05/08/2024 Succès d’un premier réacteur à fusion expérimental chinois

La Chine, membre actif du projet international Iter est sur le point de franchir un cap majeur dans le domaine de l’énergie propre avec le développement de son premier réacteur de fusion commerciale, surnommé le “soleil artificiel ou SP-1.

Shanghai Electric, géant de la production d’énergie en Chine, s’est associé avec Commonwealth Fusion Systems (CFS), une entreprise américaine, pour développer le SP-1, un réacteur de fusion qui ambitionne de produire de l’électricité à l’échelle commerciale. Ce projet marque une étape significative, car il pourrait devenir le premier réacteur de fusion à générer une quantité substantielle d’électricité, avec une capacité prévue de 50 mégawatts, suffisante pour alimenter une petite ville.

Le réacteur, actuellement en construction à Qinhuangdao, une ville côtière du nord-est de la Chine, utilise une bobine magnétique supraconductrice innovante pour confiner et chauffer le plasma, permettant ainsi d’atteindre les réactions de fusion.

La participation de Shanghai Electricest cruciale pour le développement du SP-1, avec des entreprises locales fournissant des composants et des matériaux essentiels. Shanghai Electric se charge de la fabrication des composants cryogéniques du réacteur, tandis que Thales Asia, une entreprise française d’électronique, fournit les bobines magnétiques supraconductrices.

La collaboration entre CFS et Shanghai Electric découle d’une association entamée il y a plusieurs années, bénéficiant de l’expertise de CFS en fusion, développée par des scientifiques du MIT depuis 2010, et de l’expérience de Shanghai Electric dans la fabrication d’équipements de génération d’énergie.

La réalisation du SP-1 devrait également stimuler l’industrie de l’énergie propre en Chine, qui cherche à réduire ses émissions de carbone et à atteindre ses objectifs de neutralité carbone. “L’énergie propre est un composant crucial de la stratégie énergétique globale de la Chine, et le SP-1 est une étape importante vers la réalisation de nos objectifs de neutralité carbone,” a déclaré Huang Zhiying, un haut responsable à l’Académie des Sciences Chinoise.

Bien que le développement du SP-1 en soit encore à ses débuts, ses implications potentielles pour l’industrie de l’énergie propre en Chine sont considérables. En cas de succès, le SP-1 pourrait fournir une nouvelle source d’énergie propre pour la Chine et aider le pays à atteindre ses objectifs de neutralité carbone.

ITER

Plusieurs approches sont testées en ce moment pour atteindre la fusion nucléaire, et ouvrir une nouvelle ère beaucoup plus propre et efficace dans la production d’électricité. La Chine, l’Union Européenne, l’Inde, le Japon, la Russie, la Corée du Sud, les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, le Kazakhstan, la Thaïlande, le Royaume-Uni et la Suisse mettent en commun des équipes et des ressources dans le cadre du projet ITER. Un réacteur expérimental est en cours de construction sur le site de Cadarache en France.

Mais le projet avance trop lentement. Après une phase de conception qui a débuté en 1988, la construction proprement dite du réacteur expérimental n’a commencé qu’en 2007. Et il faudra encore attendre jusqu’en 2025, au bas mot, pour que le tokamak expérimental soit allumé pour la toute première fois.

Mais tous les espoirs autour de la fusion nucléaire ne reposent heureusement pas sur ITER.

De nombreux Etats, y compris membres d’ITER développent parallèlement des projets similaires. Les Etats-Unis testent de nombreuses approches, comme le confinement avec des lasers mégajoules. L’Allemagne dispose d’un tokamak qualifié de “Stellarator”, le Wendelstein 7-X. Quant à la Chine, depuis 2006, elle dispose de son propre Tokamak en fonctionnement, le Experimental Advanced Superconducting Tokamak (EAST). Elle possède, il faut le noter, 5 autres projets en cours de développement

Ce réacteur a déjà au bas mot 20 ans d’avance sur ITER. En 2007, il battait un record avec un confinement de plus de 5 secondes. En 2011, les chercheurs chinois sont parvenus à maintenir un plasma pendant plus de 30 secondes à 50 millions de degrés. Et les succès ont continué par la suite avec la Phase II du projet.

Ainsi en 2016, un plasma a été maintenu pendant 102 secondes à 50 millions de degrés. Puis quelques mois plus tard, le projet maintenant un plasma pendant plus d’une minute à la même température. En 2017, on passait à plus de 100 secondes. En 2018, le EAST a réussi à chauffer un plasma à 100 millions de degrés. Et en mai 2021, le réacteur a atteint 120 millions de degrés pendant 101 secondes.

Il faut toutefois noter qu’en tant que membre d’ITER, la Chine devrait partager l’essentiel de ses découvertes avec les autres membres du projet. Ce qui peut à terme permettre d’optimiser les matériaux, notamment la composition des électro-aimants supraconducteurs, et diverses méthodes permettant de mieux contrôler le confinement du plasma – pour allonger la durée de fonctionnement des tokamak, à commencer par celui de Cadarache.

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