15/11/2023. L’Intelligence artificielle sur la planète Mars

L’exploration puis le cas échéant la colonisation de la planète Mars et de ses satellites ne se feront pas initialement par des humains, mais par des robots et des agents intelligents, selon le terme aujourd’hui utilisé par l’Intelligence Artificielle. Ceux-ci auront initialement été préparés dans des environnement terrestres proches de ceux qu’ils trouveront sur ces planètes, mais ils devront être conçus pour s’entretenir et se développer en faisant le moins que possibles appel à l’intervention d’humains – étant entendu cependant que beaucoup de procédures, si elles ne sont pas urgentes, pourront être assistées ou commandées depuis la Terre.

Parmi les défis à relever par les premiers colons martiens, il y aura la nécessité d’avoir de l’oxygène pour respirer ou faire fonctionner certains équipements . Il existe des régions sur Mars avec de l’eau et on peut envisager de l’électrolyser (ce qui donnera du dioxygène O2 et du dihydrogène H2 sous forme gazeuse) avec une électricité produite par des panneaux solaires pendant le jour martien. Toutefois, il faudra un bon rendement, notamment parce que l’ensoleillement est moins bon que sur Terre.

Sur Terre, on utilise des électrodes et des catalyseurs pour obtenir le courant électrique nécessaire à la production d’oxygène. Mais il serait coûteux de faire venir des catalyseurs depuis la Terre.

Une équipe, dirigée par les professeurs Luo Yi, Jiang Jun et Shang Weiwei de l’université des sciences et technologies de Chine (USTC) de l’Académie chinoise des sciences (CAS), s’est demandé s’il n’y avait pas moyen de produire des catalyseurs efficaces à partir du sol martien.

C’est bien le cas, comme ces chercheurs le démontrent dans un article publié chez Nature Synthesis, où ils expliquent qu’ils ont utilisé pour cela des techniques d’intelligence artificielle. On en trouvera ci-dessous les références et l’abstract

Ils ont commencé par se procurer des échantillons de plusieurs météorites de nature différente que l’on sait être d’origine martienne, étant arrivées sur la Terre après avoir fait un voyage de plusieurs millions d’années dans l’espace à la suite à une éjection hors de Mars, lors d’un impact violent d’astéroïdes à la surface de celle-ci. .

Ces échantillons de sol martien ont ensuite vu leur composition chimique analysée en utilisant la technique de laser induced breakdown spectroscopy (LIBS), ou en français la spectrométrie d’émission atomique de plasma induit par laser.

——————————————–

Pour la suite, nous lisons dans Futurascience

Une intelligence artificielle est nourrie de la composition de ces météorites et pilote différentes opérations élémentaires de leur traitement pour en extraire de façon robotisée des hydroxydes métalliques qui seront testés sur des électrodes.

La même intelligence artificielle va alors faire des simulations de chimie quantique et de dynamique moléculaire pour 30 000 mélanges possibles d’hydroxydes. Ces simulations et les résultats possibles concernant l’efficacité d’un catalyseur produit à partir de ces mélanges sont ensuite analysés par un réseau de neurones afin de pouvoir prédire, encore plus efficacement, les propriétés d’un mélange donné d’hydroxydes métalliques tirés du sol martien.

Des tests réels de ces mélanges ont été effectués confirmant que l’on avait trouvé de bons catalyseurs et que la réaction d’électrolyse productrice d’oxygène se faisait efficacement dans les conditions de températures martiennes moyennes d’environ -37 °C, au moins pour l’un de ces catalyseurs.

Référence

  1. nature  
  2. article

Published: 

Automated synthesis of oxygen-producing catalysts from Martian meteorites by a robotic AI chemist
Abstract

Living on Mars requires the ability to synthesize chemicals that are essential for survival, such as oxygen, from local Martian resources. However, this is a challenging task. Here we demonstrate a robotic artificial-intelligence chemist for automated synthesis and intelligent optimization of catalysts for the oxygen evolution reaction from Martian meteorites. The entire process, including Martian ore pretreatment, catalyst synthesis, characterization, testing and, most importantly, the search for the optimal catalyst formula, is performed without human intervention. Using a machine-learning model derived from both first-principles data and experimental measurements, this method automatically and rapidly identifies the optimal catalyst formula from more than three million possible compositions. The synthesized catalyst operates at a current density of 10 mA cm−2 for over 550,000 s of operation with an overpotential of 445.1 mV, demonstrating the feasibility of the artificial-intelligence chemist in the automated synthesis of chemicals and materials for Mars exploration.

14/11/2023 L’espace profond serait-il plus transparent qu’il ne semblait ?

En 2022, des astronomes ont observé en provenance de l’espace profond un sursaut de rayons gamma (https://fr.wikipedia.org/wiki/Sursaut_gamma) plus lumineux que tout ce qui avait été observé jusque là. Ils ont estimé par comparaison avec d’autres sursauts précédemment enregistrés, qu’un tel événement ne devait se produire que tous les 10.000 ans.

Le flash en question, nommé GRB221009A, était faits de photons si énergétiques qu’ils n’ont pas été détectés par la plupart des télescopes terrestres. Par contre Cao Zhen et ses collègues de l’Académie des Sciences de Pékin ont pu observer indirectement des photons extrêmement énergétiques en étudiant les nuages de particules émis par de tels photons quand ils entrent dans l’atmosphère terrestre.

Les photons de rayons gamma sont uniques en ce sens qu’ils peuvent être réfléchis par d’autres photons. C’est pourquoi les photons observés par les chercheurs chinois pourraient remonter à la période de la formation des étoiles dans l’univers primitif.

Ceci étant, ces chercheurs chinois n’excluent pas l’hypothèse selon laquelle les flux de particules observés aujourd’hui ne proviennent pas de collisions entre photons, mais de la rencontre avec des particules très énergétiques dénommées muons. Mais détecter de telles collisions pourrait faire penser que les photons n’ont pas autant d’énergie qu’il semblerait. Ou bien que l’univers serait plus transparent que l’on imagine, avec moins de lumière extragalactique.

Pour résoudre ces contradictions certains chercheurs font appel à de nouvelles hypothèses physiques. Les photons dans leur voyage à travers l’espace pourraient être transformés en de nouvelles particules ultralégères nommées axions qui n’interagiraient pas avec la lumière extragalactique dans leur voyage à travers l’espace. Elles seraient notamment responsables de la matière noire.

L’axion pourrait cependant interagir avec le champ magnétique d’une galaxie telle que la Voie Lactée et se reconvertir en photon une fois la galaxie atteinte.

Ceci dit, de tels phénomènes seraient exceptionnels et il faudra beaucoup de patience avant de pouvoir en observer de nouveaux.

Référence

[Submitted on 13 Oct 2023]

Very high energy gamma-ray emission beyond 10 TeV from GRB 221009A

Zhen Cao, others 

The highest energy photons from gamma-ray bursts (GRBs) have important implications for the physics of particle acceleration and constraints on the extragalactic background light (EBL). Here we report for the first time the detection of photons beyond 10 TeV from the unprecedentedly brightest GRB 221009A by the Large High Altitude Air-shower Observatory (LHAASO). The LHAASO-KM2A detector registered more than 140 photons with energies above 3 TeV from GRB 221009A during 230−900s after the trigger. The intrinsic energy spectrum of gamma-rays can be described by a power-law after correcting for EBL absorption, with the highest energy photon of 13 TeV. Such a hard spectrum challenges the synchrotron self-Compton (SSC) scenario of relativistic electrons for the afterglow emission above several TeV, because the Klein-Nishina effect and the internal γγ absorption within the GRB generally lead to a spectral softening towards high energies. Observations of photons up to 13 TeV from a source with a measured redshift of z=0.151 requires more transparency in intergalactic space than previously expected, in order to avoid an unusual pile-up at the end of the spectrum. Alternatively, one may invoke new physics such as Lorentz Invariance Violation (LIV) or assume an axion origin of very high energy (VHE) signals.

14/11/23 Les agents intelligents de Bill Gates

Dans un article qu’il vient de publier sur son blog GatesNotes, référencé ci-dessous, Bill Gates prévoit que dans cinq ans, des programmes d’ Intelligence Artificielle qu’il nomme des agents intelligents ou plus simplement des assistants personnels pourront considérablement faciliter la vie des humains.

Un assistant personnel alimenté par l’IA,  prendra en charge les tâches quotidiennes. L’utilisateur n’aura qu’à communiquer ses besoins et l’intelligence artificielle s’occupera d’y répondre en quelques secondes seulement. Dans certaines situations, elle pourra proposer des idées, générer des contenus ou participer à des réunions. Ce n’est pas ce que fait un robot qui doit suivre des instructions très détaillées et dont les performances sont limitées. De plus les robots ne répondent qu’aux requêtes de leur utilisateur.

Cependant, un entraînement poussé offert par le machine learning et le deep learning sera nécessaires. Et il faut aussi une technologie avancée pour arriver à cet objectif.

Cette nouvelle forme d’Intelligence artificielle pourra sur le long terme révolutionner les relations entre l’être humain et la haute technologie. De plus, il sera possible de personnaliser le mode de fonctionnement de l’agent intelligent.

Cette innovation aura aussi des impacts considérables sur la vie quotidienne. La transition vers les agents IA demande une implication majeure de la société. En effet, le mode de fonctionnement des salariés, des particuliers et des entreprises entrera dans une nouvelle ère.

Bill Gates ne le dit pas, secret militaire oblige. Mais ses meilleurs client aujourd’hui sont les industriels du secteur militaire. Ils revendiquent même pour leurs automates le droit de tuer sans ordres. C’est ce que l’on nomme l’autonomie des systèmes d’armes létaux.

Reference
https://www.gatesnotes.com/AI-agents

AI is about to completely change how you use computers
And upend the software industry.

By Bill Gates

November 09, 2023 

14/11/2023 A quelles époques les mammifères placentaires lointains ancêtres de l’Homme sont-ils apparus ?

Ils pourraient avoir coexisté avec des dinosaures

https://actu.geo.fr/histoire/de-tres-lointains-ancetres-de-homme-pourraient-avoir-coexiste-avec-dinosaures-mammiferes-placentaires-asteroide-215413

.

C’est un débat de longue date chez les scientifiques : quand sont donc apparues les caractéristiques clés qui définissent les placentaires (Placentalia) ? Cette classe intermédiaire très diversifiée de mammifères, dont l’Homme fait partie, se définit par l’accouchement des juvéniles (comme son nom l’indique) grâce à la présence d’un placenta — par contraste avec les marsupiaux et leurs larves (kangourous, wombats, koalas, etc.) ainsi que les monotrèmes et leurs œufs (échidnés, ornithorynque).

Mais s’est-elle développée avant ou après l’extinction de masse des dinosaures ? Pour le moment, aucun fossile définitif de cette infra-classe décelé n’a été daté avant cet événement capital du Crétacé-Paléogène (extinction K-Pg), il y a 66 millions d’années.

Grâce à une nouvelle approche statistique, des chercheurs des universités de Bristol (Angleterre) et de Fribourg (Suisse) semblent pourtant être parvenus à montrer que de premières formes de mammifères placentaires ont sûrement émergé durant le Crétacé… se mêlant ainsi aux dinosaures pendant une courte période. Leurs conclusions sont publiées dans la revue Current Biologyle 27 juin 2023.

Pour parvenir à ces résultats, les scientifiques ont « rassemblé des milliers de fossiles de mammifères placentaires », indiquent-ils dans un communiqué. Ils ont ensuite utilisé un modèle statistique approfondi dit de « pont bayésien brownien » (BBB).

Pour rappel, les « clades » sont des groupes d’êtres vivants rassemblant à la fois un ancêtre commun et tous ses descendants — il s’agit finalement des embranchements de l’arbre phylogénétique, qui retrace les liens de parenté entre les espèces en se basant sur des séquences d’ADN ou les protéines.

En s’appuyant sur les preuves fossiles et de la diversité moderne, la méthode utilisée par les chercheurs permet finalement d’estimer l’âge d’origine (et, le cas échéant, d’extinction) de ces clades.

Ces probabilités permettent de déterminer les modèles d’évolution sur des périodes où il n’y a aucune preuve tangible à se mettre sous la dent, comme c’est le cas pour les placentaires au-delà d’une certaine période. En effet, seul un petit nombre d’animaux atteignent le statut de fossile, tant des conditions particulières doivent être respectées pour qu’un organisme soit préservé.

Des mammifères placentaires aux côtés des dinosaures

Dans cette nouvelle étude et en cumulant les données liées à 380 familles de mammifères placentaires, les scientifiques ont donc obtenu « les schémas d’origine et d’extinction des différents groupes », explique Emily Carlisle, paléobiologiste de l’École des sciences de la Terre de l’université de Bristol et auteure principale. « Sur cette base, nous [pouvions] estimer quand les mammifères placentaires ont évolué. »

Les analyses suggèrent que la lignée des Placentalia remonte à plus loin qu’ils ne l’imaginaient auparavant — « juste après la limite Crétacé-Paléogène (K-Pg) ou plus tôt, pendant) la période du Crétacé », selon les précédentes interprétations des archives fossiles et des données de l' »horloge moléculaire » (cf. Un modèle statistique plus précis à l’avenir).

Elles permettent d’estimer que l’origine de 21,3 % des mammifères placentaires, y compris les groupes ayant donné naissance aux primates, aux chiens et aux chats (notamment) ainsi qu’aux Lagomorpha (lapins, lièvres), aurait pu remonter jusqu’au Crétacé, soit aux temps des dinosaures.

Le modèle de « pont bayésien brownien » ici employé montre aussi que ce n’est qu’après l’impact de l’astéroïde que des lignées plus modernes de placentaires ont commencé à émerger. Il est ainsi possible que les conditions de leur diversification aient été meilleures (et moins concurrentielles) après l’extinction des dinosaures — et d’environ 76 % de toutes les espèces qui peuplaient la planète.

Des données auparavant obtenues grâce à la méthode de l' »horloge moléculaire » (ou « horloge de l’évolution »), suggéraient déjà que les mammifères placentaires avaient des racines particulièrement anciennes.

Cet autre modèle statique de l' »horloge moléculaire », sorte de machine à remonter le temps, permet (de façon très simplifiée) de « rembobiner » les changements génétiques (mutations) qui se produisent régulièrement au fil du temps.⋙

Elle permet ainsi d’estimer de façon théorique des âges absolus de divergence entre les espèces. De la même façon, les paléo-généticiens s’en servent pour dater des évènements évolutifs que le registre fossile ne permet pas de documenter, car faible voire inexistant.

Mais les auteurs de l’étude indiquent que leur récente technique est plus précise encore, « pour déterminer les voies d’évolution des espèces », que ces fameuses données moléculaires ou que l’utilisation d’enregistrements fossiles. Et ce, en particulier lorsque ces derniers viennent à manquer. Ils espèrent désormais que le modèle qu’ils ont développé sera employé pour d’autres études.

Summary

The timing of the placental mammal radiation has been the focus of debate over the efficacy of competing methods for establishing evolutionary timescales. Molecular clock analyses estimate that placental mammals originated before the Cretaceous-Paleogene (K-Pg) mass extinction, anywhere from the Late Cretaceous to the Jurassic. However, the absence of definitive fossils of placentals before the K-Pg boundary is compatible with a post-Cretaceous origin. Nevertheless, lineage divergence must occur before it can be manifest phenotypically in descendent lineages. This, combined with the non-uniformity of the rock and fossil records, requires the fossil record to be interpreted rather than read literally. To achieve this, we introduce an extended Bayesian Brownian bridge model that estimates the age of origination and, where applicable, extinction through a probabilistic interpretation of the fossil record. The model estimates the origination of placentals in the Late Cretaceous, with ordinal crown groups originating at or after the K-Pg boundary. The results reduce the plausible interval for placental mammal origination to the younger range of molecular clock estimates. Our findings support both the Long Fuse and Soft Explosive models of placental mammal diversification, indicating that the placentals originated shortly prior to the K-Pg mass extinction. The origination of many modern mammal lineages overlapped with and followed the K-Pg mass extinction.

13/11/2023 Le sionisme d’après Alexandre Douguine

Nous republions ici un article d’Alexandre Douguine sur le sionisme, transmis ce jour par Philippe Grasset, responsable du site DeDefensa, que nous remercions en votre nom à tous

Sur Douguine, voir Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Douguine

L’essence du sionisme

Le sionisme est l’idéologie d’Etat d’Israël. Pourquoi les Juifs croient-ils qu’ils sont le people élu ? Quelle est la signification de la diaspora juive comme tradition juive ? Pourquoi le sionisme est-il, d’une part, une continuation du judaïsme, et d’autre part, sa réfutation ?

Comme toute religion, le judaïsme a de nombreuses dimensions. En parler d’une manière simpliste, pour le louer ou le condamner, est primitif.

Le judaïsme est lié à la croyance que les Juifs sont le peuple élu (principalement dans un sens religieux). Leur but est d’attendre le Messie, qui sera le Roi d’Israël. Ainsi, leur religion est associée à l’attente du Messie.

D’après le judaïsme, au début du premier millénaire, les Juifs partirent dans la diaspora. Le Second Temple fut détruit, marquant le début d’une histoire bimillénaire de leur dispersion. Cette ère fait partie de la tradition juive. Le but est d’expier les péchés d’Israël accumulés durant les précédentes périodes historiques. Si cette expiation est sincère et la repentance profonde, alors d’après la tradition juive le Messie apparaîtra, signifiant la bénédiction du peuple élu. Dans ce cas, le retour des Juifs en Israël, l’établissement d’un Etat indépendant, et la création du Troisième Temple s’ensuivra.

C’est la structure de la culture juive de l’attente. Les représentants les plus cohérents de cette approche sont les fondamentalistes du mouvement Neturei Karta. Ils disent que le Dieu juif leur a ordonné d’endurer les souffrances de l’exil, et donc il faut attendre la fin et se repentir de ses péchés. Et quand le Messie viendra, on pourra revenir dans la Terre Promise.

Comment se fait-il que l’Etat ait déjà été établi et que des interdictions aient été violées ? Pour comprendre que l’Israël moderne est en complète contradiction avec la religion juive, il faut revenir au XVIIe siècle, à l’époque du pseudo-messie Shabbataï Tzvi, le héraut du sionisme. Il affirma qu’il était le Messie, et donc que  les Juifs pouvaient retourner en Israël. Le sort de Shabbataï Tzvi est triste. Lorsqu’il arriva devant le Sultan ottoman avec des revendications sur la Palestine, il se vit donner un choix : soit être décapité, soit se convertir à l’islam. Alors quelque chose d’étrange se produisit : Shabbataï Tzvi se convertit à l’islam. A cette époque, ce fut une déception majeure pour les communautés juives.

Cependant, des adeptes de Shabbataï Tzvi (le sabbataïsme) apparurent – ses enseignements se répandirent particulièrement parmi les Juifs ashkénazes et d’Europe de l’Est. Le mouvement hassidique se développa parallèlement, qui n’avait aucune orientation eschatologique ou messianique mais qui disséminait les enseignements kabbalistiques parmi les gens ordinaires.

Dans certaines sectes sabbataïstes (en particulier parmi les “frankistes” en Pologne), une théologie surgit : supposément, Shabbataï Tzvi était le véritable Messie et était délibérément passé à l’islam ; ainsi, il avait commis une « trahison sacrée » (il avait trahi le judaïsme pour hâter la venue du Messie).

Par une telle logique, on peut facilement se convertir à d’autres religions. Jacob Frank, par exemple, se convertit d’abord à l’islam, puis au catholicisme, arguant que les Juifs dévoraient les enfants chrétiens. Il viola complètement toutes les formes du talmudisme et trahit sa foi – mais la doctrine secrète de Frank suggérait qu’après le XVIIe siècle, la notion même de Messie avait changé. Maintenant, ce sont les Juifs eux-mêmes qui devenaient [collectivement] le Messie – il n’y avait pas besoin de l’attendre, donc même si vous trahissez votre religion, vous êtes saint – vous êtes Dieu.

Ainsi, un environnement intellectuel fut créé pour le sionisme. Le sionisme est le satanisme juif, le satanisme à l’intérieur du judaïsme, chamboulant toutes ses fondations. Si dans le judaïsme on doit attendre la venue du Messie, alors dans le sionisme un Juif est déjà Dieu. Cela est suivi par des violations des commandements talmudiques.

Cela conduit à des relations spécifiques entre le sionisme et le judaïsme. D’une part, le sionisme est une continuation du judaïsme ; d’autre part, il est sa réfutation. Les sionistes disent qu’il n’y a plus besoin de se repentir de quoi que ce soit ; ils ont suffisamment souffert, et ils sont Dieu.

Cela explique la particularité de l’Etat sioniste moderne, qui mise non seulement sur Israël mais aussi sur les Juifs laïcs, les libéraux juifs, les communistes juifs, les capitalistes juifs, les chrétiens juifs, les musulmans juifs, les hindous juifs, etc., qui représentent tous le réseau du frankisme – chacun d’eux peut confortablement commettre une trahison sacrée, construire un Etat, affirmer leur domination mondiale, et établir une interdiction de critiquer le sionisme (dans certains Etats américains, critiquer l’Etat d’Israël est identifié à de l’antisémitisme).

La seule étape qui leur reste à faire est de faire sauter la Mosquée Al-Aqsa et de commencer la construction du Troisième Temple. Soit dit au passage, des fonds pour l’étude du Mont du Temple ont déjà été alloués par la Knesset – tout se dirige dans cette direction.

Comment peut-on apaiser un conflit avec des racines métaphysiques aussi profondes par des appels à l’ONU, par des phrases comme « réconciliez-vous » ou « observez les droits de l’homme » ? Dans le conflit palestinien, ils ont dédaigné depuis longtemps ces droits humains. De plus, nous entendons des déclarations de plus en plus absurdes venant d’eux – par exemple, accuser d’antisémitisme des gens qui défendent en réalité les Palestiniens sémites.

Si nous sortons de l’hypnose, du brouillard de la bêtise, et de fragmentation postmoderne de la conscience, nous verrons une image très étrange et terrifiante de ce qui est en train de se passer au Moyen-Orient.

Alexandre Douguine

Le 6 juin 2018, re-publié le 10 novembre 2023

   

13/11/2023. L’erreur de parcours d’Emmanuel Macron

En France, où la République se veut aussi ouverte que possible à tous les mouvements politiques démocratique, qu’ils soient dans la majorité ou l’opposition, l’absence du Président de cette même République à la manifestation contre l’antisémitisme du 12 novembre a provoqué l’incompréhension.

Ceci d’autant plus que la majorité comme une partie de l’opposition, pour une fois unis, avaient appelé à manifester et que  dans un domaine aussi sensible, les images comptent plus que les discours. Voir à Paris en tête du cortège Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, qui président respectivement l’Assemblée Nationale et le Sénat, ne pouvait que dramatiquement souligner l’absence d’Emmanuel Macron.

Les proches du pouvoir avaient expliqué que la présence de celui-ci aurait paru cautionner la guerre que mène actuellement Israêl contre le Hamas dans la bande de Gaza et à Gaza même, guerre dont le nombre des victimes ne cesse d’augmenter. Mais Emmanuel Macron aurait pu expliquer publiquement qu’il condamnait les agressions antisémites que subit de plus en plus en France la population juive sans approuver pour autant la politique d’Israël à ses frontières.

On peut craindre que l’absence du Président de la République à la marche contre l’antisémitisme encourage de plus en plus de nouveaux actes antisémites dans certains banlieues françaises. Les explications embarrassées d’Emmanuel Macron, données pour justifier son absence, n’ont convaincu personne, à supposer qu’elles aient été écoutées.

Il y a plus grave. L’absence d’Emmanuel Macron a dès maintenant été présentée par les agents du Hamas menant une guerre psychologique en Europe comme la preuve du fait que le Président de la République voulait se désolidariser d’Israël dans l’offensive que mène actuellement ce dernier à Gaza, sans oser le dire ouvertement.

12/11/2023 Sur la gravitation quantique

Aujourd’hui deux grands cadres théoriques inspirent les études du cosmos. L’un est du à Einstein, sous le nom de théorie de la gravitation, l’autre relève de la physique quantique  qui décrit le comportement des objets physiques au niveau le plus petit dit nanoscopique. Elle intéresse notamment les atomes, les électrons et les photons.

Ces théories s’ignorent ou pire, dans certains cas, elles semblent se contredire. C’est pourquoi les théoriciens sont à la recherche d’une synthèse qui s’appellerait la gravitation quantique ou quantum gravity. Les travaux en ce sens ont récemment progressé, mais sont loin d’avait encore abouti. C’est ce que montre un article du 28 octobre 2023 intitulé In Search of Quantum Gravity de Lyndia Chiou dont nous ferons-ci dessous une adaptation rapide.

L’article vient d’être publié en anglais par le NewScientist sous le titre de
In search of quantum gravity 28 october 2023 p.30

………………………………………………………………………………………………..


Pour Einstein, la fabrication de l’espace-temps n’existe pas en propre. L’espace-temps découle des relations entre la masse et l’énergie, donnant naissance à la gravité. De plus les équations d’Einstein étant continues, la fabrication de l’espace-temps doit être homogène .

Aujourd’hui, la majorité des physiciens considère que l’espace-temps doit obéir aux lois de la physique quantique qui gouvernent les particules et les champs. Ceci veut dire que si on l’analysait suffisamment dans le détail, on verrait qu’il est constitué non pas de rien, mais de quelque chose d’autre, de petits éléments homogènes analogues aux briques en architecture.

Malheureusement il n’existe pas aujourd’hui assez de preuves montrant que l’espace-temps est « quantisé » ;. Les éléments que l’on imaginerait être les pixels de l’espace temps, ou ses représentations les plus élémentaires, devraient être si petits que leur observation directe serait impossible.

Ne peut-on dans ce cas faire appel à des observations indirectes ?

Aujourd’hui les physiciens ont imaginé diverses expériences pouvant faire apparaître une bfois pour toutes de quoi est fait l’espace-temps, si du moins il est fait de quelque chose. Le physicien Giovanni Amelino-Camelia de l’Université de Naples vient de publier en juin 2023 un article (non disponible à ce jour) détaillant les mesures de particules fondamentales dites neutrinos qui ont une masse mais interagissent difficilement avec la matière. Dans l’espace-temps classique, ils devraient voyager à des vitesses proches de celle de la lumière. Mais certaines théories relatives à l’espace-temps quantique leur attribue une pesanteur suffisante pour les ralentir en fonction de leur énergie.

Observant des neutrinos dans l’observatoire antarctique dit IceCub Neutrino Observatory, Amelino-Camélia et son équipe constatèrent de tels ralentissements. Ils y virent là l’évidence d’un espace-temps quantifié constitué d’une jungle de fluctuations que l’on ne distingue plus en l’observant à trop grande distance.

Ces fluctuations, dites écume quantique seraient le résultat de particules quantiques dites gravitons émergeant en permanence puis disparaissant après s’être heurtées. La physicienne américaine Kathryn Zurek s’est spécialisée dans l’étude des gravitons. Elle estime que nous pourrions les observer si nous vivions dans un univers holographique. Le principe holographique affirme que même si tout ce que nous percevons dans l’univers est en 3 dimensions (3D) , il pourrait être considéré comme émergeant d’un univers en 2D, plat comme une feuille de papier. Dans ce cas les fluctuations quantiques pourraient être agrandies jusqu’à être observables .

Sur cette base, elle a proposé une expérience dans laquelle un interféromètre pourrait faire apparaître des « gravitons » (voir https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0370269321006031).

Ceux- ci pourraient être considérés comme des  « pixels de l’espace temps » se déplaçant en nuage de façon fluctuante mais cohérente. Elle a nommé ce nuage géant un pixellon et considère qu’il pourrait modifier la trajectoire de la lumière autour de lui de façon à être visible dans l’interféromètre.

Elle admet qu’une telle expérience ne sera pas pour demain. Elle collabore donc avec les spécialistes de l’interférométrie pour définir un appareil plus sensible que l’actuel observatoire LIGO .

Pour Zahid Mehdi, de l’université de Canberra (Australie), il ne faut plus considérer que les photons sont sans masse, si bien que la gravité ne les affecte pas . Au contraire Einstein a montré que l’énergie et la masse sont équivalentes, si bien que des photons très énergétiques peuvent produise un léger champ gravitationnel. Celui-ci pourrait être suffisant pour modifier l’espace-temps d’une façon mesurable.

En juin 2023, Mehdi et ses collaborateurs ont prévu qu’en dotant des photons d’une très haute énergie, ils interagiraient de façon différente sous l’effet d’une force de gravité classique ou d’une « gravité quantifiée ».

Ils ont proposé une expérience dans laquelle un rayon de lumière serait coupé en deux dans le sens longitudinal avant que les deux moitiés soient rapprochées afin que le rayon puisse redevenir normal. Dans ce cas, leurs schémas d’interférence seraient différents selon qu’ils seraient soumis à une gravité classique ou une gravité quantifiée. Une telle expérience nécessiterait de puissants lasers et des miroirs réfléchissants spéciaux. Elle n’est donc pas pour demain.

Des masses intriquées

Par ailleurs, si la gravité était une force quantique, elle devrait se comporter de façon quantique. Une façon de le tester serait de vérifier si deux objets pourvus de masse peuvent être l’objet d’intrications quantiques (entanglement) L’intrication quantique, ou enchevêtrement quantique, est un phénomène dans lequel deux particules forment un système lié et présentent des états quantiques dépendant l’un de l’autre quelle que soit la distance qui les sépare.

Une telle expérience a été longtemps impossible, parce que l’observation détruit l’état quantique d’un objet. Mais en 2017, Sougato Bose de l’University College London a proposé une expérience de laboratoire qui pourrait être intéressante. Pour cela, il faudrait mettre une petite masse d’un diamètre de quelques millièmes de millimètre en état de superposition quantique. Ceci signifie qu’elle serait dotée d’un certain nombre d’états quantiques superposés, jusqu’à ce qu’elle soit observée et « collapse » dans un état non quantique unique . Ensuite une seconde masse, se trouvant dans un état équivalent, sera rapprochée de la première.

Si la gravité était quantique, on pourrait espérer voir les gravitons se matérialiser temporairement pour intriquer les deux masses. Dans ce cas la gravité serait quantique par nature. C’est ainsi que l’on pourrat vérifier la nature quantique de la gravité. Si ce n’avais pas été le cas, les deux masses ne se seraient pas superposées gravitationnellement et aucun graviton ne serait apparu pour les intriquer.

La gravité post quantique

Si la question leur était posée, la plupart des physiciens parieraient en faveur de la thèse selon laquelle la force de gravité serait quantique. Les trois autres forces de la nature l’étant, pourquoi pas elle ? Cependant le physicien britannique Johnathan Oppeihem n’est pas convaincu. En un siècle d’efforts, dit-il, nous n’avons pas été capable de quantiser la gravité.

Il explore une voie différente selon laquelle la gravité serait « presque quantique » ? Il la nomme « post-quantum classical gravity ». Il estime que l’espace-temps et la gravité peuvent être classiques tout en restant compatibles avec tout  le reste qui est quantique. Pour cela l’interaction entre les particules quantiques et la force de gravité classique ne doit pas donner de résultats prévisibles .

S’il apparaît que dans certains cas la gravité semble quantique, cela peur être du à l’incertitude des observations relatives à la position des particules dans le champ gravitationnel.

Oppenheim a proposé deux expériences différentes permettant de préciser les concepts de gravité post-quantique. Il est trop tôt pour en discuter ici

_______________________

10/11/2023 Brésil . Hotels de luxe et protection des droits des communautés indigènes

Au Brésil , la « communauté indigène » vivant à Marica, dans le village Guarani dit  Ka’Aguy Hovy Porã (connu en portugais comme  Aldeia Mata Verde Bonita) est en cours d’expropriation par un projet d’hotels touristiques nommé  “Maraey” ce qui signifie Terre innocente (land without evils)

Ce projet est financé par la firme espagnole Cetya avec les participations des  Marriott Hotels américains, de l’allemand Siemens et de l’Ecole Hotelière de Lausanne. Il comprendra 3 hôtels de luxe avec un total de 1100 chambres désignées comme « paradise living ». L’emplacement prévu est une bande étroite de côte classée comme réserve biologique en 1984, 40 km au sud du fleuve San Francisco. Les Guarani, privés de leurs terres et traditions, n’auront plus qu’à chercher du travail le long du Sao Francisco.

Rappelons que dans le même temps la forêt amazonienne, présentée comme le poumon de la planète, subit les assauts conjugués du réchauffement climatique, de la sécheresse et d’une exploitation forestière débridée. Les spécialistes prévoient que si rien n’est fait, elle deviendra vite une savane.
https://reporterre.net/La-destruction-de-l-Amazonie-se-poursuit-a-un-rythme-jamais-vu-dans-l-histoire

Pour en savoir plus

https://theconversation.com/bluewashing-how-ecotourism-can-be-used-against-indigenous-communities-212485

L’auteure, Michelle Mielly est professeure à l’École de Management de Grenoble