Le IUCN Red List of Threatened Species identifie à ce jour 44000 espèces qui sont au bord de l’extinction, soit 25% de toutes les espèces qui ont été recensées. Parmi elles les plus visibles sont les rhinocéros blancs du Kenya dont ne subsiste que deux femelles. En l’absence de mâle, la survie de cette espèce spectaculaire paraît compromise – c’est le moins que l’on puisse dire. Mais chaque année des milliers d’autres espèces moins visibles disparaissent discrètement.
Chaque année également des chercheurs s’opposent pour définir les espèces les plus utiles qu’il faudrait sauvegarder . Mais utiles pour qui et à quoi ? Et à quel moment faudra-t-il renoncer? C’est en Grande Bretagne au sein du Zoological Society of London Evolutionarily Distinct and Globally Edangered (EDGE) Species Programme. que se touvent les experts les plus avertis de ces questions, Pour l’un d’entre eux, Rikki Gumbs, il faut puisque l’on ne peut tout sauver, définir attentivement celles qu’il conviendrait de protéger en priorité.
Jusqu’ici, dil-il, l’on s’était attaché à sauver les plus charismatiques. Grands fauves, primates et autres animaux capables comme l’homme de regarder droit devant eux avec attention. A cette fin, l’EDGE a été chargé de proposer des critères de sélection. Mais en approfondissant ceux-ci, l’on s’est aperçu que l’on négligeait des espèces moins spectaculaires mais indispensables à la protection de la diversité. C’est le cas de la Grenouille au nez pourpre qui ressemble à un éléphant minuscule (Nasikabatracus sahyadrensis) ou la Tortue de la Rivière Mary (Elusor macrurus) qui peut rester immergée 72 h sans respirer. Plus généralement il faut sauvegarder les espèces qui présentent la plus grande diversité génétique, même si elles ne sont pas les plus spectaculaires.
Plus embarrassante est la question inverse : parmi les espèces les plus menacées, que sont celles que l’on pourrait se résoudre à laisser disparaître ? Il est particulièrement difficile de répondre à cette question, car il faut se placer dans la perspective de plusieurs décennies, voire du siècle. Après qu’une espèce se soit éteinte c’est longtemps après cette disparition que l’on découvre qu »elle en a entraîné d’autres en cascade, dans le règne animal comme dans le domaine végétal.
