13/08/2025 Faut-il faire revivre des espèces disparues ?

Depuis la montée en puissance d’outils d’ingénierie génétique, en particulier CRISPR-Cas 9, ces « ciseaux » qui coupent et collent des parties d’un génome, ramener des espèces disparues à la vie rentre dans le domaine des possibles.. 

Ce retour est il souhaitable pour autant souhatable. On lira sur ce sujet le livre de Lionel Cavin, paléontologue et Nadir Alvarez, généticien,  Faire revivre les espèces disparues ? paru aux éditions Favre en début d’année 2005

Toutes les espèces ont des traces de gènes dont l’activité a été rendue silencieuse au cours de l’évolution. Par exemple, il y a chez les oiseaux des gènes pour développer des dents – ces derniers ont 130 millions d’années, à l’époque où les oiseaux avaient une dentition et côtoyaient les dinosaures

Il y a aussi des obstacles morphologiques : il faudrait modifier le bec pour permettre aux dents de s’implanter correctement, par exemple. on connaît aujourd’hui les mécanismes génétiques permettant de retransformer le bec d’un embryon de poulet en museau de dinosaure, ou bien de reproduire l’anatomie des pattes et des pieds des dinosaures. Cette tentative avait donc un intérêt académique. Pour autant, cette approche de la désextinction n’est plus d’actualité.

 Depuis quelques années, les scientifiques parviennent à séquencer et annoter les génomes de manière rapide et relativement complète, et donc à savoir à quelle partie du génome correspond telle fonction. En parallèle, les outils d’ingénierie génétique se développent. En 2020, le prix Nobel de chimie a couronné les chercheuses Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna pour l’invention de la technique des ciseaux génétiques CRISPR-Cas9 en 2012. Cette dernière permet, en quelque sorte, de copier et coller des gènes. Les scientifiques seraient donc en mesure d’insérer des gènes d’espèces disparues, synthétisés artificiellement, dans le génome d’une espèce actuelle, pour créer une « version hybride », proche de l’espèce disparue.

Pae ailleurs chaueq année marquera peut-être un tournant dans la réapparition des espèces avev le projet de entreprise privée Colossal, fondée par le paléontologue M. Church, Il envisage en effet modifier le génome existant de l’éléphant d’Asie pour lui faire développer de longs poils et adapter sa physiologie au froid. On insérerait alors des gènes synthétiques fabriqués en laboratoire dans un embryon d’éléphant. Ceci dit ce ne sera jamais un vrai mammouth laineux, mais une version modifiée de l’éléphant d’Asie.

En 2019, une équipe japonaise a annoncé avoir décelé la présence d’éléments biologiquement actifs dans des cellules d’un mammouth mort il y a 28 000 ans, et conservé dans le permafrost de Sibérie. Cela laisse supposer que l’on arrivera un jour à récupérer des cellules encore suffisamment actives pour récupérer un ADN préservé, permettant de cloner ce mammouth, c’est à dire à insérer son génome dans un ovocyte d’éléphante. Ce serait le même mécanisme que celui à l’oeuvre dans les années 1990 pour la brebis Dolly. D’autres jugent cela impossible : on ne retrouvera jamais dans le permafrost des cellules de mammouths assez actives pour que leur génome soit complet et préservé.

Nadir Alvarez : Cette méthode de clonage a en effet déjà été appliquée au début du millénaire pour une sous-espèce de bouquetin espagnol, mais la renaissance s’est faite seulement quelques années après la mort du dernier individu (des cellules vivantes avaient été prélevées dans la dernière représentante de l’espèce) et le cabri ainsi créé n’a vécu qu’une dizaine de minutes. La manipulation n’était pas optimale puisque le bouquetin a été porté par une chèvre alors que les scientifiques auraient pu utiliser une bouquetine comme mère-porteuse. Avec cette technique, nous pourrions, plutôt que ressusciter les espèces, tenter de renforcer les effectifs de certaines espèces en danger critique d’extinction. On ne parlerait alors plus de désextinction, mais d’une sorte de procédure de sauvetage génétique et démographique. 

  on s’est rendu compte que des segments relativement courts d’ADN pouvaient toujours être séquencés à partir d’échantillons prélevés sur des spécimens conservés dans des collections. La première démonstration convaincante a été publiée en 1989 par l’équipe d’un généticien suédois qui a amplifié un fragment d’ADN à partir d’un morceau de peau d’un thylacine taxidermie, conservé depuis 1869 au Musée zoologique de l’Université de Zurich.

C’est aussi un échantillon de musée qui a permis de décoder le génome du rat de l’île Christmas. Ce dernier pourrait d’ailleurs représenter une bonne espèce modèle pour développer des protocoles de désextinction, étant donné la relative facilité de manipulation biologique et génétique de ces rongeurs, leurs portées importantes (14 petits par femelle), et leur temps de génération très court (cinq semaines).lule-souche (ou embryonnaire) de l’espèce la plus proche, dont on bricolerait l’ADN en insérant certains gènes identifiés grâce au spécimen de musée.  Enfin, on le réimplanterait dans un ovocyte d’une mère porteuse de l’espèce la plus proche.

Mais la science valorise le progrès perpétuel. On s’est donc demandé comment combiner ces deux visions. Le retour de ces espèces disparues aurait un impact symbolique fort sur les esprits, un peu comme le font actuellement les espèces emblématiques mises en évidence dans les programmes de protection, tels que le grand panda ou le tigrrhinocéros laineuxe. Si nous parvenons par exemple à ressusciter le mammouth laineux, le mégalocéros et le , nous devrons leur réserver d’immenses territoires dans les contrées boréales. Il faudrait mettre en place de vastes zones de ré-ensauvagement pour leur permettre de prospérer. Ce seraient donc des milliers d’espèces associées à de tels écosystèmes qui verraient leur habitat protégé.

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