25/04/2025 L’aiguille à chas et la survie des humains pendant la dernière période glaciaire


La dernière période glaciaire est une période de refroidissement global, ou glaciation, qui caractérise la fin du Pléistocène sur l’ensemble de la planète. Elle commence il y a 115 000 ans et se termine il y a 11 700 ans, quand commence l’Holocène.

Les humains (Homo sapiens) n’auraient pas eu besoin de migrer comme la plupart des autres espèces durant cette période glaciaire.

Cette hypothèse remet en question de nombreuses théories sur le mode de vie des humains durant cette période, révèle Phys.org dans un article publié le 14 octobre 2024. https://phys.org/news/2024-10-ancient-humans-good-surviving-ice.html

En utilisant des données génétiques, des scientifiques ont démontré que certains humains étaient restés en Europe centrale durant la dernière grande période de glaciation. Jusqu’ici, une grande majorité de la communauté archéologique considérait que l’homme moderne s’était retiré dans le sud de l’Europe.

Une équipe de chercheurs de l’université de Bournemouth (Royaume-Uni), a examiné l’histoire génétique de vingt-trois mammifères communs en Europe, dont l’Homo sapiens. L’étude montre que les hommes, au même titre que les ours bruns et les loups « étaient déjà largement répartis à travers l’Europe au plus fort de la dernière glaciation, soit sans refuge discernable, soit avec des refuges au nord et au sud », selon John Stewart et Jeremy Searle, tous deux membres de l’équipe.

Des outils en pierre (racloirs, silex, lissoirs…) ont permis aux préhistoriques de préparer les peaux d’animaux pour les utiliser comme isolant thermique. Par la suite Il y a environ 40 000 ans, l’invention des poinçons en os et des aiguilles à chas ont rendu possible la création des vêtements de peau ajustés et ornés.

Les plus anciennes aiguilles à chas connues datent d’il y a environ 40 000 ans en Sibérie (grotte de Denisova). Les aiguilles à chas sont beaucoup plus difficiles à façonner que les poinçons en os ; pourtant avec l’archéologie expérimentale il apparait que ces derniers étaient suffisants pour créer des vêtements ajustés. Les poinçons en os sont des outils fabriqués à partir d’os d’animaux aiguisés en pointe. Les aiguilles à chas sont extraites des os longs, avec une perforation (un chas) pour passer un fil (en matière animale ou végétale) pour maintenir les deux parties ensemble, sans laisser passer l’air.

L’innovation des aiguilles à chas peut refléter la production de vêtements plus complexes et superposés, ainsi que la décoration des vêtements en attachant des perles et d’autres petits objets décoratifs sur les vêtements : de nombreux artefacts sont pourvus d’un orifice ou d’une rainure permettant de maintenir l’objet, cousu sur le vêlement.

Les auteurs de l’étude  soutiennent que les vêtements sont devenus un élément de parure parce que les méthodes traditionnelles de décoration corporelle, comme la peinture corporelle à l’ocre ou la scarification n’étaient pas possible à la fin de la dernière période glaciaire dans les régions les plus froides de l’Eurasie. Les scarifications ou les tracés corporels ne pouvaient être visibles car les individus avaient besoin de porter des vêtements en permanence pour survivre.

C’est pourquoi l’apparition d’aiguilles à chas est particulièrement importante, car elle signale l’utilisation des vêtements comme décoration » ,selon le Dr Gilligan. « Les aiguilles à chas étaient particulièrement utiles pour la couture très fine nécessaire à la décoration des vêtements. »

« Beaucoup des aiguilles que nous avons découvertes ne servaient pas seulement à la confection de vêtements, mais aussi à la broderie et à la décoration. Elles avaient un rôle esthétique  » 

Les vêtements ont donc évolué pour répondre aux différents besoins des paléolithiques : une nécessité pratique de protection et de confort contre les éléments extérieurs mais aussi une fonction sociale et esthétique pour l’identité individuelle et culturelle.

Référence

Journal of Paleolithic Archaeology

Ice Age Apparel—Changing Prey Patterns Towards the Last Glacial Maximum and the Role of Reindeer Fur for Clothing at Kammern-Grubgraben

    Published: 10 April 2025

    Abstract

    The site of Kammern-Grubgraben in Lower Austria preserved one of the largest assemblages of stone constructions, lithic and organic artefacts, personal ornaments, and faunal remains of the Last Glacial Maximum (ca. 24–20 ka cal BP) in Europe. Conspicuously, the faunal remains attest to an occupation only during winter and are strongly dominated by reindeer (Rangifer tarandus), indicating a rather selective and narrow hunting focus despite the curated, long-term character of the site. This narrow focus contrasts with findings from older sites in the region, such as the Gravettian sites Krems-Hundssteig, Krems-Wachtberg, and Langenlois A, dated to between 33 and 29 ka cal BP, which show a main focus on mammoth. In this paper, we present new results on the age and sex distribution of reindeer at Kammern-Grubgraben. We argue that winter-hunting of reindeer, in addition to its role in providing energy-rich nutrition and raw material for organic tools, is also indicative of a focus on obtaining high-quality raw material for clothing. The fur of reindeer in winter is particularly valuable and convenient for the production of clothing for cold environments. Together with the recovered large number of eyed needles, a tool for tight and regular seams, our findings suggest that the production of clothing and other goods made of fur and skin was an important activity at Kammern-Grubgraben.

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