Il faut prendre la mesure du bouleversement. Pendant longtemps, communiquer avec la machine – ordinateur, voiture, lave-vaisselle… – est resté une entreprise assez frustrante, l’interaction se résumant souvent à un choix d’options préprogrammées dans un menu, ou à un pénible apprentissage de gestes techniques variés.
Parler aux machines directement dans leur langue étant réservé à des happy few, informaticiens et autres codeurs, capables de les programmer en utilisant une langue appropriée, le code. C’était avant l’arrivée massive des chatbots basés sur des grands modèles de langage (LLM) nourris de millions de paramètres.
Avec ChatGPT, rejoint par Gemini, Le Chat, Copilot, Claude, Perplexity, DeepSeek, Grok et bien d’autres, il est désormais possible pour tout un chacun d’échanger dans sa langue natale avec une machine.
“Les moteurs de recherche comme Google avaient déjà pavé le chemin vers le langage naturel, mais ce n’était que des mots-clés, avec une syntaxe particulière comme des guillemets, qui nécessitaient une certaine compétence de l’utilisateur”, retrace Pascal Amsili, professeur de linguistique computationnelle à Sorbonne Nouvelle. Les assistants vocaux, eux, affichaient des performances si peu convaincantes qu’ils n’ont jamais vraiment décollé.
Avec les chatbots, on change de dimension. “Grâce aux systèmes neuronaux de type transformers, les LLM ont fait d’énormes progrès, acquis une compétence comparable à celle d’un locuteur natif, et ce qui nous paraissait impossible est devenu accessible à tous : parler à la machine dans notre langue à nous”, juge Pascal Amsili. “C’est une vraie rupture en matière d’interaction homme-machine”, insiste Dominique Boullier, professeur de sociologie à Sciences Po. L’entrée dans une nouvelle ère de l’histoire des interfaces homme-machine
