25/05/2025 (2) Présentation de l’ouvrage Nature et communication

https://journals.openedition.org/itineraires/8202

D’une faculté de langage des animaux

La linguistique et le langage animal. Résistances, décentrements, propositions

Marie-Anne Paveau et Catherine Ruchon

https://doi.org/10.4000/itineraires.8202

Introduction

https://journals.openedition.org/itineraires/8202

Alors que de nombreuses disciplines s’intéressent à la production de significations par les animaux, les sciences du langage résistent et campent sur des positions anthropocentrées qui les isolent dans les sciences humaines et sociales au niveau international. Dans cet article, nous tentons de comprendre ce qui bloque les linguistes dans la seule prise en compte du langage humain et d’identifier les verrous qui les empêchent de prendre en compte des éléments non humains, alors que les éthologues, philosophes, cognitivistes, anthropologues, sociologues ou psychologues posent la question du langage animal. Nous examinons d’abord les formes de cette résistance en linguistique, en étudiant trois discours spécifiques : une doxa professionnelle anthropocentrée, la prégnance d’une conception axiologique négative de l’anthropomorphisme et la construction scientifique de cette résistance, fondée sur les notions d’articulation du langage et de symbolisation. Nous identifions ensuite trois verrous pour expliquer cette absence de prise en compte du non-humain : le verrou idéologique de l’anthropocentrisme ou supériorité humaine ; un verrou épistémologique maintenant le logocentrisme comme cadre d’analyse pour la linguistique ; un verrou psycho-professionnel, proche de la dissonance cognitive, qui consiste à réfuter les propositions dont l’acceptation entraînerait un coût théorique et épistémologique trop important.

Plan

1. Doxas : anthropodéni et anthropomorphisme

1.1. Culture chrétienne et Antiquité

1.2. Le travail spéciste de Descartes

2. La prise en compte contemporaine de l’animal

2.1. Un soin éthique

2.2. Une pensée animale

2.3. Les apports de la perspective cognitive

3. Les résistances de la linguistique

3.1. Le frein de la théorie de l’esprit

3.2. Les freins de la théorie linguistique

4. Des catégories d’analyse pour le linguiste

4.1. Des sociétés animales

4.2. Des langages animaux avérés… hors de la linguistique

4.3. De rares réflexions de linguistes

4.4. L’exemple de la chienne Chaser

Conclusion

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Commentaire par les auteures

Alors que de nombreuses disciplines se sont intéressées de longue date ou s’intéressent désormais à la production de significations par les animaux, les sciences du langage semblent résister et camper sur des positions anthropocentrées les isolant de plus en plus d’un large mouvement contemporain qui se déploie dans les sciences humaines et sociales au niveau international. Se développe en effet, sur l’impulsion des travaux précurseurs de Latour (1991), Descola (2006) ou Derrida (2006) notamment (pour le champ francophone), une conception écologique du monde appuyée sur une remise en cause des grandes distinctions binaires qui fondent la pensée dite occidentale, et, au premier chef, la distinction entre humain et animal. Des sciences humaines et sociales au-delà de l’humain et avec le non-humain sont en train d’apparaître. Ce mouvement accompagne une évolution politique mondiale sur le statut des animaux : militant·e·s et politiques, à des degrés divers selon les zones géographiques et les conditions socio-économiques, accordent de plus en plus aux animaux une place véritable parmi les êtres vivants.

Exemple

Dans cet exemple, nous voudrions essayer de comprendre ce qui bloque les linguistes dans une humanité (leur humanité ?) qui se fait parfois anthropocentrisme étroit, coupé de l’animalité, et d’identifier les verrous qui les empêchent, alors même que leurs collègues éthologues, philosophes, cognitivistes, anthropologues, sociologues ou psychologues posent largement la question du langage animal, de prendre en compte des éléments de recherche hors de « l’exception humaine » (Schaeffer 2007). Par linguistes, désignation que nous savons trop généraliste et stéréotypée, nous entendons l’ensemble des chercheur·e·s qui travaillent dans les frontières mainstream de la discipline, et qui contribuent à son maintien en tant que telle, tant sur le plan national qu’international.

Nous décrirons d’abord la doxa culturelle et professionnelle des linguistes et plus généralement des sciences humaines et sociales, nourrie de références cultivées sur la spécificité exclusivement humaine du langage, assurant la prégnance d’une conception axiologique négative de l’anthropomorphisme, fondée sur ce que Frans De Waal appelle l’anthropodéni (de Waal 2001).

Nous montrerons qu’à contrario, la question animale est entrée, parfois largement, dans les préoccupations de bien des disciplines tant du côté des sciences de la nature que des sciences humaines et sociales, et souvent par le biais de la communication et du langage.

Nous examinerons ensuite plus précisément la construction scientifique de la résistance de la linguistique à l’intégration des données animales, résistance fondée en grande partie sur les notions d’articulation du langage et de symbolisation, dont la célèbre discussion entre Benveniste et von Frisch sur la danse des abeilles est emblématique (Benveniste 1952).

Nous proposerons enfin quelques pistes et orientations méthodologiques pour travailler le langage animal et l’intégrer aux questionnements des sciences du langage.

Le langage humain permet la néologie, le jeu de mots, le mot d’esprit, la littérature, etc. alors que le langage animal est considéré comme régi par l’instinct ou la nécessité

Remarque : Quel animal comprend le langage humain ?

Une étude de 2016 a montré que les chiens comprennent réellement le langage humain . Ce phénomène ne concerne pas uniquement nos amis canins. Les cochons ventrus, les chimpanzés et les éléphants comprennent tous un peu le langage humain. Les scientifiques pensent que nous pourrions même être prêts à interroger les dauphins à un moment donné..

Les animaux ne jouent pas avec le langage, et en ont un usage transitif, c’est-à-dire dédié à donner des informations ou agir sur le monde.

Certes ce ne sont pas des langages humains, avec sujet. verbe et complément. Ce ne sont pas non pûst des langages parlés, mais des postures que l’homme doit apprendre à déchiffrer

Référence

First evidence for widespread sharing of stereotyped non-signature whistle types by wild dolphins

https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2025.04.21.647658v1

Abstract

We have built a unique library of sounds produced by known individual common bottlenose dolphins (Tursiops truncatus), by recording them non-invasively with suction cup hydrophones during brief catch and release health assessments and with digital acoustic tags (DTAGs). We have catalogued the name-like signature whistles (SWs) of most animals in this resident community of 170 dolphins, which has enabled us to begin studying little known “non-signature whistles” (NSW). We have so far identified 22 shared NSW types, of which two, NSWA and NSWB, are known to have been produced by at least 25https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2025.04.21.647658v1 and 35 different dolphins respectively. We are studying the functions of shared NSWs with playback experiments to free-swimming dolphins. We provide background on past playback studies and how they have informed our current research; in particular, received level (RL) of playbacks was found to significantly influence strength of response. Varied responses to playbacks reflect the complexity of dolphin communication, and highlight the need for larger sample sizes to be able to correctly interpret NSW functions. However, results so far have provided support for both the referential nature of SW and the affiliative nature of SW copies (SWCs), because a majority of control playbacks of a dolphin’s own signature whistle (self playbacks) elicited positive responses. NSWA elicited a majority of negative responses, suggesting an alarm-type function, and NSWB elicited varying responses, supporting our suggested function of this whistle type as a “query,” produced when something unexpected or unfamiliar is heard. Given that SW and SWC are known to be learned and appear to be referential signals, it is likely that shared, stereotyped NSW are both learned and referential as well, an idea that is supported by the fact that dolphins are flexible, life-long vocal production learners, unlike most other non-human mammals. Our study provides the first evidence in dolphins for a wider repertoire of shared, context-specific signals, which could form the basis for a language-like communication system.


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