal network that we postulate sustains wakefulness in the resting, conscious human brain, analogous to the cortical default mode network (DMN) that is believed to sustain self-awareness. We identified nodes of the proposed default ascending arousal network (dAAN) in the brainstem, hypothalamus, thalamus, and basal forebrain by correlating ex vivo diffusion MRI with immunohistochemistry in three human brain specimens from neurologically normal individuals scanned at 600-750 µm resolution. We performed deterministic and probabilistic tractography analyses of the diffusion MRI data to map dAAN intra-network connections and dAAN-DMN internetwork connections. Using a newly developed network-based autopsy of the human brain that integrates ex vivo MRI and histopathology, we identified projection, association, and commissural pathways linking dAAN nodes with one another and with cortical DMN nodes, providing a structural architecture for the integration of arousal and awareness in human consciousness. We release the ex vivo diffusion MRI data, corresponding immunohistochemistry data, network-based autopsy methods, and a new brainstem dAAN atlas to support efforts to map the connectivity of human consciousness.

06/09/2023 Pourquoi cette passivité en Europe face à la perspective d’une guerre conventionnelle entre l’Occident et la Russie ?

Il semble admis que quelques soient les tensions entre les pays détenteurs de l’arme nucléaire, aucun d’entre eux ne fera appel à celle-ci en cas de conflit, compte tenu du fait que le nucléaire, même appauvri, aurait un effet destructeur autant sur l’envoyeur que sur la cible. Il en serait de même des armes bactériologiques. Comment éviter que les microbes aient la gentillesse de ne pas venir infecter en retour ceux qui les auraient utilisés pour provoquer des épidémies chez leurs ennemis.

Le même bon sens n’est pas partagé quand il s’agit des armements classiques. L’actuelle guerre en Ukraine montre bien qu’aucune prudence n’empêche les industriels de l’armement de mettre au point puis de vendre des matériels qui, au delà des morts, provoquent des blessures destructrices. C’est le cas des simples balles de fusils qui il y a peu encore se contentaient d’entrer dans une jambe pour le plus souvent en ressortir et qui aujourd’hui sont conçues pour arracher la jambe toute entière laissant le blessé inguérissable.

Les citoyens américains qui loin de tout cela regardent le guerre en Ukraine sur leurs écrans de télévision peuvent supposer qu’en cas de guerre avec la Russie les hommes engagés dans l’armée américaine ne seraient pas dans un premier temps impliqués directement dans cette guerre. Ils resteraient dans leurs bases le temps nécessaire pour se préparer à intervenir.

Ce seraient les pays européens membres de l’Otan qui fourniraient les effectifs de combattants requis . Ce serait d’ailleurs sur leur sol, et non en Russie, que se livreraient les premiers engagements. Quant aux chars d’assaut, dont il est fait actuellement un si large usage, ils sont surnommés des cercueils à chenilles.

Il est curieux de penser que les parents de jeunes étudiants européens venant de réussir un difficile concours et qui l’ admirent ne voient pas en lui, en cas de guerre avec la Russie,

Uhorrible mélange d’os et de chair meurtris, et traînés dans la fange, des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux que des chiens dévorants se disputaient entre eux.
Jean Racine

05/09/2023. Réduction du nombre des qubits nécessaires pour corriger les erreurs dans un calculateur quantique

Il est souvent dit que celui qui maîtrisera le calcul quantique maîtrisera le monde. Encore faudra-il disposer d’un calculateur quantique capable de corriger ses erreurs.

Le problème posé par les calculateurs quantiques d’aujourd’hui est qu’ils sont « bruyants » ou noisy. Ceci signifie qu’ils ont un taux d’erreurs d’environ 1 opération élémentaire sur 1000 alors que les taux d’erreur des calculateurs classiques sont de 1 sur des milliards.

La principale méthode permettant de corriger les erreurs est la redondance, autrement dit disposer de qubits supplémentaires en très grand nombre. Mais avec les technologies actuelles, il n’est pas possible de construire des ordinateurs quantiques dotés d’un nombre suffisant de qubits.

Aujourd’hui cependant une équipe de chercheurs d’IBM dirigés par un certain Théodore Yoder propose une méthode permettant de réduire les erreurs sans accroître à l’excès le nombre des qubits nécessaires pour ce faire. A cette fin chaque nouveau qubit implanté dans le calculateur sera connecté à 6 autres reliés par le principe de l’ intrication quantique (quantum entanglement). Un certain nombre de modifications seront nécessaires pour mettre en œuvre ce principe, tant au niveau des puces elles-mêmes qu’en ce qui concerne l’architecture du système au niveau des connections entre les qu-bits. Mais en résultat le nombre des qu-bits nécessaires à l’exécution d’une opération donnée pourrait être divisé par dix .

Selon la start-up francaise Alice § Bob https://alice-bob.com/ impliquée dans cette recherche, c’est bien mais ce n’est pas suffisant pour faire du calcul quantique une réalité de demain

Référence

Submitted on 15 Aug 2023

High-threshold and low-overhead fault-tolerant quantum memory

Sergey BravyiAndrew W. CrossJay M. GambettaDmitri MaslovPatrick RallTheodore J. Yoder

Quantum error correction becomes a practical possibility only if the physical error rate is below a threshold value that depends on a particular quantum code, syndrome measurement circuit, and a decoding algorithm. Here we present an end-to-end quantum error correction protocol that implements fault-tolerant memory based on a family of LDPC codes with a high encoding rate that achieves an error threshold of 0.8% for the standard circuit-based noise model. This is on par with the surface code which has remained an uncontested leader in terms of its high error threshold for nearly 20 years. The full syndrome measurement cycle for a length-n code in our family requires n ancillary qubits and a depth-7 circuit composed of nearest-neighbor CNOT gates. The required qubit connectivity is a degree-6 graph that consists of two edge-disjoint planar subgraphs. As a concrete example, we show that 12 logical qubits can be preserved for ten million syndrome cycles using 288 physical qubits in total, assuming the physical error rate of 0.1%. We argue that achieving the same level of error suppression on 12 logical qubits with the surface code would require more than 4000 physical qubits. Our findings bring demonstrations of a low-overhead fault-tolerant quantum memory within the reach of near-term quantum processors.

Subjects:Quantum Physics (quant-ph); Emerging Technologies (cs.ET)
Cite as:arXiv:2308.07915 [quant-ph]
 (or arXiv:2308.07915v1 [quant-ph] for this version)
 https://doi.org/10.48550/arXiv.2308.07915 Focus to learn more
Voir aussi
https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/le-potentiel-revolutionnaire-de-l-informatique-quantique-constitue-une-rupture-technologique-majeure-975065.html

.

05/09/2023 Effets dévastateurs du passage à l’électrique dans l’industrie automobile

D’ici 2040, plus de la moitié du marché de la production automobile mondiale devrait être constituée de véhicules électriques (VE). Les ventes mondiales en ont presque quadruplé, passant de 3 millions en 2020 à plus de 10 millions deux ans plus tard, en 2022.

D’ici à 2030, l’Agence internationale de l’énergie (https://www.iea.org/) prévoit que les ventes mondiales auront plus que triplé pour atteindre plus de 35 millions. Les ventes annuelles de VE aux États-Unis devraient passer de 300.000 en 2020 à 1,7 million par an en 2024.

D’ici 2040, plus de la moitié du marché de la production automobile mondiale devrait être constituée de véhicules électriques. Leurs ventes mondiales ont presque quadruplé, passant de 3 millions en 2020 à plus de 10 millions deux ans plus tard, en 2022. D’ici à 2030, l’Agence internationale de l’énergie prévoit que les ventes mondiales auront plus que triplé pour dépasser 35 millions.

Cette évolution sera encouragée par les pouvoirs publics et l’opinion, car les VE ne produisent pas de gaz à effets de serre et sont généralement moins bruyants. Mais il faut voir qu’elle se fera au détriment des travailleurs qui produisent des véhicules à moteur à combustion interne. Étant donné que les VE nécessitent beaucoup moins de temps de travail que les véhicules à moteur à combustion interne, les constructeurs prévoient de réaliser cette transition en supprimant des centaines de milliers d’emplois soit environ la moitié des effectifs actuels.

Ainsi aux Etats-Unis, l’ancien PDG de Ford, Jim Hackett, avait déclaré en 2017 que «les véhicules électriques permettront aux usines automobiles d’avoir une zone d’assemblage final deux fois plus petite, nécessitant deux fois moins d’investissements et 30 pour cent d’heures de travail en moins par voiture» : Ceci a été confirmé par le PDG actuel, Jim Farley, a confirmé cette année: «Nous avons trop de monde dans certains endroits, cela ne fait aucun doute».

Bernd Osterloh, le plus haut représentant syndical de Volkswagen, a rappelé que les groupes motopropulseurs des voitures électriques ne comportaient qu’un sixième des composants nécessités par les moteurs à combustion. « Une usine de batteries ne nécessite qu’un cinquième de la main-d’œuvre par rapport à une usine de moteurs».

Selon un rapport de 2021 de l’Association européenne des fournisseurs de l’automobile https://www.euractiv.fr/tag/association-europeenne-des-fournisseurs-automobiles/ 500.000 ouvriers de l’automobile vont perdre leur emploi rien qu’en Europe d’ici 2040, dont 121.000 en Allemagne, 74.000 en Italie, 72.000 en Espagne et 56.000 en Roumanie.

Par ailleurs, en Allemagne l’institut Ifo pour la recherche économique https://www.ifo.de/en, prévoit 215.000 pertes d’emploi en Allemagne d’ici 2030, soit 40 pour cent des travailleurs de l’automobile dans ce pays. Le cabinet d’analyse Arthur D. Little Japan Arthur%20D.%20Little%20Japan prévoit le licenciement de 84.000 travailleurs d’ici à 2050. Enfin, un haut responsable syndical de l’entreprise sud-coréenne Hyundai prédit que 70 pour cent de tous les ouvriers de l’automobile de ce pays perdront bientôt leur emploi.

Aux États-Unis l’effet sera dévastateur. Brett Smith, directeur de la technologie au Center for Automotive Research https://www.cargroup.org/mbs/ basé aux États-Unis, a déclaré: «L’industrie traverse une transition comme elle n’en a jamais connue. Il y a de fortes chances qu’il y ait moins d’emplois chez les constructeurs et les fabricants de pièces détachés. Cela créera des problèmes dans certaines Etats américains de la Rust Belt »

Enfin, selon une étude se disant elle-même optimiste 15.000 emplois dans le secteur automobile pourraient être supprimés rien qu’aux États-Unis au cours des sept prochaines années, dont 33.000 emplois dans le secteur de l’assemblage et 41.000 emplois dans le secteur des pièces détachées. En fait les suppressions d’emplois aux États-Unis seront probablement plus proches de 500.000 dans les années à venir.

Dans les deux cas, les licenciements massifs créeront une course vers le bas pour les emplois dans les usines de VE. L’augmentation du chômage entraînera une pression à la baisse sur les salaires, non seulement dans l’industrie automobile, mais dans l’ensemble de l’économie.

C’est la prise de conscience de cette situation qui pousse actuellement les industriels américains à revendiquer une hausse permanente de l’aide à l’Ukraine. Celle-ci se traduit pour l’essentiel par une augmentation des commandes de Kiev au profit des industriels américains de l’armement, notamment ceux de la Rust Belt.

Nos remerciements à WSWS pour son apport.

04/09/2023 La France va perdre son avance en matière de fusion nucléaire

Il aurait été étonnant que le complexe militaro-scientifique américain laisse la France conserver l’avance qu’elle avait prise, grâce au CEA et EDF, dans le domaine de la fusion nucléaire.

Il est souvent dit que le pays qui maîtrisera cette nouvelle forme d’énergie dominera le monde. C’est sans doute exagéré. Il reste que la fusion de deux atomes, l’un d’oxygène, l’autre d’hydrogène qui dégage des quantités de chaleur importante sans production comme le fait la fission de déchets radioactifs, devrait permettre à la France de satisfaire ses besoins d’électricité voire d’en revendre dans les pays voisins. Encore faut-il maitriser la technologie nécessaire qui est très complexe.

C’est l’objet du programme Iter qu’une vingtaine de pays étudient autour des chercheurs français sur le site de Cadarache. Iter ne vise pas à mettre en place une unité de production à l’échelle industrielle, mais à résoudre en commun les nombreuses difficultés que suscitera ce passage à la production.

Voir Iter https://fr.wikipedia.org/wiki/ITER

Malheureusement, l’hostilité que suscitait jusqu’à cette année en France le nucléaire de fission a fait que la France n’a pas mis suffisamment de moyens pour se doter en temps utiles de son propre programme de fusion. Elle est en train de perdre la course face aux Etats-Unis.

Les récents progrès dans la recherche sur la fusion ont conduit le gouvernement américain à établir une “Vision audacieuse pour l’énergie de fusion commerciale” reposant sur la croissance de l’industrie mondiale de la fusion. Les résultats n’ont pas tardé Le 5 décembre 2022, une fusion nucléaire a été réussie dans un environnement contrôlé », a annoncé Jill Hruby, la sous-secrétaire de l’administration pour la Sécurité nationale nucléaire (NNSA).

Elle a ensuite expliqué que « 192 lasers se sont focalisés sur une capsule de la taille d’un grain de poivre et ont simulé ainsi le cœur d’une étoile. Ce sont les premiers pas vers une énergie propre qui pourra révolutionner le monde », a-t-elle ajouté durant la conférence de presse.

« C’est une étape scientifique importante et une merveille de l’ingénierie », s’est félicitée Jennifer Granholm, la Secrétaire américaine de l’Energie. « Cette réussite se retrouvera dans les livres d’Histoire. »

Par la suite, les scientifiques ont observé une fusion. les données ont été analysées de nombreuses fois pour confirmer ce résultat: « Il va falloir maintenant pouvoir répliquer ce phénomène de manière plus simple, plusieurs fois par minutes », a souligné Kim Budil, la directrice du Laboratoire national Lawrence Livermore (LLNL).

Il s’agira d’une étape importante pour la future commercialisation du procédé.. L’une des clefs en sera la capsule qui contient le combustible: cette coquille devra être améliorée, selon Michael Stadermann, l’un des scientifiques du National Ignition Facility (NIF). Décrite comme presque parfaitement ronde, elle est plus lisse que le meilleur des miroirs, chaque imperfection pouvant avoir une influence sur l’expérience. La capsule utilisée lundi 5 décembre avait « un design robuste, avec moins de défauts » pour effectuer cet allumage par fusion réussi, a expliqué Michael Stadermann

Ce processus peut être obtenu à l’aide de lasers puissants . Au NIF, qui dépend du laboratoire californien, 192 lasers sont dirigés vers une cible aussi petite qu’un dé à coudre, où sont placés les atomes légers d’hydrogène à fusionner.

Les scientifiques ont ainsi produit environ 3,15 mégajoules d’énergie, en délivrant à l’origine 2,05 mégajoules avec les lasers. La réaction s’est passée en moins de temps que la lumière met pour parcourir trois mètres, selon l’un des scientifiques impliqués dans la recherche.

Voir notre article précédant
23/08/2023 La National Ignition Facility (USA) maitrisera-t-elle la fusion nucléaire avant la France ?

04/09/2023« Les Structures fondamentales des sociétés humaines », de Bernard Lahire, La Découverte, « Sciences sociales du vivant », 972 p.,

Sur l’auteur, voir Wikipedia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Lahire

Sur le livre, nous republions ici, avec l’autorisation du Monde, ce commentaire de  Nicolas Weill . Le Monde 29 août 2023.
Ci-dessous, in fine, notre propre appréciation.

Dans les débuts de sa jeune histoire – à peine moins de cent cinquante ans –, la sociologie a prétendu fournir une théorie globale de la société. Avec Les Structures fondamentales des sociétés humaines, le sociologue Bernard Lahire reprend à pleine main cette ambition qu’on aurait pu croire abandonnée depuis les grands précurseurs que furent, au XIXe et au XXe siècle, Karl Marx, Auguste Comte, Max Weber ou Emile Durkheim.

Ce geste spectaculaire naît d’un constat, celui de la crise dans laquelle se trouvent plongées les sciences humaines et sociales. Alors que, dans les sciences « dures », tout le monde s’accorde sur un certain nombre de fondamentaux, comme la gravitation universelle ou la relativité en physique, la sociologie n’est jamais parvenue à établir un consensus sur la base de lois et de principes permettant d’accumuler les savoirs et de les faire progresser. Les sciences sociales demeureraient dans l’enfance, perpétuellement contraintes à se réinventer, livrées à l’éparpillement et à l’expertise, incapables de suivre leur propre chemin et vouées à répondre aux sollicitations des politiques ou des médias.

Le stade ultime de l’impasse diagnostiquée par Bernard Lahire se caractérise par la dilution des faits sociaux eux-mêmes sous le regard des sociologues d’aujourd’hui, en proie à un « constructivisme » radicalisé. De la célèbre formule de Durkheim, « il faut traiter les faits sociaux comme des choses », on serait passé à l’idée qu’il n’y aurait plus de choses du tout. Les édifices conceptuels des sciences humaines ne seraient plus que des « manières de voir » le réel et non l’observation du réel lui-même. A contre-courant, Lahire veut redonner de la vigueur au « réalisme », naguère qualifié de « naïf » ou de « positiviste », en prenant à rebours le brouillage des frontières qu’il déplore entre pratique scientifique, journalisme, littérature et essayisme peu soucieux de données factuelles.

Mais l’autre geste fort, dérangeant peut-être, opéré par ce livre consiste à raccorder les wagons de la sociologie aux sciences de la nature, en particulier la biologie, l’éthologie (l’étude du comportement animal), la zoologie et la paléontologie. Balayant le reproche de « naturaliser le social », Bernard Lahire n’en comprend pas moins les réticences que suscite la vision d’une société humaine étudiée comme une termitière ou une bande de singes, dont le développement serait organiquement déterminé. Ces réticences, provoquées naguère par la « sociobiologie » due à l’entomologiste américain Edward Osborne Wilson (1929-2021) ou au « darwinisme social » d’Herbert Spencer (1820-1903), calquant l’histoire humaine sur la théorie de l’évolution, il les a longtemps partagées, et le « courage » savant qu’il recommande consiste justement à les surmonter sans sombrer dans les dérives du passé (celles de la raciologie, entre autres).

Aussi bien, en désenclavant les domaines, appelle-t-il moins à « biologiser le social » qu’à « sociologiser la biologie » en s’appuyant sur l’« analogie » et la notion de « consilience ». Celle-ci entend montrer que « les mêmes logiques − les mêmes mécanismes ou les mêmes lois − sont à l’œuvre dans des faits initialement constitués indépendamment les uns des autres et perçus comme différents », que ces faits soient naturels ou sociaux. Ainsi, reprenant les travaux du primatologue néerlandais Frans de Waal, Lahire rappelle l’existence, chez les grands singes, d’une véritable culture du pardon et de la réconciliation – trait qu’on aurait pu imaginer exclusivement humain.

L’érosion croissante dans la recherche des frontières entre le monde des animaux et celui des hommes sous-tend ainsi, à l’évidence, le tournant auquel le lecteur est convié. Car beaucoup d’espèces animales manifestent, note l’auteur, une capacité sociale. La différence entre l’homme et la bête, quantitative et non qualitative, viendrait simplement de ce que chez les « animaux humains » la dimension culturelle (artefacts, langage, formes symboliques) se révèle prédominante. Même les prémices du sacré seraient repérables dans les aboiements d’admiration du chien de Darwin pour son maître, soutient Lahire, sans se révéler véritablement convaincant sur ce point.

Sa révolution épistémologique consiste plutôt à tracer une « carte » des invariants observables dans l’ensemble des systèmes sociaux, en partant de comparaisons entre les espèces. Le fait principal qui articule la biologie à la sociologie est, pour lui, celui de la très longue dépendance de l’enfant envers ses parents – l’« altricialité secondaire ». De cet élément biologique naîtrait, par exemple, la conséquence purement sociale qu’est la domination (sexuelle et parentale), matrice des hiérarchies qui caractérisent les sociétés humaines.

La conception d’un univers social déterminé au départ par la nécessité biologique tord-elle le cou à une sociologie mise au service de la critique, celle de l’école de Pierre Bourdieu, à laquelle Bernard Lahire a jadis été identifié mais qui, dans ce livre, n’apparaît que comme une référence parmi d’autres ? Dès lors que les faits sociaux ont la structure des faits de nature, comment les modifier ? Le conservatisme constitue-t-il la seule option possible pour un sociologue ? Non, répond Lahire dans la foulée de Spinoza, la connaissance de la nécessité ouvre au contraire la voie à une contestation efficace.

Formidable synthèse qui imprimera sa marque dans le cours sinueux de sciences humaines toujours en quête de scientificité, l’ouvrage convainc souvent, en dépit de polémiques inutiles contre des disciplines concurrentes. Peut-on soutenir, par exemple, que la philosophie se désintéresse des faits empiriques quand on sait l’importance, pour les écoles philosophiques contemporaines du « monde de la vie », des phénomènes, de la « facticité » ou même de l’organisme ? Si cela ne gâche pas l’énorme apport représenté par Les Structures fondamentales des sociétés humaines, cette limite prouve que la « consilience » reste un combat, un chantier en cours, auquel Bernard Lahire apporte une pierre décisive.

Notre commentaire

Ce qui manque aujourd’hui à Bernard Lahire comme aux sciences sociales et humaines en général est d’étudier l’Homme comme une machine naturelle à traiter de l’information, ayant développé pour ce faire un nombre croissant de logiciels et de réseaux intelligents n’existant qu’à titre de prototypes dans la nature, y compris chez les animaux dotés de cerveaux.

Cette évolution se poursuit. Verra-t-on prochainement des humains aux cerveaux dits augmentés éliminer progressivement les humains actuels, y compris à terme dans les planètes du système solaire. Compte tenu des milliards de galaxies que l’on dénombre actuellement dans l’univers observable, de telles entités, dont il ne faut pas sous-estimer cependant les capacités d’auto-destruction, ne doivent pas manquer.

02/09/2023 Grâce à la Lorraine, une chance pour la voiture à hydrogène en France

On appelle voiture à hydrogène une voiture dotée d’un moteur à explosion qui utilise au lieu d’essence, de l’hydrogène (dihydrogène ). Au sein d’une pile à combustible, le moteur fait appel à deux gaz, l’hydrogène stocké sous forme liquide dans un réservoir et l’oxygène de l’air. La combustion ou électrolyse produit de la vapeur d’eau, H2O. Celle-ci n’est pas polluante, à condition d’être obtenue d’une façon exempte de polluants. Au contraire elle contribue à l’humidification de l’air et de la végétation, précieuse dans la perspective d’un changement climatique éventuellement desséchant.

Les industriels français se sont intéressés depuis longtemps au moteur à hydrogène. Malheureusement la France ne disposait pas de suffisamment d’eau et d’électricité pour assurer en grande quantité la production d’hydrogène nécessaire. C’est donc avec beaucoup d’intérêt qu’ils ont appris la découverte, en France même, de réserves d’hydrogène qui semblent considérables.

Il s’agit d’un gisement qui pourrait être le plus gros réservoir mondial de ce gaz. Jusqu’ici, cette région située à la frontière franco-allemande était surtout connue pour ses puits de mines de charbon, dont le dernier a fermé il y a vingt ans. Mais à l’avenir, elle pourrait devenir célèbre pour une autre source d’énergie majeure cachée dans son sous-sol : l’hydrogène, ou plus exactement le dihydrogène (H2).

Cela grâce à des travaux menés par Philippe de Donato et Jacques Pironon, directeurs de recherche au laboratoire GeoRessources de Nancy http://georessources.univ-lorraine.fr/. « Nos données indiquent que le sous-sol du bassin minier lorrain est très riche en hydrogène blanc. Si elle est validée, cette découverte pourrait grandement aider à assurer la transition vers des sources d’énergie propre, protectrices du climat »

De manière générale, l’hydrogène est considéré par beaucoup comme un levier essentiel pour accélérer l’abandon des combustibles fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Contrairement à ces derniers, sa combustion n’émet pas de dioxyde de carbone (CO2), le gaz à effet de serre le plus fortement impliqué dans le changement climatique. Aussi, l’espoir est grand de le voir devenir le carburant des véhicules de demain dotés de piles à combustible. Il pourrait aussi servir de combustible propre dans toutes les industries qui dépendent actuellement du méthane : les cimenteries, la sidérurgie, la métallurgie, etc.

On nomme dihydrogène blanc celui produit naturellement et déjà disponible. « Il est dit « blanc », car sa production n’émet pas de gaz à effet de serre », précise Jacques Pironon dans le Journal du CNRS. Ce chercheur est, avec Philippe de Donato, directeur de recherche au laboratoire GeoRessources de Nancy, le responsable des travaux de recherche qui ont mené, par hasard, à ce qui pourrait être un des plus grands réservoirs d’hydrogène blanc au monde .

Cet hydrogène blanc est produit par la réaction du carbonate ferreux très présent dans le sous-sol lorrain avec les molécules d’eau.  On peut le qualifier de renouvelable puisque cette réaction continue de se produire . Un seul autre gisement est connu à ce jour, au Mali. Il est inexploitable aujourd’hui compte tenu du climat anti-français qui y règne

Il restera un défi de taille à relever : celui de développer la technologie capable, à de telles profondeurs, d’isoler l’hydrogène des autres gaz avant de l’extraire.

En mars 2023, la Française de l’énergie a déposé une demande de permis de recherche d’hydrogène naturel et d’exploitation. Quant au projet de recherche initial qui devait se terminer en 2023, il a été prolongé et se concentrera, à partir de 2024, sur l’exploration et l’exploitation d’hydrogène naturel.

Initialement parties pour étudier le méthane du bassin minier lorrain, les équipes françaises ont trouvé le gaz recherché. Mais, fin 2022, elles sont tombées par hasard sur une petite quantité d’hydrogène, à 600 mètres de profondeur. Il fallait donc creuser, puisque plus l’on va en profondeur, plus l’oxygène disparaît au profit de l’hydrogène.

Grâce à une sonde initialement développée pour la recherche de méthane par les chercheurs – conjointement avec l’entreprise Solexperts -, des investigations ont été menées jusqu’à 1,1 kilomètre de profondeur. À ce stade, la teneur en hydrogène était de 15 à 17 % et, d’après les estimations, il se pourrait que ce gaz soit produit à plus de 3 000 mètres de profondeur, où la teneur en hydrogène dépasse les 90 % !

Le gisement concerné mesurant six kilomètres de profondeur, ce serait 46 millions de tonnes d’hydrogène qui se trouveraient dans le sol : soit plus de la moitié de la production mondiale annuelle d’hydrogène gris (produit par vaporeformage). 

01/09/2023 Création en laboratoire d’un monopôle quantique

En physique classique un  monopôle magnétique est une particule hypothétique qui porterait une charge magnétique ponctuelle, au contraire des aimants habituels qui possèdent deux pôles magnétiques opposés. Surnommés anneaux d’Alice d’après les histoires d’Alice aux pays des merveilles de Lewis Carroll, l’apparition de cet objet vérifie une théorie vieille de plusieurs décennies sur la façon dont les monopôles se désintègrent. Plus précisément, ils se désintègrent en un vortex en forme d’anneau, où tout autre monopôle passant par son centre est inversé dans ses charges magnétiques opposées.


Le présent article résume les dernières découvertes publiées dans Nature Communication  par la Collaboration dite Monopole Collaboratios des professeurs Mikko Möttönen de l’université d’Aalto et David Hall du Amherst College.

La relation de longue date, intitulée Monopole Collaboration, a d’abord prouvé l’existence d’un analogue quantique du monopôle magnétique en 2014, a isolé des monopôles quantiques en 2015 et a finalement observé l’un se désintégrer en l’autre en 2017.

Les monopôles restent un concept incontournable dans le domaine de la physique quantique. Comme leur nom l’indique, les monopôles sont le pendant solitaire des dipôles, qui portent une charge positive à leur pôle nord et une charge négative au sud. En revanche, un monopôle ne porte qu’une charge positive ou négative.

Même si le concept semble simple, la réalisation d’un vrai monopôle s’est avérée être une tâche difficile. Voici comment la collaboration Monopole l’a fait. Ils ont manipulé un gaz de rubidium préparé dans un état non magnétique proche du zéro absolu. Dans ces conditions extrêmes, ils ont ensuite pu créer un monopôle en dirigeant un point zéro d’un champ magnétique tridimensionnel dans le gaz quantique. Ces monopôles quantiques sont éphémères par nature, se désintégrant quelques millisecondes après leur création. C’est dans cette instabilité que l’anneau d’Alice prend forme. Les moindres perturbations peuvent soumettre les monopôles à des bruits qui déclenchent leur désintégration en anneaux d’Alice.”

Bien que les monopôles soient éphémères, le groupe de recherche a simulé des anneaux d’Alice stables pendant 84 millisecondes – plus de 20 fois plus longtemps que la durée de vie du monopôle. Cela conduit les chercheurs à être optimistes quant au fait que les expériences futures révéleront des propriétés encore plus particulières des anneaux d’Alice.

C’est de cette perspective que tout semble être en miroir, comme si l’anneau était une passerelle vers un monde d’antimatière au lieu de matière“, a ajouté Möttönen.

En théorie, un monopôle passant par le centre d’un anneau d’Alice serait transformé en un anti-monopôle de charge opposée. En conséquence, la charge de l’anneau d’Alice changerait également. Bien que ce phénomène n’ait pas encore été observé expérimentalement, Möttönen a déclaré que la structure topologique des anneaux d’Alice nécessite ce comportement.

La synthèse de l’anneau d’Alice par la collaboration Monopole est une avancée majeure dans la compréhension des monopôles magnétiques et de leur désintégration en physique quantique. Cet anneau vortex confirme de nombreuses théories sur le comportement des monopôles. Bien que fugaces, ces structures offrent un aperçu sur le monde miroir de l’antimatière. Des expériences futures devraient d’autres propriétés surprenantes de ces anneaux quantiques.

Voir

https://www.enerzine.com/une-decouverte-quantique-permet-dentrevoir-lexistence-dun-autre-monde/65327-2023-08

Vortex ring https://en.wikipedia.org/wiki/Vortex_ring

Référence

  • Published: 29 August 2023
  • Observation of an Alice ring in a Bose–Einstein condensate
  • Alina Blinova
  • Roberto Zamora-Zamora
  • Tuomas Ollikainen
  • Markus Kivioja
  • Mikko Möttönen & 
  • David S. Hall 
  • Nature Communications 
  • volume14, Article number: 5100 (2023) 
  • Abstract

  • Monopoles and vortices are fundamental topological excitations that appear in physical systems spanning enormous scales of size and energy, from the vastness of the early universe to tiny laboratory droplets of nematic liquid crystals and ultracold gases. Although the topologies of vortices and monopoles are distinct from one another, under certain circumstances a monopole can spontaneously and continuously deform into a vortex ring with the curious property that monopoles passing through it are converted into anti-monopoles. However, the observation of such Alice rings has remained a major challenge, due to the scarcity of experimentally accessible monopoles in continuous fields. Here, we present experimental evidence of an Alice ring resulting from the decay of a topological monopole defect in a dilute gaseous 87Rb Bose–Einstein condensate. Our results, in agreement with detailed first-principles simulations, provide an unprecedented opportunity to explore the unique features of a composite excitation that combines the topological features of both a monopole and a vortex ring.

31/08/2023 La cour européenne des droits de l’homme et la prostitution

La Cour Européenne des droits de l’homme (CEDH) a déclaré recevable la requête déposée par 260 travailleurs du sexe (prostitué-e-s) qui souhaitent l’abrogation de la loi française de 2016 pénalisant les clients des dits travailleurs prostitués.

Toutefois, la CEDH ne se prononcera sur le fond de l’affaire que dans les mois à venir.

Les requérants sont 260 hommes et femmes de diverses nationalités qui indiquent « exercer à titre habituel l’activité de prostitution de façon licite au regard des dispositions du droit français », précise la cour basée à Strasbourg. « Ils dénoncent l’incrimination de l’achat de relations de nature sexuelle, même entre adultes consentants, instaurée par la loi n°2016-444 du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées ».

Tous leurs recours au niveau français ayant été rejetés, ils avaient déposé leur recours devant l’instance européenne en décembre 2019. 

Ceci ne préjuge pas du bien-fondé des requêtes sur lequel la Cour se prononcera dans un prochain arrêt », souligne la CEDH.

Franchir l’écueil de la recevabilité est un premier pas important pour les requérants: plus de 90% des requêtes adressées à la CEDH sont déclarées irrecevables.

« La Cour a reconnu que c’était une affaire d’importance, qui mérite le débat, c’est déjà une victoire d’étape », a salué Sarah-Marie Maffesoli, coordinatrice chez Médecins du Monde, lors d’une conférence de presse à Paris. 

« Nous espérons que la décision sur le fond prendra en considération les effets délétères de la loi sur nos vies, notre santé et notre sécurité », a indiqué à ses côtés Anaïs de Lenclos, porte-parole du syndicat du travail sexuel, le STRASS. 

La loi française de 2016 a abrogé le délit de racolage, remplacé par la verbalisation des clients, avec une amende de 1.500 euros pouvant aller jusqu’à 3.750 euros en cas de récidive, parfois complétée par un stage de sensibilisation.

Rappel des textes

LOI n° 2016-444 du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées..
Voir Légifrance
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000032396046/

Pénalisation des clients
Voir Cabinet ACI
https://www.cabinetaci.com/penalisation-des-clients-de-la-prostitution/

Lutte contre le proxénétisme
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000032396046/

Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit:1° D’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui 2° De tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution 3° D’embaucher, d’entraîner ou de détourner une personne en vue de la prostitution ou d’exercer sur elle une pression pour qu’elle se prostitue ou continue à le faire. Le proxénétisme est puni de sept ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende.

Nos remarques

Toute législation en matière de prostitution est difficilement applicable, car elle suppose, notamment sur la voie publique, l’intervention de forces de l’ordre. qui ont aujourd’hui d’autres priorités.

De plus, les partenaire de l’acte pourront toujours affirmer qu’ils agissent en plein accord, par exemple dans le cadre d’une relation amoureuse.

Enfin, ne pas pénaliser le client exempterait celui-ci de toute responsabilité. C’est pourtant grâce à lui qu’il y a de la prostitution et des abus.

Le même problème se pose à propos des stupéfiants. Si il n’y avait de clients, il n’y aurait pas de trafics.

Ajoutons que la Cour Européenne des Droits de l’Homme ne parait pas compétente pour intervenir sur ces questions dans un Etat-membre