02/12/2023 Fiche de lecture

Center for East Asia Policy Studies John L. Thornton China Center

April 17, 2023

Brookings Senior Fellows Richard Bush and Ryan Hass, co-authors with Bonnie Glaser of a new Brookings Press book on U.S.-Taiwan relations in the context of China’s challenge, argue that tensions between the PRC and Taiwan can only be resolved with the assent of Taiwan’s people. Taiwan’s presidential election result in 2024 will also affect how much pressure Beijing applies to cross-Taiwan Strait relations, they explain.

L’invasion a échoué. La flotte amphibie chinoise est annihilée et les rares soldats de l’Armée populaire de libération qui sont parvenus à prendre pied sur le territoire taïwanais sont rejetés à la mer. Taïwan est en partie ravagée, mais libre. Les Etats_Unis ont tenu parole, ils se sont portés au secours de l’île rebelle dès les prémices du débarquement chinois. Ils sortent vainqueur de ce premier affrontement direct avec Pékin et font taire ceux qui osaient douter de leur supériorité militaire face à la montée en puissance de l’armée chinoise. À quel prix ? Le bilan humain et matériel est incroyablement lourd. En quelques jours de bataille autour de Taïwan et dans l’ouest du Pacifique, l’US Navy a coulé plus de cent bateaux chinois mais elle a perdu entre dix et vingt navires, dont de…

01/13/2023 Perspectives de l’économie russe ?

En mars 2022, Bruno Lemaire annonçait un effondrement de l’économie russe face aux sanctions occidentales. Aujourd’hui, ce scénario ne semble pas se vérifier. Qu’en est-il exactement ?

Au-delà des dizaines de milliards d’euros en dépenses militaires consacrés par la Russie dans la cadre de sa guerre avec l’Ukraine ; la Russie a également été frappée par les sanctions occidentales. Ces dernières devaient couper la Russie de ses revenus tirés de l’exportation de gaz et de pétrole, tout en empêchant Moscou de s’approvisionner en composants étrangers vitaux pour le matériel militaire.

Mais la guerre lancée par Vladimir Poutine a pu continuer pendant plus d’un an, tandis que le Kremlin a développé diverses techniques et manipulations pour tenter de contourner les restrictions imposées par les États-Unis et l’Union Européenne.
Les sanctions occidentales visent plusieurs domaines. Les exportations d’hydrocarbures vers l’Europe ont été sévèrement limitées, tandis qu’un plafonnement du prix du baril de pétrole russe affecte également les gains que peut faire Moscou sur d’autres marchés. L’exclusion des banques russes de la plateforme Swift complique les échanges internationaux que peut engager le Kremlin, tandis que les restrictions sur les importations de nombreux composants limitent l’accès russe à de la technologie de pointe, tel que des semi-conducteurs ou des pièces détachées d’avions.

Des sommes importantes ont donc été perdues par la Russie en l’espace de quelques mois : 233 milliards d’euros en 2022, selon la Banque Centrale russe citée par le Moscow Times, entre sanctions et fuites des entreprises à l’étranger.

De plus, selon le Conseil de l’Union Européenne, 300 milliards d’euros de réserves de la Banque de Russie sont bloqués à l’étranger, en plus de 20 milliards d’euros appartenant à 1 500 personnes directement visées par les sanctions. Entre la sortie d’argent et les difficultés économiques, le PIB russe a baissé en 2022 et devrait stagner en 2023 : le FMI prévoit une hausse à 1,5 % basée sur les chiffres russes, tandis que la Banque Mondiale prévoit une très faible contraction, à -0,2 %.

Cependant bien que très dépendante de ses exportations de gaz et de pétrole, l’économie russe a réorienté ses échanges pour repartir et continuer à s’assurer une rente suffisante. Que ce soit le FMI, la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) ou les ministères russes directement concernés, les données convergent et montrent qu’en 2023, l’économie tient le choc..

La Russie et les BRICS

Mais le principal facteur, encore rarement évoqué, est la réorientation de l’économie russe vers celles de la Chine et dans une moindre mesure, de ses autres partenaires du BRICS.

Rappelons que la Russie avait lancé, en 2006, en marge de l’assemblée générale des Nations-Unies, le processus de création d’un groupe de coopération et d’échange avec la Chine, le Brésil et l’Inde, groupe appelé BRIC. Les chefs d’État de ces pays se réunissent pour la première fois à Ekaterinbourg (Russie), le 16 juin 2009. Lors de ce sommet, ces quatre pays déclarent vouloir développer leur coopération pour faire advenir un monde multipolaire « plus démocratique et plus juste » en réclamant notamment la réforme des institutions internationales (Banque mondiale et Fonds Monétaire International) et leur plus grande ouverture aux économies émergentes. Depuis, les BRICS tiennent un sommet annuel des chefs d’État, le 15e se tient en 2023 en Afrique du Sud[

À chaque sommet annuel suivant, les BRICS réitèrent leurs demandes et affinent le rôle qu’ils entendent voir jouer par leur groupe dans tous les champs des relations internationales avec les Nations Unies comme point central. Ils présentent leur stratégie comme une volonté de réforme de l’existant plutôt que de remplacement. Pour cela, ils s’organisent afin de coordonner leurs positions dans les réunions et organisations internationales et mettre en place des coopérations sectorielles entre eux. Plusieurs instances de coopération sont créées dont les plus notables sont la New Development Bank (NDB) et le Fonds de Réserve des BRICS (CRA) en 2014. Ces deux institutions se veulent les miroirs de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, mais se démarquent de ces institutions internationales financières en ce qu’elles n’exigent aucune contrepartie politique de la part des gouvernements recevant un financement. Le mode de fonctionnement des BRICS, centré sur les problèmes, se rapproche de celui du G7 que la Russie semble avoir voulu copier, tout en soulignant que le groupe BRICS est plus « démocratique et transparent ».

L’influence de la Russie, soutenue par la Chine, outre son rôle de fondatrice de cette organisation, est prépondérante dans cette affirmation politique des BRICS. En février 2007, lors de la conférence sur la sécurité de Munich, Vladimir Poutine a clairement exposé le programme qu’il envisageait pour les BRIC(S) : « […] le potentiel économique des nouveaux centres de la croissance mondiale [i.e. les BRIC] sera inévitablement converti en influence politique, et la multipolarité se renforcera.[» et désigné l’entrave à la multipolarité « […] presque tout le système du droit d’un seul État, avant tout, bien entendu, des États-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines : dans l’économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d’autres États. À qui cela peut-il convenir ? ».

Au sommet de 2014 (15 juillet), la déclaration finale ne fait pas de commentaire sur l’annexion de la Crimée par la Russie, mais exprime la solidarité des membres avec la Russie et l’Inde, victimes d’attaques terroristes. Avant le sommet d’Oufa (Russie-2015) la Russie affiche ses objectifs pour son année de présidence (2015-2016) : « renforcer les positions politiques internationales de la Russie et des BRICS et faire avancer les intérêts de sécurité de la Russie et des BRICS/

Au sommet de 2022, alors que l’Occident cherche à rallier le plus de pays possible à la cause de l’Ukraine et à ses trains de sanctions contre la Russie, les BRICS n’hésitent pas à s’afficher avec la Russie. Certes ils ne soutiennent pas la solution militaire décidée par la Russie, et réclament une solution diplomatique. Mais ils continuent leur coopération avec elle, adhérant ainsi à sa critique du monde unipolaire dominé par les États-Unis et l’aidant à surmonter les sanctions.

La déclaration finale du sommet 2022, exprime pour la première fois la position des BRICS sur les crises en cours (Afghanistan, Iran et nucléaire, Corée Nord et Sud, Proche-Orient et Afrique du Nord, Afrique), sur le système de contrôle des armements et la prolifération, sur la militarisation de l’espace, sur la sécurité et le cyberspace. Ils se placent comme une instance responsable des équilibres mondiaux avec laquelle il faudra compter dans le monde multipolaire qu’ils souhaitent. Enfin, ils diluent ainsi la guerre russo-ukrainienne dans la toile de fond des conflits contemporains dont la Russie a, de nombreuses fois, dénoncé la gestion unilatérale.

Depuis 2006, les BRICS sont dans une dynamique positive d’affirmation de leur poids économique et politique, avec la volonté de provoquer un changement du paradigme géopolitique. Ils ont été confrontés à de nombreuses vicissitudes, et apparaissent comme un ensemble hétéroclite comparé aux organisations occidentales (OTAN ; Union européenne) ce qui peut expliquer que l’Occident a longtemps sous-estimé leur potentiel d’attractivité, surestimé le sien propre et n’a pas avancé dans les recommandations faites par le rapport de Goldman-Sachs. L’inscription de l’élargissement et de la dé-dollarisation au 15e sommet montre que cette organisation n’a plus aucune crainte de s’affirmer face aux États-Unis et à l’Occident et à affirmer ses ambitions.

De son côté, il apparaît que la Russie, évincée du G8, a développé une stratégie multiforme virulente pour retrouver une stature internationale (emploi de la force dans son étranger proche, bascule asiatique, revitalisation de sa politique africaine et proche-orientale, etc.). La guerre en Ukraine est la catharsis de ses objectifs politiques et un révélateur de la densité du réseau de partenariats internationaux qu’elle a développés et qui lui permettent de résister aux sanctions appliquées par l’Occident.

Enfin au cœur de ces changements et de la force centripète des BRICS, le partenariat stratégique Chine-Russie qu’il serait imprudent de penser fragile à la seule vue des déséquilibres de puissance réels entre les deux. L’alliance Russie-Chine représente un fonsodérable potentiel de puissance (matières premières, énergie, agroalimentaire, nucléaire civil, technologie, militaire…) pouvant être amplifié par les multiples réseaux d’alliances favorisés par les BRICS et les nombreux États gravitant autour, ensemble soudé par leur défiance vis-à-vis de l’Occident.

Source IRIS https://www.iris-france.org/177529-les-brics-de-leconomie-vers-la-construction-dun-monde-multipolaire/#:~:text=La%20Russie%20cr%C3%A9e%20le%20groupe,groupe%20tout%20naturellement%20appel%C3%A9%20BRIC.

30/11/2023 Tzahal devrait se méfier des correspondants de guerre qu’elle incorpore

Comme toutes les forces armées engagées dans un conflit, l’armée israélienne dite Tzahal (ou les FDI ) rémunère des journalistes pour faire des reportages par articles et images concernant les combats qu’elle mène dans la Bande de Gaza et aujourd’hui à Gaza même. Ces journalistes sont dit « embedded ». Ils sont astreints à soumettre à Tzahal les textes qu’ils envoient à leur journal ou à leur chaîne TV. Il est inutile de préciser que ces contenus sont toujours favorables à Israël, tant par ce qu’ils montrent que parce qu’ils ne montrent pas.

Ces derniers jours Israël a procédé à des bombardements massif sur Gaza destinés à y détruire les abris souterrains à partir desquels opère le Hamas. Autant que l’on sache, les représentants du Hamas ont pour la plupart échappé à ces bombardements. Par contre la ville de Gaza, déjà très endommagée précédemment, a vu certains de ses quartiers transformés en un champ de ruines. Vraisemblablement de nombreux Gazaouis, dont inévitablement des femmes et des enfants, ont été tués. Mais les journalistes « embedded » dans Tzahal n’en ont pratiquement pas parlé.

Aussi  Patrick Lawrence, ancien de l’ ‘International Herald Tribune’, a publié le 28 novembre dans ‘Consortium News’ (accès en traduction française sur le site lui-même,  repris par ‘Réseau Internnational’) un article intitulé : « Compromissions fatales »… Dans cet article, il dénonce le fait que ses confrères soient obligés par leurs employeurs de reprendre pour décrire les affrontements Hamas- Israël dans la bande de Gaza les termes mêmes imposés par Tzahal.

Cela n’est pas nouveau. Dans tout conflit les correspondants de guerre ne publient que ce qui convient aux Etats-majors et aux gouvernements. Mais c’est ainsi aussi que les conflits peuvent dégénérer en guerres de plus en plus étendues et meurtrières.

NB Merci à Philippe Grasset qui a signalé sur son site De Defensa l’article de Patrick Lawrence.

30/11/2023 Marie Laure Gouzy

Nous rééditons ici, à destination notamment de jeunes lectrices qui se demandent si, face à la concurrence masculine, elles pourront faire carrière dans le spatial, un résumé des compétences de Mme Marie Laure Gouzy, actuellement Directrice France de Pangea Aérospace.

Sur Pangea Aerospace, on lit dans Futura Science :

Fondée en 2018, cette entreprise franco-espagnole se distingue par le développement d’un moteur de lanceur réutilisable employant la combustion aerospike et des ergols verts.

Pour les projets de petits lanceurs, l’Agence spatiale européenne (ESA) envisage une aide pouvant atteindre 150 millions d’euros, principalement pour ceux faisant le choix de systèmes de propulsion innovants à haute efficacité et bas coût, et privilégiant l’innovation environnementale et les ruptures technologiques, dont la réutilisabilité.

Marie Laure Gouzy.

Curriculum vitae

  • Aerospace Valley – Ingénieur Projets Innovants cc2017 – maintenant
  • Aerospace Valley – Chargée de Mission Projets de Recherche et Technologie 2016 – maintenant Soutien du pôle dans certains de ses processus de fonctionnement

    Nanomade Concept – Project manager 2009 – 2015 Développement d’un procédé innovant – Détection de contraintes mécaniques à base de nanoparticules (interfaces tactiles, capteurs dédiés à l’e-santé):
    – Gestion de projets R&D innovants
    Planification et organisation des phases de développement et des ressources
    Management technique de l’équipe et du projet (coordination des phases de développement et de tests)
    Initiation des actions correctives le cas échéant
    Suivi client – Gestion des fournisseurs

    – Travaux d’intégration et Conception technologique de prototypes (microsystèmes) dédiés à l’e-santé

    – Experte et référente technique de la société pour le domaine des micro et nano-capteurs chimiques et biologiques

    – Veille technologique et scientifique, valorisation de recherches en cours dans le domaine des capteurs chimiques et biologiques

    – Création d’un partenariat entre la société et un laboratoire public de recherche

    – Mise en place de différents projets collaboratifs ANR

    Elitech Microbio – Chef de Projet 2009 – 2009-Développement de techniques micro ph-métrie à l’aide de microcapteurs pour l’amélioration des technologies de la santé
    -Réalisation de microsystèmes innovants dédiés à la réalisation d’antibiogramme

  • LAAS-CNRS – Ingénieur de recherche 2005 – 2009-Mise au point d’un procédé d’analyses biomédicales (gestion de projet en collaboration avec la société Elitech)
    -Prototypage préindustriel (capteurs chimiques et micro fluidique adaptée) basé sur un cahier des charges précis
    -Campagne de mesures en milieu bactérien (mises en culture et préparation des milieux)

29/11/2023 Les origines encore incertaines de la vie sur la Terre

Jusqu’au milieu du 20e siècle, les scientifiques ne pouvaient pas expliquer comment la vie était apparue sur la Terre. Puis vint 1953 avec la découverte par les généticiens de la double hélice de l’ADN illustrant comment la vie pouvait se répliquer. Suivit l’expérience dite Miller-Urey montrant qu’un simple cocktail de produits chimiques pouvait générer des acides aminées nécessaires à la production des cellules vivantes. Finalement en septembre 1953, l’âge de la Terre a été correctement estimé, ce qui a permis de mieux préciser l’âge de la vie.

Dans les années suivantes d’autres questions connexes ont paru recevoir des réponses, concernant notamment l’état des océans et des continents au moment où la vie est apparue.

Que reste-t-il aujourd’hui de ces réponses ? En fait, selon Johanna Xavier qui travaille dans les Dayoff Labs élaborant à Londres des modèles d’Intelligence Artificielle pour la biochimie, il apparait que dans les années 1950 on n’avait pas compris grand chose à ce qu’était la vie dans le secret des cellules.

La révolution de la biologie moléculaire a changé les choses. Le 25 avril 1953 James Watson et Francis Crick publièrent un article fondateur décrivant la structure de l’ADN (voir https://planet-vie.ens.fr/thematiques/cellules-et-molecules/molecules/la-decouverte-de-la-structure-de-l-adn ). Connue sous le nom d’acide désoxyribonucléique, l’ADN fut identifiée par eux comme portant les gènes dans sa double hélice, elle même permettant une reproduction à l’identique.

Cette découverte en entraîna de nombreuses autres. Des biochimistes montrèrent comment l’information est encodée dans les séquences de blocs qui constituent la molécule d’ADN, et comment ces séquences sont utilisées pour construire les protéines complexes constituant les organismes. Mais cette complexité n’apparut pleinement qu’en 2022, à l’occasion d’une étude interessant le mycoplasma genitalium, un parasite provoquant des infections sexuellement transmissibles.

 M. genitaliumis a motile flask-shaped mycoplasma with terminal tip-like structure which assists in attachment to various surfaces and provides gliding motility. It does not have a peptidoglycan cell wall and, therefore, lacks cell surface markers.

Cette nouvelle appréciation de la complexité de la vie eut d’importantes conséquences. De nombreux biologistes ont commencé à percevoir les êtres vivants à travers les deux loupes grossissantes de la reproduction et de l’hérédité. La vie, dans cette approche, se caractérise par l’information génétique transmise de générations en générations.

Dans les dernières décennies cependant,il est apparu que la définition de la vie ne pouvait pas se limiter au phénomène du génome. Ainsi les cellules vivantes sont hautement dynamiques, avec des composantes constamment en mouvement et en transformation, dans un effort pour maintenir une certaine stabilité.

Ce serait une erreur de réduire la définition de la vie à quelques traits. Un recensement fait il y a quelques années avait identifié 123 définitions de la vie. Aujourd’hui, une nouvelle hypothèse dite Assembly Theory (Voir notre article La Théorie de l’assemblage ) considère qu’il y aurait un processus universel dans le cosmos selon lequel la matière accroît continuellement sa complexité. Ce faisant elle atteint un certain niveau de complexité représenté par la Vie – le processus ne s’arrêtant d’ailleurs pas là.

Ceci conduit à penser qu’il existerait un grand nombre de voies dans l’univers permettant à des mélanges de produits chimiques de s’auto-transformer en entités vivantes.

Aussi aujourd’hui de plus en plus de chercheurs sans perdre de temps à définir théoriquement ce que pourrait être la Vie, explorent les perspectives selon lesquelles de tels mélanges pourraient spontanément finir par produire quelque chose qui ressemblerait à de la Vie. Pour cela, il faut d’abord se représenter la Terre telle qu’elle était avant que la Vie n’y apparaisse.

Pendant longtemps ce premier travail a été difficile, car l’on ne connaissait pas suffisamment l’âge de la Terre ni celui de la biosphère. Avec la découverte de la radioactivité en 1896, l’âge de la Terre apparut calculable. Les éléments radioactifs peuvent le rester pendant des centaines de millions d’années. Il fallut donc chercher des roches qui se soient formées en même temps que la Terre. Mais la surface de la Terre étant constamment en mouvement, cette recherche apparut sans issue.

Par contre les géologues proposèrent une solution : les météorites. Certains de ceux-ci avaient l’âge de la Terre, s’étant formés dans le système solaire en même temps qu’elle. Depuis ils avaient dérivé dans l’espace avant pour certains d’entre eux de retomber sur la Terre. En mesurant combien la part de l’uranium qu’ils comportaient s’était dégradé en plomb, il était possible de calculer leur âge. L’on obtint 4,55 milliards d’années, ce qui était aussi par définition l’âge de la Terre. Voir l’article Quel âge à la Terre ?

Les plus anciens des fossiles connus à l ‘époque n’avaient que quelques 500 millions d’années. Ainsi le fossile Charnia découvert en Grande Bretagne, âgé de 570 millions d’années. Cependant, en 2019, l’on se rendit compte que des roches trouvées à Pilbara en Australie contenaient les restes préservés de micro-organismes monocellulaires, des stromatolithes, âgés de 3,5 millions d’années. On estime aujourd’hui que le Last Universal Common Ancestor ou LUCA existait il y a au moins 3,9 millions d’années.

Par ailleurs, aujourd’hui, on sait mieux comment était la Terre à l’origine de la vie. Elle avait refroidi et s’était dotée d’océans qui auraient pu héberger de la vie à partir de 4,2 milliards d’années. Des continents seraient apparu il y a 3,7 milliards d’années.

La vie dans une éprouvette ?

Les efforts pour reconstituer la vie artificiellement en laboratoire ont commencé en mai 1953. A cette date un jeune diplomé de l’Université de Chicago nommé Stanley Miller réalisa un dispositif constitué de 2 éprouvettes simulant l’océan et l’atmosphère de la jeune Terre, dans lesquelles il fit passer des étincelles à une température convenable. Après quelques jours il constata que l’eau simulant l’océan contenait de la glycine, acide aminé précurseur des protéines vivantes (Miller-Urey experiment).

Cependant on trouve des acides aminées dans l’espace profond. Leur présence ne suffit pas à caractériser la vie. Quant à l’ADN, des chercheurs montrèrent qu’elle était présente dans les plus anciens organismes, sous forme d’ARN ou Acide Ribonucléique. Or récemment des expériences conduites par Rio Mitsuuchi à l’Université de Waseda au Japon montrèrent que l’ ARN « chimique » pouvait produire des « descendants » dotés des principales propriétés des gènes chez le vivant.

Il apparaît aujourd’hui qu’il serait trop simpliste de mettre l’accent sur le seul ARN. Rio Mitsuuchi et d’autres ont montré que diverses biomolécules sont aussi importantes, notamment pour commander le métabolisme, l’aptitude de la vie à se nourrir et s’entretenir. Ces processus sont complexes et dépendent dans les organismes modernes de centaines d’enzymes, une sorte de protéine. En 2022 Johanna Xavier et son collègue Stuart Kauffman de l’Institute for Systems Biology à Seattle firent l’inventaire des 6683 réseaux de molécules et de réactions intervenant dans l’autocatalyse d’un simple microbe monocellulaire.

Cependant pour que ces opérations se produisent convenablement la présence de métaux dans l’environnement est nécessaire, fer, nickel et cobalt notamment. Toute vie biologique dépend de ces métaux, a souligné Johanna Xavier.

Mais si l’on peut séparer la vie de son environnement planétaire, ceci veut dire que des expériences en éprouvette ne suffisent pas pour la recréer. Aujourd’hui ces expériences sont conduites dans des milieux terrestres variés, depuis des déserts soumis à un ensoleillement riche en ultra-violet jusqu’aux évents hydrothermaux sous-marins profonds.

La vie n’est pas un phénomène individuel mais la manifestation d’écosystèmes en 3 dimensions, comme les biofilms qui se forment dans certains égouts du fait de la prolifération de diverses bactéries.

Note
Cet article est une adaptation de A new way to think about the origins of life New Scientist 4 november 2023 par Michael Marshall, auteur de The Genesis Quest

27/11/2023 Collision entre planètes au sein d’un système solaire

Un système solaire distant de 1.800 années-lumière de nous aurait été le siège d’une collision catastrophique entre deux planètes géantes suivie d’un incendie laissant derrière lui un un amas lumineux de cendres brûlantes en forme de croissant.

En 2021, des astronomes observant un astre analogue à une étoile nommé AS3SSN-21qj découvrirent qu’il avait perdu 95% de sa luminosité par rapport aux précédentes observations. Mais il avait doublé cette luminosité trois ans auparavant. Ils en déduisirent que ces événements avaient résulté d’une collision entre deux planètes géantes, telles que Jupiter et Saturne, laissant derrière elle un nuage de vapeurs de silicates et d’eau brûlantes ayant le diamètre de notre soleil

La cause de cette collision n’est pas claire. Les planètes auraient pu être troublées dans leur orbite par le passage proche d’un astre errant ou d’une comète géante comme il s’en trouvent de nombreux dans le voisinage de notre système solaire. Un tel événement n’est donc pas à exclure nous concernant.

Référence
Published: 11 October 2023

A planetary collision afterglow and transit of the resultant debris cloud
  • Nature  volume  622,  pages 251–254 (2023)s details
Abstract

Planets grow in rotating disks of dust and gas around forming stars, some of which can subsequently collide in giant impacts after the gas component is removed from the disk1,2,3. Monitoring programmes with the warm Spitzer mission have recorded substantial and rapid changes in mid-infrared output for several stars, interpreted as variations in the surface area of warm, dusty material ejected by planetary-scale collisions and heated by the central star: for example, NGC 2354–ID8 (refs. 4,5), HD 166191 (ref. 6) and V488 Persei7. Here we report combined observations of the young (about 300 million years old), solar-like star ASASSN-21qj: an infrared brightening consistent with a blackbody temperature of 1,000 Kelvin and a luminosity that is 4 percent that of the star lasting for about 1,000 days, partially overlapping in time with a complex and deep, wavelength-dependent optical eclipse that lasted for about 500 days. The optical eclipse started 2.5 years after the infrared brightening, implying an orbital period of at least that duration. These observations are consistent with a collision between two exoplanets of several to tens of Earth masses at 2–16 astronomical units from the central star. Such an impact produces a hot, highly extended post-impact remnant with sufficient luminosity to explain the infrared observations. Transit of the impact debris, sheared by orbital motion into a long cloud, causes the subsequent complex eclipse of the host star.

26/11/2023 Une vigne cosmique

Une équipe internationale de chercheurs, dirigée par le post-doc Shuowen Jin de l’Université Technique du Danemark, a découvert une structure cosmique immense baptisée « Vigne Cosmique ». Cette découverte, détaillée dans un article dont nous publions ci-dessous les références et l’abstract, révèle une structure de 13 millions d’années-lumière, composée d’au moins 20 galaxies massives.


La Vigne Cosmique, détectée dans le champ Extended Groth Strip (EGS) observé par le JWST (Télescope Spatial James Webb), est une structure de galaxies longue de 13.04 millions d’années-lumière et large de 0.65 million. Sa masse totale est estimée à 260 milliards de masses solaires, incluant six surdensités de galaxies. Ces caractéristiques la rendent beaucoup plus grande que d’autres groupes de galaxies compactes et proto-amas précédemment observés

L’étude met en lumière l’existence de deux galaxies massives au sein de cette structure, désignées Galaxie A et Galaxie E. Étonnamment, ces galaxies sont peu fertiles, avec des taux de formation d’étoiles inférieurs à 0,5 masse solaire par an. Elles sont en forme de bulbes et non de spirales. Elles pourraient avoir été inhibées dans leur croissance par des sursauts de formation d’étoiles déclenchés par des fusions ou par la proximité avec un noyau galactique actif (AGN) il y a environ 500 millions d’années.

Selon l’article, la Vigne Cosmique n’est pas encore un système tendant vers un équilibre dynamique, elle est en voie de former un nouvel amas de galaxies. L’étude souligne la possibilité que la Galaxie E devienne la galaxie la plus brillante si elle se dirige vers le cœur de l’amas dans le futur.

Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles recherches sur la formation des amas de galaxies dormantes, essentielles pour comprendre l’émergence et l’évolution des structures les plus larges de l’Univers. Avec le lancement récent du télescope spatial Euclid de l’ESA, axé sur l’exploration de la structure et de l’histoire de la toile cosmique, de telles recherches pourraient s’avérer fructueuses.

Reférence

[Submitted on 8 Nov 2023 (v1), last revised 9 Nov 2023 (this version, v2)]

Cosmic Vine: A z=3.44 Large-Scale Structure Hosting Massive Quiescent Galaxies


arXiv:2311.04867
 [astro-ph.GA] (or arXiv:2311.04867v2 [astro-ph.GA] for this version) https://doi.org/10.48550/arXiv.2311.04867Focus to learn more

Shuowen JinNikolaj B. SillassenGeorgios E. MagdisMalte BrinchMarko ShuntovGabriel BrammerRaphael GobatFrancesco ValentinoAdam C. CarnallMinju LeeAswin P. VijayanSteven GillmanVasily KokorevThomas R. GreveBitten GullbergKatriona M. L. GouldSune Toft

We report the discovery of a large-scale structure at z=3.44 revealed by JWST data in the EGS field. This structure, dubbed « Cosmic Vine », consists of 20 galaxies with spectroscopic redshifts at 3.43<z<3.45 and six galaxy overdensities with consistent photometric redshifts, making up a vine-like structure extending over a ~4×0.2 pMpc^2 area. The two most massive galaxies (M*~10^10.9 Msun) of the Cosmic Vine are found to be quiescent with bulge-dominated morphologies (B/T>70%). Comparisons with simulations suggest that the Cosmic Vine would form a cluster with halo mass >10^14 Msun at z=0, and the two massive galaxies are likely forming the brightest cluster galaxies (BCGs). The results unambiguously reveal that massive quiescent galaxies can form in growing large-scale structures at z>3, thus disfavoring the environmental quenching mechanisms that require a virialized cluster core. Instead, as suggested by the interacting and bulge-dominated morphologies, the two galaxies are likely quenched by merger-triggered starburst or AGN feedback before falling into a cluster core. Moreover, we found that the observed specific star formation rates of massive quiescent galaxies in z>3 dense environments are two orders of magnitude lower than that of the BCGs in the TNG300 simulation. This discrepancy potentially poses a challenge to the models of massive cluster galaxy formation. Future studies comparing a large sample with dedicated cluster simulations are required to solve the problem.





Cite as:arXiv:2311.04867 [astro-ph.GA]
 (or arXiv:2311.04867v2 [astro-ph.GA] for this version)

25/11/2023 Ne pas confondre la vie sur la Terre et la vie dans l’univers

 Dans un article récent, l’astrophysicien français Jean-Pierre Bibring affirme que « tous les objets du cosmos sont uniques »

Il applique ce postulat à la Terre et plus particulièrement à la vie sur la Terre, vie dont les humains sont une forme particulière. « La vie pourrait être une propriété spécifique de la Terre. Le vivant serait la forme extraordinairement spécifique d’une phénomène très général, la complexification de la chimie organique cosmique. Les propriétés du vivant ne seraient donc pas génériques, mais par essence contingentes, liée à l’évolution du disque protosolaire et de la Terre.

Il en résulterait pour lui que les « milliards de milliards de planètes aujourd’hui identifiées n’abriteraient sans doute pas de vie semblable à la vie sur la Terre ».

Une telle affirmation ne peut être soutenue. Le lecteur mal informé en conclurait qu’il n’y a pas de vie ailleurs que sur Terre. Autrement dit les efforts pour s’assurer que nous ne sommes pas seuls dans l’univers seraient de l’argent perdu. Or comment de notre planète prétendre juger de ce qui se passe, s’est passé ou se passera dans un univers dépourvu de frontières à ce jour identifiées.

En fait Jean-Pierre Bibring joue sur les mots. Tous les scientifiques qui rechercheront s’il y a de la vie sur d’autres planètes ne s’attendront pas être accueillis par un monsieur fort poli le chapeau à la main.

Mais à l’inverse ils n’excluront pas de découvrir des civilisations prospérant dans des cités multiplanétaires.

Sciences et avenir. La Recherche, décembre 2023 n° 922 p. 44

25/11/2023 Les kilobots opèrent en essaims, comme les abeilles

Les kilobots (ou kilibots) sont de petits robots mobiles peu coûteux développés à l’Université d’Harvard en 2015. Ils peuvent agir en groupes de quelques centaines d’unités pour exécuter des opérations hors de portée des robots individuels, opérer en essaims par exemple. Ils peuvent communiquer entre par échange de signaux en lumière infrarouge

Voir wikipedia https://en.wikipedia.org/wiki/Kilobot

Ils ont été récemment utilisés pour comprendre comment certains oiseaux ou mammifères agissaient en groupe de facon cordonnée, avec des temps de réaction rapides, sans apparemment échanger d’ordres collectifs. La question se posé également dans le cas des comportements humains collectifs survenant spontanément, tels qu’en cas de panique ou d’agression.

L’article dont nous publions ci-dessous les références et l’abstract présente des recherches montrant comment un essaim de kilobots prend, sans intervention humaine, des comportements semblable à ceux d’abeilles recherchant en essaim un site favorable pour l’établissement d’une nouvelle ruche. Concernant les abeilles, il s’agit de l’essaimage.

L’essaimage est un mode de reproduction des colonies d’abeilles. C’est un procédé naturel qui se produit, en France,  au printemps ou au début de l’été. Il dure environ deux semaines et permet à l’essaim d’abeille de construire des cellules royales. C’est dans ces cellules royales que la reine pondra ses œufs, qui se nourriront de gelée royale.

Dans le cas des kilobots en essaim, ils peuvent communiquer spontanément entre eux par échange de signaux en lumière infrarouge

Référence

https://arxiv.org/abs/2310.15592

[Submitted on 24 Oct 2023]


Honeybee-like collective decision making in a kilobot swarm

David MarchJulia MúgicaEzequiel E. FerreroM. Carmen Miguel

Drawing inspiration from honeybee swarms’ nest-site selection process, we assess the ability of a kilobot robot swarm to replicate this captivating example of collective decision-making. Honeybees locate the optimal site for their new nest by aggregating information about potential locations and exchanging it through their waggle-dance. The complexity and elegance of solving this problem relies on two key abilities of scout honeybees: self-discovery and imitation, symbolizing independence and interdependence, respectively. We employ a mathematical model to represent this nest-site selection problem and program our kilobots to follow its rules. Our experiments demonstrate that the kilobot swarm can collectively reach consensus decisions in a decentralized manner, akin to honeybees. However, the strength of this consensus depends not only on the interplay between independence and interdependence but also on critical factors such as swarm density and the motion of kilobots. These factors enable the formation of a percolated communication network, through which each robot can receive information beyond its immediate vicinity. By shedding light on this crucial layer of complexity –the crowding and mobility conditions during the decision-making–, we emphasize the significance of factors typically overlooked but essential to living systems and life itself.

24/11/2023 Moyen-Orient. Retour en force des Etats-Unis

Un déploiement naval américain massif dans ce que l’on nomme le Grand Moyen Orient est actuellement en cours. Le porte-avion USS Ford et son groupe s’était précédemment montré le long des côtes israéliennes et s’est repositionné dans le sud de la Crète. Le porte avions USS Dwight D. Eisenhower et son groupe ont été vus dans le golfe d’Oman approchant le Golfe Persique.

C’est la première fois qu’un groupe aéronaval américain retourne dans cette zone, depuis le départ piteux en 2021 du Ronald Reagan qui avait quitté la mer d’Oman sans gloire après avoir soutenu l’évacuation de l’Afghanistan par les forces américaines.

L’USS Dwight D. Eisenhower rejoindra les navires amphibies USS Bataan et Carter Halll qui se trouvaient dans le golfe d’Aden le 26 octobre, alors qu’une troisième unité du même type, l’USS Mesa Verde, opère en Méditerranée orientale sous le commandement de l’USS Mount Whitney. Enfin un certain nombre de sous-marins d’attaque nucléaires semble patrouiller dans la zone.

Initialement les observateurs avaient pensé que les Etats-Unis avaient voulu montrer leur appui à Israël face à l »Iran et aux Etats arabes. Mais il semble de plus en plus que Washington veuille restaurer son influence militaire dans toute cette partie du monde. Des groupes armés de militants chiites attaquent en effet de plus en plus les bases américaines en Iraq et en Syrie. 58 attaques ont été comptées entre octobre 2022 et octobre 2023 , principalement en Iraq. Par ailleurs les rebelles Houthis multiplient les frappes de missiles contre Israël et les intérêts américains. 

Le message américain a été compris. Le 20 octobre, l’ International Maritime Security Construct [IMSC] établi à Bahrain et dont la mission est d’assurer la sécurité des routes du pétrole, publia un avertissement demandant aux navires transitant dans ces zones de signaler leur présence et de choisir les routes les plus proches des eaux du Yémen.

Deux jours après un cargo fut saisi par des houthis parachutés à bord. Il appartenait à un certain Abraham “Rami” Ungar, dit l’homme le plus riche d’Israël. Il ne s’était pas suffisamment placé sous le parapluie américain.