The Age of Depopulation
Surviving a World Gone Gray
By Nicholas Eberstadt
November/December 2024
Pour la première fois depuis la peste noire dans les années 1300, la population mondiale va diminuer. Le dernier article publié dans Foreign Affairs par l’économiste américain Nicholas Eberstadt, chercheur à l’American Enterprise Institute, commence comme un ouvrage de science-fiction. Pourtant, le monde de demain qu’il nous décrit, celui de « la dépopulation », n’a rien de fictif. Comprenez un monde dans lequel l’excès de décès par rapport aux naissances deviendra la norme. Avec comme conséquence le non-renouvellement des populations.
Ce spécialiste de démographie étudie le sujet depuis près de cinquante ans. Il a publié de nombreux d’ouvrages sur la question. Si la fécondité mondiale a baissé depuis l’explosion démographique des années 1960, l’accélération de ce phénomène ces dix dernières années est spectaculaire. Il n’épargne quasiment plus aucune région du monde. Peu importe le niveau d’éducation ou de richesse des pays observés
Ainsi, l’année dernière, la France a enregistré moins de naissances qu’en 1806. L’ensemble des pays de l’Asie du Sud-Est est tombé dans la dépopulation en 2021. Une chute massive de la natalité touche aussi Cuba, la Tunisie, la Russie, etc. Même dans l’Afrique subsaharienne, qui reste le dernier sous-continent à résister à cette vague mondiale de dépeuplement, les taux de fécondité ont chuté de plus de 35 % depuis la fin des années 1970, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
Là où la dépopulation observée dans les siècles précédents avait été causée par différentes famines et épidémies, celle qui s’annonce sera entièrement due aux choix des individus. Il faut ajouter à la sous-natalité une explosion générale du nombre des vieillards de 80 ans et plus. Les modes de vie et les structures familiales en seront bouleversés. Les finances publiques aussi
… Pourtant, nulle part et notamment pas en Europe et aux Etats-Unis, les observateurs et les décideurs politiques ne sont prêts pour ce nouvel ordre démographique qui se traduit par une société vieillissante et de moins en moins nombreuse voulant maintenir et améliorer sa prospérité.
Il y a de nombreuses menaces qui pèsent sur l’humanité actuellement. Elles ont toujours été là et le seront encore à l’avenir. Mais l’idée que des êtres humains ne veuillent pas perpétuer leur famille, voire leur espèce, aurait défié l’imagination de n’importe quel auteur de science-fiction du siècle passé.
Dans de nombreux endroits du monde très différents, que ce soit dans les pays de l’OCDE ou dans les pays émergents, l’on assiste à des niveaux de fécondité que les démographes n’auraient même pas imaginés il y a encore quelques décennies. A Calcutta, par exemple, le taux de fécondité a été ramené à une naissance par femme, soit moins de la moitié du taux de renouvellement. Dans la ville de Mexico, il y a aujourd’hui moins d’une naissance par femme, ce qui aurait paru inimaginable il y a quarante ans [en 1984, ce taux était de 4,18 enfants par femme..
Et cela n’est pas dû, pour autant que l’on puisse en juger, à la pollution, aux microplastiques ou à la présence d’œstrogènes dans l’eau de boisson. Cela a plutôt à voir avec le nombre d’enfants souhaités.
Pourtant les futurs robots intelligents, dit parfois hommes artificiels ou de synthèse, ne pourront jamais remplacer les humains authentiques.
