20/10/2025 La vie est partout dans l’univers

Alme dévoile la présence de la vie partout dans l’Uunivers
12 août 2025,

Interview: Dr. Kamber Schwarz, Postdoctoral Researcher at Max Planck Institute for Astronomy Heidelberg – TechieTonics

Dans le silence glacé de l’espace, à plus de 1 300 années-lumière de notre planète bleue, se joue peut-être l’une des histoires les plus fascinantes de la science moderne. Au cœur de la constellation d’Orion, une jeune étoile baptisée V883 Orionis livre ses secrets les plus intimes aux télescopes terrestres, révélant un trésor chimique d’une importance capitale pour comprendre l’origine de la vie.

Une chimie complexe au berceau des étoiles

Ce que les chercheurs ont découvert défie l’entendement : pas moins de 17 molécules organiques complexes tourbillonnent dans le disque de matière qui entoure cette protoétoile naissante. Parmi elles, l’éthylène glycol et le glycolonitrile, deux composés chimiques que les biologistes connaissent bien puisqu’ils constituent les précurseurs directs des éléments fondamentaux de l’ADN et de l’ARN.

Cette découverte, fruit du travail minutieux d’une équipe dirigée par Abubakar Fadul de l’Institut Max Planck d’astronomie, représente bien plus qu’une simple curiosité scientifique. Elle bouleverse littéralement notre compréhension de la distribution de la matière organique dans le cosmos et ouvre des perspectives vertigineuses sur l’omniprésence potentielle de la vie.

La révolution d’une théorie établie

Jusqu’à présent, la communauté scientifique adhérait à un modèle relativement pessimiste concernant la survie des molécules organiques lors de la formation stellaire. Les astronomes considéraient que les processus violents accompagnant la naissance des étoiles – éruptions de plasma, radiations intenses, températures extrêmes – détruisaient inexorablement la plupart des composés organiques complexes accumulés dans les nuages interstellaires.

Cette vision impliquait que seuls de rares systèmes planétaires, dans des conditions exceptionnellement favorables, pouvaient reconstituer localement ces briques chimiques essentielles. La vie apparaissait alors comme un phénomène d’une rareté extraordinaire, fruit de circonstances quasi miraculeuses.

Kamber Schwarz, co-auteur de l’étude et astrochimiste réputé, résume parfaitement le paradigme qui vient de s’effondrer : « Il semble maintenant que ce soit le contraire de ce que nous pensions. Nos observations suggèrent que les disques protoplanétaires héritent directement de molécules complexes issues de phases antérieures, et que leur enrichissement chimique se poursuit même pendant la formation du système

L’œil perçant d’ALMA révèle l’invisible

Cette révolution conceptuelle n’aurait pas été possible sans les performances extraordinaires de l’Atacama Large Millimeter/submillimeter Array, plus connu sous l’acronyme ALMA. Ce réseau de 66 radiotélescopes, perché dans l’aridité du désert chilien, possède une sensibilité inégalée pour détecter les signatures radio des molécules organiques dans l’espace.

C’est grâce à cet instrument d’exception que les chercheurs ont pu identifier les raies d’émission caractéristiques de ces 17 molécules organiques. Un exploit technique remarquable, rendu possible par un phénomène naturel inattendu : les éruptions périodiques de V883 Orionis génèrent suffisamment de chaleur pour sublimer les glaces du disque protoplanétaire, libérant dans l’espace les composés organiques qui y étaient piégés.

×Un continuum chimique de l’espace aux planètes

Les implications de cette découverte, rapportée dans he Astrophysical Journal Letters, dépassent largement le cadre de l’astronomie pure. Si ces résultats se confirment, ils établissent l’existence d’une continuité chimique directe entre les vastes nuages moléculaires interstellaires et les systèmes planétaires achevés. Cette « ligne droite d’enrichissement chimique », pour reprendre les termes de Fadul, transformerait radicalement notre perception de la probabilité d’émergence de la vie dans l’univers.

Au lieu d’être un accident cosmique rarissime, la vie pourrait représenter une conséquence quasi inévitable de l’évolution chimique naturelle de la matière interstellaire. Chaque nouveau système planétaire hériterait ainsi d’un patrimoine moléculaire déjà riche en précurseurs biologiques, multipliant exponentiellement les chances d’apparition de formes vivantes.

Vers de nouveaux horizons d’exploration

Prudents, les scientifiques insistent sur le caractère préliminaire de leurs conclusions. Des observations à plus haute résolution sont nécessaires pour confirmer définitivement la présence de ces molécules, et des études approfondies devront évaluer leur résistance aux conditions extrêmes de la formation stellaire.

Mais l’enthousiasme est palpable dans la communauté scientifique. Fadul évoque déjà les prochaines étapes : « Nous devrions explorer d’autres régions du spectre électromagnétique pour détecter des molécules encore plus évoluées. Qui sait ce que nous pourrions découvrir ?« 

Cette question résonne comme une invitation au rêve et à l’exploration, rappelant que l’univers n’a pas fini de nous surprendre et que la vie, peut-être, nous attend au détour de chaque étoile naissante.

Lire aussi


Interview: Dr. Kamber Schwarz, Postdoctoral Researcher at Max Planck Institute for Astronomy Heidelberg

October 2, 2021 Pooja Kashyap

Dr. Kamber Schwarz is a postdoc at MPIA in Heidelberg. She has been a NASA Sagan Postdoctoral Fellow in the Lunar and Planetary Laboratory at the University of Arizona. She received her PhD in Astronomy & Astrophysics from the University of Michigan in 2018. She is also the recipient of the prestigious Ralph B. Baldwin Prize in Astronomy, 2020.

The evolution of volatile gas during planet formation is her area of interest in astronomy. Recently, she hit headlines with her research on planet formation in the protoplanetary disk around the star GM Aurigae.  

She has not only been a Graduate Student Instructor but also Guest Lecturer at Planetary Sciences. She has authored nearly 6 papers on Protoplanetary Disks and co-authored numerous publications in astronomy.

I have been following her research and contacted her for an interview to which she agreed even during her hectic hours of work. So, without much ado, please find Dr. Kamber Schwarz herself answering questions on astronomy and of course her life:

Can you first of all tell us when and how you became enamoured with Astronomy? 

I grew up in a rural area with low light pollution and beautiful night skies. Around the age of eleven I looked up and realised that I knew next to nothing about space. I decided to fix that. I’ve been learning about space ever since.

Is the formation of planets a by-product of the birth of stars? 

Yes. When a cloud of gas and dust collapses to form a star some of the material has too much angular momentum to go directly onto the star and forms a disk instead. Based on the number of exoplanet detections we think that most, if not all, of these disks go on to form planets.

Search for planets begins with a search for infrared radiation from the material required to make them”, can you please elaborate on this statement? 

While we have other methods for finding fully formed exoplanets, studying the material from which planets form requires looking at radiation at infrared or millimeter wavelengths. This is because planets form in relatively cold environments, tens to a few hundred degrees C above absolute zero. In general, cooler objects emit light at longer wavelengths. This is true both for the small grains of dust and for the gaseous molecules. By observing protoplanetary disks in the infrared and millimeter we can determine the composition of planet forming material just before it becomes a planet.

How do temperature differences in the protoplanetary disk explain the arrangement of the planets in the solar system? 

Far from the Sun, where the disk was very cold, you get the formation of ice rich comets. Additionally, in the solar system the terrestrial planets are all closer to the Sun than the gas giants. We think this is because of the water snow line: the location in the disk inside of which water is in the gas and outside of which water is in the ice. The basic idea is that water ice is easier to incorporate into planets, so comets and the gas giants are water rich while the terrestrial planets formed in a region with no ice so are both smaller than gas giants and water poor. However, exoplanet systems don’t appear to follow the same trend. We are still debating how important the water snow line is for planet formation.

If planets can’t be detected around a star, can their existence be inferred by studying the host star? 

Sometimes! There is a technique called astrometry, where a star’s position is measured to high precision over a period of time. If the star appears to wobble, it is because of the gravitational pull of an unseen companion, like a massive planet or brown dwarf, on the star. My favourite method of inferring the existence of planets is by studying a class of object called polluted white dwarfs. White dwarfs are the exposed hot cores of stars that have reached the end of their lifetimes.  The spectra of polluted white dwarfs, basically the chemical imprint in the light they emit, include elements not found in white dwarf atmospheres, such as silicon and magnesium. So not only do we know rocky bodies have fallen into the white dwarf and polluted it’s atmosphere, we also know the composition of these rocks!

The Universe is infinite, so, you think there is other intelligent life that exists somewhere within it? 

Given the gargantuan number of stars and planets in the Universe I think it’s likely. However, given the huge distances involved (it takes over four years for light from the Sun to reach the next closest star) I don’t think we will ever get to communicate with aliens.

Do you think our 3-dimensional world is a part/embedded in some higher dimension? 

This gets into a branch of physics I don’t have any training in. I’ll say no, but only because any higher dimensions don’t affect my life or my work.

Someone comes up to you and says, “I wanna be just like you. I want to be an Astrophysicist”.  What advice would you give? 

Learn computer programming. The majority of modern astrophysics takes place on computers. A solid understanding of how-to code is a huge advantage.

V

La vie serait partout dans l’univers

Dans le silence glacé de l’espace, à plus de 1 300 années-lumière de notre planète bleue, se joue peut-être l’une des histoires les plus fascinantes de la science moderne. Au cœur de la constellation d’Orion, une jeune étoile baptisée V883 Orionis livre ses secrets les plus intimes aux télescopes terrestres, révélant un trésor chimique d’une importance capitale pour comprendre l’origine de la vie.

Une chimie complexe au berceau des étoiles

Ce que les chercheurs ont découvert défie l’entendement : pas moins de 17 molécules organiques complexes tourbillonnent dans le disque de matière qui entoure cette protoétoile naissante. Parmi elles, l’éthylène glycol et le glycolonitrile, deux composés chimiques que les biologistes connaissent bien puisqu’ils constituent les précurseurs directs des éléments fondamentaux de l’ADN et de l’ARN.

Cette découverte, fruit du travail minutieux d’une équipe dirigée par Abubakar Fadul de l’Institut Max Planck d’astronomie, représente bien plus qu’une simple curiosité scientifique. Elle bouleverse littéralement notre compréhension de la distribution de la matière organique dans le cosmos et ouvre des perspectives vertigineuses sur l’omniprésence potentielle de la vie.

La révolution d’une théorie établie

Jusqu’à présent, la communauté scientifique adhérait à un modèle relativement pessimiste concernant la survie des molécules organiques lors de la formation stellaire. Les astronomes considéraient que les processus violents accompagnant la naissance des étoiles – éruptions de plasma, radiations intenses, températures extrêmes – détruisaient inexorablement la plupart des composés organiques complexes accumulés dans les nuages interstellaires.

Cette vision impliquait que seuls de rares systèmes planétaires, dans des conditions exceptionnellement favorables, pouvaient reconstituer localement ces briques chimiques essentielles. La vie apparaissait alors comme un phénomène d’une rareté extraordinaire, fruit de circonstances quasi miraculeuses.

Kamber Schwarz, co-auteur de l’étude et astrochimiste réputé, résume parfaitement le paradigme qui vient de s’effondrer : « Il semble maintenant que ce soit le contraire de ce que nous pensions. Nos observations suggèrent que les disques protoplanétaires héritent directement de molécules complexes issues de phases antérieures, et que leur enrichissement chimique se poursuit même pendant la formation du système. »

L’œil perçant d’ALMA révèle l’invisible

Cette révolution conceptuelle n’aurait pas été possible sans les performances extraordinaires de l’Atacama Large Millimeter/submillimeter Array, plus connu sous l’acronyme ALMA. Ce réseau de 66 radiotélescopes, perché dans l’aridité du désert chilien, possède une sensibilité inégalée pour détecter les signatures radio des molécules organiques dans l’espace.

C’est grâce à cet instrument d’exception que les chercheurs ont pu identifier les raies d’émission caractéristiques de ces 17 molécules organiques. Un exploit technique remarquable, rendu possible par un phénomène naturel inattendu : les éruptions périodiques de V883 Orionis génèrent suffisamment de chaleur pour sublimer les glaces du disque protoplanétaire, libérant dans l’espace les composés organiques qui y étaient piégés.

disque planètes vie
Cette vue d’artiste montre le disque planétaire autour de l’étoile V883 Orionis. Dans sa partie la plus externe, des gaz volatils sont gelés sous forme de glace, contenant des molécules organiques complexes. Une explosion d’énergie provenant de l’étoile chauffe le disque interne à une température qui évapore la glace et libère les molécules complexes, permettant ainsi aux astronomes de la détecter. L’image insérée montre la structure chimique des molécules organiques complexes détectées et présumées dans le disque protoplanétaire (de gauche à droite) : propionitrile (cyanure d’éthyle), glycolonitrile, alanine, glycine, éthylène glycol et acétonitrile (cyanure de méthyle). Crédit : ESO/L. Calçada/T. Müller (MPIA/HdA)

Un continuum chimique de l’espace aux planètes

Les implications de cette découverte, rapportée dans he Astrophysical Journal Letters, dépassent largement le cadre de l’astronomie pure. Si ces résultats se confirment, ils établissent l’existence d’une continuité chimique directe entre les vastes nuages moléculaires interstellaires et les systèmes planétaires achevés. Cette « ligne droite d’enrichissement chimique », pour reprendre les termes de Fadul, transformerait radicalement notre perception de la probabilité d’émergence de la vie dans l’univers.

Au lieu d’être un accident cosmique rarissime, la vie pourrait représenter une conséquence quasi inévitable de l’évolution chimique naturelle de la matière interstellaire. Chaque nouveau système planétaire hériterait ainsi d’un patrimoine moléculaire déjà riche en précurseurs biologiques, multipliant exponentiellement les chances d’apparition de formes vivantes.

Vers de nouveaux horizons d’exploration

Prudents, les scientifiques insistent sur le caractère préliminaire de leurs conclusions. Des observations à plus haute résolution sont nécessaires pour confirmer définitivement la présence de ces molécules, et des études approfondies devront évaluer leur résistance aux conditions extrêmes de la formation stellaire.

Mais l’enthousiasme est palpable dans la communauté scientifique. Fadul évoque déjà les prochaines étapes : « Nous devrions explorer d’autres régions du spectre électromagnétique pour détecter des molécules encore plus évoluées. Qui sait ce que nous pourrions découvrir ?« 

Cette question résonne comme une invitation au rêve et à l’exploration, rappelant que l’univers n’a pas fini de nous surprendre et que la vie, peut-être, nous attend au détour de chaque étoile naissante.

13O10/2025 Le pouvoir de l’odorat comme agent d’identification et de localisatoh

Ceci s’explique en partie par le fait que beaucoup d’ animateurs chasseurs terrestres , identifienn leurs proies , non par l’ image mais par l’odeur qu est la leur en situation de stress?

source

NewScienst The nose knows
13 september 2025

10/10/2025 Une géométrie dévoilée au cœur de la matière quantique

Une équipe de l’UNIGE lève le voile sur une géométrie jusqu’ici purement théorique dans les matériaux quantiques, aux implications majeures pour l’électronique du futur.

Comment traiter des données à très haute vitesse ou conduire l’électricité sans perte? Pour y parvenir, les scientifiques comme l’industrie misent sur des matériaux quantiques, régis par les lois de l’infiniment petit. Leur conception exige une compréhension fine des phénomènes atomiques, encore largement inexplorés. Une équipe de l’Université de Genève (UNIGE), en collaboration avec l’Université de Salerne et l’Institut CNR – SPIN (Italie), a franchi une étape clé en exploitant une géométrie cachée, jusqu’ici purement théorique, qui déforme les trajectoires des électrons comme la gravité dévie le parcours de la lumière. Ces travaux, publiés dans Science, ouvrent la voie à de nouvelles avancées en électronique quantique.

Les technologies de demain exigent la mise au point de matériaux ultra performants, dont les propriétés inédites sont régies par les lois de la physique quantique. L’étude des composants microscopiques de la matière – raison d’être de la physique quantique – constitue la pierre angulaire de cette révolution scientifique et industrielle. Au siècle dernier, cette étude des atomes, électrons et photons a permis l’invention des transistors et de l’informatique.

Ces découvertes ouvrent de nouvelles pistes pour l’exploration et l’exploitation de la géométrie quantique dans divers matériaux.

Aujourd’hui encore, de nouveaux phénomènes quantiques, échappant aux modèles établis, sont régulièrement découverts. De récentes études ont ainsi révélé l’émergence possible, au sein de certains matériaux, d’une géométrie jusqu’alors jamais vue, lorsqu’un grand nombre de particules est observé. Cette géométrie déformerait les trajectoires des électrons dans les matériaux concernés. De la même manière que la gravité d’Einstein infléchit le parcours de la lumière.

De la théorie à l’observation

Connue sous le nom de «métrique quantique», cette géométrie est la manifestation de la courbure de l’espace quantique dans lequel évoluent les électrons. Elle joue un rôle crucial dans de nombreux phénomènes à l’échelle microscopique de la matière. Mais en détecter la présence et les effets reste un défi.

«Le concept de métrique quantique date déjà d’une vingtaine d’années. Mais il n’était envisagé que sous un angle théorique. Les scientifiques ne s’intéressent à ses effets concrets sur les propriétés de la matière que depuis quelques années», explique Andrea Caviglia, professeur ordinaire et directeur du Département de physique de la matière quantique de la Faculté des sciences de l’UNIGE.

Grâce à de récents travaux, l’équipe du chercheur de l’UNIGE, en collaboration avec Carmine Ortix, professeur associé au Département de physique de l’Université de Salerne, a détecté la présence de la métrique quantique dans une interface entre oxydes (titanate de strontium et aluminate de lanthane), un matériau quantique connu. «Sa présence peut être révélée en observant comment les trajectoires des électrons dans le matériau se déforment sous l’action combinée de la métrique quantique et de champs magnétiques intenses appliqués aux solides», indique Giacomo Sala, collaborateur scientifique au Département de physique de la matière quantique de la Faculté des sciences de l’UNIGE, et premier auteur de l’étude.

Vers de futures applications

L’observation de ce phénomène rend possible la caractérisation des propriétés optiques, électroniques et de transport du matériau observé. L’équipe de recherche montre également que la métrique quantique est une propriété intrinsèque de nombreux matériaux, contrairement à ce que l’on pensait. «Ces découvertes ouvrent de nouvelles pistes pour l’exploration et l’exploitation de la géométrie quantique dans divers matériaux, avec des implications importantes pour l’électronique du futur fonctionnant à des fréquences térahertz (mille milliards de hertz), la supraconductivité et l’interaction lumière-matière», conclut Andrea Caviglia.

2 septembre 2025

Rréférence

ScienceVol. 389, No. 6762

The quantum metric of electrons with spin-momentum locking

Giacomo Sala https://orcid.org/0000-0001-5696-5627, Maria Teresa Mercaldo https://orcid.org/0000-0003-4074-5026, Klevis Domi https://orcid.org/0009-0008-7033-5136, Stefano Gariglio https://orcid.org/0000-0001-8263-4506, Mario Cuoco https://orcid.org/0000-0002-7325-8331, Carmine Ortix https://orcid.org/0000-0002-6334-0569, and Andrea D. Caviglia https://orcid.org/0000-0001-9650-3371Authors Info & Affiliations

Science

21 Aug 2025

Vol 389, Issue 6762
pp. 822-825

DOI: 10.1126/science.adq32553 927

Editor’s summary

The quantum geometric tensor of a material provides insight into the topology and geometry of its electronic states. The real part of this tensor, the quantum metric, has so far been measured only in a limited number of materials. Sala et al. broadened this range of materials by predicting that spin-momentum locking of electronic states is associated with a finite quantum metric. The researchers experimentally verified this prediction by using 111-oriented lanthanum aluminate–strontium titanate (LaAlO3/SrTiO3) interfaces as a model system. —Jelena Stajic

Abstract

Quantum materials are characterized by electromagnetic responses intrinsically linked to the geometry and topology of electronic wavefunctions that are encoded in the quantum metric and Berry curvature. Whereas Berry curvature–mediated transport effects have been identified in several magnetic and nonmagnetic systems, quantum metric–induced transport phenomena remain limited to topological antiferromagnets. Here, we show that spin-momentum locking, a general characteristic of the electronic states at surfaces and interfaces of spin-orbit–coupled materials, leads to a finite quantum metric. This metric activates a nonlinear in-plane magnetoresistance that we measured and electrically controlled in 111-oriented LaAlO3/SrTiO3 interfaces. These findings demonstrate the existence of quantum metric effects in a vast class of materials and enable previously unexplored strategies to design functionalities based on quantum geometry.

09/10/2025 Quelle image de lui Emanuel Macron laissera-t-il dans l’histoire ?

A supposer qu’i en laisse une, elle ne sera pas flatteuse

En tant que Président de la République, représentant la Frane au sein de l »union européenne, il n’ a jamais proposé la moindre mesure susceptible de valoriser un projet européen. Ceci notamment  au plan diplomatique où il est devenu inaudible  face à Donald Trump, comme  face à la Présidente de l’union, Ce sera désormais Berlin et non Paris qui  parlera au nom de l’Europe.*

Concernant les grands programmes technologiques, au sein desquels  la France depuis de Gaulle avait toujours tenu son rang il a toujours été muet sur les enjeux. Si la France figure à l’avenir dans des projets d’exploration lunaire ou martienne, ce ne sera pas de son fait qui confond les lanceurs. Face à la Russie  il est passé de la servilité  jusqu’à l’agressivité  inutile, menaçant  quasiment d’envoyer l’armée se battre aux frontières de l’Ukraine.

Beaucoup de Français voudraient  aujourd’hui qu’il se retire au profit d’un successeur plus qualifié. Les volontaires sont nombreux. Mais il ne le fera pas de peur de se faire mépriser une fois de plus par l’actuelle  Première Dame.

08/10/2025 Combien de planètes semblables à la Terre ?

Il n’a pas comme on le devine de réponse à la question : combien il y aurait dans l’univers de planètes semblables à la Terre.

Quant aux planètes, il est vraisemblable le qu’un dixième d’entre elles compote des conditions favorables à la vie.

Si l’en s’en tient à l’expérience que nous en avons sur terre, cette vie serait d’abord limitée à des espèces unicellulaires. Mais un certain nombre de ces organismes se développeraient sous la forme d’organisme multicellulaires en compétition soumis à la sélection darwinienne.

Nécessairement, l’évolution sous l’influence de la compétitif on darwinienne doterait ceux-ci de cerveaux faits de neurones tels que l’on trouve dans le cerveau humain.

Il a fallu plusieurs milliers d’années pour l’espèce humaine se donne, grâce à ces cerveaux , de cultures techno-scientifiques lui permettant d’explorer l ‘espace interplanétaire proche. Depuis quelques années seulement, elle y recherche des traces de vie, dites des biosignatures. Mais il n a que dans la science fiction que l’humanité découvre l’existence d’espèces extraterrestres semblables à l’espèce humaine dotées de technologies lui permettants de diaoguer avec elle malgré les distances en années lumière qui les en séparent.

Ceci dit même sans évoquer la communication quantique pour qui à son échelle microscopique, il n ‘a ni temps ni espace, il n’est pas exclu que certaines civilisations avancées aient trouvé le moyen de visiter des planètes comportant des cultures semblables que celles de la Terre, à des fins non de guerre interplanétaire mais de coopération culturelle

10/2025 De l’eau sur Mars

D’après de récentes observations, les traces sombres qui apparaissent et disparaissent sur Mars de façon saisonnière sont faites d’eau salée.

Les falaises abruptes de Coprates Chasma sur Mars sont marquées par des traces sombres appelées lignes de pente récurrentes. Des scientifiques ont découvert que ces dernières étaient le fruit d’écoulements d’eau salée..

Décrites ce lundi dans la revue Nature Geoscience, les observations suggèrent que cette eau apparaît de façon saisonnière et forme des lignessombres en s’écoulant le long des abruptes falaises martiennes. Mais les scientifiques ne savent toujours pas d’où provient cette eau, ni si sa composition chimique permettrait d’accueillir la vie.

Pour l’instant, la découverte se contente de résoudre le mystère concernant les traces sombres apparaissant et disparaissant de façon saisonnière, appelées lignes de pente récurrentes. Bethany Ehlmann, géologue planétaire à Caltech, les décrit comme « les formations géologiques les plus étranges et les plus mystérieuses qui soient ».

Longues, sombres et de courte existence, les traces ont été remarquées pour la première fois en 2010 par Lujendra Ojha, alors étudiant de premier cycle à l’Université de l’Arizona. Ojha étudiait alors les images rapportées sur Terre par la caméra HiRISE située à bord de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter de la NASA. À l’époque il n’avait aucune idée de l’importance que prendraient ses observations.

« Je n’étais qu’un passionné observant des fausses trouvailles », ajoute Ojha, aujourd’hui à l’Institut de technologie de Géorgie.

Cinq ans plus tard, ces fausses trouvailles ont révélé leur véritable valeur. Au cours de ces cinq années, les scientifiques ont pointé HiRISE à plusieurs reprises sur les falaises et les cratères martiens. Ils ont pu observer ces traces apparaître, s’allonger puis disparaître au cours des saisons chaudes. Ils ont pu remarquer également qu’elles revenaient toujours aux mêmes endroits, près de l’équateur martien, et qu’elles s’étiraient le long des falaises abruptes et des parois des cratères.

Une hypothétique présence d’eau s’écoulant le long des pentes martiennes tout en assombrissant la surface permettait d’expliquer toutes ces caractéristiques, précise Alfred McEwen de l’Université de l’Arizona. Mais il restait un problème : « Nous n’avions pas de détection directe d’eau », ajoute-t-il. « Ce n’était que notre meilleure supposition. »

L’équipe a désormais associé les traces avec la présence de sels hydratés sur quatre sites différents d’apparition des traces. Les sels, appelés perchlorates, renferment des molécules d’eau dans leur cristaux.
« La présence de sels hydratés dans ces écoulements signifie que les traces sont formées par une eau contemporaine », explique Ojha.

La grande question porte sur l’origine de cette eau. D’où vient-elle ? L’une des possibilités est que les écoulements trouvent leur source dans un aquifère ou par la fonte de glace en sous-sol. D’après ces scénarios, Mars serait en fait en train de transpirer : de l’eau salée suinterait de ses pores puis s’écoulerait le long de ses pentes au fur et à mesure que la planète se réchauffe.

L’eau pourrait également provenir de l’atmosphère, hypothèse favorisée par l’équipe. Dans ce scénario, les sels à la surface absorbent la vapeur d’eau se trouvant dans l’atmosphère martienne.

« Si le taux d’humidité de l’atmosphère martienne devient suffisamment élevé, les sels de perchlorate peuvent absorber cette eau atmosphérique jusqu’à se dissoudre en une solution liquide », explique Mary Beth Wilhelm du Ames Research Center de la NASA.

Quelle qu’en soit la source, la présence d’eau sur Mars n’est pas une surprise. L’eau a sculpté des paysages martiens entiers, dont une ancienne mer profonde d’environ 1.6 km, dans un passé lointain de plusieurs milliards d’années, alors que la planète était plus chaude et l’eau plus présente. Les engins spatiaux explorant actuellement la surface martienne renvoient en permanence des données suggérant que l’eau était autrefois une ressource commune. (En 2012, le rover Curiosity a trouvé une preuve directe que de l’eau coulait sur Mars… dans le passé).

Mais jusqu’à aujourd’hui, les preuves d’eau liquide à la surface dans le présent se font rares. Ce que cela signifie, dans le contexte général de l’exploration planétaire et de la recherche de vie extra-terrestre, reste un mystère.

Référence

nature  

  1. article

Subsurface fluvial sediments beneath InSight on Mars from geophysical constraints
Abstract

Subsurface structure investigation on Mars is crucial for understanding its geological evolution and past hydrological conditions. Elysium Planitia (EP), located near the hypothesized ancient ocean shorelines, could contain clues for past water activity and paleoclimate. Here we present better-constrained subsurface models beneath InSight extending to ~800 m depth, obtained from joint inversion of seismic and seismoacoustic coupling data, and use the well-resolved subsurface structure to explore the lithological profile through rock physics models. The derived subsurface lithology agrees well with local geological context and exhibits a shallow 60-m-thick low-rigidity layer consistent with hydrated sedimentary materials. Despite possible contributions of aeolian and volcanic deposits, we favor the interpretation that the low-rigidity layer originated from fluvial activity in EP during the Hesperian or Hesperian-to-Amazonian epoch, as supported by adjacent paleo-shoreline morphology observations. These results hint at a period of warmer paleoclimate at low latitudes, possibly during high-obliquity phases of Mars’ rotational axis.

details

D’après de récentes observations, les traces sombres qui apparaissent et disparaissent sur Maes de façon saisonnière sont faites d’eau salée.

Les falaises abruptes de Coprates Chasma sur Mars sont marquées par des traces sombres appelées lignes de pente récurrentes. Des scientifiques ont découvert que ces dernières étaient le fruit d’écoulements d’eau salée..

Décrites ce lundi dans la revue Nature Geoscience, les observations suggèrent que cette eau apparaît de façon saisonnière et forme des lignessombres en s’écoulant le long des abruptes falaises martiennes. Mais les scientifiques ne savent toujours pas d’où provient cette eau, ni si sa composition chimique permettrait d’accueillir la vie.

Pour l’instant, la découverte se contente de résoudre le mystère concernant les traces sombres apparaissant et disparaissant de façon saisonnière, appelées lignes de pente récurrentes. Bethany Ehlmann, géologue planétaire à Caltech, les décrit comme « les formations géologiques les plus étranges et les plus mystérieuses qui soient ».

Longues, sombres et de courte existence, les traces ont été remarquées pour la première fois en 2010 par Lujendra Ojha, alors étudiant de premier cycle à l’Université de l’Arizona. Ojha étudiait alors les images rapportées sur Terre par la caméra HiRISE située à bord de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter de la NASA. À l’époque il n’avait aucune idée de l’importance que prendraient ses observations.

« Je n’étais qu’un passionné observant des fausses trouvailles », ajoute Ojha, aujourd’hui à l’Institut de technologie de Géorgie.

Cinq ans plus tard, ces fausses trouvailles ont révélé leur véritable valeur. Au cours de ces cinq années, les scientifiques ont pointé HiRISE à plusieurs reprises sur les falaises et les cratères martiens. Ils ont pu observer ces traces apparaître, s’allonger puis disparaître au cours des saisons chaudes. Ils ont pu remarquer également qu’elles revenaient toujours aux mêmes endroits, près de l’équateur martien, et qu’elles s’étiraient le long des falaises abruptes et des parois des cratères.

Une hypothétique présence d’eau s’écoulant le long des pentes martiennes tout en assombrissant la surface permettait d’expliquer toutes ces caractéristiques, précise Alfred McEwen de l’Université de l’Arizona. Mais il restait un problème : « Nous n’avions pas de détection directe d’eau », ajoute-t-il. « Ce n’était que notre meilleure supposition. »

L’équipe a désormais associé les traces avec la présence de sels hydratés sur quatre sites différents d’apparition des traces. Les sels, appelés perchlorates, renferment des molécules d’eau dans leur cristaux.
« La présence de sels hydratés dans ces écoulements signifie que les traces sont formées par une eau contemporaine », explique Ojha.

l’intérieur du craère martien Hale, des traces sombres (brunes) longues de 100 mètres ont été formées par des écoulements d’eau salée liquide. Elles apparaissent pendant les saisons chaudes, puis disparaissent rapidement.

Photo NASAJPLUniversity of Arizona

MARS TRANSPIRE-T-ELLE ?

La grande question porte sur l’origine de cette eau. D’où vient-elle ? L’une des possibilités est que les écoulements trouvent leur source dans un aquifère ou par la fonte de glace en sous-sol. D’après ces scénarios, Mars serait en fait en train de transpirer : de l’eau salée suinterait de ses pores puis s’écoulerait le long de ses pentes au fur et à mesure que la planète se réchauffe.

L’eau pourrait également provenir de l’atmosphère, hypothèse favorisée par l’équipe. Dans ce scénario, les sels à la surface absorbent la vapeur d’eau se trouvant dans l’atmosphère martienne.

« Si le taux d’humidité de l’atmosphère martienne devient suffisamment élevé, les sels de perchlorate peuvent absorber cette eau atmosphérique jusqu’à se dissoudre en une solution liquide », explique Mary Beth Wilhelm du Ames Research Center de la NASA.

Quelle qu’en soit la source, la présence d’eau sur Mars n’est pas une surprise. L’eau a sculpté des paysages martiens entiers, dont une ancienne mer profonde d’environ 1.6 km, dans un passé lointain de plusieurs milliards d’années, alors que la planète était plus chaude et l’eau plus présente. Les engins spatiaux explorant actuellement la surface martienne renvoient en permanence des données suggérant que l’eau était autrefois une ressource commune. (En 2012, le rover Curiosity a trouvé une preuve directe que de l’eau coulait sur Mars… dans le passé).

Mais jusqu’à aujourd’hui, les preuves d’eau liquide à la surface dans le présent se font rares. Ce que cela signifie, dans le contexte général de l’exploration planétaire et de la recherche de vie extra-terrestre, reste un mystère.

06/10/2025 La momification des morts dans l’ancienne Chine

Références

Hsiao-chun Hung https://orcid.org/0000-0001-5794-3040 hsiao-chun.hung@anu.edu.au, Zhenhua Deng https://orcid.org/0000-0002-6412-7399 zhenhuadeng@pku.edu.cn, Yiheng Liu, +19 , and Hirofumi Matsumura https://orcid.org/0000-0001-5453-7987 hiromura@sapmed.ac.jpAuthors

June 14, 2025;

hps://doi.org/10.1073/pnas.251510312213 6151

Vol. 122 | No. 38

Significance

This finding documents smoke-dried mummification of the dead, mostly in tightly bound crouched postures, from archaeological contexts between 12,000 and 4,000 y old across a vast region encompassing Southeast Asia, southern China, and beyond. The practice continued into the ethnographic record in the New Guinea Highlands and parts of Australia. The oldest of these burials predate the mummification associated with the Chinchorro culture (7,000 cal. BP, northern Chile) and Ancient Egypt (Old Kingdom, cal. 4,500 BP). Our burial samples from Southeastern Asia highlight a remarkably enduring set of cultural beliefs and mortuary practices that persisted for over 10,000 y among hunter-gatherer communities who were related through their craniofacial attributes and genomic affinities to Indigenous New Guinea Highland and Australian populations.

Abstract

In southern China and Southeast Asia (collectively, Southeastern Asia), Terminal Pleistocene and Early to Middle Holocene (ca. 12,000 to 4,000 cal. BP) hunter-gatherer burials feature tightly crouched or squatting postures, sometimes with indications of post-mortem dismemberment. Such burials contrast strongly with the extended supine burial postures typical of subsequent Neolithic inhumations in these regions. Their contorted postures, often with traces of burning, present interpretive challenges. This study uses multiple techniques, including X-ray diffraction and Fourier-transform infrared spectroscopy, to investigate 54 pre-Neolithic burials from 11 archaeological sites located across Southeastern Asia. The findings confirm that many of these pre-Neolithic flexed and squatting burials were treated by an extended period of smoke-drying over fire, a process of mummification similar to that recorded ethnographically in some Australian and Highland New Guinea societies. Some of the analyzed archaeoll samples represent the oldest known instances of such artificial mummification in the world.

Pour en savoir plus
La momification en Egypte

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Le dénominateur commun des peuples « momificateurs » est leur appartenance à des zones climatiques favorisant l’apparition de momies spontanées. Ainsi, les régions désertiques ou encore certaines contrées à climat froid (Groenland, pays andins). Plus rarement, la nature chimique particulière du sol a pu contribuer à la dessiccation spontanée des corps (tourbières d’Écosse et du Danemark).

Origine

En Égypte, c’est avant tout le climat sec qui a induit l’apparition de momies spontanées. La mise au jour de défunts spontanément momifiés, probablement exhumés par les animaux du désert [1], passé la frayeur que cela a pu provoquer, a sans doute fait émerger l’idée d’une forme de survie après la mort. On ne peut dater précisément l’époque à laquelle cette idée est apparue, sans doute à la période prédynastique vers 3500-3100. On a en effet retrouvé un certain nombre de momies spontanées datant de cette période. Plusieurs sont conservées au British Museum, le fameux « Ginger » en est un excellent exemple. Il s’agit essentiellement de corps en position contractée, chez qui seuls demeurent le squelette, la peau et les phanères (ongles, cheveux). On peut admettre que la réapparition de proches spontanément momifiés a eu un effet déterminant sur l’invention de la momification et, par ailleurs, il est certain que ces réapparitions ont conduit à construire des tombes plus élaborées que les fosses sommairement recouvertes de branchages des origines. Les fosses simplement creusées deviennent des caveaux aux parois maçonnées de brique, puis, pour les plus riches, des mastabas, tombes à superstructure oblongue, d’abord en briques puis en pierre. Un puits, creusé à partir du sommet plat du mastaba, aboutissait à un caveau souvent creusé à grande profondeur (jusqu’à 30 mètres). Dès lors, voulant soustraire le corps aux agressions des animaux du désert, on le livrait aux vers nécrophages … Les Égyptiens, perpétuellement aux prises avec les nuisances que leur causait le sable, n’avaient pas compris, de prime abord, son caractère bienfaisant dans le processus de momification spontanée. Dans le même temps, les textes religieux (Textes des Pyramides) affirment l’idée d’une vie après la mort, au moins pour la personne royale. La légende d’Osiris, dieu mort et ressuscité par son épouse Isis, prend forme, même si aux débuts de la momification ce mythe n’est pas encore connu sous les formes qu’il aura bien plus tard, au Moyen Empire et surtout à partir du Nouvel Empire. Le mythe de la deuxième vie se développe, deuxième vie conditionnée par un certain nombre de rituels dont fait partie intégrante la momification. Dans l’esprit des Égyptiens, la conservation du corps était une des conditions indispensables pour assurer la deuxième vie. En effet, l’image qu’ils se font de la personne implique l’association indispensable d’élément matériels (le corps) et d’éléments invisibles (le souffle vital, la conscience, la mémoire …).

À l’origine, la momification était très imparfaite, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, la confection de statues inscrites au nom du mort, ces statues étant censées remplacer le corps au cas, le plus fréquent à ces époques, où il n’était pas conservé.

Technique

La technique de la momification, ou plutôt l’ensemble des gestes qui contribuent à la réalisation d’une momie, n’a été élaborée que très lentement, très progressivement. On peut considérer que le début se situe à l’Ancien Empire ou un peu plus tôt. L’abandon assez rapide de la position contractée du corps au profit d’une position allongée, que l’on constate dès le début du iiie millénaire, est sans doute le reflet des premières éviscérations abdominales, même si tous les corps n’en bénéficiaient pas et de loin. Plusieurs facteurs ont contribué à la lenteur de l’amélioration technique. Un des plus importants est qu’à l’origine, la momification est réservée au roi, à sa famille et à un nombre restreint de grands personnages. Le petit nombre de momies à confectionner, même si on tient compte de la longévité limitée, ne nécessitait pas un grand nombre d’embaumeurs, donc limitait l’accumulation de savoirs. Une autre cause de la lenteur des progrès de la momification vient du fait qu’en principe les embaumeurs ne pouvaient vérifier le résultat de leurs procédés : le retour d’expérience n’était pratiquement pas possible. La démarche mentale des anciens Égyptiens était fort éloignée de celle qu’auront les Grecs avec l’invention de la méthode expérimentale. Les seuls qui pouvaient constater l’état des défunts étaient les pilleurs de tombe. Il est bien évident que leurs activités, condamnées, ne les incitaient pas à révéler le moindre détail… Tout au plus peut-on imaginer qu’à la fin de l’Ancien Empire, lorsque les pyramides et les tombes des familles royales ont été pillées, les embaumeurs ont eu accès à ce type d’information. Le petit nombre d’embaumeurs et de momies confectionnées, la lenteur des progrès expliquent qu’on a même pu assister à des régressions dans la qualité de certaines momies. Au total, la momification ne sera vraiment efficiente qu’au Nouvel Empire, il aura fallu mille ans … Au cours du ier millénaire a.C., des techniques plus simples, moins coûteuses se développent. Hérodote, qui visite l’Égypte au ve siècle avant notre ère, le précise bien : il existe à son époque trois classes de momification accessibles en fonction des moyens financiers des familles. La dernière classe fait appel à des moyens assez sommaires mais néanmoins efficaces, ce qui permet à la quasi-total

L’élimination des organes internes

L’éviscération abdominale revêtait une importance essentielle : sans doute, elle ne contribuait que peu à la dessiccation du corps, mais elle retardait de façon importante le développement de la putréfaction. Il est plus que probable que les embaumeurs ont imité les chasseurs ou les bouchers qui, aussitôt l’animal mis à mort, s’empressaient d’en retirer les viscères. Toutefois, cette opération se heurtait certainement à une sorte de tabou : il n’est pas anodin de porter atteinte à l’intégrité du corps d’un défunt, surtout d’un être cher. On trouve la trace d’un interdit concernant l’éviscération dans un texte de l’écrivain grec Diodore qui relate que le parachiste, l’officiant chargé d’ouvrir l’abdomen à l’aide d’une pierre d’Éthiopie (silex), était chassé à coups de pierre par ses collègues, comme pour le punir d’avoir attenté à l’intégrité du mort … Cette incision était suivie de l’extraction de différents organes : les intestins, le foie, l’estomac, et les poumons, la rate étant parfois extraite par mégarde. Ces organes, momifiés à part, étaient déposés dans des vases que l’on a coutume d’appeler vases canopes. Les attaches vasculaires et péritonéales des organes étaient tranchées à l’aide d’un instrument dont on a retrouvé des exemplaires [2]. Le cœur, organe essentiel parce que réputé siège de la pensée et de la vie, devait rester dans la poitrine. Si par mégarde, il était retiré avec les poumons, on le momifiait à part et on le remettait ensuite en place. Cette éventualité s’est produite dans le cas du pharaon Ramsès ii. Les reins, la vessie, l’utérus n’étaient pas retirés. Il faut observer que l’ablation du foie et son extraction par un orifice de dimensions limitées (souvent moins de quinze centimètres) ne devait pas être facile. De même celle des poumons qu’il fallait chercher à bout de bras, l’avant-bras et le coude entrés dans la cavité abdominale. On a discuté des raisons de la position de l’incision sur le flanc gauche qui à certains égards est plutôt mal commode. Sans doute revêt-elle un caractère rituel comme le souligne J.C. Goyon. A. Macke a observé une position encore plus latérale, pratiquement postérieure de l’orifice, comme si on voulait cacher un peu plus cet acte sacrilège. Nous l’avons personnellement observé également dans un certain nombre de cas. S’il n’y avait pas eu contrainte, imposant de limiter au maximum l’atteinte portée au corps, on aurait pu effectuer une large ouverture abdominale. Par ailleurs, la place de l’officiant par rapport à la momie semble avoir été à la droite du corps, celui-ci étant couché sur le dos sur la table de momification. On voit souvent le dieu Anubis (en réalité le prêtre portant un masque à tête d’Anubis) représenté à droite de la momie sur laquelle il est en train d’officier.

D’autres techniques ont été utilisées, pouvant remplacer l’éviscération abdominale classique, en particulier celle qui consiste à effectuer l’éviscération par la voie anale, ce qui limite l’atteinte portée à l’apparence du corps. C’est, semble-t-il, la technique utilisée pour la momification des princesses de la famille de Montouhotep ii (autour de 2000 a.C.), retrouvées dans leurs tombes inviolées du complexe funéraire du roi à Deir el-Bahari. Les résultats de la momification ont été satisfaisants.

Après l’éviscération, la cavité abdominale était lavée puis on y introduisait des onguents ou encore de la résine dont les vertus antiseptiques contribuaient à la bonne conservation du corps. À la basse époque, on a pris l’habitude de replacer dans l’abdomen les viscères enlevés, puis momifiés à part : on parle alors de paquets canopes.

Une autre technique encore, concernant les viscères abdominaux, consistait à injecter un produit corrosif qui dissolvait les intestins et qui, par ses vertus antiseptiques, enrayait la putréfaction. Ce procédé était utilisé dans les momifications les plus expéditives.

La dessiccation par le natron

Le deuxième geste majeur de la momification est la dessiccation par le natron. Le natron est un mélange en proportion variable de carbonate et de chlorure de sodium associés à des impuretés diverses. On trouve du natron dans la partie occidentale du delta, au Ouadi Natroun, et le long de la Piste des Quarante Jours qui relie l’oasis de Kharga, dans le désert occidental, au Darfour. Par une mauvaise traduction du texte d’Hérodote, on a longtemps parlé de « bain de natron » et, par voie de conséquence on a cherché, en vain, d’éventuelles baignoires dans lesquelles on aurait plongé les cadavres. En fait, le corps était placé sur la table de momification, semblable à nos tables à autopsie, et recouvert par du natron à l’état de cristaux. Hérodote parle de taricheuein, saler. Les taricheutes, chargés de ce travail étaient des saleurs (le terme grec tarichos désigne le poisson séché). La preuve de l’usage du natron sous forme de cristaux a été apportée par Lucas qui a momifié des rats en essayant diverses méthodes : l’immersion des rats dans une solution de natron n’a pas permis d’obtenir des momies alors que l’usage du natron sous forme de cristaux recouvrant les animaux a été parfaitement opérant. Le mode d’action du natron est multiple. D’une part, il se comporte comme un déshydratant puissant car au terme de son action le corps a complètement perdu son eau. En fait, si cette action est assez comparable à celle du salage de la viande ou du poisson, le natron a une action plus profonde qu’un simple salage : il saponifie les graisses qui, rendues solubles, sont éliminées avec l’eau. Enfin, le natron a un pouvoir tannant, donnant à la peau l’aspect du cuir. Il est d’ailleurs encore utilisé à cet effet de nos jours. Un cas particulier est celui des 60 archers de Montouhotep ii, découverts à Deir el-Bahari, qui semblent avoir été desséchés par le contact avec le sable.

L’éviscération crânienne

Un geste de moindre importance, qui ne semble pas avoir été mis en œuvre avant le Nouvel Empire, est l’éviscération crânienne. Cette technique consistait à retirer le cerveau après avoir perforé la lame criblée de l’ethmoïde à l’aide d’une tige de bronze à l’extrémité recourbée, introduite dans la narine (le plus souvent gauche). L’officiant morcelait le cerveau et l’éliminait en versant un liquide dans la cavité crânienne. Ensuite, on introduisait dans le crâne une certaine quantité d’un produit résineux noir, rendu liquide par chauffage. Ce produit est bien visible sur les radiographies, sous forme d’un niveau horizontal. Cette éviscération n’a qu’un impact très modeste sur la conservation du corps. Il est étonnant de constater que les Égyptiens n’ont pas réalisé l’importance du cerveau, attribuant au cœur l’intelligence et les sentiments.06/10/2025 La momification des morts dans l’ancienne Chine



Références

Hsiao-chun Hung https://orcid.org/0000-0001-5794-3040 hsiao-chun.hung@anu.edu.au, Zhenhua Deng https://orcid.org/0000-0002-6412-7399 zhenhuadeng@pku.edu.cn, Yiheng Liu, +19 , and Hirofumi Matsumura https://orcid.org/0000-0001-5453-7987 hiromura@sapmed.ac.jpAuthors

June 14, 2025;

hps://doi.org/10.1073/pnas.251510312213 6151

Vol. 122 | No. 38

Significance

This finding documents smoke-dried mummification of the dead, mostly in tightly bound crouched postures, from archaeological contexts between 12,000 and 4,000 y old across a vast region encompassing Southeast Asia, southern China, and beyond. The practice continued into the ethnographic record in the New Guinea Highlands and parts of Australia. The oldest of these burials predate the mummification associated with the Chinchorro culture (7,000 cal. BP, northern Chile) and Ancient Egypt (Old Kingdom, cal. 4,500 BP). Our burial samples from Southeastern Asia highlight a remarkably enduring set of cultural beliefs and mortuary practices that persisted for over 10,000 y among hunter-gatherer communities who were related through their craniofacial attributes and genomic affinities to Indigenous New Guinea Highland and Australian populations.

Abstract

In southern China and Southeast Asia (collectively, Southeastern Asia), Terminal Pleistocene and Early to Middle Holocene (ca. 12,000 to 4,000 cal. BP) hunter-gatherer burials feature tightly crouched or squatting postures, sometimes with indications of post-mortem dismemberment. Such burials contrast strongly with the extended supine burial postures typical of subsequent Neolithic inhumations in these regions. Their contorted postures, often with traces of burning, present interpretive challenges. This study uses multiple techniques, including X-ray diffraction and Fourier-transform infrared spectroscopy, to investigate 54 pre-Neolithic burials from 11 archaeological sites located across Southeastern Asia. The findings confirm that many of these pre-Neolithic flexed and squatting burials were treated by an extended period of smoke-drying over fire, a process of mummification similar to that recorded ethnographically in some Australian and Highland New Guinea societies. Some of the analyzed archaeoll samples represent the oldest known instances of such artificial mummification in the world.

Pour en savoir plus
La momification en Egypte

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Le dénominateur commun des peuples « momificateurs » est leur appartenance à des zones climatiques favorisant l’apparition de momies spontanées. Ainsi, les régions désertiques ou encore certaines contrées à climat froid (Groenland, pays andins). Plus rarement, la nature chimique particulière du sol a pu contribuer à la dessiccation spontanée des corps (tourbières d’Écosse et du Danemark).

Origine

En Égypte, c’est avant tout le climat sec qui a induit l’apparition de momies spontanées. La mise au jour de défunts spontanément momifiés, probablement exhumés par les animaux du désert [1], passé la frayeur que cela a pu provoquer, a sans doute fait émerger l’idée d’une forme de survie après la mort. On ne peut dater précisément l’époque à laquelle cette idée est apparue, sans doute à la période prédynastique vers 3500-3100. On a en effet retrouvé un certain nombre de momies spontanées datant de cette période. Plusieurs sont conservées au British Museum, le fameux « Ginger » en est un excellent exemple. Il s’agit essentiellement de corps en position contractée, chez qui seuls demeurent le squelette, la peau et les phanères (ongles, cheveux). On peut admettre que la réapparition de proches spontanément momifiés a eu un effet déterminant sur l’invention de la momification et, par ailleurs, il est certain que ces réapparitions ont conduit à construire des tombes plus élaborées que les fosses sommairement recouvertes de branchages des origines. Les fosses simplement creusées deviennent des caveaux aux parois maçonnées de brique, puis, pour les plus riches, des mastabas, tombes à superstructure oblongue, d’abord en briques puis en pierre. Un puits, creusé à partir du sommet plat du mastaba, aboutissait à un caveau souvent creusé à grande profondeur (jusqu’à 30 mètres). Dès lors, voulant soustraire le corps aux agressions des animaux du désert, on le livrait aux vers nécrophages … Les Égyptiens, perpétuellement aux prises avec les nuisances que leur causait le sable, n’avaient pas compris, de prime abord, son caractère bienfaisant dans le processus de momification spontanée. Dans le même temps, les textes religieux (Textes des Pyramides) affirment l’idée d’une vie après la mort, au moins pour la personne royale. La légende d’Osiris, dieu mort et ressuscité par son épouse Isis, prend forme, même si aux débuts de la momification ce mythe n’est pas encore connu sous les formes qu’il aura bien plus tard, au Moyen Empire et surtout à partir du Nouvel Empire. Le mythe de la deuxième vie se développe, deuxième vie conditionnée par un certain nombre de rituels dont fait partie intégrante la momification. Dans l’esprit des Égyptiens, la conservation du corps était une des conditions indispensables pour assurer la deuxième vie. En effet, l’image qu’ils se font de la personne implique l’association indispensable d’élément matériels (le corps) et d’éléments invisibles (le souffle vital, la conscience, la mémoire …).

À l’origine, la momification était très imparfaite, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, la confection de statues inscrites au nom du mort, ces statues étant censées remplacer le corps au cas, le plus fréquent à ces époques, où il n’était pas conservé.

Technique

La technique de la momification, ou plutôt l’ensemble des gestes qui contribuent à la réalisation d’une momie, n’a été élaborée que très lentement, très progressivement. On peut considérer que le début se situe à l’Ancien Empire ou un peu plus tôt. L’abandon assez rapide de la position contractée du corps au profit d’une position allongée, que l’on constate dès le début du iiie millénaire, est sans doute le reflet des premières éviscérations abdominales, même si tous les corps n’en bénéficiaient pas et de loin. Plusieurs facteurs ont contribué à la lenteur de l’amélioration technique. Un des plus importants est qu’à l’origine, la momification est réservée au roi, à sa famille et à un nombre restreint de grands personnages. Le petit nombre de momies à confectionner, même si on tient compte de la longévité limitée, ne nécessitait pas un grand nombre d’embaumeurs, donc limitait l’accumulation de savoirs. Une autre cause de la lenteur des progrès de la momification vient du fait qu’en principe les embaumeurs ne pouvaient vérifier le résultat de leurs procédés : le retour d’expérience n’était pratiquement pas possible. La démarche mentale des anciens Égyptiens était fort éloignée de celle qu’auront les Grecs avec l’invention de la méthode expérimentale. Les seuls qui pouvaient constater l’état des défunts étaient les pilleurs de tombe. Il est bien évident que leurs activités, condamnées, ne les incitaient pas à révéler le moindre détail… Tout au plus peut-on imaginer qu’à la fin de l’Ancien Empire, lorsque les pyramides et les tombes des familles royales ont été pillées, les embaumeurs ont eu accès à ce type d’information. Le petit nombre d’embaumeurs et de momies confectionnées, la lenteur des progrès expliquent qu’on a même pu assister à des régressions dans la qualité de certaines momies. Au total, la momification ne sera vraiment efficiente qu’au Nouvel Empire, il aura fallu mille ans … Au cours du ier millénaire a.C., des techniques plus simples, moins coûteuses se développent. Hérodote, qui visite l’Égypte au ve siècle avant notre ère, le précise bien : il existe à son époque trois classes de momification accessibles en fonction des moyens financiers des familles. La dernière classe fait appel à des moyens assez sommaires mais néanmoins efficaces, ce qui permet à la quasi-total

L’élimination des organes internes

L’éviscération abdominale revêtait une importance essentielle : sans doute, elle ne contribuait que peu à la dessiccation du corps, mais elle retardait de façon importante le développement de la putréfaction. Il est plus que probable que les embaumeurs ont imité les chasseurs ou les bouchers qui, aussitôt l’animal mis à mort, s’empressaient d’en retirer les viscères. Toutefois, cette opération se heurtait certainement à une sorte de tabou : il n’est pas anodin de porter atteinte à l’intégrité du corps d’un défunt, surtout d’un être cher. On trouve la trace d’un interdit concernant l’éviscération dans un texte de l’écrivain grec Diodore qui relate que le parachiste, l’officiant chargé d’ouvrir l’abdomen à l’aide d’une pierre d’Éthiopie (silex), était chassé à coups de pierre par ses collègues, comme pour le punir d’avoir attenté à l’intégrité du mort … Cette incision était suivie de l’extraction de différents organes : les intestins, le foie, l’estomac, et les poumons, la rate étant parfois extraite par mégarde. Ces organes, momifiés à part, étaient déposés dans des vases que l’on a coutume d’appeler vases canopes. Les attaches vasculaires et péritonéales des organes étaient tranchées à l’aide d’un instrument dont on a retrouvé des exemplaires [2]. Le cœur, organe essentiel parce que réputé siège de la pensée et de la vie, devait rester dans la poitrine. Si par mégarde, il était retiré avec les poumons, on le momifiait à part et on le remettait ensuite en place. Cette éventualité s’est produite dans le cas du pharaon Ramsès ii. Les reins, la vessie, l’utérus n’étaient pas retirés. Il faut observer que l’ablation du foie et son extraction par un orifice de dimensions limitées (souvent moins de quinze centimètres) ne devait pas être facile. De même celle des poumons qu’il fallait chercher à bout de bras, l’avant-bras et le coude entrés dans la cavité abdominale. On a discuté des raisons de la position de l’incision sur le flanc gauche qui à certains égards est plutôt mal commode. Sans doute revêt-elle un caractère rituel comme le souligne J.C. Goyon. A. Macke a observé une position encore plus latérale, pratiquement postérieure de l’orifice, comme si on voulait cacher un peu plus cet acte sacrilège. Nous l’avons personnellement observé également dans un certain nombre de cas. S’il n’y avait pas eu contrainte, imposant de limiter au maximum l’atteinte portée au corps, on aurait pu effectuer une large ouverture abdominale. Par ailleurs, la place de l’officiant par rapport à la momie semble avoir été à la droite du corps, celui-ci étant couché sur le dos sur la table de momification. On voit souvent le dieu Anubis (en réalité le prêtre portant un masque à tête d’Anubis) représenté à droite de la momie sur laquelle il est en train d’officier.

D’autres techniques ont été utilisées, pouvant remplacer l’éviscération abdominale classique, en particulier celle qui consiste à effectuer l’éviscération par la voie anale, ce qui limite l’atteinte portée à l’apparence du corps. C’est, semble-t-il, la technique utilisée pour la momification des princesses de la famille de Montouhotep ii (autour de 2000 a.C.), retrouvées dans leurs tombes inviolées du complexe funéraire du roi à Deir el-Bahari. Les résultats de la momification ont été satisfaisants.

Après l’éviscération, la cavité abdominale était lavée puis on y introduisait des onguents ou encore de la résine dont les vertus antiseptiques contribuaient à la bonne conservation du corps. À la basse époque, on a pris l’habitude de replacer dans l’abdomen les viscères enlevés, puis momifiés à part : on parle alors de paquets canopes.

Une autre technique encore, concernant les viscères abdominaux, consistait à injecter un produit corrosif qui dissolvait les intestins et qui, par ses vertus antiseptiques, enrayait la putréfaction. Ce procédé était utilisé dans les momifications les plus expéditives.

La dessiccation par le natron

Le deuxième geste majeur de la momification est la dessiccation par le natron. Le natron est un mélange en proportion variable de carbonate et de chlorure de sodium associés à des impuretés diverses. On trouve du natron dans la partie occidentale du delta, au Ouadi Natroun, et le long de la Piste des Quarante Jours qui relie l’oasis de Kharga, dans le désert occidental, au Darfour. Par une mauvaise traduction du texte d’Hérodote, on a longtemps parlé de « bain de natron » et, par voie de conséquence on a cherché, en vain, d’éventuelles baignoires dans lesquelles on aurait plongé les cadavres. En fait, le corps était placé sur la table de momification, semblable à nos tables à autopsie, et recouvert par du natron à l’état de cristaux. Hérodote parle de taricheuein, saler. Les taricheutes, chargés de ce travail étaient des saleurs (le terme grec tarichos désigne le poisson séché). La preuve de l’usage du natron sous forme de cristaux a été apportée par Lucas qui a momifié des rats en essayant diverses méthodes : l’immersion des rats dans une solution de natron n’a pas permis d’obtenir des momies alors que l’usage du natron sous forme de cristaux recouvrant les animaux a été parfaitement opérant. Le mode d’action du natron est multiple. D’une part, il se comporte comme un déshydratant puissant car au terme de son action le corps a complètement perdu son eau. En fait, si cette action est assez comparable à celle du salage de la viande ou du poisson, le natron a une action plus profonde qu’un simple salage : il saponifie les graisses qui, rendues solubles, sont éliminées avec l’eau. Enfin, le natron a un pouvoir tannant, donnant à la peau l’aspect du cuir. Il est d’ailleurs encore utilisé à cet effet de nos jours. Un cas particulier est celui des 60 archers de Montouhotep ii, découverts à Deir el-Bahari, qui semblent avoir été desséchés par le contact avec le sable.

L’éviscération crânienne

Un geste de moindre importance, qui ne semble pas avoir été mis en œuvre avant le Nouvel Empire, est l’éviscération crânienne. Cette technique consistait à retirer le cerveau après avoir perforé la lame criblée de l’ethmoïde à l’aide d’une tige de bronze à l’extrémité recourbée, introduite dans la narine (le plus souvent gauche). L’officiant morcelait le cerveau et l’éliminait en versant un liquide dans la cavité crânienne. Ensuite, on introduisait dans le crâne une certaine quantité d’un produit résineux noir, rendu liquide par chauffage. Ce produit est bien visible sur les radiographies, sous forme d’un niveau horizontal. Cette éviscération n’a qu’un impact très modeste sur la conservation du corps. Il est étonnant de constater que les Égyptiens n’ont pas réalisé l’importance du cerveau, attribuant au cœur l’intelligence et les sentiments.

06/10/2025 La momification des morts dans l’ancienne Chine

Références

Hsiao-chun Hung https://orcid.org/0000-0001-5794-3040 hsiao-chun.hung@anu.edu.au, Zhenhua Deng https://orcid.org/0000-0002-6412-7399 zhenhuadeng@pku.edu.cn, Yiheng Liu, +19 , and Hirofumi Matsumura https://orcid.org/0000-0001-5453-7987 hiromura@sapmed.ac.jpAuthors

June 14, 2025;

hps://doi.org/10.1073/pnas.251510312213 6151

Vol. 122 | No. 38

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Origine

En Égypte, c’est avant tout le climat sec qui a induit l’apparition de momies spontanées. La mise au jour de défunts spontanément momifiés, probablement exhumés par les animaux du désert [1], passé la frayeur que cela a pu provoquer, a sans doute fait émerger l’idée d’une forme de survie après la mort. On ne peut dater précisément l’époque à laquelle cette idée est apparue, sans doute à la période prédynastique vers 3500-3100. On a en effet retrouvé un certain nombre de momies spontanées datant de cette période. Plusieurs sont conservées au British Museum, le fameux « Ginger » en est un excellent exemple. Il s’agit essentiellement de corps en position contractée, chez qui seuls demeurent le squelette, la peau et les phanères (ongles, cheveux). On peut admettre que la réapparition de proches spontanément momifiés a eu un effet déterminant sur l’invention de la momification et, par ailleurs, il est certain que ces réapparitions ont conduit à construire des tombes plus élaborées que les fosses sommairement recouvertes de branchages des origines. Les fosses simplement creusées deviennent des caveaux aux parois maçonnées de brique, puis, pour les plus riches, des mastabas, tombes à superstructure oblongue, d’abord en briques puis en pierre. Un puits, creusé à partir du sommet plat du mastaba, aboutissait à un caveau souvent creusé à grande profondeur (jusqu’à 30 mètres). Dès lors, voulant soustraire le corps aux agressions des animaux du désert, on le livrait aux vers nécrophages … Les Égyptiens, perpétuellement aux prises avec les nuisances que leur causait le sable, n’avaient pas compris, de prime abord, son caractère bienfaisant dans le processus de momification spontanée. Dans le même temps, les textes religieux (Textes des Pyramides) affirment l’idée d’une vie après la mort, au moins pour la personne royale. La légende d’Osiris, dieu mort et ressuscité par son épouse Isis, prend forme, même si aux débuts de la momification ce mythe n’est pas encore connu sous les formes qu’il aura bien plus tard, au Moyen Empire et surtout à partir du Nouvel Empire. Le mythe de la deuxième vie se développe, deuxième vie conditionnée par un certain nombre de rituels dont fait partie intégrante la momification. Dans l’esprit des Égyptiens, la conservation du corps était une des conditions indispensables pour assurer la deuxième vie. En effet, l’image qu’ils se font de la personne implique l’association indispensable d’élément matériels (le corps) et d’éléments invisibles (le souffle vital, la conscience, la mémoire …).

À l’origine, la momification était très imparfaite, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, la confection de statues inscrites au nom du mort, ces statues étant censées remplacer le corps au cas, le plus fréquent à ces époques, où il n’était pas conservé.

Technique

La technique de la momification, ou plutôt l’ensemble des gestes qui contribuent à la réalisation d’une momie, n’a été élaborée que très lentement, très progressivement. On peut considérer que le début se situe à l’Ancien Empire ou un peu plus tôt. L’abandon assez rapide de la position contractée du corps au profit d’une position allongée, que l’on constate dès le début du iiie millénaire, est sans doute le reflet des premières éviscérations abdominales, même si tous les corps n’en bénéficiaient pas et de loin. Plusieurs facteurs ont contribué à la lenteur de l’amélioration technique. Un des plus importants est qu’à l’origine, la momification est réservée au roi, à sa famille et à un nombre restreint de grands personnages. Le petit nombre de momies à confectionner, même si on tient compte de la longévité limitée, ne nécessitait pas un grand nombre d’embaumeurs, donc limitait l’accumulation de savoirs. Une autre cause de la lenteur des progrès de la momification vient du fait qu’en principe les embaumeurs ne pouvaient vérifier le résultat de leurs procédés : le retour d’expérience n’était pratiquement pas possible. La démarche mentale des anciens Égyptiens était fort éloignée de celle qu’auront les Grecs avec l’invention de la méthode expérimentale. Les seuls qui pouvaient constater l’état des défunts étaient les pilleurs de tombe. Il est bien évident que leurs activités, condamnées, ne les incitaient pas à révéler le moindre détail… Tout au plus peut-on imaginer qu’à la fin de l’Ancien Empire, lorsque les pyramides et les tombes des familles royales ont été pillées, les embaumeurs ont eu accès à ce type d’information. Le petit nombre d’embaumeurs et de momies confectionnées, la lenteur des progrès expliquent qu’on a même pu assister à des régressions dans la qualité de certaines momies. Au total, la momification ne sera vraiment efficiente qu’au Nouvel Empire, il aura fallu mille ans … Au cours du ier millénaire a.C., des techniques plus simples, moins coûteuses se développent. Hérodote, qui visite l’Égypte au ve siècle avant notre ère, le précise bien : il existe à son époque trois classes de momification accessibles en fonction des moyens financiers des familles. La dernière classe fait appel à des moyens assez sommaires mais néanmoins efficaces, ce qui permet à la quasi-total

L’élimination des organes internes

L’éviscération abdominale revêtait une importance essentielle : sans doute, elle ne contribuait que peu à la dessiccation du corps, mais elle retardait de façon importante le développement de la putréfaction. Il est plus que probable que les embaumeurs ont imité les chasseurs ou les bouchers qui, aussitôt l’animal mis à mort, s’empressaient d’en retirer les viscères. Toutefois, cette opération se heurtait certainement à une sorte de tabou : il n’est pas anodin de porter atteinte à l’intégrité du corps d’un défunt, surtout d’un être cher. On trouve la trace d’un interdit concernant l’éviscération dans un texte de l’écrivain grec Diodore qui relate que le parachiste, l’officiant chargé d’ouvrir l’abdomen à l’aide d’une pierre d’Éthiopie (silex), était chassé à coups de pierre par ses collègues, comme pour le punir d’avoir attenté à l’intégrité du mort … Cette incision était suivie de l’extraction de différents organes : les intestins, le foie, l’estomac, et les poumons, la rate étant parfois extraite par mégarde. Ces organes, momifiés à part, étaient déposés dans des vases que l’on a coutume d’appeler vases canopes. Les attaches vasculaires et péritonéales des organes étaient tranchées à l’aide d’un instrument dont on a retrouvé des exemplaires [2]. Le cœur, organe essentiel parce que réputé siège de la pensée et de la vie, devait rester dans la poitrine. Si par mégarde, il était retiré avec les poumons, on le momifiait à part et on le remettait ensuite en place. Cette éventualité s’est produite dans le cas du pharaon Ramsès ii. Les reins, la vessie, l’utérus n’étaient pas retirés. Il faut observer que l’ablation du foie et son extraction par un orifice de dimensions limitées (souvent moins de quinze centimètres) ne devait pas être facile. De même celle des poumons qu’il fallait chercher à bout de bras, l’avant-bras et le coude entrés dans la cavité abdominale. On a discuté des raisons de la position de l’incision sur le flanc gauche qui à certains égards est plutôt mal commode. Sans doute revêt-elle un caractère rituel comme le souligne J.C. Goyon. A. Macke a observé une position encore plus latérale, pratiquement postérieure de l’orifice, comme si on voulait cacher un peu plus cet acte sacrilège. Nous l’avons personnellement observé également dans un certain nombre de cas. S’il n’y avait pas eu contrainte, imposant de limiter au maximum l’atteinte portée au corps, on aurait pu effectuer une large ouverture abdominale. Par ailleurs, la place de l’officiant par rapport à la momie semble avoir été à la droite du corps, celui-ci étant couché sur le dos sur la table de momification. On voit souvent le dieu Anubis (en réalité le prêtre portant un masque à tête d’Anubis) représenté à droite de la momie sur laquelle il est en train d’officier.

D’autres techniques ont été utilisées, pouvant remplacer l’éviscération abdominale classique, en particulier celle qui consiste à effectuer l’éviscération par la voie anale, ce qui limite l’atteinte portée à l’apparence du corps. C’est, semble-t-il, la technique utilisée pour la momification des princesses de la famille de Montouhotep ii (autour de 2000 a.C.), retrouvées dans leurs tombes inviolées du complexe funéraire du roi à Deir el-Bahari. Les résultats de la momification ont été satisfaisants.

Après l’éviscération, la cavité abdominale était lavée puis on y introduisait des onguents ou encore de la résine dont les vertus antiseptiques contribuaient à la bonne conservation du corps. À la basse époque, on a pris l’habitude de replacer dans l’abdomen les viscères enlevés, puis momifiés à part : on parle alors de paquets canopes.

Une autre technique encore, concernant les viscères abdominaux, consistait à injecter un produit corrosif qui dissolvait les intestins et qui, par ses vertus antiseptiques, enrayait la putréfaction. Ce procédé était utilisé dans les momifications les plus expéditives.


La dessiccation par le natron

Le deuxième geste majeur de la momification est la dessiccation par le natron. Le natron est un mélange en proportion variable de carbonate et de chlorure de sodium associés à des impuretés diverses. On trouve du natron dans la partie occidentale du delta, au Ouadi Natroun, et le long de la Piste des Quarante Jours qui relie l’oasis de Kharga, dans le désert occidental, au Darfour. Par une mauvaise traduction du texte d’Hérodote, on a longtemps parlé de « bain de natron » et, par voie de conséquence on a cherché, en vain, d’éventuelles baignoires dans lesquelles on aurait plongé les cadavres. En fait, le corps était placé sur la table de momification, semblable à nos tables à autopsie, et recouvert par du natron à l’état de cristaux. Hérodote parle de taricheuein, saler. Les taricheutes, chargés de ce travail étaient des saleurs (le terme grec tarichos désigne le poisson séché). La preuve de l’usage du natron sous forme de cristaux a été apportée par Lucas qui a momifié des rats en essayant diverses méthodes : l’immersion des rats dans une solution de natron n’a pas permis d’obtenir des momies alors que l’usage du natron sous forme de cristaux recouvrant les animaux a été parfaitement opérant. Le mode d’action du natron est multiple. D’une part, il se comporte comme un déshydratant puissant car au terme de son action le corps a complètement perdu son eau. En fait, si cette action est assez comparable à celle du salage de la viande ou du poisson, le natron a une action plus profonde qu’un simple salage : il saponifie les graisses qui, rendues solubles, sont éliminées avec l’eau. Enfin, le natron a un pouvoir tannant, donnant à la peau l’aspect du cuir. Il est d’ailleurs encore utilisé à cet effet de nos jours. Un cas particulier est celui des 60 archers de Montouhotep ii, découverts à Deir el-Bahari, qui semblent avoir été desséchés par le contact avec le sable.

L’éviscération crânienne

Un geste de moindre importance, qui ne semble pas avoir été mis en œuvre avant le Nouvel Empire, est l’éviscération crânienne. Cette technique consistait à retirer le cerveau après avoir perforé la lame criblée de l’ethmoïde à l’aide d’une tige de bronze à l’extrémité recourbée, introduite dans la narine (le plus souvent gauche). L’officiant morcelait le cerveau et l’éliminait en versant un liquide dans la cavité crânienne. Ensuite, on introduisait dans le crâne une certaine quantité d’un produit résineux noir, rendu liquide par chauffage. Ce produit est bien visible sur les radiographies, sous forme d’un niveau horizontal. Cette éviscération n’a qu’un impact très modeste sur la conservation du corps. Il est étonnant de constater que les Égyptiens n’ont pas réalisé l’importance du cerveau, attribuant au cœur l’intelligence et les sentiments.

06/10/2025 La momification des morts dans l’ancienne Chine

Références

Hsiao-chun Hung https://orcid.org/0000-0001-5794-3040 hsiao-chun.hung@anu.edu.au, Zhenhua Deng https://orcid.org/0000-0002-6412-7399 zhenhuadeng@pku.edu.cn, Yiheng Liu, +19 , and Hirofumi Matsumura https://orcid.org/0000-0001-5453-7987 hiromura@sapmed.ac.jpAuthors

June 14, 2025;

hps://doi.org/10.1073/pnas.251510312213 6151

Vol. 122 | No. 38

Significance

This finding documents smoke-dried mummification of the dead, mostly in tightly bound crouched postures, from archaeological contexts between 12,000 and 4,000 y old across a vast region encompassing Southeast Asia, southern China, and beyond. The practice continued into the ethnographic record in the New Guinea Highlands and parts of Australia. The oldest of these burials predate the mummification associated with the Chinchorro culture (7,000 cal. BP, northern Chile) and Ancient Egypt (Old Kingdom, cal. 4,500 BP). Our burial samples from Southeastern Asia highlight a remarkably enduring set of cultural beliefs and mortuary practices that persisted for over 10,000 y among hunter-gatherer communities who were related through their craniofacial attributes and genomic affinities to Indigenous New Guinea Highland and Australian populations.

Abstract

In southern China and Southeast Asia (collectively, Southeastern Asia), Terminal Pleistocene and Early to Middle Holocene (ca. 12,000 to 4,000 cal. BP) hunter-gatherer burials feature tightly crouched or squatting postures, sometimes with indications of post-mortem dismemberment. Such burials contrast strongly with the extended supine burial postures typical of subsequent Neolithic inhumations in these regions. Their contorted postures, often with traces of burning, present interpretive challenges. This study uses multiple techniques, including X-ray diffraction and Fourier-transform infrared spectroscopy, to investigate 54 pre-Neolithic burials from 11 archaeological sites located across Southeastern Asia. The findings confirm that many of these pre-Neolithic flexed and squatting burials were treated by an extended period of smoke-drying over fire, a process of mummification similar to that recorded ethnographically in some Australian and Highland New Guinea societies. Some of the analyzed archaeoll samples represent the oldest known instances of such artificial mummification in the world.

Pour en savoir plus
La momification en Egypte

S’il existe des momies dans d’assez nombreuses contrées du monde, c’est indiscutablement en Égypte que cette pratique s’est développée à grande échelle, et ce pendant plus de 3000 ans. Précisons que l’on appelle momies les corps qui ont subi un traitement conservateur propre à enrayer la putréfaction par opposition aux corps spontanément conservés à la faveur de facteurs extérieurs non intentionnels. Il reste que la frontière peut parfois être difficile à préciser et que dans l’usage courant on appelle souvent momies des corps conservés naturellement.

Le dénominateur commun des peuples « momificateurs » est leur appartenance à des zones climatiques favorisant l’apparition de momies spontanées. Ainsi, les régions désertiques ou encore certaines contrées à climat froid (Groenland, pays andins). Plus rarement, la nature chimique particulière du sol a pu contribuer à la dessiccation spontanée des corps (tourbières d’Écosse et du Danemark).

Origine

En Égypte, c’est avant tout le climat sec qui a induit l’apparition de momies spontanées. La mise au jour de défunts spontanément momifiés, probablement exhumés par les animaux du désert [1], passé la frayeur que cela a pu provoquer, a sans doute fait émerger l’idée d’une forme de survie après la mort. On ne peut dater précisément l’époque à laquelle cette idée est apparue, sans doute à la période prédynastique vers 3500-3100. On a en effet retrouvé un certain nombre de momies spontanées datant de cette période. Plusieurs sont conservées au British Museum, le fameux « Ginger » en est un excellent exemple. Il s’agit essentiellement de corps en position contractée, chez qui seuls demeurent le squelette, la peau et les phanères (ongles, cheveux). On peut admettre que la réapparition de proches spontanément momifiés a eu un effet déterminant sur l’invention de la momification et, par ailleurs, il est certain que ces réapparitions ont conduit à construire des tombes plus élaborées que les fosses sommairement recouvertes de branchages des origines. Les fosses simplement creusées deviennent des caveaux aux parois maçonnées de brique, puis, pour les plus riches, des mastabas, tombes à superstructure oblongue, d’abord en briques puis en pierre. Un puits, creusé à partir du sommet plat du mastaba, aboutissait à un caveau souvent creusé à grande profondeur (jusqu’à 30 mètres). Dès lors, voulant soustraire le corps aux agressions des animaux du désert, on le livrait aux vers nécrophages … Les Égyptiens, perpétuellement aux prises avec les nuisances que leur causait le sable, n’avaient pas compris, de prime abord, son caractère bienfaisant dans le processus de momification spontanée. Dans le même temps, les textes religieux (Textes des Pyramides) affirment l’idée d’une vie après la mort, au moins pour la personne royale. La légende d’Osiris, dieu mort et ressuscité par son épouse Isis, prend forme, même si aux débuts de la momification ce mythe n’est pas encore connu sous les formes qu’il aura bien plus tard, au Moyen Empire et surtout à partir du Nouvel Empire. Le mythe de la deuxième vie se développe, deuxième vie conditionnée par un certain nombre de rituels dont fait partie intégrante la momification. Dans l’esprit des Égyptiens, la conservation du corps était une des conditions indispensables pour assurer la deuxième vie. En effet, l’image qu’ils se font de la personne implique l’association indispensable d’élément matériels (le corps) et d’éléments invisibles (le souffle vital, la conscience, la mémoire …).

À l’origine, la momification était très imparfaite, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, la confection de statues inscrites au nom du mort, ces statues étant censées remplacer le corps au cas, le plus fréquent à ces époques, où il n’était pas conservé.

Technique

La technique de la momification, ou plutôt l’ensemble des gestes qui contribuent à la réalisation d’une momie, n’a été élaborée que très lentement, très progressivement. On peut considérer que le début se situe à l’Ancien Empire ou un peu plus tôt. L’abandon assez rapide de la position contractée du corps au profit d’une position allongée, que l’on constate dès le début du iiie millénaire, est sans doute le reflet des premières éviscérations abdominales, même si tous les corps n’en bénéficiaient pas et de loin. Plusieurs facteurs ont contribué à la lenteur de l’amélioration technique. Un des plus importants est qu’à l’origine, la momification est réservée au roi, à sa famille et à un nombre restreint de grands personnages. Le petit nombre de momies à confectionner, même si on tient compte de la longévité limitée, ne nécessitait pas un grand nombre d’embaumeurs, donc limitait l’accumulation de savoirs. Une autre cause de la lenteur des progrès de la momification vient du fait qu’en principe les embaumeurs ne pouvaient vérifier le résultat de leurs procédés : le retour d’expérience n’était pratiquement pas possible. La démarche mentale des anciens Égyptiens était fort éloignée de celle qu’auront les Grecs avec l’invention de la méthode expérimentale. Les seuls qui pouvaient constater l’état des défunts étaient les pilleurs de tombe. Il est bien évident que leurs activités, condamnées, ne les incitaient pas à révéler le moindre détail… Tout au plus peut-on imaginer qu’à la fin de l’Ancien Empire, lorsque les pyramides et les tombes des familles royales ont été pillées, les embaumeurs ont eu accès à ce type d’information. Le petit nombre d’embaumeurs et de momies confectionnées, la lenteur des progrès expliquent qu’on a même pu assister à des régressions dans la qualité de certaines momies. Au total, la momification ne sera vraiment efficiente qu’au Nouvel Empire, il aura fallu mille ans … Au cours du ier millénaire a.C., des techniques plus simples, moins coûteuses se développent. Hérodote, qui visite l’Égypte au ve siècle avant notre ère, le précise bien : il existe à son époque trois classes de momification accessibles en fonction des moyens financiers des familles. La dernière classe fait appel à des moyens assez sommaires mais néanmoins efficaces, ce qui permet à la quasi-total

L’élimination des organes internes

L’éviscération abdominale revêtait une importance essentielle : sans doute, elle ne contribuait que peu à la dessiccation du corps, mais elle retardait de façon importante le développement de la putréfaction. Il est plus que probable que les embaumeurs ont imité les chasseurs ou les bouchers qui, aussitôt l’animal mis à mort, s’empressaient d’en retirer les viscères. Toutefois, cette opération se heurtait certainement à une sorte de tabou : il n’est pas anodin de porter atteinte à l’intégrité du corps d’un défunt, surtout d’un être cher. On trouve la trace d’un interdit concernant l’éviscération dans un texte de l’écrivain grec Diodore qui relate que le parachiste, l’officiant chargé d’ouvrir l’abdomen à l’aide d’une pierre d’Éthiopie (silex), était chassé à coups de pierre par ses collègues, comme pour le punir d’avoir attenté à l’intégrité du mort … Cette incision était suivie de l’extraction de différents organes : les intestins, le foie, l’estomac, et les poumons, la rate étant parfois extraite par mégarde. Ces organes, momifiés à part, étaient déposés dans des vases que l’on a coutume d’appeler vases canopes. Les attaches vasculaires et péritonéales des organes étaient tranchées à l’aide d’un instrument dont on a retrouvé des exemplaires [2]. Le cœur, organe essentiel parce que réputé siège de la pensée et de la vie, devait rester dans la poitrine. Si par mégarde, il était retiré avec les poumons, on le momifiait à part et on le remettait ensuite en place. Cette éventualité s’est produite dans le cas du pharaon Ramsès ii. Les reins, la vessie, l’utérus n’étaient pas retirés. Il faut observer que l’ablation du foie et son extraction par un orifice de dimensions limitées (souvent moins de quinze centimètres) ne devait pas être facile. De même celle des poumons qu’il fallait chercher à bout de bras, l’avant-bras et le coude entrés dans la cavité abdominale. On a discuté des raisons de la position de l’incision sur le flanc gauche qui à certains égards est plutôt mal commode. Sans doute revêt-elle un caractère rituel comme le souligne J.C. Goyon. A. Macke a observé une position encore plus latérale, pratiquement postérieure de l’orifice, comme si on voulait cacher un peu plus cet acte sacrilège. Nous l’avons personnellement observé également dans un certain nombre de cas. S’il n’y avait pas eu contrainte, imposant de limiter au maximum l’atteinte portée au corps, on aurait pu effectuer une large ouverture abdominale. Par ailleurs, la place de l’officiant par rapport à la momie semble avoir été à la droite du corps, celui-ci étant couché sur le dos sur la table de momification. On voit souvent le dieu Anubis (en réalité le prêtre portant un masque à tête d’Anubis) représenté à droite de la momie sur laquelle il est en train d’officier.

D’autres techniques ont été utilisées, pouvant remplacer l’éviscération abdominale classique, en particulier celle qui consiste à effectuer l’éviscération par la voie anale, ce qui limite l’atteinte portée à l’apparence du corps. C’est, semble-t-il, la technique utilisée pour la momification des princesses de la famille de Montouhotep ii (autour de 2000 a.C.), retrouvées dans leurs tombes inviolées du complexe funéraire du roi à Deir el-Bahari. Les résultats de la momification ont été satisfaisants.

Après l’éviscération, la cavité abdominale était lavée puis on y introduisait des onguents ou encore de la résine dont les vertus antiseptiques contribuaient à la bonne conservation du corps. À la basse époque, on a pris l’habitude de replacer dans l’abdomen les viscères enlevés, puis momifiés à part : on parle alors de paquets canopes.

Une autre technique encore, concernant les viscères abdominaux, consistait à injecter un produit corrosif qui dissolvait les intestins et qui, par ses vertus antiseptiques, enrayait la putréfaction. Ce procédé était utilisé dans les momifications les plus expéditives.

La dessiccation par le natron

Le deuxième geste majeur de la momification est la dessiccation par le natron. Le natron est un mélange en proportion variable de carbonate et de chlorure de sodium associés à des impuretés diverses. On trouve du natron dans la partie occidentale du delta, au Ouadi Natroun, et le long de la Piste des Quarante Jours qui relie l’oasis de Kharga, dans le désert occidental, au Darfour. Par une mauvaise traduction du texte d’Hérodote, on a longtemps parlé de « bain de natron » et, par voie de conséquence on a cherché, en vain, d’éventuelles baignoires dans lesquelles on aurait plongé les cadavres. En fait, le corps était placé sur la table de momification, semblable à nos tables à autopsie, et recouvert par du natron à l’état de cristaux. Hérodote parle de taricheuein, saler. Les taricheutes, chargés de ce travail étaient des saleurs (le terme grec tarichos désigne le poisson séché). La preuve de l’usage du natron sous forme de cristaux a été apportée par Lucas qui a momifié des rats en essayant diverses méthodes : l’immersion des rats dans une solution de natron n’a pas permis d’obtenir des momies alors que l’usage du natron sous forme de cristaux recouvrant les animaux a été parfaitement opérant. Le mode d’action du natron est multiple. D’une part, il se comporte comme un déshydratant puissant car au terme de son action le corps a complètement perdu son eau. En fait, si cette action est assez comparable à celle du salage de la viande ou du poisson, le natron a une action plus profonde qu’un simple salage : il saponifie les graisses qui, rendues solubles, sont éliminées avec l’eau. Enfin, le natron a un pouvoir tannant, donnant à la peau l’aspect du cuir. Il est d’ailleurs encore utilisé à cet effet de nos jours. Un cas particulier est celui des 60 archers de Montouhotep ii, découverts à Deir el-Bahari, qui semblent avoir été desséchés par le contact avec le sable.

L’éviscération crânienne

Un geste de moindre importance, qui ne semble pas avoir été mis en œuvre avant le Nouvel Empire, est l’éviscération crânienne. Cette technique consistait à retirer le cerveau après avoir perforé la lame criblée de l’ethmoïde à l’aide d’une tige de bronze à l’extrémité recourbée, introduite dans la narine (le plus souvent gauche). L’officiant morcelait le cerveau et l’éliminait en versant un liquide dans la cavité crânienne. Ensuite, on introduisait dans le crâne une certaine quantité d’un produit résineux noir, rendu liquide par chauffage. Ce produit est bien visible sur les radiographies, sous forme d’un niveau horizontal. Cette éviscération n’a qu’un impact très modeste sur la conservation du corps. Il est étonnant de constater que les Égyptiens n’ont pas réalisé l’importance du cerveau, attribuant au cœur l’intelligence et les sentiments.Références

Hsiao-chun Hung https://orcid.org/0000-0001-5794-3040 hsiao-chun.hung@anu.edu.au, Zhenhua Deng https://orcid.org/0000-0002-6412-7399 zhenhuadeng@pku.edu.cn, Yiheng Liu, +19 , and Hirofumi Matsumura https://orcid.org/0000-0001-5453-7987 hiromura@sapmed.ac.jpAuthors

June 14, 2025;

hps://doi.org/10.1073/pnas.251510312213 6151

Vol. 122 | No. 38

Significance

This finding documents smoke-dried mummification of the dead, mostly in tightly bound crouched postures, from archaeological contexts between 12,000 and 4,000 y old across a vast region encompassing Southeast Asia, southern China, and beyond. The practice continued into the ethnographic record in the New Guinea Highlands and parts of Australia. The oldest of these burials predate the mummification associated with the Chinchorro culture (7,000 cal. BP, northern Chile) and Ancient Egypt (Old Kingdom, cal. 4,500 BP). Our burial samples from Southeastern Asia highlight a remarkably enduring set of cultural beliefs and mortuary practices that persisted for over 10,000 y among hunter-gatherer communities who were related through their craniofacial attributes and genomic affinities to Indigenous New Guinea Highland and Australian populations.

Abstract

In southern China and Southeast Asia (collectively, Southeastern Asia), Terminal Pleistocene and Early to Middle Holocene (ca. 12,000 to 4,000 cal. BP) hunter-gatherer burials feature tightly crouched or squatting postures, sometimes with indications of post-mortem dismemberment. Such burials contrast strongly with the extended supine burial postures typical of subsequent Neolithic inhumations in these regions. Their contorted postures, often with traces of burning, present interpretive challenges. This study uses multiple techniques, including X-ray diffraction and Fourier-transform infrared spectroscopy, to investigate 54 pre-Neolithic burials from 11 archaeological sites located across Southeastern Asia. The findings confirm that many of these pre-Neolithic flexed and squatting burials were treated by an extended period of smoke-drying over fire, a process of mummification similar to that recorded ethnographically in some Australian and Highland New Guinea societies. Some of the analyzed archaeoll samples represent the oldest known instances of such artificial mummification in the world.

Pour en savoir plus


La momification en Egypte

S’il existe des momies dans d’assez nombreuses contrées du monde, c’est indiscutablement en Égypte que cette pratique s’est développée à grande échelle, et ce pendant plus de 3000 ans. Précisons que l’on appelle momies les corps qui ont subi un traitement conservateur propre à enrayer la putréfaction par opposition aux corps spontanément conservés à la faveur de facteurs extérieurs non intentionnels. Il reste que la frontière peut parfois être difficile à préciser et que dans l’usage courant on appelle souvent momies des corps conservés naturellement.

Le dénominateur commun des peuples « momificateurs » est leur appartenance à des zones climatiques favorisant l’apparition de momies spontanées. Ainsi, les régions désertiques ou encore certaines contrées à climat froid (Groenland, pays andins). Plus rarement, la nature chimique particulière du sol a pu contribuer à la dessiccation spontanée des corps (tourbières d’Écosse et du Danemark).

Origine

En Égypte, c’est avant tout le climat sec qui a induit l’apparition de momies spontanées. La mise au jour de défunts spontanément momifiés, probablement exhumés par les animaux du désert [1], passé la frayeur que cela a pu provoquer, a sans doute fait émerger l’idée d’une forme de survie après la mort. On ne peut dater précisément l’époque à laquelle cette idée est apparue, sans doute à la période prédynastique vers 3500-3100. On a en effet retrouvé un certain nombre de momies spontanées datant de cette période. Plusieurs sont conservées au British Museum, le fameux « Ginger » en est un excellent exemple. Il s’agit essentiellement de corps en position contractée, chez qui seuls demeurent le squelette, la peau et les phanères (ongles, cheveux). On peut admettre que la réapparition de proches spontanément momifiés a eu un effet déterminant sur l’invention de la momification et, par ailleurs, il est certain que ces réapparitions ont conduit à construire des tombes plus élaborées que les fosses sommairement recouvertes de branchages des origines. Les fosses simplement creusées deviennent des caveaux aux parois maçonnées de brique, puis, pour les plus riches, des mastabas, tombes à superstructure oblongue, d’abord en briques puis en pierre. Un puits, creusé à partir du sommet plat du mastaba, aboutissait à un caveau souvent creusé à grande profondeur (jusqu’à 30 mètres). Dès lors, voulant soustraire le corps aux agressions des animaux du désert, on le livrait aux vers nécrophages … Les Égyptiens, perpétuellement aux prises avec les nuisances que leur causait le sable, n’avaient pas compris, de prime abord, son caractère bienfaisant dans le processus de momification spontanée. Dans le même temps, les textes religieux (Textes des Pyramides) affirment l’idée d’une vie après la mort, au moins pour la personne royale. La légende d’Osiris, dieu mort et ressuscité par son épouse Isis, prend forme, même si aux débuts de la momification ce mythe n’est pas encore connu sous les formes qu’il aura bien plus tard, au Moyen Empire et surtout à partir du Nouvel Empire. Le mythe de la deuxième vie se développe, deuxième vie conditionnée par un certain nombre de rituels dont fait partie intégrante la momification. Dans l’esprit des Égyptiens, la conservation du corps était une des conditions indispensables pour assurer la deuxième vie. En effet, l’image qu’ils se font de la personne implique l’association indispensable d’élément matériels (le corps) et d’éléments invisibles (le souffle vital, la conscience, la mémoire …).

À l’origine, la momification était très imparfaite, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, la confection de statues inscrites au nom du mort, ces statues étant censées remplacer le corps au cas, le plus fréquent à ces époques, où il n’était pas conservé.

Technique

La technique de la momification, ou plutôt l’ensemble des gestes qui contribuent à la réalisation d’une momie, n’a été élaborée que très lentement, très progressivement. On peut considérer que le début se situe à l’Ancien Empire ou un peu plus tôt. L’abandon assez rapide de la position contractée du corps au profit d’une position allongée, que l’on constate dès le début du iiie millénaire, est sans doute le reflet des premières éviscérations abdominales, même si tous les corps n’en bénéficiaient pas et de loin. Plusieurs facteurs ont contribué à la lenteur de l’amélioration technique. Un des plus importants est qu’à l’origine, la momification est réservée au roi, à sa famille et à un nombre restreint de grands personnages. Le petit nombre de momies à confectionner, même si on tient compte de la longévité limitée, ne nécessitait pas un grand nombre d’embaumeurs, donc limitait l’accumulation de savoirs. Une autre cause de la lenteur des progrès de la momification vient du fait qu’en principe les embaumeurs ne pouvaient vérifier le résultat de leurs procédés : le retour d’expérience n’était pratiquement pas possible. La démarche mentale des anciens Égyptiens était fort éloignée de celle qu’auront les Grecs avec l’invention de la méthode expérimentale. Les seuls qui pouvaient constater l’état des défunts étaient les pilleurs de tombe. Il est bien évident que leurs activités, condamnées, ne les incitaient pas à révéler le moindre détail… Tout au plus peut-on imaginer qu’à la fin de l’Ancien Empire, lorsque les pyramides et les tombes des familles royales ont été pillées, les embaumeurs ont eu accès à ce type d’information. Le petit nombre d’embaumeurs et de momies confectionnées, la lenteur des progrès expliquent qu’on a même pu assister à des régressions dans la qualité de certaines momies. Au total, la momification ne sera vraiment efficiente qu’au Nouvel Empire, il aura fallu mille ans … Au cours du ier millénaire a.C., des techniques plus simples, moins coûteuses se développent. Hérodote, qui visite l’Égypte au ve siècle avant notre ère, le précise bien : il existe à son époque trois classes de momification accessibles en fonction des moyens financiers des familles. La dernière classe fait appel à des moyens assez sommaires mais néanmoins efficaces, ce qui permet à la quasi-total

L’élimination des organes internes

L’éviscération abdominale revêtait une importance essentielle : sans doute, elle ne contribuait que peu à la dessiccation du corps, mais elle retardait de façon importante le développement de la putréfaction. Il est plus que probable que les embaumeurs ont imité les chasseurs ou les bouchers qui, aussitôt l’animal mis à mort, s’empressaient d’en retirer les viscères. Toutefois, cette opération se heurtait certainement à une sorte de tabou : il n’est pas anodin de porter atteinte à l’intégrité du corps d’un défunt, surtout d’un être cher. On trouve la trace d’un interdit concernant l’éviscération dans un texte de l’écrivain grec Diodore qui relate que le parachiste, l’officiant chargé d’ouvrir l’abdomen à l’aide d’une pierre d’Éthiopie (silex), était chassé à coups de pierre par ses collègues, comme pour le punir d’avoir attenté à l’intégrité du mort … Cette incision était suivie de l’extraction de différents organes : les intestins, le foie, l’estomac, et les poumons, la rate étant parfois extraite par mégarde. Ces organes, momifiés à part, étaient déposés dans des vases que l’on a coutume d’appeler vases canopes. Les attaches vasculaires et péritonéales des organes étaient tranchées à l’aide d’un instrument dont on a retrouvé des exemplaires [2]. Le cœur, organe essentiel parce que réputé siège de la pensée et de la vie, devait rester dans la poitrine. Si par mégarde, il était retiré avec les poumons, on le momifiait à part et on le remettait ensuite en place. Cette éventualité s’est produite dans le cas du pharaon Ramsès ii. Les reins, la vessie, l’utérus n’étaient pas retirés. Il faut observer que l’ablation du foie et son extraction par un orifice de dimensions limitées (souvent moins de quinze centimètres) ne devait pas être facile. De même celle des poumons qu’il fallait chercher à bout de bras, l’avant-bras et le coude entrés dans la cavité abdominale. On a discuté des raisons de la position de l’incision sur le flanc gauche qui à certains égards est plutôt mal commode. Sans doute revêt-elle un caractère rituel comme le souligne J.C. Goyon. A. Macke a observé une position encore plus latérale, pratiquement postérieure de l’orifice, comme si on voulait cacher un peu plus cet acte sacrilège. Nous l’avons personnellement observé également dans un certain nombre de cas. S’il n’y avait pas eu contrainte, imposant de limiter au maximum l’atteinte portée au corps, on aurait pu effectuer une large ouverture abdominale. Par ailleurs, la place de l’officiant par rapport à la momie semble avoir été à la droite du corps, celui-ci étant couché sur le dos sur la table de momification. On voit souvent le dieu Anubis (en réalité le prêtre portant un masque à tête d’Anubis) représenté à droite de la momie sur laquelle il est en train d’officier.

D’autres techniques ont été utilisées, pouvant remplacer l’éviscération abdominale classique, en particulier celle qui consiste à effectuer l’éviscération par la voie anale, ce qui limite l’atteinte portée à l’apparence du corps. C’est, semble-t-il, la technique utilisée pour la momification des princesses de la famille de Montouhotep ii (autour de 2000 a.C.), retrouvées dans leurs tombes inviolées du complexe funéraire du roi à Deir el-Bahari. Les résultats de la momification ont été satisfaisants.

Après l’éviscération, la cavité abdominale était lavée puis on y introduisait des onguents ou encore de la résine dont les vertus antiseptiques contribuaient à la bonne conservation du corps. À la basse époque, on a pris l’habitude de replacer dans l’abdomen les viscères enlevés, puis momifiés à part : on parle alors de paquets canopes.

Une autre technique encore, concernant les viscères abdominaux, consistait à injecter un produit corrosif qui dissolvait les intestins et qui, par ses vertus antiseptiques, enrayait la putréfaction. Ce procédé était utilisé dans les momifications les plus expéditives.

La dessiccation par le natron

Le deuxième geste majeur de la momification est la dessiccation par le natron. Le natron est un mélange en proportion variable de carbonate et de chlorure de sodium associés à des impuretés diverses. On trouve du natron dans la partie occidentale du delta, au Ouadi Natroun, et le long de la Piste des Quarante Jours qui relie l’oasis de Kharga, dans le désert occidental, au Darfour. Par une mauvaise traduction du texte d’Hérodote, on a longtemps parlé de « bain de natron » et, par voie de conséquence on a cherché, en vain, d’éventuelles baignoires dans lesquelles on aurait plongé les cadavres. En fait, le corps était placé sur la table de momification, semblable à nos tables à autopsie, et recouvert par du natron à l’état de cristaux. Hérodote parle de taricheuein, saler. Les taricheutes, chargés de ce travail étaient des saleurs (le terme grec tarichos désigne le poisson séché). La preuve de l’usage du natron sous forme de cristaux a été apportée par Lucas qui a momifié des rats en essayant diverses méthodes : l’immersion des rats dans une solution de natron n’a pas permis d’obtenir des momies alors que l’usage du natron sous forme de cristaux recouvrant les animaux a été parfaitement opérant. Le mode d’action du natron est multiple. D’une part, il se comporte comme un déshydratant puissant car au terme de son action le corps a complètement perdu son eau. En fait, si cette action est assez comparable à celle du salage de la viande ou du poisson, le natron a une action plus profonde qu’un simple salage : il saponifie les graisses qui, rendues solubles, sont éliminées avec l’eau. Enfin, le natron a un pouvoir tannant, donnant à la peau l’aspect du cuir. Il est d’ailleurs encore utilisé à cet effet de nos jours. Un cas particulier est celui des 60 archers de Montouhotep ii, découverts à Deir el-Bahari, qui semblent avoir été desséchés par le contact avec le sable.

L’éviscération crânienne

Un geste de moindre importance, qui ne semble pas avoir été mis en œuvre avant le Nouvel Empire, est l’éviscération crânienne. Cette technique consistait à retirer le cerveau après avoir perforé la lame criblée de l’ethmoïde à l’aide d’une tige de bronze à l’extrémité recourbée, introduite dans la narine (le plus souvent gauche). L’officiant morcelait le cerveau et l’éliminait en versant un liquide dans la cavité crânienne. Ensuite, on introduisait dans le crâne une certaine quantité d’un produit résineux noir, rendu liquide par chauffage. Ce produit est bien visible sur les radiographies, sous forme d’un niveau horizontal. Cette éviscération n’a qu’un impact très modeste sur la conservation du corps. Il est étonnant de constater que les Égyptiens n’ont pas réalisé l’importance du cerveau, attribuant au cœur l’intelligence et les sentiments.


Références

Hsiao-chun
Hung
https://orcid.org/0000-0001-5794-3040
hsiao-chun.hung@anu.edu.au,
Zhenhua
Deng
https://orcid.org/0000-0002-6412-7399
zhenhuadeng@pku.edu.cn,
Yiheng
Liu
, +19 , and Hirofumi
Matsumura
https://orcid.org/0000-0001-5453-7987
hiromura@sapmed.ac.jpAuthors


June 14, 2025;


hps://doi.org/10.1073/pnas.251510312213 6151

Vol. 122 | No. 38


Significance

This finding documents smoke-dried mummification of the dead,
mostly in tightly bound crouched postures, from archaeological
contexts between 12,000 and 4,000 y old across a vast region
encompassing Southeast Asia, southern China, and beyond. The practice
continued into the ethnographic record in the New Guinea Highlands
and parts of Australia. The oldest of these burials predate the
mummification associated with the Chinchorro culture (7,000 cal. BP,
northern Chile) and Ancient Egypt (Old Kingdom, cal. 4,500 BP). Our
burial samples from Southeastern Asia highlight a remarkably enduring
set of cultural beliefs and mortuary practices that persisted for
over 10,000 y among hunter-gatherer communities who were related
through their craniofacial attributes and genomic affinities to
Indigenous New Guinea Highland and Australian populations.

Abstract

In southern China and Southeast Asia (collectively, Southeastern
Asia), Terminal Pleistocene and Early to Middle Holocene (ca. 12,000
to 4,000 cal. BP) hunter-gatherer burials feature tightly crouched or
squatting postures, sometimes with indications of post-mortem
dismemberment. Such burials contrast strongly with the extended
supine burial postures typical of subsequent Neolithic inhumations in
these regions. Their contorted postures, often with traces of
burning, present interpretive challenges. This study uses multiple
techniques, including X-ray diffraction and Fourier-transform
infrared spectroscopy, to investigate 54 pre-Neolithic burials from
11 archaeological sites located across Southeastern Asia. The
findings confirm that many of these pre-Neolithic flexed and
squatting burials were treated by an extended period of smoke-drying
over fire, a process of mummification similar to that recorded
ethnographically in some Australian and Highland New Guinea
societies. Some of the analyzed archaeoll samples represent the
oldest known instances of such artificial mummification in the world.D

Pour en savoir plus


La momification en Egypte

S’il existe des momies dans d’assez
nombreuses contrées du monde, c’est indiscutablement en Égypte
que cette pratique s’est développée à grande échelle, et ce
pendant plus de 3000 ans. Précisons que l’on appelle momies les
corps qui ont subi un traitement conservateur propre à enrayer la
putréfaction par opposition aux corps spontanément conservés à
la faveur de facteurs extérieurs non intentionnels. Il reste que la
frontière peut parfois être difficile à préciser et que dans
l’usage courant on appelle souvent momies des corps conservés
naturellement.


Le dénominateur commun des peuples
« momificateurs » est leur appartenance à des zones
climatiques favorisant l’apparition de momies spontanées. Ainsi,
les régions désertiques ou encore certaines contrées à climat
froid (Groenland, pays andins). Plus rarement, la nature chimique
particulière du sol a pu contribuer à la dessiccation spontanée
des corps (tourbières d’Écosse et du Danemark).

Origine

En Égypte, c’est avant
tout le climat sec qui a induit l’apparition de momies spontanées.
La mise au jour de défunts spontanément momifiés, probablement
exhumés par les animaux du désert [1],
passé la frayeur que cela a pu provoquer, a sans doute fait émerger
l’idée d’une forme de survie après la mort. On ne peut dater
précisément l’époque à laquelle cette idée est apparue, sans
doute à la période prédynastique vers 3500-3100. On a en effet
retrouvé un certain nombre de momies spontanées datant de cette
période. Plusieurs sont conservées au British Museum, le fameux
« Ginger » en est un excellent exemple. Il s’agit
essentiellement de corps en position contractée, chez qui seuls
demeurent le squelette, la peau et les phanères (ongles, cheveux).
On peut admettre que la réapparition de proches spontanément
momifiés a eu un effet déterminant sur l’invention de la
momification et, par ailleurs, il est certain que ces réapparitions
ont conduit à construire des tombes plus élaborées que les fosses
sommairement recouvertes de branchages des origines. Les fosses
simplement creusées deviennent des caveaux aux parois maçonnées
de brique, puis, pour les plus riches, des mastabas, tombes à
superstructure oblongue, d’abord en briques puis en pierre. Un
puits, creusé à partir du sommet plat du mastaba, aboutissait à
un caveau souvent creusé à grande profondeur (jusqu’à 30
mètres). Dès lors, voulant soustraire le corps aux agressions des
animaux du désert, on le livrait aux vers nécrophages … Les
Égyptiens, perpétuellement aux prises avec les nuisances que leur
causait le sable, n’avaient pas compris, de prime abord, son
caractère bienfaisant dans le processus de momification spontanée.
Dans le même temps, les textes religieux (Textes des Pyramides)
affirment l’idée d’une vie après la mort, au moins pour la
personne royale. La légende d’Osiris, dieu mort et ressuscité
par son épouse Isis, prend forme, même si aux débuts de la
momification ce mythe n’est pas encore connu sous les formes qu’il
aura bien plus tard, au Moyen Empire et surtout à partir du Nouvel
Empire. Le mythe de la deuxième vie se développe, deuxième vie
conditionnée par un certain nombre de rituels dont fait partie
intégrante la momification. Dans l’esprit des Égyptiens, la
conservation du corps était une des conditions indispensables pour
assurer la deuxième vie. En effet, l’image qu’ils se font de la
personne implique l’association indispensable d’élément
matériels (le corps) et d’éléments invisibles (le souffle
vital, la conscience, la mémoire …).

À l’origine, la momification était très
imparfaite, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, la
confection de statues inscrites au nom du mort, ces statues étant
censées remplacer le corps au cas, le plus fréquent à ces
époques, où il n’était pas conservé.

Technique

La technique de la momification, ou plutôt
l’ensemble des gestes qui contribuent à la réalisation d’une
momie, n’a été élaborée que très lentement, très
progressivement. On peut considérer que le début se situe à
l’Ancien Empire ou un peu plus tôt. L’abandon assez rapide de
la position contractée du corps au profit d’une position
allongée, que l’on constate dès le début du iiie millénaire,
est sans doute le reflet des premières éviscérations abdominales,
même si tous les corps n’en bénéficiaient pas et de loin.
Plusieurs facteurs ont contribué à la lenteur de l’amélioration
technique. Un des plus importants est qu’à l’origine, la
momification est réservée au roi, à sa famille et à un nombre
restreint de grands personnages. Le petit nombre de momies à
confectionner, même si on tient compte de la longévité limitée,
ne nécessitait pas un grand nombre d’embaumeurs, donc limitait
l’accumulation de savoirs. Une autre cause de la lenteur des
progrès de la momification vient du fait qu’en principe les
embaumeurs ne pouvaient vérifier le résultat de leurs procédés :
le retour d’expérience n’était pratiquement pas possible. La
démarche mentale des anciens Égyptiens était fort éloignée de
celle qu’auront les Grecs avec l’invention de la méthode
expérimentale. Les seuls qui pouvaient constater l’état des
défunts étaient les pilleurs de tombe. Il est bien évident que
leurs activités, condamnées, ne les incitaient pas à révéler le
moindre détail… Tout au plus peut-on imaginer qu’à la fin de
l’Ancien Empire, lorsque les pyramides et les tombes des familles
royales ont été pillées, les embaumeurs ont eu accès à ce type
d’information. Le petit nombre d’embaumeurs et de momies
confectionnées, la lenteur des progrès expliquent qu’on a même
pu assister à des régressions dans la qualité de certaines
momies. Au total, la momification ne sera vraiment efficiente qu’au
Nouvel Empire, il aura fallu mille ans … Au cours du ier
millénaire a.C., des techniques plus simples, moins coûteuses se
développent. Hérodote, qui visite l’Égypte au ve siècle avant
notre ère, le précise bien : il existe à son époque trois
classes de momification accessibles en fonction des moyens
financiers des familles. La dernière classe fait appel à des
moyens assez sommaires mais néanmoins efficaces, ce qui permet à
la quasi-total

L’élimination des organes internes


L’éviscération
abdominale revêtait une importance essentielle : sans doute,
elle ne contribuait que peu à la dessiccation du corps, mais elle
retardait de façon importante le développement de la putréfaction.
Il est plus que probable que les embaumeurs ont imité les chasseurs
ou les bouchers qui, aussitôt l’animal mis à mort,
s’empressaient d’en retirer les viscères. Toutefois, cette
opération se heurtait certainement à une sorte de tabou : il
n’est pas anodin de porter atteinte à l’intégrité du corps
d’un défunt, surtout d’un être cher. On trouve la trace d’un
interdit concernant l’éviscération dans un texte de l’écrivain
grec Diodore qui relate que le parachiste, l’officiant chargé
d’ouvrir l’abdomen à l’aide d’une pierre d’Éthiopie
(silex), était chassé à coups de pierre par ses collègues, comme
pour le punir d’avoir attenté à l’intégrité du mort …
Cette incision était suivie de l’extraction de différents
organes : les intestins, le foie, l’estomac, et les poumons,
la rate étant parfois extraite par mégarde. Ces organes, momifiés
à part, étaient déposés dans des vases que l’on a coutume
d’appeler vases canopes. Les attaches vasculaires et péritonéales
des organes étaient tranchées à l’aide d’un instrument dont
on a retrouvé des exemplaires [2].
Le cœur, organe essentiel parce que réputé siège de la pensée
et de la vie, devait rester dans la poitrine. Si par mégarde, il
était retiré avec les poumons, on le momifiait à part et on le
remettait ensuite en place. Cette éventualité s’est produite
dans le cas du pharaon Ramsès ii. Les reins, la vessie, l’utérus
n’étaient pas retirés. Il faut observer que l’ablation du foie
et son extraction par un orifice de dimensions limitées (souvent
moins de quinze centimètres) ne devait pas être facile. De même
celle des poumons qu’il fallait chercher à bout de bras,
l’avant-bras et le coude entrés dans la cavité abdominale. On a
discuté des raisons de la position de l’incision sur le flanc
gauche qui à certains égards est plutôt mal commode. Sans doute
revêt-elle un caractère rituel comme le souligne J.C. Goyon. A.
Macke a observé une position encore plus latérale, pratiquement
postérieure de l’orifice, comme si on voulait cacher un peu plus
cet acte sacrilège. Nous l’avons personnellement observé
également dans un certain nombre de cas. S’il n’y avait pas eu
contrainte, imposant de limiter au maximum l’atteinte portée au
corps, on aurait pu effectuer une large ouverture abdominale. Par
ailleurs, la place de l’officiant par rapport à la momie semble
avoir été à la droite du corps, celui-ci étant couché sur le
dos sur la table de momification. On voit souvent le dieu Anubis (en
réalité le prêtre portant un masque à tête d’Anubis)
représenté à droite de la momie sur laquelle il est en train
d’officier.


D’autres techniques ont été utilisées,
pouvant remplacer l’éviscération abdominale classique, en
particulier celle qui consiste à effectuer l’éviscération par
la voie anale, ce qui limite l’atteinte portée à l’apparence
du corps. C’est, semble-t-il, la technique utilisée pour la
momification des princesses de la famille de Montouhotep ii (autour
de 2000 a.C.), retrouvées dans leurs tombes inviolées du complexe
funéraire du roi à Deir el-Bahari. Les résultats de la
momification ont été satisfaisants.


Après l’éviscération, la cavité
abdominale était lavée puis on y introduisait des onguents ou
encore de la résine dont les vertus antiseptiques contribuaient à
la bonne conservation du corps. À la basse époque, on a pris
l’habitude de replacer dans l’abdomen les viscères enlevés,
puis momifiés à part : on parle alors de paquets canopes.


Une autre technique encore, concernant les
viscères abdominaux, consistait à injecter un produit corrosif qui
dissolvait les intestins et qui, par ses vertus antiseptiques,
enrayait la putréfaction. Ce procédé était utilisé dans les
momifications les plus expéditives.

La dessiccation par le natron


Le deuxième geste majeur de la momification
est la dessiccation par le natron. Le natron est un mélange en
proportion variable de carbonate et de chlorure de sodium associés
à des impuretés diverses. On trouve du natron dans la partie
occidentale du delta, au Ouadi Natroun, et le long de la Piste des
Quarante Jours qui relie l’oasis de Kharga, dans le désert
occidental, au Darfour. Par une mauvaise traduction du texte
d’Hérodote, on a longtemps parlé de « bain de natron »
et, par voie de conséquence on a cherché, en vain, d’éventuelles
baignoires dans lesquelles on aurait plongé les cadavres. En fait,
le corps était placé sur la table de momification, semblable à
nos tables à autopsie, et recouvert par du natron à l’état de
cristaux. Hérodote parle de taricheuein, saler. Les
taricheutes, chargés de ce travail étaient des saleurs (le terme
grec tarichos désigne le poisson séché). La preuve de
l’usage du natron sous forme de cristaux a été apportée par
Lucas qui a momifié des rats en essayant diverses méthodes :
l’immersion des rats dans une solution de natron n’a pas permis
d’obtenir des momies alors que l’usage du natron sous forme de
cristaux recouvrant les animaux a été parfaitement opérant. Le
mode d’action du natron est multiple. D’une part, il se comporte
comme un déshydratant puissant car au terme de son action le corps
a complètement perdu son eau. En fait, si cette action est assez
comparable à celle du salage de la viande ou du poisson, le natron
a une action plus profonde qu’un simple salage : il saponifie
les graisses qui, rendues solubles, sont éliminées avec l’eau.
Enfin, le natron a un pouvoir tannant, donnant à la peau l’aspect
du cuir. Il est d’ailleurs encore utilisé à cet effet de nos
jours. Un cas particulier est celui des 60 archers de Montouhotep
ii, découverts à Deir el-Bahari, qui semblent avoir été
desséchés par le contact avec le sable.

L’éviscération crânienne

Un geste de moindre importance, qui ne semble
pas avoir été mis en œuvre avant le Nouvel Empire, est
l’éviscération crânienne. Cette technique consistait à retirer
le cerveau après avoir perforé la lame criblée de l’ethmoïde à
l’aide d’une tige de bronze à l’extrémité recourbée,
introduite dans la narine (le plus souvent gauche). L’officiant
morcelait le cerveau et l’éliminait en versant un liquide dans la
cavité crânienne. Ensuite, on introduisait dans le crâne une
certaine quantité d’un produit résineux noir, rendu liquide par
chauffage. Ce produit est bien visible sur les radiographies, sous
forme d’un niveau horizontal. Cette éviscération n’a qu’un
impact très modeste sur la conservation du corps. Il est étonnant
de constater que les Égyptiens n’ont pas réalisé l’importance
du cerveau, attribuant au cœur l’intelligence et les sentiments.