Même si les produits importés du Mercosur doivent légalement respecter les normes de l’UE, les agriculteurs dénoncent un manque de contrôle et des opposants à l’accord s’inquiètent d’une tolérance sur la présence de résidus de pesticides.
Parmi les griefs, la présence dans les importations de produits agricoles cultivés au Brésil, avec des pesticides parfois interdits en Europe. 60 % des substances actives autorisées au Brésil ne sont pas approuvées dans l’Union européenne. C’est beaucoup, mais c’est à nuancer. Certains États membres peuvent autoriser temporairement des substances non approuvées par Bruxelles. La France, par exemple, permet l’utilisation de l’herbicide flufenacet pendant encore un an, bien qu’il soit reconnu comme perturbateur endocrinien.
Au contraire, certains produits peuvent être interdits au niveau national.
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Interview d’Olivier Jacquin, sénateur socialiste de Meurthe-et-Moselle L’agriculture française est en plein « crise existentielle «
Diffusé le vendredi 16 janvier 2026 à 7:47
Nouvelle démonstration de force des agriculteurs de Meurthe-et-Moselle, avec plusieurs opérations escargots ce jeudi 15 janvier, pour dénoncer l’accord commercial avec le Mercosur en phase d’être signé.
Quelques heures aprs la signature du traité de libre-échange entre l’UE et les pays sud-américains du Mercosur prévue le samedi 17 janvier au Paraguay , la France a annoncé voter contre. De plus , les agriculteurs de Meurthe-et-Moselle ont mené plusieurs actions pour manifester leur opposition. Des manifestations que soutient le sénateur socialiste lorrain Olivier Jacquin.
Queston :Vous êtes vous même agriculteurs, est ce que vous soutenez les exploitants dans leur opposition au Mercosur ?
Réponse :Oui, je les soutiens très largement, je n’étais pas aux manifestations jeudi, mais mercredi j’ai demandé gouvernement pour quelle raison il acceptait le projet de cet accord tout à fait anormal sur le Mercosur.
Q; Pourquoi qualifier cet accord « d’anormal » ?
R; On est un pays qui exporte. Dès lors, on ne peut pas demander la fermeture des frontières et à ne pas importer. Par contre, ce sont les conditions des importations qui ne sont absolument pas satisfaisantes puisqu’on est en face de concurrents en Amérique du Sud qui ne pratiquent pas l’agriculture de manière aussi respectueuse que nous pouvons le faire en France. Par exemple, au Brésil, 60% des produits chimiques utilisés sont interdits en Europe. Nous demandons donc des « clauses miroir » : accepter les importations, mais dans les mêmes conditions de production qu’en France, avec les mêmes modes de production, sinon pas d’accord.
L’autre élément très important, c’est qu’on s’est aperçu que les contrôles sur ces importations étaient totalement insatisfaisants, à tel point qu’hier seulement, la ministre de l’Agriculture a annoncé une nouvelle brigade de contrôle de 100 agents, pour intensifier des contrôles tant ils sont faibles actuellement.
Cela fait 25 ans que l’Amérique latine et l’Europe travaillent sur ce traité, qui concerne d’autres secteurs que l’agriculture, mais qui est le seul avec des quotas mis en place. Les grandes enseignes ont par ailleurs également indiqué qu’elles se fourniraient français, qu’elles n’achèteraient pas les produits d’Amérique latine, donc le Mercosur n’est-il pas en réalité un prétexte qui illustre une crise existentielle de notre modèle ?
Vous avez raison, à la fois cet accord est insatisfaisant et il vient sur un fond de crise, comme vous le dites, existentielle, qui posepoir l’avenir de l’agriculture et particulièrement des jeunes agriculteurs.
Q. Que pensez-vous de la loi d’urgence agricole qui est prévue pour le printemps avant l’été ?
R. Ils viennent effectivement d’annoncer une loi d’urgence, je dis « et alors », parce qu’ils nous ont fait une loi Egalim qui devait régler les problèmes des marges de la grande distribution et avoir un effet sur le revenu, elle n’en a pas eu. Il y a eu l’an dernier une loi d’orientation en mars 2025. Puis cette inique loi Duplomb très productiviste et une loi de dérégulation environnementale qui n’a pas changé grand-chose, d’ailleurs les décrets d’application ne sont pas encore passés, donc ce que vous qualifiez de crise existentielle me semble tout à fait avéré.
Q. Concernant la gestion de la crise de la dermatose nodulaire, et l’abattage systématique des troupeaux, traumatisant pour chaque éleveur, considérez-vous que la stratégie gouvernementale a fonctionné ?
R. J’ai pu en parler à des spécialistes et la stratégie du gouvernement, véritablement traumatisante d’abattre complètement les troupeaux, n’est pas forcément mauvaise d’un point de vue scientifique. Le problème c’est l’accompagnement qualitatif des agriculteurs qui sont victimes de la pandémie. Aujourd’hui, entre la DNC et la tuberculose bovine, on se rend compte que l’élevage est extrêmement fragile face aux risques de nouvelles pandémies. Je pose la question de la souveraineté sanitaire de la France, d’un point de vue vaccinal notamment, est-ce qu’on a vraiment les moyens de combattre ces maladies
Même si les produits importés du Mercosur doivent légalement respecter les normes de l’UE, les agriculteurs dénoncent un manque de contrôle et des opposants à l’accord s’inquiètent d’une tolérance sur la présence de résidus de pesticides.
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La Commission européenne promet l’interdiction d’importer des produits contenant des résidus de trois fongicides
Pour tenter de contenir la colère, la Commission européenne a promis d’interdire totalement l’importation de produits agricoles contenant des résidus de trois fongicides : le carbendazime, le bénomyl et le thiophanate-méthyl. Les deux premiers sont déjà interdits au Brésil, mais le thiophanate-méthyl, retiré du marché européen en 2021, car suspecté d’être dangereux pour la santé, figure parmi les substances toujours commercialisables au Brésil.
La France a allongé la liste des pesticides interdits. «Une mesure à la portée limitée », selon des analystes. Pas de quoi éteindre les inquiétudes autour des pesticides bannis dans l’Union européenne.
Des pesticides parfois bannis des champs, mais pas forcément des usines. Des industriels européens exportent toujours, et notamment au Brésil, des substances dont l’usage est pourtant interdit dans l’Union européenne. Elle autorise en effet beaucoup de produits phytosanitaires interdits au Brésil. Sur les 421 substances actives approuvées par Bruxelles, 73 % ne le sont pas formellement au Brésil
