02/05/2024 La France ne devrait pas manquer d’uranium pour ses centrales nucléaires.

L’énergie nucléaire est un avantage stratégique crucial pour la France. Selon le ministère de l’Environnement, le nucléaire représente 75% du mix électrique français, soit un peu plus de 40% de son mix énergétique. Alors que l’Europe est en proie à la crise énergétique, le nucléaire permet à la France d’assurer une partie de son autonomie énergétique, et de bénéficier d’une source d’énergie propre et compétitive à l’export.

Pour faire fonctionner les 56 réacteurs nucléaires en activité, la France a besoin de 8 000 à 9 000 tonnes d’uranium naturel par an. L’uranium naturel est extrait sous forme de poudre jaune qui est ensuite transmise dans une usine de conversion chimique. Il est ensuite transformé en tétrafluorure d’uranium (UF4), puis en hexafluorure d’uranium (UF6). L’UF6 est alors enrichi à la centrifugeuse avant d’être ensuite transformé en tétrafluorure d’uranium (UF4), puis en hexafluorure d’uranium (UF6). L’UF6 est alors enrichi à la centrifugeuse avant d’être modifié en oxyde d’uranium,

Pour obtenir le combustible final destiné aux centrales nucléaires, quatre étapes sont donc nécessaires. Le français Orano, anciennement AREVA, maîtrise totalement ou en partie chacune des étapes nécessaires à la production de l’uranium : l’extraction, la transformation chimique, l’enrichissement et enfin la fabrication du combustible. 

Comme la France n’extrait plus d’uranium naturel sur son sol depuis 2001, elle est entièrement dépendante de l’étranger concernant l’approvisionnement en uranium naturel.

Sur les dix dernières années, la France a importé 88 200 tonnes d’uranium naturel. Selon le comité Euratom, ces importations proviennent majoritairement de 4 pays : le Kazakhstan (environ 27%), le Niger (environ 20%), l’Ouzbékistan (environ 19%) et la Namibie (environ 15%). Ainsi, 80% de l’extraction provient de 4 pays. L’approvisionnement en uranium est donc extrêmement concentré. Une crise survenant dans l’un de ces pays menacerait considérablement la filière nucléaire.

A titre d’exemple, le cas du Niger permet de mesurer les risques induits par cette concentration. Le coup d’État survenu en 2023 a déjà un impact significatif sur la chaîne d’approvisionnement. Sous la pression des sanctions imposées par la communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la fermeture des frontières du Niger, Orano a dû mettre provisoirement fin à la production d’uranium sur place en raison d’une pénurie de matières premières. De plus, l’exportation de l’uranium depuis le Niger vers la France passe par le Bénin, un pays touché par les troubles politiques de son voisin, ce qui perturbe d’autant plus la chaîne logistique de l’uranium. Si le groupe assure que la situation n’est pas menaçante à court terme, il risque d’être exposé durablement à des risques multiples comme la nationalisation, ou l’expropriation selon l’évolution de la situation.

L’approvisionnement de la France en uranium est également soumis à la menace d’une guerre économique et informationnelle dans laquelle la Chine et la Russie déploient des stratégies d’influence et de contre influence à l’égard de la France, comme les Russes ont pu le faire au Niger par exemple. La France a subi de nombreux revers diplomatiques ces dernières années comme au Mali, au Burkina, en Centrafrique ou au Maghreb. Le risque d’une déconvenue similaire en Namibie n’est  donc pas à écarter compte-tenu du sentiment antifrançais et des ingérences de ses  adversaires stratégiques.

D’un point de vue géopolitique, la dépendance à ces quatre pays (Kazakhstan, Ouzbékistan, Namibie, Niger) pose la question de la sécurité de nos approvisionnements en cas de conflits avec la Chine et la Russie. Un scénario que l’on ne peut pas exclure compte-tenu de la tension diplomatique et militaire actuelle.

Face à leurs voisins, comment réagiraient le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ? Prendraient-ils le risque de s’opposer à la Russie ou à la Chine pour défendre leurs intérêts commerciaux, ou bien s’aligneraient-ils  sous  la contrainte ? En cas de déstabilisation de la région ou de crise politico-militaire avec la Russie, pratiquement la moitié de notre approvisionnement en uranium se trouverait menacé. La même question se pose avec les pays africains. Alors que ces derniers sont alimentairement dépendants de la Russie, et financièrement dépendants de la Chine (la Chine détenant 20% de la dette africaine), les intérêts commerciaux avec la France pèseraient-ils lourd dans la balance des négociations ? La France ne peut se permettre d’attendre les réponses à ces questions.

C’est là qu’intervient l’uranium canadien, stratégique pour les centrales nucléaires françaises

La mine de Cigar Lake

Située au cœur de la Saskatchewan, la mine est l’une des plus riches en uranium au monde. L’usine de McClean Lake, qui le traite, est exploitée par une filiale d’Orano et vend 40 % de sa production à EDF. C’est à 700 kilomètres au nord de Saskatoon, la capitale économique de la Saskatchewan, que le minerai est extrait.

Cette province, plus grande que la France et soixante-dix fois moins peuplée, dispose d’importantes richesses minières. Son sous-sol possède vingt-trois des trente minéraux critiques et stratégiques retenus par le Canada comme étant nécessaires à la transition énergétique, tels que la potasse, le lithium, le cuivre, l’hélium, les terres rares, mais aussi, et surtout, l’uranium.

Les réserves canadiennes en uranium sont estimées à 588 500 tonnes, soit 10 % des réserves connues au monde. Une manne financière, alors que le cours du minerai a été multiplié par quatre depuis 2020, jusqu’à franchir la barre des 100 dollars la livre (94 euros pour 0,45 kg) en février.

Le gisement de Cigar Lake, localisé dans le nord de la Saskatchewan (province de l’ouest du Canada) a été découvert en 1981, à 40 km à l’ouest de la limite est du bassin de l’Athabasca, près du lac de Waterbury, à environ 60 km au nord-est de la mine d’uranium de McArthur River1. Le dépôt sensiblement orienté est-ouest s’étend sur une longueur de près de 2 000 m et une largeur variable de 20 à 100 m, à 500 m sous terre. C’est un gisement d’uranium dans du grès, reposant sur le socle.

Ce gisement serait le deuxième plus grand gisement d’uranium à haute teneur dans le monde après la mine d’uranium de McArthur River, située elle aussi au Canada. Il est opéré par Cameco, plus important producteur d’uranium au monde.

D’autres gisements, comme celui d’Olympic Dam en Australie, contiennent plus d’uranium ; mais les teneurs n’y sont pas aussi élevées que dans les gisements de la Saskatchewan : la teneur en uranium (= rapport (masse du métal U) / (masse roche totale) ) moyenne à Cigar Lake est de 20 %, alors que la moyenne mondiale des gisements exploités est inférieure à 1 %.

Les réserves prouvées et probables de la mine sont estimées à 537 100 t d’oxyde d’uranium (U3O8) pour une exploitation à un taux moyen de 17,4 %.

La mine est exploitée en mine souterraine, par abattage hydraulique automatisé (donc sans intervention locale d’opérateurs). Les grès encaissants, poreux et saturés d’eau à haute pression, imposent au préalable de geler le terrain dans la masse, pour le stabiliser et éviter des inondations. La mine étant dans le grand nord canadien, au nord de la province de Saskatchewan, le gel est plus facile.

La construction des installations souterraines a débuté en 2005, pour un début de production initialement planifié pour 2007.

Cependant, le 23 octobre 2006, c’est l’échec de l’ouverture de la Mine de Cigar Lake, victime d’une seconde inondation en moins de 6 mois, pour les mêmes raison qu’avait échoué en 2003 celle de la mine d’uranium de McArthur River6: le gel de la terre ne suffit pas à bloquer l’humidité. Les installations étaient alors complétées à 60 %.

L’inondation du site a entraîné la suspension des travaux et le 1er novembre 2007, l’opérateur principal Cameco confirme que sa mine ne sera fonctionnelle au plus tôt qu’en 2011: il précise devoir d’abord terminer la construction du deuxième puits d’évacuation de la mine avant de compléter les développements souterrains.

Une troisième inondation aura lieu en 2008, pendant que la mine était en cours d’assèchement, la première voie d’eau ayant été maîtrisée. Les travaux d’aménagement ne purent reprendre qu’en 2010.

Les analystes ont estimé que cette inondation fut la cause directe du pic du cours de l’uranium de 2007, où le cours au comptant s’est élevé jusqu’à 300 $/kgU8,. Il a ensuite chuté après la catastrophe de Fukushima, au point que de nombreuses mines sont devenues non-viables.

L’ouverture de l’exploitation a été successivement annoncée pour 2011, puis 2013, et enfin 2014.

La production minière n’a été effectivement entreprise qu’en mars 2014 et le début de l’exploitation commerciale (marquant la fin de l’imputation des dépenses sur l’investissement initial) a été annoncé un an plus tard, fin mai 2015.

Initialement l’exploitant canadien Cameco détient 50,025 % des parts de la mine de Cigar Lake, contre 37,1 % pour l’entreprise française Orano Mining et 7,875 % et 5 % respectivement pour les sociétés japonaises Idemitsu et TEPCO. Puis, en 2022, Cameco et Orano Mining font conjointement l’acquisition des parts de la société Idemitsu, ce qui augmente leur participation à 54,547 % et 40,453 % respectivement

Le 15 juin 2013,  Cameco a annoncé avoir obtenu un permis de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) pour exploiter la mine de Cigar Lake jusqu’en juin 2021

Le minerai extrait est traité dans l’usine canadienne de McClean Lake (58° 11′ 27″ N, 103° 42′ 24″ O), puis exploitée par Orano Mining dans la province de la Saskatchewan, située à 70 km de la mine.

l. 

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