Un surnom bien mérité pour ce nouveau reptile, qui était le roi des rivières du Niger il y a 95 millions d’années. Avec son arsenal anatomique unique, le Spinosaurus mirabilis était le cauchemar des poissons géants qui pullulaient dans les fleuves sahariens.?
Son nom peut prêter à sourire, certes ; à moins que vous ne souffriez d’ornithophobie, il n’y a aucune raison d’avoir peur d’un héron. Toutefois, derrière leur silhouette gracile, ces échassiers cachent des tempéraments de tueurs impitoyables, capables d’engloutir poissons, rongeurs, batraciens, insectes ou oisillons sans la moindre hésitation. C’est précisément ce caractère de prédateur opportuniste qui a poussé Paul Sereno, figure de proue de la paléontologie à l’Université de Chicago, à baptiser ainsi sa dernière découverte. Le genre des spinosaures, rendu célèbre par son duel face au Tyrannosaurus rex dans Jurassic Park III, accueille aujourd’hui un nouveau membre : Spinosaurus mirabilis, qui sort enfin de l’ombre après des années de mutisme.
Exhumé en 2019 dans le Sahara nigérien, ce spécimen unique a nécessité un long travail d’analyse avant de faire la une le 19 février de la revue Science. Il arpentait l’Afrique du Nord au Crétacé supérieur, une époque où le désert actuel laissait place à un biome tropical luxuriant, gorgé de bras de rivières et de forêts denses. Un écosystème où ce colosse se sentait comme chez lui, s’adaptant à la vie aquatique et terrestre avec une aisance qui manquait cruellement à ses cousins. « Cette découverte a été si soudaine et si incroyable que toute l’équipe a été submergée par l’émotion », avoue Paul Sereno. Le portrait de ce nouveau seigneur du Niger est désormais au complet !
Un chasseur fluvial impitoyable
Le premier élément anatomique qui saute aux yeux chez Spinosaurus mirabilis reste sans conteste son crâne, surmonté d’une grande crête osseuse. En forme de cimeterre, cet attribut de 50 centimètres de long lui servait probablement à communiquer. Les chercheurs de l’Université de Chicago estiment qu’elle arborait des couleurs éclatantes pour séduire des partenaires, marquer un territoire, impressionner des rivaux ou communiquer à distance dans la végétation dense du Niger.
Sa gueule, quant à elle, n’a rien à voir avec celle des autres théropodes. Contrairement aux carnassiers dont la mâchoire supérieure recouvre l’inférieure, le « Héron de l’enfer » possédait une dentition dite interdigitée. Ses dents s’emboîtaient les unes dans les autres pour former une herse sans le moindre interstice. Une morphologie d’une efficacité redoutable, ne laissant aucune chance de survie à ses proies.Spécialisé dans la traque des grands vertébrés aquatiques, ce spinosaure pouvait complètement bloquer ses prises grâce à sa dentition. Une simple pression suffisait à immobiliser des proies de plusieurs mètres de long qui, autrement, auraient glissé hors de sa gueule à cause de leur mucus ou de leurs mouvements brusques C’est d’ailleurs la toute première fois qu’une telle anatomie est identifiée chez un dinosaure, une spécialité évolutive que l’on ne retrouvait jusqu’ici que chez les ptérosaures volants, les ichthyosaures marins ou les crocodiles contemporains.
Le dinosaure qui n’aimait pas l’eau salée
Jusqu’à présent, les paléontologues retrouvaient systématiquement les restes de spinosauridés dans des dépôts côtiers, suggérant que ces animaux ne s’éloignaient jamais des rivages marins. C’est ce qui rend la découverte de ce spécimen encore plus intéressante, puisqu’il a été retrouvé en plein cœur du Sahara nigérien, à une distance comprise entre 500 et 1 000 kilomètres des côtes les plus proches du Crétacé. Preuve que ces colosses avaient conquis l’intérieur des terres et s’étaient adaptés aux environnements forestiers et aux fleuves, délaissant la mer à d’autres espèces.
Son nom peut prêter à sourire, certes ; à moins que vous ne souffriez d’ornithophobie, il n’y a aucune raison d’avoir peur d’un héron. Toutefois, derrière leur silhouette gracile, ces échassiers cachent des tempéraments de tueurs impitoyables, capables d’engloutir poissons, rongeurs, batraciens, insectes ou oisillons sans la moindre hésitation. C’est précisément ce caractère de prédateur opportuniste qui a poussé Paul Sereno, figure de proue de la paléontologie à l’Université de Chicago, à baptiser ainsi sa dernière découv
