Il faut savoir que la dépendance économique de l’Amérique quant à la production de chips ou puces informatiques de l’île est quasi absolue. Centre d’une chaîne d’approvisionnement mondiale, Taïwan fabrique 90 % des puces et 65 % de tous les semi-conducteurs du monde. En tant que premier producteur mondial la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) est le leader de l’innovation, approvisionnant Apple et d’autres entreprises technologiques américaines.
De nos jours, les autorités américaines mettent tout en oeuvre pour changer le rapport de forces et devenir indépendantes de Taiwan et donc de la Chine. Après avoir présidé à la pose de la première pierre d’une usine de production de puces TSMC de 12 milliards de dollars à Phoenix en 2020, le gouverneur de l’Arizona a annoncé, deux ans plus tard, que « TSMC a achevé la construction de son installation principale ». En août dernier, juste avant que le président Biden ne signe la loi CHIPS and Science Act, d’un montant de 52 milliards de dollars, la secrétaire d’État au commerce, Gina Raimondo, a insisté sur le fait que « notre dépendance à l’égard de Taïwan en matière de puces est indéfendable et dangereuse ».
À peine trois mois plus tard, TSMC récupérait une grande partie de ces fonds fédéraux en investissant 28 milliards de dollars dans une deuxième usine à Phoenix, laquelle, lorsqu’elle ouvrira en 2026, produira ce que le New York Times a appelé « une technologie de fabrication de puces plus sophistiquée – mais pas la plus sophistiquée ». Lors d’une cérémonie à laquelle participait le président Biden en décembre dernier, le PDG d’Apple, Tim Cook, a déclaré : « Il s’agit d’un moment incroyablement important. »
Dans le même temps des projets d’usines de fabrication de composants tout aussi importants snt actuellement lancés par Samsung au Texas, Intel dans l’Ohio et Micron Technology dans l’État de New York. Si l’on additionne tous ces projets, les États-Unis ont déjà parcouru la moitié du chemin qui les sépare du « délai minimum de trois ans et de l’investissement de 350 milliards de dollars… nécessaires pour remplacer les sites de fabrication [de puces] taïwanaises, » selon l’Association de l’industrie des semi-conducteurs.
En d’autres termes, si Pékin décidait d’envahir Taïwan après 2026, le capital intellectuel de TSMC, constitué de ses meilleurs informaticiens, serait sans aucun doute immédiatement en partance pour Phoenix, laissant derrière eux guère plus que quelques charpentes de béton et quelques équipements rendus inutilisables. La chaîne d’approvisionnement mondiale en puces de silicium, qui fait appel à des machines néerlandaises (pour la lithographie extrême- ultraviolet), à des modèles américains et à une production taïwanaise, se poursuivrait probablement sans trop de problèmes aux États-Unis, au Japon et en Europe, ne laissant à la République populaire de Chine que ses petits 5 % de l’industrie mondiale des semi-conducteurs qui pèse 570 milliards de dollars.
