Au moment où le monde commence à prendre très au sérieux les conséquences du réchauffement climatique envisagé pour le prochain demi-siècle, les climatologues mettent en garde contre l ‘établissement de conditions polaires en Atlantique nord, avec de graves conséquences pour l’Europe.
Le sujet du devenir de l’Amoc inquiète et suscite des débats interminables. Ce méga-courant a un impact majeur sur la météo telle que nous la connaissons. Son effondrement bouleverserait le climat, et donc, notre environnement, notre agriculture et notre société.
Le climat de la Planète dépend en partie des courants marins, dont l’Amoc. Celui-ci transporte les eaux chaudes de l’océan Atlantique Sud vers les hautes latitudes de l’océan Atlantique Nord. Cette eau se refroidit alors et forme des zones de différentes températures qui jouent un rôle important : elles redistribuent la chaleur et le carbone dans d’autres eaux.
Le courant Amoc (dont le gulf stream constitue l’un des segments) influence ainsi la météo d’une partie de l’hémisphère nord : l’Europe en particulier, mais aussi une partie de l’Amérique, le nord de l’Asie et le nord de l’Afrique. Ce transport d’eau chaude fait donc office de régulateur du climat européen, en atténuant le froid des hivers. Sans l’Amoc, et donc sans le gulf stream pour tempérer le froid, le climat européen serait radicalement différent en hiver.
Selon une nouvelle étude, publiée dans Environmental Research Letters, le 28 août dernier, l’effondrement de l’Amoc n’est plus une hypothèse : c’est une certitude, d’après les scientifiques néerlandais, allemands et anglais qui ont réalisé l’étude. Mais l’effondrement n’aura pas lieu avant 2100. C’est une mauvaise nouvelle pour les futures générations. Dèjà un affaiblissement du courant est prévu entre 2100 et 2500.
Si les émissions de carbone continuent à augmenter au même rythme, 70 % des simulations sur les modèles informatiques envisagent un effondrement du courant. Un ralentissement de l’Amoc est visible dans les simulations informatiques réalisées dans le cas d’un scénario pessimiste de l’évolution du réchauffement climatique. Mais aussi parfois, pour certaines simulations, dans le cas d’un scénario intermédiaire et même faible d’évolution du réchauffement.
Le transport de chaleur du courant diminuerait de 20 à 40 % dans l’eau. Dans l’air la dose de chaleur transportée par le courant représenterait moins de 20 %, comparé à ce que nous connaissons à l’heure actuelle.
Vers des hivers beaucoup plus rudes en France
Un effondrement de l’Amoc transformerait le climat d’une partie du monde. La majeure partie de la Planète continuerait à se réchauffer, tandis qu’une petite partie se refroidirait, et le niveau de la mer pourrait s’élever de 50 centimètres. L’Europe serait la zone la plus concernée avec « du froid extrême » l’hiver.
L’équipe de recherche a analysé les simulations CMIP6 (Coupled Model Intercomparison Project), utilisées dans le dernier rapport d’évaluation du GIEC, mais avec des horizons temporels étendus aux années 2300 à 2500 au lieu de 2100.
Pour mesurer l’intensité de l’AMOC, les scientifiques ont utilisé la quantité d’eau se déplaçant vers le nord à 26 degrés de latitude nord. Les projections montrant que ce transport d’eau descendra sous 10 sverdrups (unité qui équivaut à million de mètres cubes par seconde) d’ici 2100 indiquent une stagnation au cours des siècles suivants (communiqué de l’Institut météorologique royal des Pays-Bas).
Sur cette base, les chercheurs concluent que dans au moins 70 % des simulations du modèle avec des émissions élevées de CO2 (scénario d’émissions SSP5-8.5), l’AMOC stagnera. Pour le scénario d’émissions modérées (SSP2-4.5), ce chiffre est de 37 %, et pour le scénario d’émissions faibles (SSP1-2.6), il est de 25 %.
Incertitudes
« D’après les simulations, le point de basculement dans les principales mers de l’Atlantique Nord se produit généralement au cours des prochaines décennies, ce qui est très inquiétant », note Stefan Rahmstorf, qui a supervisé ce travail, dans un communiqué de l’institut de recherche sur le climat de Potsdam (PIK) où il dirige le département Analyse du système terrestre.
Une fois franchi ce point de bascule, l’arrêt de l’AMOC devient « inévitable » en raison d’une boucle de rétroaction amplificatrice, précise l’étude. La chaleur libérée par l’Atlantique Nord chute alors à moins de 20 % de sa valeur actuelle, voire presque à zéro dans certains modèles.
Interrogé par nos confrères du Guardian, le Dr Aixue Hu, du Laboratoire de dynamique climatique mondiale du Colorado (États-Unis), qui n’a pas contribué à ce travail, juge ces résultats « importants ». Cependant,il nuance il nuance ;« la temporalité de l’effondrement de l’AMOC et le moment où le point de bascule sera franchi restent très incertains, en raison du manque d’observations directes et des résultats variables des modèles »
L’avenir de l’AMOC est « entre nos mains »
Ces pourcentages « doivent être interprétés avec prudence : la taille de l’échantillon étant réduite, davantage de simulations [au-delà de 2100] sont nécessaires pour mieux quantifier le risque », confirme auprès du média britannique le Dr Jonathan Baker, du Centre Hadley du Met Office au Royaume-Uni, co-auteur d’une précédente étude indiquant qu’un effondrement total de l’AMOC serait peu probable au cours de ce siècle. Toutefois, selon lui :
Même si un effondrement est peu probable, un affaiblissement majeur est attendu, ce qui pourrait à lui seul avoir de graves conséquences sur le climat européen dans les décennies à venir. Mais l’avenir de la circulation atlantique est toujours entre nos mains.
Voir aussi
Bold Plans to save vital current
New Scientist JULY 2025 p11
