24/01/2025 Trump et Musk veulent « un monopole avec les pleins pouvoirs sur le spatial »… quelles conséquences pour Toulouse ?

Source

https://www.ladepeche.fr/2025/01/24/entretien-espace-trump-et-musk-veulent-un-monopole-avec-les-pleins-pouvoirs-sur-le-spatial-quelles-consequences-pour-toulouse-12465796.php

Cnes, Commandement de l’Espace, recherche, production industrielle des lanceurs et satellites… Toulouse et l’Occitanie sont au cœur du spatial européen et à la croisée de dizaines de programmes internationaux. Quel avenir pour la filière, avec l’arrivée d’Elon Musk dans le sillage de Donald Trump ?

Rédacteur en chef du site Aerospatium, Stefan Barensky analyse la menace.

_________________________________________


Un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros, 260 entreprises, 15 000 emplois, soit la moitié de la filière nationale : c’est le poids du spatial en Occitanie, première région de France et d’Europe dans ce secteur. Vu depuis Toulouse, capitale du spatial européen, quelles menaces représente Elon Musk en « président bis » dans l’ombre de Trump ?

Avant d’y venir, il faut d’abord rappeler la raison pour laquelle nous allons dans l’espace : pour assurer et protéger nos besoins souverains. Surveiller le climat, observer la terre et l’univers, garantir l’indépendance de notre renseignement, de notre défense, de nos communications face aux autres puissances… Ariane nous garantit l’accès à l’espace tandis que notre recherche nous permet de maintenir un très haut niveau de compétence chez nos scientifiques, très courtisés par les États-Unis. Mais structurellement, la recherche et l’exploration spatiales ignorent, elles, les frontières. Beaucoup de missions du Cnes et de l’Agence spatiale européenne sont ainsi des partenariats, notamment avec la Nasa. L’arrivée d’Elon Musk pose un grave problème pour la régulation du spatial commercial dans laquelle il va devenir juge et partie.p

Parce qu’il aggraverait la concurrence déloyale qu’il a imposée ?

Contrairement aux États qui investissent des milliards, lui a levé des fonds privés et a fait gonfler sa propre bulle. Sa R&D lui a principalement été offerte par la Nasa qui lui a ouvert ses armoires à brevets. Et aujourd’hui, il contrôle 7 000 des 10 000 satellites qui tournent… Non seulement il a saturé l’orbite basse avec Starlink en faisant croire que le géostationnaire, les orbites plus lointaines, sur lesquelles nous sommes très performants, n’avaient pas d’avenir, ce qui totalement faux.

Mais, surtout, Musk a ainsi montré qu’il voulait un monopole avec les pleins pouvoirs sur le spatial. Il a toujours rejeté toute coopération. Dans le meilleur des cas, on est ses clients, mais en aucun cas ses partenaires, or il va vouloir mettre sous tutelle la Nasa, au profit de ses seuls intérêts.

Entre Toulouse, Paris et Kourou, 2 400 salariés du Cnes travaillent sur plus de 150 missions et projets scientifiques. Cela impactera-t-il les programmes en cours comme le retour de l’homme sur la lune, avec Artémis ?

La science n’intéresse pas Elon Musk. Son obsession est de faire rêver les masses en allant seul sur Mars et que le monde l’aide à financer son Starship qui vient de connaître un spectaculaire échec, même si sa communication l’a présenté en succès.

Notre programme le plus en danger, dans ce contexte, c’est l’European Return Orbiter qui doit faire l’aller-retour vers Mars pour ramener des échantillons de la planète rouge. Mais s’il dénonce nos partenariats, ce sont les États-Unis qui se tireront une balle dans le pied.

Cnes, Commandement de l’Espace, recherche, production industrielle des lanceurs et satellites… Toulouse et l’Occitanie sont au cœur du spatial européen et à la croisée de dizaines de programmes internationaux. Quel avenir pour la filière, avec l’arrivée d’Elon Musk dans le sillage de Donald Trump ?

Trois modules Orion sont déjà livrés pour Artemis. Et un contrat, c’est un contrat… Même si le paiement se fait en service et non en dollars, ils sont nos débiteurs. Mais au-delà, il risque d’aggraver les difficultés de Boeing, de Northrop-Grumman et de Lockheed-Martin qui sont sur le lanceur et la capsule d’Artemis. Les élus du Congrès américain qui ont des usines dans leur État ne le laisseront pas faire.

D’un point de vue plus cynique, Musk et Trump n’ont rien à faire, non plus, du climat. Mais les besoins en données restent essentiels pour le reste du monde et cela devrait profiter au programme européen d’observation de la terre Copernicus, dont Toulouse est un maillon essentiel. Au surplus, dans l’espace, la coopération est la règle. Les Français ont volé avec les Soviétiques du temps de la guerre froide. Il y a peu, des astronautes européens se sont entraînés avec les Chinois. Ce qui ne se fait pas avec l’un se fera avec l’autre.





Laisser un commentaire