09/02/2026La guerre contre la science est

La guerre contre la science est déclarée

Depuis le retour de Trump, les universités, les scientifiques et jusqu’à l’idée même de science font l’objet d’attaques sans précédent. Une mise au pas théorisée par un courant de pensée qui prend le contre-pied de la philosophie des Lumières : les lumières obscures.

Les coups de boutoir de l’administration Trump contre la science sont devenus si fréquents que l’on finirait presque par oublier leur violence. Comme lorsque, fin septembre, le président des États-Unis déclare devant l’assemblée générale des Nations unies que le réchauffement climatique est “la plus grande arnaque jamais perpétrée dans le monde, faite par des gens stupides”. “Cela ne m’a pas surpris, même si ça ne m’a pas fait plaisir : il l’avait déjà dit”, confesse le chercheur en politique environnementale François Gemenne. Coauteur du 6e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il fait pourtant partie des personnes “stupides” pointées du doigt par l’homme le plus puissant du monde, devant une assemblée restée silencieuse face à une telle dénégation du consensus scientifique. Un signe parmi beaucoup d’autres que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Celle où la science n’est plus respectée ni considérée comme l’un des fondements des sociétés modernes. “Elle est pourtant le socle sur lequel on peut débattre en démocratie : si nous ne partageons plus la même réalité, il n’y a plus de débat possible, et donc plus de démocratie, rappelle François Gemenne. Le problème des scientifiques, c’est qu’ils disent la vérité, et que la vérité est parfois déloyale : les faits ne se conforment pas aux opinions.”

Chasse aux sorcières

Dès les premiers jours de son retour à la Maison-Blanche, Trump entreprend de se désengager de l’accord de Paris sur le climat, de sabrer les budgets accordés aux universités, de nommer de nouveaux directeurs à la tête des agences de recherche et des hauts fonctionnaires dénués de toutes compétences scientifiques, d’interdire l’utilisation de certains mots dans les publications de recherche… “C’est tout le modèle des universités de recherche américaines qui est attaqué, estime Brian Sandberg, professeur d’histoire à la Northern Illinois University, l’un des rares chercheurs en poste à oser critiquer publiquement cette politique. Le gel ou la suppression des subventions a stoppé les activités de recherche sur le changement climatique, les sciences de l’environnement, les énergies renouvelables, la santé des femmes, la santé LGBTQ+, mais aussi bien d’autres domaines. Le démantèlement partiel ou quasi total de nombre d’institutions fédérales a fortement réduit leur capacité à soutenir les activités de recherche fondamentale et appliquée. Je crains que la plupart et la chasse aux sorcières : “On n’est plus très loin des arrestations arbitraires pour opinions divergentes, comme cela se fait déjà pour les chercheurs étrangers”, pointe François Gemenne. 

Il y a eu le courant des Lumières au XVIIIe siècle ; il s’agit maintenant d’installer son pendant sombredes chercheurs que je connais n’osent plus s’exprimer en raison de l’effet dissuasif des attaques actuelles.” Un climat de défiance et d’autocensure qui n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres du maccarthysme

Arnaud Miranda

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