L’actuel porte-avions français, le Charles de Gaulle, est constamment en mission. Même s’il n’a pas pour but immédiat d’affronter des flottes ennemies, il peut assurer un soutien utile à certains opérations comme il le fit récemment en Afrique. De plus il permet de représenter la France dans un grand nombre de pays, amis ou compétiteurs.
Mais il ne peut jouer ce rôle qu’au mieux 6 mois sur 12, compte tenu des périodes de maintenance. C’est pourquoi la précédente ministre des Armées Florence Parly avait annoncé la décision d’entreprendre la construction d’un second PA.
Rien ne fut fait cependant car dans l’intervalle se produisit ce que l’on appelle dorénavant la révolution du drone militaire. Celle-ci oblige désormais à repenser de nombreuses stratégies, qu’elles soient terrestres, aériennes ou navales.
Ainsi en France, comme dans beaucoup de puissances militaires, les experts se demandent quelle place il conviendra de donner aux drones dans le système d’armes du pays. Mais répondre à cette question suppose de répondre à une question préalable : de quelles façons des drones de puissances et de performances différentes seront-ils mis à la disposition des forces armées.
Il apparaît aujourd’hui que la plupard des cas, il faudra faire appel à ce que l’on nomme des navires ou bâtiments porte-drones. Le concept intéressera particulièrement la France, compte-tenu de l’ étendu de son domaine maritime.
Dans un excellent article, publié simultanément sur Mer et Marine, Marine & Océans Magazine et La Vigie, Christophe Pipolo et Marc Grozel précisent ce que pourrait être aujourd’hui un bâtiment porte-drones. Ils en citent deux exemples, le MPSS João II portugais et le TCG Anadolu turc
Le João II est donné pour un déplacement de 7 000 t – un peu plus qu’une FREMM (6 278 t) mais trois fois moins qu’un PHA du type Mistral (21 300 t) – une longueur de 107 m, une largeur de 20 m et un tirant d’eau de 5,5 m. Son pont plat continu, long de 96 m et large de 20 m, doté d’un îlot sur tribord, permet de mettre en œuvre des drones aériens ainsi que des hélicoptères tels que l’Augusta Westland EH-101 « Merlin » (10,5 t en service au sein de la Force Aérienne Portugaise. Il pourra également mettre en œuvre le chasseur Lockheed F-35B VTOL , en nombre limité, sans qu’il puisse être exploité à sa masse maximale au décollage de 25 t et sans pouvoir l’abriter dans aucun des hangars du navire en raison de ses dimensions, ce qui limitera ses capacités opérationnelles.
L’îlot abrite deux hangars. Celui de l’avant, ouvrant latéralement sur le pont d’envol, sera réservé aux UAV. L’autre, situé à l’arrière, abritera un hélicoptère de 10 t ainsi que des installations de maintenance. Le João II sera équipé de deux ascenseurs situés à l’avant de l’îlot. Il disposera de logements et d’installations médicales. Il est également conçu pour mettre en œuvre des drones de surface et des drones sous-marins (USV, UUV). D’une vitesse maximale de 18 nœuds pour une vitesse de croisière de 14 nœuds, son endurance à la mer devrait atteindre 45 jours. L’équipage de manœuvre du navire est fixé à 48 marins auxquels s’ajouteront quelques 52 autres pour la mise en œuvre et l’exploitation des drones. Au-delà de cet équipage opérationnel, le navire pourra accueillir 200 personnes supplémentaires pour des missions temporaires.
À ce stade, la marine portugaise envisage d’utiliser ce bâtiment pour des missions hydro-océanographiques, de recherche et de sauvetage, de gestion de crises, d’assistance humanitaire et de soutien en cas de catastrophe naturelle (HADR ) ainsi que des opérations de soutien de la flotte.
Le TCG Anadolu est deux fois plus long que le João II (232 m) pour un tonnage triple (27 000 t). Son design, issu des chantiers Navantia, est dérivé du porte-aéronefs espagnol Juan Carlos et des LHD australiens de la classe Canberra. L’Anadolu était initialement dédié à la mise en œuvre du F-35B mais le Congrès américain a suspendu la participation turque à ce programme en 2018, en raison de l’acquisition par la Turquie, membre de l’OTAN, de systèmes anti-aériens russes de la série S-400.
Tout en achevant sa construction, la Turquie décida alors de l’adapter en porte-drones chargé de mettre en œuvre les drones ISR et d’attaque de type Baykar TB3 (1,450 t, CU 280 kg) et Baykar Kizilelma (3,5 t, réacteur, CU 1,5 t). Bien que ces UAV poursuivent leurs essais en vols, aucun d’eux n’a encore apponté tandis que leur système de lancement et de récupération n’a pas encore été dévoilé. En l’état, le TCG Anadolu demeure un simple porte-hélicoptères.
