13/01/2025 Que nous apprendra le Dark Energy Spectroscopic Instrument ou DESI en 2025?

En cosmologie, l’énergie sombre ou énergie noire est une forme d’énergie hypothétique remplissant uniformément tout l’Univers et dotée d’une pression négative, elle se comporte comme une force gravitationnelle répulsive.

L’existence de l’énergie sombre est nécessaire pour expliquer, dans le cadre du modèle standard ΛCDM, diverses observations astrophysiques, notamment l’accélération de l’expansion de l’Univers détectée au tournant du XXIe siècle. L’énergie sombre ne doit pas être confondue avec la matière noire qui, au contraire, ne remplit pas uniformément l’Univers et qui interagit normalement (forces attractives) avec la gravitation.

Malgré une densité très faiblea (de l’ordre de 10−29 g/cm3)b, l’énergie sombre serait une composante majeure de l’Univers, représentant environ 68 % de la densité d’énergie totale de l’Univers.

Sa nature reste aujourd’hui encore inconnue. Il peut s’agir simplement de la constante cosmologique induite par la relativité générale qui aurait une valeur non nulle. Il existe d’autres hypothèses, menant soit à une modélisation différente de la matière (quintessencek-essence, modèles unifiés de matière et d’énergie sombre), soit à une modélisation différente de la gravitation (gravité f(R), champs scalaires, cosmologie branaire). Le choix entre ces différentes hypothèses dépend essentiellement des contraintes apportées par l’observation, notamment des supernovas de type Ia, du fond diffus cosmologique ou des oscillations acoustiques baryoniques. L’existence de l’énergie sombre est par ailleurs contestée par divers modèles cosmologiques alternatifs au modèle standard ΛCDM, la considérant comme un simple artefact ad hoc rappelant l’hypothèse de l’éther luminifère de la fin du XIXe siècle.

En 2025 le DESI, Dark Energy Spectroscopic Instrument, situé en Arizona, devrait apporter des informations concernant la façon dont l’énergie sombre a évolué au fur et à mesure que l’univers vieillissait. D’ores et déjà, il apparaît aux chercheurs qu’ils ne comprennent pas bien ce qui se passe à propos de l’espace et du temps.

Depuis les trois ans que l’instrument fonctionne, celui-ci a pu recueillir des données concernant la façon dont 31 millions de galaxies se regroupent en amas à trvars l’univers et comment ces strutures cosmiques ont évolué depuis 11 milliards d’années qui marquent la limite des possibilités d’observation de DESI.

Il semble aujourd’hui que l’énergie sombre ait perdu de la force par rapport à ce qu’elle était aux origines. Mais il faudra d’autres observations dans les prochains mois pour confirmer cette hypothèse qui remet en cause la façon dont jusque là on se représentait l ‘univers ainsi que la constante de Hubble qui mesure en principe la rapidité de l’expansion.

Certains commencent à évoquer une encore mystérieuse énergie noire. Il s’agirait d’ une forme d’énergie hypothétique remplissant uniformément tout l’Univers et dotée d’une pression négative. Elle se comporterait elle aussi comme une force gravitationnelle répulsive.

.

13/01/2025 Des processus quantiques sont-ils à la source de la conscience humaine?

Dans un article récent du New Scientist, 4 january 2025, p 41, Hartmut Neven directeur du laboratoire Quantum Intelligence Artificial Lab responsable chez Google de la mise au point des ordinateurs quantiques les plus puissants à ce jour, propose d’intriquer des neurones du cerveau humain avec un ordinateur quantique pour obtenir des états de conscience de plus en plus élevés, que lui et Roger Penrose, qui partage ce point de vue, appellent de la conscience quantique.

Mais comment intriquer des neurones humains avec des qubits provenant d’un ordinateur quantique? Harmut Neven propose d’utiliser pour cela ce qu’il nomme des cerveaux en miniature (brain organoid) constitués d’un petit nombre de neurones prélevés dans un cerveau humain, à l’occasion par exemple d’une opération cervicale, et incités à se reproduire. Ce dispositif devrait permettre de tester les phénomènes d’intrication

Référence

Testing the Conjecture That Quantum Processes Create Conscious Experience

Hartmut Neven 1,*Adam Zalcman 1Peter Read 2Kenneth S Kosik 3Tjitse van der Molen 3Dirk Bouwmeester 4,5Eve Bodnia 4Luca Turin 6Christof Koch 7

Editors: Andrei Khrennikov, Rosario Lo Franco

Abstract

The question of what generates conscious experience has mesmerized thinkers since the dawn of humanity, yet its origins remain a mystery. The topic of consciousness has gained traction in recent years, thanks to the development of large language models that now arguably pass the Turing test, an operational test for intelligence. However, intelligence and consciousness are not related in obvious ways, as anyone who suffers from a bad toothache can attest—pain generates intense feelings and absorbs all our conscious awareness, yet nothing particularly intelligent is going on. In the hard sciences, this topic is frequently met with skepticism because, to date, no protocol to measure the content or intensity of conscious experiences in an observer-independent manner has been agreed upon. Here, we present a novel proposal: Conscious experience arises whenever a quantum mechanical superposition forms. Our proposal has several implications: First, it suggests that the structure of the superposition determines the qualia of the experience. Second, quantum entanglement naturally solves the binding problem, ensuring the unity of phenomenal experience. Finally, a moment of agency may coincide with the formation of a superposition state. We outline a research program to experimentally test our conjecture via a sequence of quantum biology experiments. Applying these ideas opens up the possibility of expanding human conscious experience through brain–quantum computer interfaces.

12/01/2025 Construire des bâtiments durables en utilisant un ciment au gaz carbonique

C’est ce qu’ont expérimenté les ingénieurs et les chimistes américains de l’Institut des technologies du Massachusetts et de l’université de Riverside en Californie. Cette substance synthétique, au départ semblable à un gel, imite la faculté qu’ont les plantes à métaboliser le CO2 de l’air afin de fabriquer leurs tissus et d’assurer ainsi leur croissance.

Le polymère absorbe le CO2 environnant grâce aux rayons du soleil et peut ainsi croître et se transformer en un matériau solide. Et la substance a un avantage non négligeable : les fissures dues à l’usure se résorbent automatiquement grâce au CO2 ambiant. Ainsi, toutes sortes de constructions peuvent être imaginées grâce à ce matériau ! Selon les chercheurs responsables du projet, le dioxyde de carbone, « ne doit pas être uniquement un fardeau et un coût pour nos sociétés ainsi que pour la planète », mais représente « une grande opportunité » dans le domaine de la construction de bâtiments.

https://www.bouygues-construction.com/blog/fr/materiau-construction-absorbe-co2/

Référence

Building materials could store more than 16 billion tonnes of CO2 annually

Elisabeth Van Roijen https://orcid.org/0000-0002-8605-0636 , Sabbie A. Miller https://orcid.org/0000-0001-6888-7312, and Steven J. Davis https://orcid.org/0000-0002-9338-0844Authors Info & Affiliations

Science 9 Jan 2025 Vol 387, Issue 6730 pp. 176-182

  • Editor’s summary

The quantity and relative longevity of structural materials used in the built environment could make them attractive for carbon dioxide removal. Although many of these materials are currently net carbon dioxide emitters, Van Roijen et al. outline how several of them could help lock up carbon for decades (see the Perspective by Bataille). Transitioning to carbon storage can be accomplished with relatively minor changes to the composition, such as using carbon-rich aggregates in concrete or biomass fiber–based brick. Implementing all of the modifications suggested by the authors could sequester roughly half of yearly carbon dioxide emissions and may be an important tool for getting to net zero emissions. —Brent Grocholski

Abstract

Achieving net-zero greenhouse gas emissions likely entails not only lowering emissions but also deploying carbon dioxide (CO2) removal technologies. We explored the annual potential to store CO2 in building materials. We found that fully replacing conventional building materials with CO2-storing alternatives in new infrastructure could store as much as 16.6 ± 2.8 billion tonnes of CO2 each year—roughly 50% of anthropogenic CO2 emissions in 2021. The total storage potential is far more sensitive to the scale of materials used than the quantity of carbon stored per unit mass of materials. Moreover, the carbon storage reservoir of building materials will grow in proportion to demand for such materials, which could reduce demand for more costly or environmentally risky geological, terrestrial, or ocean storage.

12/01/2025 Le lithium dans les futurs réacteurs de fusion nucléaire

Le lithium est un métal critique pour la transition énergétique, notamment pour la réalisation des batteries d’accumulateurs indispensables au fonctionnement des véhicules électriques ou hybrides.

Mais c’est aussi un métal très important pour la fusion nucléaire. Celle-ci fait l’objet du programme de recherche international ITER basé en France à Cadarache

Rappelons que sur la Terre, la réaction de fusion la plus simple à réaliser est celle entre 2 isotopes de l’hydrogène : le deutérium et le tritium. « Simple » est un euphémisme puisqu’il faut tout de même pour ce faire une température de 150 millions de degrés. Mais on y arrive de façon routinière (on a atteint plus de 500 millions à la fin des années 1990)

 Le deuterium est naturellement présent sur Terre, son abondance est d’environ 1 atome de deuterium pour 6500 atomes d’hydrogène dans l’eau de mer. soit 33g de deutérium pour 1m3 d’eau de mer

https://www.iter.org/fr/sci/fusionfuels

Le tritium lui est radioactif est a une durée de demi-vie de 12.3 ans. Il n’en existe donc que très peu sur Terre : on estime à environ 25kg la quantité de tritium aujourd’hui disponible (principalement produit par des réacteurs à eau lourde)

Le lithium est un métal alcalin, du premier groupe du tableau périodique des éléments.

Les noyaux atomiques des deux isotopes stables du lithium (6Li et 7Li) comptent parmi ceux ayant l’énergie de liaison par nucléon la plus faible de tous les isotopes stables, ce qui signifie que ces noyaux sont assez peu stables comparés à ceux des autres éléments légers. Ils peuvent donc être utilisés dans des réactions de fission nucléaire comme de fusion nucléaire.

 Le deuterium est naturellement présent sur Terre, son abondance est d’environ 1 atome de deuterium pour 6500 atomes d’hydrogène dans l’eau de mer, ou  33g de deutérium pour 1m3 d’eau de mer https://www.iter.org/fr/sci/fusionfuels

Le tritium est radioactif. Il a une durée de demi-vie de 12.3 ans. Il n’en existe donc que très peu sur Terre : on estime à environ 25kg la quantité présente sur Terre (principalement produit par des réacteurs à eau lourde)

Un réacteur de fusion de 500 MWth aura besoin d’environ 30 kg de tritium par an, ce tritium devra donc être produit directement dans le réacteur lui-même (tritium breeding en anglais)

 Pour ce faire, on utilisera du lithium. Le lithium absorbe les neutrons formés par la réaction de fusion et forme du tritium, qu’on peut récupérer et réinjecter dans le réacteur.

Note

Rappelons que deux nucléides d’un même élément chimique sont dits isotopes s’ils partagent le même nombre de protons, Z, mais ont des nombres différents de neutrons, N1. Un nucléide est une classe d’atomes dont le noyau possède le même nombre de protons, le même nombre de neutrons et le même état énergétique. Le nucléide se différencie de l’isotope, qui n’est identifié que par son nombre de protons et de neutrons ; il peut exister plusieurs nucléides pour un même isotope.

Par extension, un isotope est une classe d’atomes caractérisée par son nombre de protons Z et son nombre de neutrons N2, sans distinction concernant le spin ou l’état énergétique. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Isotope)

Par contre un nucléide est une classe d’atomes dont le noyau possède le même nombre de protons, le même nombre de neutrons et le même état énergétique. Le nucléide se différencie de l’isotope, qui n’est identifié que par son nombre de protons et de neutrons ; il peut exister plusieurs nucléides pour un même isotope. https://fr.wikipedia.org/wiki/Nucl%C3%A9ide#:~:text=Un%20nucl%C3%A9ide%20est%

11/01/2025 Intrication à l’intérieur des protons et entropie inversée.

L’entropie décrit l’évolution du désordre dans un système. Généralement, l’on pense que l’entropie ne peut qu’augmenter avec le temps. Or, certaines découvertes récentes remettent en cause cette idée, suggérant que l’entropie pourrait en fait diminuer, ou du moins être inversée dans certains contextes.

L’entropie mesure le degré de désordre ou de chaos au sein d’un système fermé. Jusqu’à présent, les lois de la thermodynamique affirment que ce désordre ne peut que croître.

Des chercheurs ont toutefois observé des phénomènes indicateurs d’une possible inversion de l’entropie . Il s’agit notamment d’expériences sur les protons qui sont des particules subatomiques.

Des expériences de microscopie quantitative ont mis en lumière des exceptions troublantes à la règle de l’entropie croissante. En 2018, une expérience menée par l’Institut des Sciences et Technologies de Moscou a montré que dans certaines conditions quantiques, des particules pouvaient revenir à un état de désordre inférieur, donnant l’impression d’une entropie inversée. Ces résultats sont encore en phase d’exploration mais pourraient révolutionner notre perception des processus thermodynamiques.

Les implications de ces découvertes sont considérables. Une entropie inversée pourrait signifier des avancées technologiques majeures, notamment dans le domaine des ordinateurs quantiques et des systèmes énergétiques. Imaginer des machines capables de fonctionner plus efficacement en exploitant ces principes pourrait pourraient transformer notre quotidien et nous permettraient de franchir une nouvelle étape dans la maîtrise de notre environnement.

L’intrications à l’intériiieur des protons dans une particule quantique

L’intrication quantique décrit une situation où après avoir interagi, deux particules deviennent liées de manière telle que leurs états respectifs sont instantanément corrélés, peu importe la distance qui les sépare. Cela signifie qu’une modification de l’état de l’une affecte immédiatement l’autre sans aucun retard lié à la distance.

L’intrication quantique repose sur un principe fondamental de la mécanique quantique : le principe de superposition. Lorsqu’une paire de particules devient intriquée, leurs états quantiques ne sont pas simplement des états individuels indépendants, mais forment un seul et même état global. Cela signifie que les propriétés des particules, comme leur spin, leur polarisation ou leur position, ne peuvent pas être décrites de manière isolée. Au lieu de cela, elles sont décrites comme formant un seul état quantique commun. Ainsi, même si ces particules sont séparées par des milliers de kilomètres, leur état total reste lié et l’information sur l’une est instantanément reflétée dans l’autre dès qu’une mesure est effectuée sur l’une d’elles.

Ce phénomène va à l’encontre de l’intuition classique. À l’échelle quantique, l’intrication crée en effet une sorte de pont entre les particules qui permet un échange instantané d’information.

En pratique, lorsqu’une mesure est effectuée sur l’une des particules intriquées (par exemple, mesurer son spin), l’état de l’autre particule, peu importe la distance qui les sépare, est immédiatement déterminé. Ce processus est instantané, ce qui défie les concepts de vitesse et de causalité que nous connaissons dans notre expérience quotidienne.

Pendant des décennies, les scientifiques ont cherché à tester l’intrication quantique dans des expériences impliquant des objets plus grands que les simples particules subatomiques, afin de comprendre les implications de ce phénomène à une échelle plus tangible. Une série d’expériences menées à partir des années 1980, a permis de confirmer que l’intrication ne se limite pas à des modèles théoriques.

Ces expériences consistaient à mesurer les corrélations entre les états de particules séparées par de grandes distances. L’une des plus célèbres est celle de l’expérience de Alain Aspect, réalisée en 1982, où des photons intriqués ont été envoyés dans des directions opposées. L’étude des mesures effectuées sur ces photons a révélé des corrélations qui ne pouvaient pas être expliquées par des influences locales classiques. D’autres expériences de ce type ont été menées depuis, avec des avancées technologiques permettant de tester l’intrication dans des conditions de plus en plus rigoureuses.

Leurs résultats ont démontré que l’intrication n’est pas simplement un artefact théorique, mais bien une réalité observable, valide même à des échelles macroscopiques. Toutefois, ces expériences se concentraient encore principalement sur des systèmes de particules relativement grandes, comme les photons, et non sur des particules aussi petites que les quarks et gluons présents dans les protons. La découverte récente, qui étend l’intrication à l’intérieur des protons, marque donc un tournant radical dans notre compréhension de ce phénomène.

Un proton, loin d’être une particule simple, est un univers miniature composé de quarks et de gluons. Les quarks sont les blocs fondamentaux de la matière, tandis que les gluons agissent comme des éléments de liaison, transportant les forces qui maintiennent les quarks ensemble. Jusqu’à présent, on considérait ces constituants comme relativement indépendants. Cependant, une équipe de chercheurs a démontré que ces éléments sont, en fait, intriqués.

Pour démontrer cette intrication, les scientifiques ont utilisé des collisions de particules à haute énergie, comme celles qui se produisent dans le Grand collisionneur de hadrons (LHC) et le collisionneur de particules HERA. Lorsqu’un proton entre en collision avec une autre particule à des vitesses extrêmes, il se décompose en une pluie de particules secondaires.

Une technique innovante introduite en 2017 a permis de mesurer le degré d’ordre ou de désordre dans ces événements en étudiant ce qu’on appelle l’entropie. Plus l’entropie est élevée, plus les particules produites montrent un état d’intrication maximale. En analysant les données des collisions proton-proton et électron-proton, les chercheurs ont constaté que l’entropie observée correspondait parfaitement à leurs prédictions théoriques sur l’intrication. En termes simples, les quarks et les gluons à l’intérieur d’un proton ne sont pas isolés, mais forment un système dynamique et connecté.

La découverte de l’intrication à l’intérieur des protons redéfinit notre compréhension de ces particules, souvent perçues comme des entités simples. Elle montre que les protons sont des systèmes bien plus complexes et dynamiques que ce que l’on imaginait. Toutefois, au-delà de cette révélation fondamentale, cette découverte soulève des questions cruciales pour l’avenir de la physique.

Une des questions clés concerne l’effet de l’environnement sur l’intrication. Par exemple, lorsque les protons sont regroupés dans des noyaux atomiques, leur intrication est-elle conservée ou détruite ? Ce phénomène, appelé décohérence quantique, est essentiel pour comprendre comment les interactions fortes influencent la matière à l’échelle subatomique.

Ces recherches ouvrent aussi la voie à des explorations encore plus ambitieuses avec des instruments comme le futur collisionneur électron-ion (EIC), prévu pour 2030. Cet équipement permettra d’étudier comment l’intrication se comporte dans des environnements plus complexes, comme les noyaux denses composés de multiples protons et neutrons.

Enfin, cette découverte a des implications au-delà de la physique des particules. Comprendre l’intrication au niveau des protons pourrait éclairer des questions plus larges sur la manière dont l’information quantique est organisée dans l’univers. Cela pourrait même influencer des domaines appliqués, comme le calcul quantique, en apportant des idées sur la manière de gérer des systèmes d’intrication complexes.

Dossier

Alexandre Douguine, de l’eurasisme à la guerre en Ukraine Parcours d’un ultranationaliste russe


par Stéphane François & Adrien Nonjon , le 1er octobre 2024

 Intellectuel russe influent et figure clé du néo-eurasisme, Alexandre Douguine prône une alliance entre la Russie et les anciennes républiques soviétiques contre l’Occident. Son aura, bien que limitée politiquement, a marqué des courants conservateurs et nationalistes en Russie et certains cercles proches du pouvoir.

Jusqu’alors suspendus par la modération du réseau social, les comptes Twitter d’Alexandre Douguine sont réactivés au cours de l’été 2023, à la suite du rachat du réseau social par le milliardaire Elon Musk. Partiellement connu en Russie, il est pourtant l’une des figures les importantes de l’extrême droite internationale. Militant nationaliste dans les années 1980 et 1990, il a été membre, entre 1987 et 1989, du groupe russe « Pamiat », nationaliste, orthodoxe et antisémite, avant de fonder avec l’écrivain Édouard Limonov le Parti national-bolchevique dont il a été l’un des responsables de 1994 à 1998. Il est désormais le principal théoricien d’un traditionalisme-révolutionnaire russe reposant sur l’affirmation de l’idéologie « eurasiste » selon laquelle la Russie et la civilisation slave (incluant les pays voisins) constitueraient une entité civilisationnelle et géographique (continentale) absolument distincte de l’Europe comme de l’Asie.

Ce traditionalisme véhicule le rejet violent de l’Occident et de ses valeurs libérales (« le mondialisme » et « l’idéologie des droits de l’Homme »), l’antiaméricanisme, ainsi que l’antisionisme et l’antisémitisme (les juifs étant accusés d’avoir été à l’origine de la chute de l’URSS) [1].

Partisan d’un anéantissement total de l’Ukraine qu’il considère comme une nation inexistante, il soutient ardemment l’invasion russe de février 2022.

Le 20 août 2022, près de Moscou, sa fille Daria Douguina meurt dans un attentat qui aurait été autorisé par le gouvernement ukrainien selon le New York Times du 5 octobre 2022. À ce jour, l’enquête est toujours en cours. Pourquoi cibler Alexandre Douguine ? La question se pose au regard de l’image que certains pouvaient avoir du personnage. Douguine était, par ailleurs, régulièrement soupçonné d’être un conseiller occulte de Vladimir Poutine. Son influence à Moscou est-elle aussi décisive qu’on le dit, notamment dans l’entreprise de justification idéologique de la guerre contre l’Ukraine ? Et qu’en est-il de son influence réelle dans les réseaux de l’extrême droite européenne et internationale ?

Un intellectuel d’extrême droite, entre géopolitique et ésotérisme

Alexandre Douguine est né en 1962 à Moscou, au sein d’une famille soviétique modeste profondément liée au système soviétique [2]. Abandonné par sa famille, il a traversé une crise existentielle profonde dans les années 1970, qu’il décrit comme une « maladie du chamane » ou une « psychose de puberté » [3]. Se détachant de son milieu d’origine, Alexandre Douguine intègre le Cercle Iujinskii, où il se lie avec le dissident underground Iuri Mamleev [4]. En côtoyant des membres influents tels que le poète occultiste Evgueni Golovin et le philosophe islamiste Geïdan Djamal, Douguine se familiarise avec les auteurs traditionalistes comme René Guénon, puis Julius Evola, dont la notion d’« empire organique » laissera une empreinte durable sur sa pensée.

En travailleur assidu, il explore avidement les bibliothèques soviétiques, manifestant un intérêt particulier pour les auteurs de la Révolution Conservatrice allemande, relativement faciles d’accès malgré la censure. Bien que son initiation à des œuvres telles que celles de Karl Haushofer (1869-1946) soit initialement motivée par la recherche de principes ésotériques, les idéaux de la « Troisième voie » élaborés par Moeller van Der Bruck (1876-1925) ou Ernst Niekish (1889-1967) deviennent des piliers majeurs de la pensée de Douguine bien qu’il n’en fasse qu’une lecture partielle [5].

Il porte également son intérêt vers les théories eurasistes développée dans les années 1920 par les intellectuels de l’émigration russe (comme Troubetskoï (1890-1938) ou Nicolas Berdaïev (1874-1948). Quand bien même Douguine se ferait le chantre d’une vision revisitée de leurs théories, il reste très influencé par le modèle impérialiste des Tsars et par les idées slavophiles de l’Église orthodoxe (il fait partie des « vieux-croyants », une tendance ultra-traditionaliste schismatique de l’orthodoxie russe) [6].

Outre le paysage intellectuel russo-allemand des années 1920-1930, Alexandre Douguine est enfin fasciné – au même titre que d’autres dissidents comme Alexandre Prokhanov ou Sergeï Kourguinian qui tentent de l’imiter – par la Nouvelle Droite française des années 1970. Enclin à travailler avec ce mouvement qui représente une formidable opportunité pour rompre en Russie avec l’archaïsme de la vieille droite et revenir à un système impérial ou slavophile modernisé, Alexandre Douguine effectue en 1989 un premier voyage en Europe occidentale qui le conduit à rencontrer plusieurs cadres de la Nouvelle Droite. Ces rencontres lui permettent d’étendre sa renommée mais aussi de diversifier encore plus ses références intellectuelles.

Ainsi, Douguine emprunte également aux thèses « nationales européennes » d’idéologues occidentaux tels que le Belge Jean-François Thiriart (1922-1992), promoteur d’une « Grande Europe » de Reykjavík à Vladivostok, très hostile aux États-Unis et à Israël, et favorable à une alliance avec le monde arabe.

Douguine a synthétisé, au sein d’une pensée complexe et parfois déroutante, des éléments hétérogènes allant de l’ésotérisme (doctrine mystique postulant l’existence d’un discours crypté accessible aux seuls initiés) à la théorie politique, en passant par la géopolitique et la philosophie. Comme énoncé plus tôt, on y retrouve des références au concept d’empire comme des éléments de métaphysique, des emprunts à plusieurs penseurs et géopoliticiens révolutionnaires-conservateurs allemands auxquels s’ajoutent le juriste et philosophe Carl Schmitt (1888-1985) ou encore le philosophe Martin Heidegger (1889-1976). Ses références à des intellectuels « ésotéristes » proviennent du poète et philosophe italien Julius Evola (1898-1974) dont il reprend l’antisémitisme et la dénonciation d’un complot sioniste international, ou encore les écrivains français René Guénon (1886-1951) et Jean Parvulesco (1928-2010), sans compter l’occultiste Aleister Crowley (1875-1947) et l’archéologue völkisch germano-néerlandais Herman Wirth (1885-1981), le fondateur de l’Ahnenerbe Institut aux côtés de Himmler et de Darré, dont il publie une étude critique du mythe de l’Hyperborée.

Cette synthèse doctrinale, pour le moins originale, a fortement intéressé, dès les années 1990, différentes tendances de la droite radicale européenne. Douguine lui-même n’a d’ailleurs jamais fait mystère de son appartenance au courant identitaire européen et de ses accointances avec la Nouvelle Droite. Intervenant, en 1991, lors du XXIVe colloque du Groupe de Recherches et d’Études de la Civilisation européenne (GRECE), principale organisation de la Nouvelle Droite, il avait alors clairement revendiqué cette structuration idéologique.

Les rapports avec l’extrême droite ouest-européenne sont dans les deux sens : en effet, celle-ci n’hésite pas à se réclamer de lui, de ses thèmes et de ses thèses. Douguine lui offre en effet une forme de respectabilité académique, une crédibilité intellectuelle russe à laquelle elle se montre sensible (en particulier en France), ainsi qu’une référence idéologique et un porte-voix des plus efficaces. En l’intégrant à ses sources d’inspiration, comme l’ont fait la Nouvelle droite, le nationaliste-révolutionnaire Christian Bouchet, Alain Soral et aujourd’hui l’afrocentriste Kemi Seba, elle entend ainsi capter ce qu’elle perçoit à la fois comme un prestige historique (l’héritage de la tradition russe) et comme un horizon politique (le modèle autoritaire anti-libéral).

Logiquement, en raison de ce type d’inspirations, Douguine aurait dû rester un intellectuel marginal, mais les circonstances politiques (la fin de l’URSS et le déclassement de la Russie sur la scène internationale qui a suivi) lui ont permis de se retrouver en phase avec la réécriture de l’histoire russe opérée par les nationalistes à partir des années 1990.

Les premières expériences politiques

Docteur en histoire des sciences et en science politique à partir du début des années 2000, Douguine est depuis plus d’une dizaine d’année un intellectuel atypique, auteur d’une œuvre qui ne l’est pas moins, marquée par l’eurasisme – on l’a dit – mais aussi un activiste politique chevronné quand bien même celui-ci appartiendrait aux franges les plus radicales et marginales de l’échiquier politique russe. Écrivain mondain qui a été témoin de la Guerre froide et jeune érudit en quête de reconnaissance durant la Perestroïka, il semblait improbable qu’Edward Limonov et Alexandre Douguine se croisent un jour et embarquent ensemble dans une aventure politique qui redéfinirait les paradigmes de la « troisième voie » russe. Alors que l’opposition nationale-patriote lutte pour s’affirmer dans la Russie des années 1990, leurs échecs respectifs dans ce milieu les rapprochent étonnamment. De retour en Russie depuis 1990, Limonov n’arrive pas à s’imposer comme une figure politique majeure au sein du Parti Communiste de la Fédération de Russie dirigé par Guennadi Ziouganov, ni au sein des libéraux-démocrates de Vladimir Jirinovski, où il avait l’intention de créer un mouvement de jeunesse. En tant que membre de l’organisation nationaliste Pamiat, Alexandre Douguine peine à faire valoir ses idées qui sont largement méprisées et incomprises par cette organisation. Étant incapables de participer aux différentes tentatives de coalition des nationalistes patriotes, telles que le Front Natsional’nogo Spasenija (Front du salut national), les deux hommes finissent par se rencontrer en 1992. Déçus par une opposition incapable de se structurer autour d’une idéologie commune, leur rencontre marque le début d’une collaboration politique inattendue [7]. Alexandre Douguine et Edward Limonov entreprennent la création d’un mouvement novateur ayant pour but de répondre aux exigences d’une période d’instabilité politique qu’ils jugent propice à la révolution.

Souhaitant faire table rase du passé sous toutes ses formes, qu’il soit nationaliste ou communiste au sens classique, l’idéologie du PNB est d’abord arcboutée autour du principe « d’homme nouveau ». Ce principe affirmé par Alexandre Douguine dans un article intitulé « Novye protiv starykh » (le nouveau contre l’ancien), cherche en effet à asseoir en Russie une nouvelle « contre élite » intellectuelle radicale animée par des principes historiques, politiques et littéraires communs. Développées dans son ouvrage de 1992 Distsiplinarnyi sanatorii (Le Grand Hospice Occidental) puis plus tard en 2003 dans Drugaja Rossija (L’Autre Russie), les positions tercéristes [8] d’Edward Limonov s’attachent à montrer que le modèle soviétique d’antan n’était en aucun cas différent du système capitaliste. Inspiré par George Orwell et le rétrofuturisme libertaire [9], l’auteur se refuse à s’inscrire dans ce clivage considéré comme moralisateur et liberticide :

Le national-bolchevique est la personne qui apportera la mort à la droite radicale et à la gauche radicale. Le national-bolchevique est leur relève dialectique, et leur négation… Le national-bolchevique est une personne qui déteste le système, et ses mensonges, son aliénation, son conformisme, et la stupidité, mais il est capable de s’y plonger, de l’assimiler, puis de la détruire de l’intérieur. C’est une personne qui aime le paradoxe […] ; la discipline et la liberté, la spontanéité et le calcul, l’érudition et l’inspiration. Il est contre le dogme, mais pour l’autorité ; il est contre les limitations extérieures, mais il est capable d’une stricte maîtrise de soi… [10]

Si Edward Limonov pose en effet les premières bases des orientations politiques et géopolitiques du PNB, ces dernières sont surtout le fruit d’Alexandre Douguine qui y introduit les idées eurasistes. Ainsi, par le biais du mythe scythe qui prêterait aux Slaves des origines idéalisées issues de ce peuple [11], Douguine entend justifier par la barbarie de ce peuple l’essence révolutionnaire-conservatrice du peuple russe et l’affirmation d’un « monde nouveau » par le peuple russe seul, mais aussi le principe de solidarité immanente entre les communautés. Dans son premier programme de 1994, le PNB prétend dès lors que « le caractère russe n’est pas déterminé en fonction du sang ou de la croyance », mais par son désir de « verser son sang et celui d’autres personnes au seul nom de la Russie ». Outre l’eurasisme, Alexandre Douguine intègre à la pensée nationale-bolchévique russe une dimension eschatologique et millénariste de la « troisième Rome » [12]. Imprégnée de certains textes de Karl Popper, de Mikhaïl Argusky, de Nikolaï Ustrialov et du mysticisme orthodoxe [13], Alexandre Douguine fait du national-bolchévisme un seul et même continuum nationaliste, messianique, réactionnaire, organique et populaire, mais aussi une « méthode spirituelle » et une « superidéologie commune à tous les ennemis de la société ouverte » [14] qui a pu et doit sauver la Russie en temps de crise.

En désaccord sur la direction que doit prendre le parti, Alexandre Douguine et Edward Limonov finissent par interrompre leur collaboration en 1998. Bien que revendiquant tout deux l’appellation « national-bolchévique », les deux hommes ne l’utilisent plus de la même façon. Pour Edward Limonov, cette étiquette lui sert avant tout de marque de fabrique pour légitimer son rôle d’opposant radical au régime poutinien et maintenir son mouvement à flot [15]. Beaucoup plus fidèle aux principes de révolution conservatrice, Alexandre Douguine continue de défendre l’idée de « Troisième Voie » à travers ses écrits néo-eurasistes tout en essayant de pénétrer les sphères les plus hautes du pouvoir.

Une conception manichéenne de la géopolitique

Au début des années 2000, il se rapproche ainsi de Vladimir Poutine, alors nouveau président de la Fédération de Russie. Optant pour la stratégie de la respectabilité publique, il fonde en 2001, avec la frange nationaliste-révolutionnaire et vieille croyante du Parti national-bolchevique, le parti politique « Eurasia » [16], qui devient en 2003 le « Mouvement eurasiste international », prônant la mise en place d’une « Union eurasienne » de Moscou à Pékin, via Téhéran. Parallèlement, Douguine crée et prend la tête du « Centre d’études conservatrices » de l’Université d’État Lomonosov de Moscou. Il demeure toutefois proche de l’extrême droite ouest-européenne (en particulier des réseaux de la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist et des nationalistes-révolutionnaires autour de Christian Bouchet), au sein de laquelle il a su nouer des liens forts dès le début des années 1990 et qui, depuis lors, n’a jamais cessé de le reconnaître comme l’un des siens [17].

À la fin des années 1990 et dans les années 2000, professeur de géopolitique et de sociologie à l’Université Lomonosov, Alexandre Douguine profite de sa position académique pour conceptualiser et diffuser sa doctrine, qu’il expose notamment dans son principal ouvrage, Fondamentaux de géopolitique – L’avenir géopolitique de la Russie. Publié en 1997, ce livre est rapidement devenu un classique de la géopolitique post-soviétique, très lu parmi les élites militaires et diplomatiques russes. Tirant parti de cette visibilité et réputation nouvelles à Moscou, Douguine devient le conseiller de plusieurs leaders politiques nationalistes ou nationaux-communistes. À partir de 1998, il conseille la Présidence de la Douma pour les questions stratégiques et géopolitiques. De fait, des années durant, son bureau a été situé dans le bâtiment du Parlement russe, lieu stratégique d’influence s’il en est. Il en profite pour attirer plusieurs personnalités politiques importantes au sein de son think tank, le « Conseil supérieur » du « Mouvement eurasiste international » [18], comme le ministre de la Culture Vladimir Sokolov, le vice-ministre des Affaires étrangères Victor Kalyuzhny ou encore Alsambek Aslakhanov, conseiller du président Poutine.

La géopolitique douguinienne est fondée sur la nostalgie de la Russie impériale prérévolutionnaire et sur la défense d’une identité russe orthodoxe présentée comme immémoriale et intangible, totalement hermétique à la culture occidentale « américanisée ». Dès lors, deux grands schémas d’organisation du monde s’affrontent. D’une part, un monde issu de la Guerre froide, unipolaire et américano-centré, qu’il s’agit de combattre. D’autre part, un monde multipolaire structuré par des « États civilisationnels », grands espaces continentaux à la fois puissances autonomes et creusets de civilisation : ces nations y joueraient un rôle régulateur de la mondialisation, contenant la géopolitique de l’ennemi existentiel américain (mais aussi la puissance chinoise) et préservant la diversité des cultures et des modes de vie.

C’est donc en mêlant traditionalisme slavophile, impérialisme antimoderne et nationalisme paneuropéen que Douguine a élaboré son concept central d’« imperium eurasiatique », tout en le lestant d’une dimension mystique et spirituelle. À l’Occident et surtout aux États-Unis (les « Atlantistes »), sa géopolitique très manichéenne entend ainsi opposer un « Troisième empire » ou la « Troisième Rome » que serait Moscou. Dans un tel schéma, l’orthodoxie apparaîtrait comme le rempart du monde russe et de sa tradition face à l’Occident et à sa décadence, incarné notamment par le libéralisme protestant. Il serait d’autant plus nécessaire d’affirmer cet imperium, comme le pensent conjointement Douguine et Poutine, que la Russie serait la cible d’un complot occidental fomenté par Washington et l’OTAN. Le monde serait ainsi entré, à partir de 1991, dans une quatrième guerre mondiale (la Guerre froide ayant été la troisième), guerre multiforme (financière, technologique, culturelle) déclenchée par les États-Unis contre toutes les autres nations. Ces thèses simplistes ont été reprises par le régime et la propagande de Poutine.

Le rejet de l’Occident libéral conduit logiquement Douguine à condamner la démocratie pluraliste (régime de faiblesse selon lui) et à prôner le soutien aux régimes autoritaires. Ainsi, dans un texte publié sur le site nationaliste-révolutionnaire français voxnr, il n’a pas hésité à critiquer violemment la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques de Paris 2024. Nous le citons intégralement :

L’ouverture des Jeux Olympiques de 2024 à Paris est le jugement dernier sur la civilisation occidentale moderne. L’Occident est maudit, et ceci est axiomatique. Quiconque ne prend pas immédiatement les armes pour détruire cette civilisation satanique, sans précédent dans son impudence, s’en fait le complice.

Mais un autre aspect est également important. Sur ce pôle, il y a l’Occident et son satanisme woke non-dissimulé. Et sur notre pôle, qu’avons-nous ? Quelque chose de légèrement plus décent, l’avant-dernier arrêt, mais sur le même chemin, la même route. Nous avons appuyé très fort sur les freins lorsque notre destination est apparue devant nous, où se tenait la figure géante du Cavalier Blême, entourée par un cortège de pervers libéraux et de monstruosités corporelles approuvées. Mais nous continuons à dériver dans cette direction par inertie et nous ne contestons certainement pas l’étape précédente de notre histoire – sommes-nous même dans le bon train si le terminus sur la route est celui des Jeux Olympiques français de 2024 ? L’Occident est le diable. Et qui sommes-nous ? D’un côté, il nous fait horreur, et il nous rejette de son banquet impie, mais d’un autre coté il est encore à l’intérieur de nous ; nous ne l’avons pas complètement expulsé de nous-mêmes ; le diable se déchaîne dans notre culture, ayant été accepté depuis non pas des décennies mais depuis des siècles.

L’Occident (et donc le diable) commença à pénétrer systématiquement la Russie au XVIIe siècle. Au XIXe siècle les slavophiles le reconnurent et sonnèrent l’alarme. Cela eut un effet mais n’empêcha pas le déclin de se poursuivre. Et maintenant nous commençons seulement à vraiment appuyer sur les freins. Cela ne pourra réussir que si Dieu est avec nous. Rien d’autre ne marchera. Pour cela, la Russie doit s’en remettre entièrement à Dieu ; nous devons devenir Son peuple, Ses fidèles, de vrais chrétiens russes. Nous pouvons seulement prier et combattre. Combattre en priant et prier comme si la mort était imminente, pour la dernière fois.

L’Opération Militaire Spéciale est une guerre contre Satan, contre l’Occident, contre les Jeux Olympiques, où les Titans rebelles du Mont Tartare ont remplacé les dieux et pris leur place. Occidens delenda est. [19]

Ce rejet explique également qu’il promeuve – comme certaines franges de l’extrême droite européenne – une alliance avec le monde musulman. Reprenant à cet égard les thèses de René Guénon, il considère en effet que l’Islam constitue une civilisation authentiquement traditionnelle et antimatérialiste, et par là même un rempart supplémentaire contre le modèle décadent de la modernité politique. C’est là aussi une idée que l’on retrouve chez Poutine. Mais Douguine va plus loin : dès les années 1990, parallèlement au retour de la pratique orthodoxe, il n’hésite pas à proposer une véritable « islamisation » de la Russie afin de mieux lutter contre l’ « américanisation » du pays sous la présidence de Boris Eltsine. Ce qui ne l’a pas empêché pour autant de soutenir la guerre contre les musulmans de Tchétchénie. Car, s’il n’est pas hostile à l’islam, Douguine rejette le principe d’indépendance des anciennes républiques soviétiques : celles-ci doivent se fondre dans l’empire multiethnique russe. En effet, à l’instar de Poutine, il défend l’idée selon laquelle la Russie impériale serait un État foncièrement multinational et multiethnique, ayant un destin historique commun avec les autres peuples de la région. En lien avec la notion de puissance eurasiatique, il s’agirait donc de ressusciter et consolider cette forme d’État originale.

Douguine, Poutine et l’Ukraine : une mise au point

En cohérence avec sa doctrine géopolitique impériale, Douguine conteste l’indépendance de l’Ukraine. Pour deux raisons principales : d’abord, parce qu’à ses yeux l’Ukraine constitue une composante géographique et stratégique importante de l’Eurasie, reprenant les thèses géopolitiques de Mackinder [20] ; ensuite, parce qu’il estime qu’elle appartient historiquement à la Russie impériale, ce en quoi il rejoint la vision poutinienne [21]. Selon lui, l’Ukraine doit donc naturellement rester dans le monde russe. À compter des années 2000, il n’a cessé de durcir ses positions, considérant par exemple que la « Révolution orange » de 2004 marquait le basculement de Kiev dans le camp atlantiste. Depuis lors, l’Ukraine représenterait une menace pour la Russie – une menace qu’il s’agirait de neutraliser. En réaction, il prône la création d’une « Nouvelle Russie » (Novorossia) dans l’est de l’Ukraine, dépendante de Moscou. Là encore, les conceptions géopolitiques de Douguine convergent avec celles de Poutine. C’est donc logiquement qu’il apporte son soutien résolu à l’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022.

En Poutine, Douguine reconnaît un « réaliste pragmatique » d’esprit conservateur, indépendant des partis, s’inspirant de divers courants idéologiques, à commencer par l’eurasisme. Il le considère également comme le seul dirigeant capable de redonner sa puissance à la Russie après la période de déclin postsoviétique. La Russie était devenue l’esclave de l’Occident, vendue à lui par Gorbatchev, Eltsine et les réformateurs libéraux russes. Raison pour laquelle il s’est clairement et activement rallié à lui, adhérant sans réserve à la décision d’envahir l’Ukraine dans le but de l’intégrer à ce nouvel « empire russe » qu’ils rêvent tous deux de créer. Pour autant, Douguine est-il un « proche de Poutine » ? Pas vraiment. Au contraire, il reste aux marges des « écosystèmes idéologiques du Kremlin et a toujours été critiqué par une partie des élites russes » selon Marlène Laruelle [22] :

En Russie même, le statut de Douguine a toujours été complexe. S’il a régulièrement bénéficié de petits financements d’État, il n’a jamais réussi à pénétrer l’establishment politique, ni à occuper des postes officiels dans les institutions étatiques. Les milieux académiques l’ont eux aussi toujours regardé avec défiance, comme un illuminé ésotérique au savoir encyclopédique mais non comme un enseignant-chercheur répondant aux normes de la profession. Douguine a donc navigué entre des périodes de marginalité et de reconnaissance, sous la protection de figures plus puissantes comme Alexandre Prokhanov et ses réseaux dans le monde militaro-industriel, ou Konstantin Malofeev, l’oligarque monarchiste orthodoxe, qui l’a financé pendant des années en le faisant travailler pour ses plateformes, Tsargrad et Katekhon. [23]

Si Douguine connaît bien l’entourage de l’autocrate, il n’a jamais appartenu au cercle de ses intimes ni de ses « conseillers spéciaux ». S’il lui sait gré d’avoir rompu avec l’atlantisme libéral de Boris Eltsine, il considère qu’il n’est qu’un « eurasiste malgré lui ». Douguine n’est donc pas le « cerveau » ni le « guide spirituel » de Poutine, il n’est pas son « Raspoutine » comme certains commentateurs ont pu le fantasmer, lui attribuant une influence politique qu’il n’avait pas à ce point au Kremlin.

Il développe toutefois une stratégie d’influence ouvertement « gramsciste » [24], dans le but de réorienter une partie de l’élite politique et culturelle de la Russie postsoviétique vers une nouvelle utopie impérialiste antioccidentale. Jusqu’à présent, cette stratégie semble avoir porté ses fruits, du moins en partie.

Paradoxalement, la sortie de la marginalité et l’actuel accès de Douguine aux grands médias russes est dû au décès de sa fille. En effet, depuis sa mort en août 2022, devenu un père martyr (et jouant sur cette image) il est régulièrement invité sur les plateaux télévisés les plus mainstreams. De même, intouchable sur le plan intellectuel depuis cette date, il est devenu le « directeur d’un nouveau centre pour les recherches politiques nommé après Ivan Ilyin, le penseur réactionnaire de l’émigration russe, au sein de l’Université d’État des Sciences Humaines, RGGU. Ce poste est une reconnaissance de son statut de “père martyr” mais ressemble plus à un lot de consolation qu’à une intégration officielle dans les milieux académiques. [25] »

Pour Douguine, l’Ukraine ne saurait être que russe. C’est bien la raison pour laquelle il a soutenu l’invasion du 24 février 2022, dès son déclenchement et sans la moindre hésitation. S’il sait gré à Poutine de sa politique, il ne la considère pas pour autant comme une fin en soi. À ses yeux, l’actuel chef de l’État russe est d’abord un agent historique utile qu’il convient dès lors de soutenir avec pragmatisme dans une visée plus globale.

Ce qui n’exclut pas la lucidité : dès septembre 2022, il reconnaissait ainsi qu’une perte des territoires conquis en Ukraine représenterait une catastrophe pour la Russie et signifierait par là même la fin du régime de Poutine. À cet égard, après la défaite de Kherson en novembre 2022, un message attribué à Douguine a circulé sur la messagerie Telegram pour appeler à renverser le président russe. Si ce message s’est révélé un faux, ses auteurs ont toutefois considéré que Douguine représentait un enjeu stratégique tel qu’il justifiait qu’on manipulât ses propos pour en faire un putschiste virtuel. Et, sans vérifier son authenticité, nombre de médias et de chercheurs occidentaux l’ont implicitement jugé assez vraisemblable pour le reprendre à leur tour et le commenter. Quelles que soient ses entrées au Kremlin, Douguine poursuit son propre agenda idéologique et demeure une pièce importante dans l’actuelle partie d’échecs à Moscou.

Dossier(s) :
Persistance de l’Ukraine

par Stéphane François & Adrien Nonjon, le 1er octobre 2024

     


Stéphane François & Adrien Nonjon, « Alexandre Douguine, de l’eurasisme à la guerre en Ukraine . Parcours d’un ultranationaliste russe », La Vie des idées , 1er octobre 2024. ISSN : 2105-3030. URL : https://laviedesidees.fr/Alexandre-Douguine-de-l-eurasisme-a-la-guerre-en-UkraineNota bene :

À lire aussi

Notes

[1] Sur les idées d’Alexandre Douguine, voir Marlène Laruelle, La Quête d’une identité impériale. Le néo-eurasisme dans la Russie contemporaine, Paris, Éditions Pétra, 2007, ainsi que Marlène Laruelle (dir.), Le Rouge et le noir. Extrême droite et nationalisme en Russie, Paris, CNRS Éditions, 2007.

[2] Dans une interview donnée en 2005 à la chercheuse Véra Nikolski, Alexandre Douguine rapporte que son père était agent du KGB et que ses grands-parents étaient employés dans les forces spéciales (grand-père) et au Comité Central du PCUS (grand-mère).

[3] Vera Nikolski, National-Bolchévisme et néo-eurasisme dans la Russie contemporaine, Media Critic, Paris, 2013, p. 194.

[4Ibid.

[5] Marlène Laruelle, La quête d’une identité impériale. Le néo-eurasisme dans la Russie contemporaine, Paris, Éditions Pétra, 2007.

[6] Le slavophilisme est un courant de pensée nationaliste slave né au XIXe siècle, fondé sur la défense de valeurs et d’institutions considérées comme propres au «  génie russe  » (comme l’Église orthodoxe) et sur le rejet des influences de l’Europe occidentale (rationalisme, individualisme, progrès technique).

[7] À titre d’exemple Alexandre Sterligov et Guennadi Ziouganov avaient forgé ensemble un troisième c’est-à-dire une alternative à la fois à l’«  internationalisme communiste  » et démocratie cosmopolite.

[8] Le tercérisme, de «  troisième voie  », renvoie à l’idéologie qu’il existerait une tierce voie entre le capitalisme et le communisme. Ici, le tercérisme peut être compris comme un nationalisme-révolutionnaire, une variante de « gauche » du néofascisme.

[9] Andreï Rogatchevski, ”Othering Russia : Eduard Limonov’s Retrofuturistic (Anti-)Utopia”, in Mikhaïl Suslov & Per-Arne Bodin (eds) The Post-Soviet politics of Utopia:language, fiction and fantasy in modern Russia, Londres, Bloomsburry Publishing, 2020.

[10Ibid.

[11] Alexandre Douguine, Les Templiers du prolétariat, Nantes, Ars Magna, 2020. Voir : Marlène Laruelle, Mythe aryen et rêve impérial dans la Russie du XIXe siècle, Paris, CNRS, 2005.

[12Ibid.

[13Ibid., p. 85.

[14Ibid., p. 16.

[15] Délaissé de plus en plus par ses fidèles, le PNB rejoint la coalition libérale en 2006. Interdit en 2007, le parti se reforme sous le nom l’Autre Russie. Il y milite pour la défense des minorités russes à travers le monde post-soviétique et apporte son soutien à différents mouvements séparatistes.

[16] Il reprend d’ailleurs le programme géopolitique du Parti national-bolchevique.

[17] Sur les liens entre Douguine et l’extrême droite française, voir Stéphane François, La Nouvelle Droite et ses dissidences. Identité, écologie et paganisme, Lormont, Le Bord de l’eau, 2021 (en particulier le chapitre «  Alexandre Douguine et la Nouvelle Droite  », pp. 185-199).

[18] Cette structure dispose d’un site : geopolitika.eu.

[19] Alexandre Douguine, «  Les Jeux Olympiques sataniques  », www.voxnr.fr, 27 juillet 2024. Consulté le 07/09/2024.

[20] Halford John Mackinder (1861-1947) est un géographe britannique. En 1904, il développe l’idée lors d’une conférence intitulée «  Le Pivot géographique de l’histoire  » que l’Europe de l’Est et l’Asie seraient le cœur du monde (le «  heartland  »), c’est-à-dire le centre stratégique du monde, résultat du déclin relatif de la mer comme lieu de pouvoir par rapport à la terre.

[21] Nicolas Werth, Poutine, historien en chef, Paris, Gallimard, «  Tracts  », 2022.

[22] Marlène Laruelle, «  Tuer pour des idées : la doctrine Douguine sur la guerre en Ukraine  », Le grand continent, consulté le 08/09/2024.

[23Ibid.

[24] Du philosophe communiste italien Antonio Gramsci (1891-1937), théoricien du combat culturel – idée reprise par l’extrême droite européenne dans les années 1970.

[25] Marlène Laruelle, «  Tuer pour des idées : la doctrine Douguine sur la guerre en Ukraine  »,art. cit.

© laviedesidees.fr – Toute reproduction interdite sans autorisation explicite de la rédaction – Mentions légales – webdesign : Abel Poucet

10/01/2025 Un premier ordinateur quantique pouvant automatiquement corriger ses erreurs




Chacun sait que les ordinateurs quantiques, malgré leurs performances exceptionnelles, ne peuvent encore être utilisés en pratique car ils font trop d’erreurs. Cela tient au fait que leurs composants, les qubits, s’échauffent trop et adoptent des états erronés avant mémé le début d’un calcul. Il faudrait pour éviter cela les refroidir suffisamment lors de toute opération.

Simone Gasparinetti et son équipe de la Chalmers University of Technology en Suède ont chargé de ce travail un «  réfrigérateur quantique » autonome.. Ils ont construit pour cela un ensemble de deux qubits et d’un « qutrit » en utilisant de petits circuits supraconducteurs. Un qutrit peut mémoriser plus d’information qu’un qubit.

Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Qutrit

Dans leur système, le qutrit et l’un des qubits peuvent constituer un minuscule réfrigérateur capable de réfrigérer automatiquement le deuxième qubit, lequel reste disponible pour des calculs quantiques. Ainsi le taux d’erreur du nouveau dispositif tombait à 99,97 % alors qu’il était de 99,8 % habituellement.

Selon  Nicole Yunger Halpern du National Institute of Standards and Technology du Maryland, qui avait participé au projet, il s’agit d’un bon exemple de la façon dont des systèmes relevant de la thermodynamique classique pourraient être utilisables dans le monde quantique sans exiger des refontes complètes.

Les machines thermodynamiques avaient complètement transformé leur époque. On ne peut en dire autant aujourd’hui des machines quantiques. Il est donc urgent aujourd’hui de réaliser des machines relevant de la physique quantique qui soient utilisables pratiquement. A cette fin le réfrigérateur quantique autonome proposé par l’équipe de la Chalmers University of Technology paraît intéressant.

Ceux-ci disent qu’ils réfléchissent déjà à la mise au point d’une  quantum clock autonome ou d’un calculateur quantique dont certaines fonctions seraient déclenchées par des différences de température

Référence

Nature Physics DOI: 10.1038/s41567-024-02708-5

09/01/2025. Les ordinateurs quantiques et la confidentialité des données

La disponibilité d’ordinateurs quantiques envisagée pour les années 2030 oblige à prévoir dès à présent l’impossibilité où nous serons de protéger par les méthodes actuelles de chiffrement nos communications et données numérisées.

Nos sociétés communicantes reposent, outre les technologies, sur le principe de la confidentialité des échanges. Ainsi, le chiffrement de nos correspondances assure qu’un tiers ne peut accéder au contenu de nos conversations et données numérisées. Aujourd’hui les clés de chiffrement ont gagné en complexité par rapport à ce qu’elles étaient sous l’Antiquité. Elles sont conçues pour être impossibles à résoudre en un temps raisonnable, compte tenu des ressources informatiques et des connaissances mathématiques » actuelles » selon les termes des experts de l’Agence française de sécurité des systèmes d’information (ANSSI https://cyber.gouv.fr/ ). Ces clefs protègent l’ensemble des communications et des informations numérisées qui sont stockées ou partagées dans les entreprises, les administrations ou les états-majors militaires.

Cependant l’arrivée annoncée d’ordinateurs quantiques fait apparaître le risque de voir ces données devenir lisibles par tous les utilisateurs de tels ordinateurs . Ce serait la fin des secrets scientifiques, technologiques, économiques ou diplomatiques.

Malheureusement rien en France de précis n’est mis en place pour limiter ce risque. En tout cas, rien à la hauteur de ce que peut représenter une remise en cause de nos systèmes de chiffrement actuels. Ceci même si la France s’est dotée en juillet 2023 d’une stratégie nationale pour les technologies quantiques à l’horizon 2030.

C’est sur cette perspective de 2030 que les géants du numérique- comme Google, Amazon, Microsoft ou IBM – se sont accordés pour réaliser un ordinateur quantique réellement opérationnel. Les versions actuelles génèrent encore beaucoup d’erreurs dès lors qu’on augmente leur puissance de calcul.

Pour en savoir plus, voir

France 2030 : stratégie nationale pour les technologies quantiques

Publié le : 06 juil 2023

Les technologies quantiques seront au centre des nombreuses avancées technologiques futures. La France possède les principaux atouts pour s’affirmer dans ce domaine. Une stratégie nationale dans ce domaine doit lui permettre de figurer au premier plan des pays qui maîtrisent ces technologies.

Les technologies quantiques représentent des enjeux de compétitivité et de souveraineté importants, pour lesquels la France doit absolument se doter de capacités technologiques souveraines en transformant nos écosystèmes à ces nouvelles réalités. La puissance des ordinateurs quantiques permettrait par exemple d’avoir de nouveaux outils de simulation et d’optimisation en matière de santé, environnement ou énergie, de prédire finement les propagations épidémiques, d’optimiser le trafic de manière systémique en temps réel, de dépasser la précision de nos horloges atomiques, apporter de nouvelles fonctionnalités de navigation sans satellite, ou encore de casser de manière unilatérale les clefs de chiffrement aujourd’hui inviolables, notamment celles qui sont basées sur le protocole de chiffrement RSA, utilisé par exemple pour nos payements sécurisés par carte bleue. C’est pourquoi il est crucial de se préparer et de bâtir en France les infrastructures, les technologies et les compétences pour garantir notre souveraineté et notre sécurité.  

Les technologies et ordinateurs quantiques confèreront à moyen terme un avantage stratégique certain aux acteurs économiques qui s’en seront saisis. Au regard des enjeux de croissance économique et de souveraineté, et à l’instar des principales grandes puissances mondiales, les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni ou l’Allemagne, la France s’est dotée d’une stratégie nationale ambitieuse sur les technologies quantiques avec plus d’un milliard d’euros de financement

Aujourd’hui, la France possède les principaux atouts pour s’imposer comme un compétiteur scientifique et industriel majeur dans les technologies quantiques, notamment grâce au positionnement historique de sa recherche sur différentes briques technologiques clefs, de ses industriels précurseurs et de son écosystème dynamique de startups.

En se fondant sur ces atouts, la stratégie quantique doit permettre à la France d’entrer dans le premier cercle des pays qui maîtrisent les technologies quantiques. Cette stratégie vise à enrichir et affirmer notre capabilité sur le plan scientifique et technologique, mais aussi dans les chaînes de valeur industrielles, le développement du capital humain ou encore l’anticipation des besoins de compétences pour ces marchés, en doublant progressivement le vivier de spécialistes à l’horizon 2025, afin de garantir et pérenniser notre indépendance dans ce domaine technologique qui façonnera le futur.

08/01/2025 La mission Colibri


COLIBRI ou Colibri est un télescope terrestre francomexicain installé à l’Observatoire astronomique national de San Pedro Mártir (Basse-Californie
Mexique). Capable de pointer vers n’importe quelle région du ciel en moins de 20 s, il a pour objectif d’observer les évènements astronomiques transitoires, dont les sursauts gamma.

https://fr.wikipedia.org/wiki/COLIBRI

Ce télescope n’a rien de spectaculaire et son miroir, de 1,30 mètre de diamètre, aurait même de quoi faire sourire, alors que les seuils, de 5 et 10 mètres pour un télescope terrestre, ont été franchis depuis longtemps. Mais la « première lumière », comme on nomme la première image saisie, livrée lors de l’inauguration de Colibri, le 7 septembre, a été un événement. L’intérêt de cet instrument, installé au sein de l’Observatoire astronomique national de San Pedro Martir, au Mexique, est la rapidité exceptionnelle avec laquelle il peut pointer vers un objet astronomique.

Fruit d’une collaboration franco-mexicaine supervisée par le CNRS, avec le soutien du Centre national d’études spatiales, d’Aix-Marseille Université, de l’université nationale autonome du Mexique et du Conseil national de la science et de la technologie du Mexique, Colibri a été développé pour capter les événements astronomiques transitoires, dont la durée peut osciller entre quelques secondes et quelques heures.

Avec ses trois caméras permettant de réaliser simultanément des observations dans le visible et l’infrarouge, son objectif principal est d’ étudier les sursauts gamma. Ces flashs, d’une puissance considérable, renseignent sur l’histoire de l’Univers.

Les sursauts gamma sont des traces d’événements cosmiques aussi brefs que violents, dus à l’explosion d’objets massifs ou à la fusion de deux étoiles à neutrons.

Colibri est robotisé et effectue des observations et des relevés sans intervention humaine, à partir d’un programme d’observation, ce qui augmente sa réactivité et diminue les coûts de fonctionnement. Il a été conçu dans le cadre de la mission spatiale franco-chinoise SVOM, lancée avec succès, le 22 juin, pour scruter les sursauts gamma.

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2024/06/22/le-satellite-svom-vigie-franco-chinoise-surveillant-le-ciel-violent-a-decolle-de-la-base-de-xichang_6242415_1650684.html

SVOM

SVOM est le nom d’un observatoire spatial franco-chinois qui a décollé samedi 22 juin 2924 de la base de Xichang (Chine) à bord d’une fusée Longue Marche-2C . SVOM signifie Space-based multi-band astronomical Variable Objects Monitor soit « Moniteur multibande basé dans l’espace d’objets astronomiques variables ».Il s’agit d’un instrument de près d’une tonne ayant pour mission de scruter le ciel pour y détecter des sursauts gamma.

La découverte initiale du rayonnement gamma remonte à la guerre froide. En 1963, alors qu’a été signé un traité interdisant les essais nucléaires dans l’atmosphère et dans l’espace, les Américains veulent s’assurer que l’URSS tient parole grâce à des satellites nommés Vela. Ces engins doivent détecter les rayons X et gamma émis lors de l’explosion d’une bombe atomique.

Le 2 juillet 1967, deux de ces sondes observent une bouffée de rayons gamma. Les Américains pensent au départ qu’il s’agit un essai nucléaire russe, mais ils vont se persuader que ces événements ne proviennent pas de la Terre, mais du cosmos.  Au fil des ans, d’autres sursauts gamma sont détectés, mais ce n’est qu’en 1973 que le compte rendu de ces observations est publié et que les astrophysiciens peuvent étudier la question.

Un demi-siècle plus tard, grâce à d’autres satellites (les rayons gamma, absorbés par l’atmosphère, ne sont pas décelables au sol), les chercheurs ont une meilleure idée de ces sursauts souvent venus de très loin. Pour se figurer la violence des phénomènes qu’ils signent, l’astrophysicien Bertrand Cordier donne l’exemple d’une bouffée détectée en 1997 par le satellite BeppoSax et dont on a pu identifier la galaxie hôte, située à… 11,7 milliards d’années-lumière : « L’énergie libérée en quelques secondes était de 1044 joules, alors que l’énergie émise par le Soleil en un an s’élève à environ 1034 joules, soit dix milliards de fois moins ! »

Les astrophysiciens classent les sursauts gamma en deux catégories, les courts – moins de deux secondes – et les longs, qui peuvent durer quelques dizaines de secondes. Les premiers seraient liés à des fusions d’objets très denses (deux étoiles à neutrons ou bien une étoile à neutrons et un trou noir) tandis que les seconds seraient associés à l’effondrement d’étoiles très massives, provoquant la naissance d’un trou noir. Malheureusement ces phénomènes brefs, disparaissent souvent avant qu’on ne les localise.

SVOM

C’est ce défaut qu’entend corriger SVOM, que François Gonzalez, chef du projet de la partie française au Centre national d’études spatiales (CNES), présente comme « une vigie qui attend un phénomène aléatoire dont on ne sait ni où ni quand il va se produire ». En moyenne, SVOM devrait détecter une centaine de sursauts par an. Pour remplir sa mission, le satellite dispose de quatre instruments, deux français et deux chinois, qui opéreront dans différentes longueurs d’onde et avec des champs de vision différents.

Ils permettront en peu de temps d’affiner la position du sursaut, d’en mesurer le spectre et de suivre, grâce à une caméra travaillant dans le domaine de la lumière visible, ce que les chercheurs appellent « l’émission rémanente ».

La mission scientifique de SVOM commencera à l’automne. La part française, qui comporte les deux instruments, un télescope de suivi au sol, cinquante stations de transmission réparties sur toute la planète et des centres au CNES, au CEA et au CNRS, s’élève à 60 millions d’euros. Il s’avère plus difficile de chiffrer la participation chinoise, mais, quelle qu’elle soit, SVOM reste un observatoire à faible coût en comparaison de missions dépassant le milliard d’euros.









07/01/2025 Un nouveau SNA pour la marine russe

Le 27 décembre 2024, le constructeur naval russe Sevmash a remis à la Marine russe le SNA ( Sous-marin Nucléaire d’Attaque), K-564 Arkhangelsk. La cérémonie a eu lieu au chantier naval de Severodvinsk.

 L’Arkhangelsk. appartient à la classe modernisée Projet 885M Yasen-M. La Russie confirme ainsi non seulement les ambitions de Moscou dans le domaine maritime, mais également sa capacité à maintenir une avance technologique dans un contexte de guerre en Ukraine.

C’est le cinquième bâtiment du Projet 885 Yasen et le quatrième construit dans sa version modernisée Projet 885M Yasen-M. La Marine russe prévoit la construction de dix bâtiments du Projet 885 Yasen/885M Yasen-M. Le premier bâtiment de cette classe, le K-560 Severodvinsk, est en service depuis le 17 juin 2014.

  Actuellement, les sous-marins K-560 Severodvinsk, K-561 Kazan et K-564 Arkhangelsk sont en service à la Flotte du Nord. Les SNA K-573 Novossibirsk et K-571 Krasnoyarsk sont en service à la Flotte du Pacifique.

Quatre SNA du Projet 885M Yasen-M : Perm, Oulianovsk, Voronej et Vladivostok, en sont à différents niveaux de construction.

L’Arkhangelsk est le troisième sous-marin en série de la classe Yasen-M et le 141e sous-marin nucléaire construit par Sevmash, un chantier naval situé à Severodvinsk. Lancé officiellement en novembre 2023, ce sous-marin est l’œuvre du bureau de design Malachite, basé à Saint-Pétersbourg. Ce dernier a dirigé sa conception. Avec une propulsion nucléaire avancée, ce sous-marin inclut des missiles de croisière Kalibr et Oniks. L’Arkhangelsk est conçu pour exceller dans des missions d’attaque contre des cibles terrestres, navales et sous-marines.

Outre ses capacités d’attaque, le Yasen-M se distingue par son faible niveau sonore, un critère essentiel dans les stratégies d’infiltration et de dissuasion maritime. Ce silence technologique renforce l’efficacité opérationnelle de la marine russe.

L’Arkhangelsk s’ajoute à une flotte de sous-marins nucléaires déjà impressionnante. Actuellement, la marine russe exploite quatre sous-marins Yasen, dont le Severodvinsk, le Kazan, le Novossibirsk et le Krasnoïarsk, qui jouent un rôle central dans la stratégie russe. Ces navires prouvent leur efficacité, notamment lors de missions récentes, comme celle du Kazan à Cuba, démontrant leur rôle dans le maintien de la présence navale russe dans les eaux internationales.

La construction d’autres unités Yasen-M est en cours, notamment le Perm, l’Oulianovsk, le Voronej et le Vladivostok. Ces sous-marins viendront compléter une flotte diversifiée qui inclut également des sous-marins stratégiques lanceurs de missiles balistiques, comme ceux de la classe Borei, et des sous-marins d’attaque diesel-électriques de classe Kilo.

Les Etats-Unis.

Ils possèdent depuis 2013 la plus grande flotte de sous-marins nucléaires du monde avec 14 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), 4 sous-marins nucléaires lanceurs de missiles de croisière (SSGN) et 55 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA)

La France

Les forces sous-marines et la force océanique stratégique française sont composées d’environ 4000 marins, militaires et civils, qui mettent en œuvre 4 sous marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), 6 sous marins nucléaires d’attaque (SNA) et des unités assurant leur commandement et leur soutien. https://www.defense.gouv.fr/marine/marins