06/01/2026. Les européens ne doivent pas laisser Donald Trump s’emparer du Groenland


En janvier 2025, Jean-Noël Barrot déclarait que la France était « prête à réfléchir » à l’envoi de troupes européennes au Groenland, « si nos intérêts de sécurité sont en jeu ». Objectif : montrer à Donald Trump que l’Europe est capable de se mobiliser pour l’intégrité de son territoire, et le contraindre à adopter une autre voie que celle de la force.

Reste à savoir dans quel cadre un tel déploiement pourrait intervenir. Ou dit autrement, si celui-ci impliquerait seulement les pays capables de dépêcher des forces sur place, et si le Royaume-Uni (désormais hors de l’Union européenne) pourrait y prendre part, au nom de la solidarité avec ses voisins et en dépit de sa relation privilégiée avec Washington.

Autre option, mise cette fois sur la table par le spécialiste Bruno Tertrais, de la Fondation pour la recherche stratégique : couper aux Gafam l’accès au marché numérique européen, pesant pour 400 millions de consommateurs. « Nous autres Européens ne pourrions ni ne voudrions nous passer de la plupart des fournisseurs américains. Mais les réseaux sociaux (entre autres entreprises) pourraient bien en subir les conséquences. Nous dépendons des États-Unis, et ils dépendent de nous. À ce jeu-là, on peut être deux », juge-t-il sur son compte X, avant de préciser qu’une telle issue nécessiterait du « courage » de la part de l’UE. Ce qui n’est pas vraiment la qualité première qui caractérise l’institution.

Quoi qu’il en soit, les habitants du Groenland, eux, sont attachés à leur appartenance au Danemark. Seuls 6 % d’entre eux souhaitaient passer sous contrôle des États-Unis, d’après une enquête de janvier 2025. Mais dans cette affaire, il n’est pas sûr que leur voix soit beaucoup entendue.

L’Eurotpe doit faire preuve de vigilance face aux menaces annexionnistes de Donald Trump. Les dirigeants européens doivent être conscients des implications géopolitiques et diplomatiques de l’annexion du Groenland, qui pourrait avoir des répercussions sur la sécurité et la coopération trans aatlantique. L’Eurotpe doit également être prête à intervenir si Trmp cherchait ent à s’emparer du Groenland, en respectant le droit international et en évitant toute agression territoriale. 

L’Europe a-t-elle les moyens d’empêcher Donald Trump d’annexer le Groenland comme il menace de le faire ?

La plus grande île au monde, habitée par 57 000 personnes, regorge de ressources en hydrocarbures et en minerais (or, graphite, cuivre, nickel, fer, zinc…). Très peu de gisements sont aujourd’hui exploités, en raison de l’immense calotte glaciaire qui la traverse et des lois environnementales. Mais Donald Trump ambitionne de passer outre, flairant le potentiel très rentable des forages. « Drill, baby, drill ! », martelait-il lors de sa campagne présidentielle. Un slogan que l’on pourrait traduire par « Fore, bébé, fore ! ». Le réchauffement climatique accentue la fonte des glaces et ouvre de nouveaux accès aux ressources naturelles.

Donald Trump sait qu’une course contre la montre est engagée, notamment parce que la Russie et la Chine ont le même objectif que lui. En face, l’Europe semble bien démunie. Pourtant, si le Groenland ne fait pas formellement partie de l’Union européenne, il appartient à un pays qui en est membre. De nombreux observateurs relèvent une exceptionnelle unité des pays européens ces dernières semaines, qui affichent leur solidarité au Danemark face à l’expansionnisme belliqueux de Donald Trump. « Il y a eu une unanimité, ce qui n’est pas toujours le cas au sein de l’Union Européenne, sur la question du soutien au Groenland et au Danemark », confirme le chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique Alexandre Taithe sur France Culture.

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Au sein de l’UE, certains pays se montrent même très déterminés à empêcher l’annexion du Groenland. Ainsi Emmanuel Macron s’est-il rendu sur place en juin 2025, avant un déplacement du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot deux mois plus tard. « L’Allemagne a aussi renforcé ses liens avec le Groenland en envoyant un de ses plus gros navires militaires pendant l’été », observe Alexandre Taithe. Un volontarisme destiné à contrecarrer le procès en inertie régulièrement instruit contre les dirigeants européens, accusés de se montrer trop faibles face aux États-Unis.

Pourtant, de nombreuses voix continuent de critiquer l’attitude de l’Union européenne sur le dossier groenlandais. L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a estimé sur franceinfo que « Donald Trump ne peut pas prendre les Européens au sérieux tant qu’ils ne décident pas d’agir ensemble », leur reprochant notamment de ne pas avoir signé de « pacte de souveraineté » en commun. Le député européen Raphaël Glucksmann exige lui aussi de la « fermeté » et une « solidarité » des chefs d’État et de gouvernement de l’UE, jugeant que « les courbettes devant Trump pour essayer de le calmer ne fonctionnent pas ».

Peu d’actes mis sur la table

Même Nathalie Loiseau, pourtant membre du camp présidentiel, n’hésite pas à critiquer l’attitude d’Emmanuel Macron et de ses homologues européens. « Cette fois-ci, les dirigeants européens vont-ils enfin dire à Trump ce qu’ils pensent de sa diplomatie du bon plaisir ? Où vont-ils encore tenter de ménager son ego, au risque de nous humilier une fois de plus ? La politique de l’apaisement qu’ils pratiquent est un échec », attaque-t-elle, inquiète que le scénario vénézuélien ne se reproduise au Groenland.

En réalité, l’Union européenne apparaît démunie face aux menaces d’invasion d’un État souverain. « Le Groenland est un territoire autonome du Royaume du Danemark, seuls les Groenlandais et les Danois peuvent décider d’un changement de ce statut », a bien affirmé la haute représentante de l’UE, Kaja Kallas. Mais au-delà des postures et des protestations, peu d’actes sont mis sur la table.

Impuissants, les Européens ? Faux, répond le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Invité sur TF1 ce 5 janvier, Pascal Confavreux a exprimé sa « solidarité » avec le Groenland, expliquant qu’il ne pouvait y avoir « de modification des frontières par la force ». Surtout, il a lié cette menace au « réarmement militaire » qui a lieu partout en Europe. « On s’y prépare, a-t-il poursuivi. Le projet de loi de finances prévoit d’augmenter le budget militaire ». Plus de moyens pour l’armée… et c’est tout ?

Vers l’envoi de militaires européens au Groenland ?

Depuis le Parlement européen, Raphaël Glucksmann propose la mise en place d’une « base militaire européenne pérenne au Groenland ». Cela enverrait, selon lui, « un signal de fermeté face à Trump et permettrait de tuer l’argument américain sur notre incapacité à assurer la sécurité du Groenland ». Une proposition loin d’être isolée, puisque le gouvernement l’avait formulée il y a un an.

En janvier 2025, Jean-Noël Barrot déclarait que la France était « prête à réfléchir » à l’envoi de troupes européennes au Groenland, « si nos intérêts de sécurité sont en jeu ». Objectif : montrer à Donald Trump que l’Europe est capable de se mobiliser pour l’intégrité de son territoire, et le contraindre à adopter une autre voie que celle de la force.

Reste à savoir dans quel cadre un tel déploiement pourrait intervenir. Ou, dit autrement, si celui-ci impliquerait seulement les pays capables de dépêcher des forces sur place, et si le Royaume-Uni (désormais hors de l’Union européenne) pourrait y prendre part, au nom de la solidarité avec ses voisins et en dépit de sa relation privilégiée avec Washington.

Autre option, mise cette fois sur la table par le spécialiste Bruno Tertrais, de la Fondation pour la recherche stratégique : couper aux Gafam l’accès au marché numérique européen, pesant pour 400 millions de consommateurs. « Nous autres Européens ne pourrions ni ne voudrions nous passer de la plupart des fournisseurs américains. Mais les réseaux sociaux (entre autres entreprises) pourraient bien en subir les conséquences. Nous dépendons des États-Unis, et ils dépendent de nous. À ce jeu-là, on peut être deux », juge-t-il sur son compte X, avant de préciser qu’une telle issue nécessiterait du « courage » de la part de l’UE. Ce qui n’est pas vraiment la qualité première qui caractérise l’institution.

Quoi qu’il en soit, les habitants du Groenland, eux, sont attachés à leur appartenance au Danemark. Seuls 6 % d’entre eux souhaitaient passer sous contrôle des États-Unis, d’après une enquête de janvier 2025. Mais dans cette affaire, pas sûr que leur voix soit beaucoup entenduele les moyens d’empêcher Donald Trump d’annexer le Groenland comme il menace de le faire ?

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