24/05/2025 Le hasard et le calcul quantique

La banque américaine JPMorgan Chase annonce avoir généré pour la première fois des nombres aléatoires véritablement certifiés à l’aide d’un ordinateur quantique, une avancée technologique qui pourrait transformer les systèmes de sécurité et les marchés financiers.

JPMorgan Chase vient d’atteindre une étape inédite dans le domaine de l’informatique quantique. En collaboration avec Quantinuum — la filiale quantique de Honeywell — ainsi que les laboratoires nationaux américains d’Argonne et d’Oak Ridge, la banque a réussi à générer des nombres dits « véritablement aléatoires » à l’aide d’un ordinateur quantique, puis à les certifier mathématiquement comme tels. Une avancée qui marque un tournant dans l’exploitation concrète de la puissance des machines quantiques.

Jusqu’à présent, les générateurs de nombres aléatoires utilisés dans les systèmes informatiques traditionnels reposaient sur des algorithmes déterministes. Leur fonctionnement, prévisible dans certaines conditions, posait un risque croissant en matière de cybersécurité, notamment face à des attaquants disposant de ressources informatiques avancées. La promesse du quantique, à savoir exploiter les propriétés fondamentales de la physique pour produire un véritable hasard, restait encore à démontrer dans des conditions réelles et certifiables.Ceci vient d’être fait

Un protocole de vérification inédit

L’expérimentation a été menée sur l’un des ordinateurs quantiques de Quantinuum. Entre mai 2023 et mai 2024, les chercheurs de JPMorgan ont conçu un algorithme spécifique pour générer du hasard à l’aide de circuits quantiques aléatoires. Une fois les données produites, elles ont été testées par les superordinateurs du Département américain de l’Énergie, qui ont permis de confirmer qu’aucun système classique ne pouvait reproduire ces résultats dans un laps de temps équivalent.

Ce processus, fondé sur un protocole de double vérification, constitue la première démonstration rigoureuse et documentée d’un phénomène appelé « certified quantum randomness ». En d’autres termes, il s’agit d’une séquence de données dont le caractère aléatoire peut être prouvé formellement — une exigence cruciale dans les applications de sécurité.

Vers des applications concrètes

La réussite de cette démonstration ouvre un champ d’applications concrètes dans plusieurs secteurs critiques. En premier lieu, la cybersécurité. De nombreux systèmes de chiffrement reposent sur des générateurs de nombres aléatoires. Le passage à un générateur quantique certifié permettrait de renforcer considérablement la robustesse des protocoles cryptographiques, notamment face à l’émergence attendue de l’informatique quantique à grande échelle.

Dans le secteur financier, JPMorgan envisage également des usages dans le trading algorithmique, les audits aléatoires ou encore la simulation de scénarios économiques. D’autres pistes incluent la loterie, les jeux en ligne, les protocoles de vote électronique ou la sélection de jurys, autant de domaines où la garantie d’un hasard absolu est essentielle.

Une avancée stratégique pour JPMorgan

Depuis six ans, la banque américaine investit massivement dans la recherche quantique, convaincue du potentiel de cette technologie pour transformer le secteur financier. Elle s’intéresse notamment à ses applications en optimisation de portefeuilles, en intelligence artificielle et en modélisation des risques complexes. Ce dernier projet renforce sa position de pionnier parmi les acteurs financiers explorant l’informatique quantique.

Cette initiative s’inscrit aussi dans un contexte d’accélération mondiale des investissements en calcul quantique. Si les promesses de la technologie sont encore limitées par des contraintes matérielles, les avancées comme celle réalisée par JPMorgan commencent à franchir le seuil de la recherche fondamentale pour déboucher sur des usages opérationnels. De plus en plus d’analystes estiment que la prochaine décennie verra l’intégration de modules quantiques dans les architectures classiques, apportant des gains ciblés dans des cas d’usage bien identifiés.

Une course mondiale encore ouverte

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