17/03/2024 Découverte exceptionnelle d’organismes à corps mous datant des débuts de l’ordovicien

  • Éric et Sylvie Monceret sont membres de la Société d’études scientifiques de l’Aude, une société savante qui consacre une partie de ses travaux aux recherches paléontologiques menées dans le département et aux alentours. notamment le versant sud de la Montagne Noire, dans le but d’y trouver des traces de vie fossilisée depuis des millions d’années. Récemment ils y ont exhumé les traces d’ organismes à corps mous, des spécimens extrêmement rares car ils se dégradent vite avec le temps et ne se fossilisent que rarement.

Leur conservation exceptionnelle  est sans doute « dûe à la conjonction de deux phénomènes D’abord, ces spécimens, vivant sur le fond marin, à quelques dizaines de mètres de profondeur seulement, ont dû être rapidement ensevelis, à la suite de tempêtes, par exemple. Ensuite, ils ont dû être totalement privés d’oxygène, ce qui a eu pour conséquence de stopper leur processus de dégradation naturelle, avant qu’ils ne se minéralisent et deviennent des fossiles. »

Comme l’explique un expert, Bertrand Lefebvre : « La découverte de Cabrières comble un trou dans notre représentation de l’évolution de la vie sur Terre. Jusqu’à présent, nous pensions que le passage du cambrien à l’ordovicien, il y a 485 millions d’années, était caractérisé par une très forte diminution de la biodiversité marine. Or, comme on retrouve des espèces cambriennes à Cabrières, typique de la période ordovicienne, l’hypothèse d’une continuité de l’évolution de la vie, et non plus d’une rupture brutale, est maintenant privilégiée. » En ce sens, la découverte des époux Monceret est révolutionnaire.

« Aux temps du cambrien et de l’ordovicien, la Montagne Noire se trouvait aux environs du pôle Sud, fait savoir Bertrand Lefebvre. À l’époque, le climat de la planète était tropical, il était supérieur d’une douzaine de degrés en moyenne à celui que nous connaissons aujourd’hui. Comme toute forme de vie, les animaux et les végétaux ont tenté d’échapper aux très fortes chaleurs – on parle de 40 à 50 °C – en migrant vers des régions, des zones refuges, où les conditions de vie leur étaient plus favorables, à savoir les pôles. » Ce qui fait dire à Jonathan Antcliffe, paléontologue à l’Unil, que « le passé lointain nous donne un aperçu de notre possible futur proche ».

Riche d’enseignements, cette première étude du site de Cabrières a fait l’objet d’une publication scientifique, le 9 février dernier, dans la revue Nature Ecology and Evolution

On en trouve ci-dessous les références et l’abstract

The Cabrières Biota (France) provides insights into Ordovician polar ecosystems

Nature Ecology & Evolution (2024)

Abstract

Early Palaeozoic sites with soft-tissue preservation are predominantly found in Cambrian rocks and tend to capture past tropical and temperate ecosystems. In this study, we describe the diversity and preservation of the Cabrières Biota, a newly discovered Early Ordovician Lagerstätte from Montagne Noire, southern France. The Cabrières Biota showcases a diverse polar assemblage of both biomineralized and soft-bodied organisms predominantly preserved in iron oxides. Echinoderms are extremely scarce, while sponges and algae are abundantly represented. Non-biomineralized arthropod fragments are also preserved, along with faunal elements reminiscent of Cambrian Burgess Shale-type ecosystems, such as armoured lobopodians. The taxonomic diversity observed in the Cabrières Biota mixes Early Ordovician Lagerstätten taxa with Cambrian forms. By potentially being the closest Lagerstätte to the South Pole, the Cabrières Biota probably served as a biotic refuge amid the high-water temperatures of the Early Ordovician, and shows comparable ecological structuring to modern polar communities.

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