10 /10/2023 Guerre Hamas-Israel. Le point de vue de Andrew Korybco

Andrew Korybco se présente comme un analyste politique américain, détenteur d’un PhD délivré par l’Institut russe dit Moscow State Institute of International Relations. Il vient de présenter son point de vue sur l’offensive du Hamas contre Israel dans un document dont on trouvera ci-dessous des extraits traduits par les soins de DeDefensa, que nous remercions..

On remarquera que ce point de vue paraît neutre. Il ne condamne pas a priori l’une ou l’autre partie. Ceci reflète la prudence de Moscou. Beaucoup de Juifs vivent en Russie et ne donnent pas systématiquement tort à Israël.

Par contre Korybco s’étonne, comme beaucoup en Occident, de la surprenante naïveté des services de renseignement tant en Israël qu’aux Etats-Unis et en Europe. Une opération de l’ampleur de celle du Hamas, préparée depuis des semaines, n’avait pas été détectée par les oreilles électroniques des grandes puissances. Cela ne rassure pas pour l’avenir

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Andrew Korybko’s Newsletter
The Top Ten Takeaways From Hamas’ Sneak Attack On Israel
l8 oct/ 2023
https://korybko.substack.com/p/the-top-ten-takeaways-from-hamas

Le Hamas a lancé une attaque-surprise sans précédent contre Israël au cours du week-end qui a complètement pris par surprise l’État juif autoproclamé après que tous ses systèmes de sécurité ont échoué de manière inattendue au même moment. Le mur frontalier a été brisé, certaines bases militaires ont été capturées et des dizaines d’otages ont été ramenés à Gaza. Israël a répondu en lançant des frappes aériennes à l’intérieur de la bande et en préparant une opération terrestre. Voici les dix principaux points à retenir de tout ce qui s’est passé jusqu’à présent lors de la dernière guerre entre Israël et le Hamas :

1. La prétendue invincibilité d’Israël a été dissipée comme une illusion

Pour commencer, personne ne se fait plus l’illusion sur l’invincibilité d’Israël. Jusqu’à l’attaque-surprise de ce week-end, certains avaient continué à s’accrocher à l’affirmation selon laquelle ses capacités militaro-techniques conventionnelles et l’aide massive de l’Amérique en faisaient l’hégémonie régionale, mais cette perception a juste été brisée.

2. Israël n’était absolument pas préparé aux tactiques de guerre hybride du Hamas

En brisant son mur frontalier, résultat d’un échec colossal des services de renseignement et de l’effondrement ultérieur de tous les systèmes de sécurité, Israël a prouvé qu’il n’était absolument pas préparé à contrer les tactiques de guerre hybride du Hamas, consistant en des assauts rapides comme l’éclair et des attaques de drones rudimentaires.

3. Les luttes intestines politiques ont probablement contribué à cet échec du renseignement

Si l’armée et les services de renseignement israéliens n’avaient pas été impliqués dans le conflit politique autour des réformes judiciaires prévues par Netanyahu, exacerbé par l’ingérence de l’administration Biden comme expliqué ici, ils auraient pu détecter à l’avance les plans du Hamas et ainsi être en mesure de les déjouer.

4. Le fait que le renseignement US soit distrait par l’Ukraine n’a pas non plus aidé

Israël doit assumer l’entière responsabilité de ses échecs en matière de renseignement, mais cela n’a pas aidé non plus que les agents de renseignement de son allié US aient été distraits par l’Ukraine. S’ils n’étaient pas aussi concentrés sur ce conflit, ils auraient peut-être gardé au moins un satellite au-dessus de Gaza qui aurait pu détecter le renforcement militaire du Hamas.

5. L’Amérique est désormais confrontée à un dilemme quant à savoir qui bénéficie d’une aide militaire limitée

Business Insider a attiré l’attention sur le nouveau dilemme de l’Amérique : accorder une aide militaire limitée, en particulier des obus d’artillerie, à l’Ukraine comme prévu ou rediriger ces ressources vers Israël. Sa décision pourrait avoir des implications majeures sur les deux conflits puisque le choix entre eux est un jeu à somme nulle.

6. L’Arabie Saoudite gèlera probablement ses pourparlers de paix avec Israël

L’Arabie saoudite subit une immense pression de la part de la communauté musulmane internationale pour geler ses pourparlers de paix avec Israël après les frappes de ce dernier contre des cibles civiles à Gaza. Il se conformera probablement à ces exigences, ce qui ruinerait alors les projets de l’administration Biden visant à parvenir à un accord avant les élections.

7. Le mégaprojet IMEC sera probablement mis au placard pendant un certain temps également

Le Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) ne pourra pas être achevé si l’Arabie saoudite et/ou surtout la Jordanie gèlent leur rôle dans sa construction pour protester contre l’implication d’Israël dans le dernier conflit, même si cela ne nuira pas au commerce de l’Inde avec aucun pays. partie concernée puisqu’elle est entièrement menée par voie maritime.

8. Les déclarations équilibrées de la Russie et de la Chine ont surpris certains observateurs

Beaucoup dans la communauté des médias alternatifs pensaient à tort que la Russie et la Chine favorisaient la Palestine, c’est pourquoi leurs déclarations équilibrées (ici et ici) les ont surpris. Moins encore savaient que le président Poutine soutenait pleinement Tsahal, comme le prouvent ses déclarations officielles au fil des années documentées ici.

9. Le débat sur la question de savoir si la fin justifie les moyens est rouvert

Le meurtre par le Hamas de civils colons formés par Tsahal et l’enlèvement d’enfants, de femmes et de personnes âgées pour les échanger contre des prisonniers ont été justifiés par certains partisans palestiniens comme un moyen légitime de poursuivre la libération nationale tandis que d’autres partisans ont critiqué ces tactiques comme portant atteinte à la moralité de leur cause.

10. Le Hezbollah est le joker dans la dernière guerre entre Israël et le Hamas

L’attaque sournoise du Hamas contre Israël a donné vie à l’un des pires cauchemars de ce dernier, qui pourrait devenir encore pire si le Hezbollah décidait de déclencher des hostilités à grande échelle. Dans ce cas, le Liban et peut-être aussi la Syrie pourraient être entraînés dans une bataille qui pourrait facilement devenir existentielle pour toutes les parties.

Crise révélatrice

Tout ce qui s’est passé jusqu’à présent a été révélateur pour tout le monde. La réputation des services de sécurité israéliens a été brisée, celle du Hamas n’a jamais été meilleure aux yeux de la plupart des observateurs non occidentaux, et nombre d’entre eux ont finalement appris que ni la Russie ni la Chine ne sont favorables à la Palestine. Si le dernier conflit devait se prolonger, et encore moins s’étendre à un conflit régional, il existe alors une possibilité réelle que les États-Unis gèlent le conflit ukrainien afin de rediriger une aide militaire limitée vers Israël.

Andrew Korybko

09/10/2023 Le trou noir M87* fait de nouvelles révélations


Le trou noir référencé M87* se trouve à environ 55 années lumière de la Terre. On se souvient de lui comme le premier trou noir à avoir été imagé par interférométrie à très longue base, le 10 avril 2019, par l’équipe de l’Event Horizon Telescope.. Il est situé au centre d’une importante galaxie nommée M 87

Aujourd’hui, une nouvelle équipe utilisant un réseau de 10 radiotélescopes a obtenu une nouvelle image de M87*; Elle est analogue à la précédente, mais plus précise. On y voit la silouette du trou noir au centre, le flux d’accrétion et un jet de matière émergeant de l’ensemble. Des simulations montrent que le jet est plus large qu’anticipé et que le flux d’accrétion semble propulsé par un “vent” extrémement fort.

https://www.techno-science.net/actualite/trou-noir-m87-se-devoile-davantage-avec-cette-nouvelle-image-N23109.html

L’équipe espère pouvoir montrer, en prenant de nouvelles images, comment le flux d’accrétion et le jet de matière trouvent leur source dans le trou noir.

Rappelons qu’un trou noir est un objet extrêmement massif, tellement lourd qu’il déforme l’espace-temps. Tous les objets qui se trouvent trop proches de lui tombent dans une sorte de “puits”. Ainsi, en octobre 2018, des astronomes ont identifié une étoile, dix fois plus légère que le Soleil, en train de se faire absorber par un trou noir.  Pendant des mois l’étoile va se décomposer en un long fil sous l’effet de la gravité du trou noir. Comme une pelote de laine, l’étoile se déconstruisait.

Ce phénomène, bien connu des scientifiques, est nommé la “spaghettification”. Il dure en général quelques mois pour des étoiles de cette taille, le temps que l’ensemble de l’étoile soit avalé par le trou noir. Les scientifiques suivent ce spectacle depuis la Terre, située à 665 millions d’années- lumières.

Mais lors d’une nouvelle étude de ce trou noir, Yvette Cendes, chercheuse au sein de l’université d’Harvard, va faire une découverte historique. En juin 2021, elle découvre que le trou noir, trois ans après avoir “aspiré” l’étoile, est en train de la “rejeter”. Voir https://www.yvettecendes.com/

Dans son article sur le sujet, Yvette Cendes compare cette éjection de matière à un “rot” qu’aurait émis le trou noir. Ce phénomène unique en son genre va maintenant être étudié de près afin de comprendre pourquoi le trou noir a réagi de cette façon.

C’est avant tout le timing qui interroge. Les rejets de matière par les trous noirs sont connus des scientifiques. Mais ils surviennent généralement des semaines ou des mois après l’absorption d’objets célestes, pas trois ans après. En plus de cette décision tardive, le trou noir a expulsé la matière avec beaucoup de force. Yvette Cendes a calculé que les jets traversaient l’espace à la moitié de la vitesse de la lumière. C’est 5 fois plus rapide que les rejets classiques.

Voir https://www.cfa.harvard.edu/news/weve-never-seen-anything-black-hole-spews-out-material-years-after-shredding-star

D’autres études

Les scientifiques vont maintenant étudier d’autres rejets de matière sur d’autres trous noirs pour comprendre si cet événement est exceptionnel ou si les chercheurs du monde entier viennent de découvrir un phénomène banal à l’échelle de l’Univers, inconnu des humains.

Les trous noirs sont des objets fascinants et leurs habitudes alimentaires ne répondent à aucune logique. Si certains d’entre eux semblent “affamés”, d’autres sont beaucoup plus patients et ils peuvent mettre des années pour avaler une étoile. Ces différences pourraient permettre de mieux les catégoriser et d’ainsi faire des différences entre un trou noir et un autre.

On trouvera ci-dessous un exemple de telles études, dans un article que vient de publier Nature

Référence

A ring-like accretion structure in M87 connecting its black hole and jet

Nature  volume 616, pages 686–690 (2023)

Abstract

The nearby radio galaxy M87 is a prime target for studying black hole accretion and jet formation1,2. Event Horizon Telescope observations of M87 in 2017, at a wavelength of 1.3 mm, revealed a ring-like structure, which was interpreted as gravitationally lensed emission around a central black hole3. Here we report images of M87 obtained in 2018, at a wavelength of 3.5 mm, showing that the compact radio core is spatially resolved. High-resolution imaging shows a ring-like structure of 8.4+0.5−1.18.4−1.1+0.5 Schwarzschild radii in diameter, approximately 50% larger than that seen at 1.3 mm. The outer edge at 3.5 mm is also larger than that at 1.3 mm. This larger and thicker ring indicates a substantial contribution from the accretion flow with absorption effects, in addition to the gravitationally lensed ring-like emission. The images show that the edge-brightened jet connects to the accretion flow of the black hole. Close to the black hole, the emission profile of the jet-launching region is wider than the expected profile of a black-hole-driven jet, suggesting the possible presence of a wind associated with the accretion flow.

09/10/2023 Une découverte cosmologique surprenante

Le télescope spatial James Webb qui est doté d’une vision infrarouge n’a pas tardé à surprendre. Il vient de réaliser une découverte jugée révolutionnaire au cœur de la nébuleuse d’Orion. Au sein de la grappe du Trapèze, il a trouvé des objets étonnants qualifiés de “planètes semblables” et appelés JUMBOs, ce qui signifie Jupiter Mass Binary Objects.

Ces entités énigmatiques ont la masse de Jupiter mais ne sont pas suffisamment grandes pour être des étoiles. Cependant elles ne sont rattachées à aucune étoile, ce qui les exclut également de la catégorie des planètes. Enfin elles ne sont pas seules. Des dizaines de ces JUMBOs orbitent dans la nébuleuse d’Orion.

Les scientifiques tentent actuellement de comprendre leur formation. Une explication possible est qu’il s’agirait d’ exoplanètes errantes, qui sont courantes dans les régions en formation d’étoiles.

Cependant, cela ne permet pas d’expliquer pourquoi les JUMBOs existent sous forme d’objets binaires. Les étoiles se forment généralement à partir de l’effondrement de masses de matière au sein de nuages moléculaires. Un système binaire d’étoiles peut naître lorsqu’un disque de matière entourant l’étoile se rompt. Cependant, il existe une limite de masse théorique inférieure pour les étoiles se formant de cette manière, laissant les objets plus petits comme les planètes se former dans le disque environnant.

Ce qui surprend également est la taille des JUMBOs découverts. Ils sont bien plus petits que ce qui est attendu pour des objets binaires. Ils ont une masse équivalente à celle de Jupiter, voire moindre. Trouver 42 objets de type planètes et dépourvus d’étoile remet en question la compréhension actuelle de la formation des étoiles et des planètes.

Un article scientifique sur ces questions sera prochainement disponible dans une revue à comité de lecture.

Sources :

-Futura Sciences
https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/astronomie-telescope-james-webb-fait-decouverte-etrange-nebuleuse-orion-108135/

– The Weather Channel
https://weather.com/news/news/2022-01-18-jupiter-mass-binary-objects-orion-nebula-james-webb-space-telescope

– The Guardian
https://www.theguardian.com/science/2023/oct/02/jumbos-jupiter-mass-binary-objects-discovery-orion-nebula-new-astronomical-category

08/10/2023 Transfert de masse entre un trou noir et une étoile

Le téléscope spatial Hubble n’a pas dit son dernier mot. Des astrophysiciens des universités de Londres (University College London) et de Postdam l’ont utilisé pour observer une paire d’étoiles nommée SSN 7 localisée dans une région dite NGC 346 riche en formation d’étoiles du Petit Nuage de Magellan, une galaxie située à 200.000 années lumière de nous.

Pour en savoir plus sur SSN 7, ils ont fait appel aux observations rassemblées depuis une décade et provenant de 6 observatoires différents. Ils ont découvert que ces deux étoiles, d’une masse de 32 et 55 fois celle du soleil orbitaient l’une autour de l’autre en 3 jours, au lieu des 20 jours précédemment estimés.

Les observations montrent également que la plus grande de ces étoiles absorbe de la matière provenant de l’autre au rythme de 13 fois le poids de la Terre par an. Les chercheurs estiment qu’en environ 800.000 ans, la situation changera. La plus petite des étoiles s’effondrera sur elle-même et deviendra un trou noir.
Après plusieurs millions d’années, l’étoile restante commencera à s’étendre.

Alors le trou noir aura sa revanche. Il l’absorbera progressivement. Celle-ci à son tour deviendra un trou noir et les deux trous noirs spiraleront l’un autour de l’autre sur le modèle de ce que l’on observe de plus en plus dans les Observatoires d’ondes gravitationnelles.

Référence

A&A Volume 674, June 2023
Article A56
Number of page(s)19
SectionStellar structure and evolution
DOIhttps://doi.org/10.1051/0004-6361/202346055
Published online31 May 2023

A low-metallicity massive contact binary undergoing slow Case A mass transfer:

A detailed spectroscopic and orbital analysis of SSN 7 in NGC 346 in the SMC
. J. Rickard1,2 and D. Pauli1Received: 1 February 2023 Accepted: 26 March 2023

Abstract

Context. Most massive stars are believed to be born in close binary systems where they can exchange mass, which impacts the evolution of both binary components. Their evolution is of great interest in the search for the progenitors of gravitational waves. However, there are unknowns in the physics of mass transfer as observational examples are rare, especially at low metallicity. Nearby low-metallicity environments are particularly interesting hunting grounds for interacting systems as they act as the closest proxy for the early universe where we can resolve individual stars.

Aims. Using multi-epoch spectroscopic data, we complete a consistent spectral and orbital analysis of the early-type massive binary SSN 7 hosting a ON3 If*+O5.5 V((f)) star. Using these detailed results, we constrain an evolutionary scenario that can help us to understand binary evolution in low metallicity.

Methods. We were able to derive reliable radial velocities of the two components from the multi-epoch data, which were used to constrain the orbital parameters. The spectroscopic data covers the UV, optical, and near-IR, allowing a consistent analysis with the stellar atmosphere code, PoWR. Given the stellar and orbital parameters, we interpreted the results using binary evolutionary models.

Results. The two stars in the system have comparable luminosities of log(L1/L) = 5.75 and log(L2/L) = 5.78 for the primary and secondary, respectively, but have different temperatures (T1 = 43.6 kK and T2 = 38.7 kK). The primary (32 M) is less massive than the secondary (55 M), suggesting mass exchange. The mass estimates are confirmed by the orbital analysis. The revisited orbital period is 3 d. Our evolutionary models also predict mass exchange. Currently, the system is a contact binary undergoing a slow Case A phase, making it the most massive Algol-like system yet discovered.

Conclusions. Following the initial mass function, massive stars are rare, and to find them in an Algol-like configuration is even more unlikely. To date, no comparable system to SSN 7 has been found, making it a unique object to study the efficiency of mass transfer in massive star binaries. This example increases our understanding of massive star binary evolution and the formation of gravitational wave progenitors. 

Based on observations with the NASA/ESA Hubble Space Telescope, which is operated by the Association of Universities for Research in Astronomy, Inc., under NASA contract NAS 5-2655. Also based on observations collected at the European Organisation for Astronomical Research in the Southern Hemisphere.



08/10/2023 La Russie, « Etat-civilisation »

Vladimir Poutine prend plus souvent la parole que ne le rapportent les médias occidentaux. Le thème principal qui l’inspire consiste à opposer la Russie, « Etat-civilisation » à un Occident , représenté par les Etats-Unis , seulement intéressé par des guerres incessantes visant à s’approprier les ressources des autres Etats et en faire politiquement de véritables colonies.

Avec la guerre en Ukraine, la confrontation idéologique entre la Russie Etat-civilisation et un Occident accusé de vouloir lui imposer des valeurs qui lui sont étrangères, atteint son paroxysme. Ceci conduit Vladimir Poutine à magnifier la Russie et refuser son assimilation par un Occident qui ne représente aucun des idéaux qui sont les siens.

Il en résulte que la population russe profonde qui comprend semble-il dans sa majorité ce message, continue à accepter les morts et les privations résultant de cette guerre.

Dans sa brève intervention prononcée le 22 août 2022 à l’occasion de la « journée du drapeau« , Vladimir Poutine a souligne que cet emblème « symbolise notre foi dans les valeurs traditionnelles auxquelles nous ne renoncerons jamais ». « Le désir de vivre selon notre volonté, de choisir notre propre voie et de la suivre, est désormais constitutif du code génétique de notre peuple« . Cette notion de code est présente depuis longtemps dans son discours. En janvier 2012, alors que beaucoup d’opposants contestent son retour au Kremlin, Poutine a évoqué, dans une tribune consacrée à la « question nationale« , l’identité russe, caractérisée par un « autre code culturel« , que « l’on a tenté et que l’on tente de casser » et qu’il faut donc « préserver, renforcer et nourrir« . 

L’idée d’une Russie « État-civilisation » est abondamment propagée ces dernières années par le discours officiel. Dans un entretien, diffusé en mai 2020, Vladimir Poutine parle de la Russie, « non seulement comme un pays, mais comme une civilisation distincte grâce à ses riches traditions, à son caractère multiethnique, à ses nombreuses cultures et confessions« . C’est également en mai 2020 que Nikolaï Patrouchev, secrétaire du conseil de Sécurité de Russie, a dans une longue interview, souligné l’importance de la réforme constitutionnelle, qui renforce les pouvoirs du Kremlin et qui « ouvre une nouvelle page dans l’histoire de l’État russe« . 

Dans un article intitulé « la solitude du sang-mêlé« , publié il y a quatre ans, Vladislav Sourkov, ancien conseiller  du Kremlin, explique que l’année 2014 marque « la fin du cheminement épique de la Russie vers l’Occident, la fin des tentatives répétées et invariablement vouées à l’échec de devenir partie de la civilisation occidentale« . Le conflit avec l’Ukraine a provoqué un tournant dans la perception de la Russie comme puissance européenne, il a mis fin à ses deux grands projets géopolitiques (« grande Europe » et « grande Eurasie« ), et la conduit au repli, explique l’historien Igor Torbakov. D’où le regain d’intérêt pour Vadim Tsymboursky, auteur en 1993 d’un ouvrage de référence, « l’île Russie« , dans lequel il se fait l’avocat d’une Russie insulaire.

Il faut reconnaître qu’aux Etats-Unis, les élites dirigeantes du parti républicain comme du parti démocrate, ne font rien pour mettre en valeur l’Etat-civilisation américain, pour reprendre termes de Vladimir Poutine. Dans les Etats européens, pour ce qui les concerne, le spectacle donné par Washington ne représente en rien un exemple de civilisation.

07/10/2023 Derrière Poutine, voir le Patriache Kirill

Celui ci est le chef de l’Eglise orthodoxe de Russie, la sainte Russie comme la nomme ses représentants. Or de même que les Eglises catholique et protestante en Europe, l’Eglise orthodoxe russe a vu ces dernières années le nombre de ses pratiquants diminuer sensiblement.

Si une majorité des Russes âgés de plus de 40 ans continue à se dire orthodoxes, c’est à peine 20 des Russes en dessous de 30 ans qui s’affirment comme tels, y compris chez les jeunes femmes. Il en résulte un appauvrissement croissant du clergé et de ses moyens d’intervention dans la vie publique. Les ors et la pourpre des cathédrales du Christ Sauveur et de celle de Saint Basile à Moscou ne doivent pas faire illusion.

Il y a longtemps que le Patriarche Kirill avait vu la nécessité de se rapprocher du Kremlin et plus particulièrement de Vladimir Poutine, pour bénéficier de leur aide. Ceci se fit dans le cadre de négociations dont peu a été rendu public entre Poutine et le ministre de la défense Shoigu.

En mars 2023  le Patriarche a fait baiser une icône par le chef de la Garde Nationale de Russie, la même qui subit actuellement de lourdes pertes en Ukraine. De même Vladimir Poutine a multiplié les gestes de dévotion, allant jusqu’à s’être presque brûlé les doigts en allumant des cierges.

Certains observateurs européens craignent actuellement que faute de résultats concluants la guerre en Ukraine ne s’éternise. On peut penser que le Patriarche Kirill prie Dieu pour que ce soit le contraire. Il n’en tirerait que des avantages.

06/10/2023 L’expansion de l’univers ralentirait

L’expansion de l’univers doit en principe se traduire par une augmentation de la densité des régions déjà denses telles que les amas de galaxies, tandis que les régions dites vides parce que comportant peu d’étoiles s’étendraient continuellement.

Mais des chercheurs de l’Université de Michigan viennent de découvrir, comme ils l’écrivent dans un article dont nous publions ci-dessous la référence et le résumé, que la croissance des régions denses est plus lente que celle prévue par la théorie de la relativité générale. De plus, avec l’accélération de l’expansion due à une cause mal connues, dite énergie noire, les régions dites vides le seraient de plus en plus par rapport à ce que prévoyait la théorie.

Les galaxies s’étendent dans l’univers comme une toile d’araignée géante. Mais elles ne font pas au hasard. Elles tendent à s’agglomérer et à attirer à elles de plus en plus de matière  jusqu’au moment où elles s’effondrent du fait de leur propre gravité, selon Minh Nguyen le principal responsable de la recherche. C’est ce que l’on désigne par le terme d’expansion.

Source

https://phys.org/news/2023-09-universe-caught-suppressing-cosmic-growth.html

The universe caught suppressing cosmic structure growth

Date:September 11, 2023

Source: University of Michigan

Summary:


As the universe evolves, scientists expect large cosmic structures to grow at a certain rate: dense regions such as galaxy clusters would grow denser, while the void of space would grow emptier.

05/10/2022 Le cerveau entier est utilisé dans la formulation du langage.

Les régions du cerveau jusqu’ici identifiées comme des centres du langage ne le sont pas. Elles sont seulement des centres d’échange (hubs) qui coordonnent la production du langage entre de nombreuses régions du cerveau. C’est ce qu’affirme aujourd’hui Jeremy skipper, directeur de recherche à l’University College London dans un article dont nous publions ci-dessous les références et l’abstract.

Cette hypothèse qui contredit d’innombrables analyses publiées depuis la fin du 18e siècle a été reçue avec scepticisme. C’est ainsi que Broca avait situé dans les aires de Broca, ainsi nommées en son honneur, les parties du cortex frontal responsables de la formation et de l’expression du langage parlé. Les personnes touchées dans cette région comprennent ce qui leur est dit mais ne peuvent répondre. L’observation par imagerie cérébrale confirme ces hypothèses.

Skipper ne conteste pas le rôle de ces régions, mais il estime que de nombreuses autres régions du cerveau sont impliquées dans le processus langagier. C’est ainsi que lui et son équipe ont pu montrer par l’imagerie cérébrale que des régions différentes intervenaient dans la production des noms et dans celles des verbes.

Il estime que les régions dites jusqu’ici régions langagières du langage sont principalement des carrefours de connectivité (connectivity hubs) entre de nombreuses autres régions du cerveau..

Il considère que 40 % du cerveau peuvent être mobilisés, en fonction des thèmes, dans la formulation du langage.

Restera selon nous à montrer comment le cerveau intervient dans tout ce qui n’est pas le langage parlé, mais dans la productions de langages interhumains, conscients ou inconscients, telles que mimiques, postures ou réactions agressives.

Référence

The entire brain, more or less is at work: ‘Language regions’ are artefacts of averaging

Auteurs
Jeremy I Skipper and others

https://doi.org/10.1101/2023.09.01.555886

Abstract

Models of the neurobiology of language suggest that a small number of anatomically fixed brain regions are responsible for language functioning. This observation derives from centuries of examining brain lesions causing aphasia and is supported by decades of neuroimaging studies. The latter rely on thresholded measures of central tendency applied to activity patterns resulting from heterogeneous stimuli. We hypothesised that these methods obscure the whole brain distribution of regions supporting language. Specifically, cortical ‘language regions’ and the corresponding ‘language network’ consist of input regions and connectivity hubs. The latter primarily coordinate peripheral regions whose activity is variable, making them likely to be averaged out following thresholding. We tested these hypotheses in two studies using neuroimaging meta-analyses and functional magnetic resonance imaging during film watching. Both converged to suggest that averaging over heterogeneous words is localised to regions historically associated with language but distributed throughout most of the brain when not averaging over the sensorimotor properties of those words. The localised word regions are composed of highly central hubs. The film data further shows that these hubs are dynamic, connected to peripheral regions, and only appear in the aggregate across time. Results suggest that ‘language regions’ are an artefact of indiscriminately averaging across heterogeneous language representations and linguistic processes. Rather, they are mostly dynamic connectivity hubs coordinating whole-brain distributions of networks for processing the complexities of real-world language use, explaining why damage to them results in aphasia.

05/10/2022 Mieux comprendre les Néandertaliens

L’Homme de Néanderthal (homo neanderthalensis dit aussi homo sapiens neanderthalensis), est le représentant d’une sous-espèce humaine qui a vécu en Eurasie, approximativement, de – 450.000 bp jusqu’à – 40.000 bp. Il a succédé à  H. heidelbergensis  .

Les causes de son extinction face à l’Homo sapiens sont toujours discutées. S’agissait-il d’une démographie insuffisante, de métissage, d’une mauvaise résistance aux changements climatiques ou aux épidémies. Il est probable qu’ils se sont affrontées militairement, si l’on peut employer cette expression.. Dans ce cas, ils ont été défavorisés, car disposant d’armes moins efficaces. Mais cela seul pourrait-il expliquer leur disparition?

Jusqu’aux années 1950, ils ont toujours été présentés comme des brutes sous-développées, face à l’Homme moderne. Cependant il apparaît aujourd’hui que leurs technologies étaient sophistiquées, semblables à celles des homos sapiens de leur époque. Ils savaient tailler la pierre, maîtriser le feu, se vêtir de couvertures et de ponchos. Ils consommaient de nombreuses nourritures telles que des plantes et du gibier. Ils utilisaient toutes les méthodes de cuisson possibles. Ils péchaient et chassaient la mégafaune, ils pouvaient affronter l’ours, la hyène et le lion des cavernes. Ils enterraient leurs morts. Ils pratiquaient à l’occasion le cannibalisme.

Enfin ils savaient utiliser divers ornements naturels tels que des griffes et des pierres rares.

Il est difficile aujourd’hui de savoir quels langages articulés ils pratiquaient , ni la complexité de ceux-ci. De même l’on n’a pas trouvé de leur part d’indices de croyances religieuses élaborées.

Ludovic Slimak, dans Le dernier Néandertalien, évoque ces différents faits, en fournissant de nombreuse précisions. Il discute aussi certaines interprétations. Rappelons qu’il a lui-même dirigé des fouilles, notamment dans une cave proche du Mont Ventoux, en France ;

Références

Edition originale Le dernier Néandertalien, par Ludovic Slimak . Odile Jacob 2015
https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences-humaines/archeologie-paleontologie-prehistoire/dernier-neandertalien_9782415004927.php

Version anglaise The naked neanderthal
https://www.penguin.co.uk/books/454664/the-naked-neanderthal-by-slimak-ludovic/9780241617663

04/10/2023 Le mouvement irresponsable des anti-vaccins provient des Etats-Unis


Peter Jay Hotez est un scientifique américain, pédiatre et expert international en matière de santé publique. Il s’est fait connaître par sa contribution à la lutte contre les maladies tropicales négligées par l’industrie pharmaceutique , telles que le hookworm, parasite intestinal souvent mortel ou la shistosomiasis, autre maladie parasitaire générée par des vers dits blood flukes. Récemment, il a contribué au lancement de Corbevax, un vaccin anti-covid 19 destiné à être distribué gratuitement à certains catégories de patients nécessiteux.

Or il est inquiétant de voir la véritable haine qu’il suscite aux Etats-Unis, notamment sur les réseaux sociaux. « Vous devriez être pendu pour crime contre l’humanité » est le plus anodin des messages qu’il reçoit quotidiennement.

Il vient de publier un ouvrage qu’il convient de lire ; »The deadly rise of anti-science. A scientist warning  » https://www.press.jhu.edu/books/title/33293/deadly-rise-anti-science, dans lequel il relate son expérience des mouvements anti-vaccins alors qu’il était souvent consulté par les medias sur la façon d’engager les gens à se faire vacciner.

Ce qui le préoccupe est que le mouvement anti-vaccins aux Etats-Unis se transforme progressivement en un mouvement anti-médecine. Celui-ci s’enracine notamment dans le Parti Républicain de Donald Trump. On y parle de liberté de la santé (Health freedom). On ne doit pas interdire aux parents d’enfants suspectés de rougeole ou de poliomyélite de les envoyer à l’école, même s’ils contaminent la moitié de la classe.

Comme toujours, le mouvement anti-vaccin né aux Etats-Unis est en train de s’étendre dans le monde entier, y compris en Russie