16/07/2023 Qu’est-ce que la vie ?

Les scientifiques ont déjà du mal à répondre à cette question quand il s’agit de la vie sur Terre. Ainsi on se demande encore si les virus sont vivants. Mais lorsqu’il s’agira, dans les prochaines décennies, de rechercher des formes de vie sur d’autres mondes, la question se posera immédiatement, dès lors que l’on n’y observera pas soit des organismes incontestablement vivants au sens donné à ce terme, soit des modifications du milieu ne pouvant résulter que de l’intervention d’êtres vivants sur le modèle de ceux que l’on trouve sur Terre.

Or la vie, sur d’autres mondes, pourrait ne pas faire appel aux mêmes constructions chimiques que sur la Terre ; ou bien elle pourrait le faire d’une façon telle que celles-ci seraient méconnaissables. Rien ne garantit qu’une exobiologie utilise les mêmes composés chimiques que la Terre ou construise des ensembles complexes tels que les protéines et l’ADN.

Dès maintenant la question se pose. La mission Juice de l’ESA appareillera bientot de Kuru pour chercher des traces de vie sur les Lunes de Jupiter,dont Europa. Celle-ci est dotée d’un vaste océan sous une épaisse banquise glacée. Peu après, le vaisseau Clipper de la Nasa la rejoindra. En 2027, la Nasa enverra sur une lune de Saturne , Titan un drone nommé Dragonfly. Titan comporte des lacs d’hydrocarbures qui pourraient se montrer favorables à certaines formes de vie…

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Or, la physicienne et astrobiologiste Sara Imari Walker, de l’université d’Etat de l’Arizona, et son collègue Leroy Cronin de l’Université de Glasgow sont désormais connus parce qu’ils proposent une approche originale à cette vieille question, reconnaître la vie et la distinguer du non-vivant La question intéresse de plus en plus, en dehors des biologistes et microbiologistes, les projets d’exploration des planètes du système solaire et des planètes extrasolaires proches. Lesquelles d’entre elles abritent-elles de la vie, et sous quelle forme ? Cette vie pourrait elle être rapportée sur la Terre, sans danger pour elle comme pour les Terriens ?

Par ailleurs, de plus en plus de programmes viseront dans le cours du présent siècle à réaliser des êtres vivants de synthèse, soit à partir de composants biologiques, soit totalement artificiels. A quels moments pourra-on estimer que ces programmes ont satisfait leurs objectifs et qu’ils créé du vivant, vivant qu’il faudra protéger mais aussi dont il faudra se protéger ?

Lee Cronin et Sara Walker ont proposé en 2021 une méthode simple pour reconnaître les molécules produites par des organismes vivants extraterrestres de celles préexistantes sur la Terre. Les premières présenteront une complexité chimique analogue à celle qui caractérisent les molécules produites sur Terre par des organismes vivants.

Ils ont nommé cette méthode assembly theory. Elle vise à comprendre pourquoi des entités aussi peu probables que par exemple ces deux personnes différentes que sont Lee Cronin et Sara Walker peuvent exister. La méthode ne repose pas sur des lois physiques intemporelles, mais dans un processus qui attribue aux objets décrits une histoire et la mémoire de ce qui les avait précédé. Comme prévisible l’assembly theory a suscité du scepticisme. Beaucoup de scientifiques se demandent encore comment elle pourrait distinguer le vivant du non vivant

Référence

Newscientist 24 June 2023 p.33 « we are reframing life by thinking it as a lineage « 

14/07/2022 France. Pour un retour au service militaire obligatoire

On définit traditionnellement en France, depuis la loi du 21 mars 1905, le service militaire ou conscription comme l’ensemble des obligations militaires légales imposées aux citoyens pour contribuer à la défense éventuelle de leur pays par les armes . Plus précisément il s’agit du temps passé dans l’armée (sous les drapeaux) par les jeunes Français pour leur faire acquérir une instruction militaire et pour donner aux pouvoirs publics une force armée capable d’assurer, en temps de paix, les missions de sécurité incombant au pays.

Ce service peut être de 1 an à 2 ans selon les besoins de défense. Il s’impose aussi bien aux filles qu’aux garçons. Il peut être prolongé dans un cadre contractuel. En temps de guerre, il est régi par les textes concernant la mobilisation .

La réforme majeure engagée en 1996 en matière de défense (réduction drastique des effectifs et passage progressif à une armée professionnelle, prévus par la loi de programmation militaire pour 1997-2002) a entraîné une modification radicale du service national réformé par la loi du 28 octobre 1997. Ella a été menée sous la présidence de Jacques Chirac (voir Le Parisien )

Selon cette loi, la conscription est suspendue à compter de 2002. Les jeunes hommes et femmes (ces dernières depuis le 1er janvier 1999) doivent accomplir un « parcours citoyen » comprenant le recensement dès leur seizième anniversaire, une information sur la défense délivrée par l’Éducation nationale et la journée défense et citoyenneté (JDC) [anciennement appelée journée d’appel de préparation à la défense (JAPD)]. Le service national obligatoire est remplacé par un service volontaire, ouvert aux jeunes de 18 à 26 ans, pour une durée de 1 à 5 ans. En cas de besoin, la conscription pourrait être rétablie.

Cette suppression du service militaire en 1996 a été généralement bien vue par l’opinion. Elle considérait que les risques de guerre étaient faibles, notamment du fait de la participation de la France à l’Union européenne. De plus, si guerre il devait y avoir, ce serait avec des puissances dotées de l’arme nucléaire. Il s’agirait de guerres d’anéantissement réciproque pour lesquelles le service militaire universel serait inutile.

Aujourd’hui, de plus en plus de responsables civils et militaires français considèrent que le service miliaire obligatoire devrait être rétabli.

Ceci comporterait plusieurs avantages :

  • rupture temporaire du jeune avec son milieu parental et social. Ce milieu comprend de plus en plus d’ » influenceurs » pour qui le concept de France a perdu tout sens. Tout ce qui symbolise la France , comme le pavillon tricolore, les chants folkloriques patriotiques, les monuments aux morts et bien entendu le service militaire, doivent disparaître. Or ceci est insupportable pour les autres Français.
  • apprentissage concret des métiers et matériels utilisés par l’armée. Ceux-ci se retrouvent dans la société civile. Apprendre à conduire un poids lourd en terrain boueux est utile même dans le civil. A plus forte raison l’est l’apprentissage des technologies de l’information, y compris les plus sophistiquées.
  • Egalité accrue entre les filles et les garçons

Pour en savoir plus

Service militaire. Voir Larousse https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/service_militaire/91547#11030113

L’Homo Sapiens présent en Asie dès 86.000 ans bp

Homo sapiens, plus communément appelé « homme moderne »« homme »« humain », ou « être humain », est une espèce de primates originaire d’Afrique qui s’est aujourd’hui répandue et naturalisée sur l’ensemble de la planète hormis l’Antarctique. Il appartient à la famille des hominidés et est le seul représentant actuel du genre Homo, les autres espèces étant éteintes. Les plus anciens fossiles connus de cette espèce, découverts au Maroc, sur le site de Djebel Irhoud, sont datés d’environ 300 000 ans. (Wikipedia)

Les études génétiques basées sur la comparaison de l’ADN nucléaire de différentes populations humaines actuelles indiquent que l’espèce Homo sapiens s’est constituée en Afrique au terme d’une évolution allant d’environ 300 000 à 60 000 ans bp. Par la suite l’Homme moderne aurait quitté l’Afrique principalement entre 70 000 et 50 000 ans pour se répandre sur tous les continents en supplantant les espèces humaines antérieures, comme l’Homme de Néandertal en Europe ou l’Homme de Denisova en Asie avec lesquelles ils ont néanmoins pu s’hybrider, ce qui a favorisé leur adaptation aux nouveaux environnements rencontrés. Cette influence néandertalienne s’est ensuite rétrodiffusée en Afrique.

Les dates d’arrivée des premiers Homo sapiens en Asie du sud-est continentale étaient jusqu’ici controversées. Des fragments de fossiles découverts dans la cave de Tam Pà Ling dans le Nord-Est du Laos avaient laisser penser qu’elles dataient de 46.000 à 70.000 bp.

Aujourd’hui des chercheurs de l’Université de Copenhague ont ajouté deux fragments de fossile à cette collection, dont un morceau de boite crânienne et un élément de tibia. En datant par isotopie radioactive les sédiments entourant ces fossiles, ils estiment qu’ils sont âgés de 66.000 à 80.000 bp.

Ces éléments suggèrent que les ancêtres des Australiens modernes auraient pu coexister, éventuellement pacifiquement, avec ceux des Aborigènes d’Australie

Référence

Early presence of Homo sapiens in Southeast Asia by 86–68 kyr at Tam Pà Ling, Northern Laos

Nature Communications volume 14, Article number: 3193 (2023)

  • Abstract

The timing of the first arrival of Homo sapiens in East Asia from Africa and the degree to which they interbred with or replaced local archaic populations is controversial. Previous discoveries from Tam Pà Ling cave (Laos) identified H. sapiens in Southeast Asia by at least 46 kyr. We report on a recently discovered frontal bone (TPL 6) and tibial fragment (TPL 7) found in the deepest layers of TPL. Bayesian modeling of luminescence dating of sediments and U-series and combined U-series-ESR dating of mammalian teeth reveals a depositional sequence spanning ~86 kyr. TPL 6 confirms the presence of H. sapiens by 70 ± 3 kyr, and TPL 7 extends this range to 77 ± 9 kyr, supporting an early dispersal of H. sapiens into Southeast Asia. Geometric morphometric analyses of TPL 6 suggest descent from a gracile immigrant population rather than evolution from or admixture with local archaic populations.

12/07/2023 Taux d’erreur. Le calculateur quantique d’IBM reprend l’avantage sur celui de Google

Eagle, l’ordinateur quantique d’IBM, confronté à un supercalculateur conventionnel, vient d’affirmer sa supériorité. Il a montré qu’il pouvait corriger ses erreurs, autrement dit devenir tolérant aux « bruits », ou plus précis dans ses calculs, suffisamment vite pour devenir compétitif avec ce super-calculateur

Des ingénieurs d’IBM viennent de confronter Eagle, qui comprend 127 bits quantiques ou qubit, à un supercalculateur du Lawrence Berkeley National Laboratory. L’objet du calcul était de prévoir le comportement d’un ensemble de particules tels que des atomes dotés d’un spin défini à l’avance et interagissant dans le cadre d’un réseau.

La difficulté du problème s’accroît avec le nombre des atomes . A partir d’un certain nombre d’atomes, les calculs deviennent si complexes que les calculateurs classiques doivent renoncer à résoudre le problème.

Au contraire, Eagle a pu continuer à travailler, donnant à penser qu’il avait passé le test avec succès.

Un article de Nature dont nous publions ci-dessous les références et l’abstract précise les conditions de cette expérience. Nous ne savons pas à ce jour si les ingénieurs de Google accepteront de tester sur ces bases leur propre calculateur

(voir notre article précédent:
https://europesolidaire.eu/2023/07/10/10-07-2023-vers-un-calculateur-quantique-pouvant-calculer-avec-un-taux-derreur-acceptable/

En fait, la course vient seulement de commencer. Il serait intéressant de savoir où en sont la Russie et la Chine

Référence

Nature https://www.nature.com/articles/s41586-023-06096-3

Published: 14 June 2023

Evidence for the utility of quantum computing before fault tolerance

  • Abstract

Quantum computing promises to offer substantial speed-ups over its classical counterpart for certain problems. However, the greatest impediment to realizing its full potential is noise that is inherent to these systems. The widely accepted solution to this challenge is the implementation of fault-tolerant quantum circuits, which is out of reach for current processors. Here we report experiments on a noisy 127-qubit processor and demonstrate the measurement of accurate expectation values for circuit volumes at a scale beyond brute-force classical computation. We argue that this represents evidence for the utility of quantum computing in a pre-fault-tolerant era. These experimental results are enabled by advances in the coherence and calibration of a superconducting processor at this scale and the ability to characterize1 and controllably manipulate noise across such a large device. We establish the accuracy of the measured expectation values by comparing them with the output of exactly verifiable circuits. In the regime of strong entanglement, the quantum computer provides correct results for which leading classical approximations such as pure-state-based 1D (matrix product states, MPS) and 2D (isometric tensor network states, isoTNS) tensor network methods break down. These experiments demonstrate a foundational tool for the realization of near-term quantum applications

12/07/2023 Comment l’IA (Intelligence Artificielle) deviendra vite inintelligente.

Un chatbot appelé parfois assistant virtuel, est un programme d’IA qui simule une conversation, « chat » avec un interlocuteur, à l’écrit ou à l’oral. Quand un utilisateur lui pose une question ou formule une commande, le chatbot lui répondra ou exécutera l’action demandée.Cette forme accessible d’IA est souvent mise en oeuvre par les entreprises dans leurs services d’assistance client. On les trouve également dans certains appareils destinés au grand public

Les chatbots comme ELIZA et PARRY (Microsoft) figurent parmi les premières tentatives de créer des programmes capables de tromper un interlocuteur, ne serait-ce que temporairement, et lui faire croire qu’il tient une conversation avec une autre personne. L’efficacité de PARRY a été mesurée au début des années 1970 à l’aide d’une version du test de Turing. Le test de Turing est un test du niveau d’intelligence artificielle fondée sur la faculté d’une machine à imiter la conversation humaine. : l’attribution correcte par les testeurs des interactions à quelqu’un ou à un chatbot correspond aux résultats que donneraient des réponses aléatoires.

Les chatbots se sont beaucoup améliorés depuis. Ils exploitent les technologies d’IA notamment le Deep Learning https://www.intelligence-artificielle-school.com/actualite/deep-learning-intelligence-artificielle/ , le traitement automatique du langage et les algorithmes d’apprentissage automatique (Machine Learning). Les plus généralistes ont besoin d’énormes volumes de données pour apprendre une langue. Plus un utilisateur interagit avec la machine, plus la reconnaissance de la parole ou du texte améliore sa réponse.

Les chatbots peuvent être « stateless » ou « statefull ». Dans le premier cas, le chatbot aborde chaque interaction comme s’il s’agissait d’un nouvel utilisateur. Dans le deuxième, le chatbot est plus sophistiqué : les interactions passées lui servent à contextualiser ses prochaines réponses.

Aujourd’hui, une entreprise qui dote ses services d’un chatbot n’a que peu de code à écrire. En effet, plusieurs prestataires permettent aux développeurs de créer des interfaces de conversation quasiment clefs en mains pour tout type d’application.

Cependant, en se bornant à demander aux chatbots de puiser leurs informations dans d’autres chatbots, on les coupera très vite de la réalité, Ceci les rendra inutiles fonctionnellement. Bien pire, cela les incitera très vite à répéter et à amplifier leurs inévitables erreurs de contenu initiales.

Une étude conduite à l’Université d’Oxford par Ilia Shumailov, référencée ci-dessous montre comment les contenus d’IA se dégraderont très vite s’ils se bornent à reproduire les contenus existants, sans un retour rapide à l’expérience. Ce processus a été appelé le model collapse. Ilia Shumailov envisage le moment où les contenus d’IA deviendront des collections d’erreurs soigneusement reprises d’une fois sur l’autre

Nous pourrions faire remarquer que les cultures humaines n’ont jamais en besoin d’IA pour se content d’erreurs répétés à satiété, sans besoin de faire de nouvelles expériences pour mettre à jour les connaissance, qu’elles soient contumières ou scientifiques

Référence
AI models feeding on AI data may face death spiral
https://twitter.com/TechXplore_com/status/1670892125683105794

11/07/2023 La Russie en Ukraine. Le piège logistique

Si la Russie est réputée posséder, derrière les Etats-Unis, les meilleurs forces armées du monde, son incapacité actuelle à l’emporter face à l’armée ukrainienne oblige à s’interroger sur des faiblesses fondamentales. Celles-ci n’ont pas attendu le renforcement de l’aide américaine à Kiev sous forme d’armements conventionnels de plus en plus sophistiqués. Elles étaient présentes dès le début de l’offensive russe de février 2022.

Chacun a pu voir à la télévision de longues colonnes de chars russes immobilisées sur la voie routière qu’elles empruntaient faute de moyens logistiques leur permettant de poursuivre leur avancée en rase campagne.

Le président Poutine possède un arsenal nucléaire important, brandi à plusieurs reprises comme une menace crédible si les intérêts « existentiels » de la Russie venaient à être menacés, notamment par l’OTAN. En revanche, l’invasion de l’Ukraine a mis à jour une logistique militaire chaotique, en totale dissonance avec la puissance militaire du pays. Les opinions publiques européennes ont été particulièrement frappées par les images diffusées sur Internet, aux premiers jours de la guerre, montrant les multiples ‒ et récurrents ‒ problèmes d’acheminement des équipements et vivres. Il s’agit de la manifestation de dysfonctionnements majeurs et structurels qui posent question. Quelles en sont les origines principales ?

Deux types de logistiques sont mises en œuvre dans le cas de grandes opérations militaires telles que le débarquement allié en Normandieie durant la 2e guerre mondiale

• La logistique en « flux tirés » satisfait des demandes continues de matériel fondées sur les besoins au jour le jour. Elle réagit le plus rapidement possible aux variations d’une situation tactique changeante que rencontrent les formations de combat, par exemple en modifiant l’affectation de ressources logistiques sur le terrain en fonction du degré de résistance de l’ennemi. La logistique « en flux tirés » exige de la souplesse et des systèmes de commandement décentralisés capables d’ajuster instantanément les ressources logistiques aux besoins changeants.

• A l’inverse, la logistique « en flux poussés » va pousser le matériel et les ressources logistiques vers l’avant, en fonction d’une planification préalable (des mois avant le déclenchement du conflit). La logistique « en flux poussés » fonctionne de manière efficace si la demande est stable et anticipable aisément.

Peu de systèmes logistiques sont exclusivement de type « flux tirés » ou « flux poussés ». Le problème majeur de la logistique militaire russe est de privilégier exclusivement des « flux poussés », autrement dit un système logistique relativement inflexible et bureaucratique, cohérent avec une philosophie de commandement centralisé de type top / bottom , quasiment depuis le Kremlin jusqu’au terrain..

Or, la relative rigidité induite par la logistique en « flux poussés » constitue son plus grand désavantage dans les conflits, et elle se transforme très vite en une vulnérabilité critique dans un espace de combat mouvant et imprévisible, comme c’est le cas pour la Russie en Ukraine.

L’invasion russe a été ainsi marquée très rapidement par des pénuries significatives, tant en matériel qu’en nourriture, en carburant et en soutien médical. Des images d’équipements militaires abandonnés, pourtant en bon état de marche, attestent également de revers logistiques incontestables dans les activités de soutien.

Le commandement russe a, par ailleurs, fait preuve d’un manque alarmant de perspicacité en négligeant la protection appuyée des convois logistiques, comme en témoignent les nombreuses frappes ukrainiennes sur des véhicules logistiques non blindés.

Cette situation débouche directement sur l’incapacité à anticiper l’impact de la prolifération désormais actée de drones sur l’identification des mouvements de troupes dans l’espace de combat et leur attaque inopinée.

Il faut toutefois admettre que la planification opérationnelle d’une offensive multi-frontale comme celle lancée par la Russie le 24 février 2022 serait un défi pour n’importe quelle armée du monde. Avec une planification inadéquate, même le meilleur système logistique militaire risque de ne pas remplir sa mission… comme en Ukraine.

Reste à aborder une dimension plus culturelle pour expliquer les revers de la logistique militaire russe : l’absence d’un esprit « expéditionnaire », ou encore de projection performante des forces. Dit simplement, la logistique expéditionnaire s’avère indispensable lorsque des troupes opèrent à une certaine distance de leur base de soutien, le plus souvent nationale. Toute projection des forces, dont l’armée française est aujourd’hui une spécialiste reconnue grâce aux commandos « Forces Spéciales »  nécessite un haut degré d’autosuffisance, de flexibilité, de robustesse et de mobilité, indépendamment des ressources logistiques disponibles sur le lieu des combats.

Les forces expéditionnaires, qui doivent appliquer leur puissance de feu sur des distances beaucoup plus grandes, par mer ou par terre, nécessitent un soutien logistique sans faille.

Or, l’approche de la Russie en matière de logistique militaire s’appuie fortement sur des approvisionnements d’équipements et de vivres par chemin de fer, et sur des réapprovisionnements de carburant par pipelines.

Une telle dépendance à l’égard des chemins de fer signifie que la logistique militaire russe possède nettement moins de camions que les formations occidentales équivalentes. Il en résulte une capacité réduite de gestion efficace des pré- et post-acheminements,

Dans un article du Washington Post, publié fin mars 2022, les auteurs vont dans le même sens en évoquant à juste titre la « tyrannie de la distance ». Ils notent que c’est la taille elle-même de l’Ukraine qui est un problème, et la logistique militaire russe n’a pas été la solution, loin de là.

Les forces armées russes pensaient sans doute pouvoir s’emparer rapidement de Kiev et forcer le président Zelensky à quitter le pouvoir. Le résultat ne s’est pas produit, faute d’une aptitude à assurer l’acheminement des troupes et l’approvisionnement des équipements et des vivres dans une guerre terrestre située au cœur du plus grand pays européen par sa taille. L’absence de « culture routière » ne pouvait que rendre difficile le camionnage, surtout avec un sol humide et boueux.

Sur cette base, il est possible de proposer un éclairage logistique de l’incapacité des forces armées russes à s’emparer de Kiev au début de 2022.. La faible maîtrise des acheminements routiers est une constante majeure. Les convois de véhicules constituent une cible relativement difficile à protéger, surtout de nuit, et il n’est pas rare que 12 à 15 heures par jour aient été nécessaires au printemps 2022 pour effectuer des acheminements de quelques dizaines de kilomètres seulement.

Ainsi, la distance ‒ même modeste ‒ entre le dépôt de ravitaillement d’une brigade et la brigade elle-même est devenue rapidement insurmontable, sans oublier l’utilisation continue de troupes pour sécuriser les routes, des troupes par conséquent non disponibles pour mener des opérations militaires offensives.

Un temps, il aurait été envisagé par l’Etat-Major russe que les fournitures nécessaires à la prise de Kiev puissent être acheminées par voie aérienne jusqu’à l’aéroport international Antonov (Hostomel), tombé aux mains des russes. Mais il est rapidement apparu qu’un pont aérien en milieu hostile ne pouvait pas livrer suffisamment de matériel pour faire la différence sur le terrain. En outre, il était évident que les missiles Stinger fournis par les pays occidentaux, portables à dos d’homme (15 kg) et extrêmement fiables (taux de réussite de 95 %), étaient aptes à détruire en masse des avions lourdement chargés. L’option aérienne ne pouvait donc être retenue comme alternative au chemin de fer et à la route.

Il est trop tôt, mi-été 2023, pour faire un quelconque pronostic sur l’issue du conflit entre l’Ukraine et la Russie. En revanche, son évolution sur à peine quelques mois permet de penser que la stratégie ukrainienne sera de se focaliser sur le contrôle des grandes villes et de contraindre les forces armées russes à s’impliquer dans des combats urbains coûteux en vies humaines.

Si les grandes villes résistent, les forces armées russes devront alors se retrancher et tenir de longs sièges qui généreront une demande continue d’approvisionnement que l’on peut évaluer à plusieurs milliers de tonnes de produits de première nécessité par jour.

Des raids éclairs ukrainiens, à l’aide de mines, de missiles et de mitrailleuses, infligeront certainement des dommages importants aux moyens logistiques mobilisés par la Russie. Les forces de défense territoriale ukrainiennes peuvent également empêcher les forces armées russes d’utiliser les chemins de fer en faisant sauter les voies et les gares de triage, et en attaquant directement les trains avec des missiles FGM-148-Javelin, qui peuvent détruire lesdits trains aussi bien que les chars.

Or, il est entendu que la Russie ne pourra jamais surveiller en Ukraine chaque kilomètre de routes et de voies ferrées dont elle a besoin pour assurer le fonctionnement de ses chaînes logistiques. Les forces armées seront dès lors obligées de se replier vers le seul Donbass, faute de ressources logistiques suffisantes et sécurisées.

Il est par conséquent possible d’envisager une reprise en main de la logistique par l’Ukraine à travers une politique d’accentuation de la vulnérabilité des systèmes d’approvisionnement de l’ennemi. Pour l’armée ukrainienne, la guerre se gagnera peut-être au travers d’un épuisement logistique autant que militaire des forces armées russes, tout comme la Résistance française, pendant la Seconde Guerre mondiale, a participé à la libération du pays en s’en prenant aux infrastructures ferroviaires lors de la fameuse « bataille du rail »

Conclusion

A la stupéfaction de nombreux analystes militaires, les difficultés rencontrées en Ukraine par les forces armées russes sont devenues une réalité objective et peu contestable, et non la manifestation de pratiques de désinformation et de propagande dont toutes les guerres sont coutumières . Si un système de communication défaillant, les flottements récurrents en matière de commandement et la faiblesse des moyens de défense aérienne ont été signalés pour expliquer une telle situation, les revers logistiques occupent une place centrale mais pour l’instant assez peu renseignée dans les travaux académiques.

Tout se passe comme si l’Etat-Major russe avait largement sous-estimé la complexité inhérente à la gestion d’opérations militaires combinées de grande envergure. Nul doute que des réflexions devront être engagées pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants d’un échec annoncé.

Article repris d’un précédent de Gilles Paché
Professeur des universités en Sciences de Gestion à Aix-Marseille Université
Directeur de recherches au CERGAM Lab d’Aix-en-Provence.
Nous le remercions

10/07/2022 Observation dans l’espace d’une molécule pouvant participer à l’apparition de la vie

La molécule dite Methyl Cation comporte un atome de carbone, trois atomes d’hydrogène plus une charge positive . Elle est banale sur Terre. Dans l’espace les astrophysiciens la soupçonne depuis les années 1970 d’être à l’origine de toute la chimie du milieu interstellaire  A partir de ces 4 atomes se formeraient toutes les molécules complexes, les alcools, les hydrocarbures, etc. Une chimie organique qui a sur Terre façonné la vie. Cependant jusque-là, on ne l’avait jamais vue hors du système solaire. Ceci laissait soupçonner que la vie pourrait n’exister que sur la Terre;

Ce n’est plus le cas. En observant avec le nouveau télescope JWST, une équipe d’une cinquantaine d’astronomes dirigée par Olivier Berné, de l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse a réussi à voir la Methyl Cation dans un disque de poussières et de gaz autour d’une très jeune étoile. Si tout va bien, ce disque va former des planètes dans quelques dizaines de millions d’années.

Au cours des dernières décennies, les spécialistes de la formation des systèmes planétaires se sont concentrés sur les grains de poussières interspatiales : comment les réactions chimiques se produisent à la surface de poussières, comment elles s’agrègent, jusqu’à former les planètes.

Avec la Methyl Cation, c’est une voie gazeuse qui s’ouvre pour expliquer la naissance des systèmes solaires avec leurs planètes. C’est aussi peut-être une voie plus universelle. Le disque dans lequel la Methyl Cation a été trouvée est très agité, il est chauffé à 1000 degrés, il est bombardé d’un vent de rayons UV.  Or ces conditions extrêmes sont très courantes dans l’univers. Les étoiles naissent en groupe, elles émettent des rayonnements qui irradient dans toute leur nébuleuse.

Merci à Mathilde Fontez, cheffe de la rédaction de la nouvelle revue Epsilon France

Référence

Formation of the Methyl Cation by Photochemistry in a Protoplanetary Disk

Abstract

Forty years ago it was proposed that gas phase organic chemistry in the interstellar medium can be initiated by the methyl cation CH3+ (1–3), but hitherto it has not been observed outside the Solar System (4, 5). Alternative routes involving processes on grain surfaces have been invoked (6, 7). Here we report JWST observations of CH+3CH3+ in a protoplanetary disk in the Orion star forming region. We find that gas-phase organic chemistry is activated by UV irradiation.

10/07/2023 Vers un calculateur quantique pouvant calculer avec un taux d’erreur acceptable

Il a souvent été dit – avec peut-être un rien d’optimisme exagéré – que le pays ou l’organisation qui maîtrisera l’ordinateur quantique dominera le monde. Aujourd’hui, que ce soit dans les modèles destinés à simuler des problèmes scientifiques de plus en plus complexes ou dans l’utilisation d’engins militaire sans pilotage humain, tout repose non seulement sur la puissance de calcul des ordinateurs quantiques, mais dans leurs capacités à détecter et réparer rapidement leurs erreurs. Or dans ces domaines, ils s’étaient montrés jusqu’au présent décevants

Or Google vient d’annoncer, notamment dans un article de Nature dont on trouve ci-dessous les références et le résumé, qu’une méthode de correction d’erreurs dans les calculateurs quantique qu’il vient d’expérimenter, pourrait être utilisée à grande échelle .

Comme l’on sait, les ordinateurs quantiques utilisent des bits quantiques ou qubits. Le bit ou binary digit est l’unité d’information en matière de calcul et de communication. Il représente un état logique avec deux valeurs possible, le zero et le un. Le bit quantique peut prendre une infinité de valeurs entre ces deux limites. Autrement dit le calculateur quantique peut faire une infinité d’erreurs. Il n’est pas contrôlable ni corrigible avec les méthodes ordinaires.

Cependant, une filiale de Google spécialisée dans le calcul quantique, Google Quantum AI, vient d’annoncer être en mesure de le faire. A cette fin, elle a accru la taille des qubit logiques jusqu’à ce que cette augmentation de taille entraîne, après l’avoir augmenté, une diminution du taux d’erreurs, de 3,02 pour cent à 2,9 pour cent. Logiquement ce taux d’erreurs devrait continuer à diminuer avec l’augmentation de la taille. Google reste très discret concernant les raisons de cette amélioration des performances

Le calculateur utilisé pour ces mesures est un Sycomore de la 3e génération de 53 qubits,

Référence

Suppressing quantum errors by scaling a surface code logical qubit

https://www.nature.com/ahttps://www.nature.com/articles/s41586-022-05434-1rticles/s41586-022-05434-1

Nature  volume614
pages 676–681 (2023)

  • Practical quantum computing will require error rates well below those achievable with physical qubits. Quantum error correction offers a path to algorithmically relevant error rates by encoding logical qubits within many physical qubits, for which increasing the number of physical qubits enhances protection against physical errors. However, introducing more qubits also increases the number of error sources, so the density of errors must be sufficiently low for logical performance to improve with increasing code size. Here we report the measurement of logical qubit performance scaling across several code sizes, and demonstrate that our system of superconducting qubits has sufficient performance to overcome the additional errors from increasing qubit number. We find that our distance-5 surface code logical qubit modestly outperforms an ensemble of distance-3 logical qubits on average, in terms of both logical error probability over 25 cycles and logical error per cycle ((2.914 ± 0.016)% compared to (3.028 ± 0.023)%). To investigate damaging, low-probability error sources, we run a distance-25 repetition code and observe a 1.7 × 10−6 logical error per cycle floor set by a single high-energy event (1.6 × 10−7 excluding this event). We accurately model our experiment, extracting error budgets that highlight the biggest challenges for future systems. These results mark an experimental demonstration in which quantum error correction begins to improve performance with increasing qubit number, illuminating the path to reaching the logical error rates required for computation.

09/07/2023 Le Manifeste de Ralph Nader pour la réduction des budgets militaires américains.

Le budget militaire américain vient d’être exempté par la Maison Blanche et le Congrès de toutes les restrictions qui frappent les autres administrations en cette période où les tendances inflationnistes sont les plus élevées du fait de l’épidémie de Covid 19. Sont maintenues également les centaines de milliards de subventions versées aux industries militaires, Lockheed Martin, Raytheon et General Dynamics notamment.

Il en résultera d’importantes réductions touchant les budgets de santé publique, de sécurité et de croissance économique intéressant la population américaine. De même les dépenses fédérales consacrées à la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale dont sont responsables ces secteurs se verront réduites sévèrement.

Bienvenue aux Etats-Unis  patrie de la Libre Entreprise.

Bien plus, le Pentagone et les géants du militaire se sont fait dire par la Présidence et les Démocrates qu’ils devraient s’attendre dans les prochaines années à recevoir des dizaines de milliards de subventions fédérales, augmentant le budget du Pentagone de 48 milliards de dollars supplémentaires.

Depuis 1992, le DOD, département de la défense américain, a toujours violé la loi fédérale qui requiert le contrôle bipartisan exercé par le GAO (Government Accountability Office) sur les dépenses fédérales impliquant le Big Business du secteur militaire et spatial.

Dans le même temps, sur le territoire américain, les infrastructures de transport ferroviaire et routier accumulent les besoins de réparation, de même que les réseaux d’eau potable et le traitement des déchets . Les établissements scolaires et les espaces publics attendent depuis des années les améliorations nécessaires. Avec le réchauffement climatique les besoins publiques ne feront qu’augmenter .

Le Congrès refuse désormais de financer des programmes tels que Head Start https://en.wikipedia.org/wiki/Head_Start_(program) qui visent à réduire la faim et la dépendance de 80 millions de personnes non assurées ou mal assurées. Pourquoi le pays le plus riche de la planète apporte moins à ses citoyens que l’Union européenne et le Canada ? Réponse : le pillage des budgets publics par le Big Business.

Cependant notre machine de guerre peut tranquillement faire vaporiser un groupe de jeunes gens discutant sur une route du Yémen par un opérateur de drones manœuvrant des commandes dans le Névada ou la Virginie.

La suite non traduite :

And remember citizens, when the government talks war, organizes for war, has military bases in a hundred countries and provokes belligerence, wars are likely to happen.

Not even the money spent on one F-35 is being devoted to waging peace, initiating ceasefire negotiations and launching efforts for international arms control treaties as occurred under former presidents Jimmy Carter, Ronald Reagan and Bill Clinton.

There is no Department of Peace, and the State Department is more bellicose than the Pentagon in its war of words. We’ve been waiting for Rep. Jim McGovern (D-MA) who has yet to put a bill in the hopper to create such a department – a purported priority of his since long before his election to Congress.

One can hope that the Pentagon Brass – the generals and admirals, some of whom anticipate retiring to become consultants to, or executives of, the corporate weapons industry, would teach the rampaging Congressional Yahoos a lesson in patriotic restraint. Congress must learn to say “no thanks” to more money than requested and use those funds to help save hundreds of thousands of lives in America lost every year to toxic pollution, preventable negligence in hospitals, the opioid epidemic, tobacco, alcohol, occupational hazards and more.

Absent that prospect, the dozens of small citizen peace advocacy groups and organizations such as Veterans for Peace should establish a national “Rein in and Audit the Military Budget and Save American Lives Day” to spark a nationwide grassroots mobilization focused on Congressional offices on Capitol Hill and in the states. There is no time to waste!

Fill the reception rooms of Members of Congress with citizens for peace and justice for a change. Let our elected officials start hearing the rumble from an aroused people conveying irresistible arguments backed by irrefutable evidence. Tell them to stop the arms race and pursue arms control treaties before autonomous weapons of mass destruction and miscalculations lead to World War III – the final world war.

09/07/2023 Le lobbying pour les industries de l’armement dans l’administration américaine

Un nouveau rapport publié par la sénatrice Elizabeth Warren (Démocrate-Massachusetts), rapport dont nous donnons ci-dessous les références, révèle que le secteur des fabricants d’armes a embauché en 2021 des dizaines d’anciens membres des services armés et du ministère de la Défense , soit toujours plus de fonctionnaires reconvertis dans le lobbying auprès des acheteurs du secteur de la Défense au cours du premier trimestre 2023

Au moins 672 anciens fonctionnaires, officiers militaires et membres du Congrès ont travaillé en tant que lobbyistes, membres du conseil d’administration ou directeurs pour les 20 premiers fabricants d’armes en 2022, d’après ce rapport. Cette pratique est largement répandue au sein de l’industrie de l’armement, donnant au minimum une impression de corruption et de favoritisme, et augmentant potentiellement les risques que les dépenses du ministère de la Défense aboutissent à des armes et des programmes inefficaces, des accords désavantageux et le gaspillage de l’argent du contribuable, affirme la sénatrice.

La proposition de budget du président Joe Biden pour 2024 requiert un montant record de 886 milliards de dollars pour les dépenses de la Défense. Dans le même temps, les recherches scientifiques promues par les administrations et universités risquent d’être supprimées ou mises en veilleuse faute de financements. C’est ainsi que la Nasa, agence spatiale américaine, avec son budget de 20 milliards, devra remettre à plus tard des programmes d’exploration de la planète Mars et de ses satellites destinés à la recherche de formes de vie ayant survécu à des millénaires de désertification.