29/11/2023 Les origines encore incertaines de la vie sur la Terre

Jusqu’au milieu du 20e siècle, les scientifiques ne pouvaient pas expliquer comment la vie était apparue sur la Terre. Puis vint 1953 avec la découverte par les généticiens de la double hélice de l’ADN illustrant comment la vie pouvait se répliquer. Suivit l’expérience dite Miller-Urey montrant qu’un simple cocktail de produits chimiques pouvait générer des acides aminées nécessaires à la production des cellules vivantes. Finalement en septembre 1953, l’âge de la Terre a été correctement estimé, ce qui a permis de mieux préciser l’âge de la vie.

Dans les années suivantes d’autres questions connexes ont paru recevoir des réponses, concernant notamment l’état des océans et des continents au moment où la vie est apparue.

Que reste-t-il aujourd’hui de ces réponses ? En fait, selon Johanna Xavier qui travaille dans les Dayoff Labs élaborant à Londres des modèles d’Intelligence Artificielle pour la biochimie, il apparait que dans les années 1950 on n’avait pas compris grand chose à ce qu’était la vie dans le secret des cellules.

La révolution de la biologie moléculaire a changé les choses. Le 25 avril 1953 James Watson et Francis Crick publièrent un article fondateur décrivant la structure de l’ADN (voir https://planet-vie.ens.fr/thematiques/cellules-et-molecules/molecules/la-decouverte-de-la-structure-de-l-adn ). Connue sous le nom d’acide désoxyribonucléique, l’ADN fut identifiée par eux comme portant les gènes dans sa double hélice, elle même permettant une reproduction à l’identique.

Cette découverte en entraîna de nombreuses autres. Des biochimistes montrèrent comment l’information est encodée dans les séquences de blocs qui constituent la molécule d’ADN, et comment ces séquences sont utilisées pour construire les protéines complexes constituant les organismes. Mais cette complexité n’apparut pleinement qu’en 2022, à l’occasion d’une étude interessant le mycoplasma genitalium, un parasite provoquant des infections sexuellement transmissibles.

 M. genitaliumis a motile flask-shaped mycoplasma with terminal tip-like structure which assists in attachment to various surfaces and provides gliding motility. It does not have a peptidoglycan cell wall and, therefore, lacks cell surface markers.

Cette nouvelle appréciation de la complexité de la vie eut d’importantes conséquences. De nombreux biologistes ont commencé à percevoir les êtres vivants à travers les deux loupes grossissantes de la reproduction et de l’hérédité. La vie, dans cette approche, se caractérise par l’information génétique transmise de générations en générations.

Dans les dernières décennies cependant,il est apparu que la définition de la vie ne pouvait pas se limiter au phénomène du génome. Ainsi les cellules vivantes sont hautement dynamiques, avec des composantes constamment en mouvement et en transformation, dans un effort pour maintenir une certaine stabilité.

Ce serait une erreur de réduire la définition de la vie à quelques traits. Un recensement fait il y a quelques années avait identifié 123 définitions de la vie. Aujourd’hui, une nouvelle hypothèse dite Assembly Theory (Voir notre article La Théorie de l’assemblage ) considère qu’il y aurait un processus universel dans le cosmos selon lequel la matière accroît continuellement sa complexité. Ce faisant elle atteint un certain niveau de complexité représenté par la Vie – le processus ne s’arrêtant d’ailleurs pas là.

Ceci conduit à penser qu’il existerait un grand nombre de voies dans l’univers permettant à des mélanges de produits chimiques de s’auto-transformer en entités vivantes.

Aussi aujourd’hui de plus en plus de chercheurs sans perdre de temps à définir théoriquement ce que pourrait être la Vie, explorent les perspectives selon lesquelles de tels mélanges pourraient spontanément finir par produire quelque chose qui ressemblerait à de la Vie. Pour cela, il faut d’abord se représenter la Terre telle qu’elle était avant que la Vie n’y apparaisse.

Pendant longtemps ce premier travail a été difficile, car l’on ne connaissait pas suffisamment l’âge de la Terre ni celui de la biosphère. Avec la découverte de la radioactivité en 1896, l’âge de la Terre apparut calculable. Les éléments radioactifs peuvent le rester pendant des centaines de millions d’années. Il fallut donc chercher des roches qui se soient formées en même temps que la Terre. Mais la surface de la Terre étant constamment en mouvement, cette recherche apparut sans issue.

Par contre les géologues proposèrent une solution : les météorites. Certains de ceux-ci avaient l’âge de la Terre, s’étant formés dans le système solaire en même temps qu’elle. Depuis ils avaient dérivé dans l’espace avant pour certains d’entre eux de retomber sur la Terre. En mesurant combien la part de l’uranium qu’ils comportaient s’était dégradé en plomb, il était possible de calculer leur âge. L’on obtint 4,55 milliards d’années, ce qui était aussi par définition l’âge de la Terre. Voir l’article Quel âge à la Terre ?

Les plus anciens des fossiles connus à l ‘époque n’avaient que quelques 500 millions d’années. Ainsi le fossile Charnia découvert en Grande Bretagne, âgé de 570 millions d’années. Cependant, en 2019, l’on se rendit compte que des roches trouvées à Pilbara en Australie contenaient les restes préservés de micro-organismes monocellulaires, des stromatolithes, âgés de 3,5 millions d’années. On estime aujourd’hui que le Last Universal Common Ancestor ou LUCA existait il y a au moins 3,9 millions d’années.

Par ailleurs, aujourd’hui, on sait mieux comment était la Terre à l’origine de la vie. Elle avait refroidi et s’était dotée d’océans qui auraient pu héberger de la vie à partir de 4,2 milliards d’années. Des continents seraient apparu il y a 3,7 milliards d’années.

La vie dans une éprouvette ?

Les efforts pour reconstituer la vie artificiellement en laboratoire ont commencé en mai 1953. A cette date un jeune diplomé de l’Université de Chicago nommé Stanley Miller réalisa un dispositif constitué de 2 éprouvettes simulant l’océan et l’atmosphère de la jeune Terre, dans lesquelles il fit passer des étincelles à une température convenable. Après quelques jours il constata que l’eau simulant l’océan contenait de la glycine, acide aminé précurseur des protéines vivantes (Miller-Urey experiment).

Cependant on trouve des acides aminées dans l’espace profond. Leur présence ne suffit pas à caractériser la vie. Quant à l’ADN, des chercheurs montrèrent qu’elle était présente dans les plus anciens organismes, sous forme d’ARN ou Acide Ribonucléique. Or récemment des expériences conduites par Rio Mitsuuchi à l’Université de Waseda au Japon montrèrent que l’ ARN « chimique » pouvait produire des « descendants » dotés des principales propriétés des gènes chez le vivant.

Il apparaît aujourd’hui qu’il serait trop simpliste de mettre l’accent sur le seul ARN. Rio Mitsuuchi et d’autres ont montré que diverses biomolécules sont aussi importantes, notamment pour commander le métabolisme, l’aptitude de la vie à se nourrir et s’entretenir. Ces processus sont complexes et dépendent dans les organismes modernes de centaines d’enzymes, une sorte de protéine. En 2022 Johanna Xavier et son collègue Stuart Kauffman de l’Institute for Systems Biology à Seattle firent l’inventaire des 6683 réseaux de molécules et de réactions intervenant dans l’autocatalyse d’un simple microbe monocellulaire.

Cependant pour que ces opérations se produisent convenablement la présence de métaux dans l’environnement est nécessaire, fer, nickel et cobalt notamment. Toute vie biologique dépend de ces métaux, a souligné Johanna Xavier.

Mais si l’on peut séparer la vie de son environnement planétaire, ceci veut dire que des expériences en éprouvette ne suffisent pas pour la recréer. Aujourd’hui ces expériences sont conduites dans des milieux terrestres variés, depuis des déserts soumis à un ensoleillement riche en ultra-violet jusqu’aux évents hydrothermaux sous-marins profonds.

La vie n’est pas un phénomène individuel mais la manifestation d’écosystèmes en 3 dimensions, comme les biofilms qui se forment dans certains égouts du fait de la prolifération de diverses bactéries.

Note
Cet article est une adaptation de A new way to think about the origins of life New Scientist 4 november 2023 par Michael Marshall, auteur de The Genesis Quest

27/11/2023 Collision entre planètes au sein d’un système solaire

Un système solaire distant de 1.800 années-lumière de nous aurait été le siège d’une collision catastrophique entre deux planètes géantes suivie d’un incendie laissant derrière lui un un amas lumineux de cendres brûlantes en forme de croissant.

En 2021, des astronomes observant un astre analogue à une étoile nommé AS3SSN-21qj découvrirent qu’il avait perdu 95% de sa luminosité par rapport aux précédentes observations. Mais il avait doublé cette luminosité trois ans auparavant. Ils en déduisirent que ces événements avaient résulté d’une collision entre deux planètes géantes, telles que Jupiter et Saturne, laissant derrière elle un nuage de vapeurs de silicates et d’eau brûlantes ayant le diamètre de notre soleil

La cause de cette collision n’est pas claire. Les planètes auraient pu être troublées dans leur orbite par le passage proche d’un astre errant ou d’une comète géante comme il s’en trouvent de nombreux dans le voisinage de notre système solaire. Un tel événement n’est donc pas à exclure nous concernant.

Référence
Published: 11 October 2023

A planetary collision afterglow and transit of the resultant debris cloud
  • Nature  volume  622,  pages 251–254 (2023)s details
Abstract

Planets grow in rotating disks of dust and gas around forming stars, some of which can subsequently collide in giant impacts after the gas component is removed from the disk1,2,3. Monitoring programmes with the warm Spitzer mission have recorded substantial and rapid changes in mid-infrared output for several stars, interpreted as variations in the surface area of warm, dusty material ejected by planetary-scale collisions and heated by the central star: for example, NGC 2354–ID8 (refs. 4,5), HD 166191 (ref. 6) and V488 Persei7. Here we report combined observations of the young (about 300 million years old), solar-like star ASASSN-21qj: an infrared brightening consistent with a blackbody temperature of 1,000 Kelvin and a luminosity that is 4 percent that of the star lasting for about 1,000 days, partially overlapping in time with a complex and deep, wavelength-dependent optical eclipse that lasted for about 500 days. The optical eclipse started 2.5 years after the infrared brightening, implying an orbital period of at least that duration. These observations are consistent with a collision between two exoplanets of several to tens of Earth masses at 2–16 astronomical units from the central star. Such an impact produces a hot, highly extended post-impact remnant with sufficient luminosity to explain the infrared observations. Transit of the impact debris, sheared by orbital motion into a long cloud, causes the subsequent complex eclipse of the host star.

26/11/2023 Une vigne cosmique

Une équipe internationale de chercheurs, dirigée par le post-doc Shuowen Jin de l’Université Technique du Danemark, a découvert une structure cosmique immense baptisée « Vigne Cosmique ». Cette découverte, détaillée dans un article dont nous publions ci-dessous les références et l’abstract, révèle une structure de 13 millions d’années-lumière, composée d’au moins 20 galaxies massives.


La Vigne Cosmique, détectée dans le champ Extended Groth Strip (EGS) observé par le JWST (Télescope Spatial James Webb), est une structure de galaxies longue de 13.04 millions d’années-lumière et large de 0.65 million. Sa masse totale est estimée à 260 milliards de masses solaires, incluant six surdensités de galaxies. Ces caractéristiques la rendent beaucoup plus grande que d’autres groupes de galaxies compactes et proto-amas précédemment observés

L’étude met en lumière l’existence de deux galaxies massives au sein de cette structure, désignées Galaxie A et Galaxie E. Étonnamment, ces galaxies sont peu fertiles, avec des taux de formation d’étoiles inférieurs à 0,5 masse solaire par an. Elles sont en forme de bulbes et non de spirales. Elles pourraient avoir été inhibées dans leur croissance par des sursauts de formation d’étoiles déclenchés par des fusions ou par la proximité avec un noyau galactique actif (AGN) il y a environ 500 millions d’années.

Selon l’article, la Vigne Cosmique n’est pas encore un système tendant vers un équilibre dynamique, elle est en voie de former un nouvel amas de galaxies. L’étude souligne la possibilité que la Galaxie E devienne la galaxie la plus brillante si elle se dirige vers le cœur de l’amas dans le futur.

Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles recherches sur la formation des amas de galaxies dormantes, essentielles pour comprendre l’émergence et l’évolution des structures les plus larges de l’Univers. Avec le lancement récent du télescope spatial Euclid de l’ESA, axé sur l’exploration de la structure et de l’histoire de la toile cosmique, de telles recherches pourraient s’avérer fructueuses.

Reférence

[Submitted on 8 Nov 2023 (v1), last revised 9 Nov 2023 (this version, v2)]

Cosmic Vine: A z=3.44 Large-Scale Structure Hosting Massive Quiescent Galaxies


arXiv:2311.04867
 [astro-ph.GA] (or arXiv:2311.04867v2 [astro-ph.GA] for this version) https://doi.org/10.48550/arXiv.2311.04867Focus to learn more

Shuowen JinNikolaj B. SillassenGeorgios E. MagdisMalte BrinchMarko ShuntovGabriel BrammerRaphael GobatFrancesco ValentinoAdam C. CarnallMinju LeeAswin P. VijayanSteven GillmanVasily KokorevThomas R. GreveBitten GullbergKatriona M. L. GouldSune Toft

We report the discovery of a large-scale structure at z=3.44 revealed by JWST data in the EGS field. This structure, dubbed « Cosmic Vine », consists of 20 galaxies with spectroscopic redshifts at 3.43<z<3.45 and six galaxy overdensities with consistent photometric redshifts, making up a vine-like structure extending over a ~4×0.2 pMpc^2 area. The two most massive galaxies (M*~10^10.9 Msun) of the Cosmic Vine are found to be quiescent with bulge-dominated morphologies (B/T>70%). Comparisons with simulations suggest that the Cosmic Vine would form a cluster with halo mass >10^14 Msun at z=0, and the two massive galaxies are likely forming the brightest cluster galaxies (BCGs). The results unambiguously reveal that massive quiescent galaxies can form in growing large-scale structures at z>3, thus disfavoring the environmental quenching mechanisms that require a virialized cluster core. Instead, as suggested by the interacting and bulge-dominated morphologies, the two galaxies are likely quenched by merger-triggered starburst or AGN feedback before falling into a cluster core. Moreover, we found that the observed specific star formation rates of massive quiescent galaxies in z>3 dense environments are two orders of magnitude lower than that of the BCGs in the TNG300 simulation. This discrepancy potentially poses a challenge to the models of massive cluster galaxy formation. Future studies comparing a large sample with dedicated cluster simulations are required to solve the problem.





Cite as:arXiv:2311.04867 [astro-ph.GA]
 (or arXiv:2311.04867v2 [astro-ph.GA] for this version)

25/11/2023 Ne pas confondre la vie sur la Terre et la vie dans l’univers

 Dans un article récent, l’astrophysicien français Jean-Pierre Bibring affirme que « tous les objets du cosmos sont uniques »

Il applique ce postulat à la Terre et plus particulièrement à la vie sur la Terre, vie dont les humains sont une forme particulière. « La vie pourrait être une propriété spécifique de la Terre. Le vivant serait la forme extraordinairement spécifique d’une phénomène très général, la complexification de la chimie organique cosmique. Les propriétés du vivant ne seraient donc pas génériques, mais par essence contingentes, liée à l’évolution du disque protosolaire et de la Terre.

Il en résulterait pour lui que les « milliards de milliards de planètes aujourd’hui identifiées n’abriteraient sans doute pas de vie semblable à la vie sur la Terre ».

Une telle affirmation ne peut être soutenue. Le lecteur mal informé en conclurait qu’il n’y a pas de vie ailleurs que sur Terre. Autrement dit les efforts pour s’assurer que nous ne sommes pas seuls dans l’univers seraient de l’argent perdu. Or comment de notre planète prétendre juger de ce qui se passe, s’est passé ou se passera dans un univers dépourvu de frontières à ce jour identifiées.

En fait Jean-Pierre Bibring joue sur les mots. Tous les scientifiques qui rechercheront s’il y a de la vie sur d’autres planètes ne s’attendront pas être accueillis par un monsieur fort poli le chapeau à la main.

Mais à l’inverse ils n’excluront pas de découvrir des civilisations prospérant dans des cités multiplanétaires.

Sciences et avenir. La Recherche, décembre 2023 n° 922 p. 44

25/11/2023 Les kilobots opèrent en essaims, comme les abeilles

Les kilobots (ou kilibots) sont de petits robots mobiles peu coûteux développés à l’Université d’Harvard en 2015. Ils peuvent agir en groupes de quelques centaines d’unités pour exécuter des opérations hors de portée des robots individuels, opérer en essaims par exemple. Ils peuvent communiquer entre par échange de signaux en lumière infrarouge

Voir wikipedia https://en.wikipedia.org/wiki/Kilobot

Ils ont été récemment utilisés pour comprendre comment certains oiseaux ou mammifères agissaient en groupe de facon cordonnée, avec des temps de réaction rapides, sans apparemment échanger d’ordres collectifs. La question se posé également dans le cas des comportements humains collectifs survenant spontanément, tels qu’en cas de panique ou d’agression.

L’article dont nous publions ci-dessous les références et l’abstract présente des recherches montrant comment un essaim de kilobots prend, sans intervention humaine, des comportements semblable à ceux d’abeilles recherchant en essaim un site favorable pour l’établissement d’une nouvelle ruche. Concernant les abeilles, il s’agit de l’essaimage.

L’essaimage est un mode de reproduction des colonies d’abeilles. C’est un procédé naturel qui se produit, en France,  au printemps ou au début de l’été. Il dure environ deux semaines et permet à l’essaim d’abeille de construire des cellules royales. C’est dans ces cellules royales que la reine pondra ses œufs, qui se nourriront de gelée royale.

Dans le cas des kilobots en essaim, ils peuvent communiquer spontanément entre eux par échange de signaux en lumière infrarouge

Référence

https://arxiv.org/abs/2310.15592

[Submitted on 24 Oct 2023]


Honeybee-like collective decision making in a kilobot swarm

David MarchJulia MúgicaEzequiel E. FerreroM. Carmen Miguel

Drawing inspiration from honeybee swarms’ nest-site selection process, we assess the ability of a kilobot robot swarm to replicate this captivating example of collective decision-making. Honeybees locate the optimal site for their new nest by aggregating information about potential locations and exchanging it through their waggle-dance. The complexity and elegance of solving this problem relies on two key abilities of scout honeybees: self-discovery and imitation, symbolizing independence and interdependence, respectively. We employ a mathematical model to represent this nest-site selection problem and program our kilobots to follow its rules. Our experiments demonstrate that the kilobot swarm can collectively reach consensus decisions in a decentralized manner, akin to honeybees. However, the strength of this consensus depends not only on the interplay between independence and interdependence but also on critical factors such as swarm density and the motion of kilobots. These factors enable the formation of a percolated communication network, through which each robot can receive information beyond its immediate vicinity. By shedding light on this crucial layer of complexity –the crowding and mobility conditions during the decision-making–, we emphasize the significance of factors typically overlooked but essential to living systems and life itself.

24/11/2023 Moyen-Orient. Retour en force des Etats-Unis

Un déploiement naval américain massif dans ce que l’on nomme le Grand Moyen Orient est actuellement en cours. Le porte-avion USS Ford et son groupe s’était précédemment montré le long des côtes israéliennes et s’est repositionné dans le sud de la Crète. Le porte avions USS Dwight D. Eisenhower et son groupe ont été vus dans le golfe d’Oman approchant le Golfe Persique.

C’est la première fois qu’un groupe aéronaval américain retourne dans cette zone, depuis le départ piteux en 2021 du Ronald Reagan qui avait quitté la mer d’Oman sans gloire après avoir soutenu l’évacuation de l’Afghanistan par les forces américaines.

L’USS Dwight D. Eisenhower rejoindra les navires amphibies USS Bataan et Carter Halll qui se trouvaient dans le golfe d’Aden le 26 octobre, alors qu’une troisième unité du même type, l’USS Mesa Verde, opère en Méditerranée orientale sous le commandement de l’USS Mount Whitney. Enfin un certain nombre de sous-marins d’attaque nucléaires semble patrouiller dans la zone.

Initialement les observateurs avaient pensé que les Etats-Unis avaient voulu montrer leur appui à Israël face à l »Iran et aux Etats arabes. Mais il semble de plus en plus que Washington veuille restaurer son influence militaire dans toute cette partie du monde. Des groupes armés de militants chiites attaquent en effet de plus en plus les bases américaines en Iraq et en Syrie. 58 attaques ont été comptées entre octobre 2022 et octobre 2023 , principalement en Iraq. Par ailleurs les rebelles Houthis multiplient les frappes de missiles contre Israël et les intérêts américains. 

Le message américain a été compris. Le 20 octobre, l’ International Maritime Security Construct [IMSC] établi à Bahrain et dont la mission est d’assurer la sécurité des routes du pétrole, publia un avertissement demandant aux navires transitant dans ces zones de signaler leur présence et de choisir les routes les plus proches des eaux du Yémen.

Deux jours après un cargo fut saisi par des houthis parachutés à bord. Il appartenait à un certain Abraham “Rami” Ungar, dit l’homme le plus riche d’Israël. Il ne s’était pas suffisamment placé sous le parapluie américain.

24/11/2023 Manouchian au Panthéon

Nous reprenons ici le contenu d’une lettre ouverte qui vient d’être envoyée au Président de la République.

Monsieur le Président de la République, nous vous écrivons cette lettre dans l’espoir d’empêcher une injustice. Vous avez annoncé le 18 juin votre choix de faire entrer au Panthéon les dépouilles de Missak Manouchian et de son épouse, Mélinée, en février 2024, à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire du martyre du groupe de résistance à l’occupation nazie et à ses collaborateurs français. Le 21 février 1944, vingt-deux hommes furent fusillés au Mont-Valérien. La seule femme de leur réseau fut décapitée à Stuttgart, le 10 mai 1944.

Votre décision est une heureuse nouvelle qui nous a réjouis. Mettant fin à un trop long oubli, elle marque la reconnaissance de la contribution décisive des résistants internationalistes à la libération de la France et au rétablissement de la République. Manouchian et ses camarades appartenaient en effet aux Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI), une unité de la Résistance communiste composée en grande part d’étrangers, de réfugiés et d’immigrés.  « Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant », rappelait Louis Aragon en les célébrant dans son poème « L’Affiche rouge », où il évoquait leurs noms « difficiles à prononcer ».

En nos temps ô combien incertains où de nouvelles ombres gagnent, où xénophobie, racisme, antisémitisme et toutes les formes de rejet de l’autre, de l’étranger et du différent menacent, cet hommage patriotique et républicain est un message de fraternité qui rappelle que la France a toujours été faite du monde, de la diversité de son peuple et de la pluralité de ses cultures grâce à l’apport de toutes ses communautés d’origine étrangère. C’est surtout un message universel qui souligne combien les idéaux d’égalité des droits, sans distinction de naissance, de croyance ou d’apparence, initialement proclamés par la Déclaration des droits de l’homme de 1789, pour lesquels Manouchian et ses camarades ont donné leurs vies, peuvent soulever le monde entier.

Illustration 1
Les membres du groupe des FTP-MOI après leur arrestion. Manouchian est le troisième en partant de la gauche.

Or, Monsieur le Président, c’est ce message que contredit le choix de faire entrer au Panthéon Missak et Mélinée Manouchian, et eux seuls. Eux-mêmes ne l’auraient sans doute ni compris ni souhaité. Isoler un seul nom, c’est rompre la fraternité de leur collectif militant. Distinguer une seule communauté, c’est blesser l’internationalisme qui les animait. Ce groupe de résistants communistes ne se résume pas à Manouchian qui, certes, en fut le responsable militaire avant que la propagande allemande ne le promeuve chef d’une bande criminelle. Et le symbole qu’il représente, à juste titre, pour nos compatriotes de la communauté arménienne est indissociable de toutes les autres nationalités et communautés qui ont partagé son combat et son sacrifice.

Monsieur le Président, nous espérons vous avoir convaincu que Missak Manouchian ne saurait entrer seul au Panthéon, fût-ce en compagnie de son épouse. Ce sont les vingt-trois, tous ensemble, qui font l’épaisseur de cette histoire, la leur devenue la nôtre, celle de la France, hier comme aujourd’hui. Les vingt-trois, sans en oublier un seul : juifs polonais, républicains espagnols, antifascistes italiens, et bien d’autres encore.

Nous vous demandons donc de faire en sorte qu’il soit accompagné par ses vingt-deux camarades : l’Arménien Armenak Arpen Manoukian, l’Espagnol Celestino Alfonso, les Italiens Rino Della Negra, Spartaco Fontanot, Cesare Luccarni, Antoine Salvadori et Amedeo Usseglio, les Français Georges Cloarec, Roger Rouxel et Robert Witchitz, les Hongrois Joseph Boczov, Thomas Elek et Emeric Glasz, les Polonais Maurice Füngercwaig, Jonas Geduldig, Léon Goldberg, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki, Marcel Rajman, Willy Schapiro et Wolf Wajsbrot, et la Roumaine Olga Bancic.

Ils étaient vingt-trois, « vingt et trois qui criaient la France en s’abattant » – Aragon toujours –, vingt et trois qui disent notre patrie commune, sa richesse et sa force. Vingt et trois qui, à l’heure de la reconnaissance nationale, sont indissociables.

Signataires :

Juana Alfonso, petite fille de Celestino Alfonso ;
Patrick Boucheron, historien, professeur au Collège de France ;
Michel Broué, mathématicien ;
Patrick Chamoiseau, écrivain ;
Costa-Gavras, cinéaste, président de La Cinémathèque française ;
Elise Couzens et Fabienne Meyer, cousines germaines de Marcel Rajman ;
Michel, Patrice et Yves Della Negra, neveux de Rino Della Negra ;
René Dzagoyan, écrivain ;
Jean Estivil, neveu de Celestino Alfonso ;
André Grimaldi, professeur émérite de médecine ;
Anouk Grinberg, comédienne et artiste ;
Jean-Claude Grumberg, écrivain et homme de théâtre ;
Yannick Haenel, écrivain ;
Delphine Horvilleur, rabbine et écrivaine ;
Serge et Beate Klarsfeld, historiens ;
Mosco Levi Boucault, réalisateur ;
Patrick Modiano, écrivain, prix Nobel de littérature ;
Edgar Morin, sociologue et philosophe ;
Edwy Plenel, journaliste ;
Anne Sinclair, journaliste ;
Thomas Stern, neveu de Thomas Elek ;
Annette Wieviorka, historienne, directrice de recherche au CNRS ;
Ruth Zylberman, écrivaine et réalisatrice.

Cette tribune est d’abord parue dans Le Monde daté 24 novembre 2023.

23/11/2023. De Big Bang en Big Bang, l’univers pourrait-il ne jamais finir?

L’univers aura -t-il d’autres choix que s’ étendre indéfiniment et de façon accélérée (Big Bang) ou retomber sur lui-même et disparaître (Big Crunch.) ?

Deux physiciens théoriciens proposent une autre perspective. L’univers n’aura jamais de fin .

Dans une étude visant à définir la nature de la mystérieuse « énergie noire » qui obligerait l’univers à s’étendre indéfiniment et de plus en plus vite, ces auteurs considèrent que l’expansion ne peut pas être un postulat. Ils considèrent au contraire que l’énergie noire pourrait périodiquement s’éteindre et se rallumer, telle une lampe, obligeant le cosmos à parfois se dilater, parfois à se contacter avant de s’éteindre, jusqu’à se rallumer dans un nouveau Big Bang, sous la forme d’un nouvel univers.

Pour le moment notre univers est dans une période d’inflation accélérée. La cause de celle-ci est mal comprise. On parle d’énergie noire ( dark energy.) Si l’accélération persiste, l’univers disparaîtra, toute matière et énergie se dispersant.

Cela ne serait pas la première fois. Aux premiers instants précédant le Big Bang, les énergies et les densités étaient si extrêmes que la science ne pouvait les décrire. On a parlé de Singularité, un point d’infinie densité résistant à toute analyse mathématique. A partir de celle-ci, l ‘univers a connu une expansion rapide dite « inflation », elle aussi indescriptible par la science.

Les astronomes se sont longtemps demandé s’il y avait un lien quelconque entre ces deux périodes, d’inflation accélérée et de contraction, et si une entité qui échapperait à l’une et à l’autre pourrait éviter le problème de la singularité du Big Bang.

Deux physiciens théoriciens, dans une étude preprint dont on trouvera ci-dessous les références et le sommaire, examinent un modèle de l’univers où l’énergie noire a toujours joué un rôle. Dans ce cas, l’énergie noire dilaterait l’univers jusqu’à ce qu’il atteigne une certaine taille. A ce stade, elle se transformerait, obligeant l’univers à se re-contracter jusqu’à atteindre de nouveau une période extrêmement rapide d’inflation et ceci indéfiniment.

Ils ont recherché et trouvé un modèle d’énergie noire qui satisfasse à cette double contrainte. Mais dans celui-ci la matière et la radiation ne peuvent être présentes dans l’univers primitif, sinon elles empêcheraient l’inflation. Par contre elles pourraient apparaître juste après l’inflation. Une partie de l’énergie noire se dissiperait, ce qui inonderait l’univers de lumière et de matière.

Les chercheurs n’ont pas encore trouvé de modèles d’énergie noire qui satisfassent aux contraintes ainsi définies. Mais ils s’efforceront de le faire dès que possible.

Référence

[Submitted on 7 Feb 2023 (v1), last revised 18 May 2023 (this version, v2)]

Bouncing cosmology from nonlinear dark energy with two cosmological constants

Molly BurkmarMarco Bruni

We explore the dynamics of FLRW cosmologies which consist of dark matter, radiation and dark energy with a quadratic equation of state. Standard cosmological singularities arise due to energy conditions which are violated by dark energy, therefore we focus our analysis on non-singular bouncing and cyclic cosmologies, in particular focusing on the possibility of closed models always having a bounce for any initial conditions. We analyse the range of dynamical behaviour admitted by the system, and find a class of closed models that admit a non-singular bounce, with early- and late-time accelerated expansion connected by a decelerating phase. In all cases, we find the bouncing models are only relevant when dark matter and radiation appear at a certain energy scale, and so require a period such as reheating. We then investigate imposing an upper bound on the dark matter and radiation, such that their energy densities cannot become infinite. We find that bounces are always the general closed model, and a class of models exist with early- and late-time acceleration, connected by a decelerating phase. We also consider parameter values for the dark energy component, such that the discrepancy between the observed value of Λ and the theoretical estimates of the contributions to the effective cosmological constant expected from quantum field theory would be explained. However, we find that the class of models left does not allow for an early- and late-time accelerated expansion, connected by a decelerating period where large-scale structure could form. Nonetheless, our qualitative analysis serves as a basis for the construction of more realistic models with realistic quantitative behaviour.

22/11/2023 Les plus anciennes guerres connues en Europe

Les hommes de l’âge de pierre, au lieu de s’unir pour survivre, se battaient régulièrement. Les premières de ces guerres ont eu lieu en Espagne du Nord il y a plus de 5000 ans

Une nouvelle analyse de restes humains découverts par centaines dans un site funéraire de la grotte de San Juan ante Portam Latina montre qu’il ne s’agissait pas de simples batailles entre tribus, mais de véritables guerres impliquant deux ou plusieurs Etats déjà organisés. Les restes provenaient d’hommes de 20 à 30 ans. Plusieurs comportaient des traces de blessures plus anciennes infligées par des armes de pierre et relativement mal soignées. Ceci suggère qu’ils appartenaient à une classe de guerriers. Il n’y avait pas trace de femmes ou d’enfants.

Le site funéraire de San Juan ante Portam Latina ne dépasse pas 20 m2. Dans cet étroit espace, les chercheurs ont découvert les squelettes complets de quelques 90 individus et des milliers d’ossements divers enchevêtrés. Il y avait aussi beaucoup d’armes de pierre, pointes de flèches et haches.

Référence

nature  

Large-scale violence in Late Neolithic Western Europe based on expanded skeletal evidence from San Juan ante Portam Latinam

Scientific Reports 

volume13, Article number: 17103 (2023)

Abstract

This paper explores the nature and extent of conflict in Late Neolithic Europe based on expanded skeletal evidence for violence from the San Juan ante Portam Latinam rockshelter in present-day Spain (ca. 3380–3000 cal. BC). The systematic osteological re-examination has identified 65 unhealed and 89 healed traumas—of which 77 were previously undocumented—consistent with aggression. They affect 23.1% of the 338 individuals represented. Adolescent and adult males are particularly affected (44.9% of the 107 identified), comprising 97.6% of unhealed trauma and 81.7% of healed trauma recorded in individuals whose sex could be estimated and showing higher frequencies of injuries per individual than other demographic subgroups. Results suggest that many individuals, essentially men, were exposed to violence and eventually killed in battle and raids, since warriorship is mainly restricted to this demographic in many societies. The proportion of casualties is likely to have been far greater than indicated by the 10.1% individuals exhibiting unhealed trauma, given the presence of isolated cases of unhealed postcranial trauma and of arrowheads potentially having impacted into soft tissues. This, together with skeletal indicators of poor health and the possible socioeconomic outcomes evidenced in the region, suggest wider social impacts, which may relate to a more sophisticated and formalized way of warfare than previously appreciated in the European Neolithic record.

22/11/2023 Les enquètes d’opinion américaines sont-elles racistes ?

Pour répondre à une enquête d’opinion aux Etats-Unis, il faut s’identifier comme Blanc, Noir ou Juif.  C’est ce que montre l’extrait ci-dessous provenant d’un article de la très convenable The Conversation.

Ceci serait inimaginable en Europe, et plus particulièrement en France. Pourtant le développement constant de l’immigration nécessiterait de tenir compte de l’origine des sondés, ne fut-ce que pour justifier des différences d’opinion, tout à fait légitimes mais incompréhensibles autrement.

En fait, beaucoup de commentateurs politiques introduisent de telles distinctions, quand ils signalent par exemple que les réponses de certaines villes sont influencées par l’importance de leurs « quartiers », peuplés par ce qu’ils nomment pudiquement des « personnes issues de l’immigration ».

Référence :

https://theconversation.com/israel-hamas-war-what-political-consequences-for-joe-biden-216684in October

While 72% of whites said the US should take a public stance supporting Israel in the war between Israel and Hamas, that figure dropped to 51% in the case of nonwhites, according to a poll by NPR. The Black community, for instance, has a long history of identification with the Palestinian cause, especially since the Six-Day War in 1967. This cause was promoted by radical organizations such as The Black Panther Party and The Nation of Islam, whose leader Louis Farrakhan is a notorious anti-Semite. It gained momentum on the left with Jesse Jackson’s presidential campaign in 1988. More recently, the death of George Floyd in 2020 had many young Americans, notably through Black Lives Matter, draw parallels between the structural violence and oppression of both Blacks in the USA and Palestinians in Israel, Gaza and the West Bank.

As for American Jews, traditionally more liberal, the unity they had once enjoyed in their opposition to Netanyahu has splintered on the face of this crisis. Some are demonstrating against the strikes on Gaza and calling for a ceasefire, while others highlight the victims of Hamas and feel abandoned by their left-wing allies.