En Alaska, des traces de pas au même endroit et à la même époque témoignent de la coexistence de deux types de grands dinosaures herbivores. Cette découverte suggère que cette région était une voie de communication entre deux continents au Crétacé supérieur, peu de temps avant la catastrophe.
Les premières ont été attribuées à des hadrosaures, ces grands dinosaures herbivores à bec de canard et à la puissante mâchoire, connus par des fossiles exhumés en Amérique du Nord, en Asie et en Europe. Leurs traces sont nombreuses en Alaska. Les secondes seraient dues à des thérizinosaures le groupe des tyrannosaures) principalement retrouvés en Mongolie.
Mesurant plusieurs mètres de hauteur, ils se tenaient sur leurs pattes arrière. Leurs pattes avant, puissamment musclées et longues de deux mètres, étaient armées de trois griffes de 70 centimètres de longueur, en forme de faux (ce qui leur a valu leur nom, thérizinosaure signifiant reptile faucheur). Considérés comme herbivores, ils s’en servaient peut-être pour couper les branches et les feuilles des végétaux, ou bien pour fouiller le sol comme l’ont suggéré certains auteurs.
La formation Cantwell date du Crétacé supérieur, vers 70 millions d’années avant le présent. C’est donc à cette époque qu’ont marché là des troupeaux d’hadrosaures et de thérizinosaures. Les auteurs de l’étude ne sont pas certains de l’exacte contemporanéité du passage des deux groupes, dont les effectifs ne sont d’ailleurs pas connus. Mais la seule présence de thérizinosaures en Alaska est en soi intéressante car assez rarement documentée alors que c’est au cœur de l’Asie qu’ont surtout été retrouvés des fossiles de ce clade de théropodes.
La proximité des deux traces sur le même socle rocheux est, elle, en revanche, une première dans cette région, comme les auteurs l’expliquent dans un article de Scientific Reports ( dont nous publions ci-dessous les références et le résumé). En Mongolie, des restes ou des traces de ces deux familles ont été trouvées mais c’est la première fois qu’une telle coexistence est démontrée en Alaska et même dans toute l’Amérique du Nord.
Selon les auteurs, cette présence plaide pour la similarité, à l’époque, des écosystèmes entre ce qui est aujourd’hui l’Alaska et le cœur de l’Asie, occupé actuellement par la Mongolie. La région devait être humide et marécageuse. Ce milieu convenait à chacun de ces deux grands herbivores, ce qui suffit à expliquer leur coexistence, rendant inutiles des hypothèses sur des interactions écologiques complexe. À cette époque, concluent-ils, la région, avec le détroit de Bering, devait donc représenter une importante jonction entre l’Amérique et l’Asie pour les dinosaures.
An unusual association of hadrosaur and therizinosaur tracks within Late Cretaceous rocks of Denali National Park, Alaska
- Anthony R. Fiorillo, and others
- ,
volume8, Article number: 11706 (2018)
Abstract
We report details of a unique association of hadrosaur and therizinosaur tracks found in the Late Cretaceous lower Cantwell Formation, Denali National Park, central Alaska Range, Alaska. This rock unit is now well-documented as a source of thousands of fossil footprints of vertebrates such as fishes, pterosaurs, and avialan and non-avialan dinosaurs. The lower Cantwell Formation in this area consists of numerous fining-upward successions of conglomerates and pebbly sandstones, cross-stratified and massive sandstones, interbedded sandstones and siltstones, organic-rich siltstones and shales, and rare, thin, bentonites, typically bounded by thin coal seams, and it contains a diverse fossil flora. We report the first North American co-occurrence of tracks attributable to hadrosaurs and therizinosaurs in the lower Cantwell Formation. Although previously un-reported in North America, this association of hadrosaur and therizinosaur tracks is more characteristic of the correlative Nemegt Formation in central Asia, perhaps suggesting that parameters defining the continental ecosystem of central Asia were also present in this part of Alaska during the Latest Cretaceous.
