05/07/2024 Pourquoi les britanniques ont-ils attendu si longtemps pour ouvrir les yeux ?

C’était pourtant les générations précédentes qui avaient pu résister aux privations imposées par la 2e guerre mondiale en adoptant les principes d’une social-démocratie exemplaire dont se sont inspirés les premiers gouvernements français issus de la Libération.

Aujourd’hui les  services publics du Royaume uni sont à bout de souffle. Des hôpitaux aux écoles en passant par les routes, les prisons et les tribunaux, ils ont été décimés par 14 ans d’austérité imposés par le parti Tory.

Le Labour a promis d’engager 6 500 enseignants supplémentaires, de créer 3 000 garderies et de fournir des petits-déjeuners gratuits à tous les écoliers. Les programmes seront révisés pour mieux répondre aux besoins du monde du travail. Ils inclueront l’enseignement de compétences comme la capacité à s’exprimer en public, que les jeunes de milieux défavorisés ont souvent de la peine à acquérir.

Marquant un retour à la vision étatiste qui dominait le Labour avant l’époque de Tony Blair, le nouveau premier ministre travailliste veut en outre remettre certaines infrastructures sous l autorité de l’Etat. Ainsi, il profitera de l’expiration des contrats liant le gouvernement aux fournisseurs de services ferroviaires pour renationaliser au moins en partie les chemins de fer. Le réseau ferroviaire avait été privatisé dans les années 1990. Certaines lignes, cumulant les retards et les annulations, sont déjà redevenues publiques.

Les compagnies des eaux, accusées de déverser leurs eaux usées dans les rivières, ainsi que les entreprises d’électricité et de gaz, dont plusieurs sont au bord de la faillite,  ne seront pas nationalisées, mais elles seront soumises à des contrôles plus stricts de la part de l’État. Certaines pourraient être réorganisées selon un modèle de partenariat public-privé.  Rappelons cependant que dans ce partenariat, les bénéfices sont souvent pour le public, et les déficits pour le privé.

Une entreprise énergétique publique, appelée GB Energy, dotée d’un fonds de 8,3 milliards de livres, sera quant à elle chargée d’investir dans les énergies renouvelables, notamment dans les projets risqués comme les panneaux solaires flottants ou l’hydrogène vert que le secteur privé refuse de financer.

Reste à savoir comment ces réformes ambitieuses seront financées. Les travaillistes se sont jusqu’ici montrés discrets sur la question. Tout au plus ont-ils évoqué la fin d’une exemption fiscale accordée aux personnes dont le domicile principal se trouve en dehors du Royaume-Uni, et l’introduction d’une taxe sur la valeur ajoutée pour les écoles privées.

Ils ont en revanche exclu d’autres hausses d’impôts et promis de ne pas accroître l’endettement. Ils comptent sur la croissance économique, mais celle-ci n’est pas garantie et elle prend du temps à produire des effets. Beaucoup pensent que le Labour sera obligé d’augmenter la charge fiscale. Les gains en capital devraient être les premiers visés.

Le Rassemblement National qui se prépare à prendre le pouvoir en France s’inspirera-t-il de ces bonnes intentions ?

Jean-Paul Baquiast

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