En invitant Emmanuel Macron comme hôte d’honneur à la fête de la Constitution indienne qui s’est déroulée à New Delhi le Premier ministre indien Narendra Modi a souligné son partenariat stratégique avec la France. Cette constitution était entrée en vigueur le 26 janvier 1950, deux ans après l’indépendance.
La présence française illustre les liens entre les deux pays à travers un partenariat industriel et militaire. Un contingent de 150 légionnaires, emmené par la colonelle Anne-Laure Michel, commandant la base aérienne d’Istres, ainsi que deux chasseurs Rafale et un avion ravitailleur MRTT français ont ouvert le défilé.
La France espère de nouveaux contrats militaires avec l’Inde. Cependant son premier fournisseur d’armements reste la Russie suivie par les Etats-Unis. Des MiG-29 russes ont survolé Jaipur capitale du Rajasthan aux côtés des Rafale indiens, signe du multi-alignement de l’Inde avec la Russie, mais aussi avec les Etats-Unis. D’ailleurs, Narendra Modi avait d’abord invité le président américain Joe Biden, qui n’a finalement pas donné suite sur fond de tensions après un projet d’assassinat d’un séparatiste sikh à New York.
Emmanuel Macron a assiste à cet événement avec le ministre des Armées Sébastien Lecornu, ainsi qu’avec des représentants des grandes entreprises françaises d’armement dont les PDG de Dassault Aviation, Naval Group, EDF et Cap Gemini.
Rappelons que l’Inde a déjà acheté 36 Rafale français pour son armée de l’Air et est en négociation pour acquérir 26 Rafale Marine . Elle souhaite aussi consolider sa base industrielle de défense à travers des coentreprises avec des groupes français, de Dassault au missilier MBDA. Safran travaille aussi avec l’Indien HAL sur un nouveau moteur d’avion. Enfin, des discussions portent sur l’acquisition de trois sous-marins de la classe Scorpène construits par Naval Group. Enfin Paris espère aussi vendre aux Indiens six réacteurs nucléaires EPR.
A la fois première puissance démographique (1.43 milliard d’habitants) et cinquième économie mondiale, l’Inde est un poids lourd incontournable et de plus en plus courtisé. La France entend de son côté être un acteur de la zone Asie-Pacifique et une puissance d’équilibre entre le Nord et le Sud.
Malgré cette relation avec la France, l’Inde conserve de bonnes relations avec la Russie. La veille de l’arrivée d’Emmanuel Macron, le gouvernement indien a présenté les travaux préparatoires d’un corridor maritime visant à relier les ports à l’est du pays à ceux de l’Extrême-Orient russe. Il s’agit de créer de nouvelles routes maritimes pour les hydrocarbures, le charbon ou les engrais agricoles.
Le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) n’est pas une idée nouvelle. Il y a deux mille ans, par cette route, les commerçants indiens fournissaient à Rome des marchandises d’une valeur de plus d’un milliard de sesterces par an, soit plus que ce qui était nécessaire pour soutenir l’Empire.
Le plan rivalise avec l’initiative chinoise de la Ceinture et de la Nouvelle Route de la Soie, annoncée en 2013, qui vise à relier l’Asie, l’Afrique et l’Europe. L’administration Biden a l’intention de compléter son offensive diplomatique au Moyen-Orient par un grand accord avec l’Arabie saoudite, qui comprend la normalisation des relations entre le royaume et Israël, afin de contribuer à faire du Moyen-Orient une région plus prospère, plus stable et plus intégrée.
Outre l’aspect géopolitique, l’IMEC est important du point de vue des infrastructures et de la connectivité. Le projet comprendra deux corridors distincts : le corridor oriental, qui reliera l’Inde au golfe Persique, et le corridor septentrional, qui reliera le golfe à l’Europe.
Le long de la voie ferrée, des câbles seront posés pour l’électricité, les données à haut débit et les pipelines d’énergie, en particulier l’hydrogène propre. Il complétera et renforcera les itinéraires maritimes et routiers existants ainsi que les chaînes d’approvisionnement régionales, dans le but d’accroître l’efficacité, de créer des emplois, de réduire les émissions et d’améliorer les échanges commerciaux.
Pour sa part, la France espère encourager sa coopération scientifique et technique déjà très bonne avec les laboratoires indiens, notamment dans le domaine de la santé.
